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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 6 septembre 2024 9 min

Michel Barnier à Matignon, réforme des retraites, motion de censure... Laurent Jacobelli est l'invité du 06 septembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Voilà, et Laurent Jacobelli s'installe. Bonjour à vous. Bonjour. Qu'avez-vous pensé des premiers pas du nouveau Premier ministre Michel Barnier ? Il a dit sa volonté, je le cite, d'agir plutôt que de parler et encore de ramener, je le cite toujours, de ramener de l'apaisement. Qu'est-ce que vous en avez pensé ?

0:26
Laurent Jacobelli

Tout d'abord, je crois que le nouveau Premier ministre a déclaré qu'il voulait travailler avec toutes les forces politiques. C'était notre première condition pour ne pas avoir une censure automatique, c'est noté. Et deuxièmement, et vous l'avez souligné, il a dit agir plutôt que parler. C'est vrai qu'on sort de 7 ans de Macronie où il y a eu plein de déclarations et malheureusement très peu d'actions utiles pour le pays. Vous connaissez le niveau de la dette et de la faillite, l'insécurité, l'immigration, la baisse du pouvoir d'achat. On est dans une France exsangue et donc maintenant on jugera sur les faits. On verra bien ce que le Premier ministre propose.

0:55
Présentateur

Je reprends votre expression, on sort de 7 ans de Macronie, ça veut dire que pour vous, désormais, le Macronisme s'est fini, que le patron c'est Michel Barnier, ce n'est plus Emmanuel Macron, on ne va pas être dans une coexistence ?

1:05
Laurent Jacobelli

Nous verrons bien. En tout cas, vous savez, là aussi c'est une des conditions que nous posons. On ne va pas continuer avec ce système de Macronie qui rend les Français aujourd'hui extrêmement malheureux. Ils se sont prononcés les Français. Emmanuel Macron et sa politique, ils n'en veulent plus. Donc nous, on sera vigilants. Si M. Barnier reprend les mêmes thèmes, les mêmes actions, les mêmes méthodes que le président de la République, nous, nous utiliserons tous les moyens de notre possession et notamment la censure pour l'empêcher de faire encore plus de mal aux Français.

1:28
Présentateur

Mais à l'inverse, si Jordan Bardella a dit que vous jugeriez sur pièce, si le discours de politique générale, déjà si l'en prenant sain, vous convient, vous satisfait, est-ce que vous pourriez aller jusqu'à voter la confiance à un gouvernement de Michel Barnier ?

1:42
Laurent Jacobelli

Vous savez, nous, nous sommes une opposition résolue, ferme, mais intelligente. Intelligente parce que certains veulent le chaos. Le chaos dans la rue, c'est le cas de l'extrême-gauche qui dit on n'est pas content, donc on va détricoter notre République, on va essayer d'avoir le pouvoir par les cris, par la violence. Ce n'est pas notre objectif. Nous, nous voulons représenter nos électeurs et les Français, c'est-à-dire les faire respecter et mettre en avant les sujets qui sont importants. Moins d'immigration, plus de sécurité, plus de pouvoir d'achat.

2:11
Présentateur

Par rapport à la question que je vous ai posée, si dans le discours de Michel Barnier à l'Assemblée nationale, vous trouvez des réponses aux questions que vous venez de poser, est-ce que vous pourriez voter la confiance ?

2:20
Laurent Jacobelli

C'est très théorique. D'abord, je ne suis pas sûr qu'ils demandent la confiance à l'Assemblée parce que ce serait risqué. C'est quand même peu probable qu'en tant que première force de l'opposition, nous le votions, mais nous verrons. Vous savez, nous avons montré, je pense, pendant toute cette période, que nous étions, je crois, raisonnables. On ne veut pas maltraiter notre pays encore plus qu'il est. On ne veut pas rajouter du chaos au chaos. Il y a le chaos macroniste qui est le chaos des institutions, le chaos mélenchioniste qui est le chaos dans la rue. Nous, on veut être une force de stabilité, un pôle rassurant pour les Français.

