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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 13 janvier 2022 10 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & élections

Le bilan d'Emmanuel Macron au Moyen-Orient est "très mitigé", selon Christian Chesnot et Georges Malbrunot

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 82 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteÉludée

    Pourquoi la France a-t-elle perdu de son influence au Maghreb et au Moyen-Orient, une région qui lui est pourtant familière ?

  • 0:05OuverteÉludée

    Comment expliquer ce déclin, ce déclassement, pour reprendre le titre d'un livre publié aujourd'hui ?

  • 1:36OuverteRéponse directe

    Et pour reprendre un mot qu'il aime bien, est-ce qu'il a été disruptif, vraiment différent des autres, Georges Malbrunot ?

  • 1:42OuverteRéponse directe

    Vous faites souvent la comparaison avec Jacques Chirac dans votre livre.

  • 4:10OuverteRéponse directe

    Christian Chénault, au final, qu'est-ce qu'il a obtenu ? Est-ce qu'il a quand même réussi à faire avancer la position de la France dans cette région du monde ? Ou que des échecs partout ?

  • 5:06FerméeRéponse directe

    Une conférence où il a voulu réunir les deux frères ennemis de la Libye, mais sans inviter l'Italie, c'est ça ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:47InvitéFait
    « le président Macron a eu beaucoup d'enthousiasme, de volontarisme au début de son mandat. »
  • 0:53InvitéFait
    « il a été en Algérie, au Liban, il a mouillé sa chemise, mais j'allais dire, il a été un peu roulé dans la farine parce qu'il était peut-être trop pressé. »
  • 1:01InvitéFait
    « il secoue les dirigeants algériens, il convoque le patron de l'armée algérienne pour lui faire une leçon de stratégie militaire »
  • 1:22InvitéFait
    « des gens comme Nabibéry, où il dit Inch'Allah, c'est-à-dire si Dieu le veut. »
  • 1:49InvitéFait
    « Il a surtout pratiqué le « en même temps ». »
  • 2:04InvitéFait
    « il commence son mandat en assimilant la colonisation à un crime contre l'humanité, et puis à la fin, il termine par cette petite phrase sur le fait qu'il n'y a pas d'histoire algérienne avant la présence française. »
  • 2:38InvitéFait
    « il y a chez lui, comme il y avait notamment chez Nicolas Sarkozy, cette recherche de coups médiatiques. »
  • 2:44InvitéFait
    « lorsque les plombiers de l'Elysée ont voulu installer une ligne sécurisée à New York lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies entre les hôtels de Donald Trump et du président Hassan Rouhani. »
  • 3:18InvitéFait
    « il monte dans la voiture de l'ambassadeur de France en Israël et il lui dit « Je veux faire un coup, qu'est-ce que je peux faire ? » »
  • 3:38InvitéFait
    « Emmanuel Macron qui veut imiter Jacques Chirac lors de son arrivée à Saint-Anne où il y a eu une petite altercation. »
  • 4:38InvitéChiffre
    « plus de 20 millions de factures impayées. »
  • 5:04InvitéFait
    « il a monté cette conférence de la Sède Saint-Cloud à la Bavite. »
  • 6:09InvitéFait
    « Les relations ont été historiquement tendues, et elles le sont encore aujourd'hui. »
  • 6:23InvitéFait
    « un petit groupe de diplomates néoconservateurs au Quai d'Orsay ont pris en otage cette politique iranienne, obsédée par la menace nucléaire iranienne. »
  • 7:42InvitéChiffre
    « au concours de la DGSE l'année dernière, il n'y a pas eu assez de candidats suffisamment bons en arabe pour intégrer la DGSE. »

Temps de parole

  • Invité47 %
  • Invité 230 %
  • Présentateur23 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Pourquoi la France a-t-elle perdu de son influence au Maghreb et au Moyen-Orient, une région qui lui est pourtant familière ? Comment expliquer ce déclin, ce déclassement, pour reprendre le titre d'un livre publié aujourd'hui ? Ces deux auteurs, Christian Chénaud et Georges Malbruno, sont avec nous. Bonjour. Bonjour. Vous êtes tous les deux grands reporters. Christian Chénaud à Radio France, Georges Malbruno au Figaro. Ça fait 30 ans que vous sillonnez cette partie du monde. Et pour cette enquête, vous avez rencontré 200 personnes qui gravitent dans les coulisses des différents pouvoirs, voire de l'Algérie au Liban, en passant par l'Égypte, l'Iran, l'Arabie Saoudite et j'en passe.

