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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 13 novembre 2023 23 min

Marche contre l'antisémitisme, RN dans le cortège et relations avec l'Algérie... Le 8h30 franceinfo d'Édouard Philippe

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Edouard Philippe, vous étiez hier en tête de cortège de la marche à Paris contre l'antisémitisme pour la République, c'était le mot d'ordre. En tout 182 000 personnes ont défilé en France, ça vous a rassuré de voir qu'il y avait autant de Français qui se sont mobilisés hier ?

0:19
Édouard Philippe

J'étais heureux qu'il y ait beaucoup de monde et peut-être plus encore que l'affluence, ce qui m'a réjoui c'est l'ambiance qui prévalait dans cette manifestation. Le calme, la sobriété, la gravité aussi, et j'ai trouvé que c'était un beau message et un beau visage que la France montrait.

0:41
Invité

L'absence du Président de la République a été très commentée, c'est une faute, dit par exemple Éric Ciotti, le Président des Républicains ?

0:47
Édouard Philippe

Ecoutez, le Président de la République a fait état des raisons qui l'avaient conduit à ne pas participer à cette manifestation, il a écrit lettres aux Français, il l'a rendu public, je trouve qu'elle dit très bien les raisons de son engagement.

1:00
Invité

Mais quand il dit par exemple que son rôle c'est plutôt d'assurer l'unité de notre pays, est-ce que ça veut dire que sa présence aurait pu être mal perçue ?

1:06
Édouard Philippe

Pardon, mais moi j'ai pas envie de polémiquer sur qui quoi, moi ce qui m'intéressait, hier j'étais à cette manifestation, je manifeste très peu. C'est vraiment, c'est rare. Je l'ai fait parce que je pense qu'hier se jouait quelque chose d'important, qui consistait pour la nation, à l'initiative du Président du Sénat et de la Présidente de l'Assemblée Nationale, de dire que, en France on sait ce que c'est que l'antisémitisme, on a une vieille histoire d'antisémitisme, on a un vieux démon qui nous travaille, il ne révèle jamais le meilleur de la France, il conduit toujours dans le mur.

Donc que les autorités publiques disent solennellement, ça n'est pas la France que nous voulons, nous connaissons le danger de l'antisémitisme, nous n'en voulons pas, c'était quelque chose d'important, ça a été fait, ça a été bien fait et j'étais heureux de participer.

1:51
Présentateur

Dans sa lettre aux Français justement, Emmanuel Macron parle d'un antisémitisme débridé, comment on y met fin ?

1:58
Édouard Philippe

J'ai une réponse à cette question qui n'est pas très joyeuse et qui n'est pas très optimiste. Je ne crois pas qu'on y mette fin. Je crois qu'on est condamné à le combattre éternellement. Je pense que la lutte contre l'antisémitisme, qui vient de tellement loin, est une lutte tellement ancienne et tellement difficile qu'on n'en verra jamais le bout.

2:19
Présentateur

C'est ancré en France ?

2:20
Édouard Philippe

Je pense que c'est malheureusement pas seulement ancré en France. Je pense que c'est un combat permanent, c'est un combat éternel. Et peut-être certains ont-ils cru, après la seconde guerre mondiale, qu'on arrivait dans une ère nouvelle, où enfin l'humanité tout entière, dans son ensemble, aurait compris que l'antisémitisme n'avait aucun fondement, que l'antisémitisme était à proscrire. Et bien moi en fait je ne crois pas ça. Manifestement, nous ne sommes pas arrivés à ce stade de l'évolution de l'humanité. Et c'est un combat que notre génération doit conduire, comme d'autres générations ont dû le conduire. Et comme je le crains, d'autres générations auront encore à le conduire.

2:51
Présentateur

Ça veut dire que la marche d'hier, c'était juste une étape ?

2:55
Édouard Philippe

Non, ça ne veut pas dire ça. Ça veut dire que c'est un combat. Et un combat, on le livre. Un combat contre l'antisémitisme, on le livre. Et c'est un phénomène qui se transforme ? C'est la responsabilité de notre génération. Et je crains que ce soit la responsabilité des générations à venir. Mais ce n'est pas parce qu'on ne remporte pas une victoire éternelle qu'il ne faut pas livrer le combat. Il faut donc dire à nos concitoyens, ça ne passera pas. L'antisémitisme ne passera pas. Il n'est pas acceptable.

