PROFITS DE GUERRE, CADEAUX AUX GRANDES ENTREPRISES : LE BLABLA MALHONNÊTE DE LA MACRONIE
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Tout le monde est au courant quand il installe son usine à l'étranger, des normes environnementales moindres et qui permettent donc de dégager plus de profits. Tout le monde est au courant de ça. Il faut arrêter de faire comme si on découvrait, ah au Bangladesh, les travailleurs ne sont pas exploités, ils y vont d'eux-mêmes. Le vrai problème aujourd'hui, c'est que ce n'est pas des super profits, c'est que c'est des profits imprévus, qui ne dépend pas des choix du manager, c'est un profit qui ne dépend pas du travail des salariés, c'est un profit qui dépend d'un élément externe. Et en l'occurrence, cet élément externe, c'est la guerre.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Entre nous, avec Thomas Porcher, chaque semaine pour décrypter l'actualité, car on le sait, le discours est politique et les comprendre est un véritable enjeu démocratique. Au programme aujourd'hui, les universités d'été du MEDEF, on a pu apprendre des choses et l'analyse de cette nouvelle sociale-démocratie républicaine, humaniste et écologique prônée par Bernard Cazeneuve. Aujourd'hui, on va se plonger dans les universités d'été du MEDEF, l'organisation du patronat qui se sont tenues la semaine dernière à Paris.
Alors évidemment, avec la crise actuelle, on avait un peu envie d'avoir des éclairages, surtout après que le gouvernement ait demandé gentiment aux grandes entreprises d'augmenter les salaires, ce que Geoffroy Roux-de-Bézieux, le patron des patrons, avait promis d'ailleurs, mais qui ne s'est pas réalisé. Demande réitérée par Bruno Le Maire, présent à cet événement, et un autre sujet sur la table, c'était l'énergie, notamment pour cet hiver. Alors je le disais, Bruno Le Maire, notre ministre de l'économie, s'est rendu à ces universités d'été du MEDEF. On l'écoute à sa sortie.
Non, je ne sais pas ce que c'est. Je pense que c'est une notion qui n'a pas de sens. Ces entreprises font des profits. Lorsqu'elles font des profits importants, surtout en période d'inflation, il est nécessaire qu'elles reversent une partie de ces profits directement aux Français. Et c'est exactement ce que nous leur avons demandé de faire avec la Première ministre. Lorsque Total fait une remise de 20 centimes d'euros à la pompe, ils reversent une partie de ces profits directement à nos compatriotes. Et je pense que ça allège la facture de l'inflation pour nos compatriotes. CMA CGM a commencé à faire la même chose.
Une partie des distributeurs l'ont fait en bloquant un certain nombre de prix alimentaires. Et Dieu sait que l'alimentation pèse très lourd dans le budget des ménages. Maintenant, j'invite toutes les autres entreprises qui peuvent le faire à faire également un geste important à destination de nos compatriotes pour les aider dans cette période d'inflation qui est dure pour tout le monde. C'est le cas des banques. Je souhaite qu'elles réduisent les frères bancaires. C'est le cas des assureurs. Je souhaite qu'elles limitent l'augmentation des primes d'assurance. Ça peut être le cas encore d'autres entreprises.
Mais ma conviction, vous la connaissez, taxer plus en France, c'est produire plus, produire moins en France. Et donc je ne crois pas que ce soit la meilleure solution. La meilleure solution, c'est celle qui invite les entreprises à participer à l'effort national pour protéger nos compatriotes contre les conséquences de l'inflation.
Je ne sais pas ce qu'est un super profit. A-t-on pu entendre au MEDEF de la part de Bruno Le Maire en évoquant ou plutôt évitant cette question de la taxe des super profits des grandes entreprises que la France refuse tandis que nos voisins l'ont mise en place ? Alors cette taxe, c'est pour réinjecter des énormes profits réalisés par les entreprises de par la crise et la montée des prix. Le ministre ajoute, je sais que les entreprises doivent être profitables, c'est tout ce que je sais, et continuer de leur demander un effort tout en baissant leurs impôts. Et puis dans la vidéo, on l'entend dire par exemple que taxer, c'est produire moins.
Thomas, qu'est-ce que tu penses de tous les arguments qu'on vient d'entendre ?
