Anasse Kazib, cheminot SUD Rail, affronte Eric Brunet au micro de RMC
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Anas m'appelle d'Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. Bonjour Anas. Bonjour Eric.
Ça ne va pas être le même tabac, Anas, ça ne va pas être le même tabac, parce qu'il est délégué Sud Rail SNCF, Anas. Il ne va pas être sur la même ligne. Il n'y a pas ce matin de soleil pour nous sauver, en tout cas, quand on vous entend.
Moi, je suis heureux de vous avoir, M. Brunet, parce que moi, je me rappelle, je vous avais eu en 2014 concernant la réforme ferroviaire, et je me rappelle une phrase que vous m'aviez dit. Vous m'avez dit, mais Anas, pourquoi vous faites grève ?
Le statut des cheminots est intouchable. Et puis, on voit tout de suite, 4 ans après, que tout le monde est pris d'une sorte de schizophrénie, en fait, où on voit que, étape par étape, on avance le rouleau compresseur, et ça, les cheminots, ils le savent. Donc oui, déjà, point par point, ce que vous êtes en train de dire.
Et Anas, le statut des cheminots, il n'est pas encore modifié. Il n'est pas encore modifié. M.
Brunet, c'est simple. Aujourd'hui, les agents qui sont au statut des cheminots, ils cotisent à la caisse de prévoyance et de retraite des cheminots. Et puis, demain, l'ensemble des salariés qui vont arriver à la SNCF sont au titre de contractuel, c'est-à-dire cotisant du régime général à la sécurité sociale.
Dites-moi, j'ai 31 balais. Qui va payer ma retraite demain dans 20 ans ? Mais vous, vous n'êtes pas menacé, Anas, puisque ce sera pour les futurs...
M. Brunet, M. Brunet, il n'y a pas besoin d'avoir fait maths-sub ou maths-pé.
C'est-à-dire, moi, je suis en train de vous dire, j'ai 31 ans. Donc moi, j'ai 41 annuités à compléter. C'est tous ceux qui viennent derrière moi, tous les jeunes, mais je suis jeune encore, mais tous ceux qui ont 20 ans, 25 ans, aujourd'hui, cotisent à la sécurité sociale.
Demain, qui va payer, moi, ma retraite, sachant que je suis au statut des cheminots ? Donc on sait très bien...
Les salariés du privé, hein ? Bah non, non, les salariés du privé...
Mais si, mais si. M. Brunet, on a toujours été là pour les cheminots, vous savez.
Faites pas semblant, M. Brunet, vous savez très bien que les salariés de la sécurité sociale, on paye aujourd'hui pour les pensions de retraite du mois d'avril. C'est-à-dire que toutes les cotisations salariales de l'ensemble des salariés qui cotisent à la Sécu payeront les pensions de retraite du mois d'avril.
On ne met pas notre argent sous un matelas ou dans un coffre-fort. Vous savez très bien, ça. Donc vous ne pouvez pas dire que moi, en tant que statutaire et cotisant à la caisse de prévalence et de retraite, que demain, j'aurai la garantie d'avoir une retraite de cheminot.
Votre retraite, elle sera garantie par l'État, c'est-à-dire par les contribuables. Ah bon ? Mais par quel contribuable ?
Écoutez, moi, je cotise quasiment à hauteur de 30% de mon salaire au niveau de la retraite. Donc il faut m'expliquer. En tout cas, les billets de train gratuits pour vous, vos enfants, vos parents, vos grands-parents, ils ne sont pas fiscalisés.
Normalement, un avantage en nature, il est fiscalisé. On paie des impôts dessus. Et vous, vous avez obtenu que ces avantages en nature, c'est-à-dire les billets gratuits, que vous ne payez pas d'impôts dessus.
Ça, c'est un jeu bien joué, Anas. Allons-y sur ce terrain-là, M. Brunier.
Il y a plusieurs choses que vous oubliez de dire. Attendez, restez près du téléphone, Anas. Oui, oui, restez près du téléphone.
