L'invité politique Sud Radio - Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris est notre invitée politique
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquili. Sandrine Rousseau est députée de Paris, elle est l'invité de Jean-François Aquili, c'est à vous.
Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Il y a eu la marche blanche, Sierra-Fleurence, plus de 6000 personnes y ont participé. Par-delà le recueillement, la tristesse, la colère après le meurtre de Liana, 11 ans. Il y a cette question ce matin dans tous les esprits, comment le prédateur, toujours considéré comme suspect, il faut le rappeler, a-t-il pu passer entre les mailles de la justice ? Qui, selon vous, est responsable à vos yeux dans ce drame ?
J'ai envie de vous répondre, toute une société. Parce que ce qui apparaît dans l'affaire de Liana, c'est qu'il n'y a pas eu de signalement à la hauteur de la dangerosité de cet homme, qu'il n'y a pas eu d'instruction des plaintes à la hauteur de la dangerosité de cet homme, que probablement il y a même des faits qui n'ont pas fait l'objet de plaintes, parce qu'on a estimé que ça n'était pas nécessaire d'aller déposer plainte. Et en fait, la justice n'a pas compris la dangerosité de cet agresseur supposé à ce stade. Mais c'est toute la société qui affaiblit, qui minimise la gravité des violences sexuelles, et particulièrement sur les enfants.
Vous pensez qu'il y a une forme de responsabilité collective ?
Mais absolument, parce qu'à chaque fois, on est dans cette même situation. Je rappelle que pour des faits de viol sur enfants ou de violences sexuelles sur enfants, il n'y a que dans un cas sur dix où une plainte est déposée. Et quand la plainte est déposée, il y a près de sept plaintes sur dix qui sont classées sans suite sans même avoir d'instruction. Donc en fait, c'est presque miraculeux qu'il y ait des condamnations. Quand on arrive à la condamnation, il y a presque eu un alignement d'étoiles miraculeux. Et c'est ça qui dysfonctionne profondément dans notre société.
C'est qu'il nous faut ouvrir véritablement ce débat pour voir comment on rend justice aux enfants qui ont été violés et agressés. Et comment surtout, on protège la société des personnes qui sont dangereuses comme ce Jérôme Barré-là.
Sandrine Rousseau, Gérald Darmanin qui a présenté au nom de la justice comme ministre ses excuses à la famille, de la victime et aux Français, réunit ce matin les 36 procureurs généraux de France pour pousser, si je puis dire, avant le 14 juillet, les 70 000 plaintes pour viol ou attouchement sexuel impliquant des enfants. C'est la bonne réaction ?
Mais c'est une réaction classique de M. Darmanin qui fait des annonces. Derrière, il n'y a pas d'augmentation de budget dont je rappelle que nous avons un budget en France qui est très inférieur aux autres pays européens. On est à peu près à 77 euros par habitant de budget pour la justice quand l'Italie est à 100 par exemple, quand l'Allemagne est à 130, presque le double. Donc en fait, il n'y a pas de miracle. On ne peut pas faire mieux avec des moyens aussi faibles. Ça, c'est la première chose. Mais la deuxième chose, c'est que quand l'affaire Le Squarnec a éclaté, il y a eu une condamnation pour 300 viols et agressions sur une immense majorité d'enfants.
C'est-à-dire qu'il y avait près de 300 enfants, il y avait quelques adultes dans l'eau, mais l'essentiel était des enfants. Viols et agressions, 300 victimes, 300. Nous avons auditionné à l'Assemblée nationale le ministère de la Justice.
Parce qu'on fait partie d'une mission flash concernant le dossier Le Squarnec qui doit tirer des conclusions.
Absolument. Nous avons auditionné à l'Assemblée nationale le ministère de la Justice. Nous avons auditionné à l'Assemblée nationale les ARS. Nous avons auditionné les gendarmes qui ont mené l'enquête, la police, etc. Forcés de constater qu'il y a eu des évolutions, mais qui ne sont pas du tout, du tout à la mesure de l'ampleur du problème.
Qu'est-ce qui dysfonctionne dans ces histoires-là ? Qu'est-ce qui ne marche pas ?
C'est qu'en fait, pour le moment, ces violences n'étaient pas considérées comme graves. Ces violences n'étaient pas considérées comme prioritaires. Ces violences n'étaient pas considérées comme des troubles à l'ordre public. Et donc des troubles à la stabilité de la société. C'est ça qui dysfonctionne. Mais ce que je veux aussi dire, c'est que si on ouvre ce sujet-là, alors la justice va être, d'ailleurs c'est déjà le cas, absolument débordée de plaintes. Et quelque part, nous sommes là à l'aboutissement du mouvement MeToo.
