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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 12 février 2025 26 min

Justice des mineurs : "Il faut assumer des peines courtes de prison dès le premier délit grave", assure Bruno Retailleau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Invité

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10.

0:06
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Intérieur dans le grand entretien du 7-10. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Bruno Retailleau, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Salamé. Et bienvenue sur Inter. Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin. Le débat public sur l'identité française réclamé par François Bayrou, la remise en cause du droit du sol, votre politique sur l'immigration ou encore la lutte contre le narcotrafic. Mais pour commencer, quelques mots sur ce meurtre qui bouleverse beaucoup de monde, beaucoup de parents.

Celui de Louise, 11 ans, dont le corps sans vie a été retrouvé samedi à quelques centaines de mètres de son établissement scolaire à Longjumeau. L'ADN du principal suspect a été retrouvé sur les mains de la collégienne. Que pouvez-vous nous dire de plus ce matin, Bruno Retailleau, sur l'avancée de l'enquête ?

1:07
Bruno Retailleau

Je ne dirai rien parce que vous savez que les enquêtes, bien sûr, sont diligentées par des forces de sécurité intérieure, que ce soit des gendarmes, des policiers. Mais une enquête est placée sous l'autorité judiciaire, pas sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Ce que je veux dire, c'est vraiment ma compassion profonde. Je suis père de famille et j'imagine la douleur de la famille. Tous les crimes sont horribles, mais celui-là semble avoir dépassé, dans un certain nombre de limites, l'imagination. Mais je pense que le coupable a été arrêté.

Vous me permettrez quand même de saluer les forces, notamment de sécurité, les policiers, puisqu'en un peu plus de 48 heures, simplement, le coupable pourrait avoir été confondu, si j'en juge par les traces de l'ADN, par un certain nombre d'autres indices. Je veux vraiment les féliciter. Ils font un travail vraiment difficile.

1:58
Invité

Vous êtes sûr que le coupable a été arrêté ?

2:00
Bruno Retailleau

On n'est jamais sûr. Et très franchement, c'est le procureur de la République qui va s'exprimer, ce soir, dans une conférence de presse, à 18h, qui pourra en dire plus que moi.

2:07
Invité

Mais sur les motivations du suspect, on parle de jeux vidéo...

2:12
Bruno Retailleau

J'ai entendu. J'ai entendu. Mais très franchement, peut-on tuer un enfant de 11 ans parce qu'on a perdu, parce qu'on a été contrarié, parce qu'on est frustré à force d'addiction à des jeux vidéo ? Ce qui montre bien d'ailleurs que les écrans, les jeux vidéo, il faut y faire très attention. Mais très franchement, de là à commettre cet acte absolument irréparable, c'est absolument terrible. Et ça montre un ensauvagement, ça montre quelque chose quand même de notre société.

2:42
Invité

Il y a une quinzaine de jours, c'est le jeune Elias qui mourait à Paris, poignardé par un adolescent. Ce drame a relancé le débat sur la justice des mineurs. C'est justement aujourd'hui que Gabriel Attal présente à l'Assemblée nationale sa proposition de loi qui veut durcir la justice des mineurs. Comparution immédiate pour les mineurs, dérogation à l'excuse de minorité, sanction des parents. Ça va dans le bon sens, à vos yeux ?

3:05
Bruno Retailleau

Ça va dans le bon sens. Malheureusement, c'est une proposition de loi qui a été largement détricotée en commission. Ça fait des années, moi, que je plaide pour une révolution juridique. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, et le cas du meurtrier d'Elias est absolument typique, aujourd'hui on enferme des mineurs violents dans des parcours de délinquance. On ne veut pas leur donner des peines de prison trop tôt, et donc on attend 10, 15, 20, parfois 30 antécédents judiciaires avant que la sanction ne tombe. Pire même, vous savez ce qu'on fait aujourd'hui ? Il y a la césure.

C'est-à-dire qu'on découpe, on dissocie le moment où on va reconnaître la culpabilité pour une faute d'un mineur du moment où plusieurs mois après, on fera tomber la sanction. Du coup, la sanction se vide de son sens.

3:51
Invité

Vous savez que les magistrats et que beaucoup d'associations sont opposées à cette décision en disant que ce ne sont pas des adultes et ça détourne la justice de son rôle éducatif.

