Femme, Réveille-toi ! : le théâtre s'invite à l'Assemblée nationale | Évènement - 08/04/2026
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Bienvenue sur LCP pour une séance un peu particulière. Dans quelques minutes, vous allez découvrir dans l'hémicycle une reconstitution théâtrale de grands discours prononcés par des femmes. Gisèle Halimi, Simone Veil, Christiane Taubira ou encore Edith Cresson. Deux siècles de prise de parole féminine. Une session dirigée par Yael Brown-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale. On la retrouvera juste après cette séance intitulée « Femmes, réveille-toi ! » Un clin d'œil, un hommage à cette célèbre phrase écrite par Olympe de Gouges pendant la Révolution française. A tout à l'heure. Bonjour à tous, la séance est ouverte.
Il y a 80 ans, le préambule de la Constitution de la IVe République affirmait ce principe fondamental. La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme. Cependant, les inégalités de genre ont continué à fracturer la société. Particulièrement dans cet hémicycle resté désespérément masculin. Le 21 octobre 1945, 33 femmes étaient élues députées. Elles furent immédiatement et ironiquement surnommées les députettes. En 1958, l'Assemblée nationale ne comptait plus que 8 députées femmes. Et elles n'étaient encore que 35 en 1993. Malgré tout, de grandes figures politiques ont marqué l'histoire de cet hémicycle.
A l'image des pionnières, Mathilde Gabriel Péry, Germaine Pérol et Germaine Poinceau-Chapuis. A l'image aussi de Simone Veil ou de Gisèle Halimi. Aujourd'hui, pour rendre hommage à toutes ces femmes politiques qui ont porté les idéaux de la République, nous avons choisi de renverser les rôles. Seules des femmes prendront la parole. Pour une fois, les hommes resteront silencieux. Ces grandes oratrices interviendront sur des sujets variés. Droits des femmes, évidemment, mais également économie, défense nationale. Car aucun sujet ne saurait être l'apanage d'une moitié de la population.
Et pour commencer cette séance, j'ai l'immense honneur, pour la première fois dans l'histoire de notre Assemblée, de donner la parole à Madame Olympe de Gouges, autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dont le buste veille à l'entrée de notre hémicycle. Madame Olympe de Gouges, je vous invite à venir à la tribune de l'oratrice de l'Assemblée nationale, sous vos applaudissements.
Madame la Présidente, mes chers collègues, je souhaiterais ici m'adresser directement aux femmes de ce pays. Oh, femmes, femmes, qu'en cesserez-vous d'être aveugles ? Craignez-vous que nos législateurs français, correcteurs de cette morale souvent accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent ? Femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout ! Auriez-vous à répondre ? S'ils s'obstinaient dans leur faiblesse à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes, opposer courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité.
Réunissez-vous sous les étendards de la philosophie, déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampant à vos pieds, mais fiers de participer avec vous au trésor de l'être suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir. Vous n'avez qu'à le vouloir. Femmes, réveille-toi ! Le toxin de la raison se fait entendre dans tout l'univers. Reconnais tes droits ! Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatismes, de superstitieux, de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation.
L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux siennes pour briser ses fiers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. C'est pourquoi les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation demandent à être constituées en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements. Ces représentantes ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle les droits naturels inaliénables. et sacrées de la femme.
Afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs. Afin que les actes du pouvoir des femmes et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés. Afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur, en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'être suprême, les droits de la femme et de la citoyenne. En somme, la femme a le droit de monter à l'échafaud ? Elle doit avoir également le droit de monter à la tribune.
Je vous remercie, Mme Olympe de Gouges. Pour vous répondre, la parole est à Mme Gabrielle Péry, députée communiste, membre de l'Assemblée consultative provisoire, future vice-présidente de l'Assemblée nationale. Mme la députée, vous allez évoquer le rôle des femmes dans la France de la libération en mai 1945. Je vous invite à monter à la tribune.
Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les députés, Chers collègues, Quelle Française n'aurait pas été soulevée d'enthousiasme en parlant de la capitulation des armées allemandes, mettant fin au carnage des hommes et des femmes ? Pourtant, cet enthousiasme n'était pas sans mélange. Et dans cette journée d'allégresse, Comment chaque femme de France n'aurait-elle pas regretté de ne pouvoir se laisser aller à la même euphorie qui, en 1918, s'est emparée des Français quand le Carillon annonça le 11 novembre la défaite des armées de Guillaume II ? Car ils avaient alors l'illusion que ce serait la dernière guerre. Hélas, la mort a frappé trop de foyers.
L'angoisse étreint encore trop de Français depuis que les troupes alliées ont brisé le silence de l'enfer des camps nazis. La malfaisance de cette idéologie démoniaque s'est gravée sur bien des visages, s'est inscrite sur les pierres des ruines. Dans la sanglante épreuve que nous avons traversée, chaque Française, plus ou moins cruellement atteinte, a été emportée par la tourmente. Les femmes ont partagé les peines glorieuses des hommes de chez nous.
Moins que les hommes ! Moins que les hommes !
Oui, je le dis, les femmes ont lutté, souffert, travaillé. Dans la solitude douloureuse ou dans l'exaltation de la lutte, un grand nombre de femmes, étrangères à toute politique, ont compris que la guerre n'est pas un cataclysme de la nature, que la guerre est déterminée par les hommes. Mais après cinq ans de guerre, il y a bien des simples gens, des femmes qui n'avaient jamais fait de politique, et qui comprennent que Hitler a battu, l'égoïsme demeure. Au lendemain de la capitulation hitlérienne, les Françaises sont surprises de voir encore impunies les mains qui ont semé la ruine et le deuil. « N'avons-nous donc pas assez souffert ?
N'avons-nous donc pas assez payé pour n'être plus aveugle ? » Si dans cette lutte nationale, nous avons gagné quelque chose, nous avons gagné la lucidité. Et quand je dis « nous », je veux dire « les femmes ». Il a surgi de ce chaos une femme nouvelle. Elle s'est dégagée des vaines lamentations, précisément à cause de la conscience politique qu'elle a acquise pendant la résistance. Elle a compris cette vérité, si bien formulée par le théoricien militaire prussien Klaus Witz. La guerre est la continuation de la politique de temps de paix par d'autres moyens.
