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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 27 août 2024 9 min

Gouvernement sans LFI, Matignon, destitution d'Emmanuel Macron... Olivier Faure est l'invité du 27 août 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. C'est l'heure de l'interview politique. L'invité de Guillaume Darais et des 4V ce matin, Olivier Faure, député de Seine-et-Marne et premier secrétaire du Parti Socialiste. Bienvenue dans Les 4V, Olivier Faure. L'Élysée l'a donc annoncé hier soir. Le président de la République écarte tout gouvernement du nouveau Front populaire au nom, dit-il, de la stabilité institutionnelle, puisqu'il juge qu'au vu des consultations qu'il a eues ces derniers jours, un tel type de gouvernement serait immédiatement renversé par une motion de censure. Comment vous réagissez à cette décision du chef de l'État ?

0:42
Olivier Faure

Guillaume Darais, ce communiqué du président de la République était proprement lunaire, hallucinant. Repousser le vote des Français, expliquer qu'il n'est pas légitime, faire en sorte de dire qu'il va proposer un gouvernement des battus, puisqu'il propose d'appuyer le prochain Premier ministre, celui qu'il nommera, sur une coalition qui est précisément celle qui a gouverné depuis 7 ans. Expliquer qu'on va donc continuer à faire avec les mêmes. Comment peut-on en arriver à un tel déni démocratique ? Il y a ce matin, je pense, dans le pays une colère froide, une colère de celles et ceux qui ne comprennent pas ce que fait le président de la République.

Il est garant des institutions, il n'est pas garant de sa propre stabilité. Il y a là un problème qui est évident, et donc il va falloir aujourd'hui qu'il réalise que ce qu'il est en train de faire, c'est de semer le chaos. Il est l'instabilité, il est celui qu'il a provoqué par la décision prise d'une dissolution. Il n'en tire aucune conclusion. Il y a aujourd'hui un vrai problème démocratique en France.

1:48
Présentateur

Il y a un problème démocratique, c'est ce que vous dites ?

1:50
Olivier Faure

Je le dis, il y a un problème démocratique.

1:52
Présentateur

Hier, vous avez tweeté « La République est née du refus du pouvoir personnel ». Ça veut dire quoi ? Qu'à vos yeux, la démocratie, la République est en danger aujourd'hui ?

2:00
Olivier Faure

Ça veut dire que la République, historiquement, est née contre le pouvoir monarchique et qu'elle est née contre la volonté d'un seul. Et aujourd'hui, ce que l'observe, c'est qu'on a un président qui se considère comme celui qui est au-dessus de tout, y compris au-dessus du vote des Français. Et c'est ce qui ne peut pas être accepté.

2:19
Présentateur

Alors, de nouvelles consultations vont être entamées aujourd'hui. Le PS a été invité. Ce n'est pas le cas de la France insoumise, par exemple, tout comme le Rassemblement national. Est-ce que vous allez vous rendre à nouveau à l'Élysée pour échanger avec le président de la République ?

2:32
Olivier Faure

Non. Non, je refuse de me porter complice d'une parodie de démocratie. Que va-t-il nous dire ? Il va nous répéter ce qu'il a écrit en son communiqué ? Nous proposer un Premier ministre, peut-être, parce que quand même, au bout de plus de 40 jours, on a un président qui, c'est un record absolu sous l'insécurité publique, un président qui nous dit, moi, je n'ai pas de solution à vous proposer. En fait, vous avez, vous, une solution, vous avez, vous, un projet, mais je refuse de l'appliquer et je refuse même de donner ma solution.

Ce qu'il se passe en réalité, et on l'a lu dans la presse ce matin, c'est que ce qui le gêne, ce n'est pas tellement de savoir qui ira à Matignon, c'est qu'il ne veut pas, en réalité, de l'application du programme du Fonds populaire. Il ne veut pas que nous revenions sur la réforme des retraites. Pourtant, cette réforme a été rejetée par 93% des actifs et n'a même pas été adoptée par l'Assemblée, puisque c'est le 49-3 qui avait permis son adoption. Il y a là une forme de forfaiture.

3:32
Présentateur

Il vous exhorte, ainsi que les écologistes et le Parti communiste, à coopérer avec les autres forces politiques. Vous nous dites ce matin que non, vous ne vous dissocierez pas de la France insoumise.

3:43
Olivier Faure

Mais je rappelle que la France insoumise a elle-même dit qu'elle était prête à ne pas participer à un gouvernement si c'était la condition pour que le Fonds populaire puisse accéder au pouvoir. Cette ouverture qui a été faite par la France insoumise aurait dû être entendue, puisque c'était la condition fixée par les différents partis de la droite. Mais c'est là qu'on comprend que leur problème n'est pas seulement la France insoumise. Leur problème, c'est la gauche. Leur problème, c'est les Français. Leur problème, c'est le vote. Parce qu'ils ne peuvent pas accepter qu'un vote ne leur donne pas la responsabilité. Donc, en fait, c'est pile, je gagne, face, tu perds.

C'est ça la démocratie, selon Emmanuel Macron et selon ses propres amis.

4:24
Présentateur

Olivier Faure, si demain, le camp présidentiel, les Républicains, vous appellent, vous socialistes, à participer à une coalition gouvernementale où chacun fait des concessions, qu'est-ce que vous répondrez ?

