« Je suis fille d'immigrés » : Prisca Thévenot répond à Bruno Retailleau et exclut toute alliance
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Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
Toujours avec Joseph Masses Caron, avec Jean-Michel Salvatore et notre invité Prisca Thévenot, député ensemble pour la République des Hauts-de-Seine et surtout soutien de Gabriel Attal. Dans cette course à la présidentielle, alors je le disais tout à l'heure en première lors du débat, on a vu les différents présidentiables arriver sur la piste, j'allais dire, ou sur le cours de tennis du MEDEF à Roland-Garros. Et donc, partie par partie, on a vu effectivement les uns et les autres arriver. Et puis, certains d'entre nous sont intelligents, c'est à la fois Édouard Philippe et à la fois Gabriel Attal pour ce qu'on appelle le bloc central. Est-ce que c'est une opposition farouche ?
Est-ce que les comités de liaison dont on nous a annoncé l'existence fonctionnent ? Et qu'est-ce qui prend du coup Gabriel Attal de dire à Édouard Philippe qu'il a des idées d'il y a 20 ans ?
Vous conviendrez quand même que s'ils ne sont pas des ennemis politiques, des opposants politiques, il existe des différences notables entre les candidatures d'Édouard Philippe et de Gabriel Attal. Sur le fond, sur le positionnement et sur le tempérament. Sur le fond, je pourrais citer par exemple la réforme des retraites. Édouard Philippe est pour une retraite à 67 ans. Nous sommes pour refonder globalement le système avec un système universel, sans âge et une part de capitalisation. Sur le positionnement aussi, Édouard Philippe se positionne et le dit assez simplement qu'il parle essentiellement à la droite. Nous assumons de vouloir rassembler largement.
Et puis sur le tempérament, effectivement, Édouard, c'est ainsi, c'est les tempéraments qui sont différents. Il a déclaré candidat depuis maintenant deux ans et c'est vrai qu'il lance maintenant officiellement sa campagne. Quand nous, ça fait trois mois qu'on est annoncés et que Gabriel a sillonné toute la France tout l'été pour battre le terrain sur le fond des idées. Donc oui, il y a quand même des différences notables. Maintenant, ça n'enlèvera en rien, excusez-moi Pierre, ça n'enlèvera en rien pour répondre totalement à votre question, que face au duel RN et LFI annoncé par les sondages encore récemment, il va falloir qu'on puisse se rassembler. Et se rassembler, ça s'organise.
Ça ne s'organise pas simplement par invocation, pas en faisant des tribunes dans tous les sens, etc. Ça s'organise et donc il y a un comité de liaison qui a été mis en place avec l'ensemble des familles politiques que je viens de vous citer, UDI aussi, le parti radical aussi, le Modem aussi. Ils se réunissent tous les mois. La prochaine réunion, ça sera le 9. Mais c'est important de se parler aussi.
Non mais c'est suffisant, tous les mois, alors qu'on a deux candidats qui font, comme vous le dites très justement, campagne à part mais parfois à contre-courant. Regardez Edouard Philippe qui répond à Gabriel Attal sur les critiques.
Je rassemble et je veux rassembler l'ensemble de ceux qui s'inscrivent dans ce champ politique de la droite et du centre. Et je réserve mes traits, mes bons mots, mes critiques pour ceux qui sont des adversaires politiques. Mais Gabriel Attal, c'est un responsable politique. Dans responsable politique, il y a politique et puis responsable. Moi, j'appelle tout le monde à faire preuve de responsabilité. Je ne critiquerai pas des concurrents qui sont légitimes, qui ont du talent, avec lesquels je m'entends bien et qui, à mon avis, n'apporteront rien s'ils ne se concentrent pas sur ce qu'ils proposent aux Français. Et ils ont parfaitement raison de le faire.
Et dans la critique de ceux qui sont nos adversaires, c'est-à-dire à l'extrême gauche, à l'extrême droite et parfois dans une gauche qui s'allie avec M. Mélenchon.
