Démission de Lecornu : une situation politique inextricable - Reportage #cdanslair du 06.10.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ca devait être un déjeuner de travail. Ca s'est transformé en pot de départ. Aujourd'hui à Matignon, les ministres nommés hier soir se sont retrouvés, à l'exception de B.Retailleau, qui refuse de porter la pleine responsabilité de la démission du Premier ministre.
Retour sur une séquence qui restera longtemps dans les annales. - Dans la cour de Matignon ce matin, des sourcils foncés. Le discours d'un Premier ministre très éphémère et quelques regrets. - S.Lecornu: Il suffirait de peu pour que ça fonctionne.
J'avais dit ici même qu'on allait y arriver. Je veux le redire dans le secret des échanges que j'ai pu avoir: il suffirait de peu pour que l'on puisse y arriver. En étant plus désintéressés, pour beaucoup, en sachant faire preuve d'humilité, peut-être aussi un peu parfois l'effacement de certains ego. - C'est l'histoire d'une chute vertigineuse et d'un gouvernement qui aura tenu 14 heures.
Hier matin, 10h30: le patron des Républicains annonce réunir sa famille pour décider ou non d'une participation au gouvernement. Quelques minutes plus tard, M.Fesneau dit oui pour le MoDem. - M.Fesneau: Il est naturel que cette formation politique participe au gouvernement. - Jusque-là, tout va bien, même si à droite, les désaccords éclatent pendant la réunion.
A 17h, Les Républicains acceptent une participation exigeante. 19h40: l'annonce tant attendue à l'Elysée. Avec quelques surprises... - Monsieur B.Le Maire, ministre d'Etat, ministre des Armés et des Anciens combattants. - 21h22: le ministre de l'Intérieur tout juste reconduit critique ouvertement son Premier ministre. ...
La nuit aura sans doute été un peu courte pour certains. Ce matin, à la radio, à la télévision, les condamnations sont unanimes. - X.Bertrand: Quel gâchis. - J.-P.Tanguy: Monsieur Lecornu avait beaucoup de temps à perdre. - Nous voyons des responsables politiques qui refusent de prendre leurs responsabilités et qui se livrent à un chantage pour les places. - O.Faure: Le sentiment qui domine ce matin, c'est la consternation. - La démission du Premier ministre ce lundi déclenche une nouvelle crise politique et des réunions d'urgence à gauche, à droite.
Au RN, M.Le Pen a un message pour le président. - M.Le Pen: Je l'appelle à dissoudre l'Assemblée nationale.
Nous sommes au bout du chemin. Il n'y a pas de solution. Il n'y en aura pas plus demain.
La seule décision sage dans ces circonstances Est prévue par la Constitution de la Ve République, c'est d'en revenir aux urnes. - A droite, c'est la cohue des grands jours. - V.Pécresse: Je ne vois pas comment on évite de redonner la parole au peuple.
Le président de la République a encore une arme dans sa manche: il peut faire un référendum. - C'est l'heure des explications pour le ministre de l'Intérieur, qui dénonce au 13h de TF1 un problème de confiance avec son Premier ministre démissionnaire. - B.Retailleau: J'ai été reçu pendant une heure et demie par le Premier ministre, quelques minutes avant que la composition du gouvernement ne soit donnée.
Jamais il ne m'a dit qu'il y aurait la nomination de B.Le Maire. Un problème de confiance...
Quand on est dans une équipe, on a besoin de confiance. J'ai ressenti hier ce que des millions de Français ont aussi ressenti. On promet une rupture et on se retrouve avec des chevaux de retour. - A gauche, J.-L.Mélenchon demande la destitution du président. - J.-L.Mélenchon: Le retour au peuple est la réponse que les démocraties apportent quand elles se trouvent dans une impasse.
Nous sommes dans une impasse. Personne ne peut le nier. - Face à la presse, LFI propose à toutes les nuances de gauche de se réunir cet après-midi à 16h.
Proposition rejetée par certains. - M.Tondelier: Cette réunion n'aura pas lieu.
Ca paraît assez évident que le PS, en ce moment en train de se réunir, ne va pas accourir chez LFI comme si de rien n'était. Ce qui a été dit et ce qui a été fait les mois précédents laisse des traces. On va devoir réparer. - En attendant un nouveau Premier ministre, un nouveau gouvernement et peut-être une allocution du président, les affaires courantes sont gérées par les ministres nommés hier, déjà démissionnaires. - C.Roux: Nous apprenons à l'instant qu'E.Macron a demandé à S.Lecornu de mener d'ultimes négociations d'ici à mercredi.
On est dans une situation où le ministre démissionne le matin et est reconduit le soir. - J.Garrigues: En 1962, quand G.Pompidou est renversé par une motion de censure, le général de Gaulle accepte sa démission et le renomme ensuite.
C'est ce qui se passe à peu près aujourd'hui. Toutes circonstances inégales par ailleurs. Les gens ont un peu de mal à comprendre qu'il ait démissionné ce matin pour être remis en selle. - C.Roux: Quel est le calcul du président?
Il se dit: "On met de côté B.Le Maire. On calme les LR.
On les fait revenir à la table du Conseil des ministres..." - J.Garrigues: Il y a une chose que ne veut pas le président: la dissolution.
Il a comme solution le fait de redemander à S.Lecornu, et surtout aux LR, de participer à la coalition gouvernementale. La porte a été fermée pour le PS.
On sait que c'est une solution bâtarde. On a besoin des LR, peut-être de leur donner 2 ou 3 portefeuilles de plus. C'est peut-être ce qu'ils réclament.
A monsieur F.-X.Bellamy, par exemple.
C'est une solution que j'avais envisagée, n'étant pas du tout dans le secret des lieux, mais en me disant "pourquoi pas". Est-ce que c'est une solution durable? - C.Roux: On a assisté à ces tractations qui n'en finissaient pas ces dernières semaines.
On n'avait pas l'impression de voir se dégager un pacte de gouvernement avec les socialistes, les LR, ou en tout cas un pacte de non-censure. - C.Barbier: Ce qui est demandé par E.Macron, c'est d'arrêter une plateforme d'action et de stabilité.
Ce n'est plus exactement le même contrat que le consensus large qui devait être fait sur le budget, en s'ouvrant vers la gauche sans perdre les LR. Ca ressemble un peu à un socle commun plus discipliné. Ca essaierait peut-être d'aller acheter l'indulgence de l'extrême droite.
Si vous faites rentrer Des LR un peu durs et que vous décalez la lettre de mission du gouvernement vers plus de droite, vous pouvez tenter un calcul où M.Le Pen dit: "Dans ce cas, je donne ma chance." - C.Roux: Ce serait la seule qui n'a pas la présidentielle en tête et qui ne pense pas à son intérêt? - C.Barbier: Elle a doublement la présidentielle en tête.
Elle a aussi son calendrier judiciaire. Si les oppositions veulent renverser le gouvernement, elles se mettent sous le coup d'une riposte institutionnelle qui s'appelle la dissolution. Dissoudre aujourd'hui parce que le Premier ministre a craqué à cause des LR, ce n'est pas une dissolution défensive.
Ca ressemble un peu à 2024. Dissoudre dans quelques jours, parce qu'on le renverse dans quelques jours, ça peut ressembler à un coup de balai présidentiel. - C.Roux: Projetons-nous dans le scénario catastrophe pour S.Lecornu: être renommé à nouveau Premier ministre...
On va refaire le fil du PS à Matignon. Il y a encore d'autres options avant la dissolution. - C.Barbier: Mais des options qui pourraient avoir une majorité avec elle ou ne pas avoir de majorité contre elle,
Bruno Retailleau