Philippe Juvin
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
... de Renaud Blanc avec le Figaro. Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. Chef des urgences à l'hôpital Georges Pompidou, maire républicain de la Garenne-Colombe. Question toute simple pour commencer. Comment avez-vous trouvé le chef de l'État hier ? Convaincant, déterminé, déjà en campagne ?
Je trouve surtout qu'il a eu raison de présenter ces deux grandes mesures qui sont la vaccination, de pousser la vaccination des soignants et le pass sanitaire. Ce sont deux mesures qui ne sont pas très populaires, je le comprends. Moi-même, sur la vaccination des soignants, il y a quelques semaines, quelques mois, j'étais très sceptique parce que je ne voyais pas comment on allait pouvoir l'imposer. Mais la situation est suffisamment grave aujourd'hui pour qu'on prenne ces décisions. Donc oui, il a eu raison.
Vous comprenez qu'on puisse avoir recours à des sanctions à partir du 15 septembre pour les soignants. On a écouté plusieurs syndicats dans le journal de 8 heures. On sent que certains soignants sont toujours contre cette vaccination et sont contre cette vaccination obligatoire.
Bien sûr, il est vrai que pour un soignant qui depuis maintenant plus d'un an est sous l'eau puisque nous sommes sous l'eau depuis un an, ça n'arrête pas en fait. Même après que la vague ait diminué, il faut comprendre que nous avons vu arriver à l'hôpital des patients qui n'avaient pas le Covid mais qui n'avaient pas été soignés depuis un an. Donc nous sommes toujours très très chargés en temps de parler de sanctions et c'est un petit peu amer. La pilule est amère. En même temps, si vous faites une obligation, vous émettez une obligation sans éléments pour contraindre cette obligation, on ne voit pas très bien comment on va y arriver.
Je continue à parier sur le fait que ce type d'incitation forte en disant attention il faut vous faire vacciner devrait augmenter les chiffres mécaniquement et j'espère qu'on n'arrivera pas aux sanctions.
On voit d'ailleurs déjà les rendez-vous n'ont pas explosé mais largement augmenté sur Doctoli par exemple depuis hier soir. Donc ça a eu un certain effet quand même.
Vous avez raison, ça a eu un effet mais je pense qu'il faut aussi se poser la question de savoir pourquoi on en est là. Nous en sommes là parce que nous avons une politique de vaccination qui n'a pas été aussi fluide qu'il aurait fallu être et c'est une sorte de constat d'échec. Pourquoi aujourd'hui on a vu s'effondrer le nombre de premières vaccinations dans le centre de vaccination de la Garenne-Colombe dont je suis le maire ? Nous sommes passés de 2000 injections par semaine à quasiment 200 premières injections par semaine. ça s'est écroulé. Pourquoi ? Parce que la vaccination est devenue assez complexe.
En particulier, les gens se sont dit je n'aurais pas ma deuxième dose sur mes lieux de vacances, etc. Et je pense que la priorité les soignants c'est important, c'est évident mais la priorité c'est de faire en sorte que les Français non-soignants, tout le monde puissent se faire vacciner vite et donc il faut emmener le vaccin aux patients sur la plage, sur les lieux de travail et je vous rappelle aussi qu'il y a une catégorie de gens qu'on a oublié ce sont les plus de 80 ans qui ne sont pas très bien vaccinés quand on les compare à des gens âgés et moins âgés il faut que la vaccination aille à leur domicile ce qui n'est pas encore le cas suffisamment.
Alors Philippe Juvin, on rappelle que 53% de la population a reçu une dose et plus de 40% deux doses. Accélérer cette vaccination cet été
c'est vital pour vous ? C'est indispensable. Si on ne le fait pas maintenant maintenant, là nous sommes le 14 juillet et bien nous allons arriver à la rentrée non vaccinée. je pense en particulier aux étudiants je suis frappé de voir que les 18-24 ans c'est moins d'un quart c'est un quart des 18-24 ans des étudiants qui sont vaccinés de dose. Dans ces cas-là, si on en reste là nous aurons une rentrée universitaire qui va être très périlleuse. Donc il faut vraiment insister sur la vaccination des plus jeunes. Je vous rappelle qu'en Grande-Bretagne actuellement dans les réanimations la moitié des patients ont moins de 45 ans.