Ce que vous ne dites pas, c'est-à-dire concernant la musique que vous êtes en train de donner au niveau des enfants, etc., vous oubliez de dire que les enfants, tout à l'heure, vous avez donné un exemple, que moi, j'ai 82 ans et que mon enfant qui a 60 ans, pourquoi ils profiteraient des billets de train, il faut savoir que les enfants, c'est jusqu'à l'âge à laquelle ils sont encore étudiants. Oui, mais j'ai pris cet exemple pour montrer les quatre générations.
C'est pour montrer que le cheminot...
Vous comprenez, si vous dites à un Français lambda, que lui, le cheminot, lorsque son fils, il aura 60 ans et qu'il n'a jamais été au chemin de fer à 60 ans et continue à voyager gratuitement...
Non, non, non, je n'ai pas dit ça, jamais dit ça. Non, non, non, vous avez mal écouté, je n'ai jamais dit ça. J'ai dit que le grand-père y a droit, le père y a droit, le cheminot y a droit, et son fils y a droit jusqu'à la fin de ses études.
Mais c'est limité, c'est-à-dire qu'il y a un truc que vous ne dites pas et que...
Si, on en a tout dit, je vous assure, quatre voyages pour les grands-parents par an, quatre voyages...
Si, on a tout dit, on a tout dit. René, moi, je n'ai pas beaucoup de temps d'antenne et je vous laisserai, vous, derrière, vous exprimer. Mais laissez-moi juste terminer ce que j'ai envie de dire là-dessus.
Ce que vous ne dites pas, c'est-à-dire qu'il faut le savoir, sur chaque train de voyageurs, il y a un nombre limité de cheminots. Moi, je vais vous donner un exemple, j'ai sept ans de boutique à la SNCF. La seule fois, la seule fois que j'ai voulu réserver un TGV, c'était un Paris-Perpignan, d'accord ?
Il était déjà bondé, c'est-à-dire qu'il y avait 30 places réservées pour les cheminots, mais 30, elles étaient déjà prises depuis le mois de juin. C'est-à-dire que le seul jour où j'avais besoin du TGV pour pouvoir me rendre à Perpignan, eh bien, je n'ai pas pu le faire, j'ai pris ma bagnole. Eh bien, vous vous êtes retrouvé dans la situation d'un usager de la SNCF.
Non, c'est-à-dire que...
Moi aussi. Non, c'est-à-dire que, M. Brunet, mais écoutez, je me réveille à 4h du matin pour faire le boulot.
Et le problème, c'est que vous, vous parlez d'avantage, on parle de contrepartie. Est-ce que vous savez c'est quoi l'avantage en termes de panier repas pour un cheminot ? Moi, je suis agent circulation.
Dites un chiffre. C'est combien mon panier repas en tant qu'agent en circulation ? Je ne sais pas, je n'en sais rien, je ne peux pas vous dire.
C'est zéro euro. C'est zéro euro. Vous voulez savoir c'est quoi mon avantage à travailler de nuit ?
Donc, j'ai travaillé de nuit 22h-6h du matin. Entre minuit et 4h, d'après vous, je gagne combien ? Non mais, à ce jeu-là, on sait tous que les cheminots, compte tenu des années et des années de bras de fer avec l'entreprise, avec votre employeur, vous avez plutôt un statut de salarié avantagé, avantageux.
Donc, vous ne nous ferez pas pleurer, vous ne nous ferez pas pleurer, Anas. Je ne dis pas que votre boulot est de tout repos, jamais. Respect pour les cheminots, respect.
Mais enfin, l'entreprise SNCF est une entreprise moderne et très sociale. M. Brunet, moi je ne suis pas en train de dire, comme Charles Consigny, que notre travail c'est germinal.
On aime notre boulot et on aime le service public ferroviaire et on essaye de faire notre boulot du mieux possible. Maintenant, on n'est pas des nantis, on n'a pas de privilèges. Alors, renoncez au billet gratuit pour votre grand-père, renoncez au billet gratuit pour les grands-parents.
S'il vous plaît, moi ce que j'ai envie de renoncer, c'est par exemple les 500 millions d'euros que Bernard Arnault a touchés de l'ISS et qui viennent de mes impôts. Parce que tout à l'heure, vous êtes en train de dire la Cour des comptes, elle chiffre à 50 millions d'euros la perte pour la SNCF. 100 millions, 100 ?
