ALERTE : L'ASSEMBLÉE VOTE LE PERMIS DE TUER XXL
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames, messieurs, j'ai choisi de m'adresser à vous ce mardi 7 juillet 2026 parce que l'Assemblée nationale vient de décider d'une loi qui ici elle finit le circuit législatif avec les approbations dont elle a besoin mais qui commence à l'Assemblée nationale et qui a été décidé aujourd'hui aboutirait [grognement] à une situation sans précédent dans notre démocratie et d'une manière générale dans toute l'Europe. De quoi s'agit-il ? dans notre pays, prendre une arme à feu et l'utiliser contre quelqu'un, quelle que soit la personne qui l'utilise en dehors du cas de guerre, n'est pas un acte qui est considéré comme ordinaire ou acceptable.
Il faut que des circonstances tout à fait exceptionnelles soient là et reconnu comme tel pour qu'on admette l'idée que quelqu'un a le droit de tirer pour se défendre. Il faut que ce soit pour se défendre et que ce soit clairement une situation de légitime défense. La légitime défense, c'est l'évaluation de chacun, en tout cas de celui qui est armé.
Mais dans notre pays, lorsqu'il y a mort d'homme, il y a une enquête et personne n'est censé, avant même d'avoir utilisé son arme, avoir le droit d'abattre quelqu'un d'autre. Il faut donc que cela soit vérifié s'il y a une plainte enquêter pour que cela soit confirmé. Donner le droit à quelqu'un de tirer en partant de l'idée qu'il y a de manière automatique et sans qu'on y regarder davantage.
Légitime défense, c'est donner un pouvoir tout à fait extraordinaire à quelqu'un, le pouvoir de vie et de mort sur quelqu'un d'autre. Et pourquoi ? Qu'est-ce qui peut justifier le cas échéant ?
Une telle légitime défense. Regardons les choses telles qu'elles sont. Nager après plusieurs délits de fuite dans des conditions souvent dangereuses ou mortifiante pour des policiers, on avait pensé améliorer la situation en donnant le droit au policiers de tirer parce que tel ou tel véhicule, le chauffeur de tel ou tel véhicule refusait d'obtempérer.
Et beaucoup d'esprits se disaient après tout c'est normal, on a le droit d'arrêter le véhicule mais il ne sait pas, il n'a pas été question d'arrêter le véhicule en tirant dans les pneus. C'est que ici là puis à répétition et à la cadence d'un par mois, on a tué des gens pour refus d'obtempérer. Alors bien sûr, ce n'est pas acceptable que l'on refuse d'obtempérer, mais est-ce acceptable qu'on abatte pour autant quelqu'un ?
Est-ce acceptable qu'on considère qu'il en a le droit naturel et que ce n'est que par exception qu'on devrait le lui refuser ? Vous imaginez comment tout cela a donné immédiatement lieu à des débordements et à des situations inacceptables où ont été abattus 200 frroids. Des gens qui certes peut-être dans certains cas étaient dans une situation délictueuse mais qui ne méritait pas la mort.
Depuis quand mériterait-on la mort ? parce qu'on refuse de s'arrêter à un coup de sifflé d'un policier, même si ce n'est pas bien, même si c'est répréhensible, même si personne ne peut être d'accord, peut-on mourir pour autant ? Dans quel code de quel pays décide-on qu'on mérite la peine de mort pour cela ?
Ça n'existe pas. Et on a vu bien sûr tout de suite que les morts se sont multipliées. Nous avons, je l'ai dit il y a un instant, tuer une personne par mois de cette manière-là, de 2021 à 2023.
Mais il est arrivé aussi que celui qui tire ne vise pas seulement le chauffeur, mais aussi les passagers. Comment pourrais-je oublier cette jeune femme Ryan ? qui en 2021 a été abattu par le policier qui avait d'abord tiré sur le chauffeur puis sur les passagers et qui fut exenté de toute responsabilité dans ses morts alors que c'est bien lui qui avait tiré et tué.
Nous avons dans ces conditions eu plus de morts qu'il n'y en a eu dans des conditions comparables en 10 ans en Allemagne. On voit bien qu'on est devant une situation qui n'est pas acceptable. Et bien, il s'est trouvé des législateurs pour proposer d'étendre encore ce droit.
