Budget : "On devra faire des concessions", admet Roland Lescure, affirmant que Sébastien Lecornu peut "réussir"
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France Info.
Bonjour Roland Lescure. Bonjour. Alors, quelle concession doit faire Sébastien Lecornu pour trouver un budget ? Le nouveau Premier ministre a-t-il la bonne méthode ? On va revenir sur tous ces sujets avec vous. Avant cela, une question sur l'actualité internationale avec cette annonce hier soir d'Emmanuel Macron. Trois avions rafales mobilisés pour protéger la Pologne. Est-ce que c'est un symbole ou est-ce que vraiment il y a l'idée que ces avions servent à quelque chose ?
Moi, pour avoir fait mon service dans l'armée de l'air, c'était bien longtemps. Je peux vous dire que des rafales, ça sert à quelque chose. D'abord, certains disent que les Russes ont peut-être commis une erreur. Même si c'était une erreur, c'est inacceptable. Puis une erreur, ça va. 19 erreurs, ça commence à ressembler plutôt à un acte délibéré. Il y a 19 drones et ils ont été interceptés par l'OTAN. Donc, ça montre que l'OTAN, ça fonctionne. En utilisation de l'article 4, qu'il n'y avait pas utilisé depuis des décennies. Il y a eu une rencontre de l'OTAN hier et la France a décidé d'appuyer la Pologne dans sa défense anti-aérienne par trois rafales qui font effectivement...
C'est la bonne attitude à avoir vis-à-vis de Vladimir Poutine, montrer que nous, on peut répondre, on est en capacité de mobiliser s'il le faut des forces. Je précise par ailleurs qu'on apprend à l'instant que le ministre Jean-Noël Barraud annonce que l'ambassadeur russe sera convoqué ce matin au Quai d'Orsay à propos de ces intrusions de drones. Mais bien sûr, il faut être...
Mais ferme, ferme, ferme. On n'a pas le choix, en fait. Ça fait maintenant un certain nombre d'années que la Russie a envahi l'Ikraine, plus de trois ans. Et on a un président de la République qui, depuis trois ans et demi, en fait même un peu avant, indique que l'Europe aujourd'hui est dans une sorte de danger existentiel. Et donc, évidemment, des drones russes qui passent la frontière polonaise, membres de l'Union Européenne, membres de l'OTAN, c'est parfaitement inacceptable. Ça ne doit pas se reproduire. Et bien, je salue la décision de Jean-Noël Barraud qui appelle l'ambassadeur russe, parce que vraiment, on est...
Enfin, si on s'était dit ça il y a trois ans et demi, on aurait dit non mais c'est pas possible. Des drones russes qui envahissent la Pologne, c'est pas possible. Ben si, c'est possible. Et en fait, Vladimir Poutine a rendu l'impensable possible en Europe. Enfin, je ne veux pas faire des parallèles risqués, mais la dernière fois qu'on a un pays qui a envahi la Pologne, ça s'est quand même mal terminé. Donc non, non, il faut être extrêmement ferme là-dessus et je suis heureux qu'on le soit.
C'est très clair. Revenons à la crise politique en France, Roland Lescure. Sébastien Lecornu a débuté son bail à Matignon. Le Premier ministre fait savoir qu'il négocie avec les forces politiques avant de former son gouvernement. Il a reçu les membres du socle commun dont vous faites partie. Il échangera aujourd'hui avec les partenaires sociaux et il a annoncé des ruptures. Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? Et est-ce qu'il ne faut pas y voir finalement une énième promesse vaine de changement ?
Moi, je pense qu'il y a trois changements dans l'équation à laquelle on fait face aujourd'hui par rapport à celle qu'on a vécue avec les gouvernements de Michel Barnier et de François Bérot. La première, c'est quand même l'équation politique. À l'Assemblée nationale, on sait désormais, ceux qui pensaient que c'était possible, j'espère, ont bien compris la leçon, que le rassemblement national, il faut faire sans lui. Et moi, ça me va. Je vous rappelle que j'avais refusé d'entrer dans le gouvernement de Michel Barnier parce que je considérais que l'équation politique allait dépendre trop du rassemblement national. Donc ça, c'est terminé.
