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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 16 juillet 2020 10 minComplaisantActualité / polémiqueRetraitesÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & élections

MACRON PERSISTE, SIGNE, ET NOUS EMMÈNE DANS LE MUR

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Chapitres

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:30Fait
    « On a le droit de voir loin et grand. Pourquoi vous obstinez-vous à faire absolument cette réforme des retraites ? »
  • 2:30Fait
    « La méthode utilisée durant les trois premières années du quinquennat a permis de faire des réformes inédites. »
  • 3:30Chiffre
    « 40 milliards pour l’industrie à travers des aides et des allègements d’impôts. 8 milliards pour le chômage partiel. 20 milliards pour la rénovation thermique et les technologies vertes. »

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On a le droit de voir loin et grand. Pourquoi vous obstinez-vous à faire absolument cette réforme des retraites ? Je constate que les modalités de cette réforme ont généré de l’inquiétude et de l’incompréhension.

On espérait de grandes mesures. Il invite les actionnaires à diminuer leurs dividendes. Je lui souhaite bien du courage.

On est nombreux à ne pas voir où est le nouveau chemin. C’est le simple prolongement de la politique qui est conduite depuis plusieurs années. Le nouveau chemin d’Emmanuel Macron et Jean Castex.

Je vous en parle tout de suite dans le numéro 86 du P’tit coup de Bourbon. Il y a du Patrick Bruel chez Emmanuel Macron. Si, si.

Souvenez vous de ce tube des années 80 : “Rendez-vous dans dix ans”. On s’était dit rendez-vous dans dix ans...

Eh bien, mardi, dans les jardins de l’Elysée, c’était exactement ça. L’objectif nous devons l’avoir pour le pays à dix ans. Avec vous dans les dix prochaines années ?

Il y a des choses sur lesquelles le peuple français est souverain et c’est bien ainsi. Mais on a le droit de voir loin et grand, y compris quand il ne reste que 600 jours. Oui, quand Emmanuel Macron parlait de se réinventer, il fallait entendre se faire réélire.

Voilà ce que le président était venu nous dire. Qu’il était en campagne. Et que tout le reste n’était qu’un abominable malentendu.

J’ai sans doute laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être profondément mais que les gens se sont mis à détester. Ce président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir, que notre pays finalement s’adapte à la mondialisation. Ca n’est pas mon projet, mais le jeu des maladresses parfois, des phrases sorties de leur contexte d’autres fois, de l’opposition, de la vie politique qui a fait que cette détestation a pu être alimentée.

Pour l’autocritique, on repassera. La grève des cheminots, les gilets jaunes, la mobilisation contre la réforme des retraites… Juste la conséquence de maladresses et de petites phrases sorties de leur contexte. Un peu comme les balles de LBD et les grenades explosives lancées trop vite sur les manifestants.

Car Emmanuel Macron n’est qu’amour en réalité. La seule petite erreur qu’il ait commise, c’est le choix de l’itinéraire. La méthode utilisée durant les trois premières années du quinquennat a permis de faire des réformes inédites.

On a fait des réformes, je rends hommage à Edouard Philippe et ses gouvernements, qu’on pensait impossibles. Elles ont été faites. Par contre, la confiance n’avait pas retrouvé le pays, et donc ce que vous m’avez sans doute vu infléchir durant la période, la crise que nous venons de vivre, ce que j’ai souhaité déployer avec un nouveau Premier ministre, une nouvelle équipe, mais plus profondément dans ce projet pour... c’est pas changer de cap, de destination finale qui est d’avoir une France forte, indépendante dans une Europe autonome et au fond que chacun puisse vivre mieux.

C’est de changer de chemin pour y arriver. C’est d’associer davantage. On résume : la méthode est la bonne, le cap est toujours le même et Jean Castex est chargé d’embrouiller les syndicats et les élus.

Pas question, en effet, de mettre les réformes sur pause. Le chantier des retraites continue. Pourquoi vous obstinez-vous à faire absolument cette réforme des retraites, là tout de suite alors que nous sommes dans une crise économique majeure ?

Mais je ne m’obstine pas à la faire là tout de suite, je vous rassure. Elle ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du covid. Est-ce que c’est une bonne idée de l’abandonner totalement ?

Je ne crois pas. L’amender oui ? La remettre à la discussion et à la concertation.

Bon, bien sûr, c’est le nouveau Premier ministre qui se chargera du boulot. D’ailleurs, dès le lendemain, à l’Assemblée, il était à la tâche. Tel sancho Panza accompagnant Don Quichotte à l’assaut des moulins.

Je constate que les modalités de cette réforme ont généré de l’inquiétude et de l’incompréhension. Je proposerai donc aux partenaires sociaux comme aux parlementaires que la concertation reprenne afin d’améliorer le contenu comme la lisibilité de cette réforme nécessaire en la distinguant très clairement de toutes mesures financières appelées parfois paramétriques. On s’en souvient, la CFDT avait claqué la porte, justement à cause de ces mesures paramétriques.

