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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 15 octobre 2024 24 min

Doliprane : "l'option" de bloquer la vente est "tout à fait sur la table", affirme le ministre de l'Industrie

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10.

0:06
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Industrie dans le grand entretien du 7-10. Question réaction, 01-45-24-7000 et via l'application Radio France. Marc Ferracci, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin. Le budget 2025 dont l'examen commence cette semaine à l'Assemblée Nationale. La mauvaise passe de l'industrie automobile, les prix de l'énergie. Mais d'abord, le premier gros dossier sur votre bureau, c'est Sanofi qui entend céder au fonds d'investissement américain CDER, le contrôle de sa filiale Opela, qui fabrique les médicaments grand public, comme le Doliprane, la Lysopahine ou encore le Malox.

Tous les groupes politiques se sont emparés du sujet et craignent un nouvel Alstom. Vous étiez hier à Lisieux, aux côtés du ministre de l'économie Antoine Armand, sur l'un des sites de production du Doliprane. Pouvez-vous vous opposer ? Question simple, Marc Ferracci. Pouvez-vous vous opposer à cette vente ?

1:13
Marc Ferracci

Juridiquement, nous le pouvons. Avec Antoine Armand, nous sommes bien conscients des enjeux de ce dossier. Le Doliprane et les autres médicaments que vous avez cités sont au cœur du quotidien des Français, sont au cœur de leur vie. On a tous pris du Doliprane un jour ou l'autre parce qu'on avait mal à la tête, parce qu'on avait mal ailleurs. Et donc, il y a une préoccupation bien légitime des Français, mais aussi des forces politiques, autour de cette opération. Par rapport à ça, nous, ce qu'on a dit hier aux salariés, parce qu'on est d'abord allés voir les salariés à Lisieux, c'est que nous avions deux objectifs extrêmement clairs.

Le premier, c'était la sécurité sanitaire des Français, donc la sécurité d'approvisionnement. Le deuxième, c'était de maintenir ce qu'on appelle l'empreinte industrielle, les emplois, mais aussi la recherche et développement en France. Ces deux objectifs, ils ne sont pas négociables. Ces deux objectifs, nous allons nous donner les moyens de les atteindre. Et pour ça, nous allons demander à Sanofi et au fonds d'investissement qui apparemment est retenu, parce que l'opération n'est pas encore signée, des engagements sur l'emploi industriel. Ça, c'est essentiel. Des engagements sur les volumes produits, parce que pour maintenir l'emploi, il faut aussi s'engager sur des volumes.

Des engagements sur la recherche et développement, qui n'est pas à Lisieux, mais qui est à Compiègne. Et puis aussi des engagements, c'est important, sur les sous-traitants, parce que si vous déstabilisez votre réseau de sous-traitants, vous avez des problèmes. Donc voilà ce que nous allons demander. Et effectivement, pour répondre à votre question, si ces engagements n'étaient pas pris, il y a aujourd'hui dans le Code monétaire et financier une possibilité de bloquer cette vente.

2:37
Invité

Et si ces engagements n'étaient pas pris, vous bloqueriez cette vente ?

2:40
Marc Ferracci

Écoutez, effectivement, c'est les objectifs qu'on s'est fixés. Et donc, nous avons cette option qui est tout à fait sur la table.

2:45
Invité

Mais pour qu'on comprenne bien, il y avait deux offres sur la table. Une américaine, donc, et une autre d'un fonds français, PAI, dont 50% des investissements sont faits en France, dont le siège est en France. Sanofi a choisi d'entrer en négociation exclusive avec l'américain, avec CDR, qui n'investit que 1% de ses fonds en France. Est-ce que vous comprenez ce choix ?

Alors que Sanofi a reçu 400 millions d'euros récemment pour construire sa nouvelle usine de vaccins, qui a été inaugurée d'ailleurs le mois dernier par Emmanuel Macron, qu'elle a reçu plus d'un milliard d'euros en 10 ans via le crédit impôt recherche, est-ce qu'il n'y a pas un défaut de patriotisme de Sanofi de choisir l'offre américaine plutôt que l'offre française, quand ils en ont deux à peu près égales sur la table ?