4:03
Bruno Retailleau

Mais je suis désolé, rien dans notre droit constitutionnel, notamment dans nos droits fondamentaux, dit qu'il faut faire une césure, c'est-à-dire séparer le moment où vous dites tu es coupable du moment où on va faire tomber la sanction. Ceux qui ont des enfants, est-ce que, très franchement, est-ce que quand un gamin fait une bêtise, vous lui dites tu as fait cette bêtise, tu es coupable et on verra dans trois mois, dans six mois, la peine, la sanction que je vais te donner ? C'est incompréhensible. Et je pense là encore qu'il faut assumer des peines courtes de prison.

Des peines courtes de prison comme le font par exemple les Pays-Bas d'une semaine ou deux semaines dès le premier délit grave. parce que c'est cela qui est éducatif. On a des enfants qui ont perdu, des jeunes mineurs, qui ont perdu toute empathie, qui peuvent tuer et quelques minutes après, aller boire sur la terrasse d'un café. Et là, je crois que la prison, la butée, elle est essentielle. Maintenant, il faudrait abolir la loi de Mme Belloubet de 2019.

5:04
Invité

Cette proposition de loi la remet en cause, en tout cas, la proposition de Gabriel Attal.

5:09
Bruno Retailleau

Partiellement, puisque justement, on interdit en France, jusqu'à présent, des peines de prison réelles et effectuées, justement, avant un mois. Le droit du sol.

5:19
Présentateur

Oui, et Gérald Darmanin réclame de revenir sur ce droit du sol. Il estime que l'obtention de la nationalité française ne doit plus être automatique. C'est ce qu'il dit. François Bayrou lui a un peu fermé la porte en appelant un débat public approfondi et beaucoup plus large sur l'identité française, sur ce que c'est que d'être français. Le Premier ministre, Bruno Retailleau, essaye-t-il de noyer le poisson ?

5:47
Bruno Retailleau

Non, pas du tout, parce que ce débat, il est né pour Mayotte, sur Mayotte. Je le sais très bien. Nous avions d'ailleurs voté sur la loi immigration au Sénat une restriction, un durcissement du droit du sol qui était ensuite censuré pour des raisons de forme, vous le savez, par le Conseil constitutionnel. A Mayotte, c'est quoi le droit du sol ? Ce sont ces femmes qui viennent dans la maternité qui est la première de France, de Mamoudzou, pour accoucher. Elles sont souvent en situation irrégulière, mais lorsqu'elles viennent accoucher, le droit du sol peut donner à leur enfant justement la nationalité à sa majorité française. C'est ça qu'il faut combattre.

6:23
Invité

On entend bien, mais François Bayrou ne veut pas ouvrir la question sur le droit du sol, il veut parler, il veut un grand débat sur l'identité française. Ce qui fait dire à Marine Le Pen, ça fait 25 ans qu'on débat de ça, il y a une chose qui est mieux que le débat, c'est le vote, il faut arrêter de blablater et organiser un référendum pour supprimer le droit du sol. Vous lui donnez un point, Marine Le Pen ?

6:40
Bruno Retailleau

Je ne lui donne pas un point, puisque au moment de la loi immigration, j'avais fait voter au Sénat une restriction du droit du sol qui ne devenait plus automatique. C'est-à-dire que c'était la disposition de Charles Pasqua, un enfant né de parents étrangers sur le sol français, avant sa majorité, pour devenir français, on lui demandait un acte consenti, une déclaration de sa propre volonté. C'est cela qui pour moi est important, pour ne pas devenir français par hasard.

7:10
Présentateur

De leur côté, d'autres ministres de votre gouvernement, Elisabeth Borne et Eric Lombard ne voient pas l'urgence d'un tel débat. Eric Lombard, à l'économie, dit ainsi que le dispositif législatif actuel est tout à fait satisfaisant. Je ne vois pas de raison de modifier le droit du sol. Que répondez-vous à ça ?

7:30
Bruno Retailleau

Il vient de la gauche, donc il est conforme, si j'ose dire, à sa tradition de la gauche. Ce que je réponds, c'est que le gouvernement, Léa Salamé, vous le savez très bien, c'est l'union des bonnes volontés, qui ont des parcours très très différents, mais qui se sont dit, le pays risque le chaos, et il faut qu'on trouve un minimum d'accords sur un certain nombre de points, le budget, etc., pour faire fonctionner la France, pour que ce ne soit pas le chaos qui gagne notre pays. Et bien entendu, on n'a pas tous les mêmes origines.