3:18
Invité

Nous n'en voulons pas. C'est le pire de ce que peut faire la France. C'est un phénomène qui se transforme et qui concerne toutes les familles politiques, par exemple. C'est-à-dire ? Notamment, on pense par exemple aux critiques qui ont été faites à l'égard de Jean-Luc Mélenchon, de sa non-participation, d'un certain nombre de déclarations, parfois ambiguës, d'un certain nombre de membres de la France insoumise.

3:37
Édouard Philippe

Je crois malheureusement qu'il y a un certain nombre de déclarations de la France insoumise qui n'a pas été ambiguë du tout. Elles ont utilisé à certains moments les codes, les mots, d'un antisémitisme ancien et parfaitement abject. Donc je pense que, et j'ai eu l'occasion de le dire, au sein de la France insoumise, certains, pas tous, mais certains se perdent.

4:01
Locuteur non identifié

Vous parlez qui de Jean-Luc Mélenchon ? Pour vous, il est antisémite, Jean-Luc Mélenchon ?

4:05
Édouard Philippe

Certains se perdent en n'exprimant pas de façon résolue, immédiate, inconditionnelle, le fait que l'antisémitisme est un errement, un démon, quelque chose contre quoi nous devons lutter. Avec quel objectif selon vous ? Il y a chez la France insoumise une tactique. Et la tactique, c'est la conflictualisation. C'est-à-dire l'idée qu'au fond, ça n'est pas dans le rassemblement et dans l'unité qu'on ferait avancer les choses, mais au contraire, dans le clivage et dans l'utilisation de situations pré-révolutionnaires. Je sais que quand je dis ça, il y a des gens qui disent « Mais non, pas du tout, révolution, pas du tout.

» Moi, je dis clairement, je dis pourquoi, parce que j'entends Jean-Luc Mélenchon, je l'entends parler, retrouver cette intervention extraordinaire, extraordinaire, qu'il a fait, expliquant que son modèle, c'était ce que Chavez avait fait au Venezuela, c'est-à-dire la conflictualisation de tout. Il faut tout conflictualiser. Il faut, dit-il, transformer un peuple qui est un peuple en colère en un peuple révolutionnaire. Et pour ça, il faut tout conflictualiser. Sauf que sur le fond,

5:16
Présentateur

Édouard Philippe a accusé Jean-Luc Mélenchon et d'autres à la France insoumise d'antisémitisme. C'est une accusation grave.

5:21
Édouard Philippe

Pardon, c'est vous qui le faites. Je ne l'ai pas accusé. Je dis qu'il y a une dérive. Je dis qu'on utilise des codes. Je dis qu'il n'y a pas d'appel. Manifestement, il n'y avait pas d'appel à manifester. Je dis qu'hier, Jean-Luc Mélenchon a expliqué que c'était la droite et l'extrême droite qui avaient manifesté. Il y avait Olivier Faure. Vous voyez, Olivier Faure, ce n'est pas exactement ma famille politique. Oui, oui. Si j'ai bien regardé, aux dernières élections législatives, qui n'étaient pas il y a 50 ans, c'était l'année dernière, ils ont fait campagne ensemble. Ensemble. Dans l'ANUPS. Bon, je ne crois pas qu'Olivier Faure se soit à la droite. Le problème de la France insoumise,

5:53
Présentateur

c'était la présence du Rassemblement national. Vous le savez.

5:55
Édouard Philippe

Si vous me permettez, je vais terminer ma réponse. On voit bien que chez Jean-Luc Mélenchon, il y a une volonté de tout confondre pour tout conflictualiser. Voilà. Eh bien, je trouve ça regrettable. Je pense qu'il se perd en faisant ça. Je pense qu'il faut dénoncer cela et lutter contre cela.

6:07
Présentateur

Sur la présence du Rassemblement national, est-ce que comme Nicolas Sarkozy, un ancien président de la République, vous estimez que Marine Le Pen, que la présence de Marine Le Pen était en quelque sorte une bonne chose parce que ça montre qu'elle a évolué et qu'elle s'est détachée de l'héritage de son parti, le Front national ?

