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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 23 mars 2017 33 minAutoproduitActualité / polémiqueSolidarités & familleEnvironnement & énergieInstitutions & électionsEurope & international

#RDLS22 - MORTS DE LA RUE, CLIMAT, NICOLAS HULOT, 18 MARS, GRAND DÉBAT TF1, PROCURATIONS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Jean-Luc MélenchonFait
    « On peut, une fois ou l'autre, mourir aux urgences ou mourir dans un centre d'hébergement. En fait, personne ne meurt "de la rue", la rue ne tue pas. »
  • 5:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « Sur les 500, il y avait 46 femmes et 11 mômes, c'est-à-dire 11 mineurs, dont un bon nombre avait moins de 5 ans. »
  • 25:00Jean-Luc MélenchonFait
    « On va vers 2°C, 1,5°C, faut oublier, on n'y arrivera pas. »
  • 28:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 85% de la biodiversité est inconnue, on sait pas ce qu'il y a là, dans la mer. »
  • 37:00Jean-Luc MélenchonFait
    « La solidarité est-elle une option ou une condition à la paix sociale et à la paix du monde ? »
  • 45:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « On a récolté 30 000 signatures supplémentaires "J'appuie la candidature de Jean-Luc Mélenchon". »
  • 52:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « Nous voilà à 700 000 sur ma page Facebook, nous voilà à 1 000 000 sur mon compte Twitter. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour, alors c'est le 22eme épisode de la revue de la semaine, et comme d'habitude, et ben "couic", il y a le générique ! Bon, ça sera un numéro de la revue de la semaine d'un homme un peu fatigué, parce qu'on a vraiment eu un emploi du temps absolument plein comme un oeuf depuis vendredi dernier, avec la marche du 18 mars, l'émission de TF1. Mais moi je veux d'abord vous parler d'autre chose.

Le 21 mars, moi j'étais en repos, enfin j'ai juste fait deux réunions techniques avec mon équipe, mais j'étais malheureux de ne pas pouvoir participer à une manifestation d'un genre tout à fait particulier : il s'agit d'un regroupement qui s'est fait à l'appel du collectif "Morts de la rue". J'en ai déjà parlé ici, des morts dans la rue. L'année dernière, on en a recensé plus de 500.

En réalité, tout le monde est d'accord pour dire qu'il y en a beaucoup plus, parce que en vérité, on ne meurt pas forcément dans la rue quand on est dans la rue. On peut, une fois ou l'autre, mourir aux urgences ou mourir dans un centre d'hébergement. En fait, personne ne meurt "de la rue", la rue ne tue pas.

Ce qui vous tue, c'est l'abandon, la solitude, et tout ce qui va avec : le fait que vous ne vous soignez plus, le fait que...bref.

Plein de choses vous tuent plus vite qu'ailleurs, et, en général, les gens meurent en moyenne à 39 ans. En moyenne, vous allez voir que...la moyenne c'est la moyenne, c'est-à-dire presque 30 ans de moins que la durée de vie moyenne d'un Français.

Et sur les 500, il y avait 46 femmes et 11 mômes, c'est-à-dire 11 mineurs, dont un bon nombre avait moins de 5 ans. Tout ça, ça se passe dans la 5ème puissance du monde, d'accord ? Et je trouve formidable cette association, "Collectif des morts de la rue" parce que, si vous voulez, c'est une association qui, d'abord, alerte, et deuxièmement rend ce minimum de dignité à quelqu'un que son nom soit cité une dernière fois, comme c'est le cas pour tous les autres lorsqu'on les mène en terre ou à être incinérés.

Et le journal La Croix a fait un truc formidable, il a publié deux pages -- quand même, dans un quotidien c'est pas rien de consacrer deux pages -- deux pages à la liste des morts. Des morts dans la rue. Et c'est en partant de cette liste que, à mon tour, je vais me prêter à l'exercice, qui a été fait sur place, pendant la manif, qui est de lire le nom, l'âge et le lieu où la personne a été retrouvée morte.

Alors, là : Jeannette, 61 ans, le 6 janvier, à Paris dans le 12ème. Marc, 34 ans, le 9 février, à Cannes. Un bébé de 3 semaines... un bébé de 3 semaines, le 17 février à Bondy.

