Anasse Kazib - Les prénoms, marqueurs d'intégration ?
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
RMC, c'est la grande gueule du jour. Je vois pas pourquoi j'aurais appelé mon fils Mohamed ou Hakim, ou un prénom, pour quelle raison, à part l'exotisme. J'ai pas aussi voulu que mes enfants aient même parfois souci que moi, parce que moi souvent on m'a demandé, vu mon nom à chaque fois, pourquoi je m'appelais Aziz.
Mon père nous avait donné ses prénoms par tradition, peut-être qu'il pensait retourner un jour en Algérie, c'est pour ça. Les prénoms, la tendance, paraît-il, aujourd'hui, est à l'exotisation. Oui, en tout cas, on sait que le prénom, c'est un peu tabou, parce que c'est un sujet sensible, parce que ça parle d'identité.
On se souvient de la polémique virulente entre Éric Zemmour et Absatoussi sur ce sujet. Là, il y a une étude de l'INED qui montre que les prénoms sont un marqueur d'intégration. Selon cette étude, les immigrés, aujourd'hui, privilégient plutôt les prénoms internationaux, plutôt que les prénoms de leur culture, de leurs origines.
Aujourd'hui, par exemple, seuls 23% des enfants de la troisième génération ont un prénom arabo-musulman. La première génération des immigrés du Maghreb appelait leurs enfants en priorité Mohamed et Fatima. Et aujourd'hui, c'est plutôt Nicolas ou Inès pour les petits-enfants, ce qui montre que, finalement, il y a une volonté d'avoir les prénoms que les autres ont.
Alors, le choix est plus vaste, puisqu'en 1945, il n'y avait finalement que 2 000 prénoms disponibles. Aujourd'hui, il y en a 13 000. Donc, on cherche des prénoms différents.
Pas forcément des prénoms français, mais des prénoms internationaux, exotiques. Mais ça, c'est une mode générale qui concerne les enfants d'immigrés comme les autres. Et donc, cette étude tend à démontrer qu'Éric Zemmour avait tort.
Aujourd'hui, les Français se disputent les mêmes prénoms, en quelque sorte, quelles que soient leurs origines. Qu'est-ce que vous en dites ? 3216, RMC.fr, pour nous donner votre opinion, bien sûr, en direct avec les GG.
Anas, il s'appelle comment, tes enfants ? Moi ? Jean-François et Pascal.
Ça serait drôle, hein ? Mais on leur demanderait après, c'est quoi ton vrai prénom, du coup ? Non, moi, mon fils, il s'appelle le plus grand, il s'appelle Milan.
Milan, il y avait Milan Barros. Et puis, le deuxième, le dernier, il s'appelle...
Milan Barros, c'est un joueur de foot, il faudra rappeler. Oui, exact, voilà. Et le deuxième, il s'appelle Imran.
Imran, c'est Joachim dans la Bible. Donc, voilà. Je voulais les appeler Jean, mais ma femme...
Mais Milan, tu vois, c'est typiquement l'exotisme. C'est ce que dit l'étude. C'est-à-dire que les Milan, il y a plein de petits Milan, quelle que soit l'origine des parents.
Et pourquoi Milan ? Pourquoi le choix de Milan ? Parce que c'est...
Ouh là là ! Pourquoi le choix de Milan ? Oui.
Non, mais est-ce que ça voulait dire quelque chose ? C'est un prénom dont tu disais que c'était neutre ? Ou...
Milan, c'était dans la tradition prophétique. Enfin, à l'époque du prophète, Milan, c'était le grand-père de Anas Ibn Malik. Donc voilà, c'est un peu dans cette tradition-là qu'on a essayé de chercher.
Puis, moi, on va dire toute ma génération, et je vois aussi les enfants de mes amis, etc. Enfin, ils s'appellent Jade, Alia. Enfin voilà, il y a une tendance un peu d'essayer de trouver un peu un prénom tendance, un peu fashion.
Et passe-partout, c'est ça ? C'est vrai que moi, je connais quasiment pas d'amis qui ont des enfants, qui appellent leurs enfants Abdelkarim ou Farid ou Mounir. Enfin, aujourd'hui, c'est plus des Caïs, Imran, Milan.
