Budget, Shein, 49.3… L’interview de Roland Lescure, ministre de l’Économie, en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Roland Lescure. Vous êtes ministre de l'économie, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle, énergétique, numérique. Et au fond, je dis tout ça parce qu'effectivement, il y a des sujets sur pratiquement tous vos dossiers, les dossiers de votre ministère. Mais bien sûr, Roland Lescure, vous espériez ce matin pouvoir venir avec un budget. Il n'y en a pas. C'est raté. Il n'y a pas de budget.
Il n'y en a pas encore.
Il n'y en a pas encore. Vous n'avez pas tout à fait dit votre dernier mot. Il pourra peut-être y en avoir un début janvier. On va y revenir. Mais ce que vous espérez en tout cas, c'est que d'ici ce soir, il y a une loi spéciale. Ça passe, c'est sûr ou il y a encore un doute ?
Écoutez, ça devrait passer. La loi spéciale, c'est très simple. C'est la roue de secours qui vous permet de faire les quelques kilomètres qui vous amènent à la station pour changer les roues et avoir un budget pour l'année prochaine et repartir, j'allais dire, de plus belle. Une loi spéciale, je vous amène un cadeau. Ça ressemble à ça.
Alors voilà ce que vous avez entre les mains et je le décris pour ceux qui sont sur RMC. Vous avez en fait apporté deux choses. D'un côté, le vrai budget, alors là, il est très, très, très, très lourd. 400 pages, 80 articles. Le vrai budget, effectivement, le vrai projet de budget, il est très lourd. Et l'autre, c'est quoi ?
C'est ça qu'il faut adopter. Ça, c'est ce que vous espérez ? C'est ça qui permet de financer les gendarmeries, les écoles, les services publics, de taxer les petits colis, de financer les contrôles douaniers. Ça, c'est ce qu'on doit adopter d'ici la fin janvier. Ça, c'est ce qu'on a adopté aujourd'hui. Ce que vous aviez dans l'autre main, c'est le projet de loi spéciale et ça, c'est vraiment, c'est quelques pages. C'est une douzaine de pages, c'est trois articles. On va lever l'impôt, on va financer les collectivités locales et on va pouvoir lever de la dette empruntée pour financer notre dette. C'est tout ce qu'on fait aujourd'hui.
Ça veut dire qu'on va faire le minimum pendant quelques jours, quelques semaines.
Pour que l'État continue de tourner.
Exactement. En France, il n'y a pas ce qu'on appelle de shutdown. Vous savez qu'aux États-Unis, quand les parlementaires se mettent pas d'accord, on arrête de payer les fonctionnaires. Nous, on va évidemment continuer à payer les fonctionnaires, continuer les services essentiels, les écoles vont rouvrir à la rentrée, après les vacances. Tout ça, ça va rouler. Zéro investissement nouveau. Ça veut dire, si on a lancé par exemple un programme de construction de prison, Gérald Darmanin, ça s'arrête jusqu'à ce qu'on ait un budget. Les écoles.
Édouard Geffray a annoncé le changement dans le recrutement des instituteurs et des professeurs qui vont pouvoir commencer à partir de Bac plus 3 avec un nouveau concours.
Là, ça ne fait que reconduire au fond le budget de l'année précédente.
C'est ça. Ce qu'on appelle les services minima qui permettent à l'État de fonctionner. Mais tous les nouveaux investissements, par exemple dans les ordinateurs quantiques, dans la décarbonation de l'industrie, dans l'enseignement, dans les collectivités locales, des nouveaux investissements, tout ça, ça s'arrête.
Je comprends bien, évidemment, que vous avez intérêt à ce que la machine...
Tous. On a tous intérêt.
On a tous intérêt à ce qu'on puisse à nouveau investir, se projeter. Mais au fond, quand on voit le renoncement, et d'ailleurs la plupart des députés eux-mêmes le disent jusqu'en 2027, personne, les Français eux-mêmes, ont bien compris qu'il ne se passerait pas non plus grand-chose. Je vais faire un peu de provoque. Pourquoi vous ne vous contenteriez pas pendant un an de cette loi spéciale ?
Parce que, je parlais tout à l'heure de route secours, vous savez, c'est comme ces galettes qui permettent d'avancer à 80 km heure sur l'autoroute et qui risquent d'exploser...