Le fair play. Déjà, pour plus de clarté, vous conviendrez, Priscatevino, qu'on aurait mis à avoir un seul candidat du centre. Et d'ailleurs, à chaque fois que je reçois un responsable politique du Bloc Central, il me dit « Premièrement, on aurait préféré en avoir un seul et pas deux, ou peut-être même davantage. Et deuxièmement, quand on nous annonce une clarification entre novembre et février, c'est très tard. » Là, en plus, avec les critiques, ça fait beaucoup.
Je vais le dire sur ces personnalités du Bloc Central. Donc, j'entends de Renaissance ou d'Horizon qui pourraient avoir ces mots-là. Je ne sais pas qui sont ces personnes, mais je vous crois.
Sylvain Maillard, par exemple.
Bon, Sylvain Maillard, je vais le dire assez simplement, Sylvain Maillard est un député Renaissance, un ancien président de groupe Renaissance d'ailleurs. Et il le sait très bien, puisqu'en bureau exécutif, ça a été décidé, chez nous, mais j'imagine aussi chez Horizon, que nous avons confié la tâche de l'union et du rassemblement à un comité de liaison. Pour Renaissance, c'est le numéro 2 du parti, Franck Riester. Pour Horizon, c'est M. Béchut. Et donc, une fois qu'on a accepté ça, on leur dit « avancez pour nous et travaillez pour nous ». Et c'est ce comité de liaison qui a très simplement dit que l'échéance serait fin d'année, début d'année prochaine.
Donc, je veux bien, mais vous savez, dans une organisation, vous êtes ici dans une entreprise, il y a une organisation, on la respecte. Et c'est ça aussi. Maintenant, le temps du rassemblement et de l'union sera en fin d'année, début d'année prochaine. Là, le temps qui est devant nous, c'est le temps des projets et du débat. Je suis désolé, sur ces mêmes plateaux, il y a maintenant 5 ans, on se disait qu'on n'avait pas pu avoir une campagne des présidentielles sur le fond du débat, puisque nous avions l'agression russe en Ukraine. Nous avons la chance d'avoir une campagne qui va avoir lieu sur le fond.
Alors, plein d'idées, on en a cité quelques-unes tout à l'heure du RN et de l'LFI, mais en dehors de ces deux familles politiques-là, il y en a d'autres. Je vous le disais sur la réforme des retraites, je vous le disais sur les finances publiques, on parlait d'école, on peut parler de climat, on peut parler d'eau, tout ça. Parlons-en clairement, allons-y.
Ben, confrontons, confrontons alors.
Et ce n'est pas faire des petits mots et des petites phrases, c'est parler du fond.
Puisque c'est du fond, confrontons, et puis j'en appelle par votre intermédiaire, réunissons Edouard Philippe et Gabriel Attal sur cette antenne, et qu'ils viennent débattre. Joseph Massescaon.
Comment va se faire alors, comment allez-vous vous départager ? Parce que c'est là la question, in fine. Je vois bien qu'il y a un débat d'idées, je vois bien, et je vois bien, il faut être absolument honnête, que Gabriel Attal donne un certain nombre de positions qui sont originales par rapport à Philippe.
Gabriel Attal a appelé à un vote.
Qu'il s'agisse du quota sur l'immigration, par exemple, qui le différencie d'Édouard Philippe. Il y a plein de sujets qui, objectivement, le différencient d'Édouard Philippe. Mais ce que je voudrais savoir, c'est comment va se faire le partage entre eux ? Est-ce que vous pensez que ça va être, par la force des idées, les sondages ? Les sondages vont bouger ? Est-ce que c'est les sondages qui vont...
Ben ça, c'est vraiment le travail du comité. La première, il n'y a pas le temps. Ah oui ? Ben ça, c'est vraiment le sujet. Ben non, on est fermé à aucune possibilité pour se départager et faire cette union et ce rassemblement. Ben non, c'est vraiment, encore une fois, la mission de ce comité de liaison. C'est pas à moi, après ce qu'il y a été venu là sur Renaissance, de le dire. Parce que là, mes amis, pour le coup, d'Horizon, diraient, mais dis donc, oh, tu peux respecter l'instance qu'on a mis en place ensemble. L'UDI dirait la même chose, le Parti Radical aussi, le Modem aussi.
