Pourquoi ils détestent tous Mélenchon
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Il n'y a pas de colonne vertébrale, c'est vaporeux. Souvenons-nous qu'en 2017, il n'y a pas si longtemps, Marine Le Pen voulait sortir de l'euro avec un programme qui n'était pas du tout ficelé. Et puis maintenant, elle est pro-européenne, donc le marché unique et tout, c'est super. Elle était pour la retraite à 60 ans, maintenant c'est à 62 ans. Il ne fallait pas rembourser la dette, maintenant il faut rembourser la dette. Sur l'économie, l'automobile, l'innovation dans les nouvelles technologies, n'importe quoi, le rail, etc., il n'y a aucune stratégie industrielle.
Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Je suis ravie de vous retrouver. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, analyser et décrypter, car nous sommes à quelques jours de l'élection présidentielle et il y a tant de discours qui gravitent autour de nous. Notre meilleure arme, c'est de les connaître et de les comprendre. Au programme aujourd'hui, les gauches françaises déchirées vues de l'international et ce qui s'y passe à l'intérieur par Thomas. Marine Le Pen, premier parti prolétaire de France. Et enfin, les stratégies politiques d'envoyer des candidats aux élections législatives dans des territoires qui ne sont pas les leurs.
On va décrypter tout ça, c'est l'instant porcher. Tous contre Mélenchon, comment la gauche française s'entre-déchire ? C'est le titre du courrier international vu d'Espagne qui rapporte un article du Grand Quotidien El País. On en a parlé la semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon demeure le premier homme des gauches dans les sondages et une gauche au second tour deviendrait-elle possible ? Mais les gauches demeurent divisées et l'article du Quotidien espagnol ne mâche pas ces mots. Je cite « La gauche française s'est transformée en un jeu de massacre progressiste qui participera une fois de plus à l'écœurement de l'électorat et à une forte part d'abstention.
» Alors que la droite traditionnelle s'est quelque peu relevée du revers infligé par Emmanuel Macron en 2017, présentant Valérie Pécresse, certes décevante, comme candidate unique, la gauche au contraire explose en faction irréconciliable, se déchire et exhibe le spectacle lamentable de ses divisions internes. Jean-Luc Mélenchon est décrit comme l'adversaire de ses concurrents à gauche qui ne cessent de vouloir les vincer pour finir sur « ils ouvrent un bal absurde » où avoir un égo surdimensionné est devenu une fin en soi, sans oublier la perspective des législatives, ensuite où, dans toutes ses stratégies politiques, le score à la présidentielle compte pour la suite.
Même le monsieur primaire populaire Samuel Gribowski quitte la dite association pour soutenir LFI. Bref, tout est à refaire. Thomas aime vous donner l'intérieur de tous ces jeux politiques et il va nous en dire plus aujourd'hui. Thomas, comment expliques-tu qu'au moment où les sondages mettent Mélenchon en troisième position, ceux qui prônaient l'alliance des gauches soient silencieux, voire sont désormais contre une alliance aujourd'hui ?
C'est ce qu'on avait dit dans des anciens épisodes. C'est-à-dire que moi, quand on parlait tout le temps d'alliance des gauches alors que la campagne n'avait pas commencé, moi je dis tout le temps que c'est l'alliance des gauches mais c'est aussi l'alliance des postes. C'est-à-dire que c'est des stratégies pour retrouver des postes, pour des partages de postes sur des futures candidatures législatives, etc. ou des postes de ministère. On nous disait mais non, mais non, c'est l'urgence écologique, c'est l'urgence sociale. Et là, on se rend compte, quand on regarde les sondages, et vous savez, les sondages quand même à deux semaines, ils sont plutôt juste autant.
Les sondages, il y a trois, quatre mois, quand il n'y a pas eu de dynamique de campagne, souvent font des professionnels autoréalisatrices parce que quand vous êtes bien placé, vous n'avez pas envie de bouger. Et puis quand vous êtes en bas, vous avez envie un peu de fracasser tout le monde pour faire du buzz et puis pouvoir remonter dans les sondages. À deux semaines, en général, ça change très peu. Il y a eu des surprises, il y a eu 2002. Mais en général, ça change très peu.