Sylvie, 50 ans, le 15 avril à Goussainville. Un homme non identifié, environ 70 ans, le 15 avril à Villeurbanne. Une enfant, le 20 avril, à Paris 14ème.

David, 40 ans, le 1er mai à Strasbourg. Madani, 70 ans, le 2 mai, à Ennery. Claude, 73 ans, le 17 mai, à Rouen.

Bianca, 76 ans, le 25 mai. Jean-Pierre, 68 ans, le 26 mai, à Vigneux-de-Bretagne. Abbas, 45 ans, le 1er juin, à Eaubonne.

Piotr, 52 ans, le 8 juin, à Saint-Maurice. Un homme non identifié, 45 ans, probablement le 11 juin, à Marseille. Sophie, 35 ans, le 20 juin à Paris dans le 13ème.

Marie-Rose, Marie-Rose, 96 ans, le 27 juillet, à Marseille. Mubarak, 34 ans, le 27 juillet à Calais. Jimmy, 30 ans, le 11 août à La Rochelle.

Un homme, 72 ans, le 12 août à Strasbourg. Fernand, 68 ans, le 24 août à Nantes. Maxime Ledoux, 59 ans, le 26 août à Paris dans le 10ème.

Il y en a comme ça 500 repérés. Vous comprenez pourquoi on peut dire que c'est insupportable ? Et c'est insupportable, pas de mourir, tout le monde meurt, c'est de mourir à la rue, abandonné, alors que pour ces 500 personnes, le seul problème c'était celui d'avoir un chez-soi.

On n'est pas capable de trouver un chez-soi pour tout le monde dans un grand pays, riche comme le nôtre, où il y a des millions de m² vacants, inoccupés. Réfléchissez à ça. Toute cette vie qui est là, qui compte pas, qui est effacée.

Et le 20 mars, il y avait cette manifestation, d'accord ? Vous en avez entendu parler où ? Hé, les gens ? qui est-ce qui vous en a parlé ?

Voilà. Ça c'était mon premier sujet. Alors maintenant, voilà mon deuxième sujet : la dernière fois déjà, je vous ai parlé du réchauffement climatique.

Il faut absolument que vous suiviez ça, parce que la conséquence va bientôt devenir irréversible. Ça veut dire que on sera parti dans ce qu'ils appellent "un monde inconnu". L'organisation mondiale de la météorologie, cette année, a fait son point, là ça vient juste de sortir.

Et eux, ils parlent du passage dans un monde inconnu, c'est-à-dire : on ne sait plus à quoi va correspondre la nouvelle organisation du climat telle qu'elle est en train de se réorganiser. Et peut-être qu'il y en aura plusieurs successivement, de climats terrestres. Parce que, encore une fois, ça n'est pas une évolution linéaire, c'est une évolution par paliers, avec des pauses et ensuite des accélérations.

Alors là, on a battu le record, puisque la température s'est réchauffée de 1,04°C, c'est-à-dire que, honnêtement, les météorologues disent, ce qui est maintenant à peu près certain, c'est qu'on n'arrivera pas à contenir le réchauffement de la terre à 1,5°C comme ça avait été dit à la COP21. Et on va avoir du mal à tenir la cote, qui est en dessous de 2°C. Vous savez qu'au-delà de 2°C, là on bascule vraiment.

Comme c'est parti là, on va vers 2°C, 1,5°C, faut oublier, on n'y arrivera pas, et évidemment, ça change tout.Mais il faut voir ce que ça change ! Déjà, pour l'instant, ce sont des pics qu'on observe ici ou là.

Je vous ai parlé de ce qu'il se passait en Australie, mais pour donner une autre idée, par exemple, vous avez un point en Iran, à 47°C. Un point au Koweït (bon, c'est le Koweït, c'est un désert par là), enfin, 54°C en plein air, 54°C...

Donc c'est des pics terribles, et quand vous avez des zones, y compris limitées, de chaleur pareille, vous voyez bien que ça perturbe tout le système. Bon, c'est clair, si vous allez quelque part dans une pièce, vous avez un foyer très chaud, ben ça réchauffe toute la pièce, ça perturbe toute l'ambiance, partout. Ben là c'est pareil.

Sauf que ça le fait à l'intérieur d'un système en mouvement qu'est le climat, et...