Ça veut dire, effectivement, qu'il faut composer avec les autres forces.
Donc on met à l'écart les députés de Marine Le Pen ?
Ils se sont mis à l'écart. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas discuter avec eux. C'est un groupe important, présent à l'Assemblée nationale. Mais en censurant, a priori, François Bérot, après avoir censuré très vite Michel Barnier, pour des raisons tactiques, puisque c'était le jour du procès de Marine Le Pen, ils nous ont clairement donné la couleur. Ils sont là pour jouer la dissolution, il le dit sur tous les plateaux. Et donc, il faut compter sans eux.
Écoutez, justement, Marine Le Pen, qui était l'invité du journal télévisé de TF1 hier soir.
Je lui demanderais de rompre avec le macronisme. C'est la rupture ou la censure ? On ne peut pas indéfiniment gouverner sans le peuple ou contre lui.
Donc ça veut dire, Roland Lescure, qu'on ne peut pas leur faire confiance et donc ils ne doivent en aucun cas rentrer dans l'équation. C'est ce que vous nous dites ? J'espère qu'on m'a compris, quand même.
C'est clair depuis un an. Ça a été très clair en décembre. Ça a été un peu plus clair il y a 15 jours. Et on vient de l'entendre. C'est toujours très clair. Donc on est, je pense, dans une équation politique qui a changé. On a une méthode qui a changé.
Mais gouverner sans l'ERN, est-ce que ça ne revient pas finalement à gouverner sans le peuple, comme le disait Marine Le Pen ?
Non, mais écoutez, dans une assemblée, quelle qu'elle soit, il y a une majorité, elle va être compliquée à construire et on sait bien qu'elle sera un peu brinque-balance. C'est-à-dire qu'on aura des gens qui vont participer à l'accord de gouvernement et d'autres, on l'espère, qui vont, en fonction de gains politiques qu'ils auront obtenus dans le cadre d'une négociation, s'engager à ne pas censurer. Et puis il y aura des oppositions. Marine Le Pen, elle se met dans l'opposition systématique, pas constructive, et elle vise la dissolution.
Roland Escure, ceux dont vous parlez, ceux qui veulent des gains et qui donc pourraient ne pas censurer, c'est notamment et surtout le parti socialiste. Quand on entend des députés socialistes qui disent « ça va coûter cher, mais très très cher », qu'est-ce que vous dites ? La négociation semble quand même jouable.
Je me dis qu'au-delà de l'équation politique, on a la bonne méthode et la bonne personne. Ensuite, est-ce qu'il va réussir ? Moi, je l'espère et je pense que c'est possible, mais ce n'est pas facile. On est dans une négociation. Et d'ailleurs, la négociation, moi je note qu'elle ne se fait pas sur les plateaux. Moi, je ne suis pas là pour vous dire « on est prêt à donner ci, on est prêt à donner ça ». On va quand même vous poser la question. Et je vous y répondrai, je viens de vous y répondre d'avance, mais le Premier ministre, il doit donner des gages, c'est sûr, parce que les socialistes aujourd'hui ne sont pas dans une logique très constructive.
Mais lesquels gages, justement ? Voilà, ça veut dire « cher jusqu'où » aussi ? Si on reprend leurs revendications, commençons peut-être par les deux jours fériés. Est-ce qu'on les garde, la suppression des deux jours fériés dans le futur budget, ou est-ce qu'on supprime cette mesure ?
Écoutez, moi je vais vous dire ce que je pense des différentes mesures et des différents axes de progrès, mais j'insiste, c'est le Premier ministre qui négocie. Et d'ailleurs, nous faisons partie du socle commun, il doit donner des gages à tout le monde, et il doit nous en donner à nous aussi. Bon, les jours fériés, je pense que c'est une mesure qui faisait l'unanimité contre elle. Nous, on a l'occasion de dire que travailler plus sans gagner plus, franchement, ce n'était pas le genre de choses qu'on poussait. Et vous le savez, à gauche, ils étaient remontés très fortement contre eux, et là-dessus, Marine Le Pen aussi.
