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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 11 décembre 2023 21 min

Projet de loi immigration : "Les seuls vainqueurs seront l'extrême droite", craint Alexis Corbière

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député LFI NUP de Seine-Saint-Denis. Question, réaction au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Alexis Corbière, bonjour. Bonjour. Bonjour à tous. Et bienvenue à ce micro. Entrons directement dans le vif de l'actualité politique du jour avec l'arrivée du projet de loi immigration à l'Assemblée nationale. Avant d'entrer dans le détail des mesures que comporte ce texte, comment qualifiez-vous son esprit ? Quel mot pour décrire les valeurs qu'il vous semble porter, défendre, véhiculer ?

0:36
Alexis Corbière

Déjà, pour être clair, je suis un opposant irréductible à ce texte et je voterai contre avec mes amis et mes collègues, qu'ils soient au groupe France Insoumise ou qu'ils soient ceux de la NUPES. Mais je vais dire une chose, je suis un opposant à la théorie du grand remplacement et pourtant, le grand remplacement existe, c'est ce texte. C'est la volonté de remplacer la grande conversation du pays qui est d'abord une préoccupation sociale. Je vois bien l'inflation qui touche, les prix qui augmentent, la difficulté sociale des gens.

Il y a une préoccupation démocratique et on remplace tout ça en organisant pendant 15 jours au moins, voire plus, une grande discussion politique autour du fait que vous savez qui est responsable de vos problèmes, M. Demorand ? C'est l'étranger. L'étranger menaçant, l'étranger profiteur, l'étranger qui vient là pour resquiller, l'étranger qui vient en quelque sorte mettre à mal notre système de santé. L'étranger, l'étranger, toujours l'étranger responsable de tout. Cette conversation est politicienne, elle a sans doute pour ambition, je vais être généreux, dans l'esprit de M.

Darmanin de dire que c'est ainsi qu'il va combattre l'extrême droite et les idées de Marine Le Pen, mais je considère qu'au contraire, il va alimenter une conversation dont à l'arrivée, les seuls vainqueurs seront l'extrême droite. Écoutez, Mme Salamé, vous vous souvenez, c'était, je crois, en février 2021, Gérald Darmanin avait participé à une émission sur France 2 au cours de laquelle il avait dit à Mme Le Pen qu'il l'a jugé trop molle. Et puis, il y a quelques mois, il a dit, j'ai fait une erreur de débutant en parlant ainsi. Eh bien, je vais dire, M. Darmanin, vous faites cette fois-ci non plus une erreur de débutant, mais une erreur de rebutant.

Vous rebutez véritablement des gens comme moi en utilisant une fois de plus la thématique de l'étranger menaçant pour soi-disant, et c'est de quant à l'extrême droite, alors que vous ne faites que l'alimenter.

2:09
Invité

Ça va être dur.

2:09
Alexis Corbière

Non, pardon, parce que tout le reste en découle. J'espère qu'on aura compris.

2:14
Invité

On va venir sur le fond de cette loi et l'esprit, en tout cas tel que Gérald Darmanin l'a présente. Mais d'abord, il y a une motion de rejet qui est déposée tout à l'heure par les écologistes qui sera examinée, cette motion de rejet. Si elle est votée par toute l'opposition, eh bien, ça casse l'examen du texte. Il n'y aura pas d'examen du texte. Gérald Darmanin a raillé cette initiative sur France Info. Il a dit, oui, arithmétiquement, les oppositions peuvent se coaliser et voter contre le texte. Mais ce serait la coalition entre la carpe et le lapin. Vous voyez des parlementaires LR voter une motion sur l'immigration avec les Verts et la France Insoumise.

Vous voyez le PS et Olivier Marlex dans le même paquet de votes. Franchement, ils pensent des choses radicalement opposées. Ils ne vont pas voter tous ensemble ce texte, cette motion de rejet. Qu'en pensez-vous ?

2:58
Alexis Corbière

Il défonce un affaire comme il veut, mais ce serait un beau coup de théâtre. Je suis pour rejeter ce texte, donc je voterai une motion de rejet. Excusez-moi, je suis simple et basique, comme dirait le poète... Avec le RN, avec les LR, avec tout le monde. Non, non, non, mais c'est ça qu'il dit, en fait. Ce n'est pas moi qui joue. Madame Salamé, je réponds à M. Darmanin. Si je faisais la liste de tous les textes que le RN vote avec Renaissance le parti de Darmanin, on n'en finirait pas. Il est une réalité qu'il ne faudrait pas banaliser. C'est que ce gouvernement est minoritaire à l'Assemblée nationale. Il est minoritaire à l'Assemblée nationale.

