Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationC dans l'air (sur YouTube)· 8 juin 2026 65 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieSolidarités & famille

Ormuz : comment l’Iran fait trembler l’économie mondiale - C dans l’air - 09.05.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:05OuverteRéponse directe

    Les Iraniens ont pris conscience de l'importance du détroit d'Ormuz et de son impact sur l'économie mondiale? Les Américains ne l'ont pas anticipé?

  • 2:47OuverteRéponse directe

    Le détroit d'Ormuz, c'est 20% de la consommation mondiale de pétrole. Pourquoi le blocage de ce site stratégique devient une bombe à retardement pour l'économie mondiale?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    On va rentrer dans les détails de ces conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, mais la flambée des prix du pétrole, on a déjà connu ça. Plus de 100 dollars le baril, on a connu aussi.

  • 4:15RelanceRéponse directe

    On va rentrer dans les détails de ces conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, mais la flambée des prix du pétrole, on a déjà connu ça. Plus de 100 dollars le baril, on a connu aussi.

  • 4:58OuverteRéponse directe

    Des réactions en série. Quand le FMI dit qu'il y a une majorité de pays qui va souffrir, on parle de quels pays?

  • 5:42OuverteRéponse directe

    Il y a des pays qui souffrent et qui vont encore souffrir. Est-ce qu'il y a des gagnants, dans cette histoire?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:05P.DessertineFait
    « Ils en avaient conscience avant. Heureusement, ça a moins de radiations qu'une bombe atomique, mais les conséquences sont lourdes. »
  • 2:47P.DessertineFait
    « C'est un détroit capital pour l'énergie, mais aussi pour le commerce mondial. C'est un impact énorme sur la première zone économique du monde, l'Asie. »
  • 3:32E.BenezetFait
    « C'est toute la constitution et la construction de l'économie mondiale d'aujourd'hui. »
  • 4:58F.GuinochetFait
    « On le voit, il y a déjà des questions de pénurie dans certains pays, notamment en Asie. »
  • 5:42A-S.AlsifFait
    « Vous l'avez très bien dit, les pays asiatiques, comme la Corée du Sud, le Japon, l'Inde, la Chine... On n'est pas dans un scénario de récession, pour l'instant. »
  • 6:27A-S.AlsifFait
    « Beaucoup de pays asiatiques ont déjà des pénuries. La question, c'est aussi quid de la Chine. »
  • 7:10P.DessertineFait
    « C'est quelque chose qu'il faut dire et redire, il n'y a pas de gagnant. La croissance baisse partout. »
  • 7:54P.DessertineChiffre
    « Dans le pire scénario du FMI, il y aurait 2% de croissance moyenne, donc une récession mondiale. »
  • 8:39P.DessertineFait
    « Oui, qu'en liquidant les leaders iraniens, la population renverserait le régime. »
  • 9:24E.BenezetFait
    « Sans doute que cette baisse va encore perdurer. C'est exactement ce que vous disiez sur la consommation d'un point de vue globale. »
  • 10:09P.DessertineFait
    « On craignait le pire. Ce qu'il se passe, c'est qu'on ne répare rien. On ne revient pas dans la situation d'avant. »
  • 10:52P.DessertineFait
    « Ils ont subi des dommages et ils en subiront davantage. »
  • 11:34Fait
    « Le détroit d'Ormuz représente une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique. »
  • 12:18Fait
    « Plusieurs pays en Asie contraints de se réorganiser pour faire face à la crise énergétique: incitation au télétravail, et pour certains, d'ores et déjà, diversification de leurs approvisionnements. »
  • 13:02Fait
    « Plus la guerre se prolongera, plus les prix de l'énergie resteront élevés, plus l'impact probable sur l'inflation générale et sur l'économie sera important. »
  • 13:46Fait
    « Le FMI alerte: ces aides doivent rester temporaires et être destinées aux plus vulnérables. »
  • 14:25Chiffre
    « Le prix moyen du galon est maintenant de 4,37 dollars, au plus haut depuis le début de la guerre en Iran et au plus haut depuis juillet 2022. »
  • 15:10E.BenezetFait
    « On sait quand une guerre commence et on sait jamais quand elle se termine. »
  • 15:54P.DessertineFait
    « On est dans ce moment un peu étrange de cessez-le-feu avec un feu qui continue. »
  • 16:36P.DessertineFait
    « On va avoir pendant des mois des conséquences négatives dans le monde avec des croissances faibles. »
  • 17:19F.GuinochetFait
    « Si cette guerre dure tout l'été, on va rentrer dans l'hiver et on n'aura pas du tout de stock de gaz ou très peu. »
  • 18:03F.GuinochetFait
    « Vous avez un certain nombre de pays qui se tournent vers le charbon. »
  • 18:46A-S.AlsifFait
    « On a eu beaucoup de crises, comme la guerre en Russie et le covid. Depuis le covid, on voit des moments de relocalisation importants. »
  • 19:31S.BrakhliaFait
    « On va assister à une régionalisation des échanges, surtout quand on regarde ce qui se passe en Iran et cette volonté de créer une autorité pour percevoir des droits dans le détroit d'Ormuz, c'est-à-dire instaurer un péage. »
  • 20:14P.DessertineFait
    « Ou un piratage parce que c'est en dehors du droit international. »
  • 20:58P.DessertineFait
    « Les armateurs veulent rapatrier leurs bateaux. Il est hors de question de les renvoyer même si les Etats-Unis envoient des destroyers. »
  • 21:43P.DessertineFait
    « Ainsi que le commerce alimentaire. Nous, pays riche, on paye plus cher et on va avoir de l'inflation, mais on va faire face. »
  • 22:25F.GuinochetFait
    « Les caméras, c'est du pétrole. Nos vêtements, c'est du pétrole. »
  • 23:07F.GuinochetFait
    « L'Iran est un énorme fournisseur et producteur de pistaches. »
  • 23:51E.BenezetFait
    « Tout ça est à base de plastique. S'il y a une rupture demain, et ça commence à être le cas en Asie, ce sont les hôpitaux, les pharmacies, qui se retrouvent en difficulté. »
  • 24:34E.BenezetFait
    « Il y a deux choses. Il y a la pénurie matérielle et il y a la pénurie liée aux prix, qui fait que ça n'est plus économiquement viable. »
  • 25:16P.DessertineChiffre
    « On a toujours 100 jours de ressources stratégiques. »
  • 26:01P.DessertineFait
    « TotalEnergies extrait du pétrole et ils sont surtout des traders, des organisateurs de flux. »
  • 26:46P.DessertineFait
    « C'est comme ça que l'inflation commence partout. »
  • 27:31P.DessertineFait
    « C'est les Français dans leur ensemble. Comme ça ne suffit pas, c'est de la dette en plus. »
  • 28:13Chiffre
    « Deux tiers des Français souhaitent une aide de l'Etat pour faire face à la crise énergétique. »
  • 29:39Fait
    « Le Français moyen galère tous les jours. »
  • 30:23Fait
    « Ca fait des années que je vote pour des partis en espérant. Maintenant, l'espoir n'est plus là. »
  • 31:08P.DessertineFait
    « On a une classe moyenne qui est de plus en plus à la limite. »
  • 31:51P.DessertineFait
    « La France aujourd'hui est le pays en Europe qui en fait le moins, après en avoir fait le plus pendant le covid et le quoi qu'il en coûte qui a été prolongé. »
  • 32:35F.GuinochetFait
    « Le gouvernement est confronté à ces difficultés. Depuis le début de la crise, il distille à la petite cuillère des aides ciblées et temporaires. »
  • 33:14F.GuinochetFait
    « Sébastien Lecornu veut absolument montrer, pour faire écho à ce que disait la dame, que ceux qui travaillent doivent être aidés avant tout. »
  • 33:59F.GuinochetFait
    « Il y a un mécontentement, forcément, et le sentiment de ne pas être entendu. »
  • 34:42S.BrakhliaChiffre
    « On dit que cette guerre a coûté 6 milliards d'euros à la France, pour le moment. »
  • 35:25A-S.AlsifFait
    « Les personnes qui gagnaient jusqu'à 1,5 SMIC, les personnes en intérim, en CDD, les jeunes... Ces personnes qui avaient moins de protection, elles ont eu une baisse de leur pouvoir d'achat parce que la part de l'énergie et de la nourriture dans leur budget a considérablement augmenté. »
  • 36:10A-S.AlsifFait
    « On était dans une situation où on avait plus d'inflation et où on avait un rééquilibrage. Les prix de l'énergie se sont effondrés et les salaires ont augmenté, pour cette partie encore. »
  • 36:49A-S.AlsifFait
    « Quand vous donnez des aides aux ménages à faible revenu, vous obtenez du PIB. Les aides pour les ménages plus aisés se sont traduites par une augmentation du taux d'épargne. »
  • 37:28P.DessertineFait
    « On a le déficit le plus fort de la zone euro. On ne fait pas de réforme, on a un budget désastreux avec un déficit épouvantable. »
  • 38:12E.BenezetFait
    « Si on laisse encore filer le déficit, on va droit dans le mur. »
  • 38:50E.BenezetChiffre
    « Pour la toute première fois, le premier budget de l'Etat, ce n'est plus l'éducation, ce qu'on fait pour les enfants, 63 milliards d'euros... Pour la première fois, le premier budget de l'Etat, c'est devenu la charge de la dette, uniquement les intérêts que l'on rembourse chaque mois, pour avoir aujourd'hui 3500 milliards d'euros de dettes. »
  • 39:34E.BenezetChiffre
    « Si vous baissez à 5,5% de taxes, ça coûte 1 milliard d'euros par mois, c'est-à-dire 12 milliards d'euros par an. »
  • 40:17E.BenezetChiffre
    « La TVA, c'est 40 milliards par année. »
  • 41:02F.GuinochetFait
    « TotalEnergies est dans son rôle. Il connaît son business. Il voit qu'il y a un détroit qui est bloqué. Il se fait de l'argent parce qu'il se dit que ce sera compliqué. »
  • 41:45F.GuinochetFait
    « La France est le seul pays où TotalEnergies plafonne ses prix. »
  • 42:28E.BenezetFait
    « Ce n'est pas un profiteur de crise, c'est un profiteur de marché. »
  • 43:11P.DessertineFait
    « Qui va payer? Ce n'est pas la France qui a fait des prix élevés. »
  • 43:51P.DessertineChiffre
    « Vous avez prononcé un chiffre tout à l'heure. Quand vous chiffrez tout, c'est jusqu'à 17 milliards sur l'économie française. »
  • 44:35F.GuinochetChiffre
    « Les 6 milliards, c'est une estimation. Dedans, vous avez plus de 3,5 milliards sur la charge de la dette. »
  • 45:19F.GuinochetFait
    « Toute l'activité derrière ralentit. Pour l'instant, on le mesure avec les 0 % du début du trimestre, mais plus ça va durer et plus vous achetez vos produits cher pour faire votre activité et plus ça va faire 0, et peut-être un peu moins. »
  • 46:04A-S.AlsifFait
    « La conséquence peut vraiment être l'investissement des entreprises qui redevient en contribution négative. »
  • 46:48A-S.AlsifFait
    « On s'en sort mieux grâce à notre énergie décarbonée. On a beaucoup moins d'inflation que l'Allemagne parce qu'on a la chance d'avoir cette énergie décarbonée et que cela nous protège par rapport au pouvoir d'achat. »
  • 47:32F.GuinochetFait
    « EDF a été nationalisée, et on ne pourra pas nationaliser Total, on n'en aura pas les moyens. »
  • 48:16E.BenezetFait
    « Une partie de ces investissements seront dus à l'énergie décarbonés. Le président de la République met en avant la stabilité de la zone européenne et de la France. »
  • 48:59A-S.AlsifFait
    « Au dernier trimestre, la balance commerciale de la France était excédentaire grâce à l'aéronautique. »
  • 49:43F.GuinochetChiffre
    « Ca fait deux ans qu'il y a cette petite musique, mais il y a un certain nombre de foyers qui ont basculé, ceux qui le peuvent... Il y a les solutions de leasing. C'est +40% de bascule vers l'électrique si on regarde les chiffres du mois dernier. »
  • 50:27P.DessertineChiffre
    « Plus des deux tiers de notre mix énergétique est d'énergie fossile. »
  • 51:09P.DessertineFait
    « Quand ça augmente, vous avez des transporteurs en difficulté, voire en faillite. »
  • 51:53P.DessertineFait
    « La dame du reportage disait qu'elle n'allait plus au cinéma. Il y a plein de ménages en France, notamment les familles monoparentales, dans lesquels on ne va plus au cinéma. »
  • 52:38E.BenezetFait
    « La première, c'est qu'en fin 2018, quand le mouvement des gilets jaunes explose, c'est lié à un projet de surtaxe sur le carburant. »
  • 53:21P.DessertineFait
    « Les Etats-Unis perdent aussi. Quand on fait le total de la perte... Eux financent la guerre, ce n'est pas rien. »
  • 54:06Chiffre
    « Plus de 6 millions de barils sortent de terre chaque jour dans la région, l'équivalent de la moitié de la production américaine. »
  • 54:50Chiffre
    « Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la demande mondiale a explosé. Le prix du baril a bondi de 60% et toute l'industrie en tire profit. »
  • 55:29Fait
    « Donald Trump ne cesse d'encourager les producteurs de pétrole américain à augmenter la cadence et à creuser toujours plus. »
  • 56:12Fait
    « Les Européens ont décidé pour des raisons environnementales et politiques de se retirer du secteur des énergies fossiles. Mais cela a un coût. »
  • 56:56Fait
    « Ces clients ont tous voté pour Donald Trump. Qu'importe s'ils payent aujourd'hui leur essence 40% plus chère, leur soutien est indéfectible. »
  • 57:40Fait
    « La raison de cette guerre, ce sont les armes nucléaires que les Iraniens essayent de fabriquer. C'est un danger pour toi, pour moi, pour tout le monde. »
  • 58:24P.DessertineChiffre
    « La charge de la dette monte de façon très forte sur la société américaine. Et les prix à la pompe aussi, 40%! C'est énorme. »
  • 59:07P.DessertineFait
    « Ce qui augmente beaucoup, c'est l'intelligence artificielle. »
  • 59:50A-S.AlsifFait
    « La Chine a énormément diversifié. Elle n'importe pas plus de 10% d'un pays. »
  • 1:01:10P.DessertineFait
    « Le monde financier est vraiment en observation forte. On a eu de grosses alertes sur la dette privée. »
  • 1:01:53E.BenezetFait
    « C'est pas de croissance et une hausse des prix. Deux effets qui sont a priori antinomiques, mais qui se superposent. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Les intervenants ne sont pas encore identifiés sur ce transcript — l'identification des locuteurs est en cours de traitement et apparaîtra prochainement.

