Fabrication de vaccins contre le coronavirus, communication gouvernementale... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Juvin
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L'invité du 8.30 France Info avec Jean-Jérôme Bertolus, chef du service politique de la rédaction. Bonjour Jean-Jérôme. Bonjour. Notre invité est chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou et maire Les Républicains de la Garenne-Colombe. Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. Le Premier ministre, à l'issue d'un conseil de défense vendredi, a considéré qu'un troisième confinement pouvait être évité. On l'écoute ensemble. La question d'un confinement se pose légitimement compte tenu de ces données. Mais nous en connaissons l'impact très lourd pour les Français sur tous les plans.
Ce soir, nous considérons au regard des chiffres des derniers jours que nous pouvons encore nous donner une chance de l'éviter. Philippe Juvin, la plupart des médecins, des scientifiques expliquaient la nécessité d'un reconfinement. Comprenez-vous le choix du gouvernement ?
Si vous demandez aux médecins ce qu'ils en pensent, effectivement, je suis comme tous mes confrères. Je pense qu'effectivement, quand vous prenez des décisions de confinement, qui sont des décisions difficiles, il faut les prendre plutôt tôt parce que plus vous les prenez tôt, plus le confinement est court et probablement efficace. Il y a un chiffre que j'ai en tête, c'est qu'au mois de mars, quand on avait décidé de confiner, je crois, aux alentours du 15 mars, une étude a montré que si on avait confiné une semaine avant, on aurait eu 13 000 morts de moins. Mais surtout, si on avait confiné une semaine après, on aurait eu 53 000 morts de plus.
Ça signifie qu'un jour n'égale pas un jour quand on arrive vers l'épidémie. Maintenant, si vous demandez aux citoyens ou à l'homme politique que je suis, je comprends que le président a probablement pris cette décision aussi parce qu'il considère que les Français, alors même qu'ils font quand même beaucoup d'efforts, qu'ils portent l'épidémie depuis un an, ont un niveau d'acceptabilité du confinement qui est devenu limite. Je pense que c'est une des raisons.
Je vais m'adresser au médecin, à l'anesthésiste réanimateur, on l'a dit. Vous êtes chef des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris. C'est l'un des plus grands centres de soins parisiens. Jeudi dernier, Olivier Véran avait parlé de nouvelles tensions sur l'hôpital. Est-ce que vous, au quotidien, dans votre pratique, vous observez cette tension, ce regain de tension ?
Oui, bien sûr. Par exemple, dans mon hôpital, mais comme dans beaucoup d'hôpitaux, y compris de la région Île-de-France, qui n'est pas la région la plus touchée, nous avons dû ouvrir de nouveaux lits de réanimation en transformant des lits d'USC, unités de soins continus, qui sont une sorte d'intermédiaire entre la réanimation et l'hospitalisation classique, en lits de réanimation. Donc on est en train de monter en charge. On a transformé des lits de chirurgie en lits Covid, spécifiquement. Oui, donc il y a une vraie tension, bien sûr.
Vous montez en charge, mais est-ce que ça veut dire qu'une troisième vague, vous la voyez venir, ou qu'elle est en train de s'installer, cette troisième vague ?
Vous savez, moi je me souviens du mois de février. Au mois de février dernier, on regardait les Italiens d'un air un peu hautain, en disant quand même, ces gens ne sont pas sérieux, ils n'y arrivent pas, probablement leur système de santé n'est pas bon, etc. Nous, ça ne va pas nous arriver. Moi-même, je l'ai cru. Et donc il faut apprendre de ces erreurs. Je regarde ce qui est arrivé aux Britanniques, ce qui leur arrive actuellement, et je me dis que je ne comprendrai pas par quel miracle le variant britannique...
C'est pourtant ce que dit Olivier Véran ce matin dans le JDD. Il dit finalement, le variant britannique, ce qu'on appelle le variant britannique, circule en France, certes, mais avec un peu moins de rapidité qu'on a pu le voir, notamment en Grande-Bretagne.
