Mouvements sociaux : pour cet ancien député perpignanais macroniste, on vit une "hystérisation de la vie politique"
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Questions et réponses
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- 0:18OuverteRéponse directe
D'abord votre regard sur le mouvement lycéen et étudiant.
- 0:34OuverteRéponse partielle
Particulièrement à Perpignan, vous êtes enseignant, vous connaissez les amphithéâtres qui fuient ?
- 0:55OuverteRéponse directe
Comment jugez-vous les réponses du gouvernement ?
- 1:38OuverteÉludée
Il y a eu une réforme du lycée avec Blanquer. Quel bilan de l'éducation nationale après 10 ans Macron ?
- 2:30OuverteRéponse partielle
C'est la convergence des luttes ce week-end ?
- 2:58RelanceRéponse directe
Quand vous dites que ça parasite, vous faites référence aux accusations de la France Insoumise qui instrumentalise le mouvement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25Invité politiqueFait
« Il y a toujours des raisons, oui, légitimes de se mobiliser. »
- 1:04Invité politiqueFait
« Ce gouvernement n'a pas de majorité. »
- 2:50Invité politiqueFait
« On voit bien qu'il y a une hystérisation de la vie politique liée à l'échéance présidentielle qui s'approche. »
- 3:12Invité politiqueFait
« Il y a une certaine façon d'instrumentaliser tout ça. »
- 3:21Invité politiqueFait
« On a exactement la même manœuvre de l'autre côté. »
- 5:36Invité politiqueFait
« J'avais espoir qu'on puisse, dans une vision plus générale, transcender l'opposition entre la gauche et la droite. »
- 6:19Invité politiqueFait
« C'est surréaliste, en réalité. »
- 6:26Invité politiqueChiffre
« Il parle de baisser les taxes de 20 à 5,5 sur l'ensemble des énergies, ce qui entraînerait un coût pour l'État de 17 milliards d'euros. »
- 6:35Invité politiqueChiffre
« On dit qu'on va annuler l'aide médicale d'État qui coûte 1,2 milliard à l'État français et 3 millions de baisse à la dotation de l'Union européenne, ça fait 4 milliards. »
- 6:45Invité politiqueChiffre
« Il en manque 14. »
- 7:53Invité politiqueFait
« C'est une ville qui s'effondre sur elle-même, qui n'a aucun projet, aucun dynamisme. »
Temps de parole
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Ici au Sillon, ici au Sillon,
ici au Sillon, pour bien commencer la journée, ici matin. 7h44, notre invité ce matin, c'est un ancien député qui a raccroché avec la politique. Il est aujourd'hui professeur de droit constitutionnel à l'université de Perpignan. Bonjour Christophe Eze. Bonjour à tous. D'abord votre regard sur le mouvement lycéen et étudiant. Est-ce qu'elle a raison, cette partie de la jeunesse, de se mobiliser
?
Je crois qu
'il
y
a
toujours des raisons, oui, légitimes de se mobiliser. Il y a un inconfort, un certain nombre d'insatisfactions. Oui, elle
a
raison de se mobiliser dans une certaine mesure, bien
sûr. Particulièrement à Perpignan, je précise que vous êtes enseignant, vous, au niveau du campus Mailly, qui est relativement récent, mais vous connaissez probablement les amphithéâtres qui fuient du campus du Moulin-Avent aussi.
Oui, on en entend parler. Bon, je ne
sais
pas si ce sont nos conditions de travail. Je crois qu'il
y a
surtout une effervescence générale dans le pays qui veut qu'on sorte dans la rue pour manifester un certain nombre de mécontentements. Et comment jugez-vous pour l'instant les réponses du gouvernement ?
Le
gouvernement gère en ce moment, comme vous le savez, l'édification d'un budget. Et on est dans une période un petit peu particulière, parce que ce gouvernement n'a pas de majorité. Et tout le monde le sachant, je crois qu'on peut s'apprêter sur le mois passé, les deux mois qui arrivent, à avoir des mobilisations dans tous les domaines pour essayer d'obtenir une ligne budgétaire un petit peu plus favorable. Mais particulièrement sur le mouvement de
la jeunesse,
la
réponse du gouvernement, est-ce qu'elle est à la hauteur aujourd'hui, selon vous ? On peut toujours s'interroger sur les réponses qui sont apportées, mais je crois qu'on mélange un petit peu tout, parce qu'il y
a
des réponses à très court terme, avec des dépenses à engager qui impliquent le budget. Et puis après, il
y
a des réformes de long terme. Et vous savez comme moi que la vie politique et sociale n'accepte pas toujours qu'on réfléchisse dans la durée.