Moi, je pense qu'au départ, on n'aurait pas dû appeler ça un super profit. Parce qu'il est vrai qu'une entreprise qui fait un super profit, qui est basée sur le travail de ses salariés, sur les choix, on va dire, du patron en termes d'investissement, que ce profit est bien redistribué aux salariés en investissement et à une juste part, une juste part, c'est-à-dire la part qui a été redistribuée dans les années 50-70 aux actionnaires, c'est-à-dire une part en dessous de 50%. Oui, 45%, 50%, aujourd'hui, ils récupèrent 80% des profits, ce qui est beaucoup trop. Si on est dans cette configuration-là, le super profit n'est pas gênant.
Moi, qu'une entreprise fasse des super profits dans la rénovation des bâtiments, ça ne me dérangerait pas. Au contraire, ça voudrait dire qu'on rénove les bâtiments. Qu'une super entreprise du renouvelable fasse des super profits ou qu'une super entreprise un peu plus éthique redistribue des bons salaires à ses salariés dans un domaine où elle respecte des critères sociaux et environnementaux, moi, ça ne me dérange pas. Elle ne ferait pas, d'ailleurs, des gros super profits compte tenu de la concurrence internationale. Mais ça ne me dérangerait pas.
En fait, le vrai problème, aujourd'hui, c'est que ce n'est pas des super profits, c'est que ce sont des profits imprévus, ce qui est une autre définition. C'est ça qu'on aurait d'utiliser comme terme. C'est quoi un profit imprévu ? C'est un profit qui ne dépend pas des choix du manager, c'est un profit qui ne dépend pas du travail des salariés, c'est un profit qui dépend d'un élément externe. Et en l'occurrence, cet élément externe, c'est la guerre. C'est ça. C'est cette guerre-là qui a fait augmenter les prix du gaz, qui a fait augmenter les prix du pétrole.
Parce que dans cette guerre, quoi qu'on en pense, il y a un des premiers producteurs de pétrole et un des premiers producteurs de gaz, donc les prix augmentent. Et comme les prix augmentent, vous avez possiblement des entreprises qui ont peut-être moins produit ou produit autant que l'année dernière, mais qui ont des profits qui s'envolent. C'est un profit imprévu. C'est un effet jackpot. Et ce profit imprévu, il est normal qu'on se pose la question de le taxer alors qu'on est dans une période de crise. Parce qu'il y a aussi des coûts imprévus.
Un coût imprévu, c'est une entreprise qui avait prévu de faire des choses, et puis là, il y a un événement extérieur comme le Covid qui fait qu'elle s'arrête. Et là, l'État va à sa rescousse. Il prend en charge une partie du chômage, il prend en charge le chômage partiel, ce qui fait que c'est un coût en moins pour l'entreprise. Il fait des prêts garantis, etc. Et là, l'État aurait pu dire, mais moi, je n'ai pas d'argent, je suis ruiné, je vous laisse tous mourir. Non, il prend en charge. Donc moi, ma vision de l'économie, c'est ça. C'est-à-dire que vous avez une crise, il faut absolument soutenir l'activité, c'est clair, pour éviter le chômage, pour que les entreprises puissent survivre.
Mais vous avez un effet comme ça bénéfique après, dû à un élément que nous jugeons comme mauvais, la guerre, il faut absolument taxer ces profits imprévus. Et la définition de départ de super profit était fausse. Mais les profits imprévus existent. Il y a beaucoup d'entreprises qui font des profits majeurs alors qu'elles produisent autant, voire moins que les années précédentes. Il faut à un moment les taxer parce que ces profits dépendent de la guerre. Ça, c'est la première des choses. La deuxième des choses, quand il nous dit, il faut taxer moins les entreprises pour créer des emplois et créer de la croissance.
Pareil, ça, c'est un petit peu un enchaînement tout fait, limité, parce qu'il y a eu énormément de baisses de taxation qui ont été faites aux entreprises sous le quinquennat de Macron et qui avaient commencé avant, sous le quinquennat d'Hollande. Le CICE, c'est une baisse de charge adresse aux entreprises, ça devait créer un million d'emplois. Toutes les études qui ont été faites ont montré que ça a créé 100 000 emplois. C'est rien du tout. Un million, 100 000, on est dix fois moins. La baisse sur l'IS des entreprises, quel emploi ça a créé ? Donc, en réalité, je veux dire, c'est très simple de faire des enchaînements comme ça.
Mais après, concrètement, quand on a baissé, par exemple, le taux d'imposition, il y a très longtemps, de 50 % des entreprises à 33 %, qu'est-ce que ça a créé des emplois ? Non. Est-ce que ça a permis de conserver, d'empêcher la désindustrialisation ? Non. Donc, c'est des enchaînements comme ça, tout fait, absolument pas basés sur les chiffres, qu'on agite comme ça et qui fait plaisir au MEDEF. Donc, on peut se poser la question quand même de se dire qui est-ce qui est aux manettes ? Parce qu'on a l'impression vraiment que le but de ce gouvernement, c'est de laisser les entreprises faire, c'est-à-dire de leur offrir tout le temps des cadeaux et de leur dire, vous faites comme vous voulez.
Vous voulez faire une ristourne, vous la faites, vous ne la faites pas, ce n'est pas grave. Vous voulez augmenter les salaires, on vous demande de le faire, vous ne le faites pas, ce n'est pas grave. Mais nous, on sera toujours là pour baisser les impôts parce que baisser les impôts, c'est la solution. Ben non, ce n'est pas la solution. Et nous avons des chiffres, on a créé plus d'un million d'emplois. Mais pareil, c'est des chiffres qui sont complètement fantaisistes, c'est-à-dire que quand Macron est arrivé aux manettes, il y avait 1,5 million d'emplois qui avaient été détruits, qui avaient été détruits à cause de la crise. Nous étions revenus à notre niveau de richesse d'avant-crise.
Donc on savait qu'il allait y avoir un élément de rattrapage. Est-ce que ces 1 million d'emplois créés sous Macron sont dus à l'élément de rattrapage qui a mis du temps ou à la politique de Macron ? Est-ce qu'une politique contracyclique de relance d'investissement comme je prône de type keynesien n'aurait pas créé beaucoup plus d'emplois ? Je suis persuadé que si. Donc là, il faut faire attention avec les grandeurs que l'on manipule et tous les organismes, et des organismes qui sont plutôt proches du pouvoir, montrent que les baisses d'impôts n'ont pas créé les emplois escomptés comme le disait le MEDEF. Et ça, Bruno Le Maire, s'il y avait le courage, il aurait dû leur rappeler.
Et c'est pas ce qu'il a fait. Il dit plutôt qu'ils ont raison.
Oui, parce qu'il dit « Croyez-vous vraiment qu'en imposant de nouvelles taxes, nous réindustrialiserons le pays ? » Il demande ça. Alors on te pose la question aussi « Est-ce que la fiscalité a réellement un impact sur l'investissement en France ? »
Déjà, il faut voir ce qu'on appelle investissement, investisseur étranger. Parce qu'on a l'impression que c'est super. Vous savez, parfois, quand un investisseur étranger rachète un fleuron français, c'est un investissement direct étranger. Alors là, moi, je ne suis pas hyper content. Si vous avez, je ne sais pas moi, Général Electric qui rachète une branche d'Alstom, pour moi, c'est une perte de souveraineté industrielle. Et je ne suis pas content. Alors lui, il est peut-être content, Bruno Le Maire, parce que ça compte comme un investissement direct étranger. Mais ce n'est pas bon. Et puis vous savez, souvent, quand il rachète, il ne crée pas d'emploi.
Il rachète une entreprise où il y a déjà des emplois. Donc ça ne crée pas d'emploi. Et après, il la restructure. Quand il la restructure, parfois, il détruise des emplois. Donc lui, il est très content de dire qu'il faut baisser les taxes pour que les mecs viennent acheter. Il faut voir après ce qu'on appelle investir. Investir, pour moi, c'est créer une entité sur place. Vous avez Honda ou Toyota qui vient, qui crée une entité, une usine sur place qui emploie des gens. Là, c'est un investissement super qui peut être valable. Quoique, il faut réfléchir.
Quand on a une stratégie industrielle, si vous faites rentrer un concurrent de deux constructeurs automobiles dont l'État est actionnaire, ça peut être aussi idiot. Parce que vous pouvez concurrencer les constructeurs automobiles traditionnels. Donc il faut vraiment, quand on a une stratégie industrielle, on prend en compte tous ces éléments. Quelqu'un qui ouvre une usine, ça peut être bien parce qu'il crée des emplois. Mais il faut voir quel est l'impact indirect ensuite sur nos constructeurs. C'est ce que devrait d'ailleurs faire Bruno Le Maire, mais visiblement, il ne fait pas ça. Et ensuite, acheter un investisseur étranger qui achète une usine, ça peut ne pas être positif.
