Nathalie Loiseau : "Aujourd'hui, rien n'est clair sur le Brexit"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:04OuverteÉludée
Est-ce qu'il est acquis aujourd'hui que le Brexit n'aura pas lieu le 29 mars ?
- 1:40OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut leur laisser plus de temps pour préparer leur sortie, Nathalie Loiseau ?
- 2:10FerméeRéponse directe
Vous avez dit que c'est le seul accord possible avec l'Union Européenne. On a le sentiment que c'est joué, il n'y a plus de conditions Brexit à négocier pour les Anglais. Oui ou non ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Est-ce que du côté britannique, il n'y a pas le pari de se dire au dernier moment l'Europe va peut-être se diviser et me laisser une porte de sortie ?
- 4:31OuverteRéponse directe
Est-ce que la seule solution aujourd'hui, ce ne serait pas de re-voter, de refaire un référendum au Royaume-Uni ?
- 4:53RelanceRéponse directe
Nathalie Loiseau.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12Invité politiqueFait
« Aujourd'hui, rien n'est clair. »
- 1:35Invité politiqueFait
« Il leur revient de choisir entre une séparation en douceur, qui est possible, sur laquelle on a travaillé depuis deux ans, ou une séparation brutale, qui n'est pas souhaitable et qui risque d'arriver si rien ne se passe. »
- 1:46Invité politiqueFait
« On a eu deux ans. On s'est parlé pendant deux ans, on a discuté pendant deux ans de tous les sujets de la séparation. »
- 2:24Invité politiqueFait
« Le retrait, c'est le seul accord, l'accord qu'on a négocié, c'est le seul possible. »
- 2:35Invité politiqueFait
« C'est un équilibre qui préserve nos intérêts. »
- 3:43Invité politiqueFait
« Et ça fait deux ans qu'ils se sont trompés. »
- 4:13Invité politiqueFait
« Tout le travail qui a été fait, c'est pour que la séparation puisse se faire en douceur, avec le moins de dégâts possible. »
- 6:43Invité politiqueFait
« On s'y est préparé depuis avril 2018. »
- 7:05Invité politiqueFait
« Nous sommes le pays qui avons commencé le plus tôt à nous préparer. »
- 7:11Invité politiqueFait
« On a recruté des douaniers, des vétérinaires. »
- 7:14Invité politiqueFait
« On a créé des aires de stationnement à Calais, à Dunkerque, à Cherbourg. »
- 8:31Invité politiqueFait
« Nous voulons qu'ils restent, ils sont les bienvenus, c'est une richesse pour la France. »
- 8:40Invité politiqueFait
« Ils auront un an pour faire les démarches nécessaires pour avoir carte de résident. »
- 16:42Invité politiqueFait
« On a un mandat de 5 ans. »
- 17:03Invité politiqueFait
« Je prends des postes, je grossis. »
- 29:33Invité politiqueChiffre
« Les cigales et les paniers percés ils ont baissé leur salaire, ils ont baissé leur retraite, ils sont aujourd'hui en excédent budgétaire. »
- 30:05Invité politiqueFait
« Nous avons la chance d'avoir une monnaie commune, d'ailleurs les français le reconnaissent à chaque fois qu'on les interroge, ils savent à quel point l'euro nous donne de la stabilité. »
- 31:17Invité politiqueFait
« On m'a dit l'Europe sociale ça n'existe pas, ça n'est même pas la peine d'essayer. »
- 31:34Invité politiqueFait
« Un an plus tard, on a réformé le régime des travailleurs détachés. »
- 31:37Invité politiqueFait
« C'est à travail égal, salaire égal sur le même lieu de travail. »
- 32:49Invité politiqueChiffre
« Il y a 400 000 Hongrois qui ont quitté la Hongrie, ça n'est pas tenable. »
- 35:13Invité politiquePromesse
« Ce que nous proposons c'est que les fonds européens qui sont versés aux pays de l'Union Européenne soient conditionnés à la convergence sociale. »
- 38:17Invité politiquePromesse
« Nous avons demandé qu'il y en ait 10 000. »
- 39:17Invité politiqueChiffre
« Il y a 25 000 gardes-frontières en Pologne. »
- 43:58Invité politiquePromesse
« On va mettre en place un budget pour la zone euro. »
- 47:47Invité politiqueChiffre
« Jean Jouzel dit qu'il faut 1000 milliards. »
- 52:42Invité politiqueChiffre
« le grand débat c'est un million et demi de contributions en ligne »
- 52:45Invité politiqueChiffre
« c'est 10 000 réunions à travers la France »
- 53:02Invité politiqueFait
« il y aura des mesures qui seront certainement législatives »
- 53:09Invité politiqueFait
« le président n'a pas écarté un référendum »
Temps de parole
- Nathalie Loiseau65 %
- Présentateur15 %
- Invité10 %
- Intervenant5 %
- Invité 24 %
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France Inter.
Question politique en direct et jusqu'à 13h, ça commence maintenant. Bonjour et bienvenue dans le rendez-vous du dimanche de France Inter, du journal Le Monde et de France Info. Notre invitée aujourd'hui, c'est la ministre des dossiers chauds du moment. Elle porte la politique européenne de la France. Elle est en première ligne pour gérer le Brexit. Elle était encore à Londres jeudi et son nom revient souvent pour conduire la liste de la majorité aux élections européennes. La ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, s'est installée dans le studio de questions politiques. Vos questions, vos remarques sur l'appli France Inter ou sur les réseaux avec le hashtag QuestionPol.
France Inter. Question politique. Ali Badou.
Bonjour Nathalie Loiseau. Bonjour Ali Badou. Et bienvenue, une heure pour parler d'Europe, c'est important. Et pour vous interroger l'équipe de questions politiques, Jeff Wittenberg de France Télévisions. Bonjour Jeff. Bonjour Ali, bonjour à tous. Françoise Fressoz du journal Le Monde, bonjour Françoise. Bonjour Ali, bonjour à tous. Et Karine Becker de France Inter, bonjour Karine.
Salut tout le monde.
Nathalie Loiseau, vous étiez à Londres jeudi. Nous sommes à deux semaines avant la date prévue pour le Brexit. Est-ce qu'il est acquis aujourd'hui que le Brexit n'aura pas lieu le 29 mars ?
Ah, si c'était aussi clair, ce serait déjà un progrès. Aujourd'hui, rien n'est clair. Il va y avoir une semaine de discussions et de débats au Parlement britannique. Ce qu'on voit aujourd'hui, ce qu'on voit encore, ce qu'on voit depuis des semaines, c'est que les Britanniques ont dit qu'ils voulaient sortir de l'Union Européenne sans dire clairement où est-ce qu'ils voulaient aller. Nous nous les attendons. Il leur revient de choisir entre une séparation en douceur, qui est possible, sur laquelle on a travaillé depuis deux ans, ou une séparation brutale, qui n'est pas souhaitable et qui risque d'arriver si rien ne se passe.
Est-ce qu'il faut leur laisser plus de temps pour préparer leur sortie, Nathalie Loiseau ?
La question, c'est plus de temps, pourquoi faire ? On a eu deux ans. On s'est parlé pendant deux ans, on a discuté pendant deux ans de tous les sujets de la séparation. S'il n'y a rien de nouveau, plus de temps n'apportera rien que plus d'incertitude. Et l'incertitude, ça crée l'inquiétude. J'étais à Londres, vous l'avez dit, j'étais auprès des Français du Royaume-Uni. Oui, et ils sont nombreux particulièrement à Londres. Ils sont inquiets parce qu'ils ne savent pas quoi faire. Ce qu'il faut, c'est se décider. Ce n'est pas du temps dont on a besoin, c'est d'une décision.
Mais là, vous avez un discours un petit peu ouvert, alors que cette semaine, à Londres, vous avez dit, voilà, c'est le seul accord possible avec l'Union Européenne. On a le sentiment que, voilà, c'est joué, il n'y a plus de conditions Brexit à négocier pour les Anglais. Oui ou non ?