0:00

que le rasoir 5 lames le plus vendu du marché. Sous-titrage en direct france.tv access. -S.Brakhlia: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". Voilà 71 jours que la guerre en Iran a éclaté, avec pour conséquence économique immédiate un prix du baril de pétrole qui s'envole et qui a largement dépassé les 100 dollars ces dernières semaines. Depuis le blocage du détroit d'Ormuz, toute l'économie mondiale est impactée. On assiste à un effet domino dévastateur qui touche la plupart des secteurs économiques

0:42

dans le monde. - Le détroit d'Ormuz représente une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique. Avoir entre ses mains une position permettant d'influencer l'économie mondiale par une seule décision est une opportunité majeure. -S.Brakhlia: Et il a raison. Le FMI prévoit qu'une majorité de pays va souffrir des conséquences du conflit. En France, l'économie, qui tournait déjà au ralenti, risque de patiner sérieusement. Le gouvernement doit annoncer des mesures supplémentaires pour limiter la casse.

1:23

Ormuz, comment l'Iran fait trembler l'économie mondiale? C'est la question et le titre de l'émission du jour. Pour y répondre, Philippe Dessertine, économiste, professeur à l'université IAE Paris-Sorbonne. Votre dernier livre, "L'horizon des possibles", est publié chez Robert Laffont. Erwan Benezet, vous êtes journaliste au Parisien. Je rappelle votre livre, "Le grand bazar de l'énergie". Fanny Guinochet est présente. Journaliste économiste pour Franceinfo. Anne-Sophie Alsif, vous êtes cheffe économiste au cabinet d'analyse économique BDO France. Bonsoir à tous les quatre.

2:05

Merci d'être présents sur le plateau. Sur cette phrase que l'on vient d'entendre, "le détroit d'Ormuz représente une opportunité aussi précieuse qu'une bombe atomique", les Iraniens ont pris conscience de l'importance de ce détroit et de son impact sur l'économie mondiale? Les Américains ne l'ont pas anticipé? -P.Dessertine: Ils en avaient conscience avant. Heureusement, ça a moins de radiations qu'une bombe atomique, mais les conséquences sont lourdes. Les conséquences par rapport à l'investissement militaire sont extraordinaires. Oui, c'est un détroit capital pour l'énergie, mais aussi pour le commerce mondial. C'est un impact énorme sur la première zone économique

2:47

du monde, l'Asie. C'est la première touchée. C'est la destinataire de l'essentiel de l'énergie qui sort du golfe Persique. On voit à quel point les conséquences en termes directs et indirects sur l'ensemble du commerce mondial et l'ensemble de l'activité sont fortes et vont être durables. -S.Brakhlia: C'est ce que l'on a du mal à comprendre. Le détroit d'Ormuz, c'est 20% de la consommation mondiale de pétrole. Pourquoi le blocage de ce site stratégique devient une bombe à retardement pour l'économie mondiale? -E.Benezet: C'est toute la constitution et la construction de l'économie mondiale d'aujourd'hui.