Donc voilà pourquoi vous devez bien comprendre que si on veut faire autre chose que pleurnicher, ou s'alarmer et se tirer les cheveux, il faut faire quelque chose de concret. Et ce quelque chose de concret, c'est changer le système de production, d'échanges et de consommation. Vous ne pourrez pas y échapper !

Donc mieux vaut commencer maintenant, dans l'ordre, de manière méthodique, et se préparer à la suite, parce que ne rien faire ou continuer à papoter comme on est en train de le faire, ou écouter des gens bornés comme M.Trump, qui ne croient même pas à la réalité de cette situation, c'est se mettre tous en danger. Et pendant ce temps, comme les surfaces de glace n'ont pas été récupérées, comme il y a un réchauffement général, vous observez dans la mer un dépérissement des espèces qui y vivent, une acidification de l'eau, et ça c'est la vraie cata[strophe], puisque 85% de la biodiversité est inconnue, on sait pas ce qu'il y a là, dans la mer, et ça représente une quantité considérable heu...vde la biosphère totale.

Et puis, l'autre conséquence, c'est que l'eau monte. Elle est montée plus vite là en un seul coup que en 20 ans. Donc, si l'eau monte, ça veut dire que toutes les zones côtières se retrouvent dans une situation différente, et les installations dangereuses qui sont au bord de la mer, elles aussi, sont dans une situation différente, puisque si l'eau monte et que le climat se détraque, donc vous avez des tempêtes ; les tempêtes combinées à l'eau, ça vous donne des creux dans l'eau.

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que je vous rappelle que c'est ce qui a failli se passer à la centrale de Blaye, centrale nucléaire de Blaye, qui est dans l'estuaire de la Gironde en 1999, où la combinaison entre la force du vent, les creux, et la montée de l'eau, à ce moment-là, a mis la centrale nucléaire en danger... c'est à 50km de Bordeaux, hein...

Bon. Et vous avez entendu comme moi au débat les messieurs-dames très contents d'eux-mêmes sur le nucléaire : "oui, oui, pas de problème, bien sûr..." ils prennent tous des airs importants, jusqu'à vous dire que comme c'est neutre en CO2, ça ne contribue pas au changement climatique.

Plus bête tu meurs. C'est aussi simple que ça. Moi j'ai montré du doigt, j'aurais peut-être pas dû montrer du doigt, mais j'ai dit à M.

Fillon, : attention, là, là il y a une image qui va être à l'INA, vous êtes là tous en train de dire "Bravo, c'est très bien, il faut continuer", c'est ce qu'ils ont dit hein. Là, pendant le prochain mandat, il y a 18 réacteurs qui arrivent à 40 ans. Alors on a beaucoup parlé de ce que ça coûte de les remettre à flot pour qu'ils durent encore.

Ça coûte beaucoup : 100 milliards, moi je ne suis pas pour faire ça. Mais c'est pas ça le plus important, le plus important c'est que ces gens-là disent : "on va continuer, on va continuer à le faire". Donc il faut bien réfléchir.

Si vous avez au moins une raison d'aller voter, tâchez d'aller voter pour des gens qui veulent arrêter ça, en l'occurrence il n'y en a pas beaucoup. Bon, mais ce n'était pas le sujet essentiel de mon point, que de vous dire pour qui voter, parce que si vous regardez cette émission c'est que déjà vous avez une idée sur la question. Alors je voudrais maintenant attirer votre attention sur un appel qui a été lancé par Nicolas Hulot et 80 ONG de solidarité, à des titres divers, pour la solidarité justement.

Et, cet appel, moi je le ressens très fort, parce que il met le focus sur le fait que, comme le dit Hulot, la majorité des crises que nous vivons ont pour origine un déficit de solidarité. C'est un peu joliment dire, pour dire que certains ne se préoccupent que d'eux-mêmes et détruisent tout autour d'eux, aussi bien la planète que les êtres humains. Et, parmi ces "déficits de solidarité", comme dit Nicolas Hulot, il y a évidemment la fraude fiscale, et ça m'a plu que Hulot rappelle que ça représente davantage que le déficit du budget de l’État, comme je l'ai dit l'autre soir à l'émission sur TF1.

C'est pas rien la fraude fiscale, c'est pas rien. Sans fraude fiscale, ça veut dire par exemple que, l'année dernière, il n'y aurait pas eu de dettes de l’État. Alors il lance un appel, et il souligne l'importance de la question de la solidarité comme cœur d'action.