Et je ne voudrais pas non plus, je profite de l'occasion, qu'on banalise le fait qu'on en est à notre 20ème 49-3. Il se met en place une forme de, comment dirais-je, de petite musique antidémocratique veut imposer des textes sur lesquels il n'est pas majoritaire. Bien précisément, il peut arriver tout à l'heure, et je le souhaite ardemment, que ce texte soit rejeté parce qu'il n'est pas majoritaire.

3:46
Invité

Il y a eu un sondage pour Libération il y a trois semaines qui dit que les Français majoritairement plébiscitent les mesures du texte.

3:55
Alexis Corbière

Attendez, alors si on dirige par coup de sondage, si vous voulez, j'arrête, je démissionne, on ne fait plus d'Assemblée nationale. Non, mais parce que vous dites,

4:00
Invité

vous décidez que ce texte n'est pas majoritaire. Vous dites, ce texte n'est pas majoritaire.

4:04
Alexis Corbière

À l'Assemblée nationale, on va peut-être le voir, je suis en train de dire, attendez, mais même dans le pays, de deux choses l'une. À l'Assemblée nationale, je dis à ce stade, attendez, on va le vérifier tout à l'heure, qu'il serait logique, peut-être qu'il soit rejeté. À moins, vous savez quoi ? Que le RN vienne sauver le soldat Darmanin. Parce que je retourne l'argument contre Gérald Darmanin. S'il fait passer, si la motion de rejet ne passe pas, c'est que le RN sera venu le sauver. Donc vous savez bien que les amis ne risquent pas d'être du côté de ce que croit M. Darmanin. Fabien Roussel...

Et enfin, pour terminer, oui, quand on chauffe un pays peut-être sur des problématiques et il y a des outils idéologiques qui existent aujourd'hui pour faire de l'immigration au sujet, ça peut amener à ce que les Français soient momentanément troublés, mais je les invite à suivre la discussion et nos arguments.

4:41
Présentateur

Fabien Roussel laisse entendre que les communistes pourraient s'abstenir et pas forcément voter contre le texte.

4:46
Alexis Corbière

Qu'en pensez-vous ? Je ne suis pas porte-parole de Fabien Roussel, mais les communistes ont dit qu'ils voteraient contre. Ils ont fait une conférence de presse, je parle du groupe communiste qu'ils voteraient contre. Je crois même avoir depuis entendu Fabien Roussel disant qu'ils voteraient contre. Après, peut-être qu'il a voulu faire une astuce en disant qu'il voulait, quelque sorte, faire quelques prises au passage. Je ne sais pas, mais j'ai totalement confiance au fait qu'ils sont, et je les ai vus, je pense à Elsa Faucillon, qui est la responsable communiste dans cette discussion, qui est une formidable opposante à ce texte.

5:14
Invité

Alors, ce texte veut faciliter l'expulsion d'étrangers condamnés pour crimes et délits. Il veut lever plusieurs verrous qui empêchent d'expulser des étrangers parce qu'ils sont arrivés en France avant l'âge de 13 ans ou parce qu'ils y résident depuis plus de 20 ans. Gérald Darmanin a pris l'exemple, il a pris plusieurs exemples d'ailleurs sur ses réseaux sociaux, mais il a pris un exemple frappant, celui du tueur d'Arras, qui date d'il y a moins de deux mois, qui a tué Dominique Bernard, l'enseignant. Il frappait sa mère et nous n'avons pas pu lui mettre une OQTF, une obligation de quitter le territoire, parce qu'il était arrivé avant l'âge de 13 ans.

Grâce à cette loi, on aurait pu l'expulser. Voilà ce que dit Gérald Darmanin pour expliquer l'importance de ce texte. Qu'en pensez-vous ? Ce n'est pas un argument qui parle ?

