Rachid Temal - L'interview politique du 25/06/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Rachid Temal, vous êtes sénateur socialiste du Val d'Oise, vice-président de la commission défense affaires étrangères du Sénat. On va commencer par là, les sujets militaires, l'Iran et les Etats-Unis ont signé la semaine dernière, Annabelle Nakash en parlait à Versailles, un cadre d'accord. Le problème c'est que pour l'instant, la seule traduction de cet accord c'est la réouverture du détroit d'Ormuz et les buts de guerre. Alors, pas de chute du régime iranien, pas de réduction à néant de ses capacités militaires, balistiques, pas grand chose pour l'instant sur le nucléaire, et rien sur les proxys Hezbollah, Hamas, Houthi, on a envie de dire tout ça pour ça ?
C'est même pire que ça j'ai envie de dire, parce que pour la population iranienne, qui quand même sortait dans la rue, se faisait massacrer, tirer dessus, torturer...
On parle de 30 000 morts, voire plus, on ne se connait pas le nombre exact.
Je veux dire, le régime est durci, le régime finalement a les mains libres, donc c'est encore pire j'ai envie de dire. Donc cette guerre effectivement lancée à la fois par l'administration Trump et également par le Premier ministre israélien, c'est un échec. Donc je crois qu'il ne fallait pas la mener, et en tout cas aujourd'hui, s'il y a un accord comme cela, sans aucun but de guerre finalement obtenu, c'est une défaite pour effectivement, pour Donald Trump et pour Benjamin Netanyahou. Trump est en situation de faiblesse d'après vous ? Oui, mais il l'est depuis, regardez, il est arrivé à son poste en disant qu'en 48 heures il ferait la paix en Ukraine.
Finalement il a plus renforcé Poutine qu'autre chose, puis ensuite il s'est tourné vers l'Iran. Finalement le régime iranien ressort finalement avec un blanc-seing, puisque finalement il va rester là, il n'aura de nouveau des moyens, rien sur le nucléaire, rien sur le balistique.
Est-ce que les spécialistes disent que maintenant ce sont les gardiens de la révolution, les plus radicaux du régime, qui ont désormais la main et qui dirigent le pays ?
Moi j'avais demandé avec d'autres collègues, on avait fait un courrier au président de la République française, pour que les gardiens de l'évolution soient sur la liste européenne des organisations terroristes. On l'avait obtenu. Et finalement, la fin de l'histoire c'est que c'est eux qui sont aujourd'hui plus proches que jamais du pouvoir, et c'est eux qui tiennent le pouvoir. On sait très bien qu'en Iran, ils ont à la fois le pouvoir politique et militaire, mais également le pouvoir économique. Donc oui, malheureusement la dictature aujourd'hui en place à Téhéran va continuer. Avec en plus une désalisation de la région, parce que quand on regarde ce qui se passe au Liban, pas ailleurs.
Donc rien n'est réglé, tout est empiré.
Alors sur le Liban justement, des négociations sont en cours, il y a eu un cinquième round de discussions qui s'est ouvert entre Israël et Liban. Je rappelle que deux pays n'entretiennent pas de relations diplomatiques. Est-ce que vous êtes optimiste dans la mesure où l'État libanais est pour l'instant incapable de désarmer le Hezbollah ?
Je pense que la discussion juste entre Israël et Liban ne mènera pas à grand-chose. Il faut un cadre plus global, parce qu'il faut garantir, il faut que l'armée israélienne se retire et garantir qu'effectivement il n'y ait pas de tir du Hezbollah, il faut désarmer le Hezbollah. Il y avait des discussions à un moment donné justement pour sortir Hezbollah. Rappelons-nous que le président libanais avait pris une décision, notamment sur le Hezbollah quelques semaines avant le début de cette guerre-là.
Mais qui n'a jamais été appliqué.
En réalité, le Hezbollah a gardé ses armes. Mais en tout cas, c'est la première fois qu'il fasse ce geste-là. Ensuite, aujourd'hui, tout le monde vient au milieu de tout ça. C'est vrai que ça en rajoute. Donc je ne crois pas, encore une fois, que cette guerre qui a été menée, à la fois décisée par le président Trump et le premier ministre Netanyahou, soit une bonne chose pour le Moyen-Orient en général.
Pour le coup, c'est le Hezbollah qui a attaqué sur ordre de l'Iran-Israël
après le début du déclenchement de la guerre. Oui, mais on savait bien que c'était parce que les proxys allaient agir. Donc ce que je veux dire par là, c'est que vous ne pouvez pas, quand vous êtes deux États comme les États-Unis et Israël, mener ce conflit-là sans imaginer qu'il y aura des répercussions. Et je trouve que c'est une forme d'amateurisme qui fait franchement froid dans le dos.