Enfin, on avance déjà un peu à 80 km heure.
Justement, l'idée, c'est qu'on retrouve une activité normale. On ne va pas transformer la France en profondeur d'ici 2027. Mais on va nettoyer la piste de décollage de manière à ce que ceux qui se projettent sur 2027...
Très transport, très voiture, décollage...
C'est le moment, vous savez, on part, et on espère qu'on va pouvoir le faire d'ailleurs, vous et moi, dans nos familles, pour fêter Noël, en voiture, en avion, en train. Donc effectivement, je suis assez de transport. Mais l'idée, c'est qu'on puisse avoir à la fois un vrai débat en 2027 sur les sujets fondamentaux auxquels on fait face, la place de la France dans le monde, le financement du modèle social, la fiscalité, évidemment, tout ce qui fait que la France saura ce qu'elle sait dans les 10 ans qui viennent. Par ailleurs, il faut gérer la France au quotidien, il faut qu'on avance.
Au quotidien et dans l'immédiat des prochains jours, pas d'inquiétude.
Non.
Tout fonctionnera à peu près comme il faut.
Ça va fonctionner, mais on ne va pas investir. Donc on va gérer le présent.
Ça va fonctionner combien de temps, ça ?
Mais le problème, c'est que plus ça dure, plus ça coûte. Pourquoi ? Parce que, je vais vous donner un exemple, les associations. Dans une mois spéciale, 12 pages, on ne peut pas financer les associations. Pour pouvoir financer les associations qui accompagnent les Françaises et les Français dans plein de domaines importants, il faut un budget, il faut les 400 pages, parce que c'est ça qui prévoit de les financer. Ne pas financer les associations pendant quelques semaines, ça ira, on se rattrapera. Si vous passez à 2, 3, 4 mois, c'est fini, vous allez avoir un trou dans ces activités.
Mais alors du coup, j'ai du mal à comprendre pourquoi ça coûte plus cher d'avoir une loi spéciale. Alors qu'en réalité, il y a un certain nombre d'investissements qui, du coup, ne se feront pas.
Exactement. Donc vous avez des investissements d'avenir qui sont bloqués, et vous avez par ailleurs des dépenses de fonctionnement qui continuent à galoper. Parce que dans un budget, il y a aussi des économies. Dans un budget, il y a tout ce qu'on fait pour limiter la hausse, ce qu'on appelle tendancielle des dépenses de l'État, qui fait que si on ne met pas le frein, ça continue à se développer. Donc vous avez d'un côté, je dirais, le mauvais gras qui continue à prospérer, et de l'autre, le bon, lui, qu'on ne peut pas...
On est passé sur la métaphore alimentaire.
Mais voilà, aujourd'hui, on est à Noël. Du transport. Une fois qu'on a pris le train, on arrive dans sa famille et on mange du gras.
Roland Lescure, cette loi spéciale, qui donc a été présentée en Conseil des ministres hier soir, présentée à l'Assemblée ce matin, sera vraisemblablement votée d'ici ce soir. Mais Emmanuel Macron qui dit qu'il souhaite un budget au plus vite. Au plus vite, ça veut dire d'abord quand et qu'est-ce qu'on met dedans. Quand, vous-même, la ministre du Budget, avait évoqué une reprise des travaux à l'Assemblée nationale, le 5 janvier, mais semble-t-il, un certain nombre de députés eux-mêmes ont dit « mais nos services ne sont pas censés bosser le 5 janvier ». Est-ce que vous avez bon espoir que le lundi 5 janvier, vous aurez tout le monde au garde-à-vous à l'Assemblée nationale ?
Le Parlement est rarement au garde-à-vous devant le gouvernement, surtout quand on a un Parlement aussi éclaté qu'aujourd'hui. Mais, un, on va commencer à travailler dès aujourd'hui par des échanges informels sur les éléments de budget qui ont déjà été discutés à l'Assemblée ou au Sénat, parce qu'on ne part pas de zéro, il y a déjà eu beaucoup de discussions. Deux, on souhaite effectivement pouvoir commencer ce qu'on appelle les travaux en commission, dès que possible, le 5 ou le 6. Mais pour commencer le 5 ou le 6, il faut que les parlementaires puissent déposer des amendements quelques jours avant.