5:57
Alexis Corbière

Moi qui ai participé à l'hommage à Arras rendu à Dominique Bernard, qui discutait, c'était assez poignant, avec des professeurs qui ont eu l'élève devenu le criminel. Depuis longtemps, cet élève était quand même connu des enseignants et beaucoup d'enseignants m'ont dit mais qu'est-ce qui s'est passé en termes de prévention, de suivi, etc. Donc si, manifestant, M. Darmanin nous dit aujourd'hui qu'il frappait, qu'est-ce qu'on a fait entre l'expulsion et ne rien faire ? Peut-être qu'entre le nez on pouvait faire des choses. Ça, c'est un premier aspect.

Sur le cas, en particulier, de l'assassin de Dominique Bernard, c'est plus des problématiques de renseignement, de sécurité que vraiment des problématiques d'immigration. Mais je voudrais vous dire une chose, Mme Salamé. Je suis parlementaire et j'ai reçu, vendredi soir, un communiqué de presse adressé à chaque parlementaire sur le cas précis pour argumenter dans le sens qu'il faudrait absolument que je vote la loi de M. Darmanin et trois cas, c'est ciblé.

6:46
Invité

Vous l'avez reçu comme parlementaire, mais il a écrit aussi pour que nous le donnions ensemble. On va lire ensemble. Il y a beaucoup de cas sur Twitter aussi. Regardez, parce que... Non, parce que je veux préciser juste aux auditeurs qu'il les a tweetés aussi. Il les a tweetés. Il a tweeté sur son compte Gérard Darmanin un certain nombre de comptes où il explique en gros qu'il y a un certain nombre d'étrangers délinquants, certains multirécidivistes jugés très dangereux qu'il ne peut pas expulser à cause de la loi. Vous êtes formidable,

7:15
Alexis Corbière

vous avez bien résumé les choses. Donc moi, je suis parlementaire d'Île-de-France, j'ai le courrier d'Île-de-France, selon une de mes amies de Moselle m'a donné. À l'Île-de-France, trois cas, et j'imagine que M. Darmanin a choisi le cas le plus éloquent. Le cas numéro un, je cite, c'est M. X, né en 2002, arrivé en France à l'âge de 10 ans. Donc je compte si c'est quelqu'un qui serait arrivé en France en 2012. On est d'accord ? Eh bien, dans le cas antécédent judiciaire, M. Darmanin me dit que ce monsieur, en 2008, donc à l'âge de 6 ans, aurait été condamné à 8 mois d'emprisonnement pour conduite sous stupéfiants.

En 2011, à l'âge de 9 ans, il aurait été condamné à 2 mois d'emprisonnement pour menace de mort réitérée. Est-ce que c'est crédible ? Existe-t-il ? Vous le lisez avec moi ? Oui, je le lis avec vous. On est d'accord que je ne raconte pas des sottises ? Non, non, vous racontez. Bon, alors de deux choses. C'est assez incroyable. Je tiens à rappeler, pour être honnête, que j'ai reçu un erratum dimanche soir qui me renvoie exactement le même communiqué. Donc, de deux choses l'une. Soit M. Darmanin... Là, je vous donne le point parce que c'est écrit devant mes yeux. C'est incroyable.

8:18
Invité

Vous comprenez que ce n'est pas l'esprit de ce qu'il veut dire. Peut-être qu'ils se sont trompés sur les dates, sur ce qu'il y a. C'est un problème. Non, mais attendez,

8:24
Alexis Corbière

je ne vais pas laisser passer le coup. C'est que quand même, ils se sont trompés. Ils veulent impressionner les parlementaires par des cas qui, après réflexion, depuis septembre 2022, ils sont sur le coup. Ça fait 15 mois. Ils ne trouvent pas mieux que ça, à me dire. Des cas un peu étranges. Dans un autre cas, un monsieur qui, maintenant, approche les 70 ans, qui a eu une carrière de délinquant en France, qui est arrivé en France avant 10 ans, qu'il faudrait expulser. Mais tout ça, je veux dire, c'est un délinquant, quelque part, c'est la justice française de s'en occuper.

8:52
Invité

Qu'un étranger qui a commis des crimes ou des délits qui reste en France qu'on ne peut pas expulser parce qu'il est arrivé avant l'âge de 13 ans, vous dites, ce n'est pas grave, on le laisse sur le territoire français ?

9:02
Alexis Corbière

Non, mais c'est ça

9:03
Invité

le fond de la loi.