C'est une trop bonne élève.
des organisations et des hiérarchies qui sont mises en place au sein des instances. Et donc, quand je ne suis pas contente ou quand j'ai mon mot à dire, ben je le dis au sein des instances qui existent. Et en l'occurrence, là, moi, je suis membre du bureau exécutif de ma famille politique. J'ai accepté la mise en place de ce comité de liaison. Donc, j'en respecte la mise en œuvre et le calendrier.
Donc, les sondages ont franchi...
Pas forcément que le sondage, on verra. Il se revoit dans les prochains jours.
Jean-Michel Salvatore.
Alors, sur la ligne, je voudrais vous interroger parce que, bon, on voit bien qu'Edouard Philippe, lui, se revendique de droite. Il l'a encore redit ce week-end face à François Hollande. Il se revendique de droite, mais il veut faire alliance avec le centre. Comment vous pourriez définir la ligne de Gabriel Attal ? Est-ce qu'il est de centre-droit ou est-ce qu'il est de centre-gauche ?
C'est surtout... Alors, c'est vrai, vous avez raison. Edouard Philippe se définit et dit vouloir essentiellement, presque uniquement, parler qu'à la droite, aux électeurs de droite. De droite, pardon. Nous, on se définit avec Gabriel Attal et vraiment dans la démarche, dans une démarche de rassemblement et une volonté d'action. Parce que ce que vous disiez tout à l'heure, Joseph-Massassarou...
Non, mais pour gagner, il faut être plutôt central ou il faut être plutôt déporté vers la droite ?
Il faut surtout vouloir montrer qu'on veut réellement changer les choses et qu'on veut vraiment bouger. Faire en sorte que la France redevienne une puissance, fière d'elle et capable d'imposer sa voix dans le monde. Tout le monde veut le faire. Et ça, je le dis. Oui, mais il y a des façons de faire différentes. Et c'est là que c'est intéressant, de pouvoir confronter les idées, confronter les positionnements et les tempéraments. On le disait, par exemple, prenons le cas de l'immigration. Sur l'immigration, on pourrait dire, oui, il faut être plus ferme, il faut être plus fort, il faut être plus tranchant et plus dur. Ok, mais concrètement, ça veut dire quoi ?
Eh bien, concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire dérouler une feuille de route et une possibilité d'arriver à nos objectifs. Avec revoir complètement la philosophie, c'est-à-dire privilégier l'immigration économique de travail, à contrario du regroupement familial, mettre en place des quotas, discuter avec les secteurs privés, notamment au travers des partenaires sociaux, et mettre en place de ce fait-là un débat au Parlement pour déterminer des quotas, comme ça peut être fait au Canada. Donc, sur ce sujet, vous vous trouvez plus à droite qu'Édouard Philippe, de facto. Je ne sais pas si je me trouve plus à droite.
La dernière fois qu'on a eu des quotas, c'était sous bris-sorte-feu.
Je vais vous le dire, moi, je me trouve plus concrète, en fait. Parce que c'est bien de parler d'un diagnostic et de poser un diagnostic. Ça, je peux le faire pendant 4 heures avec vous, et on le débattra pendant longtemps. Oui, on sait le faire. Mais, je veux dire, après, c'est l'étape d'après. Et comment on fait ? Et comment on fait ? Eh bien, on regarde la réalité des choses, on regarde effectivement aujourd'hui, eh bien, l'immigration est surtout tournée vers le regroupement familial, et que ce n'est pas quelque chose que nous souhaitons. Nous voulons plutôt qu'elle se tourner vers l'économie, et on regarde ce qui se fait ailleurs, et qui peut être juste mis en place dans notre pays.
Est-ce que les centristes ne seraient pas là pour vous départager tous ? Hervé Morin était l'invité de la grande interview ce matin sur CNews et sur Europe 1. Le président de la Normandie a plaidé pour une charte de la primaire de la droite et du centre.
La primaire, ça va permettre à 5, 6, 7 millions de Français de venir voter, d'écouter tous ces candidats qui sont dans cet arc, et de se dire, tiens, celui-ci, il a un projet, mais plus que ça, il a un caractère, un caractère. Il a une personnalité, il a la densité, parce que dans l'État où est le pays, il va falloir quand même quelqu'un qui soit solide.