Le retrait, c'est le seul accord, l'accord qu'on a négocié, c'est le seul possible. Pratiquement deux ans de négociation, on a regardé les sujets dans tous les sens. On s'est mis d'accord avec des concessions britanniques, des concessions européennes. C'est un équilibre qui préserve nos intérêts. Moi, ma seule préoccupation dans cette question du Brexit, c'est les intérêts des citoyens français, des entreprises françaises. C'est le seul accord possible.
Si Mme May vient cette semaine avec une nouvelle idée sur le futur de notre relation, si elle nous dit, finalement, j'avais fermé la porte sur beaucoup de choses, j'ai envie de la réouvrir, j'avais fermé la porte sur le non-douanière, j'avais fermé la porte sur le marché unique, mais tout bien réfléchi, je n'arrive pas à avoir de majorité telle que je m'y suis prise, je change tout. On serait stupide de lui dire non, mais il faut qu'il y ait une idée claire, il faut qu'elle soit crédible, c'est-à-dire qu'il faut qu'elle ait une majorité. Pour le moment, ce qu'on voit au Parlement britannique, ce sont des majorités contre, jamais des majorités pour.
C'est le référendum qui continue depuis trois ans. Un référendum, ça exprime bien qui est contre quelque chose, moins qui est pour.
Françoise.
Est-ce que du côté britannique, il n'y a pas le pari de se dire, au dernier moment, au fond, l'Europe va peut-être se diviser et me laisser une porte de sortie ? Cette hypothèse-là, elle existe ou pas ? Écoutez, ça fait deux ans que peut-être certains ont fait le pari sur la division de l'Europe.
Et ça fait deux ans qu'ils se sont trompés.
C'est l'un des rares sujets sur lesquels les membres de l'Union sont sur la même ligne.
En tout cas, Michel Barnier a réussi à réunir les 27 pas contre le Royaume-Uni. Ce n'est pas une négociation contre les Britanniques, mais autour de ce qui nous ramène. Non, non, on est là pour protéger nos intérêts. On est là pour... Pas leur rendre la vie facile quand même, non plus. Non, non plus. On est là pour mettre en œuvre la décision britannique, parce qu'on peut la regretter, mais on doit la respecter. Tout le travail qui a été fait, c'est pour que la séparation puisse se faire en douceur, avec le moins de dégâts possible. C'est à ça que je consacre la moitié de mon temps. Donc c'est un plein respect de la décision britannique.
Mais si les Anglais ont décidé de sortir, nous, nous n'avons pas décidé de dynamiter l'Union européenne. Donc chacun respecte l'autre.
Jeff, puisque vous dites qu'on rejoue le référendum finalement qui a eu lieu il y a deux ans, est-ce que la seule solution aujourd'hui, comme le préconisent d'ailleurs certains leaders britanniques, ce ne serait pas de re-voter, de refaire un référendum au Royaume-Uni ? Et puis par ailleurs, est-ce que ces affres du Brexit, ça ne renforce pas, à contrario, l'idée européenne ? Est-ce que ça ne va pas dissuader définitivement d'autres pays de sortir de l'Union ?
Nathalie Loiseau.
Ce n'est pas à moi de dire aux Britanniques ce qu'ils doivent faire. Ils ont décidé en 2016 qu'ils sortaient de l'Union européenne. S'ils veulent décider différemment, libre à eux, et ce n'est pas non plus à nous de leur dire non, mais pour le moment, ce que je vois et ce que j'essaye d'interpréter et de traduire, c'est la décision britannique de quitter l'Union européenne. S'il y en a une autre, on verra.
Il faut dire que personne n'imaginait que ce serait si compliqué. Honnêtement, il n'y arrive pas. Objectivement, nous, les Britanniques probablement, ni même les membres de l'Union européenne.
Ce que vous dites tous les deux, c'est que beaucoup n'avaient pas bien mesuré ce que ça voulait dire d'être dans l'Union européenne, ce que ça avait construit au fur et à mesure comme intensité des liens. Et quand les Britanniques nous disent aujourd'hui, nous sortons mais nous voulons que ce soit aussi intense, c'est très compliqué, c'est même impossible. On ne peut pas être dehors avec la même imbrication, avec les mêmes partenariats que quand on est membre de l'Union européenne.
Et en même temps, on ne peut pas se passer des Britanniques qui sont notamment cruciaux sur le plan militaire. Nous n'avons pas cessé de le dire.
Nous avons une coopération entre la France et le Royaume-Uni en matière de défense qui est très forte, que non seulement nous préservons, mais que nous développons. C'est aussi ce que dit Emmanuel Macron dans la tribune qu'il a publiée cette semaine dans la presse européenne. Il dit qu'il faut, sur les grandes questions de sécurité et de défense, continuer à parler avec les Britanniques avant de prendre des décisions. Donc c'est tout à fait vrai.
Il y a quand même cette hypothèse du no deal, c'est-à-dire sortir sans accord entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Ça inquiète malgré tout tout le monde. C'est-à-dire même nous, du côté de l'Union européenne, on se demande ce qui peut se passer après un no deal avec les Anglais. Pour la question de défense, mais pour plein d'autres sujets. Il y avait cette semaine dans la presse des inquiétudes pour toute l'industrie automobile. On peut penser aussi à Airbus qui est en partie, des Airbus en partie construits aussi un peu avec le Royaume-Uni. Donc qu'est-ce qui va se passer ?
Et est-ce que la France est prête ?
Alors on s'y est préparé, et je vais même vous dire, on s'y est préparé depuis avril 2018. En avril 2018, je suis allée voir le Premier ministre en lui demandant qu'on se prépare à l'hypothèse d'une absence d'accord. Parce qu'en voyant les différents acteurs, en voyant les positions, je pensais qu'elle devenait plausible. Non pas souhaitable, mais plausible. Donc nous sommes le pays qui avons commencé le plus tôt à nous préparer. Et aujourd'hui, nous sommes prêts. J'ai fait passer une loi au Parlement. Ensuite, un certain nombre de textes, d'applications ont été préparés. On a recruté des douaniers, des vétérinaires. On a créé des aires de stationnement à Calais, à Dunkerque, à Cherbourg.
Je me suis rendue dans tous ces lieux. Non seulement parce que quand on fait un texte, c'est finalement le plus facile. Mais il faut aller voir ensuite sur le terrain ce que ça veut dire pour les différents acteurs économiques.
Mais le pêcheur du Nord qui a l'habitude de vendre une partie de sa pêche au Royaume-Uni ?
Ce n'est pas tout à fait ça. Le pêcheur du Nord, il a l'habitude de pêcher dans les eaux britanniques. Depuis des siècles en réalité, mais depuis quelques décennies, c'est le droit européen qui le lui permet. Il faudra qu'on puisse recréer ça derrière, après la sortie du Royaume-Uni.
Le 30 mars, Madame Loiseau, pour un Français qui habite à Londres, pour un Britannique qui habite en France, qu'est-ce qui change ? Est-ce que la vie continue comme avant ? Ou désormais, il doit aller pointer, être considéré comme un étranger alors qu'aujourd'hui, il est membre de la famille européenne ?
Alors, ils deviennent étrangers les uns aux autres, ce qui est absurde. Ce qui est humainement totalement pas satisfaisant. Mais nous, nous avons fait en sorte que pour les Britanniques, par exemple, qui vivent sur notre sol, qui sont plusieurs centaines de milliers, qui vivent, qui étudient, qui enseignent. Il y a beaucoup d'enseignants britanniques en France. Qui ont des résidences secondaires. qui ont pris leur retraite, qui sont tombés amoureux, enfin, qui vivent en France. Vous n'allez pas les punir d'être tombés amoureux ? Nous voulons qu'ils restent. Ils sont les bienvenus, c'est une richesse pour la France. Nous voulons qu'ils restent, nous leur avons dit.
D'ailleurs, bientôt, je vais faire une rencontre avec les représentants des Britanniques en France. Ils auront un an pour faire les démarches nécessaires pour avoir carte de résident. Jusqu'à maintenant, ils n'en avaient pas. Il faut évidemment qu'ils en aient une. On leur donne un an, on reconnaît leur diplôme, leur qualification professionnelle, leur expérience professionnelle. Même chose pour des Français qui reviendraient du Royaume-Uni. Pouvoir prendre en compte toutes ces années passées pour avoir cotisé, pour l'assurance chômage, pour leur retraite, tout ça, on le prend en compte. C'est ça la loi que j'ai fait passer. C'est ça les textes qu'on a adoptés derrière.