9:06
Alexis Corbière

Mais il y a une philosophie judiciaire à l'heure actuelle. Non pas que ce n'est pas une philosophie laxiste, c'est que quand vous êtes arrivé avant l'âge de 13 ans et que vous devenez un délinquant, eh bien, quelque part, ça n'est pas en raison de votre pays d'origine que vous êtes délinquant. Vous êtes devenu délinquant en vivant en France. Donc, c'est à la justice française de vous sanctionner, de vous punir et de créer des conditions que cette sanction soit utile et que vous soyez, après, un citoyen meilleur. Ce que je refuse philosophiquement écoutez-moi bien ceux qui sont là, c'est qu'il n'est pas vrai que l'on est délinquant en raison des gènes ou de son sang. Ce n'est pas vrai.

Donc, le problème, ce n'est pas...

9:40
Invité

Ce n'est pas ce que dit le texte non plus. Il dit qu'on est délinquant en raison de ses gènes ?

9:44
Alexis Corbière

Non. Je suis en train de vous dire que si nous partons du principe qu'il faut expulser quelqu'un qui est arrivé avant l'âge de 13 ans, c'est-à-dire qu'en quelque sorte, la société française se désintéresse des raisons pour lesquelles il est devenu délinquant.

9:55
Invité

Est-ce qu'un homme qui a commis un acte terroriste en France aujourd'hui, s'il est arrivé en France avant l'âge de 13 ans, on ne peut pas l'expulser ? Est-ce qu'il faut changer la loi ou pas ?

10:04
Alexis Corbière

Ce n'est pas tout à fait vrai. Moi, je considère que quand je lis le code d'entrée de séjour des étrangers de droit d'asile de Cézéda, que ce soit l'article L631.1, L632-2 ou le tiré 3, on considère qu'en cas de comportement de nature à portée atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, dans la nécessité impérieuse de la sécurité de l'État, je ne veux pas être assommant, on peut d'ores et déjà intervenir. La loi permet de faire beaucoup de choses. Il va de soi que dans des cas précis où, effectivement, le renseignement nous dit que là, il y a des gens dangereux, je ne suis pas pour être laxiste, je suis pour être ferme. Maintenant, ce que je ne veux pas, c'est le système de la sulfateuse.

C'est-à-dire que nous parlons de la situation de centaines de milliers de personnes qui sont des gens honnêtes, qui travaillent et on veut réduire le fait que, et là, écoutez, on a né quasiment le 30e texte, le 22e texte, je crois, depuis 30 ans, dans lequel on ne tire aucun bilan. Chaque fois, la même rhétorique que cette fois-ci, on va voir ce qu'on va voir. Pour créer quoi ? C'est pour ça que j'avais commencé la tournée en étant peut-être trop long.

Une grande conversation sur le fait qu'on ne va plus parler des marges, de la distribution qui sont trop importantes, des prix qui augmentent, des salaires qui ne suivent pas, mais de parler de l'étranger menaçant et qui, lui, vous pose problème.

11:05
Présentateur

Peut-on se satisfaire aujourd'hui d'un taux d'exécution des OQTF qui est de 6,9% au premier semestre 2022 ?

11:14
Alexis Corbière

C'est la preuve que sans doute beaucoup trop d'OQTF sont délivrés en n'ayant aucune condition de pouvoir les exécuter. Le chiffre a explosé véritablement. En vérité, il est totalement impossible aujourd'hui, à moins de mettre la société en tension de pouvoir toutes les réaliser. On le sait bien, il faudrait qu'il y ait de mobiliser l'armée ou que sais-je. C'est un type de société que ni vous ni moi ne voudraient pour pouvoir les mettre en application. Moi, je suis pour, et on va y venir sans doute, il faut régulariser.

11:39
Invité

Alors justement, ça c'est la mesure de régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension parce qu'elle est aussi dans ce texte-là, ce n'est pas qu'un texte répressif. Elle est défendue par le gouvernement, la droite, vous savez, est contre et y voit un appel d'air. Est-ce que cette mesure-là, au moins, va dans le bon sens ?

11:57
Alexis Corbière

C'est-à-dire que moi...

11:58
Invité

Cette mesure-là, vous la voterez,

11:59
Alexis Corbière

l'article 3. Alors, attendez, non, elle ne nous satisfait pas parce que probablement elle ne crée qu'une régularisation. Qu'est-ce qu'un métier précisé ? C'est un segment extrêmement réduit. Ça ne crée des conditions d'une régularisation que durant 12 mois. Donc, ça maintient les gens en situation de précarité. Écoutez, là encore, ceux qui sont avec nous ce matin. Tous les travailleurs français ont intérêt à une régularisation de tous les travailleurs en situation irrégulière. La situation de centaines de milliers de personnes qui travaillent actuellement crée une pression vers le bas.