Ce n'est pas un problème de moyens, a dit Emmanuel Macron.
Si, c'est un problème de moyens.
Il a tort ?
Si, absolument qu'il a tort. C'est un problème de moyens. On ne va pas pouvoir ouvrir la question des violences sexuelles dans la société et dire à tous les enfants qui ont été victimes, dire à tous les adultes, particulièrement les femmes, qui ont été victimes d'aller déposer plainte, sans avoir une révolution dans la justice. Une révolution des moyens, une révolution des instructions, une révolution de la prise en compte de la parole des enfants. Parce qu'aujourd'hui, les enfants, et c'est affreux de le dire, la plupart des enfants ne sont pas crus. Ne sont pas crus. Leur parole n'est pas suffisamment entendue, n'est pas suffisamment instruite.
Et comme on est dans un parole contre parole, que c'est un enfant contre un adulte, eh bien ça explique qu'il y ait autant de classements sans suite. Et je le dis, c'est une honte, c'est un scandale national. Mais quelque part, tout le mouvement MeToo conduit aujourd'hui à ce qu'il y ait cet engorgement des tribunaux. Et s'il n'y a pas véritablement autre chose que des rappels à l'ordre des procureurs, alors nous allons dans le mur. Parce qu'il va y avoir une révolution dans la société là-dessus.
Sandrine Rousseau, c'est une affaire d'État à vos yeux. Est-ce que, comme Mathilde Panot, vous réclamez la démission du garde des Sceaux ?
Alors, je réclame la démission du garde des Sceaux, qui par ailleurs n'a pas été à la hauteur sur cet enjeu, mais comme sur bien d'autres. Mais ce serait trop facile qu'on se contente de ça. Parce qu'on aurait eu une tête, et alors on estimerait que le problème est réglé. Ce n'est pas du tout le sujet. Le sujet, c'est que, est-ce que la société française est aujourd'hui en capacité de regarder avec sérénité, mais aussi avec objectivité, la récurrence des violences sexuelles ?
Et si nous regardons cela, alors nous allons devoir faire un travail qui ne va pas être agréable, qui est de regarder dans chaque foyer, de regarder dans chaque rue, de regarder dans chaque village, de regarder dans chaque collectif de travail, quelles sont les personnes qui regardent des images pédopornographiques, qui agressent des enfants, qui commettent des viols ? Et ça, je vous le dis, ça va être extrêmement difficile dans la société.
Il faut aller faire cette démarche-là.
Moi, je pense qu'on doit non seulement y aller maintenant, que ça va être extrêmement difficile, et que ça va être un travail qui va s'approcher du travail extrêmement compliqué, qu'on a pu voir post-ségrégation, même post-apartheid. C'est-à-dire, c'est un travail qui va aller chercher les fondements même d'une société, et qui va aller chercher des culpabilités dans l'ensemble des familles de France. Et en fait, je vais vous dire, je pense qu'il n'y aura pas une famille en France qui sera épargnée par ce travail. Et en fait, ça va être très, très, très dur. Très dur. Très dur.
Encore un mot, et on parle de politique de la présidentielle, encore un mot là-dessus. « L'indépendance des magistrats, ce n'est pas l'irresponsabilité », a dit Gérald Darmanin. Est-ce qu'il faut des sanctions éventuelles, contre les juges ?
Mais c'est trop facile de se voiler la face et de dire juste, on va sanctionner des juges. Je pense qu'il faut qu'il y ait des sanctions puisque, manifestement, il y a eu des dysfonctionnements particuliers dans cette affaire-là. Mais ce sera trop facile de s'en arrêter là. Moi, je suis effarée, je vous le dis, de ce que je découvre dans l'affaire Le Square Neck, du fait qu'après 300 victimes, il n'y ait pas de remise en cause en profondeur, il n'y a même pas, en fait, de procédure établie pour éviter que cela puisse se reproduire.