8:00
Invité

Oui, mais surtout, on pourrait se demander, vous parlez des bonnes volontés au gouvernement, mais vous, Bruno Retailleau, vous êtes au gouvernement pour faire avancer les choses selon vous, ce qui est important pour vous, vos convictions. Pour le coup, vous en avez depuis longtemps, et vous les assumez. Et ce sont les mêmes. Et vous ne pouvez pas le faire. Oui, mais vous ne pouvez pas le faire. Vous voulez remettre en cause le droit du sol, vous n'avez pas la majorité. Vous voulez faire expulser, et on va en parler dans un instant, ceux que vous souhaitez expulser, vous n'y arrivez pas. Donc c'est vrai qu'on peut se poser la question, pourquoi vous restez au gouvernement ?

8:30
Bruno Retailleau

Léa Salamé, bien sûr qu'il y a plein d'obstacles. Mais moi, je veux être utile à mon pays. Et je pense pouvoir l'être, d'ailleurs. Sur le droit du sol, écoutons les Français. D'ailleurs, sur tous les sujets de l'immigration, désormais, il y a un consensus. Il n'y a que le petit monde politico-médiatique parisien qui se dispute, où il y a des polémiques. Mais les Français, à plus de deux tiers, vous prenez tous les instituts de sondage. Dans des dizaines et des dizaines d'études, 70% environ souhaitent qu'on reprenne le contrôle, voilà, en termes d'immigration. Y compris sur le droit du sol, parce qu'on ne comprend pas qu'on puisse devenir Français comme cela par hasard. Voilà.

Donc, il faut remettre de l'ordre dans notre maison. Et moi, je trouvais que faire en sorte qu'un jeune né de parents étrangers puisse assumer un consentement, c'est quelque chose qui me semble fondamental. Parce que pour moi, être Français, c'est d'y consentir. Ça n'est pas le hasard. C'est le fruit d'une volonté.

9:28
Invité

On va parler de cet influenceur algérien, Doualem, qui avait été interpellé pour les propos violents qu'il a tenus sur les réseaux sociaux, appelant à faire souffrir les opposants algériens. Il a été mis dans un avion direction l'Algérie, avant d'être renvoyé en France, de voir la justice française annuler son EQTF et même condamner l'État humiliation suprême à lui verser 1200 euros. Où ça en est ? Vous allez en rester là ? Il va rester en France ? Il est actuellement où ? Il est en liberté ? Et puis est-ce que ce n'est pas tout simplement un désaveu pour vous, personnellement, Bruno Retailleau ?

9:59
Bruno Retailleau

C'est un désaveu pour la France et les Français. Vous avez un individu, je l'ai déjà dit, qui part deux fois entre illégalement en France, qui a été par six fois condamné, deux fois pour stupifiant, qui emmagasine, si j'ose dire, sur son parcours plus de onze années et onze mois de prison et on est incapable de l'expulser parce que les Algériens n'en

10:18
Invité

veulent pas. C'est les Algériens qui méprisent le droit international. Mais ça n'est pas

10:23
Bruno Retailleau

ça. C'est parce que l'Algérie n'a pas respecté le droit. Le droit international, la convention de Chicago, notre droit, l'accord bilatéral entre l'Algérie et la France est clair. Dès lors qu'on a un passeport en plus biométrique, infalsifiable, où c'est un ressortissant algérien, le droit international comme notre droit imposait à l'Algérie de le reprendre. Voilà. Moi je suis stupéfait et on voit aujourd'hui, et compris d'ailleurs en matière de droit public, de justice administrative, qu'il faut remettre parfois des règles dans le bon chemin. Il faut revoir le droit.

10:58
Invité

L'état de droit n'est pas intangible ni sacré. C'est votre phrase à votre arrivée à Beauvau.

11:02
Bruno Retailleau

C'est parce que certains, certains, certains, certains nous présentent comme appartenant à un état de droit des règles qui pour moi ne sont pas intangibles. Par exemple, lorsque la jeune Philippine est violée, est tuée, assassinée par un ressortissant marocain, si nous avions pu, par exemple, avoir une durée de rétention dans les centres de rétention administrative plus longue, elle serait en vie. Donc moi je veux modifier les règles de droit quand elles ne protègent pas les Français. Pareil pour les sortants de prison. On a le cas de cet individu qui est allure, il est sorti de prison.

