Jean-Luc Mélenchon : "Le nucléaire est un danger, voilà ce que la guerre en Ukraine nous a rappelé"
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Et c'est la suite des grands entretiens spéciaux que nous vous proposons avec Léa Salamé. Jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle, les douze candidats se succèdent au micro d'Inter. Et vous les co-interviewez tous les jours avec nous, amis auditeurs. Vos questions donc au standard 0145 24 7000 ou via l'application France Inter. Jean-Luc Mélenchon, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, candidat de l'Union Populaire à la présidentielle. Le déroulé de cet entretien en quelques mots. Trois questions sans filtre pour commencer. Réponse rapide s'il vous plaît. Suivront une dizaine de minutes sur votre programme et l'actualité.
Les auditeurs d'Inter prendront ensuite la main sur les sujets qu'ils désirent. Avant quelques questions plus personnelles pour finir. Alors première des trois questions, réponse rapide si possible. Hier à ce micro, Anne Hidalgo déplorait une campagne de bruit et de fureur, d'excès et d'injures. Vous au contraire, vous la trouvez passionnante cette campagne, c'est ce que vous avez dit. Vous dites même que c'est certainement la campagne la plus intéressante des trois que j'ai menées. En quoi la trouvez-vous si intéressante cette campagne, étrange tout de même ?
Mais il n'y a pas de campagne banale. Les sujets qui sont venus sur la table, ils sont venus avec une acuité, une force. Et qui me paraît extraordinaire, la question de l'hôpital public, dont des services publics d'une manière générale, qui était restée une question abstraite, est devenue tout à coup très poignante après la crise du Covid. Ensuite il y a eu la question de la guerre et de la paix. Et puis il faut quand même se rendre compte que c'est une partie des attributions essentielles dans la constitution de la 5ème République du chef de l'État. Puisque c'est lui qui négocie et signe les traités et qu'il est le chef des armées.
Donc en quelque sorte la campagne est venue sur des terrains essentiels. Je ne vois pas où il y a eu bruit, fureur, à part ceux qui ont pris goût à insulter les autres. Mais pour le reste il y a eu des positions très tranchées. Enfin quand même on ne découvre pas l'extrême droite en France. Ils ont donc assumé leur position. Elles sont terribles, je les combats, mais c'est la démocratie. Donc oui cette campagne est intéressante.
Deuxième question rapide. François Hollande avait gagné en 2012 sur un slogan « Mon ennemi c'est la finance ». Vous en 2022, vous diriez quoi Jean-Luc Mélenchon ? « Mon ennemi c'est le capitalisme » ?
Un autre monde est possible. C'est le slogan qu'on a choisi et il est tout à fait conforme à ce que je m'en dis. C'est-à-dire que nous sommes arrivés au bout d'un cycle. Je ne sais pas combien de temps il faudra pour qu'il soit conclu. Mais nous venons de vivre 30 ou 40 ans de néolibéralisme jusqu'aux formes les plus échevelées, les plus folles dont nous sommes aujourd'hui les témoins avec des cabinets de conseil qui se substituent à l'État pour prendre des décisions, demandent des sommes folles, ne font pas un travail si rigoureux que ça. Bref, ça c'est l'aspect aujourd'hui le plus visible. Mais les Français sentent, comme tout le monde, qu'il y a quelque chose qui est au bout quoi.
Le marché partout sur tous les sujets à tout propos, l'argent partout, il y a un véritable phénomène de rejet. Regardez l'affaire des EHPAD, je la trouve très significative. Aujourd'hui, je ne pense pas qu'il y ait un Français pour dire « oui, oui, il faut que continuent les EHPAD lucratifs ». Ils ne sont pas d'accord pour qu'on fasse des dividendes sur le grand âge. Voilà. Alors, on est au bout d'un cycle et il faut inventer un autre monde. Mais on ne sort pas de rien. Il y a des idées qui ont été accumulées. Des gens ont su bouger, pour ma part je l'ai fait. Je suis devenu au cours des dix dernières années profondément écologiste, vous le savez, et ainsi de suite.
D'autres ont bougé ?
Oui.