Autre mesure, Roland Lescure, taxe Zuckman. Est-ce que cette taxe, il ne faut pas trouver un moyen quand même d'aller sur, sans peut-être aller jusqu'à cette taxe, mais trouver un moyen de surtaxer quand même un certain nombre de personnes très fortunées ?
Le Premier ministre qui va le négocier. Moi, ce que je peux vous dire... Oui, mais vous avez un regard là-dessus, vous êtes engagé. La taxe Zuckman, elle est contre-productive, littéralement.
Donc c'est non ?
Non, c'est pas... Je veux dire, on ne rentre pas dans une négociation en disant que c'est non à tout, sinon ce n'est pas la peine de rentrer. Mais ce n'est pas oui non plus. Ce que je peux vous dire, c'est que la taxe Zuckman, elle est contre-productive. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a des entrepreneurs, on donne souvent l'exemple de Mistralahi, ce n'est pas rien Mistralahi. C'est une entreprise qui vaut 12 milliards d'euros. Son concurrent américain en vaut 320, donc on n'est pas encore dans les champions millions d'euros. 12 milliards d'euros. Elle ne gagne pas d'argent.
Et ses actionnaires aujourd'hui, si on appliquait la taxe Zuckman, paieraient à eux 3 250 millions d'euros de taxes par an. Évidemment, c'est sans commune mesure avec les revenus qui se payent aujourd'hui, qui doivent être de quelques centaines de milliers d'euros. Donc on voit bien qu'elle est aujourd'hui inopérante telle qu'elle est présentée. Mais tout ça peut être modifié.
Certains disent, à gauche, on peut exclure ce qu'on appelle les licornes, ces entreprises valorisées, plus d'un milliard, qui sont en croissance et dont les fondateurs n'ont pas forcément les moyens de payer.
La dernière fois qu'on a envisagé de taxer l'outil de production, c'est comme ça qu'on appelle ça, l'outil de travail, c'était en 1983. C'était le gouvernement Moroy. C'était le gouvernement le plus à gauche de la cinquième république. Et ils sont revenus dessus en se disant, franchement, ça ne va pas marcher. Donc, attendez, je vais être très clair. Il y a trois sujets aujourd'hui à négocier. Il y a un sujet de trajectoire.
Les 44 milliards ?
Il y a un sujet social, retraite, chômage, et un sujet fiscal. Évidemment, il faut qu'on puisse négocier ces trois sujets. Mais moi, je fais partie de la négociation. Je fais partie du socle commun. Donc, je ne rentre pas dans la négociation en disant, c'est 22, on lâche la taxe Juxmane et on abroge la réforme des retraites. Ça, c'est la position du Parti Socialiste. Et nous, on a la nôtre. Et entre nous, on a un Premier ministre qui, je pense, a la bonne méthode et la bonne personnalité pour faire converger tout ça. On devra faire des concessions, c'est clair. Mais je ne suis pas là pour les faire sur ce plateau.
Des concessions jusqu'à remettre en question la politique de l'offre qui est quand même le totem macroniste et le symbole de vos huit années au pouvoir.
Moi, je suis persuadé que, un, il faut voter un budget, il faut que la France ait un budget, mais que, deux, ensuite, il faudra continuer à faire en sorte qu'en France, on innove, on croisse, on crée de l'emploi parce que c'est la condition sine qua non dans un monde dans lequel la concurrence est féroce et dans lequel l'innovation va à 100 à l'heure pour que la France et l'Europe jouent leur rôle. Donc, il ne faut pas juste dire on vote un budget et ensuite on rentre chacun chez nous. On vote un budget et derrière, on développe une stratégie de croissance et d'innovation.
