Le Premier ministre Edouard Philippe en entretien pour France 3 Centre-Val de Loire
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Merci, M. le Premier ministre, d'accorder cette interview, cet entretien. France 300, Val-de-Loire. 3 jours de visite officielle, donc, dans le département du Cher. Département rural, mais également industriel et technologique. On va en parler dans un instant. Vous avez rencontré beaucoup de monde. Commençons, si vous le voulez bien, par le monde agricole, secteur en crise, avec des agriculteurs qui produisent depuis des années très souvent à perte. Est-ce que vous pensez vraiment que le projet de loi agriculture et alimentation, prochainement débattu à l'Assemblée nationale, est en mesure de les rassurer ? Quel discours leur avez-vous tenu sur le terrain ?
Vous les avez rencontrés, notamment du côté de Néron et d'Enrichemont.
J'essaie d'abord beaucoup écouter. Et j'ai eu l'occasion de découvrir et de rencontrer une agriculture qui est très diversifiée dans le Cher. Au sens où, entre les viticulteurs de Saint-Saëns... Les éleveurs que j'ai rencontrés dès mon arrivée, ceux qui sont sur le fameux triptyque blé, colza, orge, tout ça, c'est des situations qui sont extrêmement variées. Géographiquement aussi. J'ai rencontré un certain nombre d'agriculteurs du Pays-Fort, qui eux sont dans une difficulté liée au déclassement des zones classées en handicap naturel. J'ai essayé d'abord de les écouter, parce qu'ils occupent une place qui est essentielle. Dans le système productif français.
Parce qu'ils ont souvent un métier très difficile, qu'ils font avec passion. Ce qui m'a frappé, dans toutes les rencontres que j'ai eues, c'est le très grand calme, la très grande précision, l'envie d'expliquer quelle était exactement leur réalité. Très loin d'un certain nombre de caricatures qui sont parfois présentées. Ce que j'ai essayé d'expliquer, c'est ce que nous voulions faire avec le gouvernement et avec la majorité parlementaire. Une loi qui reprend l'essentiel. L'essentiel des états généraux de l'alimentation. Et qui doit nous permettre d'essayer, dans toute la mesure du possible, de renvoyer la valeur ajoutée vers le producteur.
Si on veut que le système fonctionne, il faut que les producteurs, les éleveurs, les producteurs puissent retrouver de la valeur ajoutée. C'est ce qu'ils demandent, effectivement. C'est ce qu'ils demandent, et ils le demandent à juste titre. Mais ça n'est pas facile. Il ne faut pas se raconter de blagues. Ils l'ont compris. Ça n'est pas facile. Et donc nous voulons, avec cette loi, permettre d'inverser un mécanisme un peu infernal, il faut bien le reconnaître, qui écrase la valeur ajoutée. Et qui la transmet plutôt vers le distributeur que vers le producteur. Donc nous avons discuté de ça. Nous avons discuté des techniques. Nous avons discuté des réglementations.
Nous avons discuté des perspectives. Et je dois dire que c'était extrêmement à la fois instructif, pour moi, et extrêmement précieux.
Restons dans l'actualité. Là aussi, si vous le voulez bien, entre sujets de préoccupation du moment dans ce département, comme partout ailleurs en centre Val-de-Loire. La désertification médicale. Le Cher, Monsieur le Premier ministre, a perdu, tenez-vous bien, près de 20%. 20% ? 15% de ces médecins généralistes. 15% de ces spécialistes. Vous avez visité une maison de santé pluridisciplinaire, du côté de Sancoin, à Sancoin même. Vous l'avez qualifiée, je reprends vos mots, d'exemple remarquable. Est-ce que vous pensez que ces maisons de santé pluridisciplinaires sont LA solution, dans des départements comme celui du Cher, pour que tout le monde ait de nouveau accès normalement aux soins ?