Et alors il y a une phrase qui m'a bien plu, dans l'article que j'ai lu, il dit : "La solidarité est-elle une option ou une condition à la paix sociale et à la paix du monde ?" Alors évidemment vous devinez la réponse, elle est dans la question. Et ensuite il dit la chose suivante : "Tout le monde parle d'équité ou de solidarité bien sûr, mais comment partager la richesse quand elle se concentre dans les mains de quelques-uns ?" Et après il pose une question qui me paraît bien bonne, et que je livre à votre méditation : "A-t-on besoin d'être à la gauche de la gauche pour exiger que ce soit [la solidarité] une priorité diplomatique française et européenne ?" Nicolas Hulot conclut en disant : "La violence latente n'est pas née par hasard.

Si nous aspirons à des relations pacifiques, il faut changer de focus et faire que les solidarités deviennent le premier critère dans nos choix politiques." Alors, mon propos, là, c'est d'appuyer cette démarche. Vous pouvez le faire en signant cette pétition, elle est en ligne sur le site "www.appel-des-solidarites.fr" et vous pouvez aussi le faire gratuitement au 32321, et vous tapez le SMS "Présent".

Mais, je vais quand même le dire, si vous voulez que ça soit une priorité, la norme qui organise le programme politique... vous allez avoir des élections bientôt, et bien c'est le moment ou jamais de tâcher de mettre des votes en conformité avec les appels que l'on signe.

Parce que qui propose d'en faire un axe qui organise tout son programme, de la solidarité ? eh bien c'est moi, et c'est le programme "l'avenir en commun", et si ça s'appelle "L'avenir en commun", c'est bien parce qu'il s'agit de le vivre tous, et que si vous laissez le monde se détruire comme c'est le cas aujourd'hui, eh bien il n'y aura plus de place pour personne, même les puissants d'aujourd'hui et toute leur richesse accumulée ne leur servira à rien au moment où tout se détraquera. Bon, la campagne, faut que j'en dise un mot quand même, sinon vous allez trouver un peu lunaire mon émission.

Depuis la dernière fois que j'ai parlé devant vous, il s'est produit deux événements qui ont marqué la campagne, c'est un véritable tournant. Bon, le 17 mars le soir, et donc le 18, il y a eu la liste définitive des candidats connus, donc maintenant le tableau est connu, va être connu de tout le monde, le temps que l'on réalise, qu'on connaisse les noms et tout ça. Et on est complètement sorti, si vous voulez bien vous en rendre compte, de la phase d'incertitude, parce que depuis un an, moi ça fait un an que je suis en campagne, j'ai bien fait hein, pour bien enraciner ce qu'on faisait, avec des gens bien conscients, mais depuis un an tous les autres ils vivent dans l'incertitude.

D'abord c'était : "est-ce qu'il y aura des primaires ou pas ?" puis il y a eu la primaire de la droite, : "lequel c'est qui va gagner ?" On nous a annoncé pendant, mmmm, un an comme ça, hein, que ça y est c'était réglé, c'était évident, ça serait un duel Juppé-Le Pen, forcément, et c'est M.Juppé qui le gagnait donc à quoi bon, voter ou faire quoi que ce soit d'autre, il fallait vite, tout de suite, faire Juppé.

Patatra ! C'est pas Juppé qui est sorti ! En attendant, c'était l'incertitude.

Ensuite ça a été est-ce qu'il y aura une primaire de toute la gauche, heuu, bon évidemment très rapidement il n'y en a plus eu, et puis est-ce que la primaire du PS et de ses alliés, qu'est-ce qu'elle allait donner ? Avant ça, il y a eu la primaire des Verts, faut pas l'oublier, ils ont quand même voté, ils ont organisé tout un truc pour choisir, décider, comparer des programmes, tout ça, très bien, et ils ont choisi M.Jadot, pas Mme Duflot.

Très bien, alors, enfin c'est leur affaire, donc on était encore dans l'incertitude. Puis après, est arrivé, alors M.Jadot est sorti élu mais ha, "mais est-ce qu'il va rester candidat ?" disaient certains.