Et en fait, on est encore une fois, aujourd'hui, je le redis, mais il y a quelque chose presque du miracle quand une affaire arrive finalement au jugement et à la culpabilité. Et je voudrais juste vous reprendre sur une chose, parce que, pardon, c'est important pour nos auditeurs et auditrices, c'est que vous avez parlé de prédateurs. Quand on parle de prédateurs, ça renvoie à des espèces de lions dans la savane qui mangent des bichettes ou des gazelles. En fait, le lion a besoin de manger la gazelle pour vivre, alors qu'un agresseur sexuel n'a pas besoin de cela. Donc, le terme prédateur minimise, encore une fois, la violence de l'acte.
Sandrine Rousseau, la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a fait le plein hier à Saint-Denis. On est chez nous, a dit le candidat. A-t-il plié le match à gauche, à vos yeux ?
Non, mais il n'y a pas de... Ce n'est pas en ces termes qu'il faut se poser la question. Ce que révèle l'incroyable succès du meeting de Jean-Luc Mélenchon hier... Vous y étiez où, fait ? Non, je n'y étais pas. J'étais dans le Conseil fédéral des écologistes. Oui, on va en parler aussi. Non, non, je n'étais pas au meeting. Mais ce que révèle ce meeting et l'ampleur du nombre de personnes présentes, c'est qu'il y a un besoin, et j'appelle vraiment les gens de gauche à entendre cela, il y a un besoin d'une rupture avec le modèle économique et social que nous connaissons actuellement.
Il y a besoin de quelque chose de radicalement différent, d'avoir véritablement l'arrêt d'un libéralisme qui fait du mal à tout le monde depuis la ruralité jusqu'au cœur des villes. Et que la disparition de nos services publics, l'affaiblissement de nos liens sociaux, l'incroyable effondrement du tissu associatif auquel nous assistons de manière totalement
silencieuse aujourd'hui. Donc tout le programme qu'il a commencé à créer son programme, en réalité, il a dessiné la société qu'il imagine pour demain. Jean-Luc Mélenchon, vous y adhérez. Vous qui prenez l'union de la gauche, vous pourriez faire campagne en faveur de Jean-Luc Mélenchon parce que vous semblez être assez proche des idées qu'il développe.
Moi je suis sur une gauche radicale en effet, et sur une écologie qui prend vraiment la mesure de l'impact d'une croissance libérale sur notre planète et sur notre capacité à vivre sur cette planète. Donc évidemment que philosophiquement je me trouve plus proche des idées de LFI que par exemple de Raphaël Glucksmann. Ceci étant dit, moi je voudrais que ça soit une discussion que nous ayons à l'intérieur du parti Les Écologistes. C'est-à-dire, je voudrais que les écologistes enfin est une discussion sur la stratégie pour 2027.
L'extrême droite est aux portes du pouvoir et nous ne pouvons pas passer toute cette séquence sans jamais, jamais nous questionner ni sur nos échecs parce que nous n'avons jamais eu véritablement de débat sur les échecs électoraux successifs que nous avons ni sur la stratégie pour 2027. Et je pense que là la direction actuelle nous enferme dans une impasse totale dont il n'y a pas de sortie véritable pour le mouvement Les Écologistes. Et je vous dis, aujourd'hui, je suis extrêmement inquiète sur notre avenir.
Alors le Conseil fédéral, c'est ça, des écologistes ? Ce qui est l'équivalent
du Conseil national des socialistes.
Oui, merci Sandrine Rousseau. Il y avait une motion des opposants.
Tout le monde ne connaît pas le Conseil fédéral des écologistes.
sans rentrer trop dans le détail. Il y a une motion des opposants pour demander grosso modo à Marine Tondelier de renoncer à sa candidature à la présidentielle. Cette motion, j'imagine que vous étiez dans cette motion.
Ça n'était pas pour renoncer, c'était pour avoir un débat. C'est-à-dire que si la primaire n'existait pas, il nous fallait avoir un débat.
Pourquoi l'avoir retiré, cette motion ?
Mais parce qu'il y a eu des manœuvres véritablement de la direction qui... Je ne veux pas rentrer dans le détail, mais ils avaient soumis des amendements qu'ils ont retirés, etc. Tout ça pour dire qu'à la fin, cette motion a été retirée parce qu'il n'y avait pas des conditions sereines de débat. Mais c'est dommage parce que...
Vous ne souhaitez pas que Marine Tondelier se présente à l'élection présidentielle via, si elle existe, cette primaire ?
Moi, je pense qu'il y a une question d'union de la gauche qui doit être posée et qu'en fait, on ne peut pas supposer que s'il n'y a pas de primaire, il y a une candidature écologiste autonome qui se présente. Ce n'est pas possible de poser ça et de ne jamais avoir le débat là-dessus.