3:27
Marc Ferracci

Alors, d'abord, moi en tant que ministre, il ne m'appartient pas de commenter les choix d'entreprises privées qui rachètent des entreprises privées. Ce n'est pas comme ça que je conçois mon rôle de ministre. Et puis, le deuxième élément qu'il faut signaler, c'est que Sanofi va rester actionnaire à hauteur de 50%. Et ça, c'est un élément extrêmement important. Au conseil d'administration de Opela, dans la future structure, il y aura 50% pour Sanofi. C'est très important. Et le troisième élément que je veux signaler, c'est que l'autre fonds, PAI, on l'appelle comme ça, il n'est pas tout seul. C'est un fonds français, mais il est associé à trois autres fonds qui sont, eux, des fonds étrangers.

Donc, moi, je ne commande pas, ça n'est pas mon sujet. Ce qui m'intéresse, c'est encore une fois les engagements que nous allons écrire noir sur blanc et que nous allons faire respecter avec un certain nombre de leviers dont on va parler parce que signer des engagements, ça n'est pas forcément la fin de l'histoire. Il faut aussi les faire respecter. Mais s'agissant du choix, moi, je n'ai pas de commentaire à faire. Ce qui m'intéresse, c'est surtout qu'il y ait des perspectives d'investissement et de création d'emplois industriels en termes de cette opération.

4:23
Invité

On n'avait pas de commentaire à faire, mais tout de même, c'est une entreprise privée qui vend à une autre entreprise privée, vous avez raison, mais c'est une entreprise privée qui a reçu énormément d'aides de l'État. Vous avez raison. Donc, peut-être que vous avez un mot à dire, quand même.

4:34
Marc Ferracci

Vous avez raison. Ce sont des aides qui ont également servi à Sanofi, mais d'ailleurs à toute la filière pharmaceutique, à investir et à créer un écosystème qui est aujourd'hui un écosystème performant qui fait qu'on exporte des médicaments en France. C'est une filière performante. Donc, moi, j'assume assez bien le fait, de manière générale, pas que sur le médicament, le fait d'aider l'industrie. Nous l'avons fait beaucoup depuis 2017 et l'emploi industriel est revenu en France. Donc, ça, c'est quelque chose que j'assume en tant que ministre de l'Industrie et au titre de ce qu'ont fait mes prédécesseurs.

5:01
Présentateur

Énormément de réactions, Marc Ferracci. La vente à la découpe de la France se poursuit. Jordan Bardella, aucune leçon n'aura été tirée du Covid. Marine Tondelier, une honte, encore un symbole de notre perte de souveraineté. Fabien Roussel, mais il n'y a pas que la gauche et le RN. L'opération pose un enjeu très préoccupant pour notre sécurité nationale, écrivent une soixantaine de députés issus des groupes Ensemble pour la République, Horizon, Modem, Droite Républicaine, Liotte. Parmi les signataires, Gérald Darmanin ou le chef du groupe Horizon, Laurent Marcangeli.

Question, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs disaient faire de la souveraineté sanitaire un axe clé de leur politique pour ensuite laisser faire des opérations de ce type.

5:54
Marc Ferracci

Vous avez raison, c'est un sujet de souveraineté. C'est un sujet de souveraineté et la question c'est de savoir si... Est-ce qu'elle n'est pas bradée là ? Je ne le pense pas parce que je pense que le sujet de la souveraineté c'est justement d'avoir la maîtrise de son destin et avoir la maîtrise de son destin en l'occurrence et être certain qu'on aura des médicaments quand on en a besoin, qu'on maintiendra les emplois parce que ces emplois ils irriguent nos territoires. J'ai été hier à Lisieux, pas simplement au contact des salariés mais aussi au contact des élus locaux qui sont préoccupés par tout ça.