Mais quand on vous entend, je sais ce que vous allez nous dire, ce n'est pas vous qui négociez, mais malgré tout, vous venez plutôt d'une partie plutôt gauche des renaissances, vous êtes social-démocrate. Et pourtant, on a l'impression que sur la politique de l'offre, sur l'imposition des plus riches, vous dites, oui, peut-être qu'on peut faire quelque chose,
mais vous rappelez pourquoi il ne faut pas le faire ? Non, je rappelle pourquoi nous, on ne l'a pas fait. On ne peut pas dire, pendant huit ans, on a fait n'importe quoi et aujourd'hui, on change de Kazakh. On a fait un certain nombre de choses qui, d'ailleurs, en partie, ont fonctionné, le chômage au plus bas. J'ai ouvert des usines, moi, quand j'étais ministre de l'industrie. Des dizaines et des dizaines d'usines. Donc ça, c'est des bonnes nouvelles. Évidemment, on n'a pas tout fait parfaitement. Sinon, on ne serait pas là.
Par exemple, sur la réforme des retraites, ce serait plutôt positif de rouvrir un conclave des retraites ?
Je ne pense pas que le conclave soit une bonne idée. D'abord, parce que les participants ont dit conclave, on dit qu'ils n'étaient pas pour. Puis qu'on ne va pas relancer une grande messe. C'est le cas de le dire. Maintenant, moi, ce que j'ai compris, c'est qu'au conclave, on n'était pas très loin d'un accord. Donc peut-être qu'il faut retravailler un peu. D'ailleurs, moi, si les partenaires sociaux disaient, laissez-nous, on va s'en occuper.
La CFDT dit, on a payé pour voir, merci, ça ira.
On est tous dans une logique...
Vous regrettez leur position ?
Non, moi, je ne regrette rien, parce que je vois aujourd'hui, à la CFDT, j'espère au MEDEF, au Parti Socialiste, derrière, évidemment, des postures de négociation qui sont logiques, des gens qui sont ouverts, quand même, au dialogue. Et aujourd'hui, on a besoin de dialogue. Parce que l'alternative, elle est délétère. On sait tous ce que c'est, l'alternative. C'est une dissolution, avec des résultats sans doute aussi bancals que ceux qu'on a aujourd'hui, ou une majorité rassemblement national absolue ou relative. Moi, je n'en veux pas de ça.
Et le but, c'est d'éviter une dissolution et des nouvelles législatives à tout prix ?
Mais on sait bien que tout ça, c'est coûteux. Donc le but, c'est que la France avance pendant deux ans. On a une échéance importante. 2027, élection présidentielle, qui va d'ailleurs permettre d'avoir des grands débats sur le financement de la retraite, sur l'immigration, sur la place de l'Europe dans le monde. En attendant, il ne faut pas qu'on ait une France à l'arrêt. Et évidemment, si on multiplie les échéances électorales, on aura une France à l'arrêt. Parlez aux chefs d'entreprise. Ils vous disent aujourd'hui, bon, on préférait un budget pro-offre que anti-offre. Mais ce qu'on veut avant tout, c'est un budget de la stabilité. Et franchement, je les comprends.
Le 830 France Info, Adrien Beck, Mathilde Sirot.
Vous êtes toujours avec nous, Roland Lescure. Nous parlions à l'instant de la crise politique et Sébastien Lecornu va devoir former son gouvernement. Vous aviez déjà pris position pour une coalition des raisonnables. Alors concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Et je voudrais vous faire réagir à ce que préconisent plusieurs personnalités à gauche, dont Raphaël Glucksmann, qui finalement font de la présence au gouvernement de Bruno Retailleau, un casus belli. Vous aussi, vous avez exprimé des désaccords avec le ministre de l'Intérieur. Est-ce que vous le trouvez trop clivant, finalement, pour faire partie du futur gouvernement, si vous souhaitez avoir un accord avec le Parti Socialiste ?
Non. Et vous l'avez dit, j'ai des désaccords assez fondamentaux avec Bruno Retailleau sur quelques sujets. Et je le répète, ces désaccords sont tranchés dans le cadre de l'élection 2027. Mais en attendant, si on passe notre temps à mettre des lignes rouges partout, on n'y arrivera pas. On est aujourd'hui, arithmétiquement, face à une situation très simple, qui est, les Insoumis, c'est sans eux, le Rassemblement national, c'est sans eux, il faut qu'on travaille avec les autres pour faire avancer la France. Certains, on verra, sont prêts à entrer au gouvernement à certaines conditions.