Donc la configuration étant ce qu'elle est, les sondages étant ce qu'ils sont, c'est-à-dire que vous avez dans les trois premières places, Macron, donc la droite finalement, l'extrême droite, et la gauche avec Mélenchon. C'est le moment où normalement tous ceux qui disent qu'il faut que la gauche s'allie pour l'urgence climatique parce qu'on n'a plus de temps à perdre, donc on ne peut pas se faire un autre quinquennat avec Macron et encore pire avec Marine Le Pen, pour qui la notion écologique est soit une notion de surface que l'on met à droite et à gauche, soit n'existe quasiment pas à l'extrême droite. Donc s'il y a une vraie urgence, on ne peut pas attendre.
Puis s'il y a une urgence sociale, on ne peut pas laisser passer un candidat qui veut faire travailler les gens jusqu'à 65 ans ou qui veut imposer 20 heures de travail à des gens qui sont au RSA, à 2 millions de personnes parmi les plus pauvres de France. Donc si ces questions étaient très importantes, pourquoi aujourd'hui les gens ne se disent pas « Bon ben, force est de constater qu'il y a un seul candidat qui est proche du deuxième tour ? » Bien que le deuxième tour ne soit pas une fin en soi. La fin en soi, c'est de gagner l'élection présidentielle, ce n'est pas d'accéder au deuxième tour.
Mais là, il y a beaucoup de gens qui se disent « Bon ben, ils sont dans les stratégies personnelles » et on peut les comprendre. Quelqu'un comme Jadot, il est à 5%, 5-6%, il y a une marge d'erreur toujours dans les sondages et il a fait 3 points de plus, je crois, aux européennes que son score affiché dans les sondages. Donc il se dit peut-être que moi je vais faire 7, peut-être même 8 s'il y a eu le vent en poupe. À 8%, ce sera le candidat écologiste qui a fait le meilleur score de toute l'histoire de l'écologie. Puisque Noël Mamère avait fait 5%, c'était le meilleur avant. Et donc c'est une place qui est importante.
Mais en même temps, pour l'urgence écologique, pour l'urgence sociale, ça ne changera pas. C'est pareil, je pense, pour Roussel, qui va faire un très bon score pour le Parti communiste, je vais dire, post-90. Parce qu'avant, le Parti communiste, c'était un très bon score. S'il fait 5, 5% ou 6%, imaginons, je ne sais pas, les gens vont se dire, c'est un bon score, c'est pas mal. Mais en même temps, ça ne changera rien. Donc le but, ce n'est pas d'afficher un bon score. Comme le but n'est pas d'arriver qu'au deuxième tour, comme c'est le cas de Marine Le Pen en 2017.
Et comme j'espère que ce n'est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui, de dire, je suis au deuxième tour pour être au deuxième tour. L'important, c'est de gagner une élection présidentielle. Et là, si on pense que le fond, c'est important, l'urgence sociale, l'urgence écologique, mais c'est vrai que ces gens qui ont toujours prôné une alliance pour gagner devraient un peu se manifester. Et là, bizarrement, on ne les entend plus. Donc ça revient à ce qu'on disait au départ, c'est que toutes ces questions d'alliances, des gauches, etc., c'est du cinéma. C'est du cinéma pour avoir des postes. Et derrière le fond, le fond de la pensée sur l'écologie et le social, bon, il s'efface.
Et on le voit bien aujourd'hui qu'il n'est même plus là et qu'on n'en parle plus du tout.
Il y a eu la défaite de la gauche en 2017, la victoire de Macron et ensuite toutes les réformes libérales qui ont été vécues par de nombreux sympathisants de gauche comme un traumatisme. Et beaucoup ne voulaient pas que ce scénario se reproduise en 2022. Comment tu peux expliquer aujourd'hui que la gauche, elle soit encore plus divisée qu'avant ?
Mais je pense que les militants ne sont pas si divisés que ça. Je pense que là, quand on parle des hommes politiques, c'est un peu la première question. Là, effectivement, on voit qu'on n'en parle plus du tout. C'est peut-être une meilleure des choses. Mais quand même, quand on nous a fait toute la comédie qu'ils nous ont fait, c'est bizarre de ne plus entendre là, alors qu'on a une possibilité que des idées... Je veux dire, je fais encore une petite parenthèse, mais Jadot, il est pour une économie 100% renouvelable. Il rejoint Mélenchon là-dessus. Cette idée peut arriver au deuxième tour et peut peut-être gagner la présidentielle. Et pourtant, ça ne semble pas trop l'intéresser.