Et le résultat, c'est un livre ultra-documenté sur la diplomatie française de ces 15 dernières années. Mais vous insistez tout de même plus spécifiquement sur la méthode Macron. Et sur ce point particulier, votre constat, c'est une diplomatie hyperactive, mais finalement stérile.

0:47
Invité

Oui, le président Macron a eu beaucoup d'enthousiasme, de volontarisme au début de son mandat. Il a été en Algérie, au Liban, il a mouillé sa chemise, mais j'allais dire, il a été un peu roulé dans la farine parce qu'il était peut-être trop pressé. On raconte des scènes dans le livre où il secoue les dirigeants algériens, il convoque le patron de l'armée algérienne pour lui faire une leçon de stratégie militaire, il déploie devant lui une carte. Ça, ça ne s'était jamais fait.

Non, alors il casse les protocoles, il casse les codes, mais en même temps, face à des personnages madrés qui ont de l'expérience, par exemple au Liban, des gens comme Nabibéry, où il dit Inch'Allah, c'est-à-dire si Dieu le veut. Donc il est un petit peu finalement peut-être trop pressé, trop catégorique, et il se heurte finalement à un serail qui va un petit peu l'asphyxier d'une certaine manière.

1:36
Présentateur

Et pour reprendre un mot qu'il aime bien, est-ce qu'il a été disruptif, vraiment différent des autres, Georges Malbrunot ? Vous faites souvent la comparaison avec Jacques Chirac dans votre livre.

1:44
Invité

Oui, alors en fait, non, le président n'a pas été tellement disruptif. Il a surtout pratiqué le « en même temps ». Au Liban, que je l'ai accompagné à deux reprises là-bas, il a à la fois secoué, invectivé les dirigeants libanais en leur disant « vous avez tous touché », mais en même temps, c'est le cas de dire, il a refusé de les sanctionner. En Algérie aussi, il commence son mandat en assimilant la colonisation à un crime contre l'humanité, et puis à la fin, il termine par cette petite phrase sur le fait qu'il n'y a pas d'histoire algérienne avant la présence française. Donc il y a comme ça une confusion dans les paroles d'Emmanuel Macron.

C'est dommage parce qu'effectivement, comme l'a dit Christian, il y a un volontarisme. Emmanuel Macron a une vision stratégique, il comprend très rapidement les problèmes complexes du Moyen-Orient, mais il se heurte à une méthode justement assez brutale. Et puis il y a chez lui, comme il y avait notamment chez Nicolas Sarkozy, cette recherche de coups médiatiques. On l'a vu par exemple avec l'Iran, lorsque les plombiers de l'Elysée ont voulu installer une ligne sécurisée à New York lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies entre les hôtels de Donald Trump et du président Hassan Rouhani. Tout ça a été monté à la va-vite, il n'avait aucune chance que ça marche aussi bien.

Les Iraniens nous ont dit que c'était un jeu dans lequel on ne voulait pas tomber. Les Américains, eux, nous ont dit qu'ils avaient vu tout de suite le côté show-off du président Macron. Mais tout ça a été fortement relayé médiatiquement en Israël. Et également, lorsqu'Emmanuel Macron se rend à Jérusalem en février 2020, il monte dans la voiture de l'ambassadeur de France en Israël et il lui dit « Je veux faire un coup, qu'est-ce que je peux faire ? » Ah oui, c'est clair. Donc là, c'est reconnu, assumé. Voilà, c'est assumé. Et puis, il y a ce spectacle un peu que nous a qualifié par un membre de l'Élysée de Grotesque.