Faire en sorte de ne punir personne de cette situation absurde qu'on risque malgré tout rencontrer.
Et surtout pas les amoureux. Surtout ne pas punir les amoureux. S'il y a une situation absurde, on aura l'occasion d'en parler puisque malgré tout, c'est un choix qui a été fait démocratiquement. C'est ensuite les conditions du divorce qui sont difficiles à négocier.
Et les conditions de la campagne du référendum de l'époque où on a quand même beaucoup menti. Et ça, il faut s'en souvenir.
La ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, est l'invité de Questions politiques ce dimanche.
France Inter. Ali Badou. Questions politiques.
Votre portrait, Nathalie Loiseau. Siné, Karine Bécard.
Nathalie Loiseau, il avait d'abord été question de Daniel Cohn-Bendit. Cette figure historique, en tout cas emblématique, pour être aux élections européennes la tête de liste macroniste. Et puis, Jean-Yves Le Drian, ministre régalien depuis maintenant sept ans, avait été évoqué. Mais il est vrai relativement rapidement. Sans oublier Alain Juppé, qui lui aussi avait semblé être souhaité, mais qui, comme les autres, a préféré élégamment refuser. Bref, après toutes ces déconvenues, le président Macron pourrait finalement miser sur une femme assez peu connue. Vous, Nathalie Loiseau. Une diplomate, passée par Sciences Po et par les Langueso. Premier poste en Asie, à Jakarta, en Indonésie.
Dakar et Rabat ensuite, c'est-à-dire l'Afrique. Sans oublier Washington. Vous y êtes envoyé à un moment clé quand Jacques Chirac dit non aux Américains à la guerre en Irak. Et partout, pendant 26 ans, Nathalie Loiseau, avec cette air de ne pas y toucher, vous avez su manœuvrer et faire avancer les dossiers. Même au pignâtreté, pour décrocher plus récemment la direction de l'ENA à 48 ans, vous avez espéré y introduire des profils un peu plus variés. Mais reconnaissez objectivement qu'au bout de 5 ans, cela n'a pas vraiment fonctionné.
Donc il faut être attentif à ce que les élèves que nous recrutons soient représentatifs pour être légitimes et aussi pour que l'école fasse venir une diversité de talents.
Alors jusqu'ici, vous n'avez été que deux femmes à piloter l'ENA. Et avant cela, elles ont été tout aussi rares celles à qui l'on a confié, comme à vous, la direction de toute l'administration du ministère des Affaires étrangères. En fait, c'est Alain Juppé qui avait fait de vous à 29 ans sa conseillère, qui vous a nommé 18 ans après Nathalie Loiseau, tout en haut du quai d'Orsay. Naturellement, vous l'avez soutenu à la primaire de la droite qui l'a finalement perdu. Et tout aussi naturellement, vous vous êtes rapproché d'Emmanuel Macron après l'échec de votre patron. Voilà comment la Juppéiste, même si c'est abusif, a fait son entrée à 53 ans dans l'arène politique.
Je veux assurer ici la représentation nationale que l'application provisoire de l'accord n'aura lieu qu'après que la commission scientifique aura rendu son avis de façon à ce que nous puissions tirer toutes les leçons de ces recommandations.
Alors, vous apparaissez très technique dans l'hémicycle ce 19 juillet 2017, c'est-à-dire un mois après avoir été nommé ministre. Aujourd'hui, Nathalie Loiseau, allez savoir quelle mouche vous a piquée, vous osez cogner. Matteo Salvini et Marine Le Pen sont devenus depuis trois mois vos cibles préférées. En réalité, vous vous êtes transformés, une mue s'est opérée et vous êtes devenus à deux mois et demi des élections européennes l'une des très rares ministres vraiment politiques.
Réaction Nathalie Loiseau ?
Écoutez, je ne sais pas, c'est toujours étrange d'entendre parler de soi, c'est toujours un peu embarrassant et puis bien sûr on est d'accord et pas d'accord en même temps. C'est la règle du jeu. C'est la règle du jeu, voilà. Je ne sais pas si j'ai changé, peut-être que le regard sur moi a changé. J'ai aussi pris mon temps quand je suis devenue ministre d'apprendre ces nouvelles fonctions parce que j'étais nouvelle en politique, c'est vrai. Je ne suis pas d'une politique de carrière, je ne suis pas d'une vieille politique madrée ou rouée. je suis venue pour essayer de changer les choses. On a l'impression que ça commence à vous plaire en fait d'être politique.
Ah attendez, ça m'a plu au premier jour sinon j'aurais continué à faire ce que je faisais avant.
Françoise ?
Et donc, question toute naturelle, est-ce que vous allez conduire la liste ?
Ça fait maintenant 17 minutes qu'on a commencé.
Allez-vous conduire la liste de La République En Marche et même du Modem et élargie aux élections européennes ? Je ne suis pas candidate et le président ne me l'a pas demandé.
Dites oui. Je l'ai déjà dit. Comme ça, on arrêtera de vous poser la question. Je l'ai déjà dit,
je crois 18 fois, je n'en ai pas vraiment compté.
Oui, mais un jour vous finirez par répondre oui et ce jour-là, on se dira mais Nathalie Loiseau, pourquoi n'avez-vous
pas répondu oui plutôt ? Écoutez, l'Europe me passionne, ça n'est pas un secret. C'est même pour ça que je suis dans ce gouvernement. Je ne suis pas du tout sûre en revanche que cela passionne les Français de savoir si Nathalie Loiseau et vous n'êtes pas tête de liste d'une heure.
Nous sommes des Français et nous sommes passionnés par la question. Si on vous le propose, vous irez. Nous sommes des Français représentatifs, Nathalie Loiseau.
Vous savez bien qu'aux yeux de certains, vous comme nous, nous ne sommes pas des gens normaux. Nous sommes dans un entre-soi condamnable. En fait, ce qui est surprenant, c'est que...
Je vais juste faire une parenthèse parce que c'est vrai que ce que vous dites est peut-être vrai mais dans ces cas-là, ne parlons pas d'Europe non plus puisqu'après tout, les élections européennes, ce sont les élections où il y a le plus d'abstentions dont se désintéressent les Français. Et c'est vrai que quand on parle d'Europe à la télévision par exemple ou à la radio, il est rare qu'on fasse de grosses audiences. Donc votre argument pourrait se retourner contre vous.
Non mais je vous taquinez et parler d'Europe à la radio ou à la télévision comme on va le faire aujourd'hui, je l'espère, c'est plus important que de parler de politique politicienne.
Parce que justement, le journal Le Monde publie récemment une grande enquête menée par Ipsos, le CEPIPOF et la fondation Jean Jerez sur les prochaines élections européennes. On y apprend que 74% des Français disent s'y intéresser mais seulement 42% sont sûrs d'aller voter et ça tombe à 30% seulement chez les moins de 35 ans. Comment l'expliquez-vous ?
Alors, ça n'est pas nouveau, c'est déjà le cas des élections de 2014 où les moins de 25 ans ont été moins de 30% à voter, c'est ça, où il y a une différence entre les hommes et les femmes. Les femmes votent moins que les hommes, je ne me l'explique pas du tout. Ce que je vois, c'est le résultat. Une élection où peu de femmes et peu de jeunes ont voté, une élection où peu de Français ont voté et où le premier parti de France, ça a été le Front National.
Alors que jamais, peut-être, il n'y aura eu autant d'enjeux pour des élections européennes que pour celles qui arrivent. C'est la première fois depuis qu'il y a des élections européennes qu'on n'en connaît pas exactement l'issue, qu'on ne pense a priori pas que le PPE et le PSE formeront la prochaine majorité ou en tout cas se partageront les règnes du pouvoir au Parlement européen. Il y a cette incertitude là. Le Parlement a plus de pouvoir que jamais et malgré tout, il y a cette abstention qui se profile.