Regardez Emmanuel Macron, il s'est converti au quoi qu'il en coûte à la faveur d'une épidémie, non ? Ça vous fait sourire ?
Oui, parce que c'est vraiment un des caméléons les plus extraordinaires qu'on ait jamais rencontrés. La veille, il était ultra-libéral. Le lendemain, il nous dit que quoi que ça coûte, il fait quelque chose d'absolument inouï. nationaliser la main-d'oeuvre. Il faut quand même oser le faire. C'était dans une de mes fiches et j'avais dit à mes camarades, écoutez, mollo, on ne va pas nationaliser la main-d'oeuvre. Et bon, on avait tous bien ri. Et c'est ce qui s'est fait pendant un mois. Alors ça a coûté une somme folle et le lendemain, il avait à nouveau changé la vie. Terminé, il revient l'austérité et le reste.
Entre-temps, il a fait une chose, lui qui est l'homme du ruissellement, n'est-ce pas ? Donc la fortune coule de haut et puis descend sur les petits en bas comme les miettes. Bon, sur ce cher j'accouille. Et c'est l'inverse, c'est un aspirateur inouï. Il a mis 240 milliards dans l'économie française, pouf, vous les retrouvez en augmentation des fortunes des milliardaires. Et c'est donc le plus grand aspirateur.
Et en baisse du chômage, accessoirement.
Non, ça, ça n'existe pas, pardon. Je vous le discuterai quand vous voudrez. Ne pas perturber l'ordre des questions.
Alors, on va retourner à l'ordre des questions. On va retomber sur nos pieds, puisqu'il s'agit de vous plus que de lui ce matin. Mais c'est vous qui m'avez interrogé. C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. C'est vrai, c'est vrai, c'est ma faute. Votre premier appel à Vladimir Poutine, Jean-Luc Mélenchon, si vous êtes élu, vous lui dites quoi ?
C'est dans un peu plus d'un mois. Donc j'espère que d'ici là, on aura obtenu un cessez-le-feu. Parce que l'Ukraine martyr ne va pas subir encore ça pendant un mois. Des bombardements ininterrompus sur les populations civiles. Le risque inouï pour nous tous que représentent les réacteurs nucléaires qui sont en Ukraine. Donc je pense que la première des choses dans un mois, espérant qu'il y ait un cessez-le-feu, encore mieux un accord de paix entre eux, ce serait la sécurisation des sites nucléaires.
Vous êtes optimiste là ou vous êtes sceptique comme la plupart des chancelleries ?
J'ai appris à mes dépens à être sceptique. Parce que la dernière fois, Zelensky nous avait dit « j'ai pas besoin de cette dramatisation ». L'état-major des armées françaises avait dit « nous on voit, mais on n'en tire pas les mêmes conclusions ». Et pourtant, c'est les Américains qui avaient raison. Donc cette fois-ci, peut-être qu'il faut être plus prévoyant, parce que les Américains avaient peut-être raison, mais personne n'avait rien prévu. Résultat, on s'est retrouvé dans la situation dans laquelle on est aujourd'hui, qui porte un nom, c'est la dissuasion du fou au faible, et comme l'a très bien résumé le président Sarkozy, c'est que c'est ou la diplomatie ou la guerre totale.
Il faudrait mieux éviter de se faire prendre une deuxième fois dans un état pareil.
Quand Joe Biden dit qu'il y aura une réponse de l'OTAN si la Russie utilise l'arme chimique, le secrétaire général de l'OTAN parle ce matin de conséquences massives dans cette hypothèse. Ont-ils raison de dire ça, selon vous, Jean-Luc Mélenchon ?
Ben, ils ont raison de tracer des limites, parce que là, M. Poutine pourrait être convaincu du fait qu'il n'y en a pas, qu'il lui suffit d'agresser un pays qui est plus faible que le sien, et que, bon, les autres s'agiteront. Cependant, nous, nous sommes Français, donc nous jugeons d'après nos manières de voir. Moi, je serais très heureux que la menace qui vient d'être faite à propos de l'utilisation des armes chimiques se traduise par le fait qu'on demande que l'accord de 1993, qui a été réalisé en France à l'initiative de François Mitterrand, sur les armes chimiques soit appliqué, et que tout le monde démantèle son arsenal. Pardon, je termine sur ce point qui est très important.