3:32

Un tel effet n'aurait pas pu avoir lieu il y a encore une cinquantaine d'années. On a construit dans les 30 ou 40 dernières années une mondialisation, un échange commercial avec parfois des goulots d'étranglement, que l'on a pu voir quand le canal de Suez avait été bloqué à un moment, par exemple. Il y a un effet domino qui se fait. Comme le disait Philippe Dessertine, les Iraniens en avaient conscience. Ils ont pu mettre cela en application. C'est ce que l'on appelle les guerres asymétriques. Le déploiement de moyens militaires des Etats-Unis sans commune mesure, même s'il

4:15

est conséquent, avec celui de l'Iran, par contre, ils ont un levier économique sur lequel jouer, et on voit toutes les conséquences qui auront un effet avec la durée du conflit. -S.Brakhlia: On va rentrer dans les détails de ces conséquences du blocage du détroit d'Ormuz, mais la flambée des prix du pétrole, on a déjà connu ça. Plus de 100 dollars le baril, on a connu aussi. -F.Guinochet: Oui, mais la difficulté, c'est si ça dure. On le voit, il y a déjà des questions de pénurie dans certains pays, notamment en Asie. Philippe le disait très justement, certains pays prennent des mesures pour essayer de consommer moins, des mesures de télétravail...

4:58

Vous avez tous les pays d'Asie qui sont extrêmement exposés aujourd'hui à ce trafic, ce transit des hydrocarbures, des engrais, de tout un tas de matériaux. La question du baril est vraiment indexée sur la question de la durée de ce conflit. C'est peut-être le mauvais calcul de Donald Trump, qui est parti un peu en va-t-en-guerre en disant: "On va faire une offensive, la population iranienne va se rebeller, on va écraser très rapidement l'Iran". Et en fait, 70 jours plus tard, on est dans une vraie situation d'impasse qui a un impact domino.

5:42

C'est l'effet papillon. -S.Brakhlia: Des réactions en série. Quand le FMI dit qu'il y a une majorité de pays qui va souffrir, on parle de quels pays? -A-S.Alsif: Vous l'avez très bien dit, les pays asiatiques, comme la Corée du Sud, le Japon, l'Inde, la Chine... On n'est pas dans un scénario de récession, pour l'instant. Ca peut évoluer rapidement. Par contre, dans les contributions à la croissance, l'Asie est la première zone de croissance économique et est très dynamique. Si cette zone a un ralentissement important, ça a un impact pour la croissance mondiale. C'est par ce biais-là qu'il y a des craintes et des peurs.

6:27

Beaucoup de pays asiatiques ont déjà des pénuries. La question, c'est aussi quid de la Chine. Peut-être que les Etats-Unis avaient sous-estimé cela. Ce détroit, la Chine en a besoin pour avoir son énergie. Il ne fallait peut-être pas s'y attaquer. L'autre élément, c'est qu'aujourd'hui, on voit qu'on est dans un conflit qui va durer dans le temps. On ne reviendra pas dans la situation d'avant. Donc, on aura une prime de risque qui sera beaucoup plus importante, quelle que soit cette prime. La conséquence, c'est de l'inflation énergétique, et dans les engrais, mais c'est aussi une inflation diffuse qui va être importante pour tous les biens industriels. -S.Brakhlia: Il y a des pays qui souffrent

7:10

et qui vont encore souffrir. Est-ce qu'il y a des gagnants, dans cette histoire? -P.Dessertine: C'est quelque chose qu'il faut dire et redire, il n'y a pas de gagnant. La croissance baisse partout. Les Américains, quand on regarde par rapport au poids de leur économie... -S.Brakhlia: Et les pays producteurs de pétrole? -P.Dessertine: Ils ne peuvent pas sortir. -S.Brakhlia: Je prends l'exemple de pays producteurs de pétrole et de gaz, comme l'Algérie, qui produit vachement et qui peut rendre plus... -P.Dessertine: Aujourd'hui, quand vous avez une baisse de croissance très forte... Dans le pire scénario du FMI, il y aurait 2% de croissance moyenne, donc une récession mondiale.

7:54

Personne n'y gagne. Il faut avoir l'idée, et il faut bien le comprendre, que tout le monde y perd, y compris les Américains. Ils perdent moins parce qu'ils ont des avantages en termes de production de pétrole et de gaz, mais eux aussi sont en train de chiffrer les pertes qui vont être sensibles pour la population américaine. Elles peuvent d'ailleurs être aussi quelque chose que n'avait pas mesuré Donald Trump quand il s'est lancé dans cette aventure. -S.Brakhlia: Il pensait qu'il allait régler rapidement la situation?

8:39

-P.Dessertine: Oui, qu'en liquidant les leaders iraniens, la population renverserait le régime. 70 jours après, il est lui-même avec sa population énervée. L'augmentation des taux commence à faire peur à tout le monde. -E.Benezet: Regardez ce qui se passe en France. Au tout début du conflit, les gens se sont rués dans les stations-service. On a vu l'augmentation de la consommation des carburants. Ensuite, elle a baissé, au mois d'avril, de 10%. Sans doute que cette baisse va encore perdurer. C'est exactement ce que vous disiez sur la consommation d'un point de vue globale. A long terme, ça ne fait ni le jeu d'une économie ni même des pétroliers. Le deuxième point important,

9:24

c'est que certes, à court terme, il y a des pétroliers qui font des bénéfices monumentaux, notamment TotalEnergies, sauf qu'il y a sans doute un phénomène d'accélération de la transition énergétique, puisque les ventes de voitures électriques augmentent, le gouvernement français, si on ne parle que de la France, lance son plan d'électrification, donc il va donc y avoir un glissement de la consommation vers d'autres types de consommation qui ne vont pas être favorables, notamment pour les pétroliers. -S.Brakhlia: On va revenir sur la situation française dans un instant. Je le disais il y a quelques minutes, 70 jours de guerre, et cette attente qui se fait longue d'une résolution du conflit.

10:09

Donald Trump lui-même s'impatiente. En attendant, toute l'économie mondiale est ébranlée par le blocage du détroit d'Ormuz, avec des effets qui n'ont pas fini de se faire sentir. - Sur cette photo satellite, elle apparaît en blanc, mais c'est bien d'une marée noire dont il s'agit. 3000 barils de pétrole déversés au large de l'île de Kharg, en Iran, terminal pétrolier par lequel transite 90% du pétrole iranien. Tandis qu'à Washington, Donald Trump attendait toujours une réponse de l'Iran. - Je devrais recevoir une lettre de la part de l'Iran ce soir.

10:52

On verra bien comment ça se passe. - Mais Téhéran est-il seulement prêt à négocier? Le régime met en doute le sérieux des Etats-Unis et entend bien continuer à contrôler le détroit d'Ormuz, tout en menaçant ses voisins, dont les Emirats arabes unis, contraints de se défendre face aux attaques iraniennes. - Ils ont déjà été sanctionnés et ils le seront sans aucun doute encore davantage. Ils n'ont cessé de clamer que leur pays était un havre sûr pour les investissements, et aujourd'hui, on assiste à la plus importante fuite de capitaux hors de ce pays. Ils ont subi des dommages et ils en subiront davantage. - L'Iran, maître du jeu de l'économie mondiale

11:34

depuis le blocage du détroit d'Ormuz, où passe habituellement 20% des hydrocarbures. Et un continent est particulièrement touché: l'Asie, dont 90% du GNL et plus de 80% du pétrole transitent par le détroit. - Je fais la queue depuis 5h du matin. Il est maintenant 11h. Je pensais que la situation s'améliorerait avec la hausse des prix du pétrole, mais ce n'est pas le cas. Ca ne fait que s'empirer. - Plusieurs pays en Asie contraints de se réorganiser pour faire face à la crise énergétique: incitation

12:18

au télétravail, et pour certains, d'ores et déjà, diversification de leurs approvisionnements. Arrivée en grande pompe d'un pétrolier américain au Japon, suivi d'une autre cargaison de pétrole, russe, cette fois-ci. Ces dernières semaines, plusieurs dirigeants ont négocié des achats d'hydrocarbures directement avec Vladimir Poutine. Alors que le conflit perdure, combien de temps l'économie mondiale pourra-t-elle tenir? En Europe, la banque de Norvège relève. - La guerre au Moyen-Orient continue de susciter de grandes incertitudes. Il a été décidé de porter le taux directeur à plus de 4%. La banque de Norvège a pour mission de garantir une inflation stable

13:02

et faible. - La Banque centrale européenne se donne six semaines pour augmenter potentiellement ses taux en juin. - Plus la guerre se prolongera, plus les prix de l'énergie resteront élevés, plus l'impact probable sur l'inflation générale et sur l'économie sera important. - Une inflation en hausse et des pays qui s'endettent pour limiter les effets de la crise, le FMI alerte: ces aides doivent rester temporaires et être destinées aux plus vulnérables. - J'appelle tous les pays à renoncer aux mesures unilatérales: contrôle des exportations, contrôle des prix...