Alors, deux choses. Soit il a des informations qu'on n'a pas, et c'est tout à fait envisageable, bien entendu, que les ministres aient des informations que nous n'avons pas. D'ailleurs, ils ont une administration pour cela, ce qui pourrait expliquer son attitude. Soit, je vous dis, une des raisons politiques, c'est que l'acceptabilité, il y a une crainte sur l'acceptabilité. En fait, la décision de confinement, il faut bien comprendre que ce n'est pas une décision uniquement sanitaire. C'est une décision politique qui doit prendre en compte, d'ailleurs, le Premier ministre a très bien dit, des données économiques, des données sociales. Je crois que c'est ça, la vraie explication.
La préservation de l'économie, vous pensez que c'est le premier motif de ce choix du gouvernement ?
Non, le premier, je ne sais pas. En tout cas, la préservation d'un équilibre social, on le voit avec ce qui s'est passé en Hollande, il y a cette crainte. C'est pour ça que, me semble-t-il qu'aujourd'hui, la question, c'est qu'est-ce qu'il faut faire ? Je pense qu'il faut faire deux choses. Il faut d'abord se préparer à confiner si, effectivement, le chiffre se dégrade. Avec cette idée, vous avez compris que toujours pris en retard est difficile à rattraper, en fait. Et comment on se prépare ? On se prépare avec une stratégie de confinement qui donne de l'espoir aux Français.
C'est-à-dire une stratégie de confinement qui dise « je m'organise pour être dans une stratégie globale d'éradication de l'épidémie ». Les Français en ont assez du stop and go. Ce qu'ils veulent, c'est qu'on leur donne de l'espoir et un sens. On leur dit « cette fois-ci, on va reconfiner, mais on met en place ces mesures, ces mesures et ces mesures pour faire en sorte que ce soit la dernière fois ».
Philippe Juvin, on va essayer d'être le plus clair possible ce matin. Deux questions, mais qui sont évidemment complémentaires. Est-ce que cette troisième vague, vous la voyez clairement venir ? Est-ce que vous pensez clairement que le variant britannique va s'imposer en France, comme s'il s'est imposé en Grande-Bretagne, voire au Portugal, où la situation semble hors de contrôle ? Première question. Et donc, est-ce que vous pensez que l'on ne va pas échapper à un reconfinement ?
D'abord, moi, je ne suis pas devin et depuis le début de l'épidémie, je dis bien ça. Je suis médecin et pas devin, même si ça rime, ce n'est pas la même chose. Deuxièmement, j'écoute les gens qui savent. Les gens qui savent, ce sont des épidémiologistes qui font des projections et qui nous expliquent que oui, il va y avoir une troisième vague. Et troisièmement, je ne vois pas par quel miracle un variant, dès lors qu'on ne vaccine pas la population, parce que c'est ça le sujet, ou qu'on ne met pas des mesures nouvelles en jeu, et il faudrait qu'on puisse en parler de ces mesures nouvelles.
Je ne vois pas comment un variant qui a cette caractéristique, le variant britannique, de se multiplier beaucoup plus vite que la forme sauvage préalable, eh bien, ne gagnerait pas. Donc oui, je pense qu'on y va.
Bien sûr que vous n'êtes pas devin, vous êtes médecin. Je voudrais savoir, est-ce que vous confirmez, par exemple, qu'aujourd'hui, par rapport au nombre de cas de contamination, il y a plus de personnes hospitalisées qu'au printemps dernier, et parmi les personnes hospitalisées, il y a plus de cas graves ?
Je ne sais pas, parce que tout dépend du moment où on gère l'affaire.
Ce n'est pas ce que vous constatez à Pompidou, en tout cas.
Écoutez, comme ça, je ne sais pas vous répondre. En revanche, on constate, mais il faudrait le préciser par des statistiques, que probablement les gens restent plus longtemps chez eux, parce qu'on prend probablement mieux en charge la maladie à la maison, et arrivent peut-être, c'est le sentiment que j'ai, un peu tardivement à l'hôpital, et donc peut-être dans une forme plutôt plus grave.
