Flambée des carburants : la France en panne sèche ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
en quatre semaines. - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". C'est la douche froide pour les automobilistes, ceux qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler et pour tout le secteur des transports. D.Trump a évoqué la perspective d'un long blocus, qui pourrait durer des mois, des ports iraniens.
L'impact sur les cours du pétrole a été immédiat, avec une flambée qui porte les prix à leur plus haut niveau depuis 4 ans. Nous en parlons avec un ministre en première ligne, P.Tabarot.
Bonsoir. Vous êtes ministre des Transports. Vous avez participé à une réunion des ministres des Transports de l'UE pour imaginer des réponses coordonnées.
Nous sommes partis pour un blocus qui pourrait durer des mois? C'est ce que laisse entendre l'administration américaine. C'est le scénario catastrophe. - P.Tabarot: Oui, mais les choses Ivoluent en permanence.
Cette crise, on ne l'a pas souhaitée. On est les premières victimes. Le secteur des transports est le premier impacté par cette crise.
Nous n'avons pas de visibilité. Il s'en passe pratiquement une toutes les nuits. - C.Roux: Il dit que le blocus pourrait durer des mois. - P.Tabarot: Combien de fois a-t-il dit que les choses étaient réglés?
Il faut s'organiser pour prévoir des situations qui peuvent durer, des situations compliquées. On ne peut pas maîtriser totalement l'idée que le conflit va s'arrêter du jour au lendemain. - C.Roux: C'est important, ce que vous dites.
Actuellement, nous nous préparons à un scénario d'un blocus qui durerait des mois? Vous travaillez sur des hypothèses de rationnement, de puiser dans les stocks...
On est obligés de préparer ces hypothèses? - P.Tabarot: On est obligés de s'adapter.
Je réunirai, avec R.Lescure, mercredi prochain, les compagnies aériennes. On jouera la carte de la transparence avec eux sur les stocks disponibles.
On a un stock de kérosène assez important. On n'y a pas touché. Ils feront part des besoins qui sont les leurs, des inquiétudes par rapport à la saison de l'été.
On définira une stratégie ensemble. L'important, c'est de se parler, de voir les difficultés qu'on peut rencontrer. - C.Roux: Ils demandent de la transparence sur les stocks de kérosène.
Vous pouvez la faire devant nous? - P.Tabarot: L'idée de ce gouvernement, c'est de jouer vraiment la carte de la transparence à tous les niveaux. - C.Roux: Combien on tient? - P.Tabarot: On a un kérosène qui va nous permettre de passer le mois qui vient sans difficultés et très probablement les 2 mois suivants.
Il faut être raisonnables. Il faut véritablement dire les choses aux compagnies et que les compagnies prennent leurs responsabilités. Certaines le font aujourd'hui.
D'autres ont conscience qu'il y a beaucoup de personnes qui ont déjà pris leurs billets, qui ont prévu leurs déplacements. Si les choses sont amenées à être modifiées, comme l'a dit Transavia, il faut le faire en amont, en préservant les droits des usagers. Je suis ministre des Transports, mais j'aime bien dire aussi que je suis ministre des Usagers.
Je pense à eux, dans cette situation. - C.Roux: Ils vous écoutent.
Vous avez dit: "On peut tenir le mois suivant et peut-être ceux d'après." Si on se projette sur les mois d'été, ça va être compliqué. - P.Tabarot: Air France, par exemple, à moins d'une évolution plus difficile...
Je rappelle que le kérosène passe à 40 % par le détroit. Si la situation perdure ou si les difficultés sont amenées à s'amplifier, peut-être que les choses évolueront. Aujourd'hui, la compagnie assure un plan de transport notamment pour cet été.
D'autres compagnies ont pris d'autres décisions. Je pense notamment à Lufthansa, qui a prévu un plan de transport plus réduit, mais jusqu'à la fin du mois d'octobre. On essaie de s'adapter... - C.Roux: Ca veut dire quoi, s'adapter?
On attend de vous que vous les prépariez. - P.Tabarot: Comment vous voulez les préparer?
Ces scénarios, nous les avons, mais nous ne les mettons pas en application immédiatement car la situation évolue. Vous avez la certitude que D.Trump va avoir la même position...
A l'heure où nous parlons, demain, ce sera différent. Le tout, c'est de s'adapter à la situation et d'accompagner au mieux les Français. - C.Roux: Juste un mot sur la principale fédération du secteur des transports routiers, qui vous interpelle.
Des aides ont été décidées par l'exécutif. Une aide notamment, un régime forfaitaire équivalant à 20 centimes par litre, déployée également pour les personnes modestes qui utilisent beaucoup leur véhicule. Les transporteurs nous disent que les aides n'arrivent pas.
Un transporteur qui a acheté cash en mars un gazole plus élevé sera payé en juin au mieux. Allez-vous accélérer? - P.Tabarot: J'ai beaucoup travaillé avec les transporteurs et les organisations.
Ce travail de concertation nous a amenés à prendre un décret plus tard que prévu. Aujourd'hui, les 3 principales organisations sont satisfaites. Après, il y aura l'ouverture du portail dans la semaine du 11 mai.