Pour vous, il ne faut pas qu'il y ait une Marine Tondelier toute seule qui se présente pour les écologistes au premier tour de l'élection présidentielle ? Oui ou non ? Pour moi, non. Non. Pour vous, c'est non. Pour moi, non. Et la primaire, est-ce qu'elle aura lieu, cette primaire ? Vous savez, celle dont les socialistes disent qu'elle serait précédée d'une primaire PS Glucksmann, on va dire, une première, puis la primaire entre les forces de gauche qui ne sont pas chez Jean-Luc Mélenchon. C'est compliqué, cette histoire. Je ne vous le fais pas dire. Est-ce qu'elle aura lieu, cette primaire ? Ou est-ce que vous souhaitez qu'elle ait lieu ?
La primaire, aujourd'hui, me semble être extrêmement menacée et on l'a fait vivre un peu sous respirateur artificiel pour maintenir une forme de suspense qui, à mon avis, n'est déjà plus véritablement existante. Enfin, je veux dire, on a d'un côté Jean-Luc Mélenchon qui est en ordre de bataille et nous, on est là à faire première primaire, deuxième primaire, troisième primaire. En fait, je veux dire, à un moment, il va falloir décider.
Vous pensez qu'il faille rejoindre Jean-Luc Mélenchon plus directement ? Je pense qu'il faut
ouvrir des discussions avec LFI. Je ne dis pas de rejoindre.
Il a dit, le deuxième tour, ceux qui n'ont aucune chance d'y accéder devraient se garder de nous empêcher de le gagner, surtout en s'appuyant sur des calculs et des pronostics. Absur, grosso modo, s'il y a des multiplications de candidats de gauche, c'est une disqualification pour le deuxième tour. C'est ça l'idée que développe Jean-Luc Mélenchon.
C'est un peu l'erreur qui a été faite en 2022, c'est un peu l'erreur qui a été faite dans notre histoire d'une manière générale. Donc, soit on reproduit de manière un peu automatique toutes les erreurs du passé, soit on est plus intelligent cette fois-ci et on se dit que l'extrême droite est en porte du pouvoir. nous avons une responsabilité historique et oui, je pousserai.
Vous dites discutons, j'entends, il faut discuter, vous avez raison, il faut discuter dans la vie, mais est-ce que vous ne pouvez pas appeler peut-être, est-ce que vous avez un avis à donner là-dessus, vous personnellement, peut-être aller directement rejoindre Jean-Luc Mélenchon ?
Moi, je voudrais que le parti Les Écologistes, qui pour l'instant ne discutent qu'avec l'EPS, puissent aussi ouvrir la voie des discussions avec LFI parce que sinon, c'est une forme d'explosion et moi, c'est un parti qui me tient à cœur. Je pense que l'écologie mérite mieux que cet enfermement dans une impasse dans laquelle nous sommes actuellement. Donc là, je suis inquiète sur son avenir parce que je crois que les tensions qui se sont révélées ce week-end sont des tensions qui sont de nature à pouvoir même faire exploser le parti et je ne souhaite pas cela.
Merci Sandrine Rousseau. Merci Sandrine Rousseau. Je rappelle des mots forts tout à l'heure que vous avez prononcés. Il s'agit d'un scandale national. Vous appelez à une révolution dans la justice et vous dites que la parole d'enfant doit être bien plus entendue. Est-ce que je peux me permettre de vous poser une question, Sandrine Rousseau, sur ce sujet ? Précisément, imaginons, vous êtes aux responsabilités en matière d'agression sexuelle. Quelle serait la décision que vous pourriez prendre pour tenter de faire changer les choses ?
Déjà de doubler le budget de la justice.
Et est-ce qu'il y aurait une autre disposition que vous pourriez prendre au-delà des moyens dont vous avez parlé déjà ?
Moi, je voudrais qu'il y ait des condamnations beaucoup plus systématiques et fortes de gens qui ont su et qui n'ont pas dénoncé.
Merci, Sandrine Rousseau. On va évidemment poursuivre ce débat tout au long de la matinée sur Sud Radio. Jean-François, notamment, tout à l'heure, vous y revenez avec votre invité, Mme Bruget.
Oui, notre invité qui sera ouvert au dialogue avec les auditeurs. Voilà, c'est pour ça. Vous nous appelez
au 0826 300 300. Dans un instant, on se retrouve avec nos débatteurs. A tout de suite.
Sandrine Rousseau