Il a raison sur ce point-là, Hervé Morin, c'est-à-dire qu'on voit tous les aspects d'un candidat potentiel dans un débat, ça marche aussi pour les débats télévisés. Moi, ce que je regrette, c'est pourquoi est-ce que, et c'est une question que je posais l'autre jour à Sylvain Maillard, pourquoi est-ce qu'on me dit, et à Patlui, la primaire, c'est trop tard, on n'a pas le temps de l'organiser ? Est-ce que c'est si compliqué que ça ?
Non, je vous le dis encore une fois, on n'est fermé à aucune des possibilités de départage pour pouvoir faire l'union in fine. Maintenant, le sujet de la primaire pose des questions qui ne sont pas rédhibitoires. C'est sur quel périmètre, par exemple ? Certains veulent une primaire allant jusqu'à Saracnafo, d'autres... Pas vous ? Non, je veux dire, vous savez, quand vous rentrez dans une primaire... Oui, je vous le dis, pourquoi ? Et je vous explique pourquoi.
Parce que quand on accepte de faire une primaire, c'est-à-dire qu'on accepte que si son candidat, en l'occurrence, moi, Gabriel Attal, ne remporte pas cette primaire, mais que quelqu'un d'autre la remporte, pardon, excusez-moi, et en l'occurrence, si vous me dites que Saracnafo est dedans, moi, je ne me vois pas distribuer des tracts pour Saracnafo et les idées d'Éric Zemmour. Enfin, je veux dire... Et Bruno Retaillot ? Ben, c'est pareil ! Enfin, je suis désolée, je ne renie rien de ce que je suis.
Parce qu'il a été un peu, à un moment donné, dans le Banque Centrale.
Mais je vous le dis assez simplement, je suis une Française fière... Ça ne veut pas dire qu'il a été dans le Banque Centrale. Je suis une femme, une mère, une Française fière de ce qu'elle est et de ce qu'elle a pu être grâce à la République et grâce à mon pays. Et je ne renie en rien que je suis une fille d'immigré. Et quand j'ai Bruno Retaillot, qui explique que l'immigration, point, sans la qualifier, n'est pas une chance pour le pays, franchement, pardonnez-moi, je ne vais pas aller tracter pour quelqu'un qui m'insulte.
C'est une... C'est bon. Jean-Michel, n'a pas le temps.
Et qu'est-ce qui se passe ? Et qu'est-ce qui se passe si Edouard Philippe se rapproche de M. Retaillot ? Est-ce que ce n'est pas pour vous le scénario noir, en fait ? Parce que ça va vous marginaliser. Et là, il y a véritablement... C'est une option, c'est possible.
On vous l'a dit, je pense, en début d'interview, je vous le redis, il n'y a pas de souci. Je soutiens Gabriel Attal, donc je ne vois pas quel est le problème pour moi.
Ça vous cornerise, d'une certaine façon. Si vous avez une alliance entre la droite et le centre, ça vous enlève beaucoup d'espace. Surtout si il ne luxe pas des candidats entre nous.
Non, mais c'est vrai qu'il y a un sujet à droite, en tout cas les candidats de droite, pas les électeurs, ni les idées, c'est qu'il y a énormément de candidats. Vous avez Bruno Retaillot, qui est le candidat officiel DLR. Vous avez... David Klicnard. Vous avez Edouard Philippe, qui parle essentiellement, et qui en tout cas assume d'être un candidat sur ce positionnement-là.
Et qui agrège des personnalités, des ministres notamment du gouvernement.
Qui venait de l'UMP, exactement. Donc ça pose une question sur le positionnement de ces candidats-là. Maintenant, vous avez bien compris qu'on était, nous, avec Gabriel Attal, sur une démarche de rassemblement. On ne peut pas tous les jours dire que le pays a besoin d'unité, a besoin de se rassembler, et vouloir parler qu'à un segment précis de la société.
Eh bien voilà ! Tout à l'heure, Jean-Michel, vous posez la question, est-ce que c'est mieux d'être centre-droit ou centre-gauche ? Vous avez répondu. 19h44, merci Prisquet-Evnaud. Une pause, le rappel de l'actualité, on revient dans un instant sur Europe 1. A tout de suite.
18h, 20h, Europe 1 soir, Pierre de Villeneuve.
Prisca Thevenot