D'ailleurs il n'a pas fait son quantum, il a été condamné quand même pour la préparation d'un acte terroriste. A 9 ans de prison, il n'en fait que 6. Pourquoi est-ce qu'on diminue les peines en France comme cela ? Pour des gens qui sont dangereux. Et ensuite on n'a pas le droit de le retenir alors qu'il est dangereux. Par 3 fois, on a fait des tentatives législatives pour avoir des peines de sûreté, des peines de rétention, notamment pour des individus dangereux. Par 3 fois, le Conseil constitutionnel a censuré. Il faut que le droit protège les Français.

12:09
Présentateur

On va passer au standard où Christophe nous attend. Bonjour. Oui bonjour. Vous êtes magistrat ? Oui tout à fait.

12:16
Invité

Expliquez-nous. Oui bonjour Nicolas Demorand, bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. Je suis magistrat administratif au tribunal administratif de Melun. Ça doit vous parler. C'est le tribunal qui a annulé l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'influenceur algérien Monsieur Doualem. Je voulais juste vous rappeler Monsieur le Ministre que le jugement qui apparemment a eu l'air de vous contrarier, le jugement d'annulation de l'OQTF n'est que la stricte application du droit. Le magistrat n'a fait qu'appliquer la loi, toute la loi, rien que la loi.

Et notamment l'article L432-12 du Code des étrangers qui dispose que lorsqu'un étranger est titulaire d'une carte de résident et que l'administration lui retire sa carte de résident de 10 ans, à ce moment-là, il ne peut pas faire l'objet d'une OQTF. Il ne peut pas faire l'objet d'une OQTF. C'est la loi qui le dit. Ce n'est pas le magistrat qui l'a dit tout seul dans son coin. Voilà. Cette loi, je rappelle juste à Monsieur le Ministre que cette loi, elle a été votée avec un peu de malice quand même. Cette loi, elle a été votée en janvier 2024. Cet article, le L432-12, il n'existait pas auparavant. Il a été voté en janvier 2024 dans le cadre de la dernière loi immigration.

En attendant la prochaine, il a été voté par le groupe LR du Sénat dont Monsieur Retailleau était le président. Donc, si cette loi ne lui convenait pas, il ne fallait pas la voter. Mais maintenant, la loi, elle est dans l'ordonnancement juridique. Le magistrat ne fait que l'appliquer. Je voudrais juste également dire une chose. Rapidement, Christophe, s'il vous plaît. C'est que depuis maintenant 3-4 jours au tribunal administratif de Menin, c'est un déchaînement de haine sur les réseaux sociaux, de toute la fachosphère. La présidente, on a appelé à la pendre aux écours, le premier vice-président à le décapiter, etc.

Il y a même des individus qui ont été sur Internet à partir d'un organigramme, essayer de penser qui pouvait être l'auteur de ce jugement, qui encore une fois n'est que l'application de la loi, strictement de la loi. Et le genre de commentaire, c'est « Ah ben lui, il a un prénom maghrébin, ça peut être lui. Elle, elle a un nom à consonance espagnole ou portugaise, ça doit être elle. » Alors qu'en plus, elle est greffière, elle ne prend pas de jugement. Voilà où on en est aujourd'hui. Simplement parce qu'un magistrat n'a fait qu'appliquer la loi. Et si cette loi ne plaît pas aux ministres, qu'il la change.

14:20
Présentateur

Merci Christophe. Qu'est-ce que vous lui répondez, Bruno Rejaillot ?

14:25
Bruno Retailleau

Je veux lui dire qu'il ne se sent pas visé. Je ne l'ai jamais visé. Je viens d'expliquer précisément qu'on a construit, notamment sur le droit des étrangers, un échafaudage juridique qui protège tellement les étrangers, parfois en situation irrégulière, que l'État régalien, lui, est désavoué. Mais ce n'est pas les magistrats que je critique. Je critique simplement des textes dont il va falloir revoir profondément un certain nombre de règles.

14:49
Invité

Mais quand il dit que vous avez voté ce texte quand vous étiez au Sénat...