Ou d'autres idées, par exemple de Roussel, que l'on retrouve sur le service public, etc., que Mélenchon aussi défend. Qu'on aime ou pas Mélenchon, c'est lui qui est le mieux classé. C'est les sondages qui le disent. Si Roussel avait été classé au même niveau ou si Jadot avait été classé au même niveau, on aurait probablement tenu le même type de discours puisque là, des idées progressistes contre Macron seraient à la porte du deuxième tour. Mais les choses étant ce qu'elles sont, aujourd'hui, on a les sondages, ils sont stables. Surtout qu'on voit une remontée, ce qui est le plus dur en fait. Quand vous partez haut dans les sondages, le plus dur, c'est de tenir un.
Donc si vous ne faites pas votre campagne, il n'y a pas de dynamique qui s'enclenche, vous dévissez, vous baissez. C'est le cas de Zemmour et Pécresse. Mais quand vous commencez bas, vous êtes obligés d'entraîner une campagne et une dynamique. Et là, souvent, quand vous remontez, c'est très difficile de redescendre après. Et c'est ce qui se passe pour le candidat Mélenchon, mais c'est ce qui se passe aussi pour Marine Le Pen vis-à-vis de Zemmour, qui a réussi à tenir et la dynamique est enclenchée. Donc c'est cette dynamique qui est très difficile, que beaucoup de partis de gauche n'ont pas réussi à faire. Mais les militants, ce n'est pas pareil.
Il est vrai que les militants, les sympathisants de gauche ou les militants dans des partis, ont été traumatisés de ce qui s'est passé en 2017. Parce qu'en 2017, il manquait finalement 500 000 voix à Mélenchon pour aller au deuxième tour. Des voix que Hamon aurait pu donner, aurait pu donner même pour moitié, on va dire, à M. Mélenchon. Et quand on a vu quelques mois après, sur les manifestations, sur la loi travail, etc., dans des cortèges identiques, Hamon et Mélenchon, quasiment main dans la main, vous vous souvenez de cette image où il y avait Hamon qui avait laissé sa barbe de trois jours ? Les électeurs se sont dit minces.
Et quand on a vu toutes les réformes passer, les électeurs se sont dit minces. Et donc là, ce qui va se passer à partir de 2022, quand il va y avoir les premières manifestations contre le passage de l'âge de la retraite à 65 ans, si Macron passe, contre la réforme du RSA, tous les gens vont se retrouver dans la rue, main dans la main, le PC et l'FI. Probablement une partie d'Europe Écologie, les Verts, et l'FI et PC. Et là, les militants vont se dire, mais on affronte encore Macron à cause de nos divisions. Et donc beaucoup de gens, quand on discutait, se disaient, le traumatisme de 2017, les militants ne pourront pas l'accepter en 2022.
Et pourtant, aujourd'hui, je ne vois pas, moi, de tribunes communes, d'intellectuels politiques ou de militants politiques, disant, j'ai vu beaucoup de gens se manifester pour des candidats, mais pas beaucoup de tribunes se disant que là, il ne fallait pas reproduire le crash de 2017. Donc nous verrons, nous verrons. Peut-être que les militants vont faire des choix dans les urnes pour celui qui est le mieux placé, etc. Nous verrons.
Mais c'est vrai que si on prône constamment l'urgence écologique et l'urgence sociale, qui sont des choses réelles, là, il faudrait peut-être, enfin, pour ces militants-là, peut-être penser à s'activer et de penser à la victoire plutôt que de penser à des visions un peu de court terme de positionnement politique.
Marine Le Pen est une femme de gauche. Ça a été prononcé par Éric Zemmour le 27 octobre 2021 lors d'un déplacement à Biarritz. Pourquoi est-ce qu'il a dit ça, déjà, selon vous ? Parce qu'Éric Zemmour, il a un projet qui est très néolibéral et qu'il considère que quand on s'intéresse à la justice sociale, on est de gauche. Il ne peut pas concevoir qu'il puisse en être autrement. Moi, je suis désolée, j'ai toujours eu une fibre sociale.
Je considère que le rôle d'un président de la République, ce n'est pas seulement d'être au chevet de ceux qui n'ont pas besoin qu'on les aide, c'est-à-dire les grandes entreprises du CAC 40, les gros salaires, les gros moyens, comme l'a fait d'ailleurs Emmanuel Macron en supprimant l'ISF, mais c'est surtout... L'impôt sur la fortune. Voilà, mais c'est surtout de venir au soutien, en aide de ceux qui sont dans une situation de précarité ou de vulnérabilité. Donc, c'est une vision, effectivement, radicalement différente qui nous sépare. Vous savez, si aujourd'hui, je suis en tête du vote des ouvriers, c'est parce que les ouvriers... Près de 40% au premier tour en 2017.
Je pense qu'ils ont parfaitement compris qu'en réalité, le seul programme véritablement applicable à les défendre, c'est le mien. Notamment en luttant contre la concurrence déloyale, notamment en luttant contre les délocalisations et notamment en proposant, encore une fois, d'améliorer la vie quotidienne des Français. Parce que c'est ça que je veux faire, moi. Améliorer la vie quotidienne des Français.
La séquence qu'on vient de voir, ça m'a emporté beaucoup de vous la montrer aujourd'hui et qu'on la décrypte ensemble. On voit une Marine Le Pen se détacher de Éric Zemmour au programme néolibéral pour défendre la classe ouvrière, les prolétaires, les classes moyennes et modestes. Elle parle à des gens que la gauche a perdus en 20, 30 ans. Et la tête du Rassemblement national y arrive. 45% des ouvriers et 42% des employés voteraient extrême droite selon les projections des intentions de vote, réalisées par Gérôme Fourquet, directeur du Pôle Opinion et stratégie d'entreprise à l'IFOP en 2021. Nous ici, on veut décortiquer.
Marine Le Pen est-elle l'alliée des classes populaires comme elle le met si bien en avant ? Thomas, d'abord, est-ce que tu peux nous présenter les grandes lignes du programme de Marine Le Pen pour 2022 ?
Déjà, il faut dire que Marine Le Pen arrive en fait à détourner les causes du néolibéralisme, des politiques libérales des dernières années. Plutôt que de les approprier de combattre ces politiques-là, elle les détourne pour aller taper sur l'immigration. Donc en réalité, vous voyez, elle part du principe que l'immigration serait la cause de tous les maux alors qu'en réalité, c'est les politiques mises en place ces 30 dernières années. En 2008, vous avez eu un million de chômeurs en plus. Ces un million de chômeurs en plus ne sont pas dus à l'immigration, ils sont dus à la crise financière due au capitalisme financier dérégulé depuis les années 90.
Vous voyez, la baisse des dotations aux collectivités locales qui a entraîné des baisses sur la petite enfance, le périscolaire qui touche tout le monde, tous les gens habitant dans les territoires, comme on dit, ce n'est pas l'immigration qui a causé ça. C'est un choix politique de François Hollande. C'est donc l'austérité budgétaire. Et donc, ce qu'elle fait, elle détourne tous ces choix politiques qui sont des choix de politique économique libérale au fait que la source serait l'immigration. Donc déjà, le diagnostic est très mauvais. Le diagnostic est très mauvais. C'est un diagnostic qui avait été fait par Salvini.
On a vu comment ça a fini puisque Salvini, à la fin, il a dit qu'il soutenait Draghi. Peut-être que Marine Le Pen, finalement, à la fin, soutiendra Macron. Donc ça, c'est la première chose. Et pour répondre à ça, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle propose, en fait, d'aller plus loin dans la logique qui a été faite ces dernières années. Par exemple, elle parle beaucoup de réindustrialisation. Elle parle beaucoup de réindustrialisation. Comment elle fait la réindustrialisation ? Par des baisses de charges, notamment par la baisse des charges patronales sur les salaires. Voilà. Alors, elle nous dit ça, très bien. La baisse des charges patronales, ça a déjà été fait sous le CICE de François Hollande.
Vous voyez ? Ça a abouti à quoi ? Ça devait créer un million d'emplois, ça en a créé 100 000. Donc, on connaît les échecs de ces politiques. Donc, il n'y a pas un programme où elle nous dit telle filière, l'automobile, à part le nucléaire, l'armée, voilà, le nucléaire, l'armée, la sécurité. Sur le reste, par exemple, l'automobile, l'innovation dans les nouvelles technologies, tout, je ne sais pas, la sidérurgie n'importe quoi, le rail, etc. Il n'y a aucune stratégie industrielle. La stratégie industrielle, c'est une baisse des charges patronales. C'est tout. Vous voyez ? Donc, on voit bien que c'est un programme qui va dans la continuité libérale. D'autres choses.