Après, vous vous souvenez peut-être d'Emmanuel Macron qui veut imiter Jacques Chirac lors de son arrivée à Saint-Anne où il y a eu une petite altercation. Et il utilise, alors que lui qui parle très très bien l'anglais, il utilise un anglais cassé pour se remémorer justement l'époque Chirac.

3:50
Présentateur

Et à la différence de Chirac qui était spontanée quand il a eu cet incident, donc visiblement, Emmanuel Macron, il n'y a aucune spontanéité. Tout est calculé.

3:59
Invité

Tout avait été assez bien calculé parce que justement, on est dans cette recherche du coût médiatique, de la conception de la politique étrangère comme un levier pour améliorer ses positions en politique française.

4:10
Présentateur

Christian Chénault, au final, qu'est-ce qu'il a obtenu ? Est-ce qu'il a quand même réussi à faire avancer la position de la France dans cette région du monde ? Ou que des échecs partout ?

4:19
Invité

En tout cas, sur les dossiers diplomatiques, c'est quand même beaucoup d'échecs. On parle de l'Algérie, il a mouillé sa chemise, il a fait des avances aux Algériens, la remise des crânes des combattants du XIe siècle, l'affaire Odin, les archives. Mais en face, vous avez des Algériens qui n'ont rien voulu savoir et qui en plus, on le révèle dans le livre, les classiques algériens se font soigner en France gratuitement. On cite le chiffre, plus de 20 millions de factures impayées. Et donc, il y a une forme de mépris du côté d'Alger. Et le président Macron s'est trouvé un peu piégé, finalement, face à ces classiques qui ne veulent rien dire. Et puis, au Liban, pareil, il a mouillé sa chemise.

Et puis, finalement, le Liban, il est toujours dans une situation catastrophique. Donc, il n'y a pas beaucoup... En Libye, par exemple, on parle de coups. Il a monté cette conférence de la Sède Saint-Cloud à la Bavite.

5:06
Présentateur

Une conférence où il a voulu réunir les deux frères ennemis de la Libye, mais sans inviter l'Italie, c'est ça ?

5:13
Invité

Exactement. Donc là, il y a un faux pas diplomatique. On n'invite pas l'Italie, donc on se fâche avec l'Italie.

5:19
Présentateur

Et il le fait pourquoi ? Par méconnaissance du dossier ou parce qu'il pense qu'il peut se débrouiller sans l'Italie ?

5:23
Invité

Par orgueil ? Il pense que l'Italie n'est pas nécessaire à ce dossier, alors que l'Italie a été la puissance coloniale en Libye. Il refait une conférence à la fin de son mandat en novembre qui ne sert à rien, qui n'apporte rien. Donc, finalement, il y a eu beaucoup de coups d'épée dans l'eau. Le seul succès, je dirais, c'est peut-être l'Irak, cette grande conférence à Bagdad l'été dernier, où il a ouvert des portes, où il s'est retrouvé avec les Iraniens, les Saoudiens. Mais globalement, c'est vrai qu'il y a quand même eu beaucoup de volontarisme, d'activisme, et au final, un bilan quand même très mitigé.

5:52
Présentateur

Et cette information qui nous est parvenue hier soir, le fait que la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelka ait été réincarcérée une nouvelle fois en Iran, est-ce que ça montre que les relations entre la France et l'Iran sont mauvaises ?

6:05
Invité

Les relations ont été historiquement tendues, et elles le sont encore aujourd'hui. Et je pense que Fariba Adelka paie le prix un petit peu de cette position française qui a toujours été maximaliste. On révèle dans notre livre comment un petit groupe de diplomates néoconservateurs au Quai d'Orsay ont pris en otage cette politique iranienne, obsédée par la menace nucléaire iranienne. Et dans les années 2005, c'est allé très loin, puisque ces gens-là sont allés jusqu'à défier l'autorité de Jacques Chirac.