Alors, je ne crois pas que les maisons de santé pluridisciplinaires soient LA solution. Mais je ne crois pas qu'il y ait de solution SANS les maisons de santé pluridisciplinaires. Autrement dit, ça fait partie de la solution. Et il faut faire attention à ne pas croire que c'est d'un coup de baguette magique qu'on peut créer ce type de maison, telle que celle que j'ai pu visiter à Sancoin, et que vous décrivez, qui est effectivement absolument remarquable. Pour que ça marche, les maisons de santé, il faut qu'on parte d'un projet de soins.
Il faut qu'on parte d'équipes médicales qui ont envie de se regrouper, parce qu'elles y trouvent un avantage, et parce que ça leur permet de pérenniser leur activité, de mieux l'organiser. De mieux être au service des patients qui viennent s'y soigner. Et ensuite, il faut que les élus les aident. Il ne faut pas faire l'inverse. Il ne faut pas créer la maison en se disant que ça fera venir des médecins. Il faut qu'il y ait des médecins qui créent la maison.
Ça a l'air peut-être un peu simpliste comme façon de présenter les choses, mais l'expérience que j'ai, l'ensemble des visites que j'ai faites, l'ensemble des contacts que j'ai pu avoir avec les professions de santé ou avec les élus, me confirment dans cette idée. Pourquoi elle est remarquable, cette maison de santé ? Parce qu'on y trouve tout ce qui nous permet de dire que c'est un élément, c'est un élément de la solution. Les pratiques avancées, c'est-à-dire la capacité qu'ont un certain nombre d'infirmiers ou d'infirmières d'aider les médecins, ils le font déjà évidemment beaucoup, mais dans le traitement d'affections chroniques ou de chronologie, pardon, d'affections chroniques.
Donc, les pratiques avancées. Le recours à la télémédecine. Je sais que parfois on dit, oui mais attendez, quand on va chez le médecin, on n'a pas envie de se faire soigner par internet. Bien sûr, mais ce n'est pas ça la télémédecine. C'est d'avoir des examens de bonne qualité faits localement, interprétés plus loin et avec un retour rapide. Ce qui évite aux patients de se déplacer à 40, à 50, à 70 km. Une salle d'urgence, de petites urgences, d'accueil et de traitement de petites urgences. Une capacité à former des internes et des stagiaires et en former beaucoup, ce qui permet d'obtenir des remplacements le moment venu et donc d'assurer la continuité des soins.
Bref, une capacité à s'organiser en commun et à servir dans des conditions remarquables, tout un canton, en l'occurrence celui où se trouve Sancoin.
On évoque la désertification, des campagnes qui se vident, des métropoles qui naissent. Deux en centre Val-de-Loire, Tours, Orléans. L'équilibre territorial est assez difficile à trouver, c'est vrai, au quotidien. Et les ruraux se sentent, je reprends leur mot, plus traités aujourd'hui de la même façon que les citadins. Est-ce que vous comprenez ce sentiment qui est d'ailleurs exacerbé par la crainte de vol ? De voir la disparition des petites lignes ferroviaires, ces petites lignes qui relient entre elles les sous-préfectures et qui permettent de se déplacer facilement ?
Alors d'abord, puisque vous me posez la question de cette façon, je veux être très clair. Il n'y a rien dans la réforme ferroviaire que le gouvernement conduit en ce moment qui soit relatif à une quelconque fermeture des petites lignes. Vous avez dit répéter, mais la crainte est toujours là. Vous savez, dire c'est bien, répéter c'est mieux. Et donc je le dis très clairement et je le répète car il n'y a rien qui concerne les petites lignes. Il y a une réforme, c'est vrai, mais il n'y a rien qui concerne les petites lignes. Première chose. Deuxième chose, sur le sentiment de relégation, de distanciation et parfois même d'abandon ou d'oubli que vous décrivez.
Je l'entends. Sentiment fort aujourd'hui.