Et donc la souveraineté, pour moi, c'est faire respecter ces deux objets fondamentaux, la sécurité sanitaire, le maintien de l'empreinte industrielle et c'est ce que nous nous donnons comme objectif.

6:28
Invité

Mais vous vous souvenez des engagements pris par l'Indien Mittal au moment du rachat d'Arcelor, c'était de maintenir les emplois en France. On se souvient de ça. Deux ans après, ils ont fermé une première assierie. Deux ans après, ils ont fermé un premier haut fourneau et quatre ans après, c'était la fermeture définitive de tous les hauts fourneaux. Les engagements pris par les Américains de maintenir l'emploi en France, comment on peut être sûr qu'ils vont les maintenir ?

6:51
Marc Ferracci

Eh bien, d'abord, on va les écrire noir sur blanc et on va les assortir d'un certain nombre de leviers, en particulier de sanctions, de sanctions qui pourront prendre la forme de sanctions pécuniaires. Ensuite, nous réfléchissons et n'excluons pas de faire rentrer au capital d'Opela un acteur public afin, dans la gouvernance, d'avoir une forme de droit de regard qui permettra de voir ce que sont les projets, de voir ce que sont les projets d'investissement et faire en sorte que ces objectifs de maintien de l'emploi de l'empreinte industrielle soient préservés.

Et j'ajoute quand même qu'il y a un élément qu'il faut avoir en tête, c'est que le Doliprane, qui est un petit peu le médicament emblématique dans cette affaire, le Doliprane est produit quasiment exclusivement pour la France. 97% des ventes de Doliprane se font en France. Donc, il y a un intérêt, me semble-t-il, à maintenir la localisation en France, mais cet intérêt ne suffit pas, et ne nous suffit pas, nous voulons également des engagements écrits.

7:44
Invité

On a encore beaucoup de questions à vous poser sur d'autres sujets, mais convenez que la politique, c'est aussi des symboles, que ce nouveau gouvernement laisse, que le premier signal politique de ce nouveau gouvernement, c'est de laisser vendre le Doliprane aux Américains. Convenez que ce n'est pas... En termes de signal politique, quand Emmanuel Macron défendait encore il y a six mois la souveraineté sanitaire,

8:08
Marc Ferracci

ça pose question, non ? Je me donne pour objectif, avec le ministre de l'Économie, Antoine Armand, de protéger les emplois industriels, de protéger les emplois tout court. Mais nous nous donnons aussi un autre objectif, qui est de créer des emplois, de faire en sorte que les investissements étrangers en France se maintiennent. Vous savez que la France est pour la cinquième année le pays d'Europe le plus attractif pour les investissements étrangers, et nous ne voulons pas dévier de ce cap. Donc, nous devons tenir au fond de Rennes. C'est protégé, et nous allons le faire dans cette affaire, et nous nous y engageons.

Le Doliprane continuera d'être produit en France, mais aussi envoyer à toutes celles et ceux qui veulent investir en France le signal qu'il est bon d'investir en France, il est bon de créer des usines, il est bon de créer des emplois dans notre pays. Et c'est, de ce point de vue, quelque chose de tout à fait cohérent avec les gouvernements précédents.

8:53
Présentateur

Il y a eu l'an dernier des pénuries de médicaments, notamment les antibiotiques et les antibiotiques pour enfants. Faut-il se préparer à d'autres pénuries cet hiver ?

9:03
Marc Ferracci

Tout est mis en œuvre pour que ça ne soit pas le cas. Il y a en particulier une législation qui impose aux laboratoires et à l'ensemble de la chaîne du médicament de réaliser des stocks. Dès lors que ces stocks descendent au-dessous d'un certain seuil, 4 mois par exemple, des pénalités financières sont appliquées. Nous serons évidemment extrêmement vigilants à ce que tout cela fonctionne.