13:46

Tout ce qui risque de perturber davantage la situation mondiale. Ne jetez pas de l'huile sur le feu. - Les Etats-Unis n'échappent pas non plus à la crise. A la pompe, le prix de l'essence continue à grimper. - Le prix moyen du galon est maintenant de 4,37 dollars, au plus haut depuis le début de la guerre en Iran et au plus haut depuis juillet 2022. - Je pense que ça pèse sur le budget de tout le monde, surtout de la classe ouvrière. - Devoir choisir entre l'essence de -- et la nourriture, c'est très difficile. - Une colère qui commence à se retourner

14:25

contre Donald Trump. Il a été confronté cette semaine à un autre revers de taille: ses droits de douane décrétés en février ont à nouveau été jugés illégaux. -S.Brakhlia: La question que tout le monde se pose, c'est si cette crise est une parenthèse ou si son impact sera durable. -E.Benezet: On sait quand une guerre commence et on sait jamais quand elle se termine. Le deuxième point, c'est que plus elle va durer, plus l'imbrication des économies mondiales et des échanges va faire... On parlait d'effet papillon. Il y a un effet multiplicateur qui est encore plus prégnant aujourd'hui qu'il y a 50 ans. Tout cela va dépendre de la durée. Il y a des mesures qui peuvent être prises par chaque pays et des mesures coordonnées, notamment à l'échelle européenne. -S.Brakhlia: Cette guerre continue parce que les stocks mondiaux de pétrole diminuent de jour en jour. -P.Dessertine: On est dans ce moment un peu étrange de cessez-le-feu avec un feu qui continue. Le pire scénario, c'était de dire que la guerre allait continuer avec des frappes.

15:54

On semble sortis de ce scénario. -S.Brakhlia: Ca peut repartir? -P.Dessertine: On craignait le pire. Ce qu'il se passe, c'est qu'on ne répare rien. On ne revient pas dans la situation d'avant. Ce qui apparaît clairement et qu'il faut que tout le monde ait à l'esprit, c'est qu'on va avoir pendant des mois des conséquences négatives dans le monde avec des croissances faibles. On est dans quelque chose que les belligérants n'avait pas prévu, c'est qu'on va sur des recompositions fortes. Les pays du Golfe vont devoir revoir leur modèle économique. L'Asie doit repenser complètement

16:36

ses approvisionnements. La question de la vulnérabilité du transport maritime, c'est une question capitale. On va de crise en crise avec des problèmes sur le transport maritime. Tout le monde se dit qu'il faut étudier toutes les solutions terrestres. -S.Brakhlia: Il faut tirer les leçons de ce qui se passe aujourd'hui. On est dans une période d'attente. Le président américain attend une réponse des Iraniens. A quel moment ça va devenir critique? -F.Guinochet: Ca dépend sur quel produit. Sur le pétrole, on a des stocks stratégiques. On n'en a pas sur le gaz. Nous sommes en sortie d'hiver, le gaz ne manque pas trop.

17:19

C'est à cette période de l'année qu'on fait ses réserves pour l'hiver prochain. Si cette guerre dure tout l'été, on va rentrer dans l'hiver et on n'aura pas du tout de stock de gaz ou très peu. On sera obligés de se retourner. Ca va changer des choses dans les échanges. On voit certains pays qui disent qu'ils vont revoir leur position avec la Russie parce qu'elle a du gaz et du pétrole. Jusqu'à présent, on disait qu'il ne le fallait pas. Au début, je me suis dit que si on regardait cette crise du point de vue de la planète, on allait moins consommer et ce serait bien pour la planète.

18:03

Je pensais qu'on irait plus vers l'électrification et vers les voitures électriques. En fait, non. Vous avez un certain nombre de pays qui se tournent vers le charbon. L'Italie avait décidé de fermer des centrales à charbon. Etant donné la crise, elle annonce que la fermeture sera pour plus tard. Ca rebat les cartes économiques et écologiques. Il y a encore beaucoup d'incertitudes. -A-S.Alsif: Pour nuancer, quand on regarde les chiffres des ventes de voitures électriques notamment, il y a une explosion des ventes. Il y a quand même une phase de l'électrification,

18:46

pas seulement en Europe, mais dans le monde aussi. On a eu beaucoup de crises, comme la guerre en Russie et le covid. Depuis le covid, on voit des moments de relocalisation importants. On a parlé de l'industrie textile au moment du covid. Beaucoup étaient en Asie, et après le covid, c'était beaucoup en Turquie. On a déjà eu ce processus de relocalisation qui prend du temps. Ce qu'on voit surtout, c'est que toutes ces crises sont un coup de plus qui accélère ses rapprochements. Ce n'est pas en deux jours que ça

19:31

va se faire, mais quand vous regardez le covid et la Russie, on est aujourd'hui beaucoup plus diversifiés. En Europe, la part du nucléaire est beaucoup plus importante, avec les énergies renouvelables. Il y a un processus à moyen et long terme de décarbonation en Europe qui est important. -S.Brakhlia: On va assister à une régionalisation des échanges, surtout quand on regarde ce qui se passe en Iran et cette volonté de créer une autorité pour percevoir des droits dans le détroit d'Ormuz, c'est-à-dire instaurer un péage. -P.Dessertine: Ou un piratage parce que c'est en dehors du droit international. -S.Brakhlia: Ils font aussi en fonction de leur droit national, d'après ce qu'ils disent.

20:14

Instaurer un péage à cet endroit, même si la guerre est terminée, ça va nuire au commerce international. -P.Dessertine: C'est ce qu'a dit le président de TotalEnergies. S'il y a un péage, on va payer. Il faut voir que par rapport à ce qu'on dit, plus personne ne veut aller dans le détroit d'Ormuz. Les armateurs veulent rapatrier leurs bateaux. Il est hors de question de les renvoyer même si les Etats-Unis envoient des destroyers. Les assurances ne veulent pas y aller. On a eu des problèmes sur la mer Rouge, sur l'autre détroit de la péninsule Arabique, et désormais, on fait le tour de l'Afrique. C'est plus long et plus cher,

20:58

mais on préfère ça au risque de passer dans la mer Rouge. On parle de régionalisation, mais les pays pauvres sont ceux qui sont le plus touchés. On commence déjà à avoir une vraie crise alimentaire. La crise agricole est quelque chose de très grave. On a complètement cassé la chaîne des engrais du point de vue mondial, c'est-à-dire une baisse de production. Les pays pauvres ne vont pas pouvoir produire la nourriture dont ils ont besoin. -S.Brakhlia: Quand on bloque le commerce maritime, on bloque aussi le commerce international. -P.Dessertine: Ainsi que le commerce alimentaire. Nous, pays riche, on paye plus cher et on va avoir de l'inflation, mais on va faire face. En Afrique, des pays commencent

21:43

à être touchés fort par cette crise qui ne fait que commencer. Sans engrais, on aura des baisses de rendement agricole. On est vraiment dans le social, voire l'humanitaire. -F.Guinochet: Pour préciser pour les téléspectateurs, les engrais, ça passe par le détroit d'Ormuz pour le trafic, mais le Proche-Orient est aussi une zone de grosse production d'engrais qui est aujourd'hui à l'arrêt. -S.Brakhlia: On comprend tout de suite l'effet domino dont vous parliez, cet effet papillon. Il y a le pétrole, certes, mais des matières premières et des produits dérivés peuvent être en pénurie parce qu'il n'y