4:34
Olivier Faure

Mais je ne suis pas d'accord pour... De quoi parlons-nous ? Nous parlons, en fait, vous demandez aux socialistes de devenir les supplétifs d'une Macronie finissante. La réponse, pour moi, elle est simple, elle est claire, c'est non. Et nous censurerons toute prolongation du macronisme. Entendez-moi, il n'est pas question, un seul instant, de devenir les supplétifs du macronisme et de faire en sorte que nous prolongions ce qui s'est fait depuis 7 ans. Les Français ont appelé à un changement. Le chef de l'État avait semblé, y compris, l'entendre et le comprendre dans la discussion de ce jour avec nous.

5:07
Présentateur

Olivier Faure, ce que vous nous dites, c'est que les députés socialistes voteront une motion de censure contre tout autre gouvernement qu'un gouvernement du nouveau Front populaire ?

5:14
Olivier Faure

Oui, je dis que toute prolongation du macronisme est insupportable et il n'est pas imaginable alors que 3 tours de scrutin européennes et législatives ont confirmé le choix des Français d'un changement que nous soyons demain ceux qui permettons au pouvoir actuel de se prolonger.

5:31
Présentateur

Quel type de réponse politique ou encore dans la rue ? Fabien Roussel, par exemple, Jean-Luc Mélenchon, ont appelé à des mobilisations populaires. Est-ce que ce matin, vous appelez les Français, les électeurs de gauche, à descendre dans la rue, vous aussi ?

5:44
Olivier Faure

Je crois que, quels que soient les mots d'ordre que nous lançons, il y a des Françaises et des Français qui vont commencer à s'agacer, pour ne pas dire davantage. Et c'est en réalité le risque que prend le chef de l'État. Parce que la colère, elle ne va pas s'interrompre. Et il ne faut pas croire que, parce qu'il y a eu une séquence heureuse, très heureuse, celle des Jeux Olympiques, les Français ont oublié le rapport qu'ils ont. Mais vous appelez à des manifestations ? Mais moi, je participerai, s'il y a des manifestations, je participerai à ces manifestations. Mais je ne suis pas en train de dire qu'il faut, d'un seul coup, mettre le pays à feu et à sang. Je ne cherche pas le chaos.

Je dis que le chaos, c'est précisément le chef de l'État qui est en train de l'installer. Mais ce que je dis, c'est que cette colère, elle existe, et qu'elle s'exprimera. Et malheureusement, je souhaite que le chef de l'État revienne à la raison. Et qu'au lieu de faire ce que personne ne fait dans n'importe quel pays européen, c'est la coalition arrivée en tête qui est chargée de trouver sa propre majorité. Majorité unique ou majorité par texte. Et le seul pays où on a un chef de l'État qui s'y refuse, qui se refuse au choix des électrices et des électeurs, c'est en France et c'est Emmanuel Macron.

6:55
Présentateur

Olivier Faure, la France insoumise a annoncé dès hier soir qu'elle déposera à l'Assemblée nationale une motion pour destituer le président de la République. Vous vous étiez montré très réservé il y a quelques semaines quand cette possibilité avait été mise sur la table. Est-ce que désormais, après ce qui s'est passé hier, vous allez, oui ou non, soutenir cette motion pour destituer le président de la République ?

7:14
Olivier Faure

Je suis encore sceptique. Pour une raison qui est assez simple, c'est que vous le savez très bien, il faut deux tiers à l'Assemblée et deux tiers au Sénat pour obtenir cette destitution. Si c'est simplement pour aller dire qu'on a déposé une motion et qu'ensuite on s'aperçoit qu'elle est rejetée, qu'aurons-nous en fait obtenu la démonstration exactement inverse que celle qu'il faut fournir ? C'est qu'il faut effectivement aujourd'hui du changement et il faut qu'il y ait la nomination d'un gouvernement qui soit celui du Front populaire. On a l'impression qu'on est dans une situation de blocage absolu ce matin. Oui, créée par le chef de l'État. Quelle est l'issue de cette situation ?

Mais l'issue, elle est assez simple en réalité. Respecter les urnes, respecter les Françaises et les Français, respecter un vote qui est intervenu après une dissolution que le chef de l'État a lui-même souhaitée.

8:00
Présentateur

Mais le chef de l'État, qui a le pouvoir de nomination du Premier ministre, dit hier soir ce matin, « Je ne nommerai pas un gouvernement du nouveau Front populaire ».

8:06
Olivier Faure

Oui, mais ce n'est pas son rôle que de choisir les majorités. Lucie Casté a été très claire. Elle a dit « Moi, ce que je ferai, c'est si je suis nommé, il y aura un gouvernement qui défendra les options du Front populaire. C'est pour ça même qu'il a été élu. Mais ensuite, j'irai devant le Parlement chercher des compromis ou des consensus texte par texte. » Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il ne s'agit pas de dire que nous allons faire les bulldozers et que nous allons imposer quoi que ce soit. Nous n'en avons pas la capacité ni le pouvoir. Donc ce que nous ferons, c'est que nous chercherons texte par texte les majorités qui permettront d'avancer et qui permettront de servir le pays.

Et nous commencerons effectivement par ce qui est l'attente forte des Français, c'est-à-dire leur salaire, leur pouvoir d'achat, faire en sorte que les gens puissent à nouveau vivre mieux. Et c'est ce qui est aujourd'hui bloqué par le chef de l'État.

8:57
Présentateur

Merci beaucoup Olivier Faure pour cette toute première réaction après la décision du président de la République d'écarter tout nouveau gouvernement, tout gouvernement qui serait ici du nouveau Front Populaire. C'est à vous Samuel et Louis. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada