Les 4 Vérités – Amélie de Montchalin
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à vous, Amélie de Montchalin. Bonjour. Alors le grand public commence à vous connaître, mais à l'Assemblée nationale, par contre, vous vous êtes déjà fait un nom et une réputation, puisque vous êtes la spécialiste du budget à La République en marche.
Et ce budget, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est controversé. Alors que répondez-vous à cette critique un petit peu récurrente qu'on entend depuis des semaines ? C'est un budget qui va avantager les plus riches.
Moi, je réponds que c'est un budget qui a été créé avec une seule volonté, créer de l'emploi. Et donc pour créer de l'emploi, on fait quoi ? On libère effectivement, par une réforme fiscale, des moyens qui peuvent être investis dans les PME.
Pour leur donner les moyens d'exporter, leur donner les moyens d'innover, les moyens d'avoir des projets et surtout d'embaucher. Et c'est surtout ensuite un budget pour que le travail paye. En France, quand on est au SMIC, on voit bien que le travail que l'on fournit ne permet pas d'avoir les revenus nécessaires.
Pardon Amélie de Montchalin, mais ça, les Français ne l'ont pas perçu. Lorsqu'on les interroge par sondage, ils considèrent que ce budget, il avantage d'abord les grandes fortunes, les chefs d'entreprise, les plus hauts salaires et à l'inverse, ils désavantagent les SMICAR et les plus pauvres. C'est là où je pense qu'il faut qu'on se remette dans l'esprit de ce qu'on est en train de faire.
Effectivement, la réforme fiscale, on en parle, on peut l'annoncer, on l'a voté, on lève le bras à l'Assemblée, ça se passe. Les mesures de pouvoir d'achat, elles vont se mettre en œuvre. En janvier, au cours de l'année 2018, en octobre.
Le 31 janvier, sur la feuille de paye des salariés, le pouvoir d'achat augmente. En octobre, par la baisse des taxes sociales, qui est avec une petite hausse de CSG, au total, vous gagnez du pouvoir d'achat. Sur l'année, vous gagnez 160...
Ça va concerner combien de salariés ? Quel pourcentage des salariés ? 17 millions d'actifs au 31 janvier voient leur feuille de paye augmenter.
Et là, la perception, vous pensez, changera sur la politique économique du gouvernement ? Il faut savoir que quand on dit que ça va augmenter, ça augmente. Vous savez, les baisses d'impôts, les hausses de pouvoir d'achat, ce n'est pas une croyance, ce n'est pas une religion.
C'est quelque chose qu'on doit voir. La taxe d'habitation, c'est 11 milliards d'euros qu'on va rendre sur 3 ans à plus de 10 millions de familles françaises. Ces 10 millions de familles, au mois d'octobre, elles vont voir qu'effectivement, elles payent moins.
Sauf que voilà, la différence, c'est que d'un côté, il y a un grand débat. C'est des heures à l'Assemblée, des nuits à l'Assemblée. Et de l'autre, c'est des choses qui vont se passer.
Le minimum vieillesse, il va augmenter 30 euros en 2018, et puis 30 euros en 2019, et puis 30 euros en 2020. Donc, ça va prendre un peu de temps, mais je pense que les résultats seront là. On les a votés pour qu'ils soient là.
Et donc là, on verra les choses différemment. Et pourtant, Emmanuel Macron a dit encore en Guyane il y a quelques jours qu'il n'était pas le Père Noël. Donc, ce n'est pas Noël, mais c'est en janvier.
C'est ce que vous dites. Non, ce que je vous dis, c'est que justement, on n'est pas le Père Noël. On n'est pas là pour faire des cadeaux.
Cette histoire de cadeaux, elle m'énerve parce qu'on n'est pas députés pour faire des cadeaux. On est là pour que la France se remette en marche, pour qu'il y ait de l'investissement, pour qu'il y ait de l'emploi, pour que le travail paye. Donc, effectivement, on n'est pas là pour distribuer de l'argent qu'on n'a pas.
On est là pour être raisonnable. On est là pour tenir nos engagements. On est là aussi pour ne pas financer ses dépenses sur la dette et donc des impôts pour nos enfants.
Tout ça se fait de manière organisée et se fait dans le temps. Lorsque Vincent Heblé, le président de la commission des finances du Sénat, un socialiste, obtient les chiffres de Bercy et qu'il constate qu'avec la réforme de l'ISF et la mise en place de la flat tax, les 100 premiers contribuels à français gagneront chacun 582 000 euros par an en moyenne. Comment expliquer que c'est de la justice fiscale et surtout, comment être sûr que cet argent va être, comme vous le disiez, investi dans l'emploi, dans la croissance ?
Il y a deux choses. La plus grande inégalité, ce n'est pas qu'il y ait 500 000 euros de plus pour les 100 Français les plus riches. La plus grande inégalité, c'est que cet argent, il dorme.
C'est que cet argent, il ne profite pas aux PME françaises. C'est que cet argent, aujourd'hui, il est placé de manière à ce que surtout...
Et donc, qu'est-ce que vous allez changer ? Ce qu'on fait, nous, c'est qu'on va aller voir tous les intermédiaires financiers. Après cette émission, je vais voir le gouverneur de la Banque de France.
On va avoir un dialogue pour dire, voilà, comment on mobilise tous les intermédiaires ? C'est quoi un intermédiaire ? C'est un banquier, c'est un conseiller en gestion de patrimoine, c'est tous ceux qui sont entre l'épargne d'un côté et l'investissement de l'autre.
C'est à eux, maintenant, qu'on passe le relais. Nous, on a voté une réforme fiscale. Ça libère de l'argent.
