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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 2 janvier 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéJusticeNumériqueSolidarités & famille

Narcotrafic en France : "Une ubérisation du trafic et du crime" selon le journaliste Jean-Michel Décugis

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 35 %Attaque 40 %Défensif 25 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Comment lutter efficacement contre le narcotrafic ?

  • 1:31OuverteRéponse directe

    Au quotidien, ça se traduit comment pour vous en tant que maire et pour les habitants ?

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Ce sont les villes d'Avignon, de Valence, Rennes, Saint-Nazaire, même Morlaix ou Le Creusot, qui sont aujourd'hui concernées par le trafic à grande échelle ?

  • 3:05OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui a changé, Jean-Michel Décugis ? C'est l'organisation du trafic ?

  • 3:29RelanceRéponse directe

    C'est-à-dire que ce sont des grandes organisations qui agissent presque en franchise dans les villes ?

  • 4:32OuverteRéponse directe

    Ça, vous le constatez chez vous, à Échirolles, Amandine Demors ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:20InvitéChiffre
    « on parle aujourd'hui de 80% des communes qui sont touchées par le narcotrafic »
  • 1:57InvitéFait
    « j'ai fait évacuer début septembre, parce qu'on était à bout de solution »
  • 2:38InvitéFait
    « les entreprises de narcotrafic se sont rapprochées des consommateurs pour pouvoir distribuer leurs produits »
  • 3:22InvitéFait
    « On sous-traite, aujourd'hui, le trafic de drogue en France »
  • 3:35InvitéFait
    « on parle beaucoup d'un groupe criminel marseillais qui s'appelle la DZMafia »
  • 5:14InvitéChiffre
    « En plus d'une dizaine »
  • 6:50InvitéChiffre
    « Qui sont entre, on va dire, entre 2 000 et 15 000 euros, quoi »
  • 9:31PrésentateurChiffre
    « 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires selon le chiffre cité, je crois, dans votre rapport sénatorial »
  • 9:40PrésentateurChiffre
    « 240 000 personnes qui vivraient directement ou indirectement du trafic de stupéfiants en France »
  • 10:35InvitéChiffre
    « c'est Bruno Le Maire qui nous a dit ça pendant l'enquête, de l'ordre de 6 milliards à 6 milliards et demi »
  • 10:47InvitéChiffre
    « le résultat net, c'est-à-dire, le résultat, une fois payées toutes les charges, le transport, la production, la surveillance, la distribution, il est de l'ordre de 3 milliards à 3 milliards et demi »
  • 13:19InvitéChiffre
    « 55 000 portables et accessoires saisis en 2023 en prison pour 75 000 détenus »
  • 18:15InvitéChiffre
    « Thomas Cazenave, avait parlé de scans pour les containers. Il avait prémis 10 scans pour les containers »
  • 20:05InvitéChiffre
    « elle est dérisoire, elle est de l'ordre de 150 euros, il n'y en a que 30% qui sont recouvrés »

Temps de parole

  • Présentateur33 %
  • Invité25 %
  • Invité 223 %
  • Invité 316 %

≈ 1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Comment lutter efficacement contre le narcotrafic ? Le gouvernement assure vouloir frapper fort contre le trafic de drogue et le crime organisé. L'ancien ministre de l'Intérieur et nouveau ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui en fait sa priorité, vient justement d'arriver à Marseille. 0, 1, 45, 24, 7000 et applications de France Inter, comme d'habitude, pour réagir et poser vos questions à nos invités. Avec moi en studio, Jean-Michel Décugis, bonjour. Bonjour.

Vous êtes journaliste au Parisien aujourd'hui en France, vous signez avec vos collègues Jérémy Fermelet et Vincent Gautrono, chez Flammarion, une enquête tueur à gage sur ces petites mains, si j'ose dire, de plus en plus jeunes, qui exécutent les bases œuvres des trafiquants. En ligne avec nous, Étienne Blanc, sénateur LR du Rhône, bonjour. Bonjour. Rapporteur d'une commission d'enquête sénatoriale et co-auteur d'une proposition de loi qui vise, je vous cite, à sortir la France du piège du narcotrafic. Et Amandine Demors, bonjour. Bonjour. Vous êtes la maire communiste d'Echirole, 37 000 habitants en banlieue de Grenoble.

Et justement, je voudrais que l'on écoute d'abord votre témoignage d'élus local, puisque le narcotrafic ne concerne pas seulement et plus seulement Marseille, Paris, Lyon. Il devient de plus en plus inquiétant dans une ville moyenne, notamment, comme la vôtre.

1:16
Invité

Oui, dans une ville moyenne comme la nôtre, mais j'ai envie de vous dire, dans presque toutes les communes, parce qu'on parle aujourd'hui de 80% des communes qui sont touchées par le narcotrafic. Donc l'emprise est bien plus large aujourd'hui que les zones urbaines.

1:31
Présentateur

Au quotidien, ça se traduit comment pour vous en tant que maire et pour les habitants ? Je crois que l'ironie est assez cruelle qu'il y a un point de deal très important, l'un des plus importants de l'agglomération de Grenoble, à deux pas de votre mairie et du poste de police.

1:43
Invité

Oui, qui était à deux pas de la mairie, dans un immeuble qui avait été complètement gangréné par le trafic de stupération.

1:51
Présentateur

Et que vous avez évacué ?

1:52
Invité

Et que, voilà, que j'ai fait évacuer début septembre, parce qu'on était à bout de solution, parce que les opérations coup de poing qui avaient été menées là-bas ont vite montré leurs limites, puisque les chasseurs sont installées très vite, et qu'il fallait agir pour les habitants de cette copropriété.