Et dans la plupart des cas, ce n'est pas positif parce qu'il a des mantelles souvent pour la faire ailleurs, etc. Donc il faut voir ce qu'on appelle investisseurs étrangers. Et puis ensuite, il faut regarder qu'est-ce qui fait que notre territoire est un des plus attractifs ? La première des choses, c'est les infrastructures. Parce que quand tu viens en France, tu as des infrastructures de transport à Paris, plutôt bien développées, le rail, etc. Les infrastructures. La deuxième chose, c'est la productivité de la main-d'oeuvre française qui est une des mains-d'oeuvres les plus productives au monde.
Et puis après, il y a tous les crédits d'impôt, notamment le crédit d'impôt recherche qui fait que les gens sont contents de s'installer parce que c'est peu cher. Et d'ailleurs, il faudrait voir sur quoi est basée la recherche. Donc c'est ça les éléments principaux. Ce n'est pas qu'une question de fiscalité. Il y a des pays qui ont des fiscalités plus élevées et qui attirent les investisseurs parce qu'il y a des infrastructures, parce qu'il y a de la productivité, parce que le jeu en vaut la chandelle. Et puis il y a d'autres pays qui ont des fiscalités extrêmement faibles et qui n'attirent personne. C'est le cas d'un certain nombre de pays en voie de développement.
Donc on ne peut pas résumer. Encore une fois, c'est un enchaînement très rapide comme ça, qui tient dans une vidéo de 30 secondes et qui fait plaisir à beaucoup de monde, mais qui est beaucoup trop simpliste. On ne peut pas dire baisse de fiscalité égale investisseur étranger. Et si c'est égal à l'investisseur étranger, quel investisseur étranger ? Est-ce que c'est quelqu'un qui crée une usine, quelqu'un qui rachète une autre usine et qui va la démanteler ? C'est ça, les questions qui sont importantes. Et là-dessus, on reste quand même toujours sur des grandes envolées lyriques qui ne veulent un peu rien dire.
Et en fait, qui au final, a pour but de n'imposer aucune contrainte au patronat et de laisser faire comme il veut.
Il y a une autre prise de parole qui a été fortement remarquée pendant ces universités d'été. C'est celle d'Aurélien Barraud, astrophysicien. On va regarder.
Je crois qu'il est aujourd'hui indispensable de penser un peu hors de l'ordre, même au sein du MEDEF. Prenons quelques exemples triviaux, pour finir. Quelques exemples que je choisis comme étant extrêmement simples. Tant que, par exemple, vous nommerez, vous autres chefs d'entreprise, croissance, le fait de raser un espace gorgé de vie pour le remplacer par une plateforme commerciale fut-elle neutre en carbone, nous n'aurons pas commencé à réfléchir sérieusement.
Tant que le président du MEDEF nommera, à l'unisson d'ailleurs du chef de l'État, progrès, la mise en place d'une nouvelle génération de téléphonies mobiles qui ne répond à strictement aucun besoin, mais dont les conséquences délétères, pour ne pas dire létales, sont avérées du point de vue de la pollution, de la consommation et de l'addiction, nous n'aurons pas commencé à réfléchir sérieusement.
Tant qu'un ancien président de la République, souvenez-vous, 2019, ce n'est pas si vieux, pourra venir ici même à l'université d'été du patronat, moquer le discours scientifiquement irréprochable de Greta Thunberg devant un parterre qui était alors hilare, nous n'aurons pas commencé à réfléchir sérieusement. Je conclue. Je crois qu'il faut être un peu conséquent. Nous ne sommes déjà plus dans une crainte quant à l'avenir. Nous sommes dans un constat quant au passé. Nous avons d'ores et déjà éradiqué plus de la moitié des arbres, des insectes, des poissons d'eau douce, des mammifères sauvages. Nous laissons d'ores et déjà 700 000 êtres humains mourir chaque année de la pollution en Europe.
Si même face à cette évidence, nous ne voyons pas la nécessité d'une refonte axiologique et ontologique drastique, c'est que nous faisons preuve d'une cécité que nos descendants, s'ils survivent, auront, croyez-moi, du mal à pardonner.
Tant que vous nommerez, vous, chef d'entreprise, croissance, le fait de raser un espace gorgé de vie pour le remplacer par une plateforme commerciale, nous n'aurons pas commencé à réfléchir sérieusement. Qu'est-ce que t'en penses, Thomas ? Croissance et climat, est-ce qu'ils sont antinomiques ?
Il a entièrement raison. Il a entièrement raison. Dans le calcul de la croissance économique, qui est la croissance du PIB, indicateur phare de l'économie, il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas prises en compte. La pollution n'est pas prise en compte, la destruction, par exemple, d'un espace n'est pas prise en compte, ou la reconstruction après la destruction, par exemple, je ne sais pas moi, les sécheresses ont détruit un certain nombre de choses, les intempéries ont détruit un certain nombre de choses, elles sont dues au dérèglement climatique, en partie. Ce que vous allez reconstruire derrière compte comme de la croissance économique. Donc il y a un vrai problème.
Aujourd'hui, le PIB ne peut pas être l'alpha et l'oméga, ou la boussole, en tous les cas, de nos dirigeants politiques, alors que cet indicateur ne prend pas en compte les aspects de dérèglement climatique, de pollution, etc. Et d'ailleurs, même le créateur du PIB, Kuznet, avait dit que c'était un indicateur parmi tant d'autres, mais qu'il avait un certain nombre de limites. Il y a eu une commission après qui avait été demandée par Nicolas Sarkozy avec notamment Stiglitz, Amartya Sen et M. Fitoussi sur les limites du PIB qui était excellentes, un rapport intéressant qui nous montrait toutes les limites.
Parce que vous savez, avant la crise de 2008, qu'est-ce qui faisait que tout le monde voulait copier les Etats-Unis ? C'est qu'elle avait une croissance dopée par la finance et par les subprimes. Alors cette croissance nous amenait droit au mur. Donc on peut avoir parfois des croissances dopées par de la finance, dopées par des constructions polluantes et être comme ça devant ce taux de croissance en disant mais c'est génial, c'est ce qu'il faut faire, alors que ça nous amène droit au mur. Donc il a entièrement raison de soulever ce point. Mais là où je trouve une petite limite à ce que dit M.
Barrault, bien qu'il reste dans son domaine intellectuel, c'est que même si on a les meilleurs indicateurs, en fait, ce n'est pas une question d'indicateurs, ce n'est pas une question de formation. On est vraiment dans une question de vraie mauvaise foi. De mauvaise foi, pourquoi ? Parce que ça rapporte de l'argent. Tout le monde est au courant. Je veux dire, tout le monde est au courant quand il installe son usine au Bangladesh des conditions de travail des travailleurs au Bangladesh. Tout le monde est au courant quand il installe son usine à l'étranger des normes environnementales en vigueur qui sont moindres et qui permettent donc de dégager plus de profits.
Tout le monde est au courant de ça. Il faut arrêter de faire comme si on découvrait « Ah, au Bangladesh, les travailleurs ne sont pas exploités, ils y vont d'eux-mêmes. » Et puis alors, quand on va en Éthiopie, c'est 23 dollars une ouvrière éthiopienne. « Ah, mais elle n'est pas exploitée puisqu'elle vient d'elle-même. » Non, mais elle est exploitée. Le système fait qu'elle est exploitée. Voilà. Et tout le monde le sait. Il faut arrêter de faire comme si on découvrait des choses que tout le monde sait. Et là, les gens, ils savent très bien que certaines industries sont plus polluantes que d'autres. Ça ne les arrange pas parce qu'il y a des profits derrière. Et voilà.
Et donc, on pourra leur donner tous les indicateurs possibles et ça, c'est pas pour ça que les choses changeront parce que les gens savent. Et vous savez, sur le PIB, il y a déjà un très grand économiste Stern de London School of Economics qui a calculé l'impact en termes de PIB de la non-action par rapport à l'action. C'est-à-dire, si on agit pour le climat, il y a un impact annuel sur nos créations de richesses. Si on n'agit pas, il y aura un impact à la fin sur notre richesse globale. Et il montre qu'il vaut mieux agir d'un point de vue du PIB, qu'il vaut mieux agir que ne pas agir. Cette étude a plus de 10 ans. Et est-ce que ça a entraîné une révolution ? Non.
Même en utilisant des indicateurs que les gens utilisent, les gens changent pas parce que derrière, il y a de l'argent. Donc c'est plutôt de la corruption, de la mauvaise foi et de la corruption qu'une question d'éducation, de formation, dont on entend beaucoup former les députés, former les chefs d'entreprise. Non, non. Derrière, il y a de l'argent et les gens savent ce qu'ils font. Voilà, il faut arrêter les infantiliser.