14:52
Bruno Retailleau

Écoutez, ça m'étonne, peu importe. En tout cas, quand on constate... On va vérifier, mais... Mais c'est l'expérience. C'est l'expérience. On avance par l'expérience. Je pense que quand l'expérience nous montre qu'une règle n'est pas adaptée, il faut être pragmatique. Il faut changer la règle. Voilà tout. Voilà. Je pense que ce que je conteste, vous voyez, c'est un déséquilibre. J'en parlais, par exemple, pour la censure du Conseil constitutionnel qui n'a pas permis aux législateurs, à trois reprises, pour des individus terroristes dangereux qui sortent de prison, de mettre des peines de sûreté. Je pense que le déséquilibre, il est celui-là.

Il est le déséquilibre entre la protection individuelle de gens qui sont dangereux et la protection des Français de la société. Je pense que le curseur, il faut qu'on le mette un peu plus du côté de la protection des Français plutôt qu'un peu plus du côté de la protection de ces individus qui sont dangereux. C'est ce que nous demandent les Français. Et comme ministre de l'Intérieur, ne me demandez pas autre chose que de vouloir, que de pouvoir, y compris parfois contre le droit, qu'il faut alors changer, protéger la société française.

15:50
Présentateur

Retour au standard. Bonjour Stéphane. Bonjour. Vous êtes fonctionnaire de police depuis 30 ans.

15:56
Invité

Depuis 30 ans et plus spécialement chargé de la lutte contre les stupéfiants. Et donc, moi, ça fait 30 ans, ça fait 20 ans maintenant que j'interpelle différents ministres de la Justice et de l'Intérieur sur les antennes de France Inter sur la réforme de la procédure pénale, la simplification nécessaire, indispensable de la procédure pénale qui permettra vraiment de lutter contre le trafic de stupéfiants. Et puis, une dernière remarque sur la réforme, la dernière réforme de la police judiciaire qui est venue justement accroître les difficultés en termes de lutte contre le narco-venduitisme.

Et donc, je voulais savoir si le ministre de l'Intérieur allait faire en sorte que la procédure pénale soit vraiment simplifiée pour permettre aux policiers de faire leur travail correctement.

16:36
Présentateur

Merci beaucoup Stéphane. Bruno Retailleau vous répond.

16:39
Bruno Retailleau

Excellente question. Les policiers et les gendarmes sont dans un étau. Il y a de plus en plus de violences et la procédure est de plus en plus lourde. Ils perdent du temps, justement, dans des procédures qui les amènent vraiment à passer plus de temps administratif plutôt que sur la voie publique.

Ce que je veux lui dire, c'est qu'il y a un acte très important qui s'est passé au Sénat il y a quelques jours puisque, à l'unanimité, les sénateurs ont voté un texte qui va tout refonder en matière de lutte contre la criminalité organisée avec une organisation nouvelle de l'État, un parquet national spécialisé, un État-major, notamment pour réunir dans un même lieu, à Nanterre, les services d'enquête, les services de renseignement de quatre ministères concernés et avec des nouvelles procédures plus simples.

Contre le blanchiment, bien sûr, contre la corruption, un dossier qu'on appelle gossier-coffre pour que les criminels, ces grands criminels, n'aient pas accès aux informations qui sont fondamentales.

17:34
Invité

Vous allez y arriver ou c'est trop tard ? On avait Roberto Saviano à votre micro la semaine dernière qui disait « Enfin, la France ouvre les yeux sur le narcotrafic. » Oui, il y a des mafias en France. Vous n'osez pas employer le mot de mafia. Vous parlez de gang ou de... De grand banditisme. De grand banditisme, etc. Non, il y a des mafias. Il y a des mafias internationales, des cartels. La France y appartient. Pendant longtemps, il disait « Bon, la gauche n'a jamais voulu voir le problème. » Quand à la droite, elle expliquait que ce n'était pas le problème français. C'était les pays sous-développés, c'était les Marocains, c'était les Italiens. C'est ses mots à lui.

Vous vous êtes voilé la face et est-ce que vous allez y arriver ou c'est trop tard ?

18:11
Bruno Retailleau

Écoutez, c'est moi qui, il y a deux ans, ai demandé une commission d'enquête sur le narcotrafic quand j'étais sénateur. Et le texte qui a été voté la semaine dernière provient justement de la conclusion, des conclusions de cette commission d'enquête. On a en 2023 la saisie de cocaïne 23 tonnes. Un an plus tard, plus du double, 47 tonnes. Cette nuit, des douaniers à Lille, plus de 400 kilos. Les drogues les plus dures sont disponibles partout, pas seulement en ville, dans les quartiers, mais aussi en milieu rural, dans nos villages, tout le temps avec le Uber Sheet. C'est une menace fondamentale. Ce que je veux dire aujourd'hui, c'est que les narcotrafiquants utilisent des jeunes.