Entre 50 et 100 millions. Ce qu'on vient de donner aujourd'hui à Bernard Arnault, c'est l'équivalent de 5 ans de billets de train à la SNCF. Vous savez, c'est combien d'années de train gratuits parisien ?
Moi j'ai fait le cas tout le temps. Mais pourquoi vous dites ça, Anas ? C'est le plus gros contribuable.
C'est-à-dire que le mec, à lui seul, il paie des impôts pour...
Voilà, il est contribuable, c'est le plus gros contribuable. Il emploie plein de gens. Bernard Arnault, c'est le premier contribuable de France.
Et la SNCF, c'est 37 milliards de déficit. Il paie plus d'impôts que Neymar, Bernard Arnault. Grâce à lui, on construit des hôpitaux.
Donc s'il vous plaît, essayons de le garder. Parce que vous, en revanche, avec vous, avec la gestion de vos patrons, on a perdu 37 milliards. Et c'est nous qui allons les rembourser, en plus du prix que le billet.
Mais pour le garder où, M. Brunet ? M.
Bernard Arnault, il a fermé des usines par dizaines. Oui, mais il en ouvre. Il est en train d'ouvrir un atelier en Vendée.
Il est en train d'ouvrir des ateliers un peu partout en France pour garder des petits métiers français dans l'artisanat du luxe. Mais M. Brunet, moi je comprends bien que vous vouliez défendre Bernard Arnault.
Mais non, bien sûr que je défends Bernard Arnault. Mais je défends tout ce qui est bien, tout. M.
Brunet, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? Mais mettez-vous à la place de ces personnes-là ? C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui avec un milliard ?
Moi, je me dis, moi, je touche 1700 euros par mois. Je me lèche, je fais les 3-8. J'ai quasiment un seul week-end de repos par mois.
Et je me pose la question des fois. Vous avez une durée de travail hebdomadaire qui est plutôt moins longue que la plupart des salariés françaises. Vous partez à la retraite plus tôt.
Je ne vous jette pas la pierre, vous faites un métier difficile. Mais je vous assure, n'essayez pas de nous faire pleurer. Vous partez avant les autres. 54 ans, c'est pas mal. 64 ans, 64 ans au départ à la retraite.
Non, mais attendez, un cas exceptionnel, c'est le seul cas. Vous desservez votre entreprise parce que tout le monde sait que ce n'est pas le départ, l'âge de départ à la retraite moyen d'un cheminot, 64 ans. Non, mais M.
Brunet, c'est parce que vous êtes malin, écoutez. Non, non, je ne suis pas malin. Je vous dis vous, c'est pas vous, c'est-à-dire les médias.
Vous confondez l'ouverture des droits à la retraite, c'est-à-dire que oui, moi, je vous donne raison, M. Brunet, Anas vous donne raison. L'ouverture des droits à la retraite en tant que sédentaire aujourd'hui, pour cette année-là, c'est quasiment autour de 58 ans.
Mais M. Brunet, Anas ne partira pas avant 64 ans à l'âge de départ à la retraite à Soplin parce que j'ai 41 annuités. Je suis rentré à 24 ans, j'ai un BTS, j'ai deux ans de diplôme, je suis rentré à la SNCF à 24 ans, j'ai 41 annuités.
Vous êtes malin parce que vous avez réussi, bon, très bien, j'entends ce que vous dites, admettons, vous avez réussi à faire un pas de côté, un pas de côté, parce que le sujet aujourd'hui, c'est est-ce que, quand on rentre à la SNCF, est-ce que vos grands-parents, les grands-parents de votre compagne, vos enfants jusqu'à la fin de leurs études doivent avoir la gratuité sur les transports ? Moi, je dis non, c'est tout. Pour le reste, je suis d'accord qu'aujourd'hui, un cheminot doit avoir des facilités de transport, sa compagne ou sa concubine ou sa femme aussi, voilà, et puis ses enfants de moins de 12 ans aussi.
Mais là, faire des facilités sur 4 générations, je trouve ça excessif. Mon cher Anas, bye bye, vous avez pu parler 20 minutes ou un quart d'heure, peut-être pas 20 minutes, mais un quart d'heure dans mon émission. Il reste presque plus de temps pour mon invité suivant.
Anasse Kazib