Hein, quand même c'est des persifleurs, hein ? ben ils avaient quand même raison, puisque l'autre il est pas resté candidat. Donc tout ce bazar pour rien.

Et puis après, c'était la primaire du PS et de ses alliés. Alors, on m'avait dit : "Mais pourquoi vous n'y allez pas ?" Bon, moi je suis honnête, j'ai dit : moi j'y vais pas parce que si le gagnant ne me plaît pas, je le soutiendrai pas.

Donc c'est pas juste de participer à une élection où je ne suis pas prêt à reconnaître le gagnant. "Ha, mais vous êtes sectaire" et patati et patata. Alors pour finir ils font leur primaire, le gagnant ne convient pas à toute une série d'entre eux, et les voilà partis les uns les autres sur d'autres candidatures.

Alors De Rugy est parti soutenir Macron, enfin bref, la cata, M.Valls ne soutient pas son propre candidat, et c'est pas seulement qu'il ne le soutient pas, ça à la limite, il aurait pu, comme il l'avait dit, rentrer chez lui et puis faire la sieste, jusqu'à la fin des élections. Non non ! il veut même pas le parrainer !

C'est quand même plus fort que tout, ça ! Parce que parrainer, c'est pas soutenir, c'est juste dire : "je suis d'accord pour que vous soyez candidat", bon. Enfin on est sorti de tout ça, j'ai oublié l'épisode : "Est ce que Hollande va être candidat ou pas ?" Parce que ça a été le sketch du suspens tout le temps, tous les mois il y avait un truc, hein.

Donc nous pendant ce temps, toc toc toc, on avançait, au milieu des rigolades, autour de "Ha, qu'est ce que vous êtes en train de faire ?" "Il est trop vieux, il est trop ci, il est trop là, il est trop tout seul", bon, on avait beau dire "Écoutez, on est quand même 200.000, quoi !" "Non, non, il est tout seul", bon.

Tandis que les autres ils étaient très nombreux, haha ! Et maintenant vous avez vu la situation, hein ? C'est qui qui est tout seul ? c'est qui qui est très nombreux ?

Bon. Alors, le lendemain du dépôt de la liste, toc, il y avait notre marche, et ça a été un très grand succès. Vous avez des images, elles sont référencées à la fin de cette émission, pour que vous puissiez, si jamais vous avez raté ça, voir, pas seulement mon discours, je pense que ça représente un certain intérêt, ce que je pouvais dire à ce moment-là, puisque c'était une marche pour la 6ème république.

On ne s'est pas rassemblés pour crier "Vive Mélenchon", parce que c'est interdit dans mes meetings de crier mon nom, ni même simplement pour crier "Résistance", on l'a beaucoup fait, on a aussi crié "Dégagez!" Il y a un nouveau mot d'ordre qui est apparu, et je vous garantis que c'est pas moi qui l'ai lancé, c'est parti tout seul dans la moitié de la place, et après tout le monde s'est mis à crier ça : "Dégagez, Dégagez !", avec le doigt comme ça : "Dégagez !".

Comme les Tunisiens. Heu, c'était une marche pour la 6ème république. Et, vous savez, bon, les commentaires et les coups d’œil sont toujours très superficiels, mais faut regarder, parce que c'est pas n'importe quoi qui s'est rassemblé là.

Tous ces gens rassemblés, ils étaient très politisés, au sens...mais pas politisés genre "j'appartiens à un parti et je viens avec...réclamer pour mon parti", mais politisés au sens des idées.

Il y a des scènes qui m'ont quand même frappé : les gens choisissaient dans les pancartes qui leur étaient proposées, ceux qui sont venus sans avoir eux-mêmes amené leur pancartes. Ils choisissaient...

Bon, la foule était extrêmement bienveillante, donc les gens se sentaient unis entre eux par des choses en commun. Ensuite, ils étaient extrêmement attentifs. On aurait entendu voler une mouche, m'a dit une amie qui se trouvait dans la foule.

Et puis, ensuite, il y a eu des moments, il faut être capable de les capter, les moments où les... la mobilisation, où les cris étaient les plus forts, les plus denses, de la place où j'étais moi, c'est-à-dire sur la petite estrade en train de faire le discours, il y a deux moments qui m'ont frappé, par leur force : premièrement, quand j'ai parlé de la constitutionnalisation de l'IVG et du fait que le corps de chaque femme appartient à chaque femme et à personne d'autre.