Dans la foulée, le versement des aides, qui seront rétroactives. C'est ce que souhaitaient les transporteurs, des aides directes et des aides indirectes. Les transporteurs les utilisent beaucoup.
Cette concertation avec les transporteurs est permanente. Nous espérons que ces aides pourront les aider à tenir. - C.Roux: On suit les déclarations de D.Trump.
La dernière, quand il a dit que le blocus allait durer plusieurs mois, ça a de nouveau fait flamber les prix des carburants. Va-t-il y avoir d'autres aides pour les automobilistes, les travailleurs qui ont besoin de leur voiture? Quand E.Macron dit en Conseil des ministres "il va falloir réfléchir à de nouvelles réponses", c'est quoi? - P.Tabarot: Nous avons des aides qui ont été mises en place pour certaines catégories...
Je suis en concertation en ce moment avec les taxis, avec les VTC sur le secteur du transport. Il y a des mesures de court terme aussi sur le plan de l'électrification. Je pense à la question du leasing social, à l'installation d'un certain nombre de bornes.
Nous allons multiplier par 5 les bornes sur le réseau national et sur les autoroutes dans notre pays. Comme vous l'avez dit, ces crises vont être amenées à se répéter probablement dans le futur. Il faut en tirer les conséquences. - C.Roux: Il y aura de nouvelles aides? - P.Tabarot: Oui, qui s'adapteront à la situation des Français.
On est conscients que, pour beaucoup de Français, la situation est très difficile. On en est pleinement conscients. A nous de savoir les accompagner tout en ayant conscience que nos budgets ne permettent pas tout.
Quand on apporte des aides...
Le Premier ministre nous a demandé de faire des économies en contrepartie dans nos ministères. C'est bien notre rôle. - C.Roux: On peut peut-être aller chercher l'argent où il est avec ceux qui tirent certains bénéfices de la situation de crise...
S.Lecornu a dit hier que TotalEnergies devait distribuer ses profits exceptionnels. Total a répondu: "Nous avons mis sans attendre ce qu'on nous a demandé, le plafonnement des carburants, et nous comptons poursuivre ce plafonnement." Donc la taxe sur les superprofits, c'est pas pour maintenant? - P.Tabarot: Cette idée de dire qu'il y a des profiteurs de guerre...
Il faut prouver que ce n'est pas le cas. Nous étions accusés de ça au début de la crise. On a bien compris qu'il y avait eu un surplus de 170 millions d'euros qui, aujourd'hui, est bien loin.
On a vu les chiffres pour notre pays au niveau de la croissance qui ne sont pas bons par rapport à cette situation. Je pense que chacun doit mettre tout en place pour pouvoir voir clairement... - C.Roux: Ca sous-entend quoi?
On avait à votre place le patron de Corsair, qui disait qu'il y avait des ambiguïtés sur les marges. Je vous parle de Total. Vous dites qu'il y a quand même des profiteurs de guerre... - P.Tabarot: Je ne parlais pas de Total.
Il faut vérifier, on a fait différents contrôles avec mes collègues, sur les raffineurs, les distributeurs...
Cette transparence est indispensable. C'est une volonté du Premier ministre. Les Français doivent savoir, selon la formule consacrée. - C.Roux: Un mot sur ce qui va se passer ce week-end à gare de Lyon.
Un week-end du 1er-Mai, la gare de Lyon est fermée à partir de ce soir, 20h30, et jusqu'au dimanche 3 mai à midi. Qu'est-ce que vous conseillez à ceux qui devaient se rendre dans le sud de la France? "Libération" a fait un calcul.
Pour aller à Lyon, il faudrait 2 heures normalement. Aujourd'hui, il faut changer plusieurs fois de gare pour arriver à Lyon... - P.Tabarot: SNCF Réseau a décidé de ces travaux.
Ils seront sur 2 jours, dans un week-end qui a été choisi par rapport au trafic. 1,5 million de voyageurs vont voyager en France dans d'autres gares. Le train peut être une solution.
Jamais autant de Français n'ont souhaité prendre le train. A nous de les aider... - C.Roux: En baissant les prix? - P.Tabarot: Par exemple.
L'ouverture à la concurrence peut le permettre. Une journée comme celle de demain ne sera pas la meilleure manière, mais il faut investir dans notre réseau ferroviaire. C'est pour ça que j'ai porté au Sénat une loi votée hier. - C.Roux: Question rapide.
Que dites-vous aux gens qui se disent: "Est-ce que je prends mes billets pour les vacances?" - P.Tabarot: La voiture, ils connaissent les conditions et les fluctuations possibles.
Il y a encore des places de train à prendre pour cet été. Concernant l'avion, on va faire le maximum avec les compagnies pour que les plans de transport soient maintenus. Sinon, que les voyageurs soient prévenus le plus longtemps à l'avance.
Ils ont des droits, en tant qu'usagers. - C.Roux: Merci beaucoup d'être venu sur ce plateau.
Dans un instant, on poursuit "C dans l'air".
Philippe Tabarot