Alors pas de vaccin obligatoire pour la population du moins pas encore. Élargissement, vous le disiez, du pass sanitaire. On est sur le pari de l'incitation et ça vous semble plutôt intelligent de la part de l'Elysée ?
Oui, oui, bien sûr. Il faut inciter les gens. Peut-être qu'on ne regarde pas encore suffisamment ce qui se fait de bien à l'étranger. A l'étranger, il y a des éléments qui sont assez intéressants. Par exemple, aux Etats-Unis on traite différemment les populations rebelles, entre guillemets, à l'idée de se faire vacciner. Parce qu'il y a des gens qui ne comprennent pas la langue d'autres qui ne comprennent pas les instructions. Et donc, ils ont des campagnes qui sont très, très ciblées. Je vais vous donner un exemple. En France, on considère qu'il y a peut-être 500, 600, 700 000 sans papiers. Ces gens-là, où sont-ils ?
Il y a des tas de trous dans le filet qu'il va falloir qu'on bouche et c'est une de mes inquiétudes. Il y a par exemple, en Grèce, on donne des incitations financières aux jeunes qui viennent se faire financer.
Pourquoi pas ? Se faire vacciner.
Oui, se faire vacciner, pardon. Il faut, voyez-vous, être l'esprit ouvert et regarder tout ce qui marche à l'extérieur. Il y a encore beaucoup d'éléments qu'on n'a pas encore utilisés pour pousser les gens à se faire vacciner.
Mais placer les non-vaccinés, j'allais dire, devant leurs responsabilités, ça vous semble, je dirais, c'est la seule solution aujourd'hui ?
Écoutez, d'abord, je crois que... Je comprends que quelqu'un me dise moi j'ai peur du vaccin, même si c'est une peur qui n'est pas raisonnée. Mais dans ces cas-là, dans ces cas-là, que les gens aillent jusqu'au bout de leurs responsabilités, ils ne veulent pas se faire vacciner. Donc, c'est vrai qu'ils ne viennent pas, dans ces cas-là, faire risquer à la population qui a accepté de se faire vacciner d'attraper la maladie. Donc oui, il y a une question de responsabilisation. On ne peut pas, à la fois, exiger des droits sans les devoirs.
Alors, Philippe Jumin, je rappelle que vous êtes chef des urgences à l'hôpital Georges-Pompidou à Paris. Vous avez dit que ce qui se passait en Grande-Bretagne actuellement, où on a eu quand même une explosion ces derniers jours du nombre de cas positifs, c'est ce qui nous attend dans quelques semaines. Vous êtes aussi pessimiste que cela ?
Vous savez, moi, j'apprends de mes erreurs et j'observe qu'on a eu la première vague de mars il y a un an et la deuxième vague ou la troisième de janvier. Chaque fois, ça a été la même chose. On a vu chez nos voisins le nombre de cas augmenter, puis après le nombre d'hospitalisations, puis après le nombre de morts. Et donc, c'est ça qui va nous arriver. Mécaniquement, d'autant que nous sommes moins vaccinés que les Anglais, mais beaucoup moins que les Britanniques, évidemment, nous aurons d'ici quelques semaines une augmentation du nombre de cas qui va arriver aux urgences.
Et c'est pour ça que je vous dis que c'est un peu inéluctable si on n'accélère pas à toute vitesse, mais vraiment à toute vitesse, pas un peu là tout de suite, à toute vitesse, les vaccinations, on aura une augmentation très significative du nombre de cas.
On est à 450 000 doses par jour à peu près, le week-end beaucoup moins. Ce sont des chiffres que vous contestez, j'ai le sentiment, ce sont des chiffres que j'ai trouvés actuellement au ministère de la Santé.