9:21
Invité

Vous dites, mon objectif comme ministre de l'Industrie, c'est de créer des emplois. Le cabinet Altares a dévoilé ce matin le chiffre des défaillances d'entreprises. 66 000 entreprises touchées, plus 20% sur un an, 52 000 emplois menacés. Des défaillances qui touchent les très petites entreprises, mais aussi les PME. La situation est-elle inquiétante, Marc Ferracchi ? L'économie est-elle en train de caler ?

9:43
Marc Ferracci

La situation traduit d'abord une forme de retour à la normale parce que vous savez que durant la période du Covid et un petit peu après, beaucoup d'entreprises ont été aidées avec les prêts garantis par l'État, avec beaucoup d'aides publiques. Et il y a eu moins de défaillances à ce moment-là. Et donc aujourd'hui, on a au fond une forme de rattrapage de ce phénomène. Nous regardons les chiffres évidemment avec beaucoup d'intérêt, avec beaucoup d'attention.

10:05
Invité

Vous inquiète les chiffres de ce matin ?

10:08
Marc Ferracci

Très sincèrement, quand je regarde la tendance de long terme, pour l'instant, je dis bien pour l'instant, je reste confiant dans la capacité de rebond de l'industrie française. On va avoir un rattrapage et on est en train de le constater, mais je pense que ça ne traduit pas une tendance de fond qui va se prolonger pendant des mois et des années.

10:24
Présentateur

Marc Ferracci, quelques mots sur le salon de l'automobile qui ouvre ses portes. Au grand public aujourd'hui, les inquiétudes sur le marché de l'automobile sont nombreuses. En France, les ventes de voitures neuves en septembre ont été les plus faibles enregistrées depuis 20 ans. En Allemagne, Volkswagen annonce d'éventuelles fermetures d'usines. Stellantis a presque divisé par deux ses objectifs de profit pour 2024. L'industrie joue désormais sa survie, disait ce week-end Luc Châtel, le président de la PFA, c'est le lobby du secteur. Il a tort, Luc Châtel ?

11:03
Marc Ferracci

Il exagère ? Vous lui dites quoi ? Il a raison de pointer le fait que la situation est préoccupante pour la filière automobile. Vous avez rappelé les chiffres, je ne vais pas y revenir.

11:13
Présentateur

C'est où ça survit, c'est un cran de plus.

11:15
Marc Ferracci

Il y a des problèmes un peu structurels, notamment le problème de la compétition avec les Chinois, et en particulier la compétition concernant les véhicules électriques. Face à ces problèmes, nous avons agi, à la fois en français et en européen, et nous allons continuer d'agir. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'il y a aussi des bonnes nouvelles quand même. J'étais hier au salon pour la pré-inauguration, puisque l'ouverture au public a lieu aujourd'hui, et on se rend compte que la transition vers l'électrique, qui est un objectif, vous savez qu'en 2035, il n'y aura plus de moteur thermique produit en Europe.

11:45
Invité

Il faut le garder cet objectif de 2035, il faut le décaler ?

11:48
Marc Ferracci

Il y a des débats, il y a des débats au sein de la filière. Moi, pour l'instant, je discute avec tous les acteurs, je suis ministre depuis trois semaines, je suis en train de voir tous les acteurs de la filière, j'essaie de me faire mon idée. Il y a en Europe des débats, mais en tout état de cause, il ne faut pas changer de cap. Et ça, c'est très clair. Et tous les acteurs de la filière, vous évoquiez, Luc Châtel, nous le disent, il ne faut pas changer de cap. La question du rythme auquel on va vers l'électrique est une autre question, mais il ne faut pas changer de cap. Et il faut qu'on soutienne la filière.