Donc la question, c'est, est-ce qu'on donne comme délai de dépôt d'amendement le 1er, le 2 ou le 3, de manière à ce que la commission puisse commencer le 5 ou le 6 ? Mais un, le travail commence avant, deux, il se poursuit en commission, et très vite, il faut qu'on aille en séance, parce que le Président de la République l'a dit, mais je vous le confirme, il faut qu'on ait un budget le plus vite possible pour qu'on passe à autre chose, qu'on avance.
Le 49-3 ?
Non, parce que...
Mais c'est quand même le plus efficace, si vous voulez vraiment passer à autre chose rapidement, à un moment...
Mais c'est le plus efficace, la dernière fois qu'un 49-3 a été utilisé en France, ça s'est bien passé. L'avant-dernière, on n'a eu ni budget, ni gouvernement. Et ça, ça a duré pendant deux ans. Je trouve absolument fascinant que l'instrument le plus honni de la Ve République depuis trois ans soit d'un seul coup devenu le doudou de tout le monde, auquel on se raccroche, là aussi on est à Noël, pour se dire, s'il vous plaît, donnez-nous le 49-3, ça va nous rassurer. La réalité, c'est quoi ? Pour qu'on comprenne bien.
Ici même, à ce même micro hier, Philippe Juvin, rapporteur du budget, le disait, il disait au fond, en privé, désormais, tous les socialistes le disent, ils veulent un 49-3.
Ce que je peux vous dire, c'est que j'ai été aux consultations du Premier ministre hier. On a rencontré tous les groupes du Sénat et de l'Assemblée. Il n'y en a pas un qui nous l'a demandé. Donc, je veux bien qu'on en parle sur le plateau.
Emmanuel Macron hier soir, il ne vous l'a pas suggéré ?
Non, non, non, le président de la République, il a rappelé les trois manières d'adopter un budget.
Dont le 49-3.
Soit on le vote, soit on passe un 49-3, soit on passe par les ordonnances. Il a rappelé l'évidence. Il a rappelé surtout l'urgence d'adopter un budget. Mais la réalité, c'est que si vous passez un 49-3 sur un texte sur lequel les gens ne sont pas d'accord, vous n'aurez ni budget, ni gouvernement, puisque le gouvernement tombera.
Vous pensez que dans ce cas, la censure serait quasi immédiate ?
Si vous faites un 49-3 sans vous être mis d'accord sur un texte, oui. Et donc, la priorité, c'est de se mettre d'accord sur un texte. Et ce n'est pas facile. Mais c'est ce qu'il faut faire. Une fois que vous avez un texte sur lequel on est d'accord, le Premier ministre s'est dit, il l'a dit en octobre, je pense, je n'aurais pas recours au 49-3. Il s'était engagé. Jusqu'à la dernière minute, sur ce qu'on appelle le budget de la Sécu, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, les gens ont dit, il n'y arrivera pas. Nous y sommes arrivés. Il y a quelques jours encore, les gens disaient, il faut le 49-3. On n'a pas déclenché le 49-3. Pourquoi ?
On vote une loi spéciale pour donner sa chance au débat parlementaire. Que des parlementaires nous disent, arrêtez le supplice, on ne veut plus continuer à débattre.
Donc vous pensez encore que ça passe sans 49-3 ?
Le Premier ministre l'a dit hier en Conseil de ministre, je vais vous dire, dans ces mots, c'est votable sans intervention du gouvernement. 149-3. Évidemment, pour ça, il faut travailler. Et le travail, j'allais dire, recommence dès l'aujourd'hui.
Mais vous, Roland Lescure, vous pensez vraiment que ça passe 149-3 ?
Moi, je pense que c'est possible, oui, qu'on peut y arriver. Ça va demander des efforts à tout le monde. Je me suis fait un peu bousculer par le Sénat la semaine dernière, parce que je leur ai rappelé que dans l'état actuel de la navette, les projets de loi examinés à l'Assemblée et au Sénat, on est à 5,3% de déficit. C'est absolument inacceptable. On a besoin d'un déficit public, d'un budget, avec un déficit public inférieur à 5%.
Pas pour faire plaisir au ministère de l'Économie, mais pour faire plaisir, si je puis dire, aux Françaises ou aux Français, de manière à ce qu'on commence doucement à rêver de stabiliser la dette publique, que nos prêteurs continuent à nous prêter à des taux relativement limités, et qu'on puisse, à terme, revenir sous les 3%.
Vous n'accepterez pas, Roland Lescure, un budget qui laisse l'État à plus de 5% de déficit ?
On est à 5,4% et on a réussi à le tenir, tant mieux, en 2025. Vous imaginez qu'on puisse, en 2026, ne pas réduire de 0,4% le déficit public ? Tous nos partenaires européens sont en dessous de ça. On est l'avant-dernier de la classe, on est deux avec la Belgique. Il faut qu'on fasse des efforts, qui ne sont pas incommensurables, qu'il vaut mieux faire maintenant que le dos au mur dans quelques années, quand on ne les aura pas faits. Au fond, aujourd'hui, on demande à tout le monde de faire un effort pour avancer, et on va le faire.
Roland Lescure, sur quel projet ? C'est-à-dire qu'on ne sait plus, là, il est arrêté à quel moment, le dossier que vous m'avez apporté, le projet de loi de finances de 2026 ?
Ça, c'est celui qu'on a déposé le 14 octobre.
C'est celui que vous aviez déposé le 14 octobre. Depuis, il a été largement amendé, ensuite, il a encore été changé par le Sénat. Bref, quand on arrive le 5 janvier et qu'on reprend les discussions, on les reprend sur quel texte ?
La Constitution est très claire, le règlement de l'Assemblée était clair. On part du texte du Sénat, le dernier qui a été voté. Mais celui-là, jamais personne ne le votera.
Vous ne trouverez jamais de majorité pour le voter.
Exactement, c'est pour ça qu'il faut continuer à travailler.
Donc on repart à nouveau ?
Dans un examen parlementaire. Mais c'est tous les ans comme ça, Pauline de Malherbe. On a rarement un accord entre le Sénat et l'Assemblée. Je pense que c'est arrivé deux ou trois fois ces 15 dernières années. Donc c'est très rare.
Oui, surtout en général, ça ne se passe pas début janvier.
C'est vrai, c'est la deuxième année que ça se passe début janvier. On n'a pas réussi à le finaliser dans les temps. Philippe Juvin, vous le disiez, il était sur votre micro, je pense, hier. Hier matin. Il a dit aussi qu'on était à quelques jours d'un accord.
Oui, mais ça, moi j'ai toujours du mal à le faire. C'est toujours genre, il nous a manqué quelques jours. Oui, sauf que certains avec qui on commence à discuter, le service politique de BFM TV, le service politique d'RMC, disent que ce n'était pas si facile de trouver un accord. Et puis il y a les municipales en mars. Est-ce que vraiment vous êtes convaincus que sans passer par le 49.3, vous trouverez une majorité pour voter ce budget avant les municipales ?
Un, je l'espère. Et deux, on va tout faire pour. Maintenant, évidemment, tout ça va dépendre de notre capacité collective à travailler. Parce qu'il y a plein de boulots, vous avez raison, on était près d'un accord, mais il y a encore plein de sujets à traiter. Et deux, notre volonté, notre volonté d'y arriver. Hier, avec tous les groupes parlementaires que nous avons reçus avec le Premier ministre, moi j'ai bien senti que les gens avaient envie d'avancer. Et envie de passer à autre chose aussi, notamment pour les échéances électorales que vous mentionnez. Mais aussi parce que la France avance, le monde avance.
Le monde avance, la France avance. Et justement, il y a un certain nombre de points que je voudrais évoquer avec vous. Roland Lescure, vous venez de dire, si le vrai budget à proprement parler ne passe pas, il y a un certain nombre de choses qu'on ne pourra pas faire. Il y a les investissements dans la défense, il y a la taxe sur les petits colis. La taxe sur les petits colis, franchement, vous estimez que c'est une arme, aujourd'hui, contre les petits colis qui viennent de Chine ?
C'est une arme de dissuasion massive. Dans le budget, il y a 2 euros par catégorie d'article. Donc, vous faites livrer un colis à 5 euros avec 2 chaussettes et 3 t-shirts, parce que c'est le genre de prix auquel on fait face. D'un seul coup, c'est plus 5, c'est 7. Par ailleurs, moi, j'ai obtenu, au niveau européen, qu'on complète cette taxe par des droits de douane qui seront de 3 euros.
Mais Roland Lescure, pardon, je me suis peut-être trompée, mais moi, j'ai quand même l'impression que vos calculs ne sont pas bons. Pourquoi ? Parce que les 2 euros que vous avez fini par obtenir, pour rajouter sur les petits colis, ils sont déjà obsolètes. Je ne sais pas si vous l'avez vu, mais Chine a inauguré cette semaine un gigantesque entrepôt en Pologne, 740 000 m2 dans la région de Varsovie. Ce qui veut dire que votre taxe qui s'applique aux colis qui viennent de Chine ne s'applique pas aux colis qui viennent de Pologne. Donc, les colis, ils vont partir de Chine, ils vont faire étape dans cet entrepôt en Pologne, et ils vont arriver en France. Et donc, vos 2 euros, c'est déjà fini.
Vous êtes déjà à la ramasse. Pardon, mais c'est terrible.
Parce que grâce à l'action que j'ai menée pour convaincre tous mes partenaires européens, y compris les Polonais, de rajouter 3 euros, eh bien, en arrivant en Pologne, s'ils arrivent sous la forme de...
Oui, la partie taxe européenne, oui, mais la partie taxe française, en fait, tout ça pour rien.
Mais c'est essentiel, on fait les deux. Vous savez qu'aujourd'hui, il y a 4 milliards de colis qui arrivent en Europe, tous les ans, 4 milliards. Il y a 2 milliards, plus de la moitié, dont la valeur est inférieure à 3,30 euros. Ça veut dire que ces colis, ils vont doubler en prix du jour au lendemain, dès le mois de juillet, quand ce sera en Europe, voire même 2 euros de plus en France.
Encore une fois, on en est sûr, ce que vous me dites sur la taxe européenne, ça, je l'entends parfaitement, et en effet, ça devrait être efficace. En revanche, il y a eu quand même des jours et des jours de discussion pour arriver à ces 2 euros, qui en réalité, de toute façon, sont déjà obsolètes.
Non, c'est pas vrai.
Chine s'est adaptée et a fait en sorte que les colis ne viennent pas au-dessus si allemand de Chine.
Et Tému, Alibaba, etc. vont continuer. Donc on verra s'ils sont capables, dans un entrepôt en Pologne, de faire atterrir 4 milliards de colis. J'en doute. On verra.
740 000 m2, quand même.
Mais oui, mais 4 milliards de colis. Des milliers, des centaines de milliers de colis par jour. Un. Mais deux, effectivement, on réagit. Je peux vous dire qu'il a fallu bousculer l'Europe pour le faire, parce que je n'étais pas majoritaire. Ils voulaient le faire en 2028, et sur la base de 10%, c'est-à-dire 30 centimes pour un colis de 3.
Et là, ce sera appliqué dès le 1er juillet prochain. En effet, pour une fois, ça a été rapide. Cela dit, il y a encore une autre victoire de Chine contre le gouvernement. C'est celle qui a eu lieu vendredi. On en a un peu parlé, parce que vendredi, on s'est retrouvé effectivement avec un budget qui tombait à l'eau. Mais le tribunal a refusé la suspension de Chine que le gouvernement réclamait.
Et on va faire appel. Et la décision de justice, c'est ce qu'elle est, évidemment. J'en prends acte. Mais on a décidé de faire appel. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'armes nucléaires contre des plateformes qui, aujourd'hui, ne respectent pas les lois. C'est de là qu'on est parti, quand même. Poupée pédopornographique, arme létale, etc. Qui ne respecte pas nos normes. Des t-shirts, des chaussettes qui ne respectent pas nos normes environnementales. Des jouets qui sont dangereux. Il faut qu'on fasse feu de tout bois. Donc la justice, on l'a saisie, la justice...
Mais ça veut dire que la justice n'est plus adaptée sur ces questions-là. Ou en tout cas qu'elle n'a pas senti, effectivement, ce qui se passait. Elle n'a pas mesuré ce qui se passait.
Non, mais il y a deux choses. Il y a un phénomène sociétal extrêmement important.
C'est-à-dire que vous menez une bataille, mais vous avez quand même besoin aussi que la justice vous soutienne là-dessus. Et ça n'a pas été...