Une autre gauche est possible. C'est le manifeste publié samedi de Bernard Cazeneuve dans le journal du dimanche. L'ancien Premier ministre sous François Hollande, qui n'est plus au Parti socialiste, estime que l'EPS, justement, piétine son héritage dans une alliance contre-nature avec Jean-Luc Mélenchon et est toutouisé. Alors avec ses 400 signataires, ce manifeste se veut refonder la social-démocratie en fustigeant une gauche dans la confrontation permanente, je cite. Si vous suivez les instants porchés depuis l'année passée, vous devez savoir comme moi que ce texte a dû émouvoir Thomas Porcher.
Thomas, qu'est-ce que tu penses de cette nouvelle gauche, je cite, sociale-démocrate, républicaine, humaniste et écologique ?
Non, mais je pense que... Enfin, moi, ça me fait rire parce que des textes comme ça, il y en a eu tellement. Mais là, je pense qu'il y a un vrai enjeu pour la prochaine présidentielle. C'est-à-dire, je me mets à la place de M. Cazeneuve. Il a été Premier ministre. Il incarne quelque chose sur cet axe de la gauche sociale-démocrate. Il faut le dire quand même. Beaucoup de gens avaient mis de l'espoir même pour qu'il se présente à la présidentielle-là. Donc qu'est-ce qu'il se dit, lui, d'un point de vue purement stratégique ? Il se dit, Macron ne peut plus se présenter deux fois. Macron, c'est l'extrême centre. Une fois qu'il ne peut plus se présenter, qu'est-ce qui va pouvoir se présenter ?
Donc il y a à droite des gens qui font déjà la queue. Il y a M. Darmanin, il y a M. Philippe qui y pense, tu vois. Et il se dit, voilà, tous les gens de gauche, à commencer par Mme Borne, enfin de gauche, entre guillemets, mais de l'ancien PS, de Mme Borne et tous ces gens qui ont rejoint comme ça Macron, ils auront quand même du mal à voter pour un Darmanin ou ils auront du mal à voter pour quoi qu'un peu moins pour M. Philippe. Et donc là, il se dit, moi, j'ai, sur cet espace de l'hypercentre, quelque chose à jouer sur l'aile un peu de gauche dans cet hypercentre. C'est ce qu'il se dit. Et donc là, il tente le coup. Il a raison.
Il dit, Macron va laisser derrière lui, finalement, peut-être une recomposition des partis traditionnels avec la droite et la gauche puisque chacun veut y aller. Et des gens qui ont voté Macron en pensant qu'il était de gauche, il y en a quand même quelques-uns, paraît-il, ils ne pourront pas voter pour Darmanin, mais ils pourront peut-être voter pour Cazeneuve, tu vois. Voilà, ils se diront, bon, parce qu'en réalité, ce que défend Cazeneuve comme politique, c'est la même politique que Macron, en fait. Parce que Macron, c'est la même politique que Hollande. C'est la continuité. Hollande, c'est la loi de travail, le CICE. Qu'est-ce qu'il a fait Macron ?
Une loi de travail un peu complémentaire. Le CICE gravé dans le marbre, il a poursuivi ce qu'a fait Hollande en osant y aller. Et puis Macron, c'était quand même le ministre de l'économie de M. Hollande et puis le conseiller à l'Élysée de M. Hollande. Donc c'est à peu près la même chose. Donc là, il se dit voilà, je vais jouer ça avec l'aile un peu de gauche. Il y a quelque chose à prendre. Donc c'est une tactique. C'est une tactique comme une autre.
Et puis en se disant aussi que comme Mélenchon ne veut pas se représenter, a priori, on ne sait pas, parce que tout est à l'air d'être possible, mais ne va pas se représenter, il se dit qu'il y a peut-être une partie de l'aile qui a accepté en fait d'aller avec Mélenchon pour une question de poste d'Europe Écologie Les Verts ou du PS qui pourrait après le rejoindre. Donc il y a un choix tactique face à une recomposition des cartes qui va se faire à la prochaine élection présidentielle parce que Macron ne peut pas se représenter.
Donc du coup, il y a une place pour la social-démocratie aujourd'hui en France ?