Et nous avons tous à y gagner, tous ceux qui travaillent, à sortir de cette précarité, à ce nivellement par le bas du fait que des centaines de milliers de personnes acceptent des salaires de misère, ne se syndiquent pas, ne s'organisent pas, ne défendent pas d'intérêts collectifs. Donc, je dis qu'il est bon pour le pays ce que nous proposons, ce que proposait Jean-Luc Blanchon dans son programme, ce que propose la NUPES, la régularisation de tous les travailleurs sans papier. Oui, madame. Et de ceux qui ont des enfants scolarisés, de ceux qui vivent en quelque sorte et qui payent des impôts qui sont parmi nous. Il faut le faire.

13:00
Invité

Aujourd'hui, le ministère de l'Intérieur compte à peu près en moyenne entre 600 et 700 000 personnes en situation irrégulière. Oui, ça fera du monde. En situation irrégulière, vous dites qu'il faut tous les régulariser.

13:12
Alexis Corbière

Je parle des travailleurs sans papier. Sans aucun doute, moi, je prends les chiffres de la CGT. Moi, je suis pour d'ailleurs la régularisation syndicale et pas la régularisation patronale. On n'est pas rentré dans le détail, mais qu'importe. Oui, effectivement, je ne vais pas être démagogue. C'est une réalité. Ces gens travaillent. Ils sont là.

13:25
Invité

Vous dites qu'il faut assumer de les régulariser et ça fera beaucoup de monde et il faut l'assumer.

13:30
Alexis Corbière

L'humanisme, même si de mon point de vue humaniste et de l'idée que je me fais de notre égale humanité, ça m'intéresse. Mais pour tous les travailleurs de ce pays, c'est intéressant de sortir les gens de la précarité parce que ça va faire du bien. Ça va tirer les salaires vers le haut. Ça va sortir des gens de poche de précarité. Et ça, je crois que c'est bon. On passe au standard.

13:46
Présentateur

Oui, Guillaume nous attend. Le temps, effectivement, file rapidement. Guillaume, bonjour.

13:52
Locuteur non identifié

Bonjour. Bonjour, monsieur Corbière. En préambule, je vous indique que je partage totalement votre vision de notre commune humanité avec l'ensemble des immigrés. Je voudrais néanmoins appeler votre attention sur un point qui est qu'on le voit enquête après enquête. Les Français répondent de façon positive, de façon extrêmement massive à la question considérez-vous qu'il y a trop d'immigrés en France par la positive. Les gens considèrent qu'il y a trop d'immigrés en France. Vous refusez de quantifier ce qui est insuffisant, ce qui est nécessaire, ce qui est suffisant et ce qui est trop en termes d'immigration. Vous refusez ce débat-là.

Mais moi, j'ai envie quand même de vous poser la question. Quand est-ce qu'il y a trop d'immigrés en France pour vous ? Parce qu'il y a forcément une quantification. Il est où votre seuil ? Tout le monde a un seuil dans tous les domaines. Et vous, il est où votre seuil, M. Corbière ? Vous refusez ce débat-là ? Quand est-ce qu'il y en a trop ?

14:45
Présentateur

Merci Guillaume pour cette question. Alexis Corbière vous répond.

14:49
Alexis Corbière

Alors, moi je prends des critères de comparaison avec d'autres pays. Aujourd'hui, on est à 7,7% d'étrangers en France. L'Allemagne en est à 12%. Contrairement parfois à peut-être ce qui est répété, un pays, la France, qui se singulariserait par l'accueil massif d'étrangers. Je crois qu'à l'heure actuelle, nous ne sommes pas en situation d'une vague migratoire. Donc pour vous,

15:10
Invité

une moyenne à peu près de 250 000 à 300 000 arrivés en France par an, ça ne vous semble pas trop ? C'est ça que vous dites ?

15:15
Alexis Corbière

Ça dépend du nombre d'habitants. Parce qu'il vous demande un seuil. Non, mais à ce stade, nous avons surtout une problématique d'accueil plus qu'une vague migratoire. Après, que ces choses soient claires, moi je ne pense pas que le projet de notre pays, c'est de créer les conditions à travers de libre-échange, des dérèglements climatiques, des guerres, que des millions de gens, on nous dit même que d'ici 2050, 250 millions de gens pourraient quitter leur pays. Bon, donc il faut créer les conditions que, j'ai oublié le prénom de la personne qui m'a interrogé, que les gens restent chez eux, qu'ils puissent vivre chez eux, vivre et travailler au pays, etc.