22:25

a pas de circulation. -F.Guinochet: Il y a plein de produits qui circulent sur ces bateaux qui sont aujourd'hui tankés et qui ne circulent plus. -S.Brakhlia: Les caméras, c'est du pétrole. Nos vêtements, c'est du pétrole. -F.Guinochet: Les emballages, c'est du pétrole. Il y a des choses plus anecdotiques, mais l'Iran est un énorme fournisseur et producteur de pistaches. Maintenant, on va aller les chercher en Turquie. Il y a tout un tas de produits, que je n'ai pas tous en tête, qui sont impactés. Le plastique, on l'utilise encore dans tous les emballages. -E.Benezet: On parle de l'impact sur le quotidien et du plastique. C'est l'un des grands signaux d'alerte, les fabricants de plastique. L'impact peut se faire jusque dans le système de santé. Les masques, dont on a beaucoup parlé au moment du covid, les blouses, les cathéters, les seringues, les charlottes... Tout ça est à base de plastique. S'il y a une rupture demain, et ça commence

23:51

à être le cas en Asie, ce sont les hôpitaux, les pharmacies, qui se retrouvent en difficulté. Il y a une alerte des pharmaciens et des médecins que j'ai pu avoir au téléphone qui disent que demain, comme au pire moment du covid, ce seront des opérations qui peuvent être décalées parce qu'on n'aura pas tous les éléments. -F.Guinochet: On a quand même quelques stocks de masques. -E.Benezet: On a des stocks, mais j'invite les journalistes à se retourner vers le ministère de la Santé pour lui demander quelle est la quantité. Aujourd'hui, quand on lui demande,

24:34

il ne répond pas. C'est problématique. -S.Brakhlia: Il y a des risques de pénurie en France? -E.Benezet: Il y a deux choses. Il y a la pénurie matérielle et il y a la pénurie liée aux prix, qui fait que ça n'est plus économiquement viable. C'est important aussi. On ne peut pas tout acheter. A un moment, il y a le prix de rupture, et quand on le dépasse, y compris pour les plastiques, on est obligés de faire sans ces matériels. -S.Brakhlia: On a combien de stocks stratégiques

25:16

pour survivre? -P.Dessertine: On a toujours 100 jours de ressources stratégiques. Au-delà, il faudrait qu'il n'y ait plus du tout d'approvisionnement pour manger ce stock. Nous, on importe énormément. On n'est pas autonomes en matière énergétique, y compris en uranium. C'est le Kazakhstan et la Russie qui nous fournissent, ou le Niger. On importe l'uranium et le pétrole. Aujourd'hui, en réalité, TotalEnergies extrait du pétrole et ils sont surtout des traders,

26:01

des organisateurs de flux. On fait tourner les bateaux en mer en disant que certains clients sont prêts à mettre deux fois le prix. Si on ne met pas le prix, il n'y a pas d'approvisionnement. Après le covid, la France a dit qu'il était hors de question de rentrer dans la course aux prix, mais on a été les derniers servis. Il faut aussi aller dans l'augmentation. C'est comme ça que l'inflation commence partout. C'est le mot qu'on n'a pas encore trop prononcé, mais on commence à constater ce phénomène dans les économies mondiales et chez nous en particulier. -S.Brakhlia: On n'échappe pas à cette économie mondiale en France. Chez nous aussi, ça tangue. Quand les prix à la pompe s'envolent, les Français sont gênés dans leur quotidien. Choisir les transports en commun pour aller au boulot devient une nécessité. Voyez ce reportage à Dunkerque. - C'est la question qui agite le débat public depuis plusieurs semaines. *- Quelle est la bonne méthode pour faire baisser le prix de l'essence? *- A l'Assemblée, les questions tournent autour de ce sujet. *- Le gouvernement promet de changer d'échelle. - A Dunkerque comme ailleurs, les Français attendent

27:31

des solutions. Il suffit de monter dans le bus pour comprendre que la ville du Nord n'est pas épargnée. Christelle est femme de ménage. Elle tente par tous les moyens de moins utiliser sa voiture. - Avec le carburant, on n'y arrive pas. 2 euros... Même mon conjoint a une deuxième voiture, il ne peut pas. Ma voiture, je l'utilise quand je dois faire des grandes routes. Sinon, je prends plus le bus qu'autre chose. Quand c'est pas loin, je vais à pied, même

28:13

à vélo. - Etranglés par le prix de l'essence et en colère... - Ceux qui ne travaillent pas ont des aides, mais nous, on travaille tous les deux et on n'a rien. Pour le carburant, il y a rien du tout. - ...désabusés, deux tiers des Français souhaitent une aide de l'Etat pour faire face à la crise énergétique. A Dunkerque, le bus est gratuit depuis 2018. Cette mère de famille de 56 ans a choisi de vendre sa voiture il y a un an. Trop de frais. - Tout a augmenté, peu importe

28:56

ce qu'on fait. Tout a augmenté. Il faut vraiment faire attention à tout. Je fais moins de sorties payantes. Le budget est parti soit dans la nourriture, soit dans ce qu'on doit acheter pour le quotidien. Les sorties cinéma, j'y vais peut-être moins souvent. Ca aussi, c'est cher. - Un sentiment de déclassement, et quand elle voit les bénéfices réalisés par TotalEnergies depuis le début de la guerre... - C'est écoeurant. Je ne suis pas défaitiste ou fataliste, mais c'est toujours les mêmes qui payent. C'est toujours les plus démunis qui vont toujours plus galérer. Le Français moyen n'est pas moyen.

29:39

Il est bas, pour moi. Le pouvoir d'achat est beaucoup plus facile pour certains. Plus on monte dans les fonctions... Le Français moyen galère tous les jours. - Au mois d'avril, la consommation de carburant a baissé de 10%. Frédéric fait partie de ceux qui ont troqué leur voiture pour le bus gratuit. - Je gagne un plein quasiment. C'est un plus pour mon porte-monnaie. - Ce chef de projet informatique a conscience de bien gagner sa vie: 3000 euros par mois. Lui non plus ne fait plus confiance aux politiques.

30:23

- Ca fait des années que je vote pour des partis en espérant. Maintenant, l'espoir n'est plus là. A chaque fois que l'on vote, on espère et ça retombe toujours dans les mêmes travers. Il suffit de trouver la bonne personne. C'est aux Français de trancher. Ca fait longtemps qu'on n'a pas trouvé de bonnes personnes. - A Dunkerque ces dernières semaines, la fréquentation des bus a augmenté de 6%. -S.Brakhlia: A Dunkerque, le bus est gratuit. La gratuité a toujours un coût. Au fond, il y a toujours quelqu'un qui paye. Qui c'est?

31:08

-P.Dessertine: C'est les Français dans leur ensemble. Comme ça ne suffit pas, c'est de la dette en plus. -S.Brakhlia: C'est une solution rustine? -P.Dessertine: En France, il faut rappeler qu'on est à 10 millions de personnes considérées comme pauvres du point de vue statistique. La dame a raison, on a une classe moyenne qui est de plus en plus à la limite. A la fin du mois, énormément de ménages qui nous regardent n'ont plus rien sur leur compte en banque. Vous pouvez basculer très vite en négatif. C'est le déclassement qui commence. Quand on regarde du point de vue global sur les personnes pauvres, on voit

31:51

que les familles monoparentales sont dans une proportion beaucoup plus forte que le reste de la population. Les moins de 25 ans sont très touchés par la pauvreté. On peut pas parler de finances publiques désastreuses. C'est un peu ce que disent les gens dans le reportage. Il va falloir faire quelque chose. La France aujourd'hui est le pays en Europe qui en fait le moins, après en avoir fait le plus pendant le covid et le quoi qu'il en coûte qui a été prolongé. Il va falloir faire des réformes

32:35

pour dire qu'on dépense comme des fous sur certaines choses et qu'on laisse les pauvres dans ces situations. -S.Brakhlia: Il faut un prestidigitateur aux finances pour contenter les Français dans cette période de crise? -F.Guinochet: Il n'y a pas d'argent magique. Ce n'est pas uniquement au niveau des finances. Le gouvernement est confronté à ces difficultés. Depuis le début de la crise, il distille à la petite cuillère des aides ciblées et temporaires. Sébastien Lecornu a promis de changer d'échelle la semaine prochaine. Visiblement, il va élargir un peu les bénéficiaires des aides, notamment

33:14

les professions. Sébastien Lecornu veut absolument montrer, pour faire écho à ce que disait la dame, que ceux qui travaillent doivent être aidés avant tout. Il y aura les taxis qui devraient être aidés. On est à 200 millions d'aides. Ce n'est pas grand-chose. De l'autre côté, on a les caisses qui sont vides. Il faut trouver l'arbitrage. Il y a une impatience. Le gouvernement a parié un peu à l'aveugle, car personne ne savait que ce conflit serait une guerre éclair. Il y a un mécontentement, forcément, et le sentiment de ne pas être entendu. Dans le reportage, on voyait que TotalEnergies faisait des milliards d'euros de bénéfices à côté et qu'il y avait un décalage avec les gens. TotalEnergies répond en plafonnant les prix à la pompe dans ces stations, ce que font d'autres pays dans toutes les stations. On voit bien que Sébastien Lecornu ne tape pas trop sur TotalEnergies parce qu'il est bien content que dans certaines stations,