Ni les Russes, ni les Américains n'ont respecté l'accord de 1993. Et j'ajoute que, puisque ce sujet est sur la table, je le rajouterai dans les demandes que j'ai à présenté à M. Poutine, sur les missiles de moyenne portée, je suis contre, et deuxièmement, je suis pour qu'on recommence la discussion sur les armes bactériologiques. Pardon, il y a ça la main, je sais qu'il faut qu'on passe à la question suivante, mais je demande qu'on m'entende. Il y a des armes bactériologiques dans tous ces pays. En 1993, l'accord a échoué, parce que ni les Russes, ni les Américains ne voulaient qu'on vérifie leur stock.
Certes, mais j'imagine que vous voyez bien que l'heure n'est pas au démantèlement, bien au contraire. Et justement, vous avez l'impression, là, en ce moment, depuis un mois de guerre, partout, que les armées vont démanteler...
Mais parce que tout le monde prend conscience du caractère absolument fou de l'escalade.
Du coup, la réaction, c'est que l'heure est au réarmement, pas au démantèlement.
Eh bien, la même bêtise qui dure depuis des siècles. J'ai appris ça quand j'étais en classe de latin, il y avait même une phrase. Sivis pachem, parabellum. Si tu veux la paix, prépare la guerre. Eh bien non, si tu veux la paix, prépare la paix. Donc, mettons sur la table des sujets qui concernent la paix, et qui obligent tout le monde à abaisser le niveau. Bon, parce que sinon, dites-moi voir, qu'est-ce que ça nous rapporte, le réarmement allemand ? Quel bien ça nous fait ? Non, et pardon, mais je pose la question à la cantonnade. Quel bien ça nous fait à nous Français d'être obligés d'augmenter nos budgets d'armement ? Nous allons le faire.
Mais ce n'est pas comme ça qu'il faut se représenter le futur. Il faut à tout prix qu'il y ait des puissances qui interviennent en groupe pour exiger le désarmement.
Donc, pour vous, on ne réarme pas, on n'augmente pas nos budgets militaires, et on continue, vous continuez à dire... Non, attendez, juste sur l'OTAN, parce que c'est important. Vous continuez à dire, c'était dans votre programme, si vous êtes élu dans trois semaines, vous maintenez la sortie de l'OTAN. Fabien Roussel, qui avait cette proposition, dit maintenant, j'ai changé d'avis, ça n'est plus la priorité.
Vous vous dites quoi ? Attendez, d'abord, je récuse absolument la phrase par laquelle vous avez commencé. Vous avez dit, on désarme, et ainsi de suite. Non, je n'ai pas dit ça. Les Français ne sont pas les premiers qui doivent désarmer. Ce ne sont pas eux les plus armés aujourd'hui. J'ai même dit le contraire. Et je pense le contraire. C'est-à-dire, pas le contraire, il faut se réarmer comme des fous. Il faut que nous soyons au niveau pour être souverains. indépendants. Et nous devons réfléchir dans la logique traditionnelle des Français depuis le général de Gaulle. C'est-à-dire qu'on ne demande à personne de nous défendre.
Parce que l'Ukraine se trouve dans la situation d'avoir à demander aux autres de la défendre. Les malheureux se défendent comme ils peuvent. Les Français doivent être absolument souverains. Nous nous défendrons tout seuls. Et donc, nous n'avons rien à faire, à mon avis, dans l'OTAN. Parce que c'est une organisation qui nous, en quelque sorte, nous aligne. Je suis pour qu'on soit non-aligné. Je l'ai été toute ma vie, critiquant les Américains bombardant les Vietnamiens et les Russes envahissant la Tchécoslovaquie lorsque j'étais jeune homme. Et maintenant, je continue à dire, les Français doivent être non-alignés. Ce qui ne veut pas dire neutre.
Par exemple, dans le cas qui nous occupe, il faut être du côté de l'Ukraine. Parce que ceux qui ont violé tout, ce sont les Russes de M. Poutine. Et par conséquent, ils doivent être punis de cela. Et M. Poutine ne doit pas rêver. Il sera au banc de la communauté internationale. Je termine sur un point. Tout le monde ferait bien de s'alerter du fait qu'au total, les pays qui n'ont pas voté la résolution à l'ONU sur la condamnation des Russes représentent la moitié de l'humanité. Donc, il faudrait qu'on arrête de regarder le reste du monde en se figurant qu'il est un décor.
Car les Chinois, les Indiens, les Sud-Africains, les Sénégalais, qui sont nos frères, par ailleurs, tous ces gens ne votant pas, c'est un grand défi qui nous est lancé.
Par ailleurs, Yannick Jadot comme Anne Hidalgo ont des mots durs, très durs, sur vos positions sur la Russie. Jean-Luc Mélenchon, ils vous accusent d'être complaisant. Yannick Jadot, hier, j'ai entendu Jean-Luc Mélenchon dire « Poutine est en train de régler le problème en Syrie ». Je l'ai entendu valider l'annexion de la Crimée. Il est avec Éric Zemmour et Marine Le Pen pour l'abandon des Ukrainiens. La tyrannie de Poutine sous couvert de neutralité et de paix. Fin de citation. Que répondez-vous à Yannick Jadot ?
Je n'ai pas envie de polémiquer avec eux. C'est tellement excessif, c'est tellement brutal, injuste. Madame Hidalgo m'a même traité d'agent de Poutine. Bon, je pense que quand on en est là, ce n'est plus de la discussion politique. Il y a une discussion géopolitique. Moi, je comprends. Monsieur Jadot, je ne lui en veux pas. Ça fait partie du débat public. Elle est alignée sur les États-Unis d'Amérique, quoi qu'il arrive. Je vais vous en donner un exemple. Quand il y a eu un coup d'État en Bolivie, il y a eu un vote au Parlement européen. Bon, contre le coup d'État. Il ne vote pas. Pourquoi ? Parce qu'il suit l'argumentaire des Nord-Américains, d'après lequel le pouvoir de M.
Morales, blablabla. Il a le droit. Mais je pense que ça ne donne pas le droit d'insulter les autres. Moi, je n'ai aucune raison d'être partisan de M. Poutine. Je vais ajouter une chose. Il était autrefois responsable à Greenpeace. Lorsque Greenpeace a fait une action, par ailleurs discutable, enfin, moi, c'était sympa, ils ont attaqué une plateforme de pétrole, une prospection de pétrole. Bon, tout le monde a été arrêté, et on a été quelques-uns intervenir pour dire relâchez-les, donc ma mère et moi. C'était une opération de Greenpeace. Donc, ce n'est pas juste de caricaturer les autres pour créer une ambiance effroyable.
Supposez que je sois au deuxième tour, parce que c'est ça le fond de l'affaire, et c'est ça qu'ils espèrent empêcher. Alors, qu'est-ce qu'ils vont dire ? Ils vont dire, ah bon, on ne peut pas voter pour ce gars, parce qu'il est pour Poutine, je ne sais pas quoi. Dans le cas de la Syrie, je termine rapidement, je passe mon temps, je n'ai pas envie de le faire, c'est pour ça que je ne veux pas le faire, parce que je passerai mon temps à démonter des accusations absurdes.
À l'époque, j'avais dit que j'étais content de ce qu'avaient fait les Russes, parce qu'ils avaient coupé les voies qui faisaient passer l'essence entre la Turquie, et c'était les opposants turcs qui sont mes amis, qui sont en prison, qui dénonçaient le trafic de pétrole, et j'avais dit, ils ont fait le travail là-dessus. On ne va pas refaire le match, Jean-Luc Mélenchon,
parce que vous avez été largement questionné sur ça.
Non, mais pardon, c'est vous qui venez de rappeler ça, comme si c'était une évidence, comme si, en effet, puisqu'il l'a dit, c'est vrai, et bien non, ce n'est pas vrai. Et donc, je demande qu'on réfléchisse à l'intérêt qu'il y a à cesser ce type de polémique, parce que si j'arrive au deuxième tour, et bien, il va bien falloir qu'on se regroupe, je n'imagine pas que M. Jadot va dire « j'en ai rien à fiche de savoir si le président qui suit veut interdire les glyphosates ou pas, pour ne prendre que cet exemple, ou interrompre le nucléaire ou pas. »
Alors, sur le nucléaire, précisément, c'est un sujet sur lequel la guerre en Ukraine change peut-être la donne. Dans votre programme, vous expliquez vouloir sortir à 100% du nucléaire en 2045, dans un peu plus de 20 ans, être donc à 100% d'énergie renouvelable. Au-delà de la faisabilité, qui est un vrai sujet, est-ce que la guerre d'Ukraine ne nous dit pas que nous avons encore vraiment besoin du nucléaire ? Et qu'il vaut mieux, c'est la question que je vous pose, le nucléaire que la dépendance au gaz russe ?
Alors, on pourrait traiter la question en tranche, mais on va commencer par le danger nucléaire. 20 ans, ce n'est pas beaucoup, c'est beaucoup. Donc, si on peut faire en plus vite, je le ferai. Pourquoi ? Parce que le nucléaire est un danger. Et voilà ce que la guerre d'Ukraine nous a rappelé. Et ne serait-ce que les mêmes personnes qui parlent de se réarmer, de faire face, de tout ce vocabulaire de « va-t'en-guerre » ne se posent pas la question de savoir, quand on est un pays comme la France, un des plus nucléarisés du monde, et qu'on a 50 réacteurs nucléaires sur notre territoire, qu'un coup au but, on verrait notre pays dans le néant.
Je veux dire, un coup sur la centrale de nos gens, et c'est fini. Bon, donc...
Donc, si vous pouvez aller plus vite que 20 ans, que le scénario néga-watt que vous aviez retenu, si vous pouvez sortir totalement du nucléaire d'ici 10-15 ans, vous le faites ?
Oui, bien sûr. Et je pense que nous avons les énergies alternatives pour le faire. Regardez les Allemands, dont on a dit tant de mal. Hier soir, il y avait un magnifique reportage sur Arte, qui montrait comment ils s'en sont sortis. En plus, le gars qui était là se fichait de nous, en disant, ben nous, on aura pris la décision pour l'avenir par les Français. Et ils sont arrivés à compenser par les énergies alternatives, le parc nucléaire, et même le parc de charbon.
Et le gaz, c'est du coup leur dépendance au gaz.
Alors, ils sont dépendants au gaz, mais que le gaz soit russe ou qu'il soit américain, permettez-moi de vous dire qu'ils ne sont pas meilleurs. Parce que le gaz américain, c'est du gaz de schiste. C'est-à-dire d'une exploitation qui est interdite en France, parce qu'on la considère comme écocidaire, c'est-à-dire comme étant un crime irréversible contre la nature. Et je ne vois pas quel avantage on a à être moins dépendant du gaz russe, en étant plus dépendant du gaz nord-américain. Le mieux est d'être dépendant de rien du tout, et donc de s'occuper soi-même de produire son énergie propre. Et ça, c'est ma ligne politique.
Et je trouve incroyable que des écologistes puissent trouver plus sympathique le gaz de schiste que le gaz russe, parce qu'il est russe ou qu'il est américain. La vérité, c'est que le gaz est une énergie fossile, et qu'il faut y renoncer.
France Inter, il est 8h38, et c'est la suite de cette matinale spéciale avec Jean-Luc Mélenchon. Et désormais, les auditeurs de France Inter, vous avez la parole pour interroger, dialoguer avec Jean-Luc Mélenchon. Alexia est au standard, vous avez la parole en premier. Alexia, bonjour. Bonjour. Vous vouliez poursuivre sur l'écologie ?
Absolument. J'avais une question au sujet écologique, donc pour M. Mélenchon, car Jean-Marc Jancovici a écrit hier, après comparaison des programmes des 12 candidats, que votre programme, M. Mélenchon, était le plus écologiste, et le plus intéressant sur la transition énergétique, ou de moins le moins pire. J'ai donc une autre question... Non, il n'a pas dit le moins pire.
Pardon, il n'a pas dit le moins pire, c'est le meilleur.
