Amélie de Montchalin - Baisses d’impôts: «Ce n’est pas d’y croire ou pas, ça va se voir»
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Bonjour Amélie de Montchalin, vous êtes la représentante de la République en Marche au sein de la Commission des finances. Vous étiez cette nuit à l'Assemblée nationale. Vous avez voté la hausse de la CSG, une hausse de la CSG qui passe mal auprès de l'opposition, qui estime que vous opposiez deux catégories de population, les salariés et bien sûr les retraités.
Moi je pense qu'il faut voir cette mesure pour ce qu'elle est vraiment. Effectivement c'est une mesure de pouvoir d'achat pour tous les actifs, pour tous les salariés. Effectivement les retraités qui ont plus que 2500 euros de pension par mois sont appelés à contribuer.
On rappellera que les pensions de retraite ont été revalorisées de 0,8% là à l'automne. On rappellera que cette hausse de CSG est complètement déductible. Et donc l'effort qu'on leur demande effectivement collectivement pour que notre pays recrée de l'emploi, ce n'est pas un effort qu'on leur demande pour financer des dépenses publiques inefficaces.
C'est vraiment fléché pour que ça aille dans le monde du travail. Mais donc ça veut dire que quand Boris Vallaud, député du Parti Socialiste, dit « Vous, c'est les retraités qui financent la hausse de pouvoir d'achat pour les salariés », il n'a pas tort sur le fond ? Il n'a pas tort mais il y a aussi d'autres revenus qui financent les revenus de capital.
C'est 2 milliards d'euros qui vont être prélevés sur les revenus de capital pour également financer, comme il dit, la hausse du pouvoir d'achat. Pourquoi on augmente le pouvoir d'achat des personnes qui aujourd'hui travaillent ? Parce qu'on sait que si on veut lutter contre le chômage, il faut aligner tous les intérêts.
Il faut que les entreprises aient tous les signaux pour embaucher, il faut que les salariés aient tous les signaux pour aller travailler. Donc par exemple notre mesure, avec la prime d'activité et la baisse de charge, au SMIC, on gagne 1300 euros de plus par an en 2022. On gagne dès l'année prochaine 20 euros de plus par mois par la prime d'activité, 150 ou 160 euros de plus par an par la baisse de charge.
On est sur des choses qui sont extrêmement fortes pour que tous les Français aient des vraies incitations financières à aller travailler. Vous regrettez la tension qu'il y a eu cette nuit, certains jets de députés de droite ? Dès qu'on est sur des débats de fond, on sent bien que les esprits s'échauffent et perdent de vue les objectifs.
Mais vous condamnez ? Bien sûr que je condamne. On a fait un rappel au règlement en considérant que nous étions un lieu de débat démocratique.
On n'est pas, je veux dire, un théâtre. Ça a des formes théâtrales parfois. Maintenant, il y a des lignes rouges à ne pas franchir.
On ne peut pas dans notre Assemblée ni s'insulter, ni se menacer, ni faire preuve d'intimidation. Ce qui a été le cas cette nuit. Il y a eu des menaces quand même.
Il y a eu des intimidations, des gestes totalement déplacés. On doit être des gens sérieux. C'est très sérieux de regarder 17 milliards de CSG à reporter sur le pouvoir d'achat.
C'est très sérieux de se réfléchir à comment on vint le chômage. C'est très sérieux de réfléchir à comment on fait une nouvelle culture d'investissement dans notre pays. Moi, je pense que parfois, ces débats tournent un peu au théâtre.
Bien sûr que le lieu a sa pompe et sa théâtralité. Ça n'empêche pas que nous, députés, nous représentons les Français et nous devons débattre avec des faits autour de des débats qui doivent être cadrés et pour vraiment faire avancer les choses. Alors, ce qui est tout aussi sérieux, c'est que vous avez défendu, et vous étiez en première ligne, l'efficacité du budget, plus de fluidité dans l'économie.
Mais il n'empêche que la polémique sur un budget taillé sur mesure pour les Français les plus riches, eh bien, manifestement, les Français y sont d'accord. C'est un budget pour les Français les plus riches. Vous avez, en quelque sorte, gagné la bataille technique, perdu la bataille politique ?