C’est-à-dire le recul de l’âge de départ en retraite. Plus rien ne s’oppose donc au retour de Laurent Berger à la table des négociations. Pour le reste, Jean Castex a décliné le plan de 100 milliards qui doit relancer le pays. 40 milliards pour l’industrie à travers des aides et des allègements d’impôts. 8 milliards pour le chômage partiel. 20 milliards pour la rénovation thermique et les technologies vertes.

Enfin, la santé aura 6 milliards et la formation 1,5 milliard. Voilà pour les grandes masses qui seront arbitrées par Bercy au cours du mois d’août. Et puis il y a l’inventaire à la Prévert.

La création d’un commissariat général au plan, une nouvelle déconcentration des services de l’État, les repas à un euro pour les étudiants boursiers, la création de 300 000 contrats d’insertion, de 100 000 postes supplémentaires dans le service civique, un plan vélo, le retour des juges de proximité. Et même un petit clin d’œil aux électeurs lepénistes. Un projet de loi, contre les séparatismes, sera présenté en Conseil des ministres à la rentrée pour éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses.

Ca ne fera certainement pas reculer le communautarisme. Mais à la veille de l’élection présidentielle, ça ne mange pas de pain. Les oppositions n’ont pas été convaincues, c’est le moins qu’on puisse dire.

Une crise économique sans précédent, une crise sociale qui s’annonce qui sera sans commune mesure avec ce que nous n’avons jamais connu dans l’histoire. Et puis face à cela, au fond, un gouvernement qui au delà des mots semble rester les bras ballants face à la situation. On espérait de grandes mesures, une audace inédite, un regard critique sur ce qui a été fait depuis trois ans, et dans la meilleure des hypothèses il nous dit “nous allons remettre en place ce que nous avons dérangé”.

La France insoumise se réjouit cependant d’avoir marqué un point : A part une seule annonce qui nous satisfait évidemment puisqu’elle va dans le sens de ce que nous demandons depuis deux ans et demi qui est un haut-commissariat au plan donc ça c’est une victoire idéologique. Pour le reste c’est des choses qui avaient déjà été annoncées, des poncifs, des clichés, de la langue de bois, le best de ce discours c’est quand il invite les actionnaires à diminuer leurs dividendes, je lui souhaite bien du courage. Pour les plus anciens d’ici ça commence à me rappeler Raymond Barre avec Giscard, et ça ne lui a pas porté bonheur.

Lui aussi c’était un Premier ministre inconnu, soit disant meilleur économiste du monde, lui c’est soit disant le meilleur technocrate de France. Je pense que le quinquennat va être très difficile, la fin du quinquennat va être très difficile pour ce gouvernement. Masque rouge sur le visage, les communistes dénoncent le manque d’ambition.

Il y a quelques semaines, le président de la République nous avait annoncé les jours heureux. Il avait psalmodié des mesures qui allaient venir de dimensions historiques où on aurait des fondations nouvelles et avec un acte III. Aujourd’hui, petitement, chichement, c’est le simple prolongement de la politique qui est conduite depuis plusieurs années.

Et, surprise, du côté des Républicains, on partage le même constat. On est nombreux à ne pas voir où est le nouveau chemin. Bien sûr il y a quelques éléments, quelques touches sur l’écologie, les pistes cyclables, le verdissement, on a bien entendu.

Mais en réalité où est le nouveau chemin ? On a vraiment l'impression qu’on est dans la continuité de la politique qui est suivie depuis trois ans avec un petit satisfecit d’ailleurs donné à tout ce qui est fait depuis trois ans. Je ne suis pas sûr que nos compatriotes aient tout à fait la même vision sur un certain nombre de réformes comme celle des retraites ou d’autres.

Donc on reste très clairement sur sa faim. Rien d’exaltant, pas d'enthousiasme d’ailleurs dans les propos du Premier ministre qui ne s’enflamme pas, c’est assez froid, un peu sec et je ne suis pas sûr que ça donne du souffle. 345 députés ont voté en faveur de la la déclaration de politique générale. 177 se sont prononcé contre et 43 se sont abstenus.

Pas de quoi pavoiser. Pour sa première déclaration de politique générale, Édouard Philippe avait recueilli 370 voix. Et 363 en juin 2019 pour la seconde.

Bref, avant même de commencer, Castex est déjà en-dessous des scores de Philippe. Était-il vraiment adroit de virer ce dernier de Matignon ? Le P’tit coup de Bourbon prend des vacances.

Je vous retrouverai à la mi-septembre pour cette chronique hebdomadaire, puisque, cette année, la rentrée parlementaire devrait être avancée. Normalement, elle commence en octobre. Dans l’intervalle, je vous proposerai quelques entretiens avec des députés qui ont des choses à dire.

Merci de votre fidélité et à très vite.