Et moi, je le dis en tant que ministre de l'Industrie, nous allons, avec le ministre de l'Économie, Antoine Armand, continuer de soutenir la filière automobile. Il y a plusieurs enjeux. Il y a un enjeu de soutenir ce qu'on appelle l'offre, c'est-à-dire les investissements, et en particulier les très lourds investissements dans la décarbonation des usines. La semaine dernière, il y a dix jours plus tôt, j'étais pour inaugurer une ligne de production de Stellantis à Sochaux, qui produit des voitures électriques. C'est très emblématique, ces voitures électriques, leurs batteries sont produites en France, chez ACC, dans les Hauts-de-France.

Les moteurs sont produits en France, à Tremrys, en Moselle. Et donc, c'est une transition qui s'est faite en quatre ou cinq ans. C'est ça la bonne nouvelle. C'est qu'on est en train d'y parvenir, et la France est plutôt en avance. 18% de part de marché pour le véhicule électrique en France contre 12% en Europe. C'est là-dessus qu'il faut s'appuyer. Mais c'est compliqué, et il faut soutenir la filière. C'est ce que j'ai dit et c'est ce que je vais continuer de dire.

13:03
Invité

Il vous a parlé des malus, Carlos Tavares, quand vous l'avez vu il y a dix jours, parce qu'il s'est indigné hier de l'alourdissement du malus sur les voitures, compris dans le budget 2025. C'est la double peine, a-t-il dit. Est-ce vraiment le moment d'alourdir le malus CO2 et le malus poids des voitures comme prévu dans le budget 2025, franchement ?

13:19
Marc Ferracci

Beaucoup d'acteurs de la filière nous en ont parlé, et pas simplement Carlos Tavares. Sur ce sujet, on va peut-être se parler du budget après. On rentre déjà sur le sujet budgétaire. Mais je vous réponds sur le malus. Effectivement, le malus va être étendu et va toucher, dans la version initiale de ce projet de loi de finances, un nombre plus grand de véhicules. Moi, ce que je dis, c'est que ce budget, eh bien, il va bouger, forcément. Il va bouger. Il y a déjà un certain nombre de parlementaires, d'ailleurs des parlementaires du groupe politique auquel j'appartiens, Ensemble pour la République, qui se sont positionnés pour trouver des équilibres différents.

Bon, la contrainte qu'on a sur le budget, c'est de faire 60 milliards d'économies. Et dans ces 60 milliards, on peut trouver des équilibres différents. Un peu moins de malus, mais aussi, ça doit être compensé par des réductions de dépenses un peu plus fortes sur d'autres aspects. À partir du moment où les gens...

14:09
Invité

Donc, les malus, ça va bouger. Ce que vous nous dites ce matin, ça va bouger.

14:11
Marc Ferracci

En tout cas, moi, je regarderai avec beaucoup d'attention, et j'ai envie de le dire avec l'esprit de le soutenir, les propositions qui viseront à soutenir la filière automobile dès lors qu'elles sont gagées sur d'autres réductions de dépenses.

14:22
Présentateur

Alors, sur le budget, justement, il se fait dans une situation de crise grave. Déficit public qui pourrait s'envoler au-delà de 6% d'ici la fin de l'année. Une dette qui a atteint un nouveau record fin juin à 3 228 milliards d'euros, soit presque 1 000 milliards de plus qu'à l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée en 2017. Vous êtes, Marc Ferracci, un intime d'Emmanuel Macron depuis très longtemps. Est-ce que vous reconnaissez que ces chiffres, que cette situation budgétaire est à mettre au débit des mandats d'Emmanuel Macron ? N'est-ce pas là une forme de trahison de la promesse macroniste des origines que d'aboutir ainsi à une impasse budgétaire ? D'abord, rappelez que

15:08
Marc Ferracci

on l'a un peu oublié, mais c'est sous Emmanuel Macron qu'on est, pour la dernière fois dans notre histoire économique, revenu sous 3% de déficit. 3% de déficit, c'était en 2018, et on est sortis à l'époque de ce qu'on appelle la procédure de déficit excessif de l'Union Européenne. Ensuite, ça ne vous a pas échappé, nous avons connu des crises. Et ces crises, elles ont eu une réponse qu'on a appelée, qu'on a appelée peut-être de manière impropre le quoi qu'il en coûte, qui a permis de protéger les entreprises et les Français, mais qui a dépensé beaucoup d'argent. A la fois le Covid, et puis aussi la crise ukrainienne avec le choc inflationniste.