2:47
Présentateur

M. Jacobelli, on comprend, en tout cas, qu'il n'y aura pas de censure automatique. Pourquoi vous, finalement, accordez à Michel Barnier une sorte de bénéfice du doute ? Ce que vous refusiez, au cas où il aurait été nommé Premier ministre, à Xavier Bertrand, qui pourtant appartient en même parti, qui aurait peu ou prou appliqué le même programme ? Est-ce qu'il n'y avait pas, pour le coup, une affaire de vengeance personnelle, puisque M. Bertrand était l'adversaire désigné de Marine Le Pen, notamment dans les Hauts-de-France ? La France est meurtrée aujourd'hui. Les Français sont divisés.

3:17
Laurent Jacobelli

Il y a beaucoup de violence dans notre société. Et d'avoir un Premier ministre qui exclut le Premier Parti de France, qui insulte 11 millions d'électeurs, comme peut l'avoir fait Xavier Bertrand, ça aurait été rajouté de la violence à la violence. Et donc, un tel Premier ministre n'était pas à la hauteur de la charge. Clairement, nous ne pouvions pas soutenir quelqu'un qui refusait d'entendre... Même s'il appliquait la même politique, M. Jacobelli. Mais comment voulez-vous que quelqu'un qui a passé sa vie à déblatérer sur le Rassemblement national puisse demain imaginer travailler d'une manière ou d'une autre, même indirecte, avec nous ? Ce n'était pas possible. Travailler avec vous ?

Non, non, mais l'Assemblée nationale, excusez-moi, on vote des choses, certaines, ensemble, et parfois on s'oppose. Xavier Bertrand, mais comme M. Gazeneuve, comme tout un tas de noms qui nous avaient été proposés, détestaient le Rassemblement national.

4:00
Présentateur

Donc, François Hollande a raison de dire que vous avez donné quittus, finalement, à Emmanuel Macron pour ce gouvernement. Parce qu'il y avait des noms qui vous déplaisaient, et celui-là ne vous déplaisait pas.

4:08
Laurent Jacobelli

On verra bien. Celui-là ne crée pas de réaction, en tout cas. Vous savez, on est conscient, on n'a pas la majorité absolue. Nous savions que le Premier ministre qui allait être nommé, ce ne serait pas issu des rangs du Rassemblement national. Maintenant, on est pragmatique, il faut un gouvernement à ce pays. Mais attendez, c'est le premier épisode d'une longue saga. Premier épisode, on nomme un Premier ministre. Deuxième épisode, on a un gouvernement. Troisième épisode, le budget.

4:28
Présentateur

Si demain, puisque le nouveau Premier ministre veut parler à tout le monde, à toute la représentation nationale, si vous, M. Jacobelli, faisons un rêve, dirait certains, un cauchemar, dirait d'autres, faisons donc l'hypothèse qu'il vous appelle pour devenir ministre d'un tel gouvernement, qu'est-ce que vous lui répondriez ? Je lui dirais que c'est très gentil, mais que je refuse.

4:49
Laurent Jacobelli

Pourquoi ? Nous sommes dans l'opposition. Clairement, nous ne sommes pas les Républicains. Nous sommes le Rassemblement national avec nos alliés d'Éric Ciotti. Nous, ce que l'on veut, c'est une politique contre l'immigration submersive très forte. Beaucoup plus de sécurité, beaucoup plus de pouvoir d'achat. Il y aura beaucoup de sujets sur lesquels nous ne serons pas d'accord avec le Premier ministre. En revanche, nous voulons que nos électeurs soient respectés. Je le répète, nous sommes dans l'opposition et nous ne donnons quittus à personne. Nous serons extrêmement vigilants.

5:16
Présentateur

Vous ne donnez pas quittus, mais en tout cas, vous ne censurez pas a priori Michel Barnier, auquel vous accordez, on l'entend ce matin, quand même quelques qualités. Est-ce que votre collègue Jean-Philippe Tanguy, qui est député du Rassemblement national comme vous, s'est un peu fait remonter les bretelles ? Parce que, je le rappelle, ses déclarations hier matin, disait-il, Michel Barnier n'était pas nommé, il disait, je le cite, c'est un fossile de la vie politique, un des hommes politiques les plus stupides, ne comprenant rien en dehors d'une fiche. Fin de citation. Il a parlé un peu vite, M. Tanguy, il y a eu un recadrage ?