La campagne n'a pas commencé. Les Français ont la tête ailleurs. Les Français ont la tête au grand débat, à des sujets, je vais dire, plus intérieurs, plus nationaux. Mais vous avez raison. Jamais ces élections n'auront été à la fois aussi politiques et aussi européennes. Et je crois que les Français vont s'en apercevoir.
Vous pouvez l'expliquer très concrètement notamment sur en quoi voter pour tel ou tel parti au Parlement européen peut changer concrètement les choses en Europe. Parce qu'on a toujours l'impression que le Parlement au fond tout est acquis, que les postes sont déjà négociés à l'avance. Qu'est-ce qui peut changer cette fois-ci à cette élection ?
Pendant des années, les élections européennes étaient ennuyeuses et le Parlement européen était ennuyeux parce que comme vous l'avez dit, il y avait une sorte de cogestion entre la droite traditionnelle et la gauche traditionnelle qui se répartissaient les postes à tel point que les dernières élections c'est 2014. On a un mandat de 5 ans. Comment est-ce que je peux expliquer à un Français que dans le même mandat de 5 ans, il y a eu d'abord un président socialiste au Parlement européen et puis ensuite un président de la droite berlusconienne sans que les électeurs aient été consultés ? Mais que ça a été gilé entre groupes
au Parlement européen.
C'était la cogestion de la copropriété. Je prends des postes, je grossis. Regardez ce qui se passe avec la droite traditionnelle au Parlement européen. Vous avez des modérés qui siègent dans le même groupe que les nationalistes de Victor Orban. Ça commence tout juste à quelques semaines des élections européennes à poser problème alors qu'ils siègent ensemble depuis 8 ans que depuis 8 ans de manière systématique Victor Orban combat les libertés, combat la liberté de la presse, combat la liberté de l'enseignement supérieur, combat la liberté des ONG. La droite traditionnelle n'y a pas vu malice.
Encore très récemment les républicains en France qui d'ailleurs ne se prononcent pas contre l'exclusion du parti hongrois ont dit c'est l'enfant terrible de la famille. Pourquoi ? Parce que ça permettait d'être nombreux et de se répartir les postes. Je ne peux pas critiquer des français qui se seraient dit à l'époque ça n'a aucun intérêt d'aller voter pour ça.
Avouez que les chefs d'état non plus ne se sont pas prononcés Nathalie Loise, on ne peut pas les blâmer seuls sur l'exclusion éventuelle de Victor Orban. Ah écoutez,
la France, alors ce n'est pas à nous de dire ce qui doit se passer à l'intérieur d'un parti auquel nous n'appartenons pas mais sur le recul de l'état de droit, la France n'a pas cessé de se prononcer. C'est ma fierté, c'est notre fierté. Alors qu'est-ce qui peut changer à la prochaine élection ? Expliquez-nous très concrètement. La même chose que ce qui se passe partout en Europe, c'est-à-dire que les partis traditionnels sont en perte de vitesse, qui a un bouleversement politique que l'on constate partout à travers l'Union Européenne avec des risques, c'est-à-dire la montée des nationalistes.
On voit en Allemagne le parti d'extrême droite, l'AFD, qui a gagné des points dans tous les lenders allemands. On voit des nationalistes au pouvoir dans un certain nombre de pays. Mais aussi, on a vu émerger en France une offre progressiste nouvelle avec Emmanuel Macron et avec En Marche. ça veut dire que demain, au Parlement européen, ce n'est pas la co-gestion entre deux gros partis vieux et fatigués, c'est au moins cinq groupes de taille comparable et ça veut dire que les choses vont bouger.
Oui, mais cette liste progressiste, pour l'instant, elle est mesurée à 22% dans les sondages. Elle est donc incontournable ? Oui, mais ça reste quand même très faible. On se demande... Pour une liste qui arrive... Oui, mais attendez, Emmanuel Macron, le parti présidentiel qui est très pro-européen, qui veut effectivement redonner, redorer le blason de l'Europe. Honnêtement, quel moyen il aura quand on pèse 22% dans son propre pays ? Qu'est-ce qui va changer en fait dans l'Europe ?
Nous serons incontournables. Aujourd'hui, il n'y a pas de député européen macroniste. Pardon, il y en a un. Pascal Durand ? Jean Arthuis qui s'est déclaré qui a adhéré à la République en marche. Donc, nous arrivons au Parlement européen dans un hémicycle où les sortants, ce sont d'abord l'extrême droite de Mme Le Pen, les républicains de M. Wauquiez et dans une moindre mesure, le parti socialiste qui aujourd'hui arrive en ordre dispersé à la bataille européenne. Vous serez une vingtaine ?
Il y aura une vingtaine d'eurodéputés macronistes ?
J'espère le plus possible. J'espère que c'est la liste qui arrivera en tête aux élections européennes et nous parlons d'un chiffre de sondage alors que la campagne n'a pas commencé. Mais comment vous vous pensez concrètement en étant incontournable ? Rien ne devrait pouvoir se faire sans ces progressistes. Et puis, parlons-en, la tribune d'Emmanuel Macron cette semaine dans la presse européenne, nous parlons aux citoyens européens parce qu'il y a partout à travers l'Europe une lassitude, une envie de changer cette Europe qui ne marche pas, une envie de bousculer ces partis assis confortablement sur leur siège européen qui n'ont rien fait de ce qu'on attendait et c'est à eux qu'on parle.
On vous entend ce matin et on a vraiment
la sensation, je pense que les auditeurs aussi, que vous êtes déjà tête de liste. Personne ne peut croire qu'il n'y a pas déjà un embryon de liste qui circule à La République en marche alors que tous les autres partis ont déjà leur tête de liste, vous êtes l'exception, le scrutin arrivera plus tard que le Brexit mais enfin c'est quand même le 26 mai, c'est aussi une échéance. Vous avez dit il y a quelques jours dans le Cotentin, vous étiez allé voir des pêcheurs, j'adore faire de la politique, répondre aux adversaires, ne pas craindre de se faire engueuler mais c'est presque une déclaration de candidature et vous le confirmez ce matin.
Est-ce que vous admettez que vous en avez envie au moins ?
C'est le rôle d'un ministre de faire de la politique sinon j'aurais fait autre chose, j'avais une vie avant, je ne fais pas de la politique par carriérisme, ce n'est pas quelque chose à quoi je me suis abonné, c'est mon rôle de vous dire ce que je vous dis ce matin, d'être au gouvernement, de défendre des idées, de les défendre tous les jours, au Conseil, partout. Alors on l'a entendu,
on va parler de ces idées justement. Deux questions rapides avant de parler de ces idées et de ce que propose le Président de la République dans cette tribune qui a été publiée dans de nombreux journaux de la presse européenne. On sait que l'Union souffre d'un vrai déficit démocratique, pourquoi ne pas lier les élections européennes et le choix du Président de la Commission ? Pourquoi est-ce que le Président de la Commission européenne ne devrait pas être le candidat du Parti européen qui est arrivé en tête aux élections européennes ? Ce qui paraît très logique mais qui ne semble pas être si logique que ça quand on s'appelle Emmanuel Macron la taille de l'oiseau. Mais écoutez,
c'est arrivé une fois ce choix-là, cet automatisme-là, la dernière fois, ça a conduit à Jean-Claude Juncker. Je vous demande de faire un micro-trottoir et de demander aux Français s'ils ont eu le sentiment d'un bon démocratique en voyant arriver Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission.
Oui, c'est parce qu'on avait mal choisi alors le Spitzenkandidat ? Ce que je veux dire,
c'est que nous avons proposé qu'il y ait des listes qui soient vraiment européennes, qui aillent au-delà des frontières des pays européens et qu'à ce moment-là, la tête de liste puisse être considérée comme le président de la Commission. Ce qu'on a aujourd'hui, c'est que chaque pays a une élection européenne qui se passe le même jour ou la même semaine que les autres. Et ensuite, les députés européens siègent au Parlement avec un nombre de députés qui fonctionnent de la taille du pays. Et donc, ce que vous suggérez, c'est que le pays le plus peuplé décide de qui est président de la Commission. Non. Ça n'est pas du tout démocratique.
Je parlais du candidat du Parti européen qui est arrivé en tête.