6:23
Édouard Philippe

Je n'ai aucune tendresse pour le Front national. C'est le moins qu'on puisse dire. C'est un adversaire politique résolu. Je ne partage pas les idées de Mme Le Pen. Je ne partage pas les solutions qu'elle propose pour la France. Et quelque chose me dit qu'elle ne partage pas non plus les solutions que je propose pour la France. Mais si nous disons tous ensemble que la lutte contre l'antisémitisme est quelque chose d'essentiel, pas simplement un truc accessoire, pas simplement... Non, un truc vraiment essentiel. Un combat essentiel.

Alors dans ce cas-là, moi je considère que lorsqu'on livre un combat essentiel, on ne choisit pas ceux qui livrent le combat avec vous et on est déterminé à livrer le combat contre quelque chose.

7:01
Présentateur

Mais quand même, vous connaissez la force des symboles.

7:03
Édouard Philippe

Donc, je n'ai aucun problème à ce que Mme Le Pen vienne dans une manifestation qui dit nous ne voulons pas d'une France antisémite.

7:12
Présentateur

Édouard Philippe, vous connaissez la force des symboles. Est-ce qu'elle n'a pas gagné Marine Le Pen ? Est-ce que Jordan Bardella n'a pas gagné hier en étant présent à cette manifestation contre l'antisémitisme ? En gros, est-ce que le Rassemblement national n'a pas franchi une nouvelle étape dans la normalisation du parti ?

7:27
Édouard Philippe

Mais il y a quelques années, le Front national était contre l'Europe. Il y a quelques années, le Front national était contre l'euro. Il y a quelques années, le Front national était contre l'avortement. Vous le savez ? Oui, oui. Bon. Aujourd'hui, ils ont changé sur tous ces sujets. Je vais vous dire, s'ils changent sur l'antisémitisme, ça me va très bien.

7:44
Présentateur

Et donc, vous n'avez pas peur pour 2027 ?

7:46
Édouard Philippe

De quoi ?

7:48
Présentateur

D'une élection de Marine Le Pen ?

7:49
Édouard Philippe

Mais je ferais tout pour éviter une élection de Marine Le Pen. Je n'ai aucune envie qu'elle gagne une élection présidentielle. Mais se réjouir que le Front national dise explicitement ce qui me semble utile n'a pas toujours été le cas, qu'il est contre l'antisémitisme, ça n'est pas dire, super, il est gagné en 2027. Je me réjouis qu'Olivier Fort soit présent à la manifestation. Je n'ai aucune envie qu'il gagne en 2027.

8:09
Présentateur

Le 830 France Info, Jérôme Chapuis, Saliadrachia.

8:15
Invité

Toujours avec Édouard Philippe, Emmanuel Macron a exhorté Israël d'arrêter, je cite, les bombardements qui tuent des femmes, des enfants. Il n'y a aucune justification, aucune légitimité à cela. C'est ce qu'a dit le chef de l'État avant le week-end. C'est une inflexion importante dans le discours qu'il tenait jusqu'à présent. Il appelle désormais un cessez-le-feu humanitaire. Comment est-ce que vous jugez cette inflexion du président de la République ?

8:40
Édouard Philippe

Je pense que tout le monde aimerait que le cessez-le-feu arrive. Et appeler au cessez-le-feu, c'est au fond dire qu'on préférerait que la guerre s'arrête. Ça me paraît du bon sens. Le problème, c'est que je ne crois pas que le cessez-le-feu intervienne rapidement si un certain nombre de choses n'évoluent pas. La première chose qui doit évoluer, c'est que le Hamas doit libérer les otages. Et je voudrais rappeler cela. Il y a quelques idées simples, même si c'est une réalité horriblement complexe et tragique qui prévaut en Israël et en Palestine. Quelques idées simples qu'il faut avoir en tête.

La première, c'est qu'Israël existe, a le droit d'exister et a le droit de se défendre comme n'importe quel État qui est attaqué. La deuxième, c'est que le Hamas est une organisation terroriste qui a déclenché une opération d'une horreur absolue sur le territoire d'Israël et qui est une organisation mue non pas par le désir de construire un État palestinien qui vivrait en paix à côté d'un État israélien, mais une organisation mue par le désir de détruire Israël et d'éradiquer la présence juive sur ce territoire. Mais se défendre jusqu'où ? Se défendre jusqu'où ? La troisième chose, c'est que pour Israël, l'opération qui a été déclenchée par le Hamas a déclenché une opération de guerre.