Et c'est important du coup ? Rayan aussi. Et c'est important pour mieux se fondre dans la société ou pas, à ton avis ?
Non, c'est pas ça. Moi, je pense qu'on s'en fout un peu de...
Ça va pas régler les choses. Enfin, il y a des Noirs qui s'appellent pas spécialement Mamadou ou Fatou et qui galèrent autant pour trouver du boulot. Enfin, c'est une réalité.
Je pense pas que d'avoir quelqu'un qui est d'origine marocaine ou algérienne, dont les parents ou les grands-parents sont d'origine maghrébine, c'est pas parce qu'il va s'appeler Pascal ou Jean qu'il a plus de chances de trouver du boulot. Moi, je pense que c'est une supercherie de penser ça. Ouais, quand même.
C'est souvent sur les CV. T'as vu Jimmy Mohamed à chaque fois ? Oui.
Elle te posait la question. Quand Jimmy était avec nous, le docteur Jimmy Mohamed. Madame Joël Dagosseri, alors ?
Ouais, mais après...
Les prénoms. Tiens, ta fille. Moi, il s'appelle Tessa.
Tessa. Chercher un prénom qui fasse un peu...
Je sais pas. Qui fasse un peu je sais pas. Non, je sais pas pourquoi.
J'ai choisi ça. C'est son père. Il a dit Tessa.
J'ai dit bah ok. J'avais pas tous mes moyens. T'étais pas contrariante.
Ouais, non, mais j'étais enceinte. J'étais dans les vapes. Si c'était à refaire, tu le refais pas.
Non, je l'aime bien. Mais j'ai dit ok, ok. De toute façon, je voulais que manger des frites.
Ah bon, d'accord. Le prénom de ma fille, je m'en fous. Apportez-moi, apportez-moi encore des frites.
Non, mais après, il y a une tendance aussi. Voilà, il y a des prénoms fashion. Enfin, c'est toute une génération.
Je pense que voilà. Toi, c'était Alain, Bernard ou Robert. Et puis, chez nous, c'est des Ryan.
J'ai tort parce que Robert, ça revient aussi. Les prénoms anciens reviennent. Oui, mais là, c'est un marqueur social, par contre.
Il y a des marqueurs. Oui, parce que tu vois bien, il y a des Gabins. T'as des victoires.
Des petits Marcelles. T'as des victoires. Bah oui.
Des Marcelles, des Suzanne. Il y a des Gabins. Il y a des Gabins de plus en plus.
Il y a des petits Gabins. Ça, c'est plutôt un marqueur social, je dirais. Il y a des Gérard, parce que Gérard Collomb.
Non, des Gérard. Il y a des applaudissements, là, derrière, par Gérard Collomb. Non, mais par contre, sur Gérard, je me suis toujours demandé.
Je salue mon père, il s'appelle Gérard. Ah oui, je me suis toujours demandé comment un bébé pouvait s'appeler Gérard. Un mec de 60 ans, OK.
Roger aussi. Mais non, mais tu vois, dans la couveuse, tu vois, Gérard. Mais Joël, de plus en plus, mais tu te trompes, tu te trompes.
Va, les prénoms anciens reviennent. Marcel, qui aurait pensé qu'un jour, il y a des petits Marcelles ? Alors, ça veut dire quoi, justement, si les prénoms anciens reviennent ?
Parce que moi, je pense qu'on est dans cette société...
Non, il y a une nostalgie. Non, moi, je pense que dans cette société où on veut être très individualiste, où on veut se démarquer des autres, on cherche l'originalité. Et donc, l'originalité, tu la trouves dans des prénoms qu'on invente.
Il y a des javas, il y a des prénoms qui n'existent, qui ne sont pas des prénoms. Et puis, ou alors, tu vas chercher des vieux prénoms et tu les remets au goût du jour. Il y a 13 000 prénoms.
C'est intéressant, l'étude dit qu'en 45, avec 2 000 prénoms, aujourd'hui, il y a 13 000 prénoms. Donc, chacun essaie de piocher le prénom qui semble être un peu différent des autres, pour se démarquer. Tu pioches aussi, moi, par exemple, mon neveu s'appelle Andrea, tu vois.
Et parce que son papa, il est d'origine italienne, il est né ici. Et même, je crois que son père est né ici, mais son grand-père est né en Italie. Et tu vois, il a voulu garder un lien avec ses origines.
Et donc, mon petit-neveu s'appelle Andrea. Ah, donc là, c'est un retour racine. C'est un retour, exactement.
L'enfant, comme ça, ça lui permettra de savoir d'où vient son prénom et de se référer à ses racines. Tout à fait. Et toi, Mourad, comment s'appellent tes enfants ?
J'ai trois filles, moi. Il y en a une qui s'appelle Aziza, l'autre qui s'appelle Roselaine, et la dernière s'appelle Alia. Un prénom un peu partout, puisque Alia, ça peut être un prénom juif aussi.
Moi, je ne suis pas très attaché à ce genre de choses. Un prénom, pour moi, ce n'est pas un facteur d'intégration. Non, le prénom, c'est quand on donne un prénom à ses enfants, c'est on imagine un peu la vie qu'on a envie qu'ils mènent, surtout.
Et que ce prénom corresponde à leur personnalité, à la façon dont on va les éduquer, et le chemin sur lequel ils vont aller. C'est ça qui est le plus important. Alors après, je sais, des fois, j'entends Zemmour qui est juste magique, parce qu'il dit, ça fait mille ans qu'on est ici.
Moi, je n'ai pas la chance d'avoir vécu mille ans, donc lui, c'est différent. Il sait ce qui s'est passé pendant mille ans, mais bon, je ne sais pas comment il fait pour vivre mille ans. Donc moi, je suis dans le temps qui m'est donné de vivre en France, et surtout dans le monde, parce que n'oublions pas que, surtout à tous les gens qui sont croyants, n'oublions pas que les frontières, ce n'est pas une création de Dieu, dans l'hypothèse où Dieu existe.
Donc on parle du monde, on est bien d'accord, et non pas de ces frontières hypothétiques qu'on a créées. Mais la religion a fourni beaucoup de prénoms. – Oui, mais je rappelle quand même que Dieu, c'est comme le Père Noël, c'est une hypothèse. – Oui, d'accord, mais ça fait partie de la culture et de l'identité aussi. – Moi, je suis d'accord pour débattre sur Dieu, sur les prénoms, sur le calendrier, dès qu'on m'a apporté un élément de preuve.
Pour l'instant, il n'y a personne qui en a apporté. – Pour l'instant, démontre qu'il n'existe pas aussi. – Oui, mais est-ce que les prénoms aujourd'hui, ça peut aider, c'est de l'intégration, ça peut être un frein ? – Tu sais, tu as deux CV qui arrivent, comme tu disais tout à l'heure, Anas ou Mourad, et puis tu as Kevin ou Gabin à post-égal, est-ce que tu crois que ça continue ?
On fait encore attention au prénom, on vient. – Quand tu veux rentrer en boîte de nuit, si tu as les cheveux crépus et si tu es black, tu peux t'appeler Roger. – Même quand tu es monde, tu sais, des fois. – Joël, tu crois que ça joue encore aujourd'hui le prénom ? – Et que dans l'inconscient des parents, on se dit qu'on va trouver le plus passe-partout, le plus international. – Mais pas forcément, au contraire, on veut l'originalité. – Mais je pense que, notamment dans les prénoms arabo-musulmans, il y a des prénoms qui restent arabo-musulmans, mais on va trouver ceux qui vont le moins être un marqueur, Karim ou Abdelkader, etc. – Sarah, par exemple, qui est un prénom juif, est donnée par beaucoup de familles originaires du Maghreb, maintenant. – Mais on ne va pas nier que le choix du prénom, dans notre pays en tout cas, prend en compte aussi les discriminations qu'il peut y avoir.