Allez, on fait une petite pause dans cette discussion. Philippe Juvin, on la reprend juste après le Filinfo, puisqu'il est 8h40. Voici Diane Ferschit. Dans l'affaire de l'agression du jeune Yuri à Paris, on apprend à l'instant que 9 jeunes sont mis en examen, dont 5 pour tentative d'assassinat. 4 mineurs et un majeur sont placés en détention provisoire. Les dégradations s'élèvent à plusieurs centaines de milliers d'euros, affirme le club de Marseille, après l'intrusion de 300 supporters au centre d'entraînement de la commanderie. Des supporters en colère après les derniers résultats de l'OM. Ils demandent le départ du président et de la direction.
Un joueur a été blessé, 19 personnes placées en garde à vue. Le match Marseille-Rennes qui devait se tenir hier soir a été reporté. Il n'est plus possible ce matin de se déplacer vers un pays hors de l'Union européenne, sauf motif impérieux. Les commerces de plus de 20 000 m2 doivent garder porte-close, excepté les commerces alimentaires. Des mesures annoncées par Jean Castex qui sont censées nous permettre d'échapper à un reconfinement. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, détaille dans le journal du dimanche les indicateurs qui ont permis de prendre cette décision.
Il évoque une légère décélération des contaminations mais considère qu'une nouvelle vague épidémique à cause du variant anglais est à craindre. Peut-être pourrons-nous l'éviter, déclare-t-il. La France affronte l'Espagne cet après-midi pour espérer décrocher une troisième place dans le Mondial de Hande en Égypte. Coup d'envoi à 14h30. La finale, elle, se joue à 17h30 entre le Danemark et la Suède. Le 8h30 France Info avec Jean-Jérôme Bertolus, chef du service politique de la rédaction. Nous recevons Philippe Juvin qui est chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris et maire Les Républicains de la Garenne-Colombe.
Alors, pas de reconfinement parce qu'on se donne une dernière chance, c'est ce qu'a dit Jean Castex vendredi. Écoutez Philippe Juvin à la réaction d'Arnaud Robinet, le maire de Reims qui était sur France Info.
On joue avec les maires des Français. Je reste persuadé que dans quelques jours, le gouvernement annoncera un confinement. Il attend peut-être les vacances de février qui débutent le 6 pour la zone A et profiter du fait que les enfants ne soient pas à l'école pour confiner le pays. Là, on gagne du temps, certes, mais on prend un véritable risque.
Philippe Juvin, je vous voyais acquiescer.
C'est une des hypothèses, oui. En fait, nous sommes très nombreux, encore une fois, à penser que de toute façon, on ne voit pas comment on va éviter cette troisième vague. Mais je vous dis, il faut qu'on mette à profit ces jours qui nous sont donnés par le gouvernement pour nous préparer. C'est-à-dire une stratégie d'éradication en mettant la vaccination à fond la caisse, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, commander des vaccins. Alors, il faut-il les avoir, les vaccins, pour voir ça ? J'ai fait une proposition depuis plusieurs semaines, enfin, plusieurs propositions depuis plusieurs semaines, mais par exemple sur les vaccins.
Moi, je ne comprends pas, d'abord, pourquoi on n'en a pas acheté suffisamment. Ça, il faudra un jour qu'on nous l'explique.
– Attendez, qu'est-ce que ça veut dire ne pas en avoir acheté suffisamment ? L'Europe en a acheté, 600 millions de doses, c'est trois fois plus qu'aux États-Unis.
– Non, non, non, l'Europe a commandé des doses, mais regardez, on n'en a pas. Moi, dans ma commune, je suis maire, j'ai organisé un centre de vaccination. On m'a dit au début, enfin, l'État m'a dit, vous vaccinerez 1 400 personnes par semaine, j'ai 420 vaccins. Donc, tout le monde sait, tous les gens qui nous écoutent savent que quand ils prennent leur téléphone ou leur site internet pour prendre un rendez-vous de vaccination, c'est très difficile.
– C'est un problème de commande ou c'est un problème de production ?
– Oui, on n'en a pas assez, les deux. Je pense qu'on en a commandé sur un an, alors qu'il faut aller beaucoup plus vite. Regardez les Israéliens, ils ont commandé massivement. Alors, comment on fait ? Il y a plusieurs… Je pense qu'il y a une chose qu'il faut faire, c'est qu'il faut aller voir M. Pfizer ou Mme Moderna et discuter avec eux et négocier l'achat de la licence. On achète leur licence et on fabrique sur le territoire national en montant des chaînes de production qui vont prendre 4, 5, 6 mois à mettre en œuvre. Pourquoi il faut le faire ?
– Relocalisation alors, c'est ça ?
– Oui, en tout cas, il nous en faut beaucoup parce qu'il y a un sujet qu'on n'évoque pas qui est fondamental. C'est que, d'abord, il faut vacciner 24, 24, 7 jours sur 7 comme les Israéliens et d'ailleurs, ils sont en train d'y arriver, les Israéliens. On le voit sur les populations vaccinées, il y a moins, beaucoup moins d'hospitalisations, il n'y en a quasiment plus d'ailleurs. Et deuxièmement, il se trouve que moi, je suis vacciné, j'ai eu la deuxième dose parce que je suis un soignant et malheureusement, j'ai plus de 50 ans.
– Tous les soignants de l'hôpital Georges-Pompidou ont été vaccinés avec la deuxième dose ou pas ?
– Ils sont en train. Non, non, j'ai été un des premiers le premier jour, donc du coup, je suis arrivé aux 21 jours et on est en train de les vacciner. Non, non, pas tous malheureusement. Le truc, c'est que je ne sais pas combien de temps l'immunisation va durer. Imaginez qu'elle ne dure qu'un an, puisqu'on l'ignore aujourd'hui. Ça signifie que dans un an, il faut refaire tout le bastringue et recommencer. Donc ça signifie qu'il faut que nous commandions maintenant des vaccins pour dans un an. – C'est qui, nous ?
– La France ? – La France. Donc ça veut dire que, comment dire, la stratégie jusqu'à présent qui reposait sur l'Europe, sur les 27 pays européens, pour permettre à chacun aussi d'être, à chacun des pays européens qui n'a peut-être pas les moyens d'y aller seul, d'avoir accès aux vaccins, vous la remettez en cause, un petit peu comme la Hongrie avec ses vaccins chinois et russes ?
– D'abord, la Hongrie parle de vaccins chinois et russes qui n'ont pas l'autorisation de mise sur le marché. Donc je ne sais pas comment ils vont faire. Non, je vous parle de vaccins qui ont l'autorisation de mise sur le marché.
– Mais d'y aller seul, d'y aller…
– Je veux dire, il n'y a pas plus européen que moi, j'ai été 10 ans parlement européen, et je pense que l'Europe est un projet politique extraordinaire. – Mais là, c'est la concurrence qui se crée. – Mais je dois constater que l'Union européenne n'a pas été à la hauteur et n'a pas fait ce qu'il fallait. La Grande-Bretagne est en mesure de vacciner quasiment 10% de sa population actuellement. Les Israéliens, j'en ai parlé. Il nous en manque. Enfin, c'est une évidence. Il faut arrêter de se voler la face.
Nous n'avons pas suffisamment de vaccins. – Vous l'avez rappelé, vous connaissez bien effectivement l'Europe de l'intérieur. Est-ce que vous pensez que la Commission européenne versus les laboratoires, qui les uns après les autres annoncent des retards de livraison, est-ce que c'est David contre Goliath ? Est-ce qu'on n'a pas les moyens, en quelque sorte, l'Europe n'a pas les moyens de faire pression sur ces labos ?
– Non, je pense qu'il y a une stratégie de négociation qui n'a pas été la bonne. D'autres pays qui n'auront ni plus ni moins de moyens que nous sont arrivés à avoir des doses en quantité supplémentaire. Donc je vous ai parlé de la licence qu'il faut acheter. – Et de toute façon, Moderna a intérêt Pfizer à nous la vendre. Pourquoi ? Parce que dans un an, ils sont dans une situation de concurrence, leur monopole sera terminé, qui fait qu'ils ont probablement aujourd'hui intérêt à négocier.
Il y a un deuxième élément qu'on pourrait faire, il faut y réfléchir, c'est que l'Agence européenne du médicament, qui est l'instance qui autorise l'utilisation d'un vaccin sur le territoire de l'Union, a mis quand même beaucoup de temps, enfin plus de temps que l'agence britannique ou américaine, pour agréer des vaccins. Et donc est-ce qu'il ne faudrait pas réfléchir à un principe qu'on a actuel, la reconnaissance mutuelle, ça existe en droit européen, qui consisterait à dire que dans les pays de même exigence sanitaire que nous, Canada, États-Unis, Grande-Bretagne, dès qu'un vaccin est reconnu par une autorité de ces trois pays, eh bien on dit qu'il est aussi autorisé chez nous.
Ça serait une manière aussi de vaincre une sorte de bureaucratie européenne qui nous coûte cher.
Donc vous demandez effectivement... De l'agilité. De l'agilité. À Emmanuel Macron d'acheter des licences, de jouer en quelque sorte que la France joue cavalier seule pour préserver sa population. Mais est-ce que c'est bien réaliste, à quelques mois de la présidence française de l'Union européenne ? Est-ce que la France peut se permettre en quelque sorte, eh bien, on va dire, cet affront à l'Europe ?
Alors, je comprends l'aspect politique, évidemment. La question est de savoir quelles sont nos priorités. La priorité, je pense, du gouvernement français, c'est de protéger la population française. Alors après, si on est très intelligent et qu'on arrive à acheter la licence pour la population européenne, après tout, ça peut se faire aussi. Simplement, le prix sera un peu plus élevé. Si vous voulez, je pense que la caractéristique de cette situation extraordinaire, c'est qu'il faut penser en dehors des sentiers battus. Et on observe qu'il y a une situation de pénurie de vaccins. Enfin, c'est quand même, c'est une évidence. Tout le monde le...
Essayez de prendre rendez-vous, vous allez voir si c'est facile.
Enfin, on a observé... Donc, il faut...
Pardon, pénurie de vaccins égale solution extraordinaire.
Ce qu'on observe factuellement, Philippe Juvin, c'est effectivement, les laboratoires annoncent les uns après les autres des retards. Par exemple, effectivement, Pfizer a réduit sa livraison dans la deuxième semaine de février, ce qui oblige trois régions en France à différer, effectivement, le rendez-vous. Un petit mot, justement, sur Pfizer. Pfizer en profite, enfin, c'est peut-être pas le bon mot, pour passer de 5 à 6 doses dans le même flacon. Certains crient au scandale, estiment que ce laboratoire s'en met plein les poches à peu de frais.
Est-ce que vous, à l'hôpital Georges Pompidou, vous avez eu des difficultés, finalement, d'extraire le vaccin pour pouvoir vacciner les gens avec ce côté en passe de 5 à 6 doses ?
Mais pour que les gens comprennent dans un flacon qui nous est donné, en théorie, on dilue avec un liquide et on récupère 5 fois une seringue. Et en fait, si on fait très attention et qu'on est très précautionneux, on peut avoir une sixième. Donc, on le fait partout en France quand c'est possible. Et c'est bien. Et c'est bien. Dans la commune dont je suis maire, nous le faisons aussi.
On ne vaccine pas moins bien, de cette façon ?
Non, bien entendu. On est plus efficace. Et quand vous passez de 5 à 6, c'est 20% de gens vaccinés en plus. C'est très bien. Ça aurait été différent si on avait joué aux apprentis sorciers en repoussant la deuxième dose parce que la validation du Pfizer, c'est 21 jours, ce n'est pas 6 semaines. Mais sur les 6 doses, c'est une très bonne chose. C'est une très bonne chose.