Mais après, je ne suis pas pour remettre en cause le droit d'asile. J'observe aussi, si Guillaume, écoute que ceux qui sont les plus anti-immigrés ne donnent pas non plus de chiffres. Maintenant, moi, je vais être honnête et je le répète, il y a aujourd'hui, sans aucun doute, nous disent des organisations syndicales, 400 000, 600 000 personnes qui travaillent actuellement, oui, je suis pour les régulariser. Parce que Guillaume, vous pouvez faire toutes les mesures que vous voudrez, nous ne les mettrons pas dehors, personne ne le fera. Par contre, ne pas régulariser leur situation, c'est tirer l'ensemble de la classe ouvrière, permettait l'expression un peu triviale, vers le bas.

Donc, on a intérêt à le faire.

16:12
Invité

Il nous reste très très peu de temps et beaucoup de questions, donc on va les choisir. D'abord, un mot sur une actualité du jour, un mot sur le lycée Averroès de Lille, l'un des seuls lycées musulmans sous contrat en France. L'État a décidé de résilier son contrat avec ce lycée.

Le préfet a suivi les conclusions de la commission éducative, pointant des manquements graves à la laïcité avec certains ouvrages sur l'homosexualité ou des ouvrages culturels qui sont bannis, alors qu'on peut trouver le livre de l'imam Iq Yusen dans le CDI du lycée, mais aussi des propos de professeurs qui auraient tenu des discours, non, je cite ce que dit le préfet, de discours contraires aux valeurs de la République. Vous comprenez cette décision du préfet de rompre le contrat avec ce lycée Averroès de Lille ?

16:47
Alexis Corbière

Je vais essayer de résumer mon propos. Moi, je suis vraiment très défavorable à l'enseignement préfet confessionnel, d'accord ? En même temps, je suis pour que l'établissement privé reste sous contrat. Je vois d'un œil inquiet le fait que désormais cet établissement ne sera plus sous contrat. Je pense que j'aurais préféré peut-être que dans un premier temps il y ait des recommandations qui soient faites de la part du préfet à cet établissement pour vérifier telle ou telle mesure qui devait être prise. Peut-être que ce que dit monsieur le préfet est exact, il y a des choses.

Je n'ai pas eu l'impression qu'il y a eu cette démarche en quelque sorte de mise en garde mais d'un seul coup le coup près est tombé. J'invite aussi, j'ai quelques exemples en tête et je ne vais pas dire à ce micro, qu'il y a des lycées privés confessionnels catholiques qui ont été pointés par des fois la presse où il se passe des choses homophobes, intolérables et qui n'ont pas été pour autant totalement sanctionnées. Donc je ne voudrais pas, je vois ça de loin, qui est une espèce de passion un peu politicienne à l'ouverture du débat sur le texte de l'immigration.

17:36
Invité

Non, je vous pose la question sur la décision du préfet qui vient d'être reprise de couper le contrat.

17:39
Alexis Corbière

En plus des éléments que j'ai, je ne la comprends pas. J'aurais préféré d'abord que le préfet cadre, si je puis dire, les responsables, lui leur pose des questions et des exigences précises avant d'en arriver à la conclusion auxquelles il est arrivé très rapidement.

17:50
Présentateur

Question politique sur l'appli d'Inter, Ossra, êtes-vous toujours en contact avec monsieur Mélenchon ? Que lui dites-vous en cette période où la polémique occupe trop de place ?

18:00
Alexis Corbière

Moi, je travaille dans la France insoumise avec tous mes amis. Jean-Luc Mélenchon, j'en ai été un très très proche pendant 25 ans. Chacun a suivi, je ne vais pas en dire plus ce matin parce que je veux me concentrer sur la bagarre contre la loi d'Armanin.

18:15
Invité

Vous n'êtes plus proche ? Vous avez été son très très proche ?