Et le fait qu'on anonymise des CV, ça dit quelque chose quand même. Le fait qu'on dise, on va envoyer des CV sans le nom et le prénom, ça veut dire quelque chose dans notre pays. Donc oui, il y a une exotisation, il y a des trucs fashion, mais il y a aussi la discrimination qui joue. – Le prénom a un sens, ça n'a rien à voir avec la religion, personne n'appellera son fils Adolphe, c'est juste une logique, tu n'appelleras pas ton fils Benito si tu es italien. – Oui, il y a un exemple. – Adolphe si tu es allemand, c'est ce que tu allais dire. – Et si tu appelles Francis ton gamin, tu ne penses pas à Francis Homme, sinon tu ne l'appelles pas Francis. – Je suis sur la liste des prénoms les plus donnés, et il apparaît de plus en plus Ethan, Sacha, Thiago, Enzo, il y a beaucoup d'Enzo, c'est très à la mode l'Enzo. – Ça c'est un truc, ça m'a toujours… – Il n'y a pas des Kylian maintenant ? – Je ne comprends pas pourquoi Enzo. – Pourquoi ? – Parce que c'est super à la mode, c'est très marqué italien. – Et Stéban aussi beaucoup ? – Je ne sais pas, quand je vois comme ça des petits Enzo, je ne sais pas moi… – Il y aura des Kylian je pense. – Alors attendez, on va en parler avec Samuel, bonjour Samuel. – Samuel, bonjour. – Bonjour les grands gueules. – Bienvenue Samuel. – Est-ce que vous croyez au prénom marqueur ou facteur d'intégration ou pas encore aujourd'hui ? – Non, pas du tout, l'intégration ça ne se fait pas par un prénom. – Bien sûr. – C'est la personne, comment elle est, comment elle se comporte, c'est ça qui compte.
Moi je m'appelle, comme vous avez dit Samuel, j'ai deux enfants, deux garçons, le plus grand il s'appelle Kassem et le petit dernier il s'appelle Mohamed, enfin le petit dernier il va avoir 7 ans. Et moi j'ai choisi ces prénoms là parce que je suis reconverti, je suis musulman, pour moi c'était d'importance qu'ils ont un prénom musulman. – C'est un choix vraiment identitaire. – Pardon ? – C'est un vrai choix identitaire. – C'est un choix identitaire parce que c'est ma religion et pour moi c'était important qu'ils ont un prénom de ma religion et que peut-être futur la leur, j'espère.
Après quand ils seront grands on verra. Mais voilà, c'est un prénom pour moi c'est pas une question de… c'est personnel. – C'est identitaire là pour vous. – On est dans un pays laïque, donc qui dit pays laïque, on a le droit de choisir sa religion, donc on a le droit de prendre un prénom de sa religion. – Je ne suis pas d'accord avec toi Olivier quand tu dis que c'est identitaire. – Bah si, tu choisis un prénom en disant je veux à tout prix un prénom de ma religion, c'est une démarche identitaire, mais ce n'est pas un jugement, c'est une réalité. – Oui peut-être, mais c'est une remarque que tu vas faire que si le prénom, par exemple les musulmans, moi dans ma famille par exemple on a tous… – Mais non c'est parce qu'il dit, on a tous des prénoms bibliques, moi dans ma famille on est 14, on a tous des prénoms bibliques.
Mais jamais personne ne va me dire que j'ai un prénom identitaire. – Mais c'est pas ça, mais non. – Bah oui mais je le compte comme ça. – Allez-y Samuel, allez-y. – C'est dingue, on ne peut rien dire en ce pays. – En fait, ce débat-là il a lieu en fait, juste parce qu'il y a des prénoms musulmans maintenant en France, parce qu'en fait il n'y a jamais eu de débat avant parce qu'on appelait des enfants Steven, Brenda, on va dire des prénoms… – Jordan Bardella. – Donc voilà en fait, c'est vraiment encore un débat qui est sur l'islam, sur les musulmans. – Mais non ! – Non par exemple, il y a des familles catholiques qui faisaient le choix d'appeler leurs enfants Pierre et Marie parce que c'était des prénoms bibliques.