Cette nouvelle femme française, tous lui rendent justice puisque l'Assemblée d'Alger, puis notre gouvernement, lui ont accordé des droits que l'ennemi de la vraie démocratie avait si longtemps refusé à ses devancières. Aussi, cette nouvelle française, ses nouveaux devoirs civiques, l'incitent à s'intéresser plus encore à l'enchaînement des problèmes sociaux. D'ailleurs, la première expérience du vote des femmes, le 29 avril 1945, au municipal, est concluante. Les femmes dans ce vote ont fait bloc aux côtés des hommes et avec eux, signifiait que leur volonté était bien d'aller de l'avant. Dans cette volonté française, les femmes ne se séparent plus des hommes.
De même que la France entend ne pas se séparer des autres peuples qui avec elles ont payé ainsi au prix le droit d'exprimer cette volonté. Et des cloches de l'armistice, si les femmes de France tirent une leçon, ce sera de s'engager résolument, pareil à leurs compagnons, dans la reconstruction d'un monde où le bonheur ne soit plus à la merci de l'égoïsme, de puissances obscures et les petits-enfants jetés dans la chauve-vive.
Merci beaucoup, Madame la députée. Après avoir abordé la question de la citoyenneté, nous allons aborder le droit à disposer de son corps. Et donc, je vais donner la parole à Madame Jacqueline Thaume-Patte-Nôtre, députée radicale puis sous-secrétaire d'État à la reconstruction et au logement de la IVe République pour une intervention portant sur l'accès des femmes à la contraception. Nous sommes alors en 1967.
Monsieur le ministre, Madame la Présidente, mes chers collègues, nous constatons aujourd'hui avec quelques satisfactions que le Sénat s'est prononcé après notre Assemblée en faveur de la modification de la loi du 31 juillet 1920. La France prend ainsi sa place parmi les nations qui reconnaissent la liberté de la conception comme un droit essentiel et abandonne enfin une législation rétrograde et dépassée.
Puisque l'accord semble pratiquement réalisé, j'insisterai surtout sur ce qui reste à faire pour que la possibilité désormais offerte aux couples de choisir le nombre de leurs enfants et le moment de leur naissance s'exerce dans le sens non du malthusianisme, limitation volontaire des naissances, mais de l'épanouissement et du développement de la famille française dans la liberté et dans l'équilibre. Malheureusement, en France, l'ère de l'enfant unique n'a pas attendu celle de la diffusion des méthodes contraceptives scientifiques.
Pour combattre cette tendance que l'on croyait disparue depuis la guerre, il faut donc permettre aux familles d'accueillir un nouvel enfant sans qu'elle ait à subir des difficultés ou des restrictions, interdisant toute amélioration de leurs conditions de vie comme c'est souvent le cas aujourd'hui. À cet égard, l'opposition entre le foyer et le travail est un faux problème. Dès lors qu'un couple est en mesure de choisir le moment où ses enfants viendront au monde, la femme peut avoir une vie à part entière, l'organiser sur les plans professionnels et maternels et se réaliser elle-même si elle le souhaite.
À toutes les femmes qui ont de jeunes enfants et qui ne veulent pas oublier ou gaspiller la formation reçue, il faut donc donner des possibilités de travail égales. À cet effet, il convient d'accroître les équipements sociaux, notamment les crèches et les garderies. Encore faut-il admettre et favoriser la mutation entre le foyer et le travail que connaissent la plupart des femmes mariées au moment de la naissance de leur premier enfant et lorsque leurs enfants étant élevés, elles souhaitent reprendre une activité professionnelle. En outre, l'étude des méthodes contraceptives et de leurs effets devrait figurer au programme des facultés de médecine.
Mais bien sûr, bien sûr.
Aussi, M. le ministre, souhaitons-nous vivement recevoir l'assurance qu'un enseignement universitaire et post-universitaire pourra être créé, qui permettra aux médecins de remplir leur double rôle d'informateur qualifié et de praticien. Enfin, et surtout, des mesures doivent être prises pour résoudre une crise du logement intolérable, caractérisée non seulement par l'insuffisance du membre des logements, mais aussi, phénomène, hélas, tout aussi grave, par l'inadaptation des loyers au salaire et l'impossibilité d'accéder à la propriété pour une grande partie des Français, des jeunes ménages, notamment, en raison de la faiblesse de leurs revenus.
Nous voterons cette réforme tant attendue parce qu'elle constitue un progrès considérable sur le plan de la promotion de la femme, et de la prise de conscience des couples. Nous espérons qu'elle aura également le mérite de mettre en évidence la nécessité et l'urgence de méthodes économiques et sociales, faute desquelles nous risquerions d'assister à la détérioration du progrès constamment recherché du niveau de vie des familles.
Merci beaucoup, Madame la députée. Et puisque le droit de disposer de son corps implique la possibilité de mettre fin à une grossesse non désirée, je donne la parole à Madame Simone Veil, ministre de la Santé, pour défendre la loi relative à l'IVG de 1974.
Madame la Présidente,
Mesdames, Messieurs, nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. tout le démontrent. Les études et les travaux menés depuis plusieurs années, les auditions de votre commission, l'expérience des autres pays européens, et la plupart d'entre vous le sentent, et qui savent qu'on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu'on ne peut plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ces rigueurs. Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirais même qu'elle est déplorable et même dramatique.
Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l'écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est telles, qu'il n'y a plus à proprement parler de répression, c'est le respect des citoyens pour la loi et donc l'autorité de l'État qui sont mises en cause.
Lorsque des médecins dans leur cabinet enfreignent la loi et le font connaître et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d'organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque aux mêmes fins sont organisées ouvertement et même par charter des voyages à l'étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie qui ne peut plus continuer. Mais me direz-vous pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ?