Écoutez, on a eu un pic à 400 000 injections par jour au mois de mai, c'était le pic max, je crois. On est plutôt, je crois, j'ai cru voir, plutôt à 130, 150, 160 000 par jour. Donc, il faut que ça... Je parle des premières doses. Donc, il faut que ça réaugmente, parce que tout le sujet, c'est la première dose. C'est-à-dire que dès lors que vous avez eu la première dose, forcément, vous allez vers la deuxième dose.
Oui, d'accord. On est aujourd'hui à peu près à 1 000 patients en réanimation, ce qui fait dire à certains, voilà, peut-être qu'on s'excite pour rien. 1 000 patients, pour vous, c'est déjà beaucoup trop. C'est déjà beaucoup. Et forcément, ce chiffre, vous le dites, va augmenter dans les semaines qui viennent.
Écoutez, d'abord, 1 000, c'est pas mal. C'est un cinquième de nos capacités de réanimation en France. Et deuxièmement, il faut bien que les gens qui nous écoutent comprennent quelque chose. C'est qu'à l'hôpital, il y a deux catégories de patients. Il y a ceux qui ont le Covid, qui, heureusement, ont baissé depuis quelques semaines, mais qui vont probablement remonter. Mais il y a aussi tous ceux qui n'ont pas le Covid, qui sont les victimes indirectes de la désorganisation du système de santé.
Je vous rappelle qu'il y a un an, au mois de mars-avril 2020, on avait observé, par exemple, à Paris, une augmentation de 100% des morts subites liées aux arrêts cardiaques en ville, parce que le système de santé était désorganisé. Vous ne pouviez pas voir votre cardiologue, etc. Et bien aujourd'hui, on a des gens qui ont des cancers qui n'ont pas été diagnostiqués, des maladies du cœur qui n'ont pas été traitées. Et tous ces gens, c'est une grande quantité de patients qui, aujourd'hui, occupent le système de santé qui est extrêmement fatigué et usé. Donc, nous n'avons pas beaucoup de marge de manœuvre.
Et c'est pour ça que le président de la République a eu raison de prendre des mesures un peu dures, parce que nous ne pouvons pas nous permettre de nous la jouer tranquillement comme en touriste. On n'a pas de marge de manœuvre, le système de santé est à la limite, et tout patient supplémentaire nous pose problème.
Philippe Juvin, vous êtes médecin, mais vous êtes aussi un homme politique, membre des Républicains, maire de la Garenne-Colombe. Guillaume Tabard, dans son édito, précisait qu'hier soir, Emmanuel Macron avait esquissé un nouveau programme présidentiel. Vous êtes d'accord avec cette analyse ?
Oui, je pense que tout le monde a observé que c'était un lancement de campagne présidentielle. Il y a eu, je crois, 10 ou 15 minutes sur ce qu'il fera dans les mois qui viennent, mais les mois au sens très large, c'est-à-dire au-delà même, plus d'un an après sa réélection. Je crois d'ailleurs que les commentaires, les gens qui assistaient à son intervention auprès des parlementaires de La République en marche après son intervention à la télévision ont tous rapporté qu'il avait évoqué tous ces sujets. Donc oui, il était en campagne électorale, ça va de soi.
Mais quand le chef de l'État parle de réforme des retraites, avec l'allongement de l'âge légal de départ, quand il évoque le mérite, le travail, vous applaudissez ?
Non, je lui dis d'abord que c'est quand même dommage d'attendre...
Parce qu'un candidat, pardonnez-moi, mais un candidat de droite aurait pu tenir ce type de propos.
Non, mais la réforme des retraites est indispensable, on le sait, le système ne tient pas, il n'est pas à l'équilibre, et demain, si on ne fait rien, l'affaire va s'écrouler, on ne pourra plus payer les retraites. Donc, qu'il faille une réforme des retraites, cela va de soi. Pardonnez-moi, je me pose une question toute naïve, c'est quand même assez curieux d'attendre l'extrême fin du mandat, pour dire, voilà les réformes structurelles que je vais faire.