Un sentiment fort et il est exprimé. Il faut le prendre en compte, je l'entends. J'observe et j'ai eu l'occasion de le dire à beaucoup d'élus locaux, à beaucoup d'acteurs des territoires qui m'ont interrogé et qui ont évoqué ce sujet avec moi. C'est d'abord quelque chose qui n'est pas nouveau. C'est le produit d'une évolution ancienne, forte et continue qui fait que, en effet, il y a des transferts de population. Il y a des gens qui partent, des jeunes qui partent pour faire leurs études et qui se fixent ensuite dans des métropoles ou ailleurs sur le territoire. Ce qui conduit à un vieillissement de la population et ce qui conduit effectivement à un sentiment d'abandon.
Il y a des services qui s'organisent autrement. Tout ça, je l'entends et j'essaie de le prendre en compte. Quand je dis j'essaie, je le prends en compte dans l'organisation des services. C'est la raison pour laquelle nous avons développé pour lutter contre ce sentiment d'abandon, mais aussi pour permettre une attractivité accrue des territoires. Nous avons lutté sous l'autorité de Jacques Mézard et de Julien Denormandie, ministre et secrétaire d'État à la cohésion des territoires, avec les opérateurs de téléphonie pour faire en sorte que nous accélérions le mouvement d'équipement du territoire. Avec le haut débit 2020, très haut débit 2022. C'est très important.
Tout à l'heure, nous parlions de la télémédecine. On ne peut pas avoir de télémédecine s'il n'y a pas une façon de transmettre les images.
Comment on peut avoir une entreprise qui s'installe s'il n'y a pas de très haut débit ?
On peut. On peut. Avec du satellite, mais ça coûte cher. C'est plus difficile. C'est à la fois un enjeu de confort de vie, et ce n'est pas du tout indifférent, mais c'est aussi un enjeu de développement économique, d'équilibre territorial. C'est pourquoi le gouvernement a fait une pression, et a soumis une pression très dure, l'ensemble des acteurs de ces dossiers, pour que nous puissions équiper le territoire en 2020 partout de haut débit, et en 2022 de très haut débit.
Vous êtes allé, monsieur le Premier ministre, visiter également les petites et moyennes villes, comme on les appelle. Vous êtes allé à Vierzon. Vierzon qui va bénéficier de ce programme Cœur de Ville, dont vont bénéficier, 221 autres villes en France. Il y a de l'activité qui décline. On est obligé de le reconnaître. Sur quoi ces petites et moyennes villes peuvent compter aujourd'hui pour rebondir ? Pour envisager l'avenir ?
L'objet de ce plan que nous avions déjà présenté, mais nous avons signé la première convention à Vierzon hier, avec le maire de Vierzon. Nicolas Sansu. Nicolas Sansu. Parce qu'il était prêt, et parce qu'il avait un projet de requalification de son centre-ville. L'objectif de ce plan, c'est de requalifier les centres-villes des villes moyennes, et n'y voyez aucune espèce de caractère péjoratif, des villes moyennes par leur taille, mais qui sont essentielles pour l'équilibre des territoires.
C'est la définition d'un profil dans cette région, d'ailleurs.
Exactement. Mais c'est indispensable pour l'équilibre des territoires. Et donc, l'idée, c'est d'aider. Ce n'est pas de faire la stratégie des maires à leur place. L'État n'est pas fait pour ça. Moi, je ne suis pas là pour dire aux élus ce qu'ils doivent faire. Je suis là pour essayer de comprendre ce qu'ils veulent faire et d'essayer de faire en sorte que l'État les accompagne au service de leurs concitoyens.
Facilitateur de l'activité politique ?