Pourquoi ne pas faire respecter la loi ? Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c'est bien qu'ils s'y sentent contraints, en opposition parfois avec leurs convictions personnelles. ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu'ils ne peuvent méconnaître. Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leurs conseils et leur soutien, ils la rejettent dans la solitude et dans l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions qui risquent de la laisser mutiler à jamais.
Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, elle se rendra dans un pays voisin ou même en France, dans certaines cliniques et elle pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous, citoyens, chaque jour et que nous ignorons, nous les côtoyons, nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames. C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser et comment y parvenir.
Je le dis avec toute ma conviction, l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme. Je m'excuse de le faire devant cette assemblée presque exclusivement
composée d'hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
mais nous ne pouvons plus fermer les yeux devant les 300 000 avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou qui traumatisent celles qui y ont recours. L'histoire nous montre que les grands débats qui ont divisé à un moment les Français apparaissent avec le recul du temps comme une étape nécessaire à la formation d'un nouveau consensus social et qui s'inscrit dans la tradition de tolérance et de mesure de notre pays. Je ne suis pas de celles et de ceux qui redoutent l'avenir. Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu'elles diffèrent de nous.
Nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celles dont nous l'avons été mais cette jeunesse est courageuse capable d'enthousiasme et de sacrifice comme les autres sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême. Merci beaucoup Madame la Ministre.
Et après la loi de 1974 nous avons voté le 8 mars 2024 au Congrès à Versailles la constitutionnalisation de l'interruption volontaire de grossesse pour pouvoir protéger ce droit au plus haut niveau de normes de notre République. Alors après le droit de disposer librement de son corps nous voulions aborder la question de la diplomatie et de la guerre car ce sont des noms féminins. Et donc pour pouvoir en paraphasant en paraphasant paraphasant merci Clémenceau je dirais que la guerre est sans doute une chose trop grave pour la conflit à des hommes.
Et je donne désormais la parole à la première première ministre de notre histoire Madame Edith Cresson nommée à Matignon en mai 1991 elle définit dans sa déclaration de politique générale la position de la France post-guerre froide. Madame la première ministre vous avez la parole.
Madame la Présidente Mesdames et Messieurs les députés la France a fait le choix de l'Europe elle a fait le choix d'une affirmation de son indépendance c'est à poursuivre cette action que je m'engage. Aujourd'hui en cette année 1991 nous suivons avec attention et encourageons l'effort des Etats-Unis pour réunir les conditions du dialogue entre Israël et les Palestiniens et avec les pays arabes. Tout est bon qui sert le dialogue et la paix mais l'impatience des Palestiniens et de tous les peuples de la région ne peut s'accommoder durablement du statu quo. La France ne transigera ni sur la sécurité d'Israël ni sur le droit des Palestiniens à disposer d'un Etat.
C'est dans le même esprit que la France défend l'indépendance et la souveraineté du Liban. C'est aussi dans un esprit de paix et de sécurité pour tous que la France a entrepris une réflexion et envisage une initiative en liaison étroite avec les Etats-Unis pour limiter les ventes d'armes et assurer la non-prolifération des armes de destruction massive. Car la France entend faire prévaloir le droit pour les peuples comme pour les individus avec la même force et la même détermination partout dans le monde. Elle l'a fait en alertant le Conseil de sécurité au sujet de l'Irak.
Sur le continent africain, le mouvement de nombreux pays vers la démocratie fait se lever partout l'espoir du renouveau en Afrique du Sud si la France appuie résolument le changement et la fin de l'apartheid. De même, la France souhaite le développement d'un nouveau partenariat entre les pays de l'Europe du Sud et les Etats du Maghreb. Mais il n'y aura pas de démocratie viable, pas de véritable paix, pas de solution décisive au problème du moment sans développement. La France s'efforcera donc d'obtenir pour ceux qui ont entrepris de redresser leur situation financière les conditions plus sûres du développement.
En matière de défense, nous avons à faire des choix qui orienteront notre avenir pour une génération. La France forte que nous voulons est une France pacifique. La menace principale n'est plus ce qu'elle était. Le pacte de Varsovie s'est décomposé. Cela nous conduit à repenser profondément nos plans de défense. Chacun a d'autre part en mémoire la guerre du Golfe. Nous devons en tirer les leçons sur le durcissement nécessaire de nos forces de projection ou la révision de nos systèmes de renseignement. Comment ne pas noter que chez beaucoup de nos voisins et alliés, l'on affiche des réductions très importantes du format des armées et de l'effort de défense pour financer de nouvelles priorités.
Il faut donc revoir d'un œil neuf l'ensemble de notre dispositif de défense. Il était temps. Je reprends. Merci. Cœur de notre indépendance, la dissuasion nucléaire doit être maintenue au seuil de suffisance sur lequel repose le concept même de dissuasion. L'examen portera ensuite sous nos forces conventionnelles, leurs missions, leurs formats. Pour les missions, j'en vois deux principales. Première mission, résister d'abord aux côtés de nos alliés à une agression majeure en Europe. Marquer notre détermination à l'arrêter coûte que coûte si nécessaire par la mise en œuvre de notre force de dissuasion. La deuxième mission, nos forces conventionnelles.
Notre deuxième mission est celle des interventions plus limitées sur des théâtres divers. C'est à ces cas de figure que répond notre force d'action rapide qui devra être renforcée dans ses capacités opérationnelles. De ces deux missions principales se dégageront la physionomie et le format de nos armées. Le travail de réflexion est en cours. Il se fait sans préjugés, sans tabou. Il devrait en sortir une armée mieux équipée, mieux encadrée pour construire une France et une Europe plus fortes.
Merci beaucoup, Madame la Première Ministre. Alors, pour vous répondre et évaluer l'évolution des menaces d'une guerre du Golfe à l'autre, je voudrais donner la parole à Madame Michèle Alliomarie. Elle fut trois fois pionnière, car Madame la Ministre, vous avez été la première femme ministre de l'Intérieur, la première femme ministre de la Défense, la première femme ministre des Affaires étrangères et à ce jour, la seule femme ayant occupé les quatre ministères régaliens. Madame la Ministre de la Défense, vous avez la parole pour défendre la loi de programmation militaire 2003 à 2008.
