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interviewLe Média· 29 avril 2020 11 min

DÉCONFINEMENT : UN GOUVERNEMENT D'INCOMPÉTENTS IRRESPONSABLES

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Salut à toutes et à tous. Nous sommes le 29 avril 2020, 44e jour du confinement en France, et 12e jour avant le début du déconfinement façon Macron-Philippe. Vous regardez le deuxième épisode de notre module d’actu “L’info confinée”.

Aujourd’hui, nous allons parler du discours d’hier d’Edouard Philippe à l’Assemblée nationale et plus généralement du plan de déconfinement, de l’alerte lancée par l’hôpital Necker de Paris et par le National Health Service anglais au sujet d’une grave infection touchant des enfants souvent testés positifs au COVID-19, d’une enquête assez troublante publiée sur le site du Média au sujet des méthodes de tri de patients COVID à soigner ou à sacrifier mises en place par l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, et du Liban, où une révolte populaire a éclaté en plein confinement. C’est parti. Hier, Edouard Philippe a parlé.

Il a certes annoncé son plan de déconfinement, mais il s’est beaucoup auto-justifié. Essayant à plusieurs reprises de filer la responsabilité d’éventuels problèmes à d’autres, et expliquant que son gouvernement avait fait ce qu’il fallait. Pendant qu’il parlait, devant ma télé et dans ma tête, j’entendais un sample du célèbre Khaled Freak.

Mais c'est pas de votre faute. Mais c’est pas de votre faute. J’ai imaginé Edouard Philippe rêvant que tout le monde l’absolve de toute responsabilité.

Dans le style. Mais c’est pas de votre faute, mais c’est pas de votre faute. La France fait partie du top 5 des pays les plus touchés par le coronavirus dans le monde.

Notre pays est candidat au bonnet d’âne en ce qui concerne l’anticipation de cette pandémie qui était pourtant annoncée. Maintien des municipales, pas de matériel de protection pour le personnel soignant, pas de tests. Mais c'est pas de votre faute.

Mais c'est pas de votre faute. En pleine crise, six Français sur dix affirment très clairement qu’ils ne font pas confiance au gouvernement. Mais c'est pas de votre faute, mais c’est pas de votre faute.

Vous trouvez que j’en fais trop ? Réécoutons un peu notre Grand Vizir. La pénurie de masques, c’est pas la faute de son gouvernement.

Lorsque la crise a commencé, nous disposions d'un stock important de masques chirurgicaux. Important au sens où il permettait de répondre à plus de 20 semaines de consommation normale des services hospitaliers. La production nationale était inférieure à la consommation normale mais complétée par des importations régulières.

Avec l'apparition de l'épidémie en Chine, puis son arrivée en Italie, deux éléments sont apparus clairement. L'importation est momentanément devenue impossible, et la consommation a considérablement augmenté dans des proportions incroyablement supérieures à la normale. Alors, ça vous en bouche un coin, vous les méchants, à toujours vous acharner sur notre gentil Premier ministre qui fait ce qu’il peut… Le pauvre chou.

C'est toujours sur moi que ça retombe les complications. Holàlà, c'est vraiment trop injuste. Sauf que… quand même… Agnès Buzyn, ex-ministre d’Edouard Philippe, disait justement, avant la tornade, qu’elle était prête pour une consommation exceptionnelle.

Dès que l'épidémie a augmenté en Chine nous avons travaillé à avoir des stocks de masques, faire des commandes, vérifier que les services de réanimation avaient le nombre de machines suffisant. Tout cela a été préparé en amont. Le stade 3 est prêt.

Voilà, le stade 3 est prêt. Oui, oui, monsieur Edouard Philippe, vos ministres ne nous disaient pas, comme vous le reconnaissez aujourd’hui, qu’il y avait une pénurie objective de masques. Ils disaient plutôt...

Porter un masque est parfaitement inutile à l'heure à laquelle je vous parle. Personne n'a besoin de porter un masque si un médecin ne vous demande pas d'en porter un. Et vous savez quoi ?

Moi je sais pas utiliser un masque. Je pourrais dire "je suis ministre je mets un masque" mais en fait je sais pas l'utiliser. Donc voilà.

Ce sera difficile de réécrire l’Histoire. Selon Edouard Philippe, de toute façon, ce sont les scientifiques, ces bêtes curieuses de laboratoire, qui changent d’avis comme de chemise. Au début, beaucoup nous disaient que le port du masque en population générale n'était pas nécessaire, que le risque du mauvais usage était supérieur aux avantages espérés.

Et nous l'avons répété, et je l'ai dit. Ils nous disent aujourd'hui, parfois les mêmes, qu'il est préférable dans de nombreuses circonstances de porter un masque plutôt que de ne pas en porter. Il me revient donc de le dire, et de faire en sorte que cela soit possible.

Ben voyons, monsieur le duc de Normandie, vous savez bien vous affranchir des conseils des scientifiques en question quand aujourd’hui ils vous déconseillent par exemple de rouvrir les écoles, non ? Et si vous prononciez un petit mot que même Benjamin Castaldi, vous savez l’ex prince de la téléréalité, arrive à articuler ? Voilà pardon.

Pardon. Je sais, je sais, on peut toujours rêver… D’autant plus que, si l’on en croit Mediapart, pendant la crise sanitaire, les intrigues au sommet continuent; En gros, si Edouard Philippe a annoncé plein de mesures sans les annoncer, a envoyé des signaux contradictoires, a refilé à plusieurs reprises la patate chaude aux maires, aux préfets et aux chefs d’établissement, c’est parce qu’il ne veut pas jouer le rôle du fusible, du gars un peu nul qui a merdé, au profit d’un Emmanuel Macron qui se referait une virginité en le limogeant. Bref.