Il y a eu quelques petites priorités depuis un an et demi.
Oui, c'est vrai, mais enfin, il y a eu en même temps trois ans et demi, avant la crise Covid, qui aurait pu permettre de faire des fameuses réformes de structure, dites indispensables. Donc, voilà, actons le fait que les réformes de structure n'ont pas été faites, et durant ce quinquennat, avouons aussi qu'il n'y aura pas eu beaucoup de réformes de structure, au-delà des questions de retraite. Ça aurait été un peu un quinquennat pour rien, malheureusement.
Alors, Philippe Juvin, nous sommes à neuf mois de la campagne présidentielle. La primaire décidée à droite, est-ce que c'est le meilleur moyen de perdre, comme certains le disent, ou est-ce que c'est le plus sûr moyen de choisir le meilleur candidat ?
Premièrement, je vous rappelle que, quand nous avons perdu il y a quatre ans, ce n'était pas à cause de la primaire, mais ce fut à cause des affaires qui ont suivi la primaire. Deuxièmement, il y a une chose très arithmétique qu'il faut comprendre, si nous avons plus d'un candidat au premier tour, de la droite et du centre, à l'élection présidentielle, nous ne serons pas au second tour. Donc, nous sommes obligés d'avoir un système qui fasse que nous n'ayons qu'un seul candidat au premier tour. Et moi, je ne connais pas d'autre système que la primaire pour faire en sorte que nous n'ayons qu'un candidat au premier tour. Vous savez ce que disait Churchill de la démocratie ?
C'est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. C'est peut-être ça la primaire, le pire des systèmes à l'exception de tous les autres.
Mais ça prouve aussi qu'il n'y a pas vraiment de candidat naturel qui se détache aujourd'hui à droite. Et c'est un problème pour la droite.
Alors d'abord, qu'il n'y ait pas de candidat naturel, c'est une évidence. Sinon, effectivement, nous n'en serions pas à discuter de cela. Mais y a-t-il eu jamais un candidat naturel ? Vous savez, on prend souvent l'exemple de Nicolas Sarkozy, il y a dix ans, qui soit disant fut un candidat naturel. En réalité, il ne le fut pas. Il devint un candidat naturel à l'issue d'une longue période où lui-même s'est préparé, où il y a eu des équipes qui ont travaillé, etc. On ne se souvient plus qu'il y a eu des oppositions à l'intérieur du parti. Donc, ce travail, nous ne l'avons pas fait. Et moi, je rends hommage à Christian Jacob, le patron du parti, qui veut rassembler les gens des Républicains.
Mais bien au-delà, le centre et tous ceux qui ne sont pas encartés, nous devons avoir un système de départage qui fasse que nous n'ayons qu'un seul candidat au premier tour. Système de départage primaire, appelez ça comme vous voulez. Mais il nous faut un moyen de faire en sorte de ne pas tomber dans le piège d'être à plusieurs candidats au premier tour.
Mais vous allez réussir à convaincre Xavier Bertrand parce que lui a dit qu'il serait candidat quoi qu'il arrive et qu'il ne passerait pas par la casse primaire.
D'abord, Xavier Bertrand, qui est un homme de qualité, mène son petit bonhomme de chemin et c'est son droit. Il a beaucoup travaillé et je trouve que ce qu'il dit est souvent très intéressant. Il ne reste pas moins que, vous n'imaginez pas un instant, que les Républicains qui ont quand même gagné les élections municipales, départementales, sénatoriales et régionales puissent dire qu'ils n'ont pas de candidats à l'élection présidentielle, tout ça me paraît impossible. Et moi, je souhaite que Xavier Bertrand revoie sa position et revienne dans cette primaire de la droite et du centre.
Merci Philippe Juvin d'avoir été ce matin mon invité, le chef des urgences à l'hôpital, Georges Pompidou, maire républicain de la Garenne-Colombe, l'invité de Radio Classique. Il est 8h26, dans un instant, l'essentiel de l'actualité. Avec.
Avec. Merci.