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs les députés, une loi de programmation militaire est toujours un moment important dans la vie du ministère de la Défense et dans la vie de la nation. La première responsabilité d'un grand État est en effet la protection de ses citoyens contre les agressions extérieures. Le projet de loi de programmation que j'ai l'honneur de vous présenter vise avant tout à donner à l'État les moyens d'assumer cette responsabilité. La France doit mettre en cohérence les moyens de sa défense avec les risques que fait peser la situation internationale. et avec ses ambitions sur la scène européenne et la scène mondiale.
Notre outil de défense doit donc d'abord répondre à des risques identifiés. Une décennie après la fin de la guerre froide, nous espérions un nouvel ordre mondial fait de stabilité et de paix. Contrairement à ces espoirs, les menaces contre la paix se sont accrues. les crises sociales ne cessent de se multiplier sur presque tous les continents. Le développement de potentiels balistiques et d'armes de destruction massive se poursuit dans plusieurs régions du monde. Le dernier exemple est en Corée du Nord. La défaillance de certains États encourage indirectement le développement de la criminalité internationale.
avec les attentats du 11 septembre aux États-Unis, ceux de Karachi et de Bali, le terrorisme de grande ampleur est devenu une réalité. Il menace directement la vie de nos concitoyens et nos intérêts nationaux essentiels. La France, malheureusement, en a été la cible à plusieurs reprises. Alors oui, oui, mesdames, messieurs, les députés, le monde est dangereux. La sécurité de la France et des Français doit reposer sur une politique de défense résolue. La France entend jouer un rôle majeur, moteur dans le développement de cette dimension européenne. Ce rôle se mesure d'abord, je dirais presque logiquement, en termes de volume d'engagement.
Engagez-vous, re-engagez-vous, qu'il disait. Monsieur le député, s'il vous plaît.
Pour tenir son rang, la France doit également détenir des capacités autonomes d'appréciation de situations, de commandements et de contrôles. Elle doit de même être en mesure de remplir le rôle de nation-cadre dans un certain nombre de domaines. Compte tenu de toutes ces données relatives à la situation internationale et au risque, le projet de loi de programmation apporte une réponse adaptée à la fois aux menaces et à nos ambitions. Il détermine le chemin que nos armées vont emprunter dans les six prochaines années en marche vers le modèle 2015.
Et en particulier, notre aptitude à la projection sera renforcée par la réalisation effective d'un programme A400M dont les 50 appareils commandés seront livrés à partir de 2009. Je vous ai indiqué lors de la discussion de la loi des finances que nos partenaires avaient tous confirmé leur participation à ce programme. L'optimisation de la capacité de frappes aériennes conventionnelles à partir de vecteurs aériens sera également réalisée avec la mise en service des premières unités de rafales pour l'armée de l'air à partir de 2006. Et enfin, le développement des missiles de croisière lancés à partir de plateformes navales nous assurera une première capacité maritime à partir de 2011.
Voilà, mesdames, messieurs, les députés, le contenu de ce projet de loi de programmation militaire. Vous le constatez, c'est un projet ambitieux, mais cette ambition n'est autre que celle de la France et des Français. C'est l'ambition de la France qui entend être un acteur politique et stratégique influent sur la scène internationale. Ce projet de loi lui en donne les moyens financiers, humains et capacitaires. il vous appartient à présent de traduire cette volonté. C'est pourquoi je vous demande de soutenir le projet du gouvernement. Merci beaucoup madame la ministre de la Défense.
Et on est frappé par l'actualité de ce discours qui pourrait être prononcé ces mêmes jours par un autre ministre de la Défense. Nous allons aborder le thème numéro 4 qui concerne l'économie parce que l'économie n'est pas qu'une affaire d'hommes. Je vais donner la parole à madame Germaine Poinceau-Chapuis qui fut ministre de la Santé, première femme à occuper un ministère de plein exercice en 1947. Votre intervention portera sur la nécessité de concilier justice sociale et croissance économique. Madame la ministre, vous avez la parole.
Madame la Présidente, mes chers collègues, dans tous les rapports parlementaires, comme dans votre discours, nous trouvons cette préoccupation prédominante de répondre à des besoins actuels qui peuvent se résumer en ceci. Il faut garantir un pouvoir d'achat minimum aux classes les plus défavorisées et parmi elles à la classe laborieuse. Il est incontestable que si nous ne portons pas aujourd'hui notre premier effort sur la revalorisation du pouvoir d'achat, nous aboutirons à l'étranglement, à l'écrasement de notre production et par suite au chômage dans un délai plus ou moins long. En premier lieu, nous devons penser le problème des salaires.
Tout se joue ici et cette question se réglera d'abord à l'échelon national car c'est à l'État de garantir un minimum de justice à l'ensemble des citoyens. À l'État et pourquoi pas aux entreprises ajouterais-je car laisser jouer librement au sein de chaque entreprise les lois économiques c'est transposer sur le plan de l'entreprise les injustices et les inégalités qui existent actuellement sur le plan des hommes car c'est accepté que certaines catégories de travailleurs appartenant à des entreprises défavorisées ne bénéficieront même pas du minimum vital. Reprenons la formule toujours vraie de l'accord d'air entre le fort et le faible la liberté c'est l'oppression.
Je dirais que le rôle de l'État est précisément d'intervenir pour que cette liberté ne soit point assez totale pour se traduire en oppression envers les plus défavorisés qu'il s'agisse du travailleur ou de la catégorie d'entreprise qui groupe les travailleurs.