Ils sont de plus en plus jeunes. Et donc, le narcotrafic, ce sont des jeunes soldats, des soldats qui sont mineurs, qui sont recrutés, et les tués sont de plus en plus jeunes. Et il y a une menace sur nos institutions, avec notamment la corruption. Oui, nous allons y mettre un terme. Ce que nous avons fait, ce que nous allons faire avec cette nouvelle organisation, cet arsenal juridique, c'est exactement ce que nous avons fait contre le terrorisme il y a 10 ans. Et ça a fonctionné. L'an dernier, je rappelle, 9 attentats terroristes qui ont été déjoués, pas de morts. Je ne veux pas dire que demain, il n'y aura jamais d'attentat. Mais nous nous sommes réarmés.

Il faut que l'État régalien, celui pour lequel je plaide, qui protège les plus faibles de la loi du plus fort...

19:34
Invité

C'est en culpabilisant les consommateurs comme vous le faites. Vous avez lancé une grande campagne pour expliquer que fumer un joint ou prendre un rail de cocaïne c'est avoir du sang sur les mains. C'est comme ça que vous allez changer les choses vous pensez ?

19:43
Bruno Retailleau

Eh bien oui. J'assume aussi de sortir de cette culture récréative un peu bobo et j'assume de dire aux consommateurs s'il y a des trafiquants c'est parce qu'il y a des consommateurs. S'il y a une offre c'est parce qu'il y a une demande. Et moi j'en ai marre de voir ces jeunes. Je me souviens à Marseille un gamin de 15 ans lardé de 50 coups de couteau achevé par le feu. Ils l'ont brûlé vif. Je me souviens de cet enfant il en réchappe mais avec quels séquels à Rennes 5 ans 2 balles 2 balles dans la tête tirées par là encore un mineur de 14 ou 15 ans j'en ai marre. Donc je dis aux françaises et aux français responsabilisez-vous. Voilà. On ne peut pas disjoindre la consommation de la demande.

Que ça plaise ou non je le dis et on le montre pour la première fois dans une campagne campagne payée campagne payée par l'argent de la drogue par la saisie des biens des narco-racailles.

20:42
Présentateur

Bruno Retailleau quelques mots sur la fin de vie. Hier à ce micro la ministre du travail de la santé des solidarités Catherine Vautrin nous disait que le choix de François Bayrou de scinder le texte en deux avec d'un côté les soins palliatifs de l'autre l'aide active à mourir n'était pas acté l'Elysée est sur un seul texte disait-elle et elle-même qui vient de la droite comme vous dit aussi clairement préférer un texte et un seul qu'est-ce que vous lui répondez ? Qu'elle a tort que c'est François Bayrou qui a raison ?

21:13
Bruno Retailleau

J'approuve totalement le Premier ministre François Bayrou nous en avons parlé à plusieurs reprises et je ne vois pas ce que cela enlève d'avoir deux textes plutôt qu'un d'avoir qu'un seul texte c'était une confusion il y a des centaines de milliers de soignants qui nous ont dit attention c'est deux choses différentes aujourd'hui ce qu'il faut c'est qu'on ait des soins palliatifs partout en France parce qu'il y a des centaines chaque jour de françaises de français qui meurent dans la souffrance parce qu'ils ne disposent pas de soins palliatifs

21:42
Invité

C'est une ligne rouge c'était une ligne rouge pour vous vous avez dit je quitte le gouvernement si le texte n'est pas scindé en deux Non

21:48
Bruno Retailleau

j'avais indiqué que je ne souhaitais pas qu'un PJL un projet qui viendrait du gouvernement à objet unique soit évidemment Là ce n'est pas le cas Ce qui n'est pas le cas ce qui n'est pas le cas ce que je veux dire c'est qu'au moment de la mort d'abord il y a la conscience intime et que Catherine Vautrin pense différemment du Premier ministre ou de moi choque pas du tout Elle a évolué

22:09
Invité

elle vient de la droite comme vous

22:11
Bruno Retailleau

Oui mais sur ces questions elles sont encore une fois ce sont des questions de conscience et je crois que chacun doit apporter sa réponse simplement la réponse que moi j'apporte c'est qu'on ne doit pas laisser souffrir les gens quand ils vont mourir les soins palliatifs c'est d'abord le remède

22:25
Invité

Un mot sur Emmanuel Macron qui choisit Richard Ferrand pour succéder à Laurent Fabius à la tête du conseil constitutionnel c'est un bon candidat à vos yeux ?