C'est votre cas, par exemple ?
Mais moi, je n'en suis pas là. Là-dessus, je vais être, en fait... Ah, vous ne répondez quand même pas complètement à la question. Non, mais je vais être très clair. Je vous ai expliqué pourquoi je n'avais pas souhaité rentrer dans le gouvernement Barnier ni dans le gouvernement Bérou. L'équation politique n'était pas celle que je considérais comme la bonne et la méthode non plus. Aujourd'hui, on a une équation politique différente, on a une méthode différente et on a une personne différente. Mais avant de parler du casting gouvernemental, il faut d'abord négocier. Parce que selon que les socialistes acceptent ou non, pourquoi pas d'ailleurs d'entrer dans un gouvernement ?
Ou au moins de ne pas s'ensurer.
Vous imaginez potentiellement que des socialistes puissent accepter de rentrer dans un gouvernement ?
On ne peut pas dire qu'ils les montraient de manière extrêmement favorable. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Les bœufs, si je puis dire, c'est négocier le fond. Et ensuite, on parle du casting, de qui va opérer. Mais selon que la politique sur laquelle on se mettra, j'espère, d'accord, sur laquelle on convergera sera de telle ou telle nature, ce ne sera pas le même résultat. Et une chose est claire, moi j'ai beaucoup étudié les coalitions dans le monde, c'est que les Allemands, quand ils font un accord de coalition, ils se mettent d'accord sur le fond.
Ça prend du temps et à la fin, on a un texte avec un nombre de pages pour le contrat de gouvernement.
Ensuite, ils se mettent d'accord sur des portefeuilles. La CDU va prendre l'économie, les Verts vont prendre l'écologie, etc. Mais derrière, les écologistes n'ont pas le droit de savoir qui, enfin de décider qui la CDU va envoyer au gouvernement. C'est chaque parti qui envoie un peu ses représentants. René Rataillot, il est chef du parti, il a gagné avec 70% des voix, je pense. Il a clairement participé au gouvernement depuis un an avec un certain succès, il faut le reconnaître. Voilà, s'ils souhaitent participer au gouvernement sur la base d'un accord, moi je ne suis pas en mesure en tout cas de m'y opposer et je trouverais ça plutôt sain que les chefs de parti s'impliquent.
Il y a toujours aussi ce raisonnement qui vient semble-t-il de l'Elysée et peut-être même du chef de l'État qui est de dire les socialistes n'ont aucun intérêt à une dissolution donc ils vont être forcés de travailler avec nous. Est-ce que ce n'est pas un peu un calcul risqué ?
Alors c'est un calcul risqué, c'est peut-être vrai mais je pense, ils l'ont dit d'ailleurs explicitement, qu'ils ne sont pas prêts à tout et que si dissolution il doit y avoir, dissolution il y aura et c'est notre cas, c'est le cas des Républicains mais aujourd'hui ce qu'on doit éviter c'est la dissolution. Est-ce qu'on va y échapper ? Je ne sais pas.
Je vois bien qu'il y a beaucoup de gens qui en parlent et d'ailleurs cette cerise, cette menace, on doit l'intégrer dans notre réflexion et dans la négociation mais on doit l'intégrer aussi dans notre stratégie politique parce qu'une dissolution ça se prépare, on n'était pas tout à fait prêts pour la dernière il faut être prêts pour celle-là si elle arrive mais il faut avant tout tout faire pour l'éviter et je pense que les socialistes sont prêts à ça mais pas à n'importe quel prix et j'allais dire c'est normal, c'est de bonne guerre.
Alors dans ce contexte 175 000 manifestants étaient dans la rue ce 10 septembre 200 000 selon la CGT on a vu dans les rassemblements beaucoup de jeunes et on a surtout entendu énormément d'appels à la démission d'Emmanuel Macron. Écoutez. Mes principales relents d'indications Macron démission on veut la démission de M. Macron j'attends que le gouvernement tombe et que Macron dégage. Alors ces slogans ces appels à un départ d'Emmanuel Macron est-ce que c'est un signal qui vous inquiète ?