C'est un choix d'ailleurs qui est en baisse, il y a moins de Pierre et moins de Marie. Voilà, donc quand on choisit pour son enfant un prénom, non pas parce qu'on le trouve joli, mais parce que c'est le prénom de la religion, c'est un choix identitaire. « Joël, ce n'est pas un reproche, etc. » – Non, ce n'est pas ça. – Mais c'est marrant que tu agisses ainsi, c'est bizarre. – Mais non, c'est que quand on prend des prénoms bibliques, et d'ailleurs c'était le débat qu'il y a eu avec Zemmour, des prénoms bibliques, on ne te dira jamais quand tu as un prénom biblique que tu fais des choix identitaires. – C'est pas identitaire, c'est religieux. – La religion fait partie d'une identité. – Oui, c'est un choix religieux parce que tu vas trouver des gens au Pakistan ou en Indonésie ou que sais-je qui vont s'appeler aussi Mohamed, donc c'est pas pour autant Mohamed, ce n'est pas destiné uniquement aux Algériens ou aux Tunisiens ou que sais-je. – Non, mais en général, quand tu choisis un prénom, tu choisis un prénom si tu trouves joli. – Il y a des travailleurs français en Côte d'Ivoire, en Iran ou au Sénégal ou que sais-je, des entrepreneurs qui vivent sur place, ils n'appellent pas leurs enfants Mamadou ou Désiré ou que sais-je. – Non mais je veux parler simplement de son cas, je ne vois pas pourquoi vous emballez, je veux parler de son choix.
Il fait un choix identitaire. – Il l'a dit, il l'assume en plus. – Ça te déplaît Joël, mais il l'assume. – Oui, il n'a pas dit qu'il faisait un choix identitaire. – C'est un peu comme s'il aimait les scarabées et qu'il décide de faire un beau tatouage de scarabées à chacun de ses enfants et peut-être que ses enfants, quand ils vont grandir, n'aimeront pas les scarabées et qu'ils vont essayer de se débarrasser du tatouage.
Après non, c'est plus compliqué. – Dans tous les cas aujourd'hui, comme on dit par exemple, 50% des enfants de la population dite majoritaire ici en France, 50% portent un prénom qui ne sonne pas typiquement français si on se réfère justement aux attributions de prénoms. – Ça sonne plutôt aujourd'hui anglo-saxon ou consonance latino.
Le prénom marqueur d'identité ou référent culturel ou identitaire ou d'intégration, 3216 rmc.fr pour continuer d'en parler avec les GG. – RMC jusqu'à midi, les grandes gueules. – Les GG en direct sur RMC. – RMC avant de continuer notre discussion sur les prénoms, marqueurs ou facteurs d'intégration.
Je vous rappelle que tout au long de la journée, vous envoyez RMC par SMS au 7-32-16. Vous jouez avec les grandes gueules le matin avec Moscato, le super Moscato show l'après-midi à partir de 16h. Et ce SMS, RMC par SMS au 7-32-16, ça vous permet de gagner 1000 euros.
Tout à l'heure avec Vincent Moscato, à partir de 16h, RMC par SMS au 7-32-16. Revenons à notre discussion sur les prénoms avec le sociologue co-auteur de cette étude « Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leurs enfants en France ? » C'est Baptiste Coulemont qui est avec nous.
Bonjour Monsieur Coulemont. – Bonjour. – Est-ce que c'est toujours un marqueur ou un facteur d'intégration, oui ou non ? – Il y a des prénoms très marqués, il y a des prénoms connotés.
Après, le prénom lui-même, ce n'est pas ça qui détermine l'intégration. L'intégration, c'est un ensemble de facteurs et c'est surtout le niveau de diplôme, le type de travail que vous avez, l'endroit où vous habitez. Si l'intégration, c'était que de la volonté, on le saurait.
C'est plutôt une série de facteurs sociaux l'intégration. Et le prénom, eh bien en fait, c'est plutôt quelque chose en plus. – Mais comment expliquer que finalement, les immigrés sur trois générations ont privilégié de plus en plus des prénoms internationaux comme tout le monde en fait ? – En fait, prenons le groupe des petits-enfants d'immigrés.