Il faut donc un salaire minimum national garanti cette solution n'exclut point bien au contraire qu'à l'intérieur de chaque entreprise les travailleurs soient associés à la vie de celle-ci à sa production à son effort de productivité cette forme de rémunération qu'on a appelé le salaire proportionnel il peut parfaitement s'ajouter se juxtaposer au salaire minimum et à l'échelle mobile applicable au salaire minimum mais nous voulons à la base la garantie que personne en France ne sera conduit à mourir de faim pendant que d'autres auront plus que le nécessaire quoi qu'il en soit vous voyez bien que j'ai insisté surtout sur les aspects économiques du problème je n'ai pas voulu dans un débat que nous avons tous désiré sérieux étayé sans surenchère jeter cet élément humain qui a pourtant à nos yeux tant de prix cet élément qui domine encore les réalités économiques mais faire à l'homme sa place dans l'économie lui donner ce qui lui est dû de cette richesse dont il est le véritable promoteur et le créateur de tous les instants en somme permettre à l'homme en lui donnant ce qui lui est dû de devenir chaque jour plus pleinement lui-même de se développer en même temps que nous développons les richesses économiques favoriser le développement de l'homme cette extension des possibilités de l'homme trouvant enfin les moyens de se réaliser grâce à l'accroissement de ses ressources matérielles ce n'est pas aller contre le réalisme contre l'intérêt bien entendu de chacun ce n'est pas aller contre la solidité des structures économiques contre l'avenir du pays en terminant je vous citerai ce mot de clémenceau en accroissant l'homme nous accroissons la patrie
merci beaucoup madame la ministre puisque vous parlez de croissance je vais donner la parole à madame Christine Lagarde ministre de l'économie qui fut également une pionnière première femme directrice générale du FMI première femme directrice de la banque centrale européenne elle va nous faire ses propositions pour faire face à la crise financière de 2008 dite des subprimes madame la ministre vous avez la parole
madame la présidente mesdames et messieurs les députés aujourd'hui la situation est grave et ce à cause de désordres financiers en provenance des Etats-Unis qui ont produit des répercussions sur l'ensemble du marché c'est une évidence ce que nous voyons aujourd'hui est à l'évidence une crise du système financier qui risque de produire des effets sur l'économie réelle nous nous employons donc à la soutenir afin qu'elle ne soit pas victime des effets de la crise face à cette situation notre politique est simple elle consiste avant tout à financer le développement des entreprises il faut en effet à tout prix éviter que la contraction du système interbancaire n'affecte leur financement car elles sont au coeur de l'innovation et de l'emploi de nos territoires dans le même temps nous soutiendrons toutes mesures destinées à améliorer l'emploi l'année 2007 fut très bonne puisque 320 000 emplois furent créés mais il est vrai que le taux d'emploi a baissé au premier semestre pour y remédier nous avons proposé de mobiliser tous les circuits de financement nous disposons de 17 milliards d'euros issus de la décentralisation des surplus de l'épargne réglementée soit au total je le répète 17 milliards dont la moitié est mobilisable dès demain l'autre moitié a compté du 15 octobre date à laquelle les banques seront en mesure d'accéder à ce financement
non mais on est où là madame la ministre
monsieur le député s'il vous plaît
on est chez les bolcheviques
ça suffit madame la ministre poursuivez merci et pour préserver l'emploi quels moyens allons-nous employer monsieur et bien je pense aux heures supplémentaires aux revenus de solidarité active qui consiste à ramener les gens vers le travail au lieu de les laisser dans l'assistanat c'est grâce à ces mesures et au soutien de l'économie réelle que nous pourrons véritablement aider l'économie française à traverser cette crise difficile notre politique a deux axes celui consistant à soutenir les salariés les plus touchés par des licenciements économiques et les restructurations et celui consistant à aider les salariés qui doivent accéder dans de meilleures conditions à davantage de formation professionnelle je vous remercie de votre attention
merci beaucoup madame la ministre bien sûr bien sûr madame la ministre allez-y rajouter quelque chose
car voilà si ces perturbations ne nous interrompaient pas en permanence je n'aurais pas fini de cette manière donc merci la parole des femmes a son importance donc s'agissant des licenciements économiques j'envisage d'étendre le dispositif de transition professionnelle cela signifie que cela permettra la flexi-sécurité ce qui veut dire que la formation et la transition d'un emploi que l'on quitte vers un emploi que l'on retrouve sera facilitée ceci à tous les bassins victimes de restructuration importante et croyez bien mesdames et messieurs les députés que nous sommes à la manœuvre et sur le pont merci beaucoup madame la ministre
pour ces précisions alors je vais donner désormais la parole à madame Gisèle Halimi avocate militante féministe députée française de l'ISER élue en 1981 qui plaida en faveur d'une loi dont elle était la rapporteure une loi pour abroger la distinction de la majorité sexuelle pour les rapports homosexuels madame la députée rapporteure vous avez la parole
madame la présidente mes chers collègues on peut se demander avec le recul comment des députés français par définition des femmes et des hommes qui devraient avoir l'intelligence de nos libertés fondamentales puisqu'ils sont chargés de les défendre ont pu légiférer pour réprimer l'homosexualité car s'il en est un choix individuel par essence et qui doit échapper à toute codification c'est bien celui de la sexualité il ne peut y avoir de morale sexuelle de tous qui s'impose à la morale sexuelle de chacun chacun connaît la nécessité pour l'individu de vivre en accord avec ce qui reste le plus profondément inexprimé par exemple par peur par conditionnement social ou par répression je veux dire sa sexualité la norme sexuelle ne se définit pas elle se dessine à l'échelle de chaque corps de chaque enfance de chaque culture de chaque plaisir à condition je le répète de ne blesser ni de n'agresser ni de violenter personne de 1791 à 1942 c'est-à-dire tout de même pendant plus d'un demi-siècle la législation pénale française a ignoré l'homosexualité ou plus précisément elle ne prévoyait pas pour les attentats aux mœurs commis par les homosexuels un traitement différent de celui applicable aux mêmes actes dont l'auteur était hétérosexuel c'est une loi du régime de Vichy numéro 744 du 6 août 1942 qui a réintroduit le délit d'homosexualité dans la législation pénale française ce texte qui modifiait l'article 334 du code pénal punissait les mêmes peines que le proxénétisme celui qui aura commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de 21 ans les partisans du maintien de cette répression particulière argue du fait qu'il faut protéger la jeunesse contre les entreprises de séduction homosexuelle de ses aînés mais outre que cette objection ne tienne pas compte du fait que notre code pénal est riche en articles qui permettent la protection de la jeunesse qu'elle soit victime d'agissements hétérosexuels ou d'agissements homosexuels elle repose surtout sur l'idée que l'homosexualité constitue une déviance de la sexualité c'est cette analyse que nous socialistes nous récusons nous estimons en effet qu'il ne revient pas au législateur de distinguer dans ce domaine ce qui serait normal et ce qui ne le serait pas il devient très clair que le texte actuel crée une inacceptable inégalité devant la loi de deux catégories de citoyens aujourd'hui encore la loi laisse subsister des différences des différences discriminatoires à l'égard d'une certaine catégorie nombreuse de citoyens je veux parler des citoyennes mais le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal va me semble-t-il encore plus loin dans la discrimination ce n'est pas de racisme ni de sexisme qu'il s'agit il s'agit simplement de créer à l'intérieur de chaque sexe une catégorie de sous-citoyens qui parce qu'ils sont homosexuels devraient répondre plus que les autres de leurs actes délictuels le délit qui leur est reproché et de plus cela est grave en matière pénale particulièrement mal défini qu'est l'acte impudique et contre nature quand il y a consentement toute forme de relation sexuelle pourrait à la limite être définie comme un acte impudique ou contre nature et donc considérée comme une infraction selon l'appréciation du juge ou du parquet selon l'avis que ce juge mène d'ailleurs en fin de compte selon sa propre sexualité ce flou volontaire est particulièrement inacceptable dans une loi qui réprime il faut donc abroger et vite une disposition qui est contestable qui crée une inégalité dans notre droit et qui est à la base d'un comportement culturel à rejeter et qui enfin est peu appliquée en conclusion cette proposition due à l'initiative de Raymond Forny président de la commission des lois et du groupe socialiste répond selon moi à une double exigence rigueur juridique respect scrupuleux de l'égalité devant la loi notre démarche signifie clairement que la loi ne doit plus intervenir dans le choix le plus intime et finalement le plus fondamental de l'individu celui de sa sexualité en conséquence la commission des lois constitutionnelles de la législation et de l'administration générale de la république vous propose d'adopter la proposition de loi dont le texte suit article unique le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal est abrogé merci beaucoup madame la députée
alors pour conclure ce chemin de l'égalité dans l'amour je vais donner la parole à madame Christiane Taubira garde des Sceaux ministre de la justice pour défendre l'ouverture du mariage au couple du même sexe madame la ministre vous avez la parole
madame la présidente mesdames messieurs les députés nous avons l'honneur et le privilège Dominique Bertinotti ministre déléguée chargée de la famille et moi-même de vous présenter au nom du gouvernement un projet de loi traduisant l'engagement du président de la république d'ouvrir le mariage et l'adoption au couple de même sexe le mariage civil porte l'empreinte de l'égalité il s'agit d'une véritable conquête fondatrice de la république dans un mouvement général de laïcisation de la société
non mais monsieur
le député madame la ministre le mariage civil permet d'inclure des croyants non catholiques mais il est élargi à tous c'est à dire que tous ceux qui souhaitent se marier peuvent disposer des mêmes droits et doivent respecter les mêmes obligations puisque le mariage est la liberté des partis et non la sacralisation d'une volonté divine cette liberté de se marier ne se conçoit qu'avec la liberté de divorcer et parce que le mariage va se détacher du sacrement il pourra représenter les valeurs républicaines et intégrer progressivement les évolutions de la société en vous présentant ce projet de loi le gouvernement choisit de permettre aux couples de même sexe d'entrer dans cette institution et de composer une famille comme les couples hétérosexuels soit par une union de fête que l'on appelle le concubinage soit par un contrat le paxe soit par le mariage c'est bien cette institution que le gouvernement a décidé d'ouvrir aux couples de même sexe mesdames et messieurs les députés le mariage a été une institution de propriété puisqu'il a d'abord servi à marier des patrimoines des héritages des lignées il a été une institution de possession puisque le mari et le père avaient une autorité absolue sur l'épouse et les enfants il a été une institution d'exclusion nous l'avons vu le mariage civil a mis un terme à l'exclusion des croyants non catholiques et de certaines professions donc de toute une série de citoyens ce mariage qui a été une institution d'exclusion va enfin devenir par l'inclusion des couples de même sexe une institution universelle enfin le mariage devient une institution universelle vous pouvez continuer à refuser de voir à refuser de regarder autour de vous à refuser de tolérer la présence y compris près de vous y compris peut-être dans vos familles de couples homosexuels vous avez choisi de protester contre la reconnaissance des droits de ces couples c'est votre affaire nous nous sommes fiers de ce que nous faisons nous en sommes si fiers que je voudrais le définir par les mots du poète Léon Gontran Damas l'acte que nous allons accomplir est beau comme une rose dans la tour Eiffel assiégée à l'aube voit s'épanouir enfin les pétales il est grand comme un besoin de changer d'air il est fort comme le cri aigu d'un accent dans la nuit longue merci merci beaucoup madame la garde des Sceaux