Alors, la bataille politique, on savait qu'elle est difficile à mener parce que ça fait des années qu'on dit aux Français, il va se passer plein de choses qui n'arrivent jamais. Moi, la bataille que j'ai gagnée, et qu'on a gagnée avec les commissaires aux finances de La République En Marche, c'est que le 31 janvier, il y aura des hausses de pouvoir d'achat sur les faits de paye. C'est que sur la taxe d'habitation, au mois d'octobre prochain, il y aura une vraie baisse d'un tiers.
Mais comment vous comprenez que les Français, ils ne vous suivent pas sur ce terrain ? J'ai lu un sondage qui dit que 80% des Français ne croient pas aux baises d'impôts. Je leur dis, vous savez, ce n'est pas une religion, ce n'est pas une question d'y croire ou pas, ça va se voir.
Donc, effectivement, il y a un moment en ce moment où ça ne se voit pas concrètement, ça va se voir. Ça veut dire qu'il y a un déficit de politique à La République En Marche, enfin un déficit de, voilà, vous êtes très sur la technique, encore une fois, l'efficacité, c'est votre maître mot, mais vous ne faites pas assez de politique ? On fait de la politique parce que la vie des Français va changer, parce que leur pouvoir d'achat va augmenter, parce qu'on est en train d'investir dans l'école, parce qu'on est en train d'investir dans la recherche.
J'étais hier avec mes collègues députés de l'Essonne, avec le président de la République, sur le plateau de Saclay. Je peux vous dire qu'on est en train d'investir dans la recherche, j'en suis responsable de ce budget en tant que rapporteur spécial. On investit dans la recherche, on se redonne les moyens de regarder loin, on se redonne les moyens d'être ambitieux.
Ça, ça change. Alors bien sûr, à très court terme, est-ce qu'entre aujourd'hui et demain, vous avez gagné le pouvoir d'achat ? Non.
Maintenant, est-ce qu'avec les mesures qu'on prend, les Français vont voir les résultats ? Oui. Et c'est pour ça que vous savez que les députés, on veut se remettre dans le temps long.
On veut appliquer ce budget. On veut que pas seulement vous lever le bras le 22 décembre et se dire, on a fait notre travail. Si on veut parler d'investissement, puisque c'était un grand thème de notre loi de finances, si on veut parler de rénovation du dialogue entre l'État et les territoires, il faut que d'abord, il y ait du temps.
Et il faut que nous, députés, on entre avec notre volonté politique, avec notre poids politique dans tous ces débats-là pour que ça change concrètement au quotidien pour les Français. Retour en politique. Christophe Castaner a été choisi, désigné par le président de la République pour prendre la tête du mouvement En Marche.
Est-ce qu'il peut garder une fonction ministérielle ? Vous qui êtes en général contre le cumul. Ce n'est pas à moi de décider.
Non, mais vous, Amélie de Montchalin, vous en pensez quoi ? Personnellement, je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire au mouvement et aussi beaucoup de choses à faire au gouvernement. Il y a des liens à faire entre les deux.
Donc, quelle est la nature des liens qu'on veut créer ? Est-ce que c'est par des personnes ? Est-ce que c'est par justement de la fluidité d'information ?
Il y a plein de modèles différents. Donc, je n'ai pas d'opinion à vous donner. Je pense que Christophe Castaner sera un excellent délégue général du mouvement s'il est bien désigné le 18 novembre.
Et je pense qu'il était un excellent porte-parole, un excellent aussi secrétaire d'État aux relations avec le Parlement. Il a fait énormément de travail avec nous les députés pour nous aider à prendre nos fonctions, à faire vraiment le lien en amont avec les porteurs ministériels des différents textes. Donc, ce n'est pas à moi de décider.
Donc, il est désigné. Bon, le Conseil, ce que vous appelez le Conseil du mouvement La République en marche, c'est-à-dire le Parlement du parti, doit quand même se prononcer. Ça sera un vote formel.
C'est quand même le fait du prince. C'est quand même Emmanuel Macron. Je choisis celui qui va diriger mon mouvement.