Oui, mais qui est arrivé en tête, qui a le plus de députés. Et vous avez le plus de députés quand vous êtes le pays le plus peuplé. L'Allemagne est quand même plus fort que l'Estonie, par exemple. L'Allemagne a plus à dire qu'un petit pays.
Moi, ça me gêne. Quelle serait la bonne solution, selon vous ? La solution,
c'est celle qui est inscrite dans le traité. C'est celle qu'on a redit entre chefs d'État et de gouvernement. Discutons entre eux et choisissent. Non, pas du tout. C'est pas du tout opaque. On tient compte des résultats des élections européennes. Mais il faut aussi être capable de faire consensus avec les chefs d'État et de gouvernement. Qu'est-ce que c'est que la commission et le Conseil du Parlement ? Je ne vais pas vous faire un cours de droit européen, ça rase tout le monde. Mais c'est intéressant
de savoir comment on désigne le président de la commission européenne.
Je voudrais aller à l'encontre aussi de ceux qui racontent n'importe quoi. Ceux qui vous disent que les décisions européennes sont prises par la commission, donc par des technos qui ne sont pas élus. La commission, elle ne prend aucune décision. En Europe, aujourd'hui, c'est les chefs d'État et de gouvernement par délégation, leur ministre, donc le Conseil européen et le Parlement européen qui est élu par les citoyens européens. La commission, c'est l'administration. Elle met en oeuvre les décisions qui ont été prises par les chefs d'État et de gouvernement et par le Parlement. Ça veut dire qu'il faut qu'elles puissent travailler avec les deux.
Sur le dossier Alstom et Siemens, par exemple, c'est quand même la commissaire à la concurrence qui dit non, ce n'est pas possible. Elle a appliqué
des règles qui sont absurdes. Elle a appliqué des règles de la concurrence qui datent du siècle dernier et qui n'ont pas été changées par ceux qui ont régné au Parlement européen autour de la table du Conseil. On était sur la prise
de décision.
Je suis passionnée de voir M. Bellamy nous dire qu'il faut changer les règles
il faut changer
les règles de la concurrence en Europe. Pourquoi ? Bien sûr que je suis d'accord. Simplement, moi, je n'avais pas un seul député pour le faire au Parlement européen. Le PPE était là pendant 15 ans, n'en a rien fait. Et d'un seul coup, s'aperçoit que rien ne va plus et nous dit qu'il faut tout changer en Europe. Quelle est leur crédibilité ? D'ailleurs, j'ai compris ce matin, si j'arrive à comprendre quelque chose, que finalement, M. Bellamy ne veut pas tout changer parce qu'il est conservateur et qu'il trouve que la conservation du statut court, c'est ce qui peut nous arriver de mieux.
En ce moment, en Europe, il y a ceux qui veulent détruire l'Europe, ce sont les extrémistes à droite et à gauche. Il y a ceux qui veulent tout garder tel quel, ce sont les républicains. Et puis, il y a ceux qui font un constat lucide, sévère, mais avec des propositions et un projet. Et c'est nous. Alors, justement,
Emmanuel Macron parle de renaissance de l'Europe. Il affirme un leadership sur cette renaissance de l'Europe. Quand on regarde les réactions en Europe après le discours d'Emmanuel Macron, c'est assez faible quand même. Est-ce que, au fond, quand Laurent Wauquiez dit, de quel droit on donne des leçons quand on voit l'état de nos finances publiques, est-ce qu'il n'y a pas un côté, j'y vais un peu fort, par rapport à mes partenaires ? Vous trouvez que l'Europe va bien ? Vous trouvez que l'Europe va bien ? Non. Vous trouvez qu'il faut se taire ? Vous trouvez qu'il faut se taire ? Mais est-ce que le texte permet de solutionner ? Vous êtes vraiment
en train de devenir une vraie politique, Nathalie Loiseau. Mais votre manière de répondre... Vous dites est-ce que l'Europe va bien ? Mais est-ce que la France a les moyens de...
Non, vous êtes en train de vous en apercevoir. Mais en fait, ça fait deux ans. Pas du tout. Mais ça, c'est la stratégie
de Nicolas Sarkozy. On vous pose une question et vous posez une question à laquelle on ne peut pas répondre. Répondez tout simplement à Françoise.
Mais ne vous inquiétez pas. Je commence par lui demander si on ne change rien, on se tait ou on ne sait pas où on va et on n'a rien à dire. Vous imaginez Emmanuel Macron depuis deux ans, presque deux ans, président de la République, disant je n'ai rien à dire aux élections européennes. Mais ce serait absurde.
Quel impact a eu ce texte ?
Vous avez posé deux questions à la fois et donc j'essaie de répondre à l'une puis à l'autre. À celle qui consiste à dire mais pourquoi osez-vous vous exprimer ? Excusez-nous d'avoir des idées. Excusez-nous d'avoir un projet. Excusez-nous d'avoir une ambition pour l'Europe. Emmanuel Macron fait entendre, a fait revenir la voix de la France en Europe. Tout le monde le lui reconnaît. Ensuite, comment est-ce que les Européens ont réagi ?
Attention à l'arrogance française qui consiste à dire que quand le Premier ministre portugais dit que le texte d'Emmanuel Macron est formidable, quand le Premier ministre finlandais dit que le texte d'Emmanuel Macron est formidable, quand le Premier ministre belge, le Premier ministre luxembourgeois, la personne qui va être test de liste pour les socialistes en Allemagne disent que ce texte est formidable, on considère que ça n'est pas
important.
Vous citez une tête de liste socialiste allemande, vous ne citez pas en l'occurrence la dauphine d'Angela Merkel, la patronne de la CDU qu'on appelle AKK qui elle a critiqué plusieurs mesures, c'est parce que je n'ai pas fait allemand première langue à l'école et démois d'ailleurs Nadiaï Loiseau, Annegrette Cramp Karen Bauer, j'arrive à le dire, elle rejette l'idée d'un salaire minimum de la zone rose que proposait le président de la République française, elle est farouchement contre la mutualisation des dettes, autre proposition phare d'Emmanuel Macron dans sa lettre sur l'Europe et elle est en revanche très désireuse de partager le siège de la France au conseil de sécurité de l'ONU, chose qu'on promet en général pendant une campagne électorale mais qu'on oublie sitôt qu'on arrive à l'Elysée, voilà.
Ah on n'a jamais promis. Celle qui sera le partenaire
de la France demain qui succédera Angela Merkel et plutôt CER et ça rejoint ce que disait Françoise Fressose.
Et puis même globalement... Elle est conservatrice, nous ne sommes pas conservateurs. C'est l'illustration type de ce que je vous disais tout à l'heure. Il y a encore en Europe des gens qui pensent que tout va bien. Des gens qui pensent que la crise grecque n'a pas laissé de traces graves dans la population grecque. Moi quand je continue à entendre qu'il ne faut pas mutualiser les risques ça veut dire on ne bouge pas on ne change rien et à la prochaine crise dans la panique on s'apercevra qu'il faut faire quelque chose.
Mais jamais les allemands ne voudront de ça. Jamais les pays qui gèrent bien leurs comptes ne voudront mutualiser les pertes et les dettes avec des pays qu'ils considèrent comme étant des cigales ou des paniers percés.
Oui alors les cigales et les paniers percés ils ont baissé leur salaire ils ont baissé leur retraite ils sont aujourd'hui en excédent budgétaire Non je ne dis pas qu'ils ont raison mais les allemands ne voudront pas. Vous savez aujourd'hui il y a une certaine classe politique qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et qui pense que tant que tout va bien pour elle tout va bien tout court.