34:42

il y a un plafonnement. -S.Brakhlia: On va reparler des solutions du gouvernement. D'abord, on dit que cette guerre a coûté 6 milliards d'euros à la France, pour le moment. -A-S.Alsif: C'est de la création de richesses en moins et des aides. Il y a eu plusieurs crises, le quoi qu'il en coûte du covid et la Russie. On a eu une fragmentation de la classe moyenne. Les personnes qui gagnaient jusqu'à 1,5 SMIC, les personnes en intérim, en CDD, les jeunes... Ces personnes qui avaient moins de protection, elles ont eu une baisse de leur pouvoir d'achat

35:25

parce que la part de l'énergie et de la nourriture dans leur budget a considérablement augmenté. Les personnes qui travaillent ont eu un phénomène de paupérisation. L'autre partie des Français qui était plus protégée, avec des CDI notamment, elle a plus profité des aides qui ont été importantes et longues par rapport à nos partenaires européens. Cela s'est traduit par une explosion du taux d'épargne: +17%. Vous avez une fragmentation de la classe moyenne.

36:10

Quand on regarde les chiffres de l'inflation, on pourrait être à 2,5% d'inflation. On n'est pas encore aux 6% ou 7% d'inflation que l'on a connus. On était dans une situation où on avait plus d'inflation et où on avait un rééquilibrage. Les prix de l'énergie se sont effondrés et les salaires ont augmenté, pour cette partie encore. Aujourd'hui, on parle des aides. Quand vous donnez des aides aux ménages à faible revenu, vous obtenez du PIB. Les aides pour les ménages plus aisés se sont traduites par une augmentation du taux d'épargne. C'est aussi pour ça qu'on se retrouve avec du déficit public. -S.Brakhlia: Quelles options sont sur la table? On a entendu le Premier ministre dire qu'il fallait limiter la casse en limitant les dépenses. Quelles dépenses? -P.Dessertine: Les vraies mesures qui sont sur la table, c'est de laisser filer le déficit. C'est ça qu'on va faire. On ne peut pas le dire, mais c'est la vérité.

37:28

On a le déficit le plus fort de la zone euro. On ne fait pas de réforme, on a un budget désastreux avec un déficit épouvantable. On était contents qu'il n'y ait pas de dissolution, mais aucune action n'est faite. Aujourd'hui, il faut pas améliorer le déficit, il faut absolument trouver des ressources parce que les personnes les plus pauvres en France souffrent de plus en plus et la crise ne fait que commencer. -S.Brakhlia: Trouver des ressources ou dépenser moins? -E.Benezet: Ca va être à nouveau le même débat qui consiste à savoir si on dépense moins ou si on augmente

38:12

les recettes. Vous allez voir en septembre avec ce budget qui sera sans doute le pire budget de la Ve République, le dernier du quinquennat d'Emmanuel Macron, ce sera une foire d'empoigne. J'espère que vous avez tort, Philippe. Si on laisse encore filer le déficit, on va droit dans le mur. Le mois dernier, la France a vécu une bascule historique. On en a peu parlé. Pour la toute première fois, le premier budget de l'Etat, ce n'est plus l'éducation, ce qu'on fait pour les enfants, 63 milliards d'euros... Pour la première fois, le premier budget

38:50

de l'Etat, c'est devenu la charge de la dette, uniquement les intérêts que l'on rembourse chaque mois, pour avoir aujourd'hui 3500 milliards d'euros de dettes. Cet argent, c'est de l'argent que l'on rend aux créanciers, et c'est normal, mais c'est de l'argent que l'on ne met pas dans d'autres postes budgétaires. C'est très grave. -S.Brakhlia: Vous avez entendu les différentes propositions des partis politiques pour essayer de trouver de l'argent et d'aider les Français les plus modestes. Je vais les soumettre. On commence par le Rassemblement National: baisser

39:34

les taxes sur le carburant. Bonne ou mauvaise idée? -E.Benezet: Si vous baissez à 5,5% de taxes, ça coûte 1 milliard d'euros par mois, c'est-à-dire 12 milliards d'euros par an. En plus, ce n'est pas ciblé. -F.Guinochet: Le plus riche va aller à la pompe et il va prendre son essence. Il aura une aide alors que ce sera pas le travailleur ou la famille monoparentale qui en aura le plus besoin. -P.Dessertine: Quand on dit "baisser les taxes", ça veut dire "augmenter le déficit". Ca veut dire augmenter la dette. -F.Guinochet: La TVA et les taxes, c'est de l'argent qui rentre dans les caisses de l'Etat.

40:17

-E.Benezet: La TVA, c'est 40 milliards par année. -S.Brakhlia: Taxer TotalEnergies, c'est la volonté de certains. Patrick Pouyanné a prévenu: "Si on taxe davantage TotalEnergies, le plafonnement des prix, c'est terminé." -F.Guinochet: Ce n'est pas fromage et dessert. Soit les prix sont plafonnés à la pompe pour les automobilistes, soit TotalEnergies est taxé sur les superprofits et TotalEnergies arrêtera de faire cela. -S.Brakhlia: On a quand même entendu la dame dans le reportage: "Les profits de TotalEnergies, ça me choque." C'est un profiteur de crise? -F.Guinochet: TotalEnergies

41:02

est dans son rôle. Il connaît son business. Il voit qu'il y a un détroit qui est bloqué. Il se fait de l'argent parce qu'il se dit que ce sera compliqué. Donc il achète. Il achète le baril de pétrole avant que ça augmente en prix. TotalEnergies bénéficie de cette crise. La question, c'est de savoir s'il redistribue suffisamment. La France est le seul pays où TotalEnergies plafonne ses prix. -S.Brakhlia: C'est une faveur? -F.Guinochet: Ca dépend d'où on met le curseur pour la fiscalité.

41:45

On parlait de pénurie au début de l'émission. On est bien contents d'avoir une entreprise française qui détient tout le champ de la filière: de l'exploration jusqu'à la distribution. TotalEnergies est la seule entreprise française qui a toute la chaîne. Je précise que je n'ai pas d'action chez TotalEnergies. -E.Benezet: Ce n'est pas un profiteur de crise, c'est un profiteur de marché. de crise, c'est un profiteur de marché. de crise, c'est un profiteur de marché. C'est son travail. Essayer d'identifier des boucs émissaires, c'est toujours un peu dangereux. Ca a été la même chose avec EDF

42:28

pendant la crise en Ukraine. Aujourd'hui, c'est TotalEnergies. Est-ce qu'il faut surtaxer TotalEnergies? On se pose la question au niveau européen sur les superprofits. C'est une question politique et économique. S'en tenir à ça, c'est une erreur. Derrière, il faut trouver des solutions plus structurelles pour se désengager, se rendre moins dépendant de ces pays... -S.Brakhlia: J'ai encore une nouvelle proposition, celle de La France Insoumise, qui propose le blocage des prix. Ca peut marcher? -P.Dessertine: Qui va payer?