Moi, je pense que non. Regardez, Hidalgo a fait un très mauvais score, mais on pourrait, et c'est ce que les gens ont dit, c'est pas moi qui le dis, reporter ça sur la personne ou la mauvaise campagne qu'elle a faite. Yannick Jadot a fait une campagne, c'est pas moi qui le dis, c'est à l'intérieur des termes qui ont fuité, de Macron de gauche ou de Macron écolo, c'est-à-dire crédible, centriste, plutôt, vraiment dans le cadre, il a fait un score pas extrêmement bon, ça n'a pas fonctionné. Donc on voit bien qu'avec le mouvement démographique qui se passe, les gens ont de plus en plus envie de radicalité. Il y a quelque chose comme ça.
Et puis même face aux enjeux climatiques, la crise sociale, et je mets climatique parce que c'est celle qui a l'air de réveiller en premier lieu des gens qui étaient un peu endormis parce que la crise sociale est là depuis longtemps. Elle a réveillé déjà beaucoup. Mais la crise climatique, parfois les gens étaient endormis, là ça les réveille un petit peu. On voit beaucoup d'acteurs, de présentateurs, de gens qui n'aiment pas de problème d'argent et qui là se réveillent sur la crise climatique. Mais sur la crise sociale, ça reste encore quelque chose d'un peu abstrait pour eux. Mais la crise climatique montre qu'il faut une certaine radicalité.
Et donc je ne suis pas sûr qu'une gauche d'accompagnement qui vous dit qu'on va mettre une petite taxe ici, machin et tout, ça puisse répondre avec le basculement démographique, c'est-à-dire les gens qui vieillissent et qui sont quand même baignés dans une radicalité depuis un certain nombre de temps, ça puisse donner un débouché politique. Après, la politique est remplie de surprises, on le voit bien. Mais j'ai du mal à croire parce qu'aujourd'hui, les gens veulent que les choses changent réellement. Et ce que propose Bernard Cazeneuve, c'est des changements à la marge. Donc ça veut dire que ça ne changera pas ou quasiment pas. Et on l'a vu avec Hollande déjà. C'est fini ça.
Ça, c'était bon il y a 10 ans. C'est-à-dire qu'on voulait de l'accompagnement, soit libéral, soit de l'accompagnement de gauche. Alors l'accompagnement libéral, c'est l'accompagnement où on lâche un petit peu encore plus de liberté, on desserre un peu l'étau étatique. Et puis de gauche, c'était bon, on continue la mondialisation, mais on met quand même quelques supports très légers. Mais je crois que ces gens ne veulent plus de ce discours-là. Et on le voit bien en dernières élections. Le parti extrême-centriste qui réunit finalement la droite de l'époque et puisque Sarkozy, c'est un peu Macron, et la gauche, parce que Hollande, c'est un peu aussi Macron, a fait 30%.
Donc je pense que cette sociale-démocratie portée en plus par un ancien de Hollande va être quand même difficile. La carte va être difficile à jouer.
Ils ont des milliards, mais nous sommes des millions. Et si Le Média a débarqué à la télé pour assurer la continuité de nos programmes, pour défendre une information indépendante et différente, mais aussi grandir et devenir une réelle chaîne de télévision, nous avons absolument besoin de vous et de votre abonnement car nous sommes une coopérative et nous vivons que de la communauté citoyenne. Rendez-vous sur lemediatv.fr slash soutien pour en savoir plus sur ce grand projet et le réaliser tous ensemble. Nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine. Merci de toujours nous suivre pour tous vos commentaires et vos pouces en l'air sous les vidéos.
spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.
Je ne sais pas si on a le droit de dire singe parce qu'on n'a plus le droit de dire les... On dit quoi les 10 petits soldats maintenant ? C'est ça ?
La violence dans notre société est liée à une immigration qui n'est pas intégrée. Donc là... T'es vraiment un énorme connard. Un délit homophobe, c'est pas grave. Week-end caniculaire.
Macron a reçu le président des Émirats Arabes Unis.
Ça me donne envie de gagner encore plus d'argent. Cette entreprise en profite. J'ai vu des chefs d'entreprises étrangers. L'horreur ! Il fait ce pour quoi doit, à mon avis, être payé en politique. J'ai habitué.
Très sincèrement, comme disait un de mes prédécesseurs, ça m'en touche une sans bouger l'autre.
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Jean-Luc Mélenchon