Et ont même, ce qui ne s'est rarement vu, ont peut-être jamais vu, ont même demandé au ministère de l'Intérieur d'en mener une enquête sur un ancien ambassadeur, François Nicoulot, ancien ambassadeur en Iran. Donc voilà, il y a cette posture traditionnelle française sur l'Iran d'être plus maximaliste que les Américains.

Et comme aujourd'hui, vous avez des négociations qui se tiennent à Vienne, qui devraient permettre, je pense, un accord sur un retour dans l'accord nucléaire de 2015, et bien, comme la France, l'autre jour, le ministre iranien des Affaires étrangères a traité la France de bad cop, de mauvais soldats, dans ces négociations, je pense que là, Fariba paie le prix de cette position française qui a toujours été un petit peu maximaliste.

7:15
Présentateur

Je rappelle le titre de votre livre, le déclassement français. Comment la France peut-elle remonter dans le classement ? Sur quoi peut-elle s'appuyer ? Vous dites, à part les armes, il n'y a pas grand-chose, c'est ça ?

7:25
Invité

Il y a la présidence militaire, on est quand même bien placés dans toute cette zone, mais on a quand même vu sur le soft power, sur la francophonie, sur la diplomatie, donc c'est vrai.

7:36
Présentateur

Il y a un truc étonnant dans votre livre, vous dites qu'au Quai d'Orsay et à la DGSE, on peine à recruter des arabisans de bon niveau.

7:42
Invité

Oui, ça c'est vrai, au concours de la DGSE l'année dernière, il n'y a pas eu assez de candidats suffisamment bons en arabe pour intégrer la DGSE. Oui, il y a une force de déshérence. Je crois qu'il faut aussi un peu de cohérence diplomatique. C'est vrai que quand on regarde les 15 dernières années, on a soutenu pendant longtemps les régimes autoritaires. Après, il y a eu les printemps arabes, on a soutenu le peuple. Aujourd'hui, sous Emmanuel Macron, on ressoutient les régimes autoritaires, comme Sissi en Égypte ou les Émirats du Golfe. Donc il manque de cohérence, il manque de moyens et d'articulation entre le président et ses outils diplomatiques et militaires.

Et ça, on le montre dans le livre.

8:18
Présentateur

Il manque de conseils aussi, peut-être. Vous dites qu'autour de lui, finalement, il y a un Jean-Yves Le Drian qui a tendance à lire ses notes, une Florence Parly qui est en conseil de défense. Lève le doigt pour parler, parce que vous avez réussi à avoir des infos sur ce conseil de défense dont on ne sait pratiquement rien d'habitude.

8:34
Invité

Oui, on a eu quelques témoins qui nous ont raconté quelques conseils de défense où on voit un Emmanuel Macron qui est frustré sur certaines décisions, notamment sur le sujet migratoire, sur le retour des immigrés clandestins. Il a un peu l'habitude de dire « un ordre n'est pas une base de discussion ». Donc voilà, il est frustré. Et il y a aussi chez Emmanuel Macron, il faut le dire, cette difficulté aussi d'écouter et d'écouter des conseils et un peu ce refus d'être contesté. Ce qui fait qu'autour de lui, la cellule diplomatique est sous tension. La relation avec le Quai d'Orsay de cette cellule diplomatique est assez mauvaise.

Et donc tout est centralisé à l'Elysée avec un président, je dirais, relativement autoritaire qui comprend tout et qui a l'impression de pouvoir tout, tout faire. Et c'est là probablement, on en revient à ce qu'on disait au début, où il se trompe parce que, autant sur la scène intérieure, il bouscule, il peut le faire. Quand on est face à des vieux caciques qui ont 80 ans, comme Nabi Berry au Liban, Gaïd Salah, le chef d'état-major algérien, des gens qui ont fait 15 ans de guerre civile, et bien ils ont une capacité de résilience qui finalement aboutit à une certaine impuissance de la France.

9:41
Présentateur

Le déclassement français. Merci Georges Malbruneau et Christian Chénaud. Votre livre sort aujourd'hui chez Michel Laffont.