Et que Israël est donc en guerre. On préférerait tous que ce ne soit pas la guerre qui prévale, que ce soit la paix, mais Israël est en guerre. Lorsqu'on est en guerre, il y a un certain nombre de règles qui s'appliquent et qui s'appliquent à tous. Mais lorsqu'on est en guerre, il ne faut pas s'étonner, il faut se désoler sans doute, mais il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des morts.

10:23
Invité

Il n'y a donc pas d'intentionnalité selon vous ? Israël ne tue pas volontairement des civils. Parce que ça, on entend certaines organisations humanitaires

10:31
Édouard Philippe

le dire. On entend sans doute des organisations humanitaires le dire. Moi, je ne suis pas chef du gouvernement israélien, je ne le serai jamais, je n'ai aucune envie de l'être, voyez-vous. Donc, je ne sais pas ça. Ce que je sais, c'est que dès lors qu'on est en guerre, il y a des morts.

10:43
Présentateur

Ça veut dire quoi ? Il faut assumer les dommages collatéraux comme on dit dans le jargon de la guerre ?

10:47
Édouard Philippe

Ça ne veut pas dire ça. Je vois beaucoup de mes concitoyens être extrêmement consternés par la situation là-bas, à juste titre, par les morts, les femmes, les enfants, et ils ont raison de l'être. Et je le suis tout autant qu'eux. Ce que je veux dire, c'est que l'idée baroque selon laquelle, lorsqu'il y a une guerre, ce ne serait que des soldats qui tueraient d'autres soldats, est une idée, j'en suis désolé, je ne m'en réjouis pas, je le déplore. Mais la question est de savoir, Edouard Philippe, s'il fallait respecter le droit international, il n'y a pas de petite phrase, je voudrais aller au bout de ma réponse, et je vous remercie de me laisser aller au bout de ma réponse.

Je vois bien que tout le monde aimerait qu'une guerre ce soit quelque chose de propre, dans laquelle il n'y a que des soldats qui meurent. Mais ça n'est pas ça une guerre. Ça n'est pas ça une guerre. Hier, sur un autre plateau, j'ai eu l'occasion de rappeler que la ville du Havre, dont je suis le maire, a été détruite en 1944. 5 000 morts civiles. Ce n'est pas les Allemands

11:51
Invité

dans une France occupée par les nazis, il faut quand même le rappeler.

11:54
Édouard Philippe

Pardon, mais je m'en souviens très bien. Enfin, je veux dire, je n'étais pas là, et mes grands-parents étaient sous les bombes. Je vois très bien. Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'on est dans une logique de guerre, il y a des morts. Alors, on ne peut pas faire n'importe quoi dans une guerre, et il faut qu'Israël fasse attention, c'est ce que le président de la République a voulu dire, et surtout, surtout, on ne peut pas, et Israël, qui a le droit d'exister, qui a le droit de se défendre, ne peut pas espérer garantir à long terme sa sécurité si Israël n'arrive pas à trouver une solution politique à ce sujet. Et c'est ça qui est très important.

Et la France a raison, le président de la République a raison, et je le soutiens mille fois, la France a raison de rappeler que la solution au conflit israélo-palestinien sera une solution politique. Qu'il n'y a pas de solution guerrière à court terme qui permette d'obtenir et d'atteindre une paix durable.

12:42
Invité

Mais quand on dit ça à Israël, le gouvernement israélien répond attention aux leçons de morale. C'est ce qu'a dit Benjamin Netanyahou. C'est pour ça

12:50
Édouard Philippe

qu'il faut parler à Israël et lui rappeler qu'il y a certes une logique de défense à court terme, mais qu'à moyen terme, à long terme, demain, si on veut avoir une paix durable, il faudra trouver une solution politique. Je ne crois pas que cette solution politique passera par un accord avec le Hamas. Je vois bien que le Hamas, son objectif, c'est de détruire Israël. Son objectif, jusqu'à présent, a été de ne pas libérer les otages. Donc...

13:13
Présentateur

Bon, là, apparemment, il y a une négociation qui serait en train de se dérouler.