18:17
Alexis Corbière

Vous le mettez au passé ? On a suivi le fait qu'il y a eu des débats. Moi, j'ai... D'abord, le programme de la NUPES doit rester un acquis. La stratégie d'union reste la mienne. Je suis pour qu'on crée les conditions que cette union nous guide jusqu'à l'élection présidentielle de 2027. Et je suis pour créer

18:33
Invité

les conditions aussi... Jean-Luc Mélenchon a dit il n'y a plus de NUPES, c'est un constat et ce n'est pas de mon fait.

18:38
Alexis Corbière

D'un point de vue stratégique, je suis pour reprendre l'attitude de François Mitterrand en 1977 quand, par exemple, le Parti communiste rompait l'union de la gauche de dire que nous gardons l'espoir de l'union et nous devons rester le réceptacle de ceux qui veulent l'union. Nous, on n'est pas une... Je parle de la France insoumise. Une composante de la NUPES

18:58
Présentateur

où vous êtes les minoritaires à l'intérieur.

18:59
Alexis Corbière

Mais je n'en sais rien. Mais de toute manière, il y a un débat stratégique qui doit avoir lieu. Je l'appelle de mes voeux. C'est ça qui fait un peu les nuances ou plus qu'on a pu entendre. Je souhaite un débat stratégique.

19:08
Invité

Il y a eu une grande réunion, conférence jeudi soir à Saint-Ouen avec Olivier Faure, les écologistes, Marine Fondelier, des gens des insoumis. Il n'y avait pas Jean-Luc Mélenchon ? Il n'était pas invité ?

19:20
Alexis Corbière

Oui, il y a eu beaucoup de meetings. Non, mais il n'était pas invité parce que ça ne tient pas. Mais attendez, ne surinterprétez pas. On est en train, depuis quelques jours... Je vous pose des questions. Un meeting de l'ensemble des forces de gauche écologiste opposée à la loi d'Armanin est une bonne chose. Il y en a eu plusieurs. N'y voyez pas une interprétation là-dedans.

19:36
Invité

Marie, sur l'appli d'Inter, pourquoi vous, Alexis Corbière, François Ruffin, Clémentine Autain, pourquoi vous restez chez les insoumis ? Vous avez peur de ne pas exister sans Jean-Luc Mélenchon ?

19:48
Alexis Corbière

Mais ces questions... Moi, je veux rassembler. Et des gens me disent ce que me dit Marie, sans doute gentiment, c'est divisé, séparé. Non, attendez, on rassemble. Moi, je souhaite qu'il y ait un débat stratégique. Le moment est complexe. Je ne veux pas de la victoire de Marine Le Pen en 2027. Je pense qu'il y a encore une potentialité dans la société pour que ce qu'est la NUPES, le rassemblement de la gauche puisse l'emporter en 2027. Maintenant, quand Jean-Luc Mélenchon nous invite à faire mieux, il ne nous dit pas de faire pareil. Et enfin, je m'adresse à Jean-Luc Amicalement. Il m'a appris plein de choses formidables, notamment une phrase. La réussite de l'élève est la gloire du maître.

Eh bien, souffrez du fait que quelques-uns de ses élèves essayent aujourd'hui d'aller vers la réussite pour sans doute lui apporter encore plus de gloire. Voilà où on en est. Moi, je veux...

20:29
Invité

Ça veut dire quoi, cette phrase ?

20:30
Alexis Corbière

Pour lui apporter encore plus de gloire,

20:32
Invité

c'est-à-dire laissez-nous nous émanciper, on viendra vers toi en 2027. À partir du moment où il y a une feuille de route

20:36
Alexis Corbière

qui nous est donnée au soir de l'élection présidentielle de 2022, que... Faites mieux. Faites mieux. Que lui-même, j'en reste moi à ce que nous dit Jean-Luc qui veut passer la main. Bon, c'est un peu normal qu'il y ait toute une série de gens qui s'échauffent. Vous avez l'impression qu'il veut passer la main ?

20:53
Invité

Vous avez l'impression qu'il veut passer la main ?

20:54
Alexis Corbière

Attendez, moi, je ne suis pas dans l'interprétation des choses. Il y a quelques personnes que vous m'avez annoncées. François Ruffin, Clémentine Autain. Si ces gens travaillent à apporter nos couleurs pour la suite, moi, je leur dis bravo et modestement, je les aide. Je crois que c'est comme ça qu'il faut être à la hauteur du moment dans lequel on est.

21:10
Présentateur

Merci Alexis Corbière d'avoir été à notre micro ce matin. Merci beaucoup.