C'est la Ve République qui veut ça ? Ou c'est vraiment un pouvoir très personnel du président ? Vous savez, les partis majoritaires sous la Ve République, si vous regardez leur histoire, ça a toujours été quelque chose qui était avec un statut assez particulier, puisque vous êtes à la fois un vrai parti et en même temps, vous êtes un vrai soutien de la majorité.
Je pense qu'il vaut mieux, vous savez, parfois faire les choses et les dire comme on les fait. Il y a eu beaucoup aussi, dans Tourloupe, pendant des années, où on faisait croire à tout le monde qu'il y avait un grand choix et qui, de fait, en fait, était exactement dans les mêmes termes que ce qui se passe aujourd'hui. Là où je trouve, par contre, que c'est intéressant, c'est que notre mouvement, il est très horizontal.
Ensuite, ce fameux Parlement du mouvement, si vous regardez comment il est constitué, ça n'a rien à voir avec les autres partis. Nous avons tiré au sort des personnes qui sont des animaux. Oui, 25%, c'est pas beaucoup.
Nous avons tous les parlementaires. Nous n'avons pas, vous savez, des hordes de technocrates qui attendent qu'un jour, peut-être, ils auront un poste. Ce n'est pas comme ça qu'on a structuré ce mouvement.
Un petit mot. Vous aviez soutenu Alain Juppé pendant la campagne des présidentielles. Vous avez quitté, effectivement, la droite.
Sans l'avoir jamais rejointe officiellement, puisque je n'ai jamais eu de carte à droite. Voilà, mais aujourd'hui, vous êtes député en marche. Vous comprenez, par exemple, qu'au gouvernement, certains refusent de prendre leur carte d'en marche.
Et je pense, par exemple, au Premier ministre qui continue à conserver ses liens extrêmement forts avec Alain Juppé. Je pense qu'on ne peut pas faire un procès en légitimité de soutien au projet gouvernemental quand on est le Premier ministre. En tout cas, je ne vois pas ça du tout comme ça.
Je sais qu'on a toujours acté au fait qu'on pouvait avoir une double appartenance et que vous voyez bien que notre adhésion à En Marche, c'est une adhésion très libre. Tout le monde peut s'inscrire, d'abord de n'importe quelle partie. On peut s'y inscrire juste pour avoir des informations.
Donc, on est à un mouvement très ouvert. Je ne pense pas qu'il y ait de procès d'intention à faire quand on est le Premier ministre. Je peux vous dire qu'il porte de tout son cœur, de toute son énergie, de toute son intelligence, ce projet.
Une toute dernière question. Donc, on a vu le feuilleton des exclusions qui n'est pas terminé au sein d'Eller. Est-ce qu'on est en phase de recomposition politique ou est-ce qu'on est en phase simplement de décomposition ?
On se sent quand même qu'il y a une recomposition. C'est à droite, à gauche. Les uns et les autres créent des mouvements.
Mais on sent que les lignes politiques sont en train de se clarifier d'une certaine manière. On a toujours dit, vous savez, qu'on était un parti progressiste contre les conservateurs. Quand j'écoute les discours de Laurent Wauquiez, je me dis, voilà, un discours bien conservateur.
Donc, les choses sont claires. Vous avez à gauche également des personnes qui défendent une vision économique qui est très conservatrice dans son style aussi. Donc, je pense que la recomposition est bien en marche.
Il y a effectivement la question des zones tampons. C'est ce qu'il y a entre le parti très conservateur et En Marche. Entre le centre-gauche… C'est utile les constructifs, par exemple ?
Pourquoi est-ce qu'ils n'adhèrent pas directement En Marche ? J'allais dire, il faut de demander l'heure. Sur le budget, on a bien vu un tiers, deux tiers.
Donc, il y a en gros la moitié, un tiers qui va voter pour le budget, deux tiers qui choisissent une autre décision. Ce n'est pas à moi de dire si c'est utile ou pas. C'est à eux de savoir s'ils se sentent bien dans leur basket.
Est-ce que là où ils sont, ils se sentent à une place qui est à la fois utile, pertinente pour eux, un endroit où ils peuvent s'exprimer. Moi, dans notre majorité, on travaille, on négocie, on travaille en amont. Et ce n'est pas à moi de décider pour eux.
Merci. Merci.
Amélie de Montchalin