13:15
Édouard Philippe

Peut-être, peut-être. Tant mieux. Ça devrait être un préalable absolu. Peut-être que, si le Hamas libère les otages, ce sera plus facile d'obtenir un cessez-le-feu. Je m'en réjouirai. Mais voyez bien que, dans cette logique de conflit, de conflit de court terme, c'est une logique de guerre qui prévaut. Cette logique de guerre, elle a un coût énorme. Il faut essayer de limiter au maximum ce coût. Il faut essayer au maximum de construire avec nos amis il y aura conflit et tant qu'il y aura conflit, il y aura des marques.

13:45
Présentateur

Edor Philippe, le texte sur l'immigration doit être voté demain au Sénat et à la sortie. C'est un texte largement durci par la droite et le centre qui va arriver à l'Assemblée nationale. Durcissement du regroupement familial, mise en place de quotas migratoires, suppression de l'article 3 sur la régularisation des travailleurs sans papier, fin des allocations familiales et des APL pour les étrangers en France depuis moins de 5 ans. Est-ce que, clairement, ils sont allés trop loin ?

14:10
Édouard Philippe

Écoutez, moi, je suis convaincu de l'intérêt du texte qui a été présenté par Gérald Darmanin. Je pense qu'il avait défini des instruments qui permettent d'atteindre un équilibre qui est utile. Accélération des procédures administratives et juridictionnelles.

14:26
Présentateur

Mais ce n'est plus le même texte, là, aujourd'hui.

14:27
Édouard Philippe

Il a évolué. On ne peut pas s'étonner de ce qui évolue après une discussion parlementaire. Une discussion parlementaire, c'est pour faire...

14:34
Invité

Un article entier qui a disparu.

14:35
Édouard Philippe

Oui, oui. Encore qu'il faudrait regarder avec attention, M. Chaput, parce que je vois bien ce que la communication générale essaie de donner. Un article 3 qui a été supprimé, mais un article 4,5 qui a été ajouté.

14:47
Présentateur

Sur le fond, ce n'est plus un droit opposable pour les travailleurs sans papier. Ça va être cas par cas selon l'envie et le désir du préfet.

14:53
Édouard Philippe

Il y a eu évolution. Mais reconnaissez avec moi que l'idée qu'on puisse régulariser des travailleurs étrangers qui sont en train d'avoir une activité dans un secteur en tension et qui sont par ailleurs bien intégrés, que cette idée de régularisation, elle a demeuré dans le texte. Donc, le texte a évolué et c'est normal, après une discussion au Sénat, il va arriver à l'Assemblée nationale. Moi, encore une fois, ce qui m'importe, c'est que ce texte soit voté avec un équilibre

15:18
Locuteur

conforme

15:19
Édouard Philippe

à ce qu'il était au moment où il a été présenté aux Assemblées et on verra bien. Et j'ai dit sur ce sujet, par exemple, sur la question de l'AME, l'aide médicale d'État, j'ai dit sur cette question et je le dis depuis longtemps et ça correspond à ce que j'ai fait lorsque j'étais Premier ministre, qu'il était illusoire de vouloir supprimer l'AME. Je sais que c'est parfois populaire de dire qu'il faut supprimer l'AME. Gérald Darmanin l'a dit, à titre personnel, il a dit qu'il était favorable à la suppression de l'AME. Oui. Je ne suis pas sûr qu'il soit favorable à la suppression de l'AME. Je pense qu'il a dit qu'il voulait transformer l'AME en AMU. Alors, vous allez me dire qu'est-ce que ça...

L'idée qu'on réserve de façon absolument les soins et la prise en charge des soins aux étrangers, y compris en situation irrégulière, aux situations d'urgence. Moi, je crois que plus que la doctrine, plus que les postures, c'est littéralement l'efficacité qui doit être regardée. Et je pense qu'il est de très mauvaise politique d'expliquer qu'on va laisser des gens devenir tellement malades qu'ils devront aller ensuite aux urgences se faire soigner. L'AME, c'est quoi ? C'est la prise en charge sous conditions et sous des conditions qui ne sont pas des conditions légères d'un certain nombre, pas de toutes, d'un certain nombre de maladies pour des étrangers, y compris en situation irrégulière.