Il a dit qu'il est difficile à me satisfaire.
Oui, merci. Allez-y, allez-y. Non mais attendez, je défends mon point de vue, ça ne va pas plus loin. Allez-y, allez-y.
Vous connaissez M. Jancovici, il est difficile à satisfaire. J'ai donc une autre question sur le sujet écologique. Quelle est votre position exacte, et quelles réformes concrètes est-ce que vous seriez prêts à prendre au sujet de la chasse, M. Mélenchon ?
Sur la chasse, donc. Jean-Luc Mélenchon vous répond, Alexia.
Alors, c'est un sujet dont moi, je n'étais pas l'expert, je l'avoue très humblement, mais plusieurs de mes proches le sont, et ont attiré mon attention sur tous les aspects contre-écologiques de la chasse. Par exemple, le fait que juste la chasse répande 8000 tonnes. C'est incroyable, hein ? Le plomb dans la nature, qui est horriblement polluant. Et puis après, il y a le concept même. Cependant, sur lequel on peut discuter, quel est le sens au XXIe siècle d'être, de chasser ? J'ai des parents qui chassent, alors on évite de s'engueuler, hein ? Donc j'ai compris qu'il fallait procéder d'une manière rationnelle, comme toujours sur les sujets qui déclenchent des passions, et celui-ci en est un.
D'abord, parce que c'est ancré dans la profondeur de l'histoire de France, le droit de chasse du paysan, c'était contre le seigneur, donc moi, la révolution, vous savez que c'est ma patrie, la révolution de 89. Mais, je suis pour les choses suivantes. Il y a un conflit d'usage. D'abord, un, sur les animaux, je dis que moi, je ne suis pas chasseur, et je ne recommande pas de lettres. Deuxièmement, il y a des formes de chasse que je trouve particulièrement cruelles, dites traditionnelles, le mot est joli, mais quand même, la chasse à la glu, vous m'excusez, mais je ne vois pas très bien en quoi c'est de la chasse, et en quoi ça mérite qu'on ne l'empêche pas.
Et puis après, il y a les conflits d'usage. Donc déjà, je suis pour qu'on arrête de chasser pendant les week-ends et les vacances scolaires, parce qu'il y a du monde partout.
Comme Yannick Jadot.
Bon, tant mieux. Je pense que d'une manière générale, tous nous défendons cette idée, parce qu'elle nous paraît être un moyen terme.
Le président des chasseurs annonce ce matin qu'il soutient Emmanuel Macron, et qu'il veut, visiblement, il le dit nettement, faire barrage à Marine Le Pen et à vous-même, Jean-Luc Mélenchon, car il vous juge trop proche des animalistes. Ben, c'est pas une injure d'être proche des animalistes,
je suis très fier. Il y a dans le Parlement de l'Union Populaire Amérique Caron et ses amis, je pense qu'ils nous apportent beaucoup, on n'est pas d'accord à 100%, c'est la raison pour laquelle ils ont leur propre parti, mais ils nous influencent, ils pèsent sur nous, maintenant il n'y a plus un discours où je ne parle pas de la condition des animaux.
Donc ça ne vous gêne pas que le président des chasseurs dise Mélenchon, c'est l'ennemi ?
Non, non, non, je préfère être accusé d'animalisme que de cruauté ou d'indifférence à l'égard de la nature. Mais j'ajoute une chose, le président des chasseurs a bien le droit de dire ce qu'il veut et de voter comme il veut, mais pour autant, je ne crois pas qu'il puisse dire que les chasseurs sont pour voter pour M. Macron. Je connais des chasseurs, beaucoup de chasseurs, quelques chasseurs, qui eux vont voter pour Jean-Luc Mélenchon. Voilà, ça existe aussi. Si vous voulez, la chasse n'est pas un parti politique, c'est une activité. Ça me paraît absurde de la colorer politiquement.
On est au standard maintenant avec Lucie, bonjour, de Vincennes. Lucie, vous êtes là, on vous écoute, bienvenue.