Elle veut, par exemple, exonérer d'impôts sur les revenus les moins de 30 ans pour les faire revenir en France. À qui elle s'adresse ? Qui est-ce qui a moins de 30 ans et qui a un tel revenu qui doit quitter la France ? C'est les gens très riches. C'est la start-up nation de Macron, ça. C'est les gens qui sont tellement riches ou à Los Angeles. Et là, tu les fais revenir comment ? En baissant la fiscalité. Enfin, ça, Macron aurait pu l'inventer. Vous voyez ? Elle fait ça. Qu'est-ce qu'elle fait d'autre ? Elle dit exonération d'impôts sur les sociétés pour les moins de 30 ans. Ça s'adresse à qui ? Pareil, c'est la start-up nation. Les personnes qui sont mobiles. C'est à peu près ça.
Je crée ma start-up. Plutôt que je n'ai envie de faire une plus-value financière, là, on m'exonère d'impôts. La plupart des start-up, en plus, la plupart des entreprises qui sont créées les premières années ne font pas des gros impôts, sauf si on a un projet mirobolant pour faire une plus-value financière dans la start-up nation. Donc là, on s'adresse pareil à la partie des jeunes qui ont le plus grand capital humain, qui sont mobiles, etc. Donc, on ne s'adresse pas aux plus pauvres. Et puis, il y a aussi un autre truc sur les donations. Elle permet de défiscaliser une donation tous les 10 ans de 100 000 euros par un parent ou un grand-parent. 100 000 euros tous les 10 ans ?
Quand tu vois que 50 % des gens n'ont pratiquement rien à leurs enfants, là, à qui elles s'adressent ? Si tu donnes 100 000 euros tous les 10 ans à quelqu'un, c'est des centaines de milliers d'euros que tu peux donner tous les 10 ans. Elles s'adressent aux personnes les plus riches. Donc, en réalité, son programme, sous couvert de quelques mesures comme ça, on baisse de 15 centimes, la fiscalité sur l'essence, quelques mesures comme ça, un peu de pouvoir d'achat, grosso modo, son programme, c'est un programme d'orientation libérale. Mais le Front national n'a jamais été...
Il y a eu quelques petites parenthèses, parfois, qui ont donné l'impression d'eux, mais globalement, c'est plutôt un parti libéral, depuis toujours.
– Est-ce que son programme, il est différent par rapport à 2017 ?
– C'est pour ça qu'il ne faut pas faire confiance à Marine Le Pen, ou même, j'irais, au Front national et au Rassemblement national sur son programme économique, parce que c'est un programme économique qui a constamment varié. En fait, s'il y a une chose qui n'a jamais varié au Rassemblement national, c'est la question de l'immigration et la question des immigrés, voilà, avec des stigmatisations sur l'utilisation du modèle social en faveur, si vous êtes français, vous pouvez le bénéficier, si vous êtes étranger, vous ne pouvez pas y le bénéficier, comme si les étrangers, les vannes étaient ouvertes, alors que c'est faux, c'est très difficile d'avoir des minimas sociaux.
Aujourd'hui, il y a un certain nombre de minimas sociaux, quand vous êtes étranger, il faut être là depuis plus de 5 ans, mais là, on fait comme si, voilà, c'était des pompes aspirantes. Mais ça, ils sont restés assez clairs là-dessus. La lutte contre l'immigration, ils sont clairs. Là-dessus, depuis de Jean-Marie Le Pen à Marine Le Pen. Par contre, sur l'économie, ils ont tout le temps fluctué. Ils ont été d'abord très tacheteriens, libérales, puis après, ils se sont dit, bon, on va devenir plutôt un peu protectionniste, contre le libre-échange, contre l'Europe, vous voyez, jusqu'à aller même à la sortie de l'euro.