Il y en a une bonne partie qui n'ont qu'un ou deux grands-parents immigrés. Ils ont un grand-père qui vient du Maroc, mais qui a épousé une française, qui ensuite, des enfants ont épousé des enfants d'immigrés d'Europe du Sud. Donc, le groupe des petits-enfants d'immigrés, il est très divers.
Et c'est très difficile pour des grands-parents. Mettez-vous, les grands-parents ne peuvent pas agir sur leurs enfants. Ils ne peuvent pas dire « Ah, ça serait bien que tu donnes ce prénom-là ».
Les enfants vont trouver que ces prénoms sont de vieux prénoms et ils préfèrent des prénoms courts qui se terminent en A pour les filles, comme tout le monde. – Pourquoi, comme tout le monde, les prénoms courts qui se terminent en A sont lesquels ? – Comme Emma, Léna… – Allez-y, Baptiste. – C'est les prénoms à la mode aujourd'hui pour les filles. – En fait, tout le monde veut avoir à peu près les prénoms à la mode ou les prénoms internationaux. – Du coup, mais est-ce que c'est valable qu'en France ou dans le monde entier, finalement, on va se retrouver le monde entier avec quasiment le même ensemble de prénoms, quoi, M.
Coulemont ? – Non, pas le même ensemble de prénoms parce que la mode en France, pour les filles, c'est des prénoms courts qui terminent en A, mais ce n'est pas nécessairement la même chose en Allemagne ou en Russie ou en Turquie. Donc là, il y a des spécificités nationales.
Il se trouve qu'en France, en ce moment, on aime, on a beaucoup aimé les prénoms anglo-saxons à un moment, on aime beaucoup les prénoms latins aujourd'hui, mais… – Il y a moins de Kévin, il y a eu beaucoup de Kévin, il y en a moins maintenant. – Il y en a moins, oui. Il y a toujours un registre des prénoms anglo-saxons, mais ça, ça va porter sur d'autres prénoms. – Joëlle ? – Monsieur, est-ce que les prénoms sont des marqueurs sociaux, mais même, j'ai envie de dire, un moyen de se démarquer socialement ?
Justement, vous parliez des Kévin ou les prénoms anglo-saxons, vous avez une bonne partie des Français sans parler de l'immigration ou quoi que ce soit, on va dire peut-être d'une catégorie sociale CSP, CSP+, enfin voilà, qui va refuser d'aller vers du Kévin ou du Brenda et qui va plutôt rester sur des prénoms, on va dire, très classiques pour se démarquer justement de cette frange de la population qui serait un peu beauf, on va dire. – Oui, en fait, dans les prénoms se joue de manière symbolique la lutte des classes. Alors c'est de manière feutrée, mais en fonction du lieu où vous êtes dans l'espace social, en haut, en bas, etc., et bien vous avez des goûts différents.
C'est parce que vos amis, vos proches, vos cousins, vos collègues, aiment un certain type de prénom et on est influencé par les autres et on cherche pas nécessairement à se distinguer, mais on souhaite donner des prénoms qu'on aime et parfois on aime le Camembert, parfois on aime le Roquefort, parfois on aime Emma, parfois on aime Brenda, parfois on aime les deux. – C'est quoi pour la mode masculine ? Parce qu'on disait donc pour les filles c'est plutôt des prénoms qui se terminent par A, et pour les garçons en ce moment ? – Il y a beaucoup moins de concentration sur une terminaison, alors les prénoms en O, Enzo, Théo, etc., les O sont plus des prénoms de garçons, mais il y a beaucoup moins de concentration sur une terminaison que pour les prénoms des filles.
En gros, on arrive à repérer assez facilement les prénoms des filles et le reste du coup c'est les prénoms de garçons. – Et le retour des vieux prénoms, moi c'est les prénoms de mes grands-parents, on entend des René, André, on entend des Marcel, des Suzanne, des prénoms… – C'est vrai ça Monsieur Coulement ? – Ça revient ça ? – Oui. – Ça revient, mais ça revient beaucoup moins fortement que ça ne l'était avant.