22:36
Bruno Retailleau

Je ne me prononcerai pas parce que désormais donc les trois présidents présidents de la République les deux présidents des Assemblées ont mis sur la table trois noms et maintenant c'est le Parlement qui va devoir déterminer si ce sont des bons candidats

22:50
Invité

Vous préférez Langue de Bois ce matin ?

22:53
Bruno Retailleau

Non c'est la séparation des pouvoirs si jamais j'entrais dans cette discussion on me dirait mais il est ministre c'est l'exécutif Bruno Ressayot

23:03
Invité

vous avez un avis ?

23:04
Bruno Retailleau

Et je le garde pour moi

23:04
Invité

Léa Salamé Un mot sur votre parti LR depuis octobre Laurent Wauquiez chef des députés LR s'est lancé dans le chantier de la refondation du parti il y aura bientôt un congrès avec l'élection du nouveau président de LR vous êtes candidat ?

23:16
Bruno Retailleau

Si je devais l'être ce n'est pas ici que je l'annoncerai Ah bon ? Et pourquoi donc ? C'est devant les militants si je devais l'être si je dois être amené à prendre cette décision c'est les militants je la réserverai je la réserverai aux militants Vous avez décidé ? Ah ça c'est mon fort intérieur qui ne peut pas vous le dire

23:33
Invité

Laurent Wauquiez il s'inquiète là il vous rappelle le deal que vous avez passé à toi d'incarner la droite au gouvernement à moi de reconstruire notre famille politique si tu ronces cet accord Bruno tu porteras la responsabilité d'allumer une guerre des chefs qui sera dévastatrice

23:49
Bruno Retailleau

Non mais la démocratie a été inventée en Grèce et on l'a en France pour éviter la violence justement voter ça n'est pas diviser la démocratie c'est au contraire faire des choix et on verra bien quel sera le choix des uns et des autres mais tant que je ne le suis pas candidat je l'étais avec monsieur Ciotti à l'époque est-ce qu'il y avait eu une guerre des chefs ? Est-ce qu'il y avait eu du sang sur les murs ?

Je pense qu'on a besoin et je le vois bien et pas que moi mais on l'a vu aussi dans des résultats des élections législatives partielles municipales la droite retrouve des couleurs et je pense qu'il faut vraiment refonder un grand parti de droite qui accepte de s'élargir voilà il y a un goût parce que les français viennent vers nous parce que je pense qu'ils adhèrent à nos solutions et à nos propositions

24:31
Présentateur

Allez une dernière que pensez-vous de l'idée d'une grande primaire du centre et de la droite comme le souhaite le maire de Cannes David Lysnard

24:39
Bruno Retailleau

Très franchement je me consacre à ma tâche 2027 c'est beaucoup beaucoup trop loin donc je ne m'embarrasserai pas avec ce genre de questions que je n'ai pas résolues non plus en plus au moment où je vous en parle

24:50
Invité

Mais vous vous tâtez quand même tout le monde dit que vous vous préparez c'est ce que dit votre entourage

24:54
Bruno Retailleau

Mon entourage je l'ai dit le seul entourage que je connais c'est mon tribunal intérieur Et alors il en est où ? Le tribunal intérieur Comment va le tribunal intérieur ? Il a délibéré Que dit le tribunal intérieur ?

Il n'a pas délibéré Et je crois que ma force ma force vient de ma liberté la liberté de dire ce que je pense je crois que on peut me critiquer je comprends parce que j'ai des options qui sont fortes j'ai des convictions que j'assume elles sont cohérentes depuis longtemps mais au moins on ne peut pas dire il en change en permanence Ce que je veux simplement dire c'est que ma liberté c'est cette force et cette force aussi c'est que je ne suis pas dans le coup d'après Voilà Je me consacre totalement à ma tâche

25:31
Présentateur

Eh bien merci Merci Bruno Retailleau d'avoir été au micro d'Inter ce matin

Justice des mineurs : "Il faut assumer des peines courtes de prison dès le premier délit grave", assure Bruno Retailleau — Bruno Retailleau · Pourquijevote