nous allons aborder le dernier thème de cette reconstitution que nous avons intitulé une femme députée et pourquoi pas présidente de l'Assemblée nationale et donc nous allons pouvoir donner la parole et rendre justice à une dame qui s'appelle Jeanne de Rouen en 1849 madame de Rouen vous avez commis un acte d'une incroyable audace pour l'époque vous présentez vos élections législatives votre candidature suscita le rire ou le mépris pour réparer cette injustice nous vous donnons aujourd'hui la parole dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale madame de Rouen vous êtes invitée à monter à la tribune
madame la présidente citoyens je viens me présenter à vos suffrages par dévouement pour la consécration d'un grand principe l'égalité civile et politique des deux sexes c'est au nom de la justice que je viens faire appel au peuple souverain contre la négation des grands principes qui sont la base de notre avenir social chers tous si usons de votre droit vous appelez la femme à prendre part aux travaux de l'Assemblée législative vous consacrerez dans toute leur intégrité nos dogmes républicains égalité liberté fraternité pour toutes comme pour tous une Assemblée législative entièrement composée d'hommes est aussi incompétente pour faire les lois qui régissent une société composée d'hommes et de femmes que le serait une Assemblée entièrement composée de privilégiés pour discuter les intérêts des travailleurs ou une Assemblée de capitalistes pour soutenir l'honneur de notre pays aux citoyens membres du comité électoral démocratique et socialiste citoyens vous êtes démocrate socialiste vous voulez vous voulez l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme et de la femme par l'homme vous voulez l'abolition complète radicale de tous les privilèges de sexe de race de naissance de caste et de fortune vous voulez sincèrement toutes les conséquences de nos grands principes liberté égalité fraternité c'est au nom de ces principes qui n'admettent pas d'exclusion injuste que je me présente candidat à l'Assemblée législative et que je viens vous demander votre appui sinon pour être admise sur la liste des 28 qui seront présentés au suffrage des électeurs mais au moins pour obtenir de votre justice que je ne sois points écartés de cette liste au nom d'un privilège de sexe qui est une violation manifeste des principes d'égalité et de fraternité les services rendus au pays et à la cause sociale la supériorité intellectuelle la capacité spéciale et les talents oratoires du grand nombre de candidats qui se présenteront vous fourniront assez de motifs pour m'exclure si vous le jugez nécessaire sans vous appuyer sur un préjugé contre lequel des hommes d'avenir doivent protester énergiquement si ce n'est par sympathie au moins par respect pour les principes merci infiniment madame de roi
alors elle dut retirer sa candidature puisque elle fut l'objet de moqueries et de colibés et il aura fallu attendre un siècle après cette extraordinaire tentative pour obtenir enfin l'égalité des droits politiques en 1945 33 femmes rentreront dans cette assemblée dont madame germaine perrol future vice-présidente de l'assemblée nationale et c'est donc avec fierté madame perrol que je vous donne la parole pour débattre du préambule de la constitution de 1946 qui proclame l'égalité entre les femmes et les hommes
merci madame la présidente mes chers collègues il arrive bien souvent dans l'histoire des peuples comme d'ailleurs dans la vie de chacun un moment qui sur l'heure peut être comparé à celui qui l'a précédé ou à celui qui va le suivre qui ne provoque aucun trouble et qui ne fait pas plus de bruit qu'un fruit qui tombe à l'automne à qui cependant le recul du temps donnera l'importance d'un événement décisif j'ai la conviction que c'est un de ces moments là que nous sommes en train de vivre que les françaises en tout cas vivent aujourd'hui pour vous messieurs aujourd'hui marque l'aboutissement d'une longue tradition qui depuis les premières conquêtes de nos communes et de nos cités franches jusqu'au combat de la libération de Paris ces combats que nous avons célébrés hier avec ferveur et enthousiasme cette tradition est jalonnée au cours des siècles par des faits et illustrée par des noms qui sont dans toutes les mémoires aussi lorsque nous sommes appelés à réfléchir à une constitution qui je l'espère et nous sommes nombreux à l'espérer sera l'oeuvre bienfaisante et durable de notre assemblée sa première phrase est pour renouveler l'affirmation solennelle des droits et des libertés du citoyen mais la deuxième phrase de son préambule est tout aussitôt pour proclamer non moins solennellement que les hommes et les femmes sont égaux devant la loi peut-être aurions-nous en définitive préféré la rédaction primitive qui garantissait à la femme les mêmes droits économiques politiques et sociaux que ceux de l'homme c'est peut-être une question de rédaction qui pourrait être revue n'empêche que sur le fond nous avons complète satisfaction et que par ce texte les françaises reçoivent à la fois leurs droits et leurs libertés j'ai dit que c'était un événement je suis sûre que lorsque ce préambule sera soumis à votre souffrage aucune voix s'élèvera pour contester cette égalité que hier encore pourtant la troisième république à son déclin avait refusé or l'expérience de plusieurs scrutins depuis la libération a montré que la française avait ressenti l'intérêt et le prix de stabilité qu'elle comporte au moment où la majorité du corps électoral pour 54% est constituée par les citoyennes de ce pays la proportion des abstentions par rapport au scrutin d'avant-guerre bien loin d'avoir augmenté a au contraire diminué c'est la démonstration que par l'évidence que la décision prise sur la terre d'exil par le général de Gaulle était inspirée non seulement par une justice évidente mais encore par l'intelligence des aspirations des françaises et par une confiance qui s'est révélée justifiée dans leur civisme
merci beaucoup madame Perrol et pour vous succéder j'ai le plaisir de donner la parole à une autre pionnière Madeleine Braun première femme vice-présidente de l'histoire de cette assemblée il y a aussi 80 ans par une proposition de loi co-signée par toutes les femmes du groupe communiste vous avez demandé le 11 janvier 1947 l'égalité d'accès pour les femmes aux fonctions publiques et aux professions libérales madame la vice-présidente vous avez la parole