Non, mais la justice, ça n'applique la loi. Donc si la loi ne va pas, il faut qu'on la change. Et notamment sur... On l'avait déjà fait sur la tarification. Parce que d'un seul coup, le modèle va changer du tout au tout. Vous avez 4 milliards, dont 2 milliards de moins de 3 euros qui arrivent tous les ans. Ils vont doubler en prix. Ça va changer. Et par ailleurs, on doit délivrer des moyens supplémentaires pour contrôler. Le problème, c'est que quand vous avez 2 milliards qui arrivent tous les ans de colis, vous n'avez pas les moyens de les contrôler. Ces 2 euros, ces 3 euros au niveau européen, ils vont servir à développer des moyens pour contrôler davantage.
Dans le même temps, la Chine a annoncé l'augmentation des droits de douane sur les produits laitiers. Est-ce que vous pouvez faire quelque chose ?
Oui, bien sûr. Et on va le faire. Nous, on a saisi le commissaire européen, avec mes collègues Annie Gennevar, ministre de l'Agriculture, Nicolas Faurissier, ministre des commerces extérieurs, le commissaire européen Sescovitch, qui est en charge du commerce. Et on lui a demandé de contester formellement, officiellement, cette décision. Il y aura un débat contradictoire. Il a 10 jours pour le faire. On est aujourd'hui face à une décision que je considère moins comme inacceptable, qui va affecter directement nos producteurs, sous prétexte qu'il ferait du dumping. Vous savez qu'en Chine, l'essentiel des produits laitiers, ils viennent de Nouvelle-Zélande et d'Europe.
On ne fait pas du dumping par rapport aux Néo-Zélandais. Donc, on considère que cette décision n'est pas acceptable, qu'il faut la contester. On va essayer de convaincre les Chinois de revenir dessus.
Du côté, il y a la Chine d'un côté, il y a les États-Unis de l'autre. Les pompes à chaleur, le leader français des pompes à chaleur atlantique pourrait passer sous pavillons étrangers. Est-ce que vous vous y opposerez ?
Non. Attendez, moi, je regarde tous les dossiers avec la même logique. Je ne suis pas fermé à des investissements étrangers. En France, en fait, on a une France qui est ouverte aux capitaux étrangers. On souhaite que les gens viennent investir chez nous. Mais en revanche, je suis vigilant sur les conditions de ces investissements. Atlantique, c'est un fleuron industriel français. Si on a un investisseur étranger qui vient pour développer Atlantique, préserver l'empreinte industrielle, en faire ce qu'il est déjà, mais en mieux, un des leaders mondiaux de la transition énergétique, j'allais dire welcome, bienvenue.
Si c'est pour désausser, couper, casser, et j'allais dire prendre l'argent et se tirer, c'est non. Et on l'a fait sur plein de dossiers. On parle de grands frais ces temps-ci. Grand frais, là aussi, qui fait l'objet d'un potentiel rachat par un investisseur américain. Ils nous disent, on va développer grands frais, on va continuer à acheter français, on va continuer à vendre des produits de qualité. Si c'est le cas, et on va vérifier, welcome. Si ce n'est pas le cas, go back home.
La Poste, victime d'une cyberattaque. Une de plus. Il y a eu le ministère de l'Intérieur, il y a eu le ministère des Sports, là c'est La Poste. Au moment où on se parle, Roland Escur, la cyberattaque a toujours lieu ?
Oui, elle se poursuit. Moi, j'ai échangé avec Marie-Ange de Bon, la présidente-directeur générale, hier et ce matin encore. Elle a baissé en intensité, mais ça reste une cyberattaque qui se poursuit. Alors, de manière très concrète, quand même, pour rassurer les gens, ce que ça veut dire, c'est qu'un, aucune donnée personnelle n'a été aspirée. De ce point de vue-là, on est tranquille. Deux, aujourd'hui, la priorité des priorités, c'est de faire en sorte que les colis arrivent à temps pour Noël. J'allais dire merci et bravo aux postiers qui ont déjà une période extrêmement occupée, d'habitude.
Et ils vont y arriver.