Pour ce qui est de l'action municipale, oui. Alors, quand il s'agit des compétences de l'État, je ne suis pas facilitateur, je prends les décisions. Mais quand il s'agit des stratégies municipales, l'État est là au service des stratégies municipales. Et donc, c'est ce que nous avons évoqué hier à Vierzon. Et c'était un sujet qui était très intéressant, parce que voilà une ville qui connaît des difficultés, c'est vrai, mais qui est en train de repenser l'organisation de son centre-ville, et qui, donc, veut se battre sur les questions d'attractivité et de confort de vie.
Et le fait que l'État puisse financièrement l'accompagner en mobilisant des acteurs aussi variés que l'Agence nationale d'amélioration de l'habitat, l'Agence nationale de rénovation urbaine, la Caisse des dépôts et consignations, en amenant de l'argent frais et de l'argent neuf, ça permet à ces 222 villes en France, à ces deux villes dans le département, de pouvoir rebondir. Et un dernier mot sur ce plan ville moyenne. C'est la première fois depuis près de 40 ans qu'un plan de l'État est dirigé vers ces villes moyennes. Si c'est le cas, systématiquement elles étaient traitées, soit dans le droit commun, soit de façon accessoire.
Nous avons décidé de nous occuper, d'aider à rebondir ces villes moyennes. Et je crois qu'il faut le souligner.
On va aborder un autre thème important. Vous m'avez dit que vous avez été très agréablement surpris. En tout cas, c'était très enrichissant, ces trois jours passés dans ce département. Je disais tout à l'heure que le Cher est un département qu'on pourrait qualifier de contraste. Il est fortement rural, mais il y a également des pôles urbains qui abritent de l'industrie. C'est le cas ici, à Bourges, de l'aéronautique, de la défense, par exemple, avec des fleurons. Ce sont des entreprises qui innovent. Justement, vous, en ce moment, vous mettez l'innovation en avant. Vous parlez même d'innovation de rupture.
Est-ce que, par exemple, les industries que nous avons ici, à Bourges, pourraient s'avérer des prochaines locomotives économiques sur ce territoire, et dans la région plus en général, pour booster le territoire ?
Vous savez, quand j'ai voulu parler d'innovation, vous savez où j'ai été en parler ? À Henrichemont. Comme ça, spontanément, si vous dites aux Français d'aller parler d'innovation à Henrichemont, les gens sont surpris.
Vous avez rencontré des futurs entrepreneurs, des élèves entrepreneurs ?
Mais des actuels entrepreneurs. Incroyablement innovants, incroyablement dynamiques. Il est faux de penser que l'innovation s'est réservée aux très grandes métropoles, aux immenses centres universitaires. Ça n'est pas vrai. L'innovation, c'est un état d'esprit. C'est une capacité à inventer et à oser. Et ce que j'ai vu à Henrichemont, comme d'ailleurs dans d'autres endroits du département, c'est des gens qui prennent des risques, qui ont une idée, qui ont une compétence, un chercheur se met en relation avec un entrepreneur et se lance. Génialis, que j'ai vu à Henrichemont, c'est incroyable, c'est bluffant.
Vous dites qu'il faut changer de paradigme
à l'heure actuelle. Si on parle d'innovation, comprenons-nous bien, je ne parle pas d'innovation parce que ce serait la mode. Je parle d'innovation parce que c'est la frontière qui nous permet d'être forts. La France, elle gagnera jamais, elle ne veut pas la gagner. Du plus bas salaire, pour être le plus compétitif. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas notre modèle et ce n'est pas comme ça qu'on gagnera la compétition.
En tout cas, ce n'est pas comme ça que vous le voyez effectivement.
Mais personne ne le voit comme ça. La France, elle peut être compétitive grâce à son intelligence collective, grâce à son organisation, grâce à son aménagement du territoire. Et si on veut être fort, il faut qu'on soit intelligent. Alors pardon de le dire comme ça parce que ça donne peut-être l'impression d'une formulation curieuse, mais c'est vrai. Il faut qu'on gagne la bataille de la compétence et de l'intelligence. C'est pourquoi le gouvernement met un accent particulier sur l'école dans les plus bas niveaux, au CP, parce que c'est là que tout commence. C'est pour ça que nous avons transformé la façon d'entrer dans l'enseignement supérieur.