Il
y a eu une réforme du lycée il y a quelques années,
c
'était avec Jean-Michel Blanquer. Comment jugez-vous finalement le bilan de l'éducation nationale après bientôt dix ans d'Emmanuel Macron au pouvoir ? Est-ce qu'on est arrivé là avec une mobilisation des lycéens, des étudiants ? Ce n
'est
quand même pas un terrible aveu d'échec.
Oui, mais encore une fois, je vous le redis, on est en train de préparer le budget. Le gouvernement est en train de préparer le budget avec une situation dans laquelle il n'a pas de majorité.
Il
ne peut pas imposer ses choix. Il est obligé de les négocier. Donc forcément, les interlocuteurs essaient de tirer la couverture de leur côté. Ce qui est tout à fait légitime. On a eu les agriculteurs, on a eu les pompiers, on a eu hier les retraités, il y a les lycéens, il y
a
les étudiants. Et je vous annonce un scoop, il y en aura beaucoup d'autres avant la fin du mois de novembre. Et samedi,
samedi, après-demain, la résurgence. Peut-être, on verra des gilets jaunes. En tout cas, il y a beaucoup d'appels à manifester, à se rassembler sur les réseaux sociaux avec plusieurs organisations lycéennes qui appellent à rejoindre ce mouvement. C'est la convergence des luttes, c'est ce week-end
?
Je ne
sais
pas. Pour qu'il y
ait
convergence des luttes,
il
faudrait qu'il
y ait
convergence des intérêts. Je ne suis pas sûr. Peut
-être que
tout le monde n'a pas le sentiment d'être écouté. Peut-être que c'est ça le point commun entre les différents corps de métier dont vous parlez. C'est tout à fait vrai,
vous avez raison. Il y
a
un besoin d'écoute qui est très très fort. Et puis il y a un autre élément aussi, M. Kohlberg,
c
'est qu'on voit bien qu'il
y a
une hystérisation de la vie politique liée à l'échéance présidentielle qui s'approche. On voit bien qu'elle est dans la tête de tout le monde. Et donc ça parasite un petit peu les manifestations d'intérêts des uns et des autres.
Quand vous
dites que ça
parasite, vous faites référence notamment aux accusations de la part de plusieurs parties qui expliquent que la France Insoumise notamment instrumentalise le mouvement des lycéens. C'est votre point de vue ça ?
Notamment. Oui, évidemment, il y
a
une certaine façon d'instrumentaliser tout ça. En disant, ça y est, l'heure est venue, on va arriver à un grand soir, on va pouvoir prendre au guiche pour tout redistribuer aux pauvres. Mais on a exactement la même manœuvre de l'autre côté, avec une configuration un petit peu différente. On dit, tenez bon, accrochez-vous, vous êtes en enfer. Mais au mois de mai prochain, le Père Noël va passer et là, il y aura des cadeaux pour tout le monde.
Mais
quelle fin de mandat quand même pour Emmanuel Macron, dont vous avez été le député pendant plusieurs années, Christophe Feuzey. Quelle fin de mandat ? Rien ne va dans le sentiment.
On est dans un monde compliqué, ça ne vous aura pas échappé. On est dans un monde qui est notamment traversé par des guerres qui se nouent un petit peu partout et qui impactent directement notre économie et notre climat social.
L
'hôpital,
l'éducation nationale, le budget, les déficits. Quel regard vous portez-vous sur ce bilan d'Emmanuel Macron finalement ?
Moi, je suis moins à regarder le bilan toujours et toujours à l'arrière que à regarder vers l'avant. Et moi, ce que je vois vers l'avant... C'est important quand même de regarder un peu le bilan. Bien sûr. Neuvent aux commandes du pays. Mais je reviens sur ce que je vous disais, sur cette histérisation du débat politique qui fait qu'on fait naître des espoirs qui sont des espoirs un peu fous. Et moi, mon inquiétude, elle est pour le mois de juin prochain quand il va falloir retomber sur terre et se rendre compte qu'en réalité, tous les cadeaux du Père Noël qu'on avait promis ne sont pas abondables.
Chaque fin de mandat présidentiel ne se termine pas comme ça avec des manifestations, des grognes.
Ce
n
'est
pas systématique. En 2011, fin 2011, il
n
'y
avait
pas forcément d'immenses manises. Fin 2016, il n'y
avait
pas forcément d'immenses manifestations comme aujourd'hui.
Mais Nicolas Sarkozy n'a pas été réélu en 2012 et François Hollande n
'a
même pas pu candidater à sa propre succession en 2017. Et si on rétropédale jusqu'en 1965, on se rendra compte qu'en réalité, tous les chefs de l'État en fonction engendrent une très grande désillusion. Donc
il y
a
de l'indulgence pour Emmanuel Macron ? On l'entend ce matin dans votre bouche.
Non,
indulgence dans le sens où on n
'est
pas dans la situation infernale qu'on nous décrit tous les jours. Et par contre, crainte dans le sens qu'on n'atteindra pas le paradis que nous promettent certains au mois de juin prochain.