C'est incroyable ! Parce qu'après tout, on pourrait dire, ou bien : "c'est pas une nouveauté" etdonc ça lasse, ou bien : "écoute, tout le monde n'est pas d'accord, bon, c'est plus compliqué que ce que tu dis", ben pas du tout. Dans cette foule-là c'était clair, c'est le rugissement le plus fort qu'il y a eu. "Il est donc temps d'inscrire dans la constitution le droit à l'avortement, car le corps de chaque femme..." **acclamations** "...car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement." **acclamations** Et il y en a eu un deuxième, parmi d'autres, mais ce deuxième il m'a frappé, c'est quand j'ai dit : "Les animaux ne sont pas des choses." "Et, sans doute, faudra-t-il aussi proclamer comme une règle pour toujours, comme une preuve de notre amélioration collective, la règle que les animaux ne sont pas des choses." **Ouiii !!!!** "Et que la preuve... et que la preuve de notre humanité consciente se constate quand nous décidons de faire respecter ce principe !" **acclamations** Ben d'habitude, dans une manifestation progressiste, on ne parle pas des animaux.

C'est la première fois. C'est la première fois que vous avez un homme public, dans une campagne présidentielle, la plus importante dans notre pays, qui parle de la souffrance des animaux, que les animaux ne sont pas des choses, et que vous avez une foule qui marque son accord avec ça. Donc le fait, c'est pas que j'en ai parlé -- c'est un fait, pour un candidat à la présidentielle --, c'est la réaction des gens ! extrêmement positive, montrant que cette question est une question qui est dans l'esprit de beaucoup de monde.

Alors après, on avait à peine fini, bon vous avez... quand même, majoritairement, tout le monde a reconnu que c'était extraordinaire, que c'était une mobilisation, etc, alors il y a toujours les grincheux, tel journal qui dit : "vous étiez plutôt 80 000 que 130 000", alors..

écoutez, ceux-là c'est vraiment... on peut plus rien quoi... on avait réuni les journalistes avant, on leur a dit : "écoutez,nous on va donner un chiffre, mais vérifiez vous-même." On leur a donné une application sur internet pour calculer les participations des gens.

Donc c'est pas dur, c'est une photo satellite qui vous délimite l'espace, qui vous dit combien il y a de m², et à partir de là vous savez combien il y a de gens en fonction du nombre de gens par m². Nous on était au maximum ! c'est-à-dire 4 personnes par m².

Si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à regarder les images, en fait on s'en fout, mais j'en parle parce que ça m'amuse de les prendre en défaut et de vous montrer quel genre de gros feignants c'est, même quand vous leur donnez l'application, même quand vous leur dites comment calculer eux-mêmes, faut quand même qu'ils viennent jeter du fiel et dire "non, non, non, c'est pas tout à fait ça, il y en avait pas 130 000, il y en avait 129 285"...

Vous voyez le genre, quoi. Alors, ce qui m'a surpris et fait de la peine, c'est [que] dans le Canard Enchaîné aussi, ils disent : "la place était aux 3/4 pleine"...Ho, ho, ho ! vous voulez regarder les images ? allez les regarder, vous allez voir si elle est aux 3/4 pleine, les copains étaient tellement contents qu'ils ont filmé le remplissage et le vidage de la place.

Bon, c'était extraordinaire. Voilà. Point.

On est reparti de là, c'était très joyeux, pourtant j'aime mieux vous dire que ça pinçait, avec ce petit vent frais là qu'il y avait. Très joyeux, très fort, très... moi j'ai rechargé la batterie d'une manière extraordinaire, heureusement, parce qu'après il y avait le débat sur TF1 le 20 mars.

Bon, tout a été dit sur le débat, j'y reviens pas, moi je vous raconte une ou deux anecdotes, comme ça. Ça a duré 3 heures et demie, vous vous rendez pas compte les gens, bon on dira : "Ah oui c'était long", non, non, non, faut rester 3h30 debout. 3h30 debout heu... et sur la ligne de feu quoi, c'est pas 3h30 pendant lesquelles vous vous endormez pendant 10-15 minutes, non, puisque vous guettez votre temps de parole, si vous en avez trop fait il faut attendre un peu pour retrouver un peu de souplesse.