Il y avait dans le programme de Jean-Marie Le Penosition que tout policier qui tire est considéré comme un état de légitime défense. Et bien cela a été repris dans une loi. Cela a été protégé par le gouvernement, accepté par lui.
Et maintenant, voici que cela aura été voté. Naturellement, nombre d'associations, [raclement de gorge] nombre de syndicats ont évidemment dénoncer cette idée et mis en garde contre les dangers. Et savez-vous que cette loi, avant même qu'elle soit votée, n'a donné lieu à aucune estimation ?
De la même manière qu'il n'y a pas de bilan des autres lois sécuritaires dans le passé. Mais là, même avant, on a consulté personne, on a demandé l' vie de personne. Et bien sûr, personne ne croit que le fait qu'un policier a le droit de tirer va ici ou là empêcher tel ou tel délirant ou tel ou tel criminel de passer à l'acte.
Mais c'est les autres qui en péront les conséquences. Qu'avait fait cette jeune passagère dans cette voiture sinon monter dans la voiture pour se faire ramener à la maison. Et bien, elle en est morte.
Est-ce acceptable ? Non, bien sûr, personne ne pense que c'est acceptable. Et bien, la légitime défense par présomption n'est pas acceptable.
C'est un permis de tuer XXL bien plus grand que l'a été la disposition de la loi proposée par le Premier ministre, monsieur Casneu, premier ministre de François Hollande et qui a donné lieu déjà à tous ses morts. Amnestie internationale, la Ligue des droits de l'homme, le défenseur des droits, le syndicat des avocats de France, l'ordre du barreau de Paris, le syndicat de la magistrature, tous à mesure qu'ils ont été alertés, ont dit ce n'est pas possible d'accepter ça. Et pourtant, voilà dans quelle situation nous trouvons placés.
Il y a eu à côté de ces associations plus de 300000 personnes qui ont signé dès qu'elles ont été prévenues en en quelques heur quelques jours pour refuser. Est-ce que vous avez vu dans l'actualité ici ou là par les débordements observés d'une façon ou d'une autre que nous puissions comme ça les yeux fermés et dire écoutez il existe une catégorie dans notre population dans un métier à qui nous sommes d'accord pour reconnaître le droit de vie et de mort. sur leur compatriote.
Et bien je vous dis non, nous ne sommes pas d'accord et nous ne le permettrons [raclement de gorge] pas. Je ne sais pas si cette loi va avoir le temps de faire le tour du circuit législatif, mais je peux vous dire une chose, si nous l'emportons en 2027, nous l'abrogerons. Nous ne sommes pas d'accord avec la peine de mort en tant que droit personnel et particulier d'une profession.
Il ne peut pas être question de cela. Alors, on me dit "Oui, mais c'est un métier difficile." Ben bien sûr que c'est un métier difficile.
Bien sûr, lutter contre le crime organisé, lutter contre les criminels, c'est un métier difficile. Contre les chauffards, c'est un métier compliqué. Et contre les innocents, c'est un métier comment ?
Vous comprenez ce que je veux vous dire ? Bien sûr que toutes les professions ont leurs difficultés et certaines mettent en danger de vie et de mort ceux qui la pratiquent. Il y a assez de morts par accident du travail pour qu'on sache à quel point la vie peut infliger des destins imprévisibles et parfois fort jeune lorsqu'on est un apprenti ou qu'on est un stagiaire.
Aucun d'entre nous ne se résigne à cela et on essaie de trouver les circonstances, les conditions pour que cela ne se produise pas. De la même manière, on peut estimer que les policiers par leur présence, par leur action, par le respect qu'ils inspirent, par la crainte éventuellement qu'ils peuvent aussi inspirer, fasse hésiter celles ou ceux qui se préparent à se livrer à des actes inacceptés et inacceptables. Pour autant, faut-il tuer ?
Mais c'est une question philosophique, morale, pratique très importante. Et bien, notre réponse est non. Il n'existe aucune législation dans aucun pays du monde qui pour un délinquant par exemple pris en état de fuite serait ensuite condamné à mort.