Bordel. Irresponsabilité. Politique politicienne.

En parlant justement de patate chaude, le retour à l’école à partir du 11 mai en est une. Balancée en direction des travailleuses et travailleurs qui sont aussi des parents d’élèves. Et hier, à l’Assemblée nationale, c’est Jean-Luc Mélenchon qui a mis les pieds dans le plat.

Voici venu le moment des injonctions odieuses. Vous n'avez pas été précis sur ce point monsieur le Premier ministre. Les enfants doivent ils aller à l'école obligatoire le 11 mai ou bien sur la base du volontariat comme l'a dit votre ministre de l'Education nationale.

Parce que ça c'est anxiogène. Des millions de familles se sont dit "qu'est ce que je dois faire ? Qu'est ce que je dois faire ?".

Voilà ce que les gens viennent de vivre. Comment peut on demander aux parents d'évaluer le risque d'exposer leurs enfants au danger. C'est odieux.

D’autant plus odieux qu’hier soir, l’hôpital Necker lançait une alerte. Ces derniers jours, plusieurs dizaines d’enfants, pour la plupart Covid positifs, ont été admis en réanimation dans un état assez grave. Ils présentaient des symptômes inflammatoires proches de ceux de la maladie de Kawasaki, touchant les vaisseaux sanguins, le coeur, les poumons et l’appareil digestif.

Même si en général leur état semble s’améliorer assez vite, ils sont en sérieux péril pendant quelques heures. Avant l’hôpital Necker, c’est le National Health Service anglais qui tirait la sonnette d’alarme à propos du même syndrome. Mais qu’importe, Jupiter a lancé une date.

Tu la connais l'histoire du keum qui tombe d'un building de 50 étages, et à chaque étage pour se rassurer le keum il se répète "jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien". Une autre raison de s’indigner, même si c’est vrai qu’en ce moment ce n’est pas ce qui manque. Sur le site du Média, nous avons publié une enquête assez troublante de notre confrère, le journaliste d’investigation Marc Endeweld.

Il est parvenu à se procurer dans son intégralité une note interne de l’Agence régionale de santé qui apparaît comme un guide pour aider les professionnels de santé à choisir qui prendre en charge et qui sacrifier, dans le contexte d’hyper-engorgement des services de réanimation suite au coronavirus. Je l’ai contacté pour qu’il nous fasse un petit pitch. C'est une note datée du 19 mars, de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France.

Elle fait 8 pages, ce sont des recommandations régionales sur les décisions d'admission des patients en Covid-19. Et d'emblée, le décor est planté, on parle d'un équilibre rompu, d'un état d'exception. La froideur des propos frappe le lecteur.

On parle également de "priorisation des patients" en fonction de différents critères et notamment en fonction du critère de l'âge. Il est clairement explicité que l'âge est particulièrement à prendre en compte pour les patients covid. En d'autres termes, les patients de plus de 70 ans sont à mettre en priorité vers des services de soins palliatifs et non de réanimation.

Il est également explicité dans la note, de la nécessité pour les équipes médicales de sortir un patient déjà en réanimation pour faire une place. Donc la question du flux, et des capacités des services de réanimation sont mis en avant dans la note. Et donc explicitement, on met en balance l’avis de patients, leur fragilité éventuelle, et la capacité des services.

Tout cela va à l'encontre bien évidemment de la communication gouvernementale à la même époque parce qu'on se rappelle alors le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, expliquait que tout était alors sous contrôle. On le verra par la suite, malheureusement, ce n'était pas du tout le cas. Bien entendu, pour en savoir plus, rendez-vous sur le site lemediatv.fr.

Le lien précis vous sera donné dans la description de cette vidéo. Un peu d’international avec le Liban, où une révolte populaire a lieu, en dépit du confinement. Les images qui nous parviennent sont assez frappantes.

On voit des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre. Les banques sont attaquées, alors que la monnaie nationale ne cesse de dégringoler. Au Liban, le Covid-19 a occasionné 24 décès sur 710 cas recensés, mais le confinement a aggravé les effets d’une crise économique qui avait déjà entraîné des semaines et des semaines de manifestations dans les rues fin 2019-début 2020.

La colère populaire est alimentée par la corruption et l’incompétence des élites politiques locales. Assez vite, je voudrais vous signaler cet article du journal en ligne engagé de Montpellier, Le Poing, qui relaie la campagne de la section locale du Collectif droit au logement, appelant à la grève des loyers au foyer “les lavandins”, géré par le bailleur social Adoma. Ce foyer est laissé dans un état insalubre, selon le DAL, il est surtout occupé par des anciens, des retraités d’origine maghrébine venus il y a très longtemps travailler en France.

Et en Occitanie, la bataille est ouverte contre le Macronavirus. Tout était parti d’une petite banderole sur le portail d’un logement, comme le résumait le 25 avril le JT de l’antenne régionale de France 3. Les deux banderoles étaient fixées depuis un mois sur la façade de cette maison.

L’une venait en soutien au personnel soignant, l’autre à connotation politique a poussé les autorités à intervenir. Après avoir obtenu le retrait de la banderole, les forces de l’ordre sont venus remettre à l’un des colocataires une convocation au commissariat. Finalement, la jeune femme passera quatre heures en garde à vue au motif d’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Elle ressortira libre, mais de possibles convocations planent également sur ses autres colocataires. Depuis, par solidarité, les banderoles du même type fleurissent et les convocations policières aussi. Voilà, c’est fini pour aujourd’hui.

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A plus.