43:11

Ce n'est pas la France qui a fait des prix élevés. Quand elle bloque les prix, c'est-à-dire qu'elle achète à prix élevé et que quelqu'un paye, en l'occurrence l'Etat. -E.Benezet: Depuis tout à l'heure, on parle du spectre d'une pénurie. Si demain, les prix reviennent à des niveaux classiques, on relance la consommation. C'est déjà une épine dans la transition énergétique. Mais aussi, on accélère le risque de pénurie si la guerre perdure. -P.Dessertine: Vous avez prononcé

43:51

un chiffre tout à l'heure. Quand vous chiffrez tout, c'est jusqu'à 17 milliards sur l'économie française. Ce n'est pas l'impact le plus fort pour nous. Les Italiens et les Allemands sont beaucoup plus forts. Vous avez déjà les finances publiques. Si l'économie marche moins bien, il y aura moins d'impôt qui va rentrer. Au premier trimestre, on est en croissance. -S.Brakhlia: Est-ce qu'il y a un risque de récession pour la suite? -F.Guinochet: Il y a un ralentissement de l'activité. Les 6 milliards, c'est une estimation. Dedans, vous avez plus de 3,5 milliards sur la charge de la dette. Les taux ont monté en un mois. Comme on a beaucoup de dette, nous, il y a un effet volume. Ca nous coûte très cher. Même si on est présent uniquement en mode défensif dans le golfe, ça nous coûte de l'argent pour nos armées. C'est vraiment ça. Et puis il y a les aides. Mais Philippe a raison, à côté, il y a une consommation des gens qui vont moins consommer, vont moins aller

45:19

au restaurant. Vous avez une activité où vous ne pouvez pas exporter, vous êtes un fabricant de plastique, votre matière première coûte beaucoup plus cher, donc vous réduisez... Toute l'activité derrière ralentit. Pour l'instant, on le mesure avec les 0 % du début du trimestre, mais plus ça va durer et plus vous achetez vos produits cher pour faire votre activité et plus ça va faire 0, et peut-être un peu moins. -A-S.Alsif: L'intérêt, c'est aussi de regarder les contributions sous-jacentes. C'est intéressant. La conséquence peut vraiment être l'investissement

46:04

des entreprises qui redevient en contribution négative. Ca fait déjà deux ans, dans un contexte où la Chine et les Etats-Unis investissent massivement. Même au niveau européen, l'Allemagne investit plus de 500 milliards. Tout le monde réinvestit parce qu'il y a des besoins énormes sur le moyens et le long terme, et nous, comme on est un pays de consommation, on risque de sacrifier cet investissement pour financer des dépenses courantes. -S.Brakhlia: Par rapport à nos voisins européens, on s'en sort mieux ou moins bien dans cette crise? -A-S.Alsif: On s'en sort mieux grâce à notre énergie décarbonée. On a beaucoup moins d'inflation que l'Allemagne parce qu'on a la chance

46:48

d'avoir cette énergie décarbonée et que cela nous protège par rapport au pouvoir d'achat. On se souvient de la première crise avec la Russie, on n'a pas eu la même augmentation que dans les autres pays. Aujourd'hui, c'est un atout pour l'industrie et notre industrialisation. -F.Guinochet: EDF, c'était les grands méchants, avant. Là, EDF a été nationalisée, et on ne pourra pas nationaliser Total, on n'en aura pas les moyens. Sinon, on fait exploser la cagnotte. Sinon, la crise Covid et Ukraine, EDF, ça a été comme une prise de conscience de dire qu'on avait flingué notre nucléaire, qu'il fallait absolument remettre

47:32

en place cette filière et remettre des compétences, des fonds. Aujourd'hui, vous voyez bien que l'acceptation du nucléaire a changé. -S.Brakhlia: Pardon, je vous écoute, mais vous n'êtes pas du tout optimiste, donc ça m'inquiète. Sur le nucléaire, d'accord, mais sur le pétrole, la crise que l'on traverse... -A-S.Alsif: Si vous êtes plus dépendant de l'énergie que vous produisez que du pétrole, c'est une bonne nouvelle. -E.Benezet: Dans trois semaines, il y a la neuvième édition de Choose France. C'est tous les investisseurs étrangers qui arrivent en France. Une partie de ces investissements seront dus

48:16

à l'énergie décarbonés. Le président de la République met en avant la stabilité de la zone européenne et de la France. Il y a quelques mois, ça aurait été... Mais il met cela en avant vis-à-vis de l'instabilité qu'il peut y avoir dans d'autres pays. Si on réussit à regagner une certaine stabilité économique, fiscale, politique, les événements comme Choose France risquent de montrer... -A-S.Alsif: Au dernier trimestre, la balance commerciale de la France était excédentaire grâce à l'aéronautique. -S.Brakhlia: Agnès est d'accord avec vous.

48:59

Elle nous regarde depuis les Vosges. -F.Guinochet: C'est vrai qu'il y a un changement qui s'opère. Il y aura certainement aussi des innovations. Les Français ne sont pas mauvais en termes d'innovation, même si ça ne débouche pas toujours sur quoi que ce soit. On a quand même quelques très bons chercheurs. Ca va accélérer la recherche. Quand vous n'avez plus de pétrole et que vous avez un accès beaucoup plus difficile au pétrole, quand vous avez des ruptures d'approvisionnement ou des changements, oui, il va y avoir des solutions... Les consommateurs font leurs arbitrages. C'est ce qui se disait sur la voiture électrique.

49:43

Ca fait deux ans qu'il y a cette petite musique, mais il y a un certain nombre de foyers qui ont basculé, ceux qui le peuvent... Il y a les solutions de leasing. C'est +40% de bascule vers l'électrique si on regarde les chiffres du mois dernier. -A-S.Alsif: Pour des raisons de pouvoir d'achat. -E.Benezet: Une voiture sur trois, neuve, est électrique. On n'est surtout pas en train de dire que la guerre est une bonne chose. On est en train de dire que c'est une chose terrible qui nous permet peut-être de prendre des décisions qui permettront peut-être de ne pas renouveler des erreurs qui conduisent aux guerres. -S.Brakhlia: D'accord, mais aujourd'hui,

50:27

il y a une crise à la pompe. Les prix sont très élevés. La question que tout le monde se pose, et j'imagine que Sébastien Lecornu aussi, c'est qu'il peut y avoir un retour des gilets jaunes. -P.Dessertine: Par rapport à ce que l'on disait, parce qu'on parle beaucoup du côté positif, il faut rappeler que plus des deux tiers de notre mix énergétique est d'énergie fossile. Quand on dit qu'on a une électricité décarbonée, oui, mais l'électricité n'est pas la totalité. La majorité de notre énergie, et en particulier le transport routier, il n'est pas électrique du tout. Or, c'est fondamental

51:09

dans tout ce qu'on consomme. Quand ça augmente, vous avez des transporteurs en difficulté, voire en faillite. Vous avez des répercussions qui se font sentir dans le quotidien, en particulier dans ce que l'on évoquait tout à l'heure, dans l'alimentaire. Le risque sur les gilets jaunes, c'est quelque chose... C'est des gens désespérés. Non seulement ils avaient peu de pouvoir d'achat, mais surtout de moins en moins. La dame du reportage disait qu'elle n'allait plus au cinéma. Il y a plein de ménages en France, notamment

51:53

les familles monoparentales, dans lesquels on ne va plus au cinéma. Si vous commencez à avoir encore de la restriction... -S.Brakhlia: Ca va devenir compliqué. -E.Benezet: La question des gilets jaunes est la question qui est dans la tête de tous les membres du gouvernement. Il y a quand même au moins deux grandes différences qui vont dans deux sens opposés. La première, c'est qu'en fin 2018, quand le mouvement des gilets jaunes explose, c'est lié à un projet de surtaxe sur le carburant. A l'époque, l'ennemi, le coupable est tout désigné, c'est le politique français. Donc, ça s'embrase. Pourquoi il n'y a pas eu un nouveau mouvement des gilets jaunes en 2022-2023? La crise était exogène. Le gouvernement n'était pas responsable de cette crise.

52:38

Actuellement, c'est une guerre, c'est des décisions extérieures. Le gouvernement français est sur une ligne de crête. Il doit montrer que les réponses qu'il apporte sont les bonnes, et on dit qu'il vaut mieux des réponses structurelles que conjoncturelles, qu'il faut investir dans la transition énergétique, et tant qu'il réussit à prouver ça, il y a d'espoir qu'il n'y ait pas de nouveau mouvement de gilets jaunes. Tout à l'heure, dans le témoignage, un des témoins disait: "Ca fait des années que je vote pour des partis en espérant, mais aujourd'hui, il n'y a plus d'espoir." Ce désespoir peut se traduire dans les urnes aux prochaines élections. C'est ça, le vrai risque.

53:21

-S.Brakhlia: Depuis le début de l'émission, on parle des répercussions négatives de cette crise mondiale qui nous impacte aussi, mais il y a des gagnants, les partisans de l'or noir, et pour eux, la guerre est porteuse de bonnes affaires. Reportage dans le Texas. - Dans les grandes plaines de l'ouest du Texas, ils font partie du paysage. Les puits de pétrole se comptent par milliers, emblèmes de la puissante industrie de l'or noir. Plus de 6 millions de barils sortent de terre chaque jour dans la région, l'équivalent de la moitié de la production américaine. Cet homme baigne dans le pétrole

54:06

depuis toujours. - Ca, c'est une foreuse conventionnelle utilisée ici, dans le comté de Midland. Cette plate-forme est conçue pour une profondeur conçue entre 4200 et 4800 mètres. Ca vous donne une idée de la profondeur. - Il est aujourd'hui à la tête de sa propre entreprise d'extraction. - Dans ma famille, ça fait quatre générations qu'on travaille dans le pétrole. Je suis tombé amoureux de ce secteur grâce à mon père, qui travaillait dans l'exploration pétrolière et gazière. J'ai attrapé le virus. J'ai su ce que je voulais faire pour le reste de ma vie.