Pourquoi ? Parce que c'est l'intérêt de tout le monde. Nous ne voulons pas laisser dans la nature, si j'ose dire, des gens qui seraient atteints de maladies infectieuses. Quand même, si on peut retenir une chose de la période dont on est sorti du Covid, c'est que il y a un intérêt général qui s'attache au fait que chacun puisse avoir accès aux soins. Nous avons des valeurs. Il existe une AME. Je suis favorable à ce qu'elle demeure. Je suis favorable à ce qu'on la protège. Je suis favorable à ce qu'on fasse attention à ce qu'il n'y ait aucun abus. Je n'ai aucun problème à ce qu'on durcisse les conditions de l'AME à intervalles réguliers pour voir s'il y a des abus. Ça me paraît très sage.

Je l'ai fait quand j'étais Premier ministre. Et j'avais moi-même proposé qu'on restreigne la liste des soins pris en charge par l'AME. C'est un exercice sain. Il faut le faire à intervalles réguliers. Mais l'idée qu'on pourrait d'un trait de plume supprimer la prise en charge ou qu'on devrait d'un trait de plume supprimer la prise en charge des étrangers en situation irrégulière par le système de soins est à mon avis une idée fausse.

17:35
Présentateur

Le 830 France Info Jérôme Chapuis Salia Brachia Toujours avec l'ancien Premier ministre Édouard Philippe sur l'immigration. Justement, vous avez fait part de votre volonté de revenir sur les accords de 68 avec l'Algérie. Accords qui favorisent les Algériens par rapport aux autres étrangers en matière d'entrée, de séjour et d'emploi sur le sol français. Ça n'a pas été le choix effectué par Emmanuel Macron dans le projet de loi qui a été présenté. Les LR, les Républicains, eux, vont présenter un texte en sens le mois prochain à l'Assemblée. Vous allez dire à vos députés de le voter ?

18:06
Édouard Philippe

Moi, je vais rappeler à mes députés que je suis en matière de politique étrangère attaché à l'héritage gaulliste et que la conduite des relations internationales, surtout sur des sujets aussi sensibles, me paraît relever d'abord et avant tout la responsabilité du Président de la République.

18:18
Locuteur non identifié

Et qu'est-ce que ça veut dire ?

18:20
Édouard Philippe

Ça veut dire exactement ce que ça veut dire, M. Chapuis. Ça veut dire que je pense que c'est au Président de la République de prendre cette initiative et d'apprécier l'ensemble des éléments qui doivent être appréciés pour prendre une décision et que nous ne pouvons pas rester sous l'empire de cette convention qui a été signée en 1968 avec l'Algérie dans un autre contexte. Je pense que le régime plus favorable qui est consenti aux ressortissants algériens qu'à n'importe quel autre étranger non-européen, si j'ose dire, non communautaire, je pense que ce régime n'a plus de justification.

Et je pense que la nature de nos relations et la tension qui prévaut en général dans les relations entre la France et l'Algérie, que je déplore d'ailleurs, dont j'observe qu'elle n'est pas le fruit de la France, eh bien cette tension devrait nous conduire à ne plus accepter un dispositif juridique dépassé et sur lequel, à mon avis, il faut revenir. Et c'est au président de la République qu'il revient de prendre cette décision. Les députés de la majorité discuteront, enfin les députés du groupe Horizon, c'est-à-dire du groupe du parti que je préside, auront l'occasion de discuter avec... Mais soyons clairs, je pense qu'il est temps de normaliser nos relations avec l'Algérie.

19:37
Invité

Mais la solution que vous proposez au nom de la... Je vais terminer

19:41
Édouard Philippe

si vous voulez bien. Normaliser nos relations avec l'Algérie, ça n'est pas devenir la variable d'ajustement de la politique intérieure algérienne. Ça n'est pas nous trouver dans une situation où lorsque des entreprises françaises qui exercent leur activité en Algérie, elles ne puissent pas faire revenir leur capitaux. Ça n'est pas accepter que le gouvernement algérien, dans son hymne national, réintègre des paroles qui sont explicitement et directement dirigées contre la France. Comment on normalise ? Ça, ça n'est pas la normalisation. Et je pense donc que tout ce qui est plus favorable que le droit commun, je ne demande pas un droit plus difficile, je demande le droit commun.