Pour mettre un terme à cette sélection par l'échec, scandaleuse d'une certaine façon, qui veut que 60% de ceux qui rentrent en premier cycle universitaire échouent au bout de trois ans. Échouent. C'est pour ça que nous avons mis en place un énorme plan d'investissement dans les compétences avec plus de 15 milliards d'euros pour faire en sorte que, par l'apprentissage, par la formation professionnelle, par l'investissement dans les compétences, on élève le niveau général de la population française et de ceux qui travaillent. Il y a effectivement des atouts partout ici. Et c'est pour ça qu'on joue l'innovation et la recherche.
Parce qu'en innovant, en créant, en étant, peut-être pas plus malin que les autres, mais plus innovant que les autres, alors on a une chance d'être plus fort.
C'est un secteur, par exemple ici à Bourges, qui peut effectivement, comme vous le disiez, s'avérer prochainement locomotif. Entre les industries d'armement,
l'industrie de l'aéronautique, il y a énormément de ressources et il n'y a pas que celles-ci. Il y a énormément de ressources dans ce département, dans le développement. Monsieur le Premier ministre,
pendant trois jours, vous avez arpenté les routes du département. Vous en avez fait des kilomètres. Je vous le confirme. Avec vos équipes. Ces routes, la quasi-totalité va passer à 80 km heure au 1er juillet. Oui, d'ailleurs pendant trois jours. Vous entendez la grogne. Est-ce que vous restez sur la même longueur d'onde ? Vous restez sur vos positions ? Pendant trois jours,
j'ai sillonné le département de Virzon à Sancerre, à Nancy, à Henrichemont, à Bourges bien entendu. Parce que, c'est un département qui est très long, et nous avons systématiquement circulé à 80 km heure. Nous avons choisi de le faire. Pour voir.
Vous montrez l'exemple en venant sur le terrain.
Exactement. Ça n'est pas encore la règle, mais néanmoins, j'ai voulu l'observer et l'appliquer. Est-ce qu'on vous a klaxonné
sur les routes du Cher ? Jamais.
Mais vous savez, quand je me déplace, malheureusement, c'est en convoi. Ça se voit. On n'a pas osé. Mais la question que vous posez est une question sérieuse. Je veux y répondre sérieusement. Pourquoi est-ce que nous avons pris ces chiffres ? Ce n'est certainement pas pour emmerder les ruraux.
Pardon d'exprimer ce terme.
Non, mais ils vont apprécier votre côté cash. Mais parce que nous avons en France, chaque année, 3600 morts, 25 000 blessés graves qui conserveront des lésions ou des amputations permanentes. 25 000 blessés graves chaque année et 72 000 blessés au global. Ces chiffres, ils sont plus bas qu'il y a 10 ans, mais ils sont plus hauts que l'année dernière. Ça veut dire qu'on recommence tranquillement, si j'ose dire, à monter. Je ne me résous pas aux opposants qui disent que vous jouez sur une corde sensible. Mais pas du tout, je ne joue pas sur une corde sensible. Je joue sur la réalité. 3600 morts, ce n'est pas une corde sensible.
Quand vous allez dans les hôpitaux français, quand vous allez dans les centres de rééducation et que vous voyez des gens qui sont partis de chez eux le matin, qui ne sont pas tous, même loin s'en faut, des inconscients et dont la vie est totalement changée pour toujours, la vie de leur famille totalement changée pour toujours. Alors bien sûr, on aime à penser que la foudre ne tombera pas sur nous. On aime à penser que, en France, on est totalement insusceptible de connaître ce type d'accident. La vérité, ce n'est pas ça. La vérité, c'est qu'il y a un nombre bien trop excessif en France de ces accidents.