Emmanuel Macron, avec son fameux « en même temps », a su siphonner la droite et la gauche, le PS et les Républicains particulièrement faibles aujourd'hui.
Est-ce
que ce n'était pas une erreur de vouloir rassembler comme ça un grand bloc central ? Parce que quand ça ne fonctionne pas, et on n'a pas l'impression que ça fonctionne aujourd'hui, quand on veut de l'alternance, la seule solution reste les extrêmes, à la gauche ou à droite. Est-ce que ce n'était pas une erreur fondamentale, ça, dès 2017, dans le mouvement que vous avez rejoint ?
Oui,
c'est la raison pour laquelle je les rejoins. J'avais espoir qu'on puisse, dans une vision plus générale, transcender l'opposition entre la gauche et la droite. Je suis quelqu'un du centre, quelqu'un de modéré. Il s'avère que ça a été extrêmement compliqué, manifestement. Et par contre, encore une fois, je voudrais éterre mes inquiétudes pour la suite, parce qu'on est prêt à se jeter dans le précipice, parce que le chemin est un peu chaotique. Je trouve ça très inquiétant. Le précipice, c'est l'extrême droite, c'est l'extrême gauche ?
Ce sont les extrêmes en général, et les populismes en particulier, qui disent qu'on a des solutions simples à des questions qui sont en réalité extrêmement compliquées.
Vous êtes assez sévère sur les propositions, notamment de la France Insoumise ou du Rassemblement National. Pour quelles raisons, après tout
?
Parce que ce sont des farces comptables.
Quand l
'URN veut baisser les taxes sur les carburants, c'est une farce
? Oui, complètement. C'est surréaliste, en réalité. Je voulais que je m'y arrête deux secondes, si vous me les accordez. Il parle de baisser les taxes de 20 à 5,5 sur l'ensemble des énergies, ce qui entraînerait un coût pour l'État de 17 milliards d'euros. Et en face, de façon démagogique, on dit qu'on va annuler l'aide médicale d'État qui coûte 1,2 milliard à l'État français et 3 millions de baisse à la dotation de l'Union européenne, ça fait 4 milliards. Et il en manque 14. Je ne
suis
pas fort en maths, mais je sais quand même compter un petit peu. Il en manque 14. Pareil pour les autoroutes, pareil pour les plans clim, pareil pour le plan pompier. Tout est bidon.
Qu'est-ce que c'est finalement aussi quand vous dites 15 à 17 milliards d'euros par rapport à la baisse de la TVA sur les carburants ? Qu'est
-ce
que c'est 15 à 17 milliards par rapport aux 1 000 milliards de dettes ces 9 dernières années
?
Je ne
sais
pas comment vous voyez les choses. On paye aujourd'hui à peu près l'équivalent de l'impôt sur le revenu pour rembourser les intérêts de la dette. On est déjà pas mal embêtés, je crois.
Et
quand j'écoute ce qui se propose...
Emmanuel
Macron a le droit de creuser le déficit, mais pas l'ERN, pas
la France Insoumise. Écoutez, M. Colbock, restez bien assis, parce que si on le suit, le plan clim de M. Jean-Philippe Tanguy, qui est à 200 milliards d'euros et qui représente à peu près l'équivalent de trois ministères importants dans notre pays, on n'aura pas chaud probablement, mais on risque d'avoir chaud aux fesses par contre dans la vie de tous les jours.
Un mot sur Perpignan. Vous aviez annoncé, on se souvient, votre candidature à la mairie avant de finalement renoncer. Louis Alliot aurait élu dès le premier tour en mars dernier. Finalement, le Rassemblement National, Louis Alliot, convient bien aux Perpignanais ?
Oui, apparemment, on s'accommode du no man's land en fait. Moi, je vais à Perpignan tous les jours. C'est une ville qui s'effondre sur elle-même, qui n'a aucun projet, aucun dynamisme, un maire qui n'est pas là, qui n'a aucun intérêt ni pour sa ville ni pour ses habitants. Bon, si on s'en accommode, ça va. Je pense qu
'à
un moment donné, quand même les Perpignanais vont faire état de leur mécontentement, ça arrivera. Alors, si la
ville s'effondre ainsi, pourquoi est-ce qu'il
a été rélu dès le premier tour aussi ? C'est la situation particulière, comme vous le savez, qui a fait qu'il a été rélu. L'impossibilité de passer des accords vers le centre. J'espère qu'au niveau national, on arrivera à des solutions un petit peu plus intelligentes que ça.
Christophe Zé, merci beaucoup. Ancien député, aujourd'hui professeur de droit constitutionnel à l'Université de Perpignan. Merci d'être passé par ici. Merci à vous.
Christophe Euzet