Tout ce qui est plus favorable que le droit commun,

20:21
Invité

on puisse revenir dessus. Ce que vous dites au nom des tensions avec l'Algérie est de nature à raviver encore un peu plus les tensions.

20:28
Édouard Philippe

Mais, M. Chapuis, on peut se faire plaisir, ce n'est pas la France qui ravive les tensions avec l'Algérie. C'est l'Algérie qui, je le déplore, je le regrette, parce que nous aurions tous tout intérêt à avoir des relations normalisées et je dirais même confiantes avec notre voisin du sud de la Méditerranée, avec lequel on a une histoire longue, une histoire parfois très difficile, mais enfin, on a une histoire longue avec l'Algérie. Ce que je constate, c'est qu'à chaque fois qu'il y a un problème dans politique intérieure algérienne, c'est la France le responsable.

Tant qu'on reste dans cette idée, tant qu'on n'a pas effectivement accepté l'idée que nous allons nous placer sur une relation normale de droit commun, alors je pense qu'on ne s'en sortira pas. Et mon sentiment, c'est qu'aujourd'hui, nous ne disons pas assez clairement à nos amis algériens ce que nous sommes prêts à accepter et ce que nous sommes prêts à ne pas accepter.

21:14
Présentateur

Edouard Chilippe, en 2027, qu'est-ce qui pourrait vous empêcher de vous lancer dans la bataille électorale ?

21:20
Édouard Philippe

Les circonstances. Le général de Gaulle disait toujours que l'important dans la vie, c'était des principes et les circonstances. Voilà, en 2027, il y aura une élection présidentielle, tout le monde le sait. Personne ne sait dans quel contexte elle se passera. Moi, mon objectif, c'est pas de jouer... Mais vous, personnellement,

21:33
Locuteur non identifié

qu'est-ce qui peut vous bloquer ?

21:34
Édouard Philippe

Moi, mon objectif, c'est pas de jouer au devin sur ce qui se passera en 2027. Il y a quelque chose qui dépend de vous. C'est de réfléchir. Je suis en train de construire un parti politique, le parti Horizon, qui existe, qui a un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et au Sénat, et dont l'objectif est de préparer une stratégie pour le pays. Je me prépare, je parcours la France, je rencontre des Français, j'essaie d'apprendre toute une série de choses que j'ai besoin d'apprendre. Vous savez, c'est important de se dire qu'on a énormément de choses à apprendre, encore et toujours.

22:00
Présentateur

Vous apprenez, vous vous préparez, mais est-ce que vous avez vraiment envie ? Je vous pose la question de votre motivation parce que Gérald Darmanin lui-même se demande

22:06
Édouard Philippe

si vous avez envie. Non, non, vous inquiétez pas. Je vois là aussi le petit jeu de la question est-ce qu'il a vraiment envie ? Si on lui demande s'il a vraiment envie, il va obtenir une phrase ? Je vais vous dire, je déteste le commentaire politique. Je viens avec plaisir sur votre plateau.

22:19
Présentateur

C'est le ministre de l'Intérieur lui-même qui a fait cette réflexion.

22:21
Édouard Philippe

Oui, mais je viens sur votre plateau avec plaisir pour vous dire ce que je crois sur un certain nombre de sujets importants. Mais les petites phrases et les commentaires politiques, je les aborde. Je déteste ça. Bon, donc, moi, ce que je vous ai dit, c'est ce que je pense. 2027, il y aura une élection présidentielle. J'ai construit un parti politique, je réfléchis à ce qu'il faut faire pour la France, j'apprends tous les jours sur mon pays.

22:42
Locuteur non identifié

Vous avez envie ?

22:43
Édouard Philippe

Et ça me va très bien.

22:43
Locuteur non identifié

Et vous avez envie ?

22:44
Édouard Philippe

Et regardez-moi. Vous avez l'impression que je suis un dilettante ? Vous avez l'impression que toute ma vie politique, ça a été une vie de dilettante et de désinvolte ? Il y a deux choses que je déteste en politique. La désinvolture et le découragement. Merci, Edouard Philippe. On a compris, en tout cas,

22:58
Invité

que vous vous prépariez pour 2027. Le maire du Havre, ancien Premier ministre, a été l'invité de France Info ce matin. Merci.