Alors on repasse en France. Après le choc de la mort de la jeune Liana, la loi intégrale a été inscrite à l'agenda de l'Assemblée nationale. C'est une victoire pour les féministes et défenseurs des enfants. Donc c'est une loi très large qui doit permettre de lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles, et notamment à l'égard des enfants. Ce sera examiné à l'automne. C'est ce qu'a annoncé le premier ministre Sébastien Lecornu, qui a changé d'avis parce qu'au début, le gouvernement n'était pas sur un dispositif aussi large. Est-ce que c'est une bonne chose d'après vous ?
Oui, vous l'avez rappelé, c'est une demande qui est ancienne des relations féministes, des associations qui protègent aussi les enfants. Elle a été portée par une collègue socialiste, Thébault-Martinez, qui l'a déposée, c'est une proposition de loi. Le gouvernement la bloquait. Il a bougé. On peut qu'on s'en féliciter. Pas parce que c'est une victoire politique, mais concrètement, pour les femmes, pour les enfants, victimes de ces violences-là, c'est une bonne chose. Il me faut maintenant aller vite.
Est-ce que vous êtes pour les sanctions contre les magistrats et les gendarmes qui ont à l'évidence fauté, d'après les premiers éléments du pré-rapport qui a été rendu public il y a quelques jours, Gérald Darmanin, lui, explique que ce n'est pas un problème de moyens, mais de dysfonctionnement humain, de fautes humaines, personnelles, et il annonce des sanctions. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Ça me paraît un peu juste de l'expliquer qu'il n'y a pas de problème de moyens. Quand vous allez dans les parquets, quand vous parlez avec les gendarmes, il y a des problèmes de moyens. Donc ça existe. Donc faire sûrement que ça n'existe pas, c'est encore une fois, se voler la face. Qu'il y ait des gens qui doivent être sanctionnés, moi, je n'ai pas de sujet avec ça. Il faut attendre aussi l'ensemble du rapport et l'ensemble des éléments. Mais dans ce cas, il faut regarder toute la chaîne jusqu'en haut.
Alors, on passe à la politique à la gauche. Il y a quelques jours, Raphaël Glucksmann a fait un pas de plus vers une candidature, un grand meeting à Aubervilliers. Après, plusieurs candidats déjà, Jérôme Gage, Karim Bouamran, en attendant peut-être Olivier Faure, Boris Vallaud, Olivier Faure le patron du PS, Boris Vallaud le patron des députés PS. Ça fait beaucoup de prétendants dans le secteur socialiste ou social-démocrate. Rassurez-nous, Rachid Temal, vous n'allez pas être candidat, vous aussi ? Je n'ai pas cette ambition-là. Et ça vous inspire quoi ? Moi, la seule ambition
que j'ai, c'est qu'on est une capacité de gagner cette présidentielle parce qu'on sait qu'il y a un sujet vis-à-vis de l'extrême droite, parce que je pense qu'il faut changer l'avis des gens. Et c'est pour ça qu'il faut qu'un candidat, une candidature socialiste aille au bout, premier tour et second tour. Donc aujourd'hui, au moins on se parle, ce jour, nous sommes jeudi 25 juin. Moi, je me félicite parce que les socialistes vont voter partout en France pour le projet socialiste. Et moi, je voterai pour, je crois que les militants socialistes vont trop pour. Là, c'est une bonne chose.
Donc les socialistes auront ce soir un texte programmatique, en tout cas, de grands enjeux pour les Français. C'est une bonne chose. Ensuite, moi, je plaide pour que dès la sortie de l'été, les socialistes aillent voir aussi les Français pour, avec eux, construire ou construire un projet. Et puis, il y a un drap, ensuite, le temps de la candidature. Je crois qu'il ne faut pas tout mélanger. Je vois bien que tout le monde est sur le banc de touche. On va aller jouer. Voir sur le terrain, déjà. Sur le terrain, très bien. Mais je crois qu'il y a des temps pour tout. Aujourd'hui, il faut d'abord... Parce qu'être candidat, c'est porter un projet et des valeurs.
Donc, le projet, il faut aller avec les Français pour co-construire sur 10-15 grandes questions ce qu'ils souhaitent, ce qu'ils entendent. Nous aussi, ils les entendent. Et puis, il viendra le temps de la candidature. Et je le dis pour toutes celles et ceux qui souhaitent être candidats. La candidature, c'est avoir une vision pour le pays, mais qui ne va pas seulement à la présidentielle, qui va aussi jusqu'aux législatives. Parce que au lendemain de la présidentielle, il faudra finalement qu'il y ait une majorité aussi à l'Assemblée et au Sénat pour porter la politique.