Maintenant, eux, leur métier, c'est de faire que cette épargne, elle aille dans les entreprises. Et comment vous allez leur mettre une sorte de pression ? Mais tout le système, aujourd'hui, voit bien qu'on a un problème, que ce n'est pas normal, que tous les Français, on leur dise, avec une assurance vie, un PEL et puis un livret A, vous avez fait votre travail.
Bien sûr que non. Nos entreprises ont besoin de financement. Donc, la pression, c'est qu'on les invite le ventre de janvier, ils viennent à l'Assemblée, ils doivent nous présenter une feuille de route.
Ce n'est pas une conférence, vous savez, on va se dire, ah ben, il y a des problèmes. Non, non. Une feuille de route.
Et tous les acteurs, le gouverneur de la Banque de France, le président de l'autorité des marchés financiers, le ministre, c'est des choses qu'on va suivre tout le premier trimestre. Vous avez la garantie qu'à l'arrivée, des emplois seront créés. Le CICE, par exemple, qui était considéré par certains comme un cadeau fait aux entreprises, lui aussi, il a créé des emplois.
Et ensuite, vous savez qu'on a voté à l'Assemblée, que de fait, de faire des évaluations. C'est bien beau de parler avant. Ce qu'il faut, c'est regarder que pendant et après, ça se passe.
Si dans deux ans, on se rende compte que ça ne marche pas, eh ben, on en tira les conséquences, on ajustera les mécanismes, on sera peut-être plus coercitifs, mais il faut laisser le cycle se passer, le suivre de très près, suivre les acteurs, les suivre vraiment pour que ce qu'on leur demande de faire, c'est-à-dire faire leur métier, eh ben, ils le fassent à nouveau. Amélie de Monchalin, un autre sujet. Vous êtes une personne qui a eu beaucoup de diplômes, et justement, aujourd'hui, la réforme de l'université va être présentée par le gouvernement, prise en compte du livret scolaire, notamment remise à niveau imposé à certains bacheliers.
Certains syndicats lycéens parlent déjà d'une vraie sélection qui va être installée à l'entrée de l'université. Est-ce qu'ils ont tort ? Aujourd'hui, la sélection, elle existe, ça s'appelle l'échec.
Trois quarts des étudiants qui s'inscrivent en licence ne sortent pas avec une licence. Ça, c'est une sélection qui, en plus, est une sélection négative. Ce que cette réforme va permettre, c'est qu'on regarde avec du bon sens.
Si vous avez fait un bac pro, c'est difficile d'avoir une licence de philo. Par contre, ce qu'on va dire, c'est que vous pouvez vous inscrire, mais voilà. Si on fait un bac pro, on ne peut pas s'inscrire en philo.
Non, vous pourrez toujours vous inscrire, mais il y aura une remise à niveau qui vous permettra ensuite d'avoir les moyens de réussir. Ce qu'on veut, c'est que les étudiants aient les moyens de réussir, qu'ils soient aussi informés en connaissance de cause. Telle filière avec votre parcours, il y a tant de pourcents de réussite.
Telle filière avec votre parcours, c'est tant de pourcents d'entrée dans l'emploi. Qu'on ait un discours de vérité, un discours de bon sens avec les familles et les étudiants, pour dire, vu votre parcours jusqu'à maintenant, ce qu'on pense qui est le plus adapté, c'est ça et ça. Vous savez quand même que le mot sélection fait très peur en France, qu'il peut y avoir des manifestations lycéennes qui, à d'autres moments, de la Ve République, ont conduit à des retraits de textes.
Est-ce que vous êtes sûr que vous irez au bout de celui-ci ? On est sûr, c'est que le syndrome APB, où vous lancez les gens dans un système et qu'à la fin, ça se finit par tirage au sort, c'est fini. Ce n'est pas raisonnable, ce n'est pas responsable et on ne peut pas dire aux étudiants et à leur famille que c'est comme ça que vous allez poursuivre vos études supérieures.
Donc on est dans le bon sens, on est dans le réalisme, on ne veut priver personne, mais on veut garantir à chacun les moyens d'aller jusqu'au succès, pas jusqu'à l'échec. Dernière question, Amélie de Montchalin. Beaucoup de manifestations ont eu lieu hier un peu partout en France contre, pour dénoncer en tout cas, le harcèlement sexuel, dont certains disent qu'il est plus présent dans le monde politique auquel vous appartenez.
Est-ce que vous confirmez ? Moi, ce que je sais, c'est que tous les lieux de pouvoir, tous les lieux où il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes. Moi, j'ai travaillé dans la finance avant.
Dans les milieux financiers, c'est pareil. Vous avez très peu de femmes et beaucoup d'hommes. Donc il y a aussi autant de harcèlement que dans le monde politique.
Je ne sais pas s'il y en a beaucoup. Moi, je n'ai pas été confrontée personnellement à ces situations dans le monde politique. Ce qui est certain, c'est qu'il est essentiel que la parole soit aussi libre dans ces milieux-là que dans les autres, que la justice puisse faire son travail de la même manière et que ce n'est pas parce qu'on est entouré de gens qui sont puissants, comme on dit, que femmes, on devrait se sentir moins libres et moins protégées.
Donc je n'ai pas connaissance personnellement que ce soit plus qu'ailleurs. Mais ce qui est certain, c'est qu'il est essentiel que les femmes qui travaillent se sentent aussi protégées et se sentent aussi libres de leur parole. Merci beaucoup, Amélie de Montchalin.
C'est à vous, Thierry. Très bonne journée.
Amélie de Montchalin