La réalité c'est que je ne sais pas quand la prochaine crise aura lieu mais je sais qu'il y en aura une on est dans un monde instable dangereux nous avons la chance d'avoir une monnaie commune d'ailleurs les français le reconnaissent à chaque fois qu'on les interroge ils savent à quel point l'euro nous donne de la stabilité mais cette monnaie commune il faut l'accompagner de beaucoup plus si on ne veut pas qu'à la prochaine crise il y ait une souffrance sociale comme il y a eu en Grèce comme il y a eu en Portugal comme il y a eu en Italie et c'est sans doute une des raisons de la crise politique qu'a connue l'Italie le fait que la souffrance sociale a été considérable si on croit en l'Europe il faut être capable de faire plus pour renforcer la zone euro pour faire en sorte que ce soit un projet de partage et pas un projet de division
pour évoquer une proposition concrète d'Emmanuel Macron dans sa tribune ce fameux salaire minimum au niveau européen c'est peu ou prou ce qui avait été évoqué au sommet social de Godborg en décembre 2017 et depuis Mme Loiseau rien n'a bougé pourquoi dès lors qu'Emmanuel Macron le propose et bien tout d'un coup ça devrait changer est-ce qu'il n'y a pas là une part d'utopie une façon de finalement de séduire l'électorat une partie de l'électorat alors qu'on sait que c'est impossible jamais la Pologne ou la Bulgarie n'institueront des salaires minimums par exemple pour citer ces pays comparables à ceux de la France écoutez
moi quand j'ai pris mes fonctions on m'a dit l'Europe sociale ça n'existe pas ça n'est même pas la peine d'essayer et Emmanuel Macron m'a demandé avec Muriel Pénicaud de revoir le régime des travailleurs détachés tout le monde a dit ce que vous venez de dire n'essayez même pas un an plus tard on a réformé le régime des travailleurs détachés aujourd'hui c'est à travail égal salaire égal sur le même lieu de travail non mais pardon comme sérieusement du salaire minimum c'est beaucoup plus intéressant pardonnez-moi depuis parce que c'est bien de faire une proclamation à Göteborg ça ne coûte rien de faire une proclamation on se donne bonne conscience on rentre chez soi mais nous on est sérieux on veut mettre en oeuvre ce qu'on a dit à Göteborg
c'est une proclamation aussi de M. Macron
non donc comment vous le mettez en oeuvre concrètement ce salaire minimum depuis l'autorité européenne du travail est créé c'est-à-dire que les fraudes les abus à travers l'Union Européenne aujourd'hui vont véritablement pouvoir être poursuivis qu'est-ce qui change en ce moment dans l'Union Européenne moi je voyage tout le temps et en particulier à l'est de l'Europe j'y suis très souvent donc je ne parle pas depuis mon bureau ou depuis l'hémicycle de l'Assemblée Nationale je parle depuis les gens que je rencontre qui ne sont pas seulement mes interlocuteurs politiques qui sont des patrons qui sont des syndicalistes qui sont des gens de la société civile ce qui change c'est que ces pays sont au plein emploi c'est que ces pays ont subi l'émigration de leur main d'oeuvre qualifiée qui sont aujourd'hui en manque de main d'oeuvre qu'ils ont besoin de faire revenir des gens qu'ils ont formés qu'ils ont perdus ça veut dire que les salaires montent et ça veut dire que la protection sociale monte parce que sinon ces pays seront saignés à blanc il y a 400 000 Hongrois qui ont quitté la Hongrie ça n'est pas tenable donc ces pays vous décrivez des situations sociales
mais vous ne nous dites pas très concrètement comment dans les instances européennes où il faut décider à 28 ou souvent pour des décisions très importantes il faut l'unanimité comment on fait avancer la cause française en matière sociale
il ne faut pas l'unanimité donc il faut avoir la majorité ça veut dire qu'il faut convaincre et comme pour les travailleurs détachés on a fait le tour de l'Europe et on a convaincu en parlant aux syndicats aux patronats et finalement on a fait bouger les lignes ceux qui disent on ne peut rien faire c'est ceux qui se sont assis c'est ceux qui sont allés au parlement européen pendant 15 ans toucher des salaires de parlementaires européens parfois détourner de l'argent et qui n'ont surtout voulu rien faire c'est vrai qu'il faut se retousser les manches
et qu'il faut travailler Alors revenons malgré tout sur le salaire minimum parce que je pense que ça intéresse beaucoup les français le salaire minimum européen comment est-ce qu'on peut organiser les choses est-ce que le salaire minimum français va devoir baisser et le salaire minimum polonais par exemple ou roumain va devoir être légèrement augmenter pour trouver effectivement ce salaire moyen médium comment on organise la chose très concrètement Non d'abord c'est pas le même salaire minimum
C'est adapté à chaque pays
C'est adapté à chaque pays mais discuté collectivement et revu tous les ans D'abord il y a aujourd'hui 6 pays dans l'Union Européenne qui n'ont pas de salaire minimum du tout ça c'est évidemment quelque chose contre quoi il faut lutter Ensuite le fait de mettre en place un salaire minimum ça crée une dynamique qui fait que les partenaires sociaux dans chaque pays en fonction du niveau de vie en fonction des besoins de la population peuvent augmenter le salaire minimum donc on bouge les lignes c'est évidemment souhaitable et je suis convaincue que c'est faisable vous avez raison les français en parlent beaucoup mais pas seulement les français l'année dernière avant le grand débat il y a eu le frère aîné qui était un petit frère du grand débat c'était les consultations sur l'Europe elles se sont déroulées partout dans l'Union Européenne cette idée de salaire minimum européen on l'a entendue partout il faut aussi que la prise de décision se fasse avec les envies des citoyens avec les propositions des citoyens
si le salaire minimum est à chaque pays pour qu'on comprenne bien il y aura un salaire minimum bulgare ou polonais un salaire minimum français dès lors qu'est-ce qui empêchera le dumping social puisqu'ils seront inégaux et on continuera à délocaliser en Bulgarie où le salaire minimum sera admettons trois fois inférieur à celui de la France
et bien ce que nous proposons c'est que les fonds européens qui sont versés aux pays de l'Union Européenne soient conditionnés à la convergence sociale vous demandiez Karine Becker est-ce que ça fait baisser le salaire minimum français évidemment que non l'objectif c'est une convergence sociale vers le haut vous voulez obtenir des fonds européens vous vous engagez dans la convergence sociale vers le haut vous n'en voulez pas de la convergence sociale vous renoncez aux fonds européens il n'y a aucune raison qu'un contribuable français fasse le budget d'un pays à l'est de l'Europe qui pendant ce temps-là ne travaille pas à la convergence sociale ou à la convergence fiscale qui n'améliore pas la situation sociale de ses salariés vous savez aller dans ces pays vous rencontrez des salariés qui ne veulent plus être des salariés de deuxième classe de l'Union Européenne ils en ont assez ils ont les moyens de se faire entendre parce qu'elle pleine emploi et parce que la main d'oeuvre est sortie
il y a un autre sujet évidemment qui sera au cœur de la campagne des élections européennes on peut le parier même si la campagne n'a pas démarré c'est la question des frontières avec la question notamment de Schengen tout le monde propose où de sortir de Schengen c'est ce que voudrait Marine Le Pen ou de remettre à plat les accords de Schengen c'est ce que propose le président de la République c'est ce que proposent également les Républicains sans qu'on sache précisément à quoi ressemblerait cette mise à plat est-ce que c'est tout simplement l'idée qu'on pourrait dire aux pays qui refusent d'accueillir les migrants sur leur sol exemple la Hongrie dire à ces pays-là que si vous ne jouez pas le jeu et bien dans ces cas-là on va vous couper les aides les subventions et vous ne pourrez plus bénéficier de la solidarité financière de l'Union au titre de la cohésion