Et là, ils mettent les bouchées doubles pour y arriver et ils me disent que oui, ils vont y arriver. Le sujet, c'est qu'aujourd'hui, les sites de La Poste sont fermés ou en tout cas difficiles d'accès. Donc, si vous avez demandé un colis pour Noël, vous n'avez pas aujourd'hui les moyens d'aller voir sur le site où il en est. Mais le colis, lui, il est en train d'arriver.
Donc, ça n'a pas impacté l'arrivée elle-même du colis. C'est simplement qu'on ne peut plus le tracer sur l'application.
Voilà, ça a introduit quelques freinages hier. Ils accélèrent pour que tout ça arrive à temps Noël. Et vraiment, chapeau. Donc, il faut se rendre directement dans son bureau de poste
pour aller récupérer son colis.
Non, vous aurez quand même le postier qui vous laissera un avis de passage dans votre boîte aux lettres. Et ensuite, vous irez à la poste chercher votre colis. Vous n'avez pas besoin d'aller 8 fois parmi. À l'ancienne, j'ai envie de dire. À l'ancienne. Des fois, parfois, ça marche.
Vous avez retrouvé... Je continue à chercher. J'ai cherché trace, en tout cas d'articles là-dessus. 10 milliards de TVA perdus. On en parlait il y a un mois. Entre 5 et 10 milliards de baisse de recettes de la TVA par rapport à ce qui était espéré. Est-ce que vous savez ce que c'est devenu ?
Alors, sur l'année 2025, vous voulez dire, on est en dessous de ça. On est maximum autour de 4-5. C'est 2% des recettes globales de TVA. Donc ça, c'est ce que j'appelle.
Vous avez compris pourquoi ? Est-ce qu'il n'y avait pas eu cette entrée d'argent ?
Sans doute, on va analyser ça, je dirais, de manière très précise. Mais sans doute, par exemple, l'essor des petits colis, ça aide. Parce que la TVA là-dessus, elle est évidemment moins importante que quand vous allez chez le commerçant. C'est pour ça qu'il faut de l'équité fiscale entre ce qui arrive du bout du monde par des petits colis et ce qu'on va acheter au coin de la rue. Mais aujourd'hui, on est sur des marges d'erreur beaucoup plus faibles que celles qu'on a connues en 2023 ou 2024, où là, on a eu des frais moins-values. On a un peu moins de recettes de TVA que prévues. On a un peu plus de recettes d'impôts sur les sociétés que prévues.
Et au total, on est en ligne avec ce qu'on avait voté, 5,4%. D'accord.
Donc il n'y a pas de mauvaise surprise sur le déficit. Quand c'est un coup, Bercy réalise qu'il y a entre 5 et 10 milliards de moins de prévues.
Je comprends. Il n'y a aucune mauvaise surprise sur le déficit. On sera en phase avec ce qu'on a voté.
On sera aussi mauvais que ce qu'on avait prévu d'être.
En tout cas, on sera à 5,4%. Il n'y aura pas de décalage. Vous savez qu'en 2023-2024, on a eu de mauvaises surprises. Cette fois-ci, on est en phase.
J'aimerais bien que de temps en temps, il y ait des bonnes surprises.
Alors, j'allais le dire, on a quand même des bonnes surprises sur la croissance. Ça va plutôt mieux que ce qu'on espérait. J'allais dire, tant mieux. Et continuons ça. Votons un budget.
Et une bonne nouvelle tout de même pour Noël, c'est aussi le PEL. Là, vous pouvez nous confirmer ce matin que les taux vont augmenter.
À partir du 1er janvier 2026, tout nouveau plan épargne-logement qui permet de financer une acquisition d'intérêt de logement, le taux passera de 1,75% à 2%.
Donc là, ça, c'est une bonne nouvelle, y compris pour le logement et pour le bâtiment. Il pleure, la prime rénov' qui avait été suspendue, désuspendue, resuspendue.
Dès qu'on aura un budget, on pourra réouvrir le guichet. Donc on est en loi spéciale, pas de guichet.
Et vous nous l'avez dit ce matin, vous continuez à espérer effectivement un budget, et même un budget 149,3. Merci Roland Descure, ministre de l'Économie, d'avoir répondu à nos questions ce matin. Joyeux Noël à vous. Il est 8h43 sur RMC BFM TV. Merci.
Merci. Merci. Merci.
Roland Lescure