Souvenons-nous qu'en 2017, il n'y a pas si longtemps, Marine Le Pen voulait sortir de l'euro très bien, avec un programme qui n'était pas du tout ficelé, puisqu'elle s'est écroulée au deuxième tour. On a vu qu'elle ne maîtrisait pas du tout le dossier. Donc on voit bien qu'on est plutôt de l'ordre de la posture pour gagner des voix plutôt que la technicité pour pouvoir arriver à faire cette sortie de l'euro qui, pour le coup, pourrait être un sujet de débat. Mais il faut avoir la technique pour le faire, il ne faut pas être dans la posture.
Et puis maintenant, elle est pro-européenne, donc le marché unique et tout, c'est super, parce qu'elle est majoritaire en partie en Europe, donc c'est super. Elle était pour la retraite à 60 ans, maintenant, c'est à 62 ans. Il ne fallait pas rembourser la dette, maintenant, il faut rembourser la dette. On voit que Marine Le Pen, en fait, finalement, son programme économique, il n'y a pas de colonne vertébrale, c'est vaporeux. Et ça se fait au gré, en fait, des sondages, au gré de ce que pensent les gens. Et donc, dans ce cas-là, vous savez, quand vous n'avez pas de programme économique de colonne vertébrale, je vous le dis, ça fait comme Salvini.
C'est-à-dire que vous ne faites rien au niveau économique. Salvini, quand il est arrivé, on allait voir ce qu'on allait voir. Il allait retourner l'Europe, là, il était vraiment... Puis il n'a rien réussi à faire. Donc, qu'est-ce qu'il a fait ? Il a tapé sur l'immigration comme il pouvait le taper avec des opérations coup de poing où on arrête, une directrice d'ONG qui a sauvé des migrants devant la télé, etc. Des choses comme ça. Ça n'a pas changé la vie des Italiens. Puis à la fin, il a fini, je vous le dis, à donner sa confiance à Draghi.
Voilà, donc, je pense que Marine Le Pen ne changera en rien la vie des plus pauvres et que son programme économique est un programme qui n'a aucune valeur et pas un programme avec une compétence technique.
Et pourquoi, selon toi, Marine Le Pen, elle a réussi justement à avoir autant de succès avec les classes populaires ?
Il y a eu la chute du mur de Berlin dans les années 90. Et il y a eu, à partir de ces années-là, une gauche, allant de la social-démocratie et même au Parti communiste, qui s'est ramollie complètement. Alors, la gauche social-démocrate, elle, c'était une gauche qui était pour la mondialisation, pour le marché unique, pour la concurrence dans l'Europe, pour le passage à une économie de service.
Je veux dire, aujourd'hui, je n'ai pas envie de citer de nom par courtoisie pour mes collègues, mais il y a des économistes qui sont de gauche qui étaient pour la désindustrialisation, qui l'ont marqué en disant que c'était très bien que les industries cassent, qu'il fallait sur les services, c'est là où il y avait la plus-value, en disant ça de manière un peu hautaine, puisqu'on sait très bien que dans les services, souvent, c'est des Bac plus 5 et dans les usines, c'est beaucoup de gens qui ont moins de diplômes. Il y a beaucoup de gens qui sont de gauche, des grands économistes de gauche qui ont théorisé ça et qui l'ont marqué dans la presse. Donc, c'était ça, la gauche, à un moment.
C'était ça. Et le parti communiste, là-dedans, c'était le parti communiste de Robert Rue, qui aujourd'hui soutient Emmanuel Macron. C'était un parti communiste d'accompagnement. Voilà, Europe sociale, l'Europe, c'est bien, il faut mettre un petit volet social, etc. Donc, toutes les usines continuent à se délocaliser, à fermer, dans le Nord, notamment, où tous les parrainages qui étaient d'anciens bastions communistes, où tous les parrainages aujourd'hui sont donnés à Marine Le Pen. On les a poussés dans les bras de Marine Le Pen.
La question du libre-échange, par exemple, la question du libre-échange a été abandonnée pendant une grande partie par la gauche, qui trouvait que les traités du libre-échange étaient super, de mettre en concurrence nos agriculteurs avec des agriculteurs qui ont des fermes quasi industrielles, c'était génial, alors qu'ils produisent à des coups bas et nous mettent une pression énorme, mais tout le monde trouvait ça super, que nos industries soient en concurrence avec des industries dans l'Europe et que tout se délocalise dans l'Europe, tout le monde trouvait ça génial, donc on en est resté là.