Je pense que tout n'a pas été bien fait, forcément, parce que sinon, on ne serait pas dans cette situation-là. Peut-être qu'un certain nombre de dispositifs n'ont pas été débranchés assez tôt, qui ont coûté beaucoup d'argent public, mais il faut quand même avoir la perspective de tout cela. Maintenant, il y a aussi un élément qu'il faut avoir en tête, c'est que par rapport à d'autres pays, nous avons toujours une croissance positive parce que nous avons préservé l'emploi et les entreprises. Et ça, c'est ce qui nous permet le rebond.

16:03
Invité

Là, on va y venir à la croissance, mais pardon de vous dire ce que vous dites est juste sur les 3% avant Covid, puis il y a eu le Covid, mais là, ce qui se pose comme question, c'est ce qui s'est passé cette dernière année, c'est-à-dire qu'on est quand même 3 ou 4 ans après le Covid. Comment on est passé de 5,5% de déficit public en 2023 à 6,1% en 2024, soit un écart gigantesque de l'ordre de 52 milliards d'euros ? Pierre Moscovici avait parlé d'un dérapage important. Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est vrai qu'on essaye de comprendre qui est responsable de ce qui s'est passé, de ce dérapage cette dernière année ?

16:35
Marc Ferracci

Il y a d'abord une difficulté à prévoir les recettes. Vous savez que ce qui a manqué, c'est la capacité à prévoir correctement les recettes fiscales. Il y a eu un écart très important sur les recettes fiscales qui sont effectivement rentrées dans les caisses de l'État et des organismes de sécurité sociale et ce qui était prévu. Alors, moi, je ne vais pas jeter la pierre à ceux qui font les modèles de prévision. C'est le regretté Pierre Dac qui disait que les prévisions, c'est difficile, surtout quand ça concerne l'avenir. Mais fondamentalement, on a besoin d'interroger nos outils. Ensuite, on a besoin, je pense, d'avoir une approche qui soit basée de manière beaucoup plus systématique.

Moi, en tant que parlementaire, j'ai fait des propositions là-dessus sur l'évaluation des dépenses publiques et des dépenses publiques qui ne sont pas efficaces. Les dépenses d'intervention, des aides, des prestations, des niches fiscales. on a sans doute mis trop de temps à s'attaquer à ces problèmes-là et ils se sont probablement enquistés de manière un peu structurelle dans nos dépenses publiques.

Maintenant, on est face à une équation difficile, je vous l'ai dit, il faut faire 60 milliards d'euros d'économie, mais je pense qu'il faut aussi changer notre approche de la dépense publique et l'évaluer de manière beaucoup plus systématique et ne pas avoir peur de couper de manière drastique dans les dépenses qui sont inefficaces.

17:44
Présentateur

En tout cas, les milieux économiques s'inquiètent de la baisse des allègements de charges patronales. Patrick Martin du MEDEF, la mesure détruira plusieurs centaines de milliers de postes et François Asselin de la CPME qui dit la même chose et anticipe des licenciements et des défaillances d'entreprises. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

18:04
Marc Ferracci

Je leur dis que leur préoccupation est légitime. Moi, je suis économiste de profession, économiste de formation, je me suis beaucoup intéressé au travail et je sais que le coût du travail est un déterminant très important dans les choix d'embaucher ou de se séparer de ses salariés. Donc ça, c'est un point de départ. Ensuite, je leur dis que, comme je vous l'ai dit tout à l'heure à propos du malus, cette disposition qui figure dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, c'est une disposition qui peut être amenée à évoluer.