Vous savez ce qui m'inquiète moi ? Il y a de la colère elle s'est manifestée mercredi avec des manifestations relativement limitées quand même on n'est pas sur les chiffres de la...
Malgré tout beaucoup plus que ce qui était anticipé.
C'est pas la colère c'est le mépris ou l'indifférence. Aujourd'hui je pense que les politiques j'allais dire sont au mieux méprisées et au fond intéressent plus grand monde. Moi j'ai passé l'été à parler avec des français et des français dans l'hexagone et dans ma circonscription les gens en ont marre. Je pense que maintenant pour restaurer un minimum de confiance dans la politique il va falloir travailler il va falloir trouver des solutions et des solutions qui améliorent le quotidien des françaises et des français. Vous pourriez vous dire vous l'avez dit
à vos amis
qui sont au pouvoir depuis quelques mois voire quelques années. Moi j'ai été ministre de l'industrie. Je vais vous dire que quand je me vais le matin je me disais comment on ouvre des usines comment on sauve des jobs on a sauvé du ralex on a sauvé carline on a sauvé des boîtes parce que au fond c'est ce que les gens souhaitent et c'est vrai que de voir un spectacle de gens qui donnent l'impression qu'ils s'intéressent plus à eux qu'à eux qu'à eux-mêmes qu'aux français les gens en ont marre.
Donc c'est normal qu'on soit dans une période très politique qu'on ait une négociation très difficile mais derrière il va falloir bosser pour que les gens se disent ben eux au moins ils se sont mis d'accord et ils avancent.
Vous ne craignez pas que cette crise politique elle provoque une crise sociale en France ? On sait qu'il y a aussi cette journée du 18 septembre avec un appel à manifester et un mouvement syndical qui se prépare.
Si, évidemment tout ça est inquiétant et c'est pour ça qu'il faut avancer et c'est pour ça que la responsabilité individuelle des responsables politiques qui devraient bien porter leur nom c'est de négocier c'est de se mettre autour de la table c'est de faire des concessions moi je suis prêt à en faire et le premier ministre je pense qu'il a la bonne méthode il n'est pas sur tous les plateaux il ne parle pas à Euadia mais il parle aux gens avec qui il va négocier et je lui souhaite vraiment d'avoir des résultats pour lui mais surtout pour nous et pour nous tous et nous toutes.
Alors Roland Lescure vous êtes, on le rappelle député des Français d'Amérique du Nord on a beaucoup évoqué ces 24 dernières heures l'assassinat de Charlie Kirk ce militant conservateur porte-drapeau de la jeunesse trumpiste Donald Trump qui accusait l'extrême gauche les républicains les démocrates qui se rejettent la faute c'est pas le premier épisode de violence politique aux Etats-Unis ces derniers mois malgré tout vous qui vivez en partie en Amérique du Nord est-ce que vous avez l'impression qu'on est face à un engrenage que vous disent les Français qui sont sur place ?