2:08
Présentateur

Etienne Blanc, c'est ce que vous avez mis en lumière dans votre rapport. Ce sont les villes d'Avignon, de Valence, Rennes, Saint-Nazaire, même Morlaix ou Le Creusot, qui sont aujourd'hui concernées par le trafic à grande échelle ?

2:23
Invité

Oui, longtemps, le narcotrafic a été un phénomène urbain, métropolitain. Et puis, puisque les consommateurs sont désormais partout, sur l'ensemble du territoire, les entreprises de narcotrafic se sont rapprochées des consommateurs pour pouvoir distribuer leurs produits. Il faut ajouter à ça que, dans certaines zones du territoire, il y a moins de surveillance. On est dans des zones moins denses, il y a moins de police, il y a moins de gendarmerie. Donc là, on peut installer des laboratoires, on peut stocker des produits, on peut même produire, notamment du cannabis, dans des fermes spécialisées.

Donc oui, aujourd'hui, le narcotrafic irrigue l'ensemble du territoire national, aucun secteur n'est épargné.

3:00
Présentateur

La consommation de drogue dans ces villes que j'ai citées ne date pas d'hier. Alors, qu'est-ce qui a changé, Jean-Michel Décugis ? C'est l'organisation du trafic ?

3:10
Invité

Il y a des équipes qui se sont créées récemment, des équipes très jeunes, très violentes, avec des modes opératoires nouveaux, tels que l'obérialisation. On sous-traite, aujourd'hui, le trafic de drogue en France, et sous-traité, et il y a une sous-traition...

3:29
Présentateur

C'est-à-dire que ce sont des grandes organisations qui agissent presque en franchise dans les villes ?

3:34
Invité

Voilà, alors là, on parle beaucoup d'un groupe criminel marseillais qui s'appelle la DZMafia, et effectivement, qui fonctionne comme une franchise qui, eh bien, exporte un savoir-faire, une logistique, des armes, des hommes, et tout ça, sur les réseaux sociaux, c'est une humilisation du trafic, et même une humilisation du crime, on va envoyer, eh bien, des vendeurs, des guetteurs, qui traversent la France, on appelle ce phénomène des jobbers, ils parlent d'Île-de-France, ils vont dealer à Marseille, guetter, et puis, maintenant, tuer, au nom de caïds, au nom de réseaux.

4:15
Présentateur

Et on va parler de l'ultra-violence, mais vous parlez d'ubérisation, Jean-Michel Décugis, l'ubérisation, c'est aussi qu'on peut commander du cannabis, de la cocaïne, aujourd'hui, via un message, sur une messagerie accessible à tous, aussi facilement qu'une pizza, par exemple. Ça, vous le constatez chez vous, à Échirolles, à Mandine Demors ?

4:37
Invité

Oui, on a constaté une mutation du deal, notamment pendant la période de pandémie, où ils ont su s'adapter très rapidement, et où ce mode de livraison s'est multiplié, vraiment multiplié, parce que l'espace public était, à cette période-là, très compliqué, puisqu'il y avait beaucoup de contrôles de police, et oui, le deal s'est très vite adapté.

5:00
Présentateur

L'évolution du narcotrafic, dont on parle donc aussi dans la violence, Jean-Michel Décugis le disait, à Mandine Demors, pardon de cette question, mais combien de fusillades dans votre ville sur l'année écoulée ?

5:14
Invité

En plus d'une dizaine, avec un gros moment de violence sur le mois d'août, dû notamment à certaines sorties de prison, qui ont relancé la concurrence entre les points de deal sur le territoire de l'agglomération grenobloine,

5:30
Présentateur

avec beaucoup de violence. Beaucoup de violence, mais là encore, les règlements de compte, je ne relativise rien, mais les règlements de compte entre malfaiteurs, ça a toujours existé, entre trafiquants de drogue. Alors, Jean-Michel Décugis, ce qui a changé, et c'est ce que vous mettez en lumière dans votre livre Tueurs à gages, c'est le profil des exécutants et la manière dont ils sont recrutés de plus en plus jeunes et de plus en plus amateurs, j'allais dire. Avant, c'était des caïds expérimentés. Aujourd'hui, ce sont des jeunes...

6:00
Invité

Ce sont des petites mains du trafic qui commencent comme guetteurs, comme vendeurs, et puis qui sont pris en main par les caïds et qui sont envoyés en gros au casse-pipe pour tuer des gens qu'ils ne connaissent pas, au nom de gens dont ils connaissent à peine les surnoms. Et on leur donne un point de GPS, on leur donne une arme, en général, qu'ils ne savent pas manier, et comme ça, ils vont tuer des gens. Et pour une grosse somme d'argent ? Ou alors semer la terreur dans un quartier, simplement en rafalant à la Kalachnikov un point de deal ou même un pied d'immeuble, et évidemment, en provoquant des victimes collatérales telles qu'on en a connues et telles qu'il y en a de plus en plus.

Et ils acceptent de le faire pour des sommes d'argent

6:48
Présentateur

qui ne sont même pas mirabolantes.

6:50
Invité

Qui sont entre, on va dire, entre 2 000 et 15 000 euros, quoi. Parfois pour rien. Et surtout, généralement, ils ne touchent pas l'argent parce qu'ils se sont tués

7:01
Présentateur

ou arrêtés avant. Vous parlez des, malheureusement, des victimes collatérales. Étienne Blanc, c'est ça aussi peut-être qui peut faire bouger les pouvoirs publics, c'est-à-dire, pardon de paraître cynique, mais tant