Bonjour à tout le monde. Voilà, je voulais aborder le sujet des déserts médicaux. Je crois que c'est vraiment un des sujets qui est au programme de Jean-Luc Mélenchon. Je crois que c'est un des seuls. Et d'ailleurs, j'aurais souhaité qu'on l'interroge plus souvent sur le sujet. Il n'est pas suffisamment mis en exergue.
Allez-y, Lucie. Donc la question... Tous les candidats parlent de déserts médicaux, madame. Tous les candidats ont dans leur programme...
Ah, heureusement, dis-vous-en, madame Chalamet, parce que là, sinon, ça aurait pu être un compliment pour moi. Oui, prenez le compliment,
mais vous n'êtes pas le seul à parler de déserts médicaux. Je suis garant de la parole de Lucie, allez-y.
Ma question, donc, mes parents ont plus de 80 ans, ils habitent dans une petite commune dans le Gard. Leur médecin traitant généraliste vient de partir, parce qu'elle ne fait plus face au nombre de personnes. Ma mère, elle arrive à midi, elle sort à 4 heures, à 16 heures. Donc, elle a tenté maintenant... Elle se retrouve sans médecin. Elle a tenté de trouver un autre médecin. Elle se heurte à des refus. Ils ne prennent plus de casse-en-pêle. Ils en ont suffisamment. Et donc, voilà, elle a plus de 80 ans. Elle marche avec des difficultés. Bref, tout ce qui est lié à des pathologies de sanglages. Et comment on fait ? Et qu'est-ce que vous comptez faire, M. Mélenchon, sur le sujet ? Merci.
Merci, Lucie, pour cette question. Jean-Luc Mélenchon vous répond assez rapidement pour qu'on puisse donner la parole à d'autres auditeurs.
D'accord, mais... Non, mais attendez, c'est un problème compliqué. On va répondre en deux secondes. On va arranger ça. J'ai dit assez rapidement. Non, mais ça va, vous n'êtes pas obligé de dire chaque fois que je vous la bouge. J'ai dit assez rapidement. Vous ne pouvez pas vous taire un peu, ça me laissera du temps. Je vous en prie, allez-y. Bon, enfin, c'est incroyable, ça. Allez-y. Non, mais je... Comprenez que c'est compliqué. Vous ne réglez pas ça d'un claquement de doigts. Bon, nous avons d'abord une situation d'urgence. Alors ça, ça ne peut pas attendre. Voilà. On a aujourd'hui, comme quand on parle, là, moi, j'ai découvert ça en préparant mes entretiens.
13 départements où il n'y a pas de gynécologue. Qu'est-ce que vous en pensez ? Nous sommes en France. C'est la cinquième puissance du monde. On n'a pas de gynécologue dans 13 départements. Et là, vous avez des situations, comme décrit Madame, qui est... C'est terrible. C'est maintenant qu'il faut faire. Alors, déjà, dans l'urgence, il faut qu'on organise des permanences médicales et en tour de rôle. Là où il y a des médecins en nombre, et encore, il n'y en a pas tant que ça, parce que même en milieu urbain, vous avez des aires médicaux, il faut qu'ils organisent des tours de rôle. On va voir. Il y a des départements où ça se fait, et où c'est très réussi. Je l'ai vu pratiquer dans le pays.
Donc ça, c'est la solution court terme. Solution moyen terme, il faut d'urgence augmenter le nombre de places d'accueil dans les facs de médecine, parce que maintenant qu'on a enfin enlevé ce numerus clausus absurde qui limitait le nombre de médecins, il faut maintenant être capable d'accueillir, sinon on n'a rien fait. Donc c'est urgent. Là, je voudrais entendre cette année, M. Macron, combien il a prévu d'ouverture de places. Pour qu'on forme des médecins, il en faut beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et puis, il faut revoir le déroulement des études médicales pour que, en quelque sorte, l'alternance entre le terrain et la fac puisse s'organiser quasiment depuis la première année.
Et je pense que ça, je résume, parce que moi, il m'a demandé d'être rapide, il ne faut pas croire, j'essaie quand même de le faire.
Stéphane, au standard, Stéphane, qui nous dit qu'il est communiste. Bonjour, bienvenue.
Bonjour, Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. Ma question est simple. Comment pouvez-vous me convaincre de voter pour vous dès le premier tour ? Merci, Stéphane.