Il y avait 15 thèmes prévus, les gens, 15 thèmes. Et pour chaque thème, vous aviez 1min30. Bon.

Donc vous imaginez ce qui s'est passé avant, pour apprendre tout ça, bien se... parce que la difficulté ce n'est pas qu'est-ce qu'on a à dire, c'est de le dire en 1min30.

Bon alors, par exemple, moi je parle d'éducation, et bon j'ai dit ce que j'avais à dire, mais toc : j'oublie deux choses fondamentales, que j'ai envie de dire, hein.. qui sont : Un : j'annulerai la réforme des rythmes scolaires, parce que les gamins sont épuisés, Deux : j'annulerai la réforme du collège, parce que je ne suis pas d'accord pour qu'il y ait des différences d'heures d'enseignement entre un collège et [un autre].

J'ai oublié ça. Si vous saviez comme j'étais malheureux, parce que quand je m'en suis rendu compte, en regardant mon papier, je me dis : "zut, j'ai oublié...", bon.

Après, il y avait un deuxième problème. Alors j'ai dit 3h30 debout, la ligne de feu et tout, faut pas se détendre, mais 3h30 debout! Donc, ceux qui sont pas rusés comme moi, ils savent pas qu'il faut bouger.

Pas parce que je suis agité, regardez les images, vous me voyez j'arrête pas, je... pourquoi ? c'est pour éviter que le corps se tétanise.

Mon voisin, M. Macron, à un moment donné il marchait d'un pied sur l'autre, pourquoi ? parce que c'est trop long !

Et vous restez tout..plus le temps passe, plus vous vous raidissez, et plus ça...

Mme Le Pen aussi a souffert de ça, à un moment donné elle a dit : "Je préférerais m'asseoir". Ah puis il y avait une deuxième difficulté, je vous la raconte. C'est que vous avez la caméra en face de vous.

Et en face de vous, vous n'avez pas des amis, ni même un public neutre, vous avez un public, on va dire les choses comme elles sont, hostile, parce que c'est celui de vos concurrents. Moi j'avais en face de moi Benoît Hamon et les socialistes, je les connais tous hein, ou à peu près, donc imaginez-vous qu'ils ne me faisaient pas des sourires. C'est pas de leur faute hein, ils ne sont pas venus là pour me sourire.

Mais donc vous regardez la caméra et vous voyez en même temps 40 personnes qui vous tirent la tête. Bon, c'était pareil pour les autres, parce que Hamon il regardait de mon côté, et bon, je sais pas si mes copains sourient ou pas, je les voyais pas, ils étaient dans mon dos, mais c'est pareil pour les autres, bref, vous avez en face de vous un groupe de 40 personnes qui vous sont pas favorables, je vous dis pas la pression que ça vous met. Après, moi, mes bandits là, pas une cravate, enfin bon bref.

Et moi j'avais en face de moi avec, de tous les côtés, que des faces de pierre avec la tenue du dimanche et la cravate. Moi aussi j'avais mis la cravate hein, je veux pas discuter de ça, mais c'est pour dire, voilà, ça c'est des petites choses qu'on sait pas hein, sur ce qui s'est passé. Il paraît que M.

Fillon se faisait coacher, comme on dit, recevoir des consignes avec son téléphone. Alors ça c'est vraiment une histoire de fou, c'est le truc à ne pas faire, hein. Pour vous faire mettre la pression il n'y a rien de tel que d'avoir quelqu'un qui vous parle en même temps, dans votre téléphone ou dans une oreillette.

Vous savez, moi, j'ai coupé la télé, à partir de dimanche, jusqu'à lundi le soir où je suis arrivé dans la salle, (fuuit), donc pour me mettre la pression, zéro. J'ai rien regardé. Parce que au pied de ma permanence, il y a eu des pauvres journalistes, toute la journée, ils étaient là !

Je ne sais pas ce qu'ils ont raconté puisqu'il ne s'est rien passé. Peut-être qu'ils ont vu des gens entrer et sortir, ils leur posaient des questions. Bon, alors, apparemment ça ne s'est pas trop mal passé pour moi, dans la perception que vous en avez eu, je préfère vous dire que moi je ne pouvais pas m'en rendre compte au moment où ça avait lieu, et pour nous ça a donné des résultats absolument extraordinaires, parce que, en 48h, on a récolté 30 000 signatures supplémentaires "J'appuie la candidature de Jean-Luc Mélenchon".