5:46
Laurent Jacobelli

Écoutez, vous savez ce que c'est que la politique, parfois on s'emporte, parfois on fait un bon mot, ça c'était hier, au moment où, aujourd'hui, on a un Premier ministre. Voilà. Soyons pragmatiques.

5:56
Présentateur

Vous regrettez qu'un responsable de votre parti ait dit que c'est un des hommes les plus stupides ?

6:00
Laurent Jacobelli

Chacun est responsable de ses paroles, vous savez, nous-mêmes, nous nous faisons insulter à longueur de plateau, je pense que tout ça, il faut l'oublier. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est l'intérêt des Français. Il y a un Premier ministre, on ne l'a pas choisi, il est là, nous ne sommes pas l'agence d'intérim d'Emmanuel Macron, ce n'est pas nous qui plaçons les gens. Il est là, il est là, il a déclaré respecté.

6:15
Présentateur

Mais ce n'est pas un fossile, pour vous, c'est un fossile. Vous disiez aussi, vous, alors là c'est votre citation, vous disiez surpris qu'on ressorte de la naftaline, je vous cite, tout un tas de noms qui ont participé à amener la France dans le mur. Il n'y avait pas M. Barnier dans votre esprit ?

6:29
Laurent Jacobelli

Ce n'était pas lié à l'âge, c'était effectivement pour dire qu'il y avait un décalage entre la volonté des Français de changer de système, d'arrêter avec tous ceux qui depuis 40 ans amènent la France dans le mur et de voir que les noms qu'on proposait étaient des gens qui avaient déjà été ministres dans le passé et qui avaient contribué à cette déchéance. Écoutez, moi j'aurais préféré, je vous le dis, quelqu'un d'autre que M. Barnier. Une fois encore, soyons pragmatiques. La France, elle a besoin d'un gouvernement. La France, je le rappelle, elle est sur-endettée. Chaque jour, c'est mille agressions. Les frontières sont traversées par des migrants clandestins tous les jours.

Il y a urgence à agir. Nous ne serons pas la force politique qui mène la France dans le mur en nous opposant systématiquement à tout et en nous faisant le chaos.

7:10
Présentateur

Et sur les retraites, dernière question, M. Jacobelli. Vous savez ce que M. Barnier proposait lorsqu'il voulait être candidat à la présidentielle aux primaires de la droite, la retraite à 65 ans. Emmanuel Macron tient lui aussi à sa réforme. Votre opposition constructive ira jusqu'à retirer votre projet d'abroger cette réforme ? Non, bien sûr. Quitte à faire tomber le gouvernement s'il aboutissait.

7:30
Laurent Jacobelli

Non, pourquoi ? Le 31 octobre, à l'Assemblée nationale, nous proposerons l'abrogation de cette réforme des retraites. Et on verra bien si on arrive à avoir une majorité. C'est le Parlement qui décide. J'imagine que M. Barnier est respectueux des institutions. Si l'Assemblée vote cette abrogation, il devra l'enteriner. Et nous verrons bien d'ailleurs si cette gauche, si braillarde, si criarde, si vindicative, va au bout de ses idées et vote cette proposition de loi que nous ferons.

7:55
Présentateur

Mais la nomination de M. Barnier plaide plutôt pour un maintien, voire une consolidation de cette réforme. Vous en êtes quand même conscient ?

8:02
Laurent Jacobelli

J'en suis conscient, mais je suis aussi conscient que M. Barnier n'a pas les pleins pouvoirs. Aujourd'hui en France, il est à la tête, il sera à la tête d'un gouvernement dont ne sait pas encore quelle majorité d'ailleurs, quels seront les groupes qui le soutiennent ou ne le soutiennent pas. Donc tout cela est pour l'instant très hypothétique. Surtout, il a dit qu'il allait travailler avec tout le monde. Donc nous ferons cette proposition et nous verrons bien s'il accepte le verdict du Parlement, si le Parlement décide, comme je le souhaite, comme nous le souhaitons, en finir avec cette mauvaise réforme des retraites.

8:30
Présentateur

On vous a entendu. Merci beaucoup Laurent Jacobéli, député de la Moselle, porte-parole du Rassemblement National. C'est la suite de Télématin après une courte page de publicité.

8:37
Laurent Jacobelli

C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions.

8:46
Présentateur

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