Quand Olivier Véran fixe l'objectif, un objectif que tout le monde a entendu de 70 millions de personnes vaccinées fin août, compte tenu de ce que vous dites, vous n'y croyez pas ?
D'abord, il nous avait fixé un objectif d'un million de personnes vaccinées fin janvier. Il n'y a pas un million de personnes vaccinées fin janvier. Il y a plus d'un million de personnes qui ont reçu une première dose mais qui ne sont pas vaccinées. Être vacciné, c'est avoir les deux doses. Si on considère qu'il faut que...
Vous pensez que l'objectif même de un million de personnes recevant les deux doses fin janvier ne sera pas tenu ?
On y est fin janvier, c'est aujourd'hui. On n'y est pas. C'est très bien que... Un million, si je voulais, c'était un joli chiffre, c'est rond, ça fait marketing, tout va bien. Mais ce n'est pas la vérité. C'est un million de gens qui ont eu une première dose. Ce n'est pas mal, mais c'est insuffisant. Il faut que vous sachiez qu'aux Etats-Unis, actuellement, ils vaccinent 1,6 million de gens par jour. Par jour. Là, on est content d'avoir injecté 1,2 million, 1,3 million en un mois.
Philippe Juvin, invité du 8h30 France Info. On se retrouve juste après le fil info. Diane Ferschit à 9h moins 10. La France ferme ses frontières avec les payeurs de l'Union européenne. Fermeture aussi des commerces de plus de 20 000 m2. Ceux qui ne vendent pas d'alimentaire, pas de reconfinement pour l'heure. Ce dont se réjouit sur France Info le psychiatre Serge Effez. La dimension psychologique des Français a été prise en compte. Estime-t-il, cette annonce permet, selon lui, de garder la tête hors de l'eau face à l'incertitude pernicieuse de cette épidémie. L'Olympique de Marseille va porter plainte après l'intrusion de 300 supporters en colère hier au centre d'entraînement du club.
L'OM dénonce un déchaînement de violences injustifiables. Des jets de pétards et de fumigènes. Un joueur et 7 policiers ont été blessés à l'origine de la colère des supporters. La gestion du club et ses mauvais résultats. Ils réclament le départ du président de l'OM. 19 personnes ont été placées en garde à vue. 5 jeunes mis en examen pour tentative d'assassinat après l'agression de Yuri. C'était mi-janvier dans le 15e arrondissement de Paris. Au total, ils sont 9 jeunes mis en cause dans cette affaire. 5 d'entre eux sont en détention provisoire.
A quelques jours de la comparution d'Alexei Navalny devant la justice russe, ses partisans organisent une nouvelle journée de mobilisation pour demander sa libération. Samedi dernier, des dizaines de milliers de Russes sont descendus dans les rues. 4000 personnes ont été interpellées lors de ces manifestations. France Info. Philippe Juvin est l'invité du 8h30 France Info sur France Info Radio et le canal 27 de la TNT.
Philippe Juvin, à propos des mesures qui sont prises aujourd'hui par le gouvernement, donc fermeture d'espaces commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 m2, la fermeture des frontières, également le renforcement du télétravail, est-ce que vous pensez que tout ça sera significatif face à la propagation actuelle du virus et de ces variants ?
Écoutez, dans la littérature, on a montré que toutes ces mesures avaient des effets. La question, c'est à ce qu'elles suffiront. Le Premier ministre et le ministre de la Santé disent qu'on va essayer. Nous, on a quand même l'impression, les scientifiques, qu'on a déjà dépassé un cap où ça risque d'être insuffisant. Il faudrait peut-être, donc outre la vaccination dont nous avons parlé, il y a des mesures qu'on pourrait mettre en œuvre qui accélèreraient les choses. Vous savez, il existe depuis maintenant plusieurs mois aux États-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne depuis maintenant une semaine, ce qu'on appelle des home tests, home H-O-M-E, des auto-tests qu'on fait soi-même à la maison.
Imaginez que toute la population puisse se tester le matin avant de partir, c'est en dix minutes, on se teste chez soi, c'est positif, vous restez chez vous, c'est négatif, vous sortez. Je crois beaucoup à l'implication de la population, je ne comprends pas pourquoi nous n'avons pas ces home tests. En Grande-Bretagne, le disais-je, depuis une semaine, à ma connaissance, les enseignants reçoivent chez eux ces home tests, et ils ont de quoi se tester deux fois par semaine. C'est mieux que rien, une fois tous les jours, ça serait mieux. Et c'est une réponse à la question des écoles. Je me teste, je suis enseignant, je suis positif. Et donc, plus on responsabilisera les Français,
mieux ce sera ? Oui, mais d'abord,
les Français sont très responsabilisés depuis un an, mais on leur donne des moyens aussi de participer à l'exercice de leur propre liberté parce qu'un des problèmes du confinement, on le sait bien, c'est l'exercice des libertés. J'espère d'ailleurs que quand on va confiner, si on reconfine, je pense qu'on va le faire, on apprendra de nos erreurs. Il ne faut pas fermer les EHPAD aux visites, il faut tester les gens à l'entrée des EHPAD et puis les laisser entrer voir leur mère ou leur grand-père s'ils sont négatifs.
Les écoles ?
Les écoles, alors Fontanet, mon collègue, a fait une étude très intéressante qui montre que les écoles sont des endroits où les enfants se contaminent et contaminent les adultes chez eux, sauf dans les écoles primaires. Donc il y a probablement un traitement différencié des écoles primaires qu'il faut faire. Mais là aussi, vous testez, je vous dis, les enseignants, les accompagnants, etc., tout est plus facile. Il nous manque, si vous voulez, des tas de mesures et d'accompagnements qui nous permettraient de rendre le confinement plus acceptable. Par exemple, moi je suis tout à fait opposé qu'on recommence cette histoire folle de l'autodestation.
Vous savez, je me signe à moi-même l'autorisation de sortir ou à la liberté dans tout ça et puis il y a des populations qu'il faut spécifiquement aider
sur les jeunes particuliers. Est-ce que ça ne revient pas au même de dire faites votre test ? Certains peuvent sortir et dire je l'ai fait sans l'avoir fait.
Le principe, c'est je prends un papier et je m'autorise moi-même et excusez-moi, moi ce n'est pas l'idée de ma liberté. En revanche, vous dire, vous allez vous tester donc sur un argument scientifique, vous allez décider de ne pas sortir, ça c'est de la responsabilité. Puis quelques jours, vous avez vu, on parle des étudiants, des apprentis, ça c'est vraiment, c'est une tragédie. Et là aussi, il faut décider d'être actif. Moi je suis maire de ma commune. Imaginez qu'on me dise demain, le gouvernement dit, ben voilà, on confie au maire le devenir et l'aide aux étudiants.
Et moi j'embauche les étudiants ou les apprentis et je leur donne éventuellement à aider à piloter des élèves de primaire pour faire leurs devoirs et qu'ils ne soient pas seuls. Vous voyez, il y a... Solidarité à développer. Il y a toute une mesure de mesures qu'il faut créer en collaboration avec le tissu local que je trouve qu'on n'utilise pas suffisamment. Jean-Jérôme.
Vous pensez que la façon dont le gouvernement répond à la crise sanitaire, cela va être au centre de l'élection présidentielle de 2022 ?
Ben, comment ça pourrait être différemment ? Mais la crise sanitaire est pris au sens large. C'est-à-dire que la crise sanitaire, c'est ses effets sociaux, c'est ses effets économiques. Mais quand on y réfléchit, au fond, l'espèce de désordre, parce qu'on peut dire comme ça, c'est un désordre que nous vivons aujourd'hui, il précède la crise sanitaire. Souvenez-vous des gilets jaunes. Donc moi, je crois que ce qui va être sur la table, ça va être parmi les sujets, il y aura la question du désordre en général. Mais le désordre, il précède la crise sanitaire.
C'est pour ça que vous allez être candidat à l'élection présidentielle ou du moins que vous allez être candidat à la candidature, c'est-à-dire s'il y a des primaires à droite ?
D'abord, sur les primaires. Moi, je pense qu'il faut qu'il y ait des primaires à droite parce que je ne me résous pas à ce qu'on nous vende un match déjà réglé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au deuxième tour. Donc là, à droite, nous avons des gens d'expérience, il y a un collectif, il y a des gens de grande qualité. Il n'y a pas trop de candidats aujourd'hui sur la ligne de départ ?
Si je compte,
vous êtes plus que sur les doigts de deux mains. Le sujet, si vous voulez, c'est le collectif. Nous, à droite, nous avons l'avantage d'avoir beaucoup d'élus locaux, régions, départements, maires, qui ont de l'expérience, qui font des choses, qui apportent des solutions. Et donc, l'enjeu, c'est quoi ? Aujourd'hui, l'enjeu de la présidentielle, si vous voulez dire, c'est d'apaiser la société. Et on l'apaisera comment ? Par des solutions qui vont venir d'un collectif de gens d'expérience. Moi, je crois beaucoup à ça.
Vous n'avez pas la crainte que si, et on croise les doigts vraiment, que si la crise sanitaire s'estompe, disons, à la rentrée prochaine ou à la fin de l'année, eh bien, les Français ont vraiment envie de tourner la page, y compris de tourner la page de ceux qui en ont été les acteurs comme vous, Philippe Juvin ?
Et moi, je fais le vœu qu'il n'y ait plus de crise sanitaire. Mon existence, entre guillemets, politique, puisque vous m'invitez, alors que je suis médecin, dans une émission politique, c'est de donner aux Français des informations, celles que je connais, et la manière dont je le comprends. Si demain, il n'y a pas de crise sanitaire, il n'y a plus de crise sanitaire, je suis le plus heureux des hommes, parce que nous sommes tous usés par cette crise.
Une dernière question. On l'a vu, cette semaine, effectivement, c'était peut-être à fleur et mouchetée, mais il y a eu un bras de fer entre le gouvernement et peut-être certains scientifiques, certains experts. En tout cas, Jean-François Desfersi, le patron du Conseil scientifique, a paru à un moment agacer le gouvernement. La semaine dernière, Christophe Castaner, le patron du groupe de La République En Marche sur France Inter, a indiqué que, oui, les experts, les médecins, les épidémiologistes de tout poil feraient mieux d'être un peu plus discrets. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Je lui réponds premièrement qu'il faut arrêter avec cette tendance à vouloir disqualifier toute opposition, qu'elle soit scientifique, qu'elle soit politique, et qu'écouter, ce n'est pas une faiblesse. Voilà, en démocratie, il faut écouter. Et s'il y avait des gens qui doivent peut-être faire attention à leur présence sur les plateaux, c'est probablement plusieurs ministres. Parce que, pardon, mais quand j'entends M. Blanquer qui m'annonce qu'il y aura 15 millions de vaccinés à l'été, M. Dussopt, grand spécialiste sanitaire, qu'il y en aura 25, M. Djebari, qui en aura 26 millions de vaccinés et M.
Véran qui en aura 70, moi, j'aimerais d'abord que les ministres mettent un peu d'ordre dans leur communication parce que les Français doivent avoir confiance. Le confinement, s'il revient, ce sera un confinement qui repose sur la confiance. On ne peut pas contraindre les gens en permanence. Donc oui, un peu d'ordre dans la communication gouvernementale ne serait pas de trop.
Je pense que cela aurait été demandé, d'ailleurs, en fin de semaine dernière.
Merci beaucoup, Philippe Juvin. Merci. Invité du 8h30, France Info, maire des Républicains de la Garenne-Colombe et chef du service des urgences de l'hôpital Pompidou à Paris. On était avec Jean-Jérôme Bertolus, chef du service politique de la rédaction. La météo dans une seconde.