54:50

- Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, la demande mondiale a explosé. Le prix du baril a bondi de 60% et toute l'industrie en tire profit. La guerre est bonne pour les affaires. - Les Etats-Unis occupent une position tout à fait unique et ont la chance d'être exportateurs de pétrole et de gaz, et non plus importateurs. Nous ne sommes pas dépendant de l'Iran. Nous n'avons pas besoin de lui acheter des barils. - Le secteur a de beaux jours devant lui. Donald Trump ne cesse d'encourager les producteurs de pétrole américain

55:29

à augmenter la cadence et à creuser toujours plus. - Cela vous montre combien de puits se trouvent rien que dans ce comté. Et cela continue encore et encore. Trump a été un visionnaire en termes de réglementation avec ses déclarations du type: "Forez, forez, forez". - Pour lui, c'est un enjeu stratégique. - Les Européens ont décidé pour des raisons environnementales et politiques de se retirer du secteur des énergies fossiles. Mais cela a un coût.

56:12

Ils en payent le prix aujourd'hui en se retrouvant sans énergie à leur disposition. Les gens ne se rendent pas compte, mais le pétrole, ce n'est pas que l'essence. Désolé de vous le dire, mais tout ce que vous avez sur vous est à base d'hydrocarbure ou de ses composants. Votre téléphone, cette caméra qui filme, le moyen par lequel vous êtes venus ici... - Ici, un habitant sur deux travaille dans l'industrie pétrolière. Dans ce restaurant de bord de route, les employés du secteur se retrouvent pour le déjeuner. Les effets de l'inflation liée à la guerre en Iran se retrouvent dans les assiettes. - Tout le monde garde son argent

56:56

bien au chaud, sans dépenser beaucoup, jusqu'à ce qu'on comprenne ce qui se passe dans le détroit d'Ormuz. - Ces clients ont tous voté pour Donald Trump. Qu'importe s'ils payent aujourd'hui leur essence 40% plus chère, leur soutien est indéfectible. - C'est vrai que le prix d'essence a augmenté, mais il va finir par baisser. Oui, je pense simplement que Trump défend les intérêts de la plupart des gens. - La raison de cette guerre, ce sont les armes nucléaires que les Iraniens essayent de fabriquer. C'est un danger pour toi, pour moi, pour tout le monde. Je n'ai aucune pitié pour les Iraniens, aucune pitié pour les Russes,

57:40

aucune pitié pour les Chinois. Voilà, tu m'as demandé, je t'ai répondu. - Des trumpistes envers et et contre tout. Selon un récent sondage, 61% des Américains désapprouvent la manière dont Donald Trump gère le conflit en Iran. -S.Brakhlia: L'Iran a-t-il pris en otage le monde entier excepté les Etats-Unis? C'est une question d'Henri. -P.Dessertine: Les Etats-Unis perdent aussi. Quand on fait le total de la perte... Eux financent la guerre, ce n'est pas rien. Ils ont aussi l'inflation qui commence. Ils ont des taux d'intérêt. Les Etats-Unis sont très endettés.

58:24

La charge de la dette monte de façon très forte sur la société américaine. Et les prix à la pompe aussi, 40%! C'est énorme. C'est tellement important quand tout le monde utilise sa voiture. En plus, il n'y a pas beaucoup de voitures électriques aux Etats-Unis. Quand on surveille ce qui a augmenté depuis trois mois, on surveille beaucoup l'augmentation de valeur. Les pétroliers ont été augmentés, un peu partout dans le monde, oui, mais ce qui augmente beaucoup, c'est l'intelligence artificielle. Quand vous regardez les images du Texas, ce n'est pas la Californie.

59:07

-S.Brakhlia: On n'est pas dans le futur. Une des personnes interviewés se moque de nous parce qu'on a choisi la voie des énergies renouvelables. C'est une vision à court terme fausse? -A-S.Alsif: Oui, et surtout une vision fausse. Dans les chaînes de valeur, ça fait 15 ans qu'ils ont régionalisé. Ils sont exportateurs de pétrole et de gaz. Maintenant, ils importent auprès des Canadiens et de l'Amérique du sud, donc plus du tout le Moyen-Orient et la Russie. La Chine a énormément diversifié. Elle n'importe pas plus de 10%

59:50

d'un pays. Elle s'est beaucoup diversifiée notamment en Afrique. Donc, cette diversification la protège aussi, même si elle a aussi besoin de l'Iran en approvisionnement. Nous, on a fait le choix inverse. On est dépendant à 60% d'une énergie. Depuis, on s'est diversifié, mais prendre le tournant de l'électrique et du renouvelable alors qu'on est l'une des plus grandes puissances à en produire, ça peut être un véritable atout. Surtout, on n'a pas le choix. Autant prendre le virage là

1:00:26

où on a un avantage. -P.Dessertine: Ce n'est pas pour finir. Vraiment, c'est l'ombre qui plane sur l'économie mondiale, le risque sur la finance. Même quand on évoquait les pétroliers, Total est très exposé. Leur activité suppose beaucoup de liquidités, d'argent, de finances. Ils sont très financiés. L'inflation peut entraîner une hausse des taux. On l'a vu tout à l'heure dans le reportage. La BCE a maintenu les taux, mais tout le monde s'attend à une augmentation des taux en juin. Le monde financier est vraiment en observation forte. On a eu de grosses alertes sur la dette privée. Ca inquiète tout le monde. L'augmentation des taux, c'est la fragilité financière qui serait vraiment la manière dont pourrait se propager une crise beaucoup plus fortement que sur une crise économique. -E.Benezet: Pourquoi, pour l'instant, la Banque centrale européenne joue la montre? Il y a un autre spectre avant une éventuelle déflation, c'est la stagflation. -S.Brakhlia: Ca veut dire quoi? -E.Benezet: C'est pas de croissance et une hausse des prix. Deux effets qui sont a priori antinomiques, mais qui se superposent.

1:01:53

Il y a un effet démultiplicateur. Les prix augmentent et il n'y a pas de croissance. Le pays ne peut pas s'enrichir et se permettre d'affronter l'augmentation des prix. Jouer sur les taux, c'est jouer sur l'un des éléments et aggraver l'autre. C'est très compliqué pour une banque centrale. -S.Brakhlia: D'où la précaution du moment. Question suivante. -F.Guinochet: On va voir la semaine prochaine Donald Trump qui sera en Chine. On va voir la façon... La Chine pèse. On va voir comment se passent les échanges. Il est probable que la Chine fasse passer le message Donald à Trump d'arrêter

1:02:37

ou en tout cas de trouver une solution. Après, la Chine est aussi proche de l'Iran, mais bon, on n'en est pas là. -E.Benezet: Elle peut le faire d'un point de vue politique et aussi d'un point de vue économique, comme l'a fait sur les droits de douane, notamment en agissant sur les semi-conducteurs. -S.Brakhlia: Nouvelle question. -P.Dessertine: C'est le terrestre. Ca revient à ce qu'on disait tout à l'heure. Ce sont des investissements énormes qui vont prendre du temps. Surtout, ça signifie qu'on ne va pas investir ailleurs. On va avoir des choix d'arbitrage. Si on dit qu'on fait des pipelines,

1:03:20

on fait du terrestre. Ca remet en question ce qu'on a évoqué à plusieurs reprises. La Russie est relié -- reliée à l'Asie par la terre et à l'Europe par la terre aussi. C'est un avantage énorme qui avait donné lieu à des constructions d'oléoducs et de gazoducs qui se sont tous arrêtés pour l'essentiel. -S.Brakhlia: Dernière remarque quand même qui est bien vue. -A-S.Alsif: Ca veut dire qu'il y a encore un peu de pouvoir d'achat, peut-être. -P.Dessertine: Mais il y a une baisse de consommation. -F.Guinochet: Il y a aussi des trains

1:04:02

qui se remplissent. -E.Benezet: La mobilité demeure contrainte. -S.Brakhlia: Merci beaucoup à tous les quatre d'avoir participé. Dans un instant, l'équipe de "C à vous". Bonsoir, Mohamed. -M.Bouhafsi: Bonsoir. Pendant huit ans, un journaliste a enquêté partout pour comprendre pourquoi les impérialistes veulent défaire l'Europe et tout particulièrement la France. Il est l'invité de "C à vous". Le 14 mai 1941, près de 3800 Juifs étaient déportés. Près de 85 ans après, deux collectionneurs ont retrouvé 98 photos qui détaillent cette arrestation.