moi j'ai été à Phoenix en Arizona là où vivait Charlie Kirk il y a une quinzaine de jours la tension est énorme c'est-à-dire qu'on voit beaucoup ce qui se passe à Washington mais ce qui se passe à Washington se passe aussi en Arizona en Caroline du Nord dans le Colorado c'est-à-dire que la tension entre républicains et démocrates la tension entre des gouverneurs démocrates et des congrès locaux républicains est très très forte donc il y a une tension très forte et il y a une violence politique qui n'est pas à tous les coins de rue mais qui se manifeste de manière extrêmement dramatique aujourd'hui je voudrais quand même rappeler que Charlie Kirk c'est quelqu'un qui était anti-revertement qui considère que les femmes doivent aller à l'université pour se trouver un mari et qui disait finalement les quelques morts qu'on apparent des armes à feu c'est le prix à payer pour la liberté de se défendre et l'amendement le fameux second amendement de la Constitution ça n'explique en rien évidemment c'est pas l'arroseur arrosé quand même Roland Lescure non mais ça montre bien que de nourrir ce genre de discours ne permet pas de pacifier le pays et donc évidemment je regrette ce drame horrible et d'ailleurs j'ai peur que ça ait des conséquences pour là encore tendre la situation sur le terrain dans les territoires et pourquoi pas à Phoenix à Arizona mais il ne faut pas oublier que cette situation évidemment on est dans une situation très différente en France mais cette situation de tension de clivage systématique de camps qui ne se parlent plus il faut éviter qu'on en arrive là donc parlons-nous soyons conscients des risques aujourd'hui qui existent pour la démocratie on a parlé de la Russie pour commencer on finit par les Etats-Unis mais aujourd'hui l'état de droit aux Etats-Unis il est en danger il faut se le dire
on n'a pas tout à fait fini puisque des Etats-Unis on va repartir vers l'Europe puisqu'il y a eu les droits de douane droits de douane qui pèsent beaucoup sur l'industrie européenne et notamment avec des inquiétudes sur l'industrie la filière automobile vous l'avez rappelé vous avez été ministre de l'industrie et aujourd'hui c'est le jour où les constructeurs les équipementiers vont tenter d'aller faire pression sur la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen c'est toujours le sujet dès de l'interdiction de vente de véhicules thermiques au-delà de 2035 écoutez ce que confiait à notre correspondant Sébastien Baer le directeur technique de l'équipementier allemand Costal
c'est trop court nous avons besoin d'autant pour être compétitifs sur le marché mondial si nous devons payer des milliards de pénalités cet argent ne pourra pas être investi dans l'innovation si nous nous retrouvons demain avec uniquement des voitures asiatiques sur les routes européennes alors cela n'aura pas été bénéfique pour l'Europe
alors Roland Lescure vous qui connaissez ces enjeux vous qui connaissez aussi les équipementiers les industriels français est-ce qu'aujourd'hui l'industrie française peut tenir ce délai ?
moi l'Europe elle sera industrielle où elle ne sera pas et elle sera industrielle verte où elle ne sera pas et donc cet objectif de vente de véhicules non thermiques à partir de 2035 je pense qu'il faut s'y tenir on peut peut-être limiter la case sur les fameuses amendes que mentionnait votre interview mais il faut garder le cap pourquoi ? parce qu'il l'a dit d'ailleurs les chinois sont déjà là
il ne faut pas assouplir de même un an deux ans trois ans c'est ce que demandent certains c'est dans 10 ans
mettons nous au travail accompagnons les entreprises pour développer moi j'ai été un des premiers acheteurs de la R5 électrique j'étais sans doute un des premiers acheteurs de la R5 il y a 35 ans quand j'ai acheté ma première voiture je suis extrêmement fier qu'on ait une voiture électrique de qualité qui est fabriquée en France et qui est la première voiture électrique vendue en France loin devant les chinois et pourquoi elle est devant les chinois ?
parce qu'on a réservé le bonus achat aux véhicules électriques aux véhicules assemblés en Europe ce que je dis par là c'est que je disais tout à l'heure la politique elle doit être concrète elle doit aider les françaises et les français on a pris des mesures qui de manière très concrète ont fait que la part de marché des véhicules chinois est passée de 75% à moins de 40% et ça c'était avec Bruno Le Maire et ça a marché donc il faut accompagner cette transition il faut être pragmatique sur l'impact notamment financier sur les constructeurs mais il faut y aller il faut y aller on n'a pas le choix
une toute dernière question Roland Lescure il faut protéger avoir obligé les industriels ou plutôt obliger une quantité de produits européens dans les voitures électriques
oui ça on l'a fait notamment en deux mots oui il faut le faire évidemment c'est du protectionnisme indéligent parce que c'est du protectionnisme vert on est plus vert que la moyenne et donc il faut acheter plus vert et donc il faut acheter européen
merci Roland Lescure vous êtes vice-président de l'Assemblée nationale député Renaissance des Français d'Amérique du Nord merci Mathilde Sirot on a le plaisir de vous retrouver demain Sous-titrage Société Radio-Canada
Roland Lescure