c'est plus large que ça c'est plus volontariste que ça c'est plus disruptif que ça Schengen c'est une richesse sortir de Schengen dire on arrête Schengen c'est un risque parce que nos propres citoyens bénéficient de la liberté de circulation allez voir les frontaliers qui sont frontaliers de la Belgique du Luxembourg de l'Allemagne il se trouve que j'étais dans le nord de la Meuse il y a quelques jours donc je suis allée travailler avec eux allez voir ceux qui travaillent ailleurs et qui bénéficient de cette liberté de circulation dites-leur on ferme vous les mettez au chômage vous les mettez en difficulté donc c'est absurde mais cette liberté de circulation à l'intérieur de Schengen elle n'a de sens que si d'abord on protège les frontières extérieures et l'énorme faute qui a été commise par nos prédécesseurs c'est d'abattre les frontières intérieures sans se donner les moyens de protéger les frontières extérieures de l'Union Européenne on parle nous avons demandé l'augmentation des effectifs de l'agence européenne qui sert de garde-frontière et de garde-côte est-ce que vous savez aujourd'hui combien est-ce qu'il y a d'effectifs à Frontex cette agence européenne de garde-frontière est-ce que vous savez combien ils sont pour l'ensemble de l'Union Européenne ils sont 600 autrement dit c'est pas sérieux
il en faudrait combien
nous avons demandé qu'il y en ait 10 000 pas pour se substituer à tous les gardes-frontières de l'Union Européenne mais pour travailler à leur côté en particulier quand il y a une crise migratoire ou en particulier quand un pays est déficient ce que nous disons c'est qu'il ne peut plus y avoir de pays déficients il ne peut plus y avoir de pays qui dit moi le contrôle des frontières extérieures de l'Europe c'est pas mon problème si parce que c'est le problème de tout le monde donc ce que nous disons c'est que tout le monde en fasse plus en responsabilité pour le contrôle des frontières que tout le monde en fasse plus sans solidarité quand il y a un afflux migratoire alors la solidarité les quotas ça n'a pas marché et je comprends que ça n'ait pas marché vous ne pouvez pas envoyer quelqu'un qui ne veut pas y aller dans un pays qui ne veut pas le recevoir ça n'a humainement aucun sens mais la solidarité ça peut s'exprimer différemment vous pouvez envoyer du matériel des effectifs quel est le pays en Europe qui a le plus de gardes-frontières nationaux ce n'est pas la France c'est l'Italie ce n'est pas l'Allemagne ce n'est pas l'Italie c'est la Pologne il y a 25 000 gardes-frontières en Pologne ils peuvent en mettre à disposition de Frontex sans difficulté d'autant plus que le siège de Frontex il est à Varsovie
renforcer les frontières comme vous en parlez remettre à plat Schengen je pose la question à la JUP on a quand même le sentiment finalement que Nicolas Sarkozy a eu raison avant tout le monde il a dit
il n'a pas fait nous on le dit et ce qu'on dit on le fait depuis deux ans tout ce qu'on a dit le discours de la Sorbonne vous vous en souvenez peut-être septembre 2017 Emmanuel Macron donne ses premières idées sur l'Europe une quarantaine de propositions 22 sont mises en oeuvre aujourd'hui alors que l'idée c'était qu'elles puissent être mises en oeuvre d'ici 2024 je trouve que quand on dit les choses on les fait vraiment
vous aviez eu une expression controversée Madame Loiseau c'est celle du shopping de l'asile alors est-ce que réformer l'espace Schengen renforcer les frontières de l'Europe c'est justement finir avec ce que vous aviez appelé avant de vous en excuser ce shopping de l'asile dont bénéficierait ou que pratiquerait les migrants c'est ce que vous aviez dit à l'époque
alors c'est pas moi qui ai cette expression là mais j'ai eu tort de l'utiliser c'est les technocrates de Bruxelles et je me suis fait dévorer par les technocrates de Bruxelles vous l'avez peut-être remarqué ça n'est plus le cas mais c'est une expression c'est une expression qui est utilisée pour décrire un phénomène précis c'est qu'aujourd'hui les critères pour attribuer l'asile quelque part en Europe sont différents d'un pays à l'autre les procédures sont différentes d'un pays à l'autre et qui en tire profit les trafiquants d'êtres humains les passeurs qui baladent d'un pays à l'autre des malheureux qui évidemment fuient leur pays pour tout un tas de raisons et en tirent de l'argent ce que a également demandé Emmanuel Macron c'est qu'on harmonise les procédures et les critères d'asile qu'on ne rende pas service à ces trafiquants d'êtres humains qui font de l'argent sur la misère
sur cette question des migrants est-ce qu'il est possible de couper les fonds de cohésion à certains pays qui refuseraient de jouer le jeu de la solidarité européenne et d'accueillir des migrants et encore une fois je pense à la Hongrie
je reviens à l'idée que forcer des gens qui ne veulent pas y aller à aller dans un pays qui ne veut pas les recevoir ça n'a pas de sens objectivement ça n'a pas de sens vous rajoutez du malheur
ça n'a pas forcément beaucoup de sens non plus
si bien sûr puisque je voulais expliquer ceux qui ne contrôlent pas leurs frontières ceux qui ne sont pas solidaires d'une manière ou d'une autre qui ne donnent pas des crédits du matériel des effectifs la politique migratoire européenne elle repose sur ce qu'on doit faire vis-à-vis des pays d'origine et de transit des migrants économiques pour que les plus jeunes les plus dynamiques les plus courageux restent dans les pays d'origine et les aident à se développer plutôt qu'ils risquent leur vie et leur dignité dans des parcours qui sont épouvantables j'étais vendredi dans le Val d'Oise avec Aurélien Taché pour rencontrer des femmes victimes de violences conjugales qui sont des femmes migrantes quand je me souviens de Marine Le Pen nous parlant d'un migrant fraîchement arrivé je lui conseille d'aller voir ces femmes et de se demander si elles sont fraîchement arrivées c'est ça la solidarité c'est venir en aide aux pays d'origine et de transit c'est ensuite renforcer le contrôle des frontières extérieures et c'est se venir en aide quand il y a un afflux migratoire dans l'Union Européenne c'est ce que nous faisons sans cesse quand il y a des naufragés qui arrivent sur les côtes européennes la France est toujours au rendez-vous malheureusement l'Italie a fermé ses ports l'Italie a fermé les yeux sur ses obligations humanitaires ça n'est pas notre cas
je voudrais vous poser une question sur le style Macron alors pas tant en France là restons en Europe avec cette tribune cette semaine il s'adresse aux 28 pays européens il s'adresse à tous les électeurs européens on retrouve le voilà le Macron leader le Macron vertical or l'Europe c'est quand même la culture du la discussion du compromis est-ce que cette verticalité n'est finalement malgré tout pas une gêne un handicap pour la France
alors d'abord
il exerce un leadership qui lui est reconnu partout en Europe il est attendu vous êtes sûr qu'il l'est reconnu autant qu'au début on a l'impression quand même qu'il y a eu des déceptions écoutez il y a eu des difficultés chez nos partenaires
dont je ne me réjouis pas mais qui font qu'aujourd'hui plus que jamais la voix qui porte et la voix qui compte en Europe c'est celle de la France ça je m'en réjouis auprès de tous nos partenaires parce que quand quelque chose avance c'est parce que nous l'avons fait avancer quand on va mettre en place un budget pour la zone euro là aussi j'ai entendu pendant deux ans n'essayez même pas ça n'est pas possible les allemands ne voudront jamais mais le discours de la Sorbonne avait été très écouté effectivement la mise en place d'un budget de la zone euro ça n'a marché pas imposé on n'impose pas et sur la tribune il n'y a pas de verticalité parce que ce n'est pas une décision qui tombe du ciel ou qui tombe d'Emmanuel Macron et qui s'impose au 28 on nourrit le débat on fait entendre notre voix et notre voix elle est attendue elle est nécessaire et c'est la voix des français moi si je suis française je me réjouis que la voix de la France porte en Europe
on se demande à quoi ressemblera le débat sur l'Europe au moment des élections européennes et de la campagne mais on peut aussi s'inquiéter de ce qui va se diffuser des fake news ou pire encore du complotisme ça a déjà commencé oui Philippe Devilliers justement à moins de 3 mois des élections européennes publie j'ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu c'est un livre complotiste conspirationniste il dit en substance que l'Union Européenne serait un projet secret de la CIA et la continuation de l'Europe hitlérienne qu'est-ce qu'on fait de pavés dans la mare comme cela comment est-ce qu'on y répond faut-il y répondre
écoutez un ancien président avait dit ça fait pchit pour le coup je pense que ça fera plouf ça fait des décennies que les complotistes répètent que le projet européen est un projet d'ancien nazi qui rend service à la CIA ça doit être les mêmes qui ont vu des extraterrestres qui pensent que la terre est plate et que les illuminatis dirigent le monde il y en aura toujours ces livres sont toujours vendus à plusieurs dizaines de milliers mais bien sûr parce que c'est la politique divertissement