Alors, sur les législatives, justement, dès aux dernières législatives, il y a eu une alliance entre le PS et la France insoumise. Vous, vous avez toujours été contre cette alliance, mais on constate que votre parti il rechute à chaque fois. Il rompt avec Jean-Luc Mélenchon, puis à chaque fois qu'il y a une élection, c'est la rechute. Il retombe dans les pattes, si j'ose dire, du leader insoumis. Pourquoi ça ne serait pas le cas encore la prochaine fois ?
Vous avez raison de le rappeler. Moi, par deux fois, quand il y a eu des votes, j'ai voté contre. Mais, cette alliance-là, je ne suis pas favorable à cette alliance-là. Mais, ne faisons pas de LFI le son du débat. Moi, mon sujet aujourd'hui, c'est qu'il faut rassembler la famille socialiste, puis rassembler les Français, les progressistes, pour aider la présidentielle. Et ensuite, une majorité. Donc, c'est ça le sujet. Donc, il n'y aura pas l'idée, c'est que personne ne veut une alliance avec LFI. Mais ne faisons pas de LFI à chaque fois
le sujet du débat. – Quand même, LFI, pardon, mais Jean-Luc Mélenchon, il fait 20% à la présidentielle en 2017, il fait 22% en 2022, tout ça parce que le candidat socialiste s'effondre. Benoît Hamon, il faut-il le rappeler, 6%. Puis, il y en a Hidalgo, 1,6%. Il se nourrit de la faiblesse du PS. Et là, il est quand même assez haut dans les sondages, encore une fois, Jean-Luc Mélenchon. Autour de 14-16% dans les études d'opinion.
– Je rappelle que Jean-Luc Mélenchon n'a jamais été au second tour une présidentielle, ni en a gagné, contrairement aux partialistes. Donc, moi, je veux bien avoir des leçons de plein de gens. Encore, faut-il regarder l'histoire dans sa globalité. Ça, c'est mon premier point. Et dans ce pays, à chaque fois qu'il y a eu des conquêtes sociales, c'est qu'on est sollicité au pouvoir du Front Populaire jusqu'en 2012 avec François Hollande, en passant par Mitterrand ou Jospin, ou Pierre Menez-France, c'est avec la famille socialiste. Donc, ensuite, sur la suite, menons la campagne. Parce que si les gens connaissaient le résultat, faisons pas la campagne.
Moi, je crois qu'il y a une attente dans ce pays pour des propositions efficaces de gauche qui changent la vie des gens concrètement. Donc, le problème n'est pas de savoir qui est avec qui. Mais quand je prends mon département, qui est le Val-d'Oise, qui est une mini-France, que vous soyez à Sarcelles ou que vous soyez à Manion-Vexin, les gens vous demandent pas. Vous dites juste, les socialistes, vous nous proposez quoi concrètement ? Et c'est ça, c'est la question à laquelle il faut répondre.
Est-ce que c'est un bon candidat, Raphaël Glucksmann ? Il est assez bien classé dans les sondages, fait plus ou moins jeu égal avec Jean-Luc Mélenchon, voire parfois devant.
Est-ce qu'il peut être le candidat du PS ? Et moi, je suis heureux d'être dans une famille politique, même si Raphaël n'est pas dans ma famille, mais il est proche, d'avoir plusieurs candidats. Parce que c'est quand même bien déjà de se dire qu'il y a des prétendants. C'est une bonne chose. Il n'en faut pas trop quand même. Non, mais on peut en avoir plusieurs. L'essentiel, c'est qu'il y a un processus de désignation qu'on aura et qui permettra d'avoir un ou une candidature. Bon, voilà. Donc moi, je suis pas inquiet.
Que chacun des candidats que vous avez cités, je vais pas faire la longlist comme vous, que chacun dise ce qu'il veut faire pour les Français, ce qu'il veut faire pour le pays, au moment où on a parlé tout à l'heure d'un monde où tout est incertain. Qu'est-ce qu'il propose concrètement sur les affaires internationales ou sur la défense ? Qu'est-ce qu'il se propose pour le logement ? On évoquait, vous évoquiez dans votre chronique, tout à l'heure, la question de la canicule. Il y a plein de sujets. Donc, pour l'instant, c'est le moment où chacun doit faire part de sa vision pour le pays, pour les Français. Nous en sommes là. Il y en a un qui
se prépare. Il l'a dit, je me prépare. C'est François Hollande. On n'en a pas parlé. C'est un bon candidat aussi, François Hollande. Lui, puisqu'il a l'expérience du pouvoir, des questions internationales.
Il a démontré sa capacité à gagner puisqu'il a été élu président de la République. Mais sa capacité à ne pas se représenter, ou son incapacité à se représenter. Donc, il faudra qu'il explique pourquoi il ne s'est pas représenté. Et je crois que là, c'est... Mais l'idée, c'est que nous, on aime beaucoup vivre dans le passé. La question, c'est que pour les Français, est-ce qu'ils peuvent porter les choses ? Il est aussi, totalement, pour moi, dans la liste des seuls et ceux qui peuvent, effectivement, emmener ma famille politique à la victoire.
On a commencé cet entretien par l'international. Est-ce que vous avez l'impression que ces questions géopolitiques, diplomatiques, militaires vont jouer dans l'élection présidentielle ? On sait qu'en France, ce n'est jamais le cas. En général, les Français ne votent pas sur des questions de politique étrangère. Mais là, entre l'Ukraine, la Russie, l'Iran, les États-Unis, Israël, le Liban, est-ce que vous pensez que ça peut jouer ?
Je pense qu'il faudrait. On vient aujourd'hui... Il y a deux jours, on était en commission mixte paritaire sur la loi de programmation militaire. J'en suis le chef de file pour ma famille socialiste. On va rajouter sur cinq ans, il y aura 436 milliards d'euros pour avoir plus ou moins de défense pour nos armées et pour défendre le pays. Il y a des enjeux majeurs sur notre souveraineté, qu'elle soit d'ailleurs sur plein de sujets, sur ce qu'on fait sur le quantique, en fait, la révolution de demain. Donc ça, c'est des sujets qui doivent être portés. Parce que c'est une économie duale, à la fois sur le civil et le militaire.
Et bien sûr, aujourd'hui, avoir un président de la République qui ne dirait rien sur l'Europe, rien sur le monde, rien sur l'ONU, rien sur notre rapport aux États-Unis, qui est aujourd'hui plus que compliqué, et ce n'est pas seulement lié à l'administration de Trump, c'est plus profond que cela. Ce qu'est de malin au Pacifique, notre rapport à l'Afrique, à l'Amérique latine, etc., au rapport à la guerre et à la paix, bien sûr, ça doit être central. Et moi, j'aspire à ce que cette élection soit capable de porter sur ces questions-là, mais également localement. Qu'est-ce qu'on fait pour le logement ? Qu'est-ce qu'on fait pour celles de ceux qui hésitent entre eux ?
Je rappelle, là, c'est la canicule, mais pour beaucoup de Français, à l'automne, c'est de dire, est-ce que je paie la quantité de mon gamin ? Ou je ne mets pas de chauffage des gamins d'orac à l'anorac ? C'est des vraies questions. Il faudra parler des deux, à la fois.
Annabelle Nakache se moquait tout à l'heure, gentiment, des réunions de crise du gouvernement. Est-ce qu'on a un gouvernement qui a anticipé, il est accusé par pas mal de forces politiques, de tous bords, d'ailleurs, d'être dans l'impréparation ? Le bricolage, on l'a vu un petit peu, sur la question des écoles qui sont fermées au coup par coup, les annulations sur la fête de la musique. Monique Barbu, la ministre de la Transition écologique, est obligée de sortir un petit peu en catastrophe. Vous avez le sentiment qu'il y a eu une impréparation et que le sujet, finalement, de la préparation à la canicule, au changement climatique, a été abandonné ces dernières années ?
En tout cas, il est clair qu'il n'y a pas dans la population et dans les autorités une vision globale et, j'ai envie de dire, juste. Donc, effectivement, il y a des questions de transition énergétique qu'il faut porter. On est plus loin. Il y a aussi le fait qu'il faut transformer la société à un monde de consommation parce qu'il y aura de plus en plus de canicules. Donc, tout ça, je pense que ce gouvernement-là, il gère les affaires jusqu'en mai prochain. On peut être sur son dos. Moi, je n'ai pas de problème. Mais je crois que là aussi, sur la question présidentielle, comment concrètement on change en France, ces choses ?
Mais comment on change pour que ce soit aussi socialement acceptable pour les Français ? Parce que pour beaucoup de Français, c'est aussi des coûts supplémentaires. Donc, toutes ces questions-là, il faut les prendre en compte. Donc, c'est la question de l'actualisation, de l'adaptation. Mais vous savez, on est en train de parler là au Sénat la semaine prochaine, une loi sur la question agricole. Je ne suis pas certain que les propositions de la droite sénatoriale favorisent effectivement la préparation du pays. Donc oui, il faudra aussi changer cela dans le pays.
Merci, Rachid Temal, d'avoir répondu aux questions de Radio-G. Très bonne journée caniculaire. Merci à vous. Merci beaucoup, David. On vous retrouvera lundi avec plaisir. Demain, c'est l'édito de Palamart.
Rachid Temal