Et surtout, c'est pas propre à notre génération. Quand dans les années 60-70, on a commencé à appeler des petits garçons Nicolas, c'était un vieux prénom. – En hommage à son prénom ? – C'était un prénom qui sonnait comme un prénom de grand-père.
Mais après, il a pris une autre coloration. Aujourd'hui, Nicolas, c'est juste un prénom d'adulte. – Est-ce que vous pensez qu'il y a des prénoms et des noms qui ne sont pas conciliables ?
Par exemple, c'est pas Roger Abdelhamen ? – Quoi ? – Ah ben non… – Roger Abdelhamen ?
Est-ce que c'est conciliable ? – Ben oui, c'est conciliable. Il y a tellement de variétés dans les choix des prénoms.
Alors, la première fois qu'on l'entend… – Mais est-ce que vous pensez… – Un joueur de Toulon. – Est-ce que vous êtes conscients que celui qui s'appelle comme ça, il va s'intégrer… je ne sais pas, parce qu'il a quand même un nom en fonction de son attitude, mais aussi dans ceux qui s'appellent Nordine, Kader ou autre en France, ça sera compliqué pour lui. Parce qu'il y a aussi un rejet de ceux qui ont une connotation dans leur prénom et leur nom qui ne sont pas en adéquation. – C'est là où je voulais revenir.
Vous riez alors qu'il y a un raisonnement qui se prépare, mais je suis désolé d'aller un peu vite pour vous, je promets d'aller un peu moins vite, ce qui ne te sorprendra pas, toi qui t'occupes des TGV. – Merci M. Coulemont d'avoir été avec nous. – Non mais là, t'es allé chercher un cas, là, même M.
Coulemont était quand même… – Désolé d'élever le… – Et il va repasser son diplôme de sociologue. – Écoutez, j'arrête, je laisse ma place à morale. – Non mais je… – Il est venu avec Eva et Elsa, et c'est… – Permettez… – Ça va trop loin. – Ce mail… – C'est la question que je me suis posée… – J'ai un nom qui est très arabisé, bout de l'oeil. – Tu me dis, est-ce que ça peut correspondre à un prénom qui… – Bah oui, Bernard Boudjellal. – Bah, est-ce que tes parents, ils avaient envisagé de t'appeler René Mourad ? – Moi, je suis une anomalie, mon père avait deux prénoms, donc était Michel. – Mais c'était quoi son prénom du coup ? – Moi, je suis une anomalie parce que ses grands-parents étaient moitié arméniens et moitié algériens.
Et donc, ma grand-mère s'appelait Marie Bédros Karamanian, il n'y a pas plus arménien que ça, et était chrétienne. Et donc, elle a donné un prénom chrétien à mon père. – J'ai… – Les enfants de Harki aussi, enfin, il y a plein de personnes.
Il y a aussi les Égyptiens qui sont chrétiens, ou les Coptes qui appellent leurs enfants Thomas, Michel, etc. – J'ai Marouane qui m'écrit « Salut les grandes gueules », signé Marouane, cadre commercial du côté de Lyon, quand vous avez des enfants qui s'appellent… – Alors, il me met Rachid, notamment, il dit « Vous pouvez être sûr que quand vous envoyez vos enfants à l'école, ou vous envoyez un CV, ou que vous faites une réservation, on vous demande toujours… » – Il me met, il y a toujours un petit temps de latence, ou un questionnement sur « D'où venez-vous ? » Voilà ce qu'il m'écrit, marouane sur rmc.fr.
La consultation sur les prénoms qui sont facteurs d'intégration, vous me dites « Oui » à 72% sur rmc.fr. Donc, vous voyez quand même, et oui, 70% sur Twitter.
Bah tiens, si on parlait anglais dans un instant, parce que ça, ça peut être un facteur d'intégration dans le monde aujourd'hui, savant les Français, on reste quand même mauvais en anglais. Et les Gigi veulent savoir pourquoi. À tout de suite au 32-16. – LNC, 9h midi, les grandes gueules.
Anasse Kazib