mais est-ce qu'il ne faut pas répondre sur le front plutôt que de dire vous trouvez que c'était pour du divertissement c'est très sérieux
mais ce n'est pas sérieux une seule seconde
il faut prendre au sérieux l'existence de ces idées-là même si elles vous paraissent absurdes ou folles
écoutez je n'arrive pas à prendre au sérieux des gens qui sont d'ailleurs sortis de la politique et qui refusent toute responsabilité et qui font qui font du business en racontant en amont oui mais ça a quand même de l'impact
Philippe de Villiers cite par exemple l'ancien premier ministre du général de Gaulle Maurice Couvre de Murville il cite François Fillon qui aurait dit que sa candidature avait été écartée parce qu'elle n'avait pas l'aval du groupe de Bilderberg qui est une instance de décideur économique il est arrivé
deux trois autres petites choses à François Fillon vous n'allez pas dire que c'est une secte secrète qui fait que François Fillon n'est pas aujourd'hui peut-être qu'il le pense et peut-être que ça lui fait du bien mais enfin soyons sérieux
deux minutes
Françoise
alors soyons sérieux et parlons d'écologie parce que dans les propositions d'Emmanuel Macron il y a notamment cette banque européenne du climat on sent que tous les pays en ont besoin notamment pour financer les investissements comment est-ce que concrètement ça peut voir le jour là encore il y a tellement de si vous voulez de doutes sur la politique européenne et sur la faisabilité c'est des choses qu'il faut que vous soyez très concrètes comment on va vers cette banque du climat
Nathalie Loiseau
regardez 1989
le rideau de fer s'écroule le mur de Berlin s'efface on découvre que l'Europe va pouvoir se réunifier avec sa partie orientale et on découvre qu'il y a tout à faire parce que l'Europe de l'Est est à des années-lumière de l'Europe de l'Ouest on invente la BERD la banque européenne pour la reconstruction et le développement et pendant plusieurs décennies ça marche très très bien et ces pays rattrapent tout le temps qu'ils avaient perdu à être sous la coupe communiste et soviétique aujourd'hui quelle est l'urgence à laquelle l'ensemble du continent européen est confronté la transition écologique on le sait tous on met combien alors dans cette banque le climat ne connaît pas les frontières on doit agir on doit agir fortement prenons la même logique mettons en place une banque européenne du climat qui permet de financer des investissements sur l'efficacité énergétique sur la lutte contre les gaz à effet de serre et sur les renouvelables Jean Jouzel dit qu'il faut 1000 milliards je crois oui c'est le chiffre de la Routourou alors c'est un chiffre qui est fait pour marquer les esprits il faut dire que c'est
eux qui ont eu cette idée en tout cas Jean Jouzel est le président de la République la reprise dans sa tribune
et je les ai rencontrés j'ai travaillé avec eux je suis très heureuse que cette proposition soit dans la tribune
donc la politique dit quoi 1000 milliards non un petit peu moins écoutez maintenant
je continue le travail j'ai reçu l'un des dirigeants de la banque européenne d'investissement une institution qui existe qui travaille qui travaille d'ailleurs bien dont la France est largement bénéficiaire parce que elle finance des investissements sur beaucoup de PME françaises je l'ai reçu vendredi pour lui demander si ça lui paraissait faisable et comment il avait envie de le faire la réalité c'est que tous ceux qui travaillent dans cette banque n'ont qu'une envie c'est ça c'est d'être à la hauteur au rendez-vous de ce défi considérable qui consiste à pouvoir financer les renouvelables pourquoi il n'y a pas plus de renouvelables aujourd'hui en France ?
deux raisons la première une réglementation délirante à laquelle Nicolas Hulot avait essayé de s'atteler pour la simplifier parce qu'il fallait 10 ans entre le début d'un projet d'éolienne et sa concrétisation et un manque de financement parce que les banques sont frileuses parce que les banques disent on ne sait pas on ne comprend pas on ne connaît pas c'est pour ça qu'il faut un financement européen
autre question et on va quitter l'Europe même si c'est une question qui concerne aussi l'Europe c'est celle de l'Algérie c'est vraiment impossible Nathalie Loiseau pour la diplomatie française sinon de soutenir clairement au moins de se réjouir publiquement de voir autant de jeunes Algériens sortir dans la rue défiler pacifiquement contre un cinquième mandat de Bouteflika c'est impossible
Déjà nous sommes le lendemain d'un samedi et c'est vrai que quand je vois qu'il est possible de descendre par centaines de milliers dans la rue pacifiquement ça me fait du bien de voir qu'on n'est pas obligé de tout casser quand on manifeste ceci étant sur l'Algérie nous avons une histoire ancienne
bien sûr
étroite et tourmentée
mais c'est impossible d'avoir une position un peu claire ou de soutenir d'encourager
pas du tout mais est-ce que c'est à nous de faire de la politique en Algérie
non mais alors pourquoi faites-vous de la politique au Venezuela Nathalie Loiseau
est-ce que c'est à la France de faire de l'ingérence en Algérie
vous le faites au Venezuela pourquoi ne pas vous prononcer sur l'Algérie
en Venezuela il y a 4 millions de Vénézuéliens qui ont fui leur pays c'est une crise internationale aujourd'hui au Venezuela quand on essaye d'amener de l'aide humanitaire au Venezuela où les gens vont tellement mal qu'il n'y a plus d'électricité et que les hôpitaux non mais c'est juste
pour comprendre en fait il est impossible pour les autorités françaises de dire quoi que ce soit sur l'Algérie d'aujourd'hui
non pas d'ingérence
mais il ne s'agit pas de faire de l'ingérence
nous moins quiconque si c'est pas à nous de dire qui doit élire qui les Algériens doivent élire mais pas d'indifférence non plus il y a des centaines de milliers de personnes qui vivent en France et qui ont la nationalité algérienne qui vivent très profondément de manière très émotionnelle ce qui est en train de se passer moi ce que je souhaite c'est que les aspirations du peuple algérien soient respectées et écoutées par les dirigeants algériens
alors tournons la question autrement quel rôle s'assigne la France dans cette période un rôle de partenaire du peuple et du pays
qu'est l'Algérie pays qui quand il va bien vous êtes partenaire de ce pouvoir c'est pas nous à choisir le pouvoir algérien c'est pas nous à dire on n'en veut pas on en veut un autre changez-le il y a un processus électoral il y a des candidatures qui ont été déposées il va y avoir une élection présidentielle il y a des manifestations nous espérons que le processus soit transparent qu'il soit démocratique et nous espérons que les aspirations du peuple algérien soient respectées respectées
mais cette jeunesse elle a envie de bâtir ce pays elle se sent coincée en fait dans ça cette jeunesse du coup regarde en direction de l'Europe de la France entre autres mais j'imagine pas que de la France donc là il y a quand même aussi un nœud à dénouer
et cette jeunesse elle prend en main son destin elle n'a jamais dit à la France ou à quelqu'un d'autre de le prendre à sa place
Jeff j'avais une question mais je ne sais pas s'il nous reste assez de temps
il reste très peu de temps
alors très peu de temps mais en quelques mots comment vous souhaitez que l'on sorte en France du grand débat c'est le 15 mars normalement faut-il des lois faut-il un référendum comme ne l'a pas écarté le président
Nathalie Loiseau
d'abord il faut voir ce qui sort du grand débat le grand débat c'est un million et demi de contributions en ligne c'est 10 000 réunions à travers la France c'est un vrai succès démocratique c'est une vraie invention à côté de la démocratie représentative à la place et il faudra 30 secondes Nathalie Loiseau pour dire à Jeff comment on en sort dans l'avenir mais écoutons ce que les français nous ont dit il y aura des mesures qui seront certainement législatives il y aura aussi des changements de pratiques et le président n'a pas écarté un référendum ça n'est ni un tabou ni la solution ce qu'il faut c'est de pouvoir écouter ce que les français proposent et il y aura un avant et un après grand débat
Merci Nathalie Loiseau merci d'avoir été l'invité de Questions Politiques l'émission se termine bon dimanche et merci à tous les trois merci à Alexandre Gillardy et à toute l'équipe technique à la semaine prochaine
Nathalie Loiseau