Et donc c'est ça qui explique, moi je pense qu'à un moment, le Front National a récupéré une partie du vote ouvrier, mais il ne faut pas que les ouvriers se fassent berner puisqu'il n'y a pas de programme sûr, en tous les cas dans la réindustrialisation, dans le programme de Marine Le Pen.
Est-ce que votre député habite ou vient de chez vous ? Aujourd'hui, avec Thomas, on a fait le choix de vous parler d'un sujet dont on parle finalement assez peu, les parachutages aux législatives. Qu'est-ce que c'est quand un parti politique envoie un candidat aux élections législatives dans une circonscription dont celui-ci n'est pas originaire et d'ailleurs n'y vit même pas car celle-ci est gagnable et ou qu'on veut propulser la carrière politique.
La dernière actualité pointée du doigt fut celle de Sandrine Rousseau, lilloise, investie par Europe Écologie-Les Verts dans la 9e circonscription de Paris, investiture contestée car c'était Claire Monode qui avait été choisie lors d'une constitution locale. C'est loin, mais loin d'être la seule, cela touche toutes les élections, tous les partis. Clémence Guettet, la France Insoumise sera par exemple candidate dans le Val-de-Marne alors qu'elle vient de Poitiers. Moins récent, Dominique Strauss-Kahn était parachutée dans le Val-d'Oise, Jack Long dans le Loir-et-Cher, Bruno Le Maire dans l'Eure et j'en passe beaucoup.
Thomas, est-ce que tu peux nous expliquer cette pratique politique et nous dire ce que tu en penses ?
C'est une pratique politique pour moi qui est d'un autre temps. À l'époque, il y avait deux grands partis qui se divisaient la France et il fallait récompenser les serviteurs, on va dire, qui étaient parfois qui n'avaient jamais fait de terrain, qui avaient été dans des cabinets, qui avaient fait Sciences Po, l'ENA qui vont dans des cabinets, qui ont été très sympathiques et là, on leur offre une circonscription ou une mairie facilement gagnable. C'était comme ça la politique avant et on a eu des... Parfois, on a été jusqu'au ridicule comme par exemple Dominique Strauss-Kahn à Sarcelles. Bon, tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn n'a jamais vécu à Sarcelles.
Je crois qu'il est né à Monaco mais bon, peut-être qu'il avait un appartement mais il n'a jamais vécu là-bas. Ou Jack Lang à Blois. Je pense que Jack Lang à Blois, pareil, je ne sais pas s'il avait un ancrage local de longue date mais probablement pas. Et puis ça continue aujourd'hui avec comme vous l'avez dit Sandrine Rousseau ou d'autres. On est vraiment dans quelque chose qui appartient à notre époque et aujourd'hui la politique ne devrait pas être comme ça. Pourquoi ? Moi je veux parler d'expérience de terrain. Quand j'étais jeune, qu'on a commencé à s'engager dans ma commune en banlieue et qu'on critiquait ce que disait le maire ou un élu, qu'est-ce qu'il nous disait ? Ben présente-toi.
T'as envie d'être à ma place ? Présente-toi. Et moi à l'époque je me disais mais c'est vrai, c'est de notre faute, on se présente pas. Et je comprenais pas en fait que derrière il y avait des machines de parti qui plaçaient des gens déjà, qui plaçaient des gens, qui devenaient des barons en fait d'un certain terrain parce qu'ils avaient été placés par leur parti et qui avaient les financements de leur parti. Et qu'en fait, si toi tu te présentais alors que tu étais de la société civile, tu vois, ben tu étais en fait dans un combat de David contre Goliath. Et tu n'arrivais jamais parce que tu n'avais pas les financements, tu n'avais pas la structure du parti, etc.
Donc en fait, quand il me disait présente-toi, c'est une façon de me dire rien ne se passera. Et en fait, comment ça se passait pour ceux qui voulaient faire de la politique mais qui étaient des élus de terrain qui connaissaient tout ? Eh ben ils finissaient toujours au mieux maire adjoint ou au mieux conseiller municipal, voilà, par le mec qui était plastique qui ne connaissait pas le terrain, qui les utilisait quand il y avait des problèmes sur le terrain justement parce qu'eux ne connaissaient pas le terrain. Donc il fallait toujours un mec de terrain qui soit maire adjoint mais ils n'étaient jamais à la première place.