Cela n'existe pas. Alors pourquoi faut-il que ce soit en France et à la discrétion d'une seule personne, celle qui a une arme de service ? Alors si cela paraît difficile et c'est difficile, si cela paraît insupportable et c'est insupportable, et bien il y a une autre possibilité, c'est ne pas faire ce métier mais en faire un autre.
De la même manière qu'un militaire lorsqu'il signe son contrat met sa propre vie en jeu dans l'exécution de son contrat. Il le fait avec un dévouement, un courage démontré par les faits et une abdégation totale qu'on a pu observer sans cesse chaque fois que les nôtres ont été engagés d'une manière ou d'une autre sur un front et parfois même dans des conditions où ils ont été assassinés lâchement comme ce fut encore récemment le cas au Liban. Aucun de ces morts n'a jamais réclamé pour lui-même ou pour les autres des réprésailles.
Et personne n'a pensé, ce qui à mon avis est une erreur, qu'il fallait que l'on prenne des dispositions dans le cas de guerre pour répliquer. Mais là, nous ne sommes pas en guerre entre nous-mêmes. Nous parlons de police, nous parlons de la vie de tous les jours.
Vous acceptez que dans la vie de tous les jours, une personne dispose en fonction de l'évaluation qu'il a de votre comportement, du droit de vous tuer ou de tuer vos enfants comme ce fut le cas à propos du jeune Naël et de combien d'autres ? Non, non, non et non. C'est pourquoi les insoumis se sont engagés profondément contre ce texte.
Il n'y a de notre part nul naïveté, nul laxims face au délit quel qu'il soit, mais un refus profond que l'on aille dans une société où de tels droits sont reconnus à des personnes sans que l'on puisse rien faire ni avant, ni pendant, ni après. Car il y a un après. Si vous partez de l'idée que n'importe quel coup de feu mortel était en quelque sorte légitime, alors où on passe l'enquête ?
Où passe la garde à vue, il n'y en a pas. Où passe l'enregistrement des faits, il n'y en a pas. Il faudra qu'ensuite les familles, des victimes viennent et le courage d'affronter une corporation entière qui sera liguée entre elles par solidarités puisque d'ors et déjà le principal syndicat a jugé bon de faire campagne et campagne de pétition pour obtenir ce droit de tirer avec présomption d'innocence.
C'est leur choix. Je ne l'admets pas mais c'est leur choix. Mais nous qui nous oblige à aller dans ce sens ?
Personne d'autre que notre propre résignation ou éventuellement notre lâcheté. Ce ne sera pas notre cas. Je voulais que dès l'instant où le vote a eu lieu, l'alerte soit amplifiée pour que vous compreniez que ceci est un des enjeux de notre vie commune.
Nous ne devons pas accepter cette peine de mort à la disposition de personnes armées par nous-mêmes et qui en disposent d'après leur seule évaluation. Les êtres humains parfaits n'existent pas. Les êtres humains en état d'évaluer absolument bien une situation n'existe pas.
Nous sommes tous, tous sans exception, poussés à l'erreur. Nous pouvons en commettre. Nous pouvons être parfait à certaines circonstances et être très mauvais dans d'autres, vous le savez comme moi.
C'est pourquoi il faut toujours tout faire pour que rien jamais ne soit irrémédiable et que toujours une entreprise humaine puisse être corrigée par une autre. C'est ainsi que le monde peut aller avec l'idée qu'il est perfectible. Sinon alors chacun d'entre nous est enfermé dans un rôle et dans les conséquences d'actes qui sont irréversibles.
Je vous remercie de votre attention. Je sais que mon intervention va déclencher les réactions habituelles de tous ceux qui trouvent que rien n'est assez sévère jamais, que rien n'est assez violent jamais et qui ne tiennent aucun compte de ce que sont les réalités humaines et de la nécessité d'administrer les sociétés avec le sens de la mesure, de l'équilibre. sans donner aux uns des droits excessifs sur les autres.
Personne dans ce pays n'a le droit de tirer sur un autre. Tal est notre conception du monde. Et s'il arrive que les circonstances obligent dans certaines circonstances bien précises, bien délimitées et correctement évalué à faire feu, il faut que cela soit fait dans des conditions telles que nous soyons tous les uns et les autres certains de ne pas nous être rendus complice d'un crime.
Non.
Jean-Luc Mélenchon