Et là aussi, je le dis, en tant que ministre appartenant au ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, moi, je serai en soutien des propositions qui, tout en restant dans cette enveloppe de 60 milliards d'euros, allègent justement le coût du travail par rapport à ce qui est prévu et donc remettre en place un certain nombre d'exonérations, notamment au niveau du SMIC parce que c'est au niveau du SMIC que l'emploi bouge le plus quand on bouge le coût du travail mais toujours avec le souci d'aller chercher des recettes ailleurs ou d'aller chercher des réductions de dépenses ailleurs. Donc, le débat parlementaire va commencer.

D'ailleurs, mon groupe, le groupe dont je suis issu, s'est déjà positionné sur ce sujet et a dit que c'était un point de préoccupation important. Eh bien, nous allons regarder leurs propositions avec beaucoup d'attention.

19:09
Invité

Les patrons s'inquiètent de la baisse des allègements de charges patronales. Ils s'inquiètent aussi de la nouvelle taxation prévue pour les grandes entreprises qui font des profits. On le précise, ce n'est pas toutes les grandes entreprises, c'est celles qui font des profits. Marc Ferraci, vous qui êtes un libéral assumé, ça ne vous gêne pas ces hausses d'impôts sur les entreprises ?

19:23
Marc Ferracci

C'est amusant parce que quand je mets en place un bonus-malus contre la précarité des contrats courts, on ne dit pas que je suis un libéral assumé, on dit que je suis quelqu'un qui penche à gauche. Vous-même,

19:34
Invité

vous dites que vous êtes libéral, j'assume le fait

19:36
Marc Ferracci

d'être un peu les deux et c'est peut-être ce qui me caractérise et ce qui fait que je suis depuis 7 ans dans cette aventure. Mais je vous réponds. D'abord, ces hausses, ce ne sont pas des hausses du taux de l'imposition sur les sociétés et ce ne sont pas surtout des hausses pérennes. Ce sont des hausses temporaires et exceptionnelles. On va faire ce qu'on appelle une surtaxe pour les entreprises qui font de plus de 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. On va leur demander un effort pendant 2 ans et 2 ans seulement et cette durée sera inscrite dans la loi.

Nous sommes conscients également que cet effort, il ne doit pas d'une part s'inscrire dans la durée, il ne doit pas avoir de conséquences sur les stratégies d'investissement, sur les stratégies de création d'emplois. Mais nous, comme nous l'avons fait d'ailleurs il y a quelques années...

20:18
Invité

Ça n'a pas cassé la croissance tout ça ?

20:20
Marc Ferracci

Écoutez, je ne pense pas, en tout cas ce n'est pas ce que disent les prévisions aujourd'hui. Ah bah attendez,

20:24
Invité

là vous vous référez aux prévisions maintenant.

20:26
Marc Ferracci

Vous savez, il faut s'appuyer sur ce dont on dispose. Ça ne veut pas dire que les prévisions sont toujours exactes. Mais ce qui est important, je vous réponds quand même, pour ne pas casser la croissance, il faut bien choisir les dépenses dans lesquelles on coupe. Il y a des dépenses qui génèrent des effets d'aubaine.

Moi j'ai milité pendant un certain temps pour que les aides à l'apprentissage, les aides à l'embauche des apprentis, qui coûtent aujourd'hui plus de 4 milliards d'euros par an, qu'on a introduites pendant le Covid de manière provisoire pour éviter que le système d'apprentissage ne s'effondre, et bien qu'elles soient recentrées sur les bas niveaux de qualification, peut réduire sans nuire à la croissance.

21:02
Présentateur

Marc Ferracci, le gouvernement a prévu d'augmenter la taxe sur l'électricité dont le montant avait été réduit durant la crise inflationniste. Elle augmentera en février au-delà de son niveau d'avant l'instauration du bouclier tarifaire. Pour parler simplement, les factures d'électricité des ménages et des entreprises vont augmenter de combien ? C'est quoi la fourchette ? 10, 15, 20 ?

21:25
Marc Ferracci

Justement, les factures n'ont pas vocation à augmenter, elles ont même vocation à baisser. Pourquoi ? Parce qu'en face de cette augmentation de la taxe, il y a des baisses de prix qui vont intervenir. Et les simulations qui sont faites aujourd'hui montrent que les factures des Français, compte tenu de l'augmentation de la taxe, mais compte tenu aussi des baisses de prix, se stabiliseront, voire baisseront de l'ordre de 9%. Donc, on assume le fait qu'on a besoin de faire rentrer des recettes fiscales, on a besoin de financer nos services publics, on a besoin de financer notre modèle social et on a besoin de réduire notre dette.

21:57
Présentateur

Ce sera neutre à l'arrivée ?

21:58
Marc Ferracci

Ce sera neutre, voire dans un certain nombre de cas, pour les 80% de Français qui sont à ce que l'on appelle le tarif réglementé, eh bien, ça a vocation à baisser parce que les baisses de prix excéderont l'augmentation de la taxe.

22:09
Invité

Et il ne nous reste même pas 30 secondes. Elisabeth Borne est officiellement candidate pour reprendre la tête de Renaissance. Votre parti, c'est une bonne candidate ?

22:16
Marc Ferracci

C'est une candidate que j'estime. J'espère que les candidatures à la tête du parti tiennent en compte le fait qu'un parti, c'est deux choses. C'est d'abord une base militante. On a besoin d'avoir une base militante très forte et enthousiaste pour préparer les prochaines échéances électorales. Et puis, c'est un endroit où se produisent des idées. Et on a besoin, je pense, je le dis très tranquillement, de réactualiser dans ma famille politique un certain nombre d'idées. La France a changé, le monde a changé, la société française... Renaissance, manque d'idées. Justement, on n'en manque pas, mais il faut les consolider et les mettre sur la table.

Et moi, je serais très attentif à ce que les candidats à la tête de Renaissance posent des solutions et des propositions sur ces deux sujets.

22:54
Invité

Gabriel Attal devrait annoncer sa candidature cette semaine. Votre cœur balance ? Votre choix est fait ?

22:58
Marc Ferracci

Je me déterminerai en fonction de ces deux critères et en particulier les idées.

23:01
Invité

Gabriel Attal, qui est simé hier à notre micro qu'une nouvelle loi sur l'immigration annoncée pour 2025 ne lui semblait pas totalement prioritaire. Quel est votre avis ?

23:09
Marc Ferracci

Moi, je pense que les lois sur l'immigration, il y en a eu beaucoup dans notre histoire récente. Je pense qu'il faut les évaluer. Il faut déjà les mettre en œuvre parce que tous les décrets n'ont pas été pris. Et puis, je veux quand même le dire, en tant que ministre de l'Industrie, l'immigration, en particulier l'immigration de travail, c'est une nécessité. Quand j'étais chez Stellantis il y a dix jours, j'ai pu constater que sur la chaîne de production, il y avait 58 nationalités. Et donc, à un moment, je le dis en tant que ministre de l'Industrie, sans l'immigration, on ne sait pas faire dans l'industrie.

23:34
Invité

Donc, c'est une chance ?

23:35
Marc Ferracci

À certains égards, oui, mais il faut aussi combattre l'immigration illégale et se donner tous les moyens de la réduire.

23:39
Invité

Mais ce que j'entends ce matin, c'est que pour vous non plus, une nouvelle loi sur l'immigration n'est pas prioritaire.

23:44
Marc Ferracci

Je pense qu'il faut se donner les moyens, il faut se donner le temps d'évaluer l'existant et surtout de mettre en œuvre l'existant.

23:49
Présentateur

Merci Marc Ferracci, ministre de l'Industrie, d'avoir été à notre micro ce matin.

Doliprane : "l'option" de bloquer la vente est "tout à fait sur la table", affirme le ministre de l'Industrie — Marc Ferracci · Pourquijevote