Ben vous savez, ça, c'est une autre époque parce que ça, ça crée chez les élus locaux, les associatifs au niveau local, ça crée de la tension parce que les gens, ils comprennent que tout ça, c'est un jeu de dupe la politique, vous voyez ? Et aujourd'hui, voir que quelqu'un s'installe dans une circonscription parce qu'elle est gagnable alors qu'il n'y a jamais vécu, qui ne connaît pas les problèmes de cette circonscription, qui ne sait même pas où se trouvent les écoles, qui ne sait même pas ce que font les associations, qui ne sait même pas la sociologie des habitants ou très peu de loin, pour moi, c'est d'une autre époque.
On ne peut pas dire qu'on révolutionne la politique, qu'on veut faire la politique autrement, qu'on veut faire la politique proche des gens, si on est encore dans des questions de parachutage. Je veux dire, dans toutes ces villes, dans le 13e ou dans le Val-de-Marne ou ailleurs, il n'y a pas des militants sur place ? Il n'y a pas des militants contractés ? Il n'y a pas des militants qui ont fait tous les immeubles de haut en bas ? Il n'y a pas des militants qui sont sur les marchés en plein courant d'air tous les week-ends pour qu'un de leurs candidats se fasse élire ? S'il y a des militants comme ça ? Et pourquoi on doit leur placer quelqu'un au-dessus ?
Parce qu'il est dans les petits papiers du grand patron ou de la grande patronne donc on a le droit de le placer et le parti va le placer et imposer ça aux militants de la base ? C'est scandaleux. Et donc on retrouve parfois des gens qui se font élire, qui ne vivent même pas dans la ville où ils se font élire. C'est hallucinant. Et qui vont une fois par semaine et qui après récupèrent le salaire et sont très contents. Et on est face à des situations parfois mais qui sont même expliquées dans le livre de Bruno Le Maire quand il arrive dans l'heure l'introduction de son dernier livre c'est assez impressionnant parce qu'il vous explique ça.
Il vous dit grosso modo alors il est né à Neuilly mais bon il est né à Neuilly il a vécu très bien il aurait pu se faire élire à Neuilly il est de droite en plus ou dans le 92. Voilà il est né à Neuilly il a fait des grandes écoles Sciences Po l'ENA il est dans le cabinet de M. de Villepin il vous explique ça dans son livre. Il y a les dorures etc. Et puis là il est placé il est élu député dans l'heure et il va dans l'heure. Et il dit dès le début que le local où il va ça n'a rien à voir avec les dorures où il était et que là il rencontre une jeune dame qui lui explique la jeune dame qu'elle a des problèmes pour finir les fins de mois.
Et qu'est-ce qu'il lui répond lui de couper dans certains postes de dépenses c'est ça parce qu'il ne connaît pas du tout ce qui se passe sur le quartier il a des industrialisations de son quartier il s'en fout tout ça il ne connaît pas. Il lui explique qu'il faut qu'il fasse des économies et dans son livre au début il finit par dire que quelques années plus tard il l'a vu sur un rond-point avec un gilet jaune et il dit qu'il n'avait pas compris. Ben voilà c'est ça. Il avoue lui-même qu'il n'avait pas compris ce qui se passait sur son territoire et qu'il n'en mesurait pas les conséquences. Et ben c'est ce qui se passe pour les gens qui sont parachutés en fait.
Comme vous voulez-vous qu'ils comprennent ce qui se passe sur leur territoire puisqu'ils n'y vivent pas. Il y a plein de gens qui y vivent que l'on pourrait avantager. Mais on préfère avantager certaines personnes comme ça pour des raisons parce qu'ils ont été des bons serviteurs dans la campagne parce qu'ils ont les petits papiers du chef etc. On se moque vraiment clairement des militants et des électeurs des circonscriptions quand on fait un parachutage. Après c'est plus acceptable aujourd'hui. C'était acceptable il y a 10, 15 ans et encore ça pouvait faire débat. Mais aujourd'hui ça ne devrait plus être acceptable.
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et un million de déplacés en terre. Dans un pays qui compte à peine 4 millions d'habitants, c'est aussi le résultat d'un jeu macabre entre États étrangers. Comme le Tchad, le puissant voisin et son allié principal, la France, l'ancienne puissance coloniale.
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