En faisant confiance à ton intelligence, je me permets de te tutoyer, comme on l'a toujours fait. Chacun réfléchit et tâche d'agir pour le mieux pour son pays. Si j'avais un argument, c'est que nos programmes sont extrêmement proches, bon, il y a évidemment, alors sur la viande, on ne dit pas pareil.
Sur le nucléaire.
Sur le nucléaire, on avait trouvé un mode de règlement, j'ai proposé à Fabien de revenir là-dessus, qui était de faire un référendum sur le nucléaire. Moi, je n'ai rien contre faire ça. Je suis contre, je défendrai ma position. Et je sais que toutes les familles politiques sont partagées sur la question du nucléaire. Vous avez des gens de droite qui sont contre le nucléaire, bref, il y en a partout. Alors, donc, on pourrait faire ça. Et puis, le dernier élément, c'est que, dis donc, le vote utile, ça n'a jamais été notre argument. Donc, moi, je ne vais pas l'utiliser. Je ne vais pas dire, le vote est inutile si vous votez pour Fabien Roussel.
Mais ce que je peux dire, c'est que si vous votez pour moi, c'est le vote le plus concret, pas seulement pour un programme, mais pour éliminer l'extrême droite dès le premier tour.
Alors, Jean-Luc Mélenchon, notre temps est écoulé selon l'ARCOM, mais on va quand même prendre, si vous acceptez, 10 secondes. Réponse vraiment courte. À qui vous penserez en premier si vous êtes élu le 24 avril à 20h ?
À mes pauvres parents, et plus encore aux pauvres qui ont constitué l'essentiel de ma famille, pieds noirs, partis du fond de l'Andalousie ou de la Sicile, pauvres gens sur leur bourricot. On leur avait dit, la vie va être formidable. Et eux se sont saignés au quatre veines. Et me voilà, moi, Mélenchon, devant vous, à vous proposer de représenter la République française.
Et précisément, à quel moment vous vous êtes-vous dit pour la première fois, je veux devenir président de la République ? Jamais.
Si vous voulez, je suis un citoyen engagé, alors je n'ai pas ce genre d'obsession. Je voulais être utile. J'espère que je le suis en ce moment.
Vous ne faites pas la langue de bois en général, mais là, si.
Quoi ?
Si je n'ai jamais voulu être président.
Non, mais non, je n'ai pas dit ça, mais vous êtes terrifiante, Léa Salamé. Vous faites des résumés. Non, je n'ai pas dit ça. Je dis que, si vous voulez, ça ne m'a pas pris un matin de me dire, tiens, je veux être président de la République. On n'est pas touché par la grâce, c'est un parcours. Alors, attendez, si vous voulez des confessions intimes, je peux vous dire quelque chose. Au bout d'un moment, au bout d'un moment, vous finissez par vous dire, pourquoi il fait ça ? Je ferais mieux. Non, on va faire comme si. Puis après, vous êtes obligés de vous dire, attends, tu n'y es pas, mon gars, il y a une élection. Mais on se prépare intellectuellement. Oui, là, je suis préparé comme jamais.
Je saurais quoi faire.
Allez, la dernière question. La première fois que vous avez voté, c'était pour qui ?
J'ai essayé de réfléchir à ça. Je ne m'en rappelle plus parce que moi, je suis le plus ancien dans cette élection. Donc, j'ai commencé ma vie politique bien avant d'avoir le droit de vote.
Vous ne vous rappelez plus pour qui ? Si, si, si.
Je pense que la première fois, c'était en 1974. J'ai un doute sur est-ce qu'il y a eu une élection en 72, 73. Mais donc, ça serait 74. J'ai donc voté pour François Mitterrand, c'est-à-dire le candidat de l'Union de la gauche.
Jean-Luc Mélenchon, merci d'avoir été à notre micro ce matin. Merci, vous n'étiez pas trop embêtant ce matin. Il est 8... Il est 8... Vous n'arrêtez pas de parler, on n'a pas pu entendre les auditeurs. On a une gommette. Il est 8h48.
France Inter
Jean-Luc Mélenchon