Et la vérité, c'est que ces accidents ont majoritairement lieu sur le réseau secondaire, bidirectionnel, sans séparateur central. Et la vérité, c'est que la vitesse n'est pas nécessairement la cause des accidents.
Ça, c'est vrai.
Mais la vitesse est systématiquement la cause des accidents. Ça, c'est vrai. Mais la vitesse est systématiquement un facteur aggravant des accidents. Et dans le plan que j'ai présenté, il y a des mesures contre la conduite sous l'emprise de produits stupéfiants, de l'alcool, l'utilisation du téléphone portable au volant, la conduite sans permis. Tout ça est traité. Mais la vitesse étant un élément systématiquement aggravant de ces accidents, nous avons voulu réduire de 10 km heure la vitesse maximale. Je comprends, j'entends la grogne. Et même à certains égards, je peux la comprendre. Nous avons mis en place cette mesure. C'est-à-dire le 1er juillet 2018.
Nous allons la mettre en œuvre pendant deux ans. Plus exactement, au bout de deux ans, nous verrons quel est l'impact. Nous verrons quel est l'impact sur les routes du Cher comme sur les routes partout en France. Si au bout de deux ans, si au bout de deux ans, vous entendez-moi bien,
je me suis trompé.
Je le dirai.
Vous reconnaîtrez que vous êtes trompé.
Éventuellement. Aucun problème. Mais si dans deux ans, comme je le crois, le nombre de morts et le nombre d'accidents graves sur les routes françaises a significativement baissé. Vous maintiendrez ? Oui. Et je reviendrai même sur votre plateau si vous le voulez bien pour qu'on en tire les conséquences.
Avec plaisir. On se donne rendez-vous dans deux ans. Une dernière question. Il nous reste une toute petite minute. Est-ce que ça sera avec la même fermeté que lundi, vous recevrez dans votre bureau les représentants des cheminots ? Est-ce que vous reviendrez ou pas ? Vous avez la même détermination à réformer la SNCF.
Je crois qu'il ne vous a pas échappé que j'étais quelqu'un de plutôt déterminé. C'est pas comme ça. Je le dis toujours de façon très calme. Mais le calme n'exclut pas la détermination, croyez-moi. Et la détermination n'exclut pas non plus le calme. Je recevrai les organisations syndicales. Je le ferai, ça va peut-être vous surprendre, avec plaisir. Parce que j'aime bien discuter avec les organisations syndicales et parce que je crois que c'est utile. Je le ferai avec un esprit ouvert mais avec beaucoup de fermeté. Pourquoi beaucoup de fermeté ? Parce qu'un certain nombre de choses qui ont été mises sur la table au moment de la réforme ne sont effectivement pas négociables.
L'ouverture à la concurrence n'est pas négociable. La réorganisation de l'entreprise n'est pas négociable. Et la fin du recrutement au statut n'est pas négociable. L'Assemblée nationale a d'ailleurs voté à une écrasante majorité le texte qui propose ces trois directions. Mais il y a encore des choses à discuter. Les conditions dans lesquelles la dette sera reprise. Les conditions dans lesquelles on peut envisager les investissements futurs et peut-être une augmentation des investissements futurs de l'entreprise. Et tout ça doit être discuté avec les organisations syndicales mais pas seulement. Avec la direction, avec le Parlement aussi. Moi, je serais très heureux de pouvoir discuter de ça.
Pourquoi ? Parce qu'à la fin de la fin, ce qui compte, ce n'est pas le plaisir ou le déplaisir des organisations syndicales ou du gouvernement. Ce qui compte, c'est le transport ferroviaire. C'est comment est-ce qu'on fait pour améliorer la situation du transport ferroviaire. C'est ça ma boussole. Le message est clair. Merci infiniment
Monsieur le Premier ministre d'avoir accordé cet entretien à France 3, centre Val-de-Loire. Merci. Merci.
Édouard Philippe