Ca veut dire que sur le site JLM2017.FR, 30 000 personnes nous ont rejoints. Et puis tous les autres comptes ont éclaté, du coup nous voilà à 700 000 sur ma page Facebook, nous voilà à 1 000 000 sur mon compte Twitter, et ainsi de suite.

Alors, mais c'est en quelques heures hein, par le compte Twitter, c'est 25 000 d'un coup en l'espace de 24h. Bon, alors tout ça, ça vous montre de quel côté les choses vont. La force va à la force, et moi je vous demande d'aider là, si vous trouvez que c'est bien, que ça mérite d'être aidé, ben vous mettez des pouces bleus sur cette vidéo, et puis vous signez si vous avez oublié de le faire, et puis vous prenez vos autres dispositions, vraiment je vous demande d'aller faire un tour sur le site, si vous voulez connaître le programme, il est sur le site mais aussi sur un site dédié, spécial, qui s'appelle laec.fr, où là vous avez toutes les entrées, une merveille qui a été faite par quelqu'un.

Et puis surtout, il y a les procurations, vous allez pas attendre la dernière minute pour vous dire "'Ha ben zut, je suis pas là le jour du vote, comment je vais faire ?" Eh ben il faut faire une procuration, donc nous on a installé sur la plateforme une système de procuration, c'est-à-dire : vous vous inscrivez, et quelqu'un va se proposer dans votre coin, pour aller voter pour vous. Donc il est là pour faire votre procuration.

Évidemment que celui qui va aller voter pour vous, héhé, c'est qu'il va voter pour moi, sinon c'est pas la peine. Pas la peine de demander une procuration à quelqu'un qui vote pour moi pour aller voter Fillon, il ne le fera pas hein ! c'est pas la peine d'essayer !

Alors, entretemps, bon, j'ai gagné un point dans les sondages, et puis je pense que ça va s'améliorer encore dans le reste de la semaine. Donc on peut dire que pour moi, le tournant de campagne, qui est le dépôt de la liste des candidatures, nous place en bonne position. Et ce qui vraiment me fait le plus plaisir que tout le reste, c'est le nombre de gens, 20 000 comme ça ou 30 000, qui sont venus sur la plateforme voir le programme, le regarder.

Parce que je vous le redis, nous n'essayons...nous faisons un vote d'adhésion.

Et on n' est pas en train de rattrouper le fan club d'une rock-star : on est en train de construire une force citoyenne, cohérente, et consciente, parce que moi, je crois que je peux gagner. Et si c'est le cas, il faut bien suivre le mode d'emploi. Le mode d'emploi de mon programme, depuis le début je le dis, c'est pas une personne qui, depuis l’Élysée, va changer le pays.

C'est une personne qui, parce qu'elle a gagné politiquement, va, avec l'implication populaire des gens, dans la suite des événements, changer le pays. On ne peut pas faire le programme que j'ai en comptant que tout va se régler depuis le dessus, non ça c'est absolument impossible. Bon voilà, j'ai assez parlé pour cette fois-ci, entretemps j'ai sorti un livre qui s'appelle "De la vertu", le voici.

C'est pas mal. Il a été fait en interview avec quelqu'un qui est très fort, qui est la journaliste Cécile Amar, comme j'avais fait le précédent bouquin avec Marc Endeweld qui est un très bon journaliste également, "Le choix de l'insoumission", ben j'ai pris maintenant le goût de faire ça. Surtout que je n'ai pas le temps d'écrire moi-même, alors donc je relis, après l'interview, chaque morceau, je corrige, je change, bon... c'est un livre, hein, c'est pas une interview, mais ça donne quelque chose qui en principe est un peu plus facile à lire.

Bon, c'est un peu "philo" hein, ça s'appelle "De la vertu", mais c'est concret parce que ça reprend plein d'aspects du programme, ça vous le remet dans une autre perspective, perspective de la vertu. Voilà, merci mes amis, à bientôt, on est maintenant à 30 jours du premier tour de l'élection, 30 jours...31 jours de l'élection.

Le 18 mars a été la Pâque Républicaine, 3 jours après, c'était le printemps. Bon augure...