merci madame la présidente mesdames messieurs chers collègues jusqu'à ce que la constitution nouvelle ait été adoptée donnant l'égalité dans tous les domaines aux femmes et aux hommes un nombre important de carrières étaient fermés aux femmes il nous est apparu opportun de régulariser cette situation d'une façon générale sans qu'il soit nécessaire de faire déclarer cette égalité par une loi spéciale dans chaque domaine c'est pourquoi nous vous demandons d'adopter la proposition de loi ci après article unique l'accès de toutes les fonctions publiques et de toutes les professions libérales est ouvert à égalité de titre et de condition aux hommes et aux femmes je vous remercie merci beaucoup madame la vice-présidente
chers tous notre reconstitution est désormais terminée je voudrais qu'ensemble nous remercions très chaleureusement pour leur interprétation madame Catherine Salvia qui a interprété Olympe de Gouges Jacqueline Tompatneau Germaine Finceau-Chapelle Germaine Perrol et Madeleine Braun Laetitia Edo qui a interprété Mathilde Gabriel Ferry Edith Cression Christine Lagarde et Christiane Taubira et Elsa Zilborstein qui a interprété Simone Veil Michel Alliomari Gisèle Halimi et Jeanne Deroy je remercie aussi nos députés perturbateurs comme en vrai Philippe Dussault et Sébastien Duchange Lors de mon discours d'élection au perchoir en juin 2022 je revenais sur ce long chemin ce chemin sinueux qui fut celui de l'égalité entre les femmes et les hommes on le sait peu mais la Chambre des députés entre 1919 et 1936 a voté à six reprises dont la dernière fois à l'unanimité en faveur du suffrage féminin pourtant le Sénat a systématiquement bloqué cette réforme soit en votant contre soit en refusant de l'inscrire à l'ordre du jour la France fut donc l'un des derniers pays d'Europe occidentale dix ans après la Turquie a octroyé enfin le droit de vote aux femmes c'était l'ordonnance du 21 avril 1944 il aura enfin fallu attendre 1967 pour qu'une femme Marie-Madeleine Dienesch devienne présidente d'une commission permanente 1986 pour qu'une femme Denise Cacheux soit élue à la question et je salue la présence de la première question à l'Assemblée nationale Madame Christine Périsbonne qui est avec nous aujourd'hui en 1999 pour que soit créée une délégation dédiée aux droits des femmes et 2022 pour que le président de l'Assemblée nationale soit une présidente 233 ans d'attente c'est assez grande lutte portée par des grandes voix que nous avons voulu rendre hommage aujourd'hui nous avons parlé du passé mais ne l'oublions pas ce combat pour l'égalité pour la parité est toujours à mener il est toujours devant nous ce combat l'Assemblée nationale que je préside l'a encore mené récemment en instaurant un scrutin de liste paritaire aux élections municipales dans les 25 000 communes de France qui n'en faisaient pas l'objet cependant tout ne passe pas par la loi il faut aussi changer les consciences et les cœurs et cette mobilisation nécessite une action résolue pour rendre visibles les femmes dans l'espace public c'est pourquoi nous avons donné la parole aux femmes aujourd'hui dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale c'est pourquoi nous avons donné à un bâtiment le nom d'Olympe de Gouges et installé un buste de Simone Veil dans nos jardins c'est pourquoi nous avons aussi doublé depuis 2022 le nombre de plaques commémoratives honorant des femmes dans cet hémicycle deux en l'honneur de Madeleine Braun et de Germaine Perrol et deux en l'honneur de Mathilde Gabrielle Perry et de Germaine Poinceau-Chapuis alors je terminerai cette séance exceptionnelle en m'adressant aux jeunes filles et aux femmes qui sont présentes dans cet hémicycle avec nous n'attendez pas tout de la loi de l'état c'est aussi à vous à vous d'oser vous engager de foncer on dit que la fortune sourit aux audacieux c'est vrai mais elle sourit surtout aux audacieuses je vous remercie
merci à tous très belle journée et soyez des audacieuses et on se retrouve
après cette séance un peu particulière exceptionnelle même bonjour Yael Braun-Pivet bonjour merci d'être avec nous on a entendu de beaux discours de grands discours pourquoi vous avez souhaité mettre ces femmes à l'honneur alors depuis que je préside l'Assemblée Nationale j'organise des reconstitutions de débats une par an on avait fait la loi de 1905 sur la laïcité on avait fait le traité de Rome on avait fait fêter l'anniversaire des questions au gouvernement et on s'est dit que cette année ce serait bien de mettre les femmes à l'honneur et ce qui était extraordinaire c'est de voir l'actualité de certains discours qui pourraient être prononcés encore aujourd'hui et puis il y avait un côté un peu émouvant de donner la parole à des femmes qui se sont battues mais qui n'ont jamais réussi à monter à la tribune on pense évidemment à Olympe de Gouges on pense à Jeanne de Rouen et je trouve que leur rendre justice aujourd'hui c'était vraiment très émouvant beaucoup de femmes qu'on a entendues elles ont porté des avancées majeures pour les droits pour les libertés pour l'égalité est-ce qu'il y en a une en particulier une femme qui vous a marqué plus que les autres dont le combat résonne encore en vous aujourd'hui ?
Je pense que c'est Jeanne de Rouen justement qui était la première à se lancer pour des élections législatives à un moment où il n'y avait pas de droit pour les femmes il n'y avait pas d'égalité et elle a dit moi j'y vais moi je me lance et donc elle a été la première audacieuse finalement ça vous rappelle un peu vous peut-être d'elle et ça effectivement ça me rappelle un peu et c'est ce que j'ai dit aux jeunes filles soyez des audacieuses n'attendez pas tout des autres n'attendez pas tout de la loi n'attendez pas qu'on vous tente la main allez-y foncez et c'est à ce prix-là que l'on peut mener de beaux combats et qu'on peut surtout avoir de grandes conquêtes dernière question toutes ces femmes elles ont marqué l'histoire en s'imposant dans un monde très masculin mais le combat pour l'égalité il est encore loin d'être gagné aujourd'hui en 2026 comment faire en sorte que les femmes accèdent davantage aux responsabilités en politique alors en politique on a adopté tout un corpus législatif et c'était nécessaire et maintenant on a été je crois au bout on a un arsenal complet qui favorise la parité et donc maintenant et bien il faut cette audace pour oser se présenter mais surtout surtout oser prendre la première place les femmes ne sont pas condamnées à être vice quelque chose vice-présidente à être première adjointe à être sur un strapontin nous avons l'égalité et cette égalité elle doit s'exercer à toutes les fonctions donc allez-y osez et soyez les premières merci beaucoup Yael Brompivet d'avoir accepté de répondre à nos questions et merci à vous de nous avoir suivis très bonne suite de programmes sur LCP
Yaël Braun-Pivet