Fin des ventes des véhicules thermiques en 2035 : "On accompagne toutes les filières dans cette mutation", assure Roland Lescure
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France Info
Bonsoir à toutes et à tous, nous allons d'abord parler automobile avec notre invité que j'accueille. Bonsoir Roland Lescure.
Bonsoir.
Ministre délégué chargé de l'industrie, merci d'être avec nous sur France Info. Emmanuel Macron vient de lancer le leasing de voitures électriques à 100 euros par mois pour les plus modestes et le nouveau bonus électrique avec des critères environnementaux. L'idée c'est aussi de favoriser la production française et européenne, c'est du protectionnisme assumé.
Non, c'est intégrer le fait que quand on met un milliard dans le bonus automobile pour aider nos concitoyens à acheter des véhicules électriques, il est quand même incompréhensible que 300 millions de ce milliard partent au bout du monde pour des producteurs qui sont au bout du monde et dont la production elle-même est très carbonée. On a des producteurs européens pour l'essentiel qui produisent propre. Et donc évidemment si on doit subventionner la demande, c'est-à-dire les acheteurs, il faut qu'on puisse le faire avec des véhicules qui sont effectivement propres de la production à l'autoroute.
Ça va permettre de convaincre les automobilistes ce coup de pouce-là, ce leasing social face à une concurrence chinoise ou américaine ?
Oui, nous on en est convaincus. Moi je suis convaincu qu'on peut réconcilier économie, écologie et sociale. C'est-à-dire économie c'est produire chez nous, écologie c'est décarboner et sociale le faire pour tous et pour toutes. Le leasing social il va permettre à des Françaises et des Français dont le revenu est modeste et qui circule beaucoup d'avoir accès à un véhicule électrique à 100 euros par mois qui va leur permettre évidemment d'accélérer leur transition carbone à eux. Au fond tout le monde aujourd'hui veut se décarboner en le faisant avec l'appui de l'État et en le faisant, qui plus est, et c'est important, en achetant des véhicules français et européens.
En achetant des véhicules français ou européens. En effet, est-ce qu'on peut produire en France Roland-Lesscure une petite voiture électrique comme la future Twingo de Renault ? Parce que pour ce modèle-là, ce n'est pas tranché chez le constructeur mais il semble qu'on penche plutôt pour une production en Slovénie.
Écoutez, pour Twingo, on verra, en tout cas on sait déjà que Renault s'est engagé à produire la nouvelle R5 en France. Moi la R5 c'était ma première voiture, c'était il y a bien longtemps. De voir qu'une voiture mythique de ce type va être réinventée, électrique, produite en France, c'est une excellente nouvelle. Quand on fait la somme de tous les engagements de construction en France des véhicules, dans les années qui viennent, on en aura plus d'un million d'ici 2027 et près de deux millions d'ici 2030. Donc oui, la réponse est oui. On peut produire électrique en France, y compris des véhicules de tas de modestes. On va produire aussi ailleurs en Europe et on va vendre aussi en Europe.
D'ailleurs, j'espère que les R5 se vendront pas seulement en France et partout. Mais moi je suis fier que le marché européen, qui est un marché moteur dans l'électrification, se fasse avec l'accompagnement des constructeurs français, Peugeot, Renault, Citroën et quelques autres.
Vous êtes confiant pour un calendrier tenu pour la fin de la vente des voitures neuves à moteur thermique en Europe en 2035 ?
Oui, moi je suis extrêmement confiant. D'abord parce que nous avons donné de la visibilité aux industriels. En Europe, et c'est le seul endroit au monde où on s'y est engagé, on a donné une date précise et ensuite, évidemment, on accompagne les industriels dans cette mutation. Les grands dont j'ai parlé, les constructeurs, mais aussi toutes les filières. Parce que les grands, j'allais dire, ils peuvent faire, ils savent faire, mais toutes les petites et moyennes entreprises qui constituent le tissu du secteur automobile, on les accompagne aussi dans ce cadre-là avec de la visibilité, des subventions et aussi de l'accompagnement des talents.
Parce qu'au fond, le défi majeur, ça va être de réussir à faire en sorte que des gens qui aujourd'hui sont reconnus pour la qualité de leur travail dans la mécanique traditionnelle puissent évoluer vers les nouveaux métiers. Vous le savez, on crée des gigafactories qui vont construire des batteries électriques partout dans les Hauts-de-France.
Et comment on fait justement là-dessus, Roland Lescure ? Parce qu'effectivement, il y a des emplois qui existent aujourd'hui. Par exemple, l'usine Bosch de Rodez, où on fabrique pour les moteurs diesel. Qu'est-ce qui peut être fait pour ces salariés-là, ceux sur d'autres sites similaires, pour les accompagner ?
Alors, Bosch-Rodez, c'est un bon exemple à la fois du défi et des solutions. Bosch et les organisations syndicales ont signé un accord qui vient d'ailleurs d'être prolongé de deux ans de manière à maintenir l'emploi jusqu'en 2028 et même au-delà de 2030 d'au moins 500 salariés. Et d'ici là, Bosch s'engage à mettre en place des activités de substitution vers l'hydrogène ou vers les nouvelles technologies. On ne les a pas encore celles-là, Bosch et Rodez. Et je peux vous dire que j'ai mis beaucoup de pression à Bosch cette semaine pour m'assurer qu'une alternative, on la trouvera. Mais en tout cas, là aussi, on a donné de la perspective aux salariés de Bosch et de Rodez.
Et je salue de ce point de vue-là la responsabilité des organisations syndicales qui avaient signé cet accord de manière à ce qu'on puisse accompagner les employés de Bosch-Rodez pour qu'eux aussi puissent être formés au métier de demain.
Et au-delà de ce site-là, est-ce qu'on pourra accompagner dans une reconversion ou dans d'autres postes tous ces salariés qui travaillent aujourd'hui sur des véhicules thermiques ?
Bien sûr. Je ne peux pas vous dire que toutes les entreprises qui aujourd'hui sont mobilisées dans la filière, j'allais dire, passeront cette transition sans heure. Mais notre devoir absolu, c'est que les salariés, eux, le fassent. Il y a aujourd'hui des entreprises dans cette nouvelle filière qui sont en pleine croissance. Il y en a d'autres qui sont en transition. Il y en a d'autres qui, malheureusement, vont faire face à des défis majeurs. Mais notre devoir absolu, c'est d'accompagner tous les salariés. Et je dirais même plus, d'attirer des jeunes et des moins jeunes vers ces nouvelles filières d'avenir.
On a par exemple à Douvrin, Stellantis, qui fait un accord, qui forme les salariés qui faisaient des moteurs thermiques pour la Gigafactory qu'on a inaugurée, qui va fabriquer des batteries électriques. Bien sûr que c'est possible. Je ne vais pas vous dire que c'est facile. Mais c'est un devoir impérieux. La transition écologique, elle doit se faire avec tout le monde et en accompagnant tout le monde.
Il va y avoir 1,3 million d'emplois pour voir dans l'industrie, dans les années qui viennent, est-ce qu'il y aura les candidats ?
Il faut tout faire pour. Le premier défi, c'est d'attirer des jeunes qui, aujourd'hui, considèrent encore trop souvent que l'industrie, ça ne paye pas, ça pollue et c'est pénible. La réalité, c'est que l'industrie, ça paye. La réalité, c'est que la dépollution, elle se fera par et grâce à l'industrie. Et il faut reconnaître que l'industrie, aujourd'hui, c'est de moins en moins pénible. Même si, parfois, les horaires sont difficiles, on travaille le week-end, les usines d'aujourd'hui ne sont pas celles d'hier. Donc, il faut attirer les jeunes. Il faut les former. Et ça, c'est un défi majeur parce qu'on le disait, ce sont des nouveaux métiers.
Fabriquer une batterie électrique, ce n'est pas la même chose que de fabriquer un moteur thermique. Et puis, je pense qu'il faut, je dirais, donner envie à nos jeunes de rejoindre l'industrie. L'industrie du futur, les pompes à chaleur, l'hydrogène, le nucléaire. On va devoir recruter plus de 100 000 personnes dans le nucléaire dans les 10 ans qui viennent. On a trop longtemps négligé l'apport de l'industrie au récit national. La France est, elle a été et elle doit redevenir plus que jamais une grande nation industrielle en décarbonant, en inventant l'industrie de l'avenir et en donnant des perspectives à nos jeunes. Parce qu'une fois que nous entrons dans une industrie...
Mais bien sûr que c'est possible.
Vous savez, on a eu la semaine de l'industrie il y a une dizaine de jours. Il y a 2 millions de jeunes, 2 millions qui étaient en contact avec des industriels. Quand un jeune découvre ce que c'est que l'industrie aujourd'hui, je pense que ça lui donne envie. Les jeunes hommes et les jeunes filles d'ailleurs. Parce que vous savez qu'on manque beaucoup trop de femmes dans l'industrie. Je ne vais pas vous dire que c'est facile là encore. Mais la révolution culturelle, elle est en train, j'allais dire, d'être en marche. De plus en plus, les gens s'intéressent à l'industrie. Vous, vous intéressez à l'industrie. Les grands médias s'y intéressent.
L'industrie, elle est en train de sortir de l'usine nouvelle et des échos. Elle est en train de rejoindre les grands médias qui en parlent régulièrement. Et merci de nous y aider, y compris ce soir.
Merci beaucoup Roland Lescure, ministre délégué chargé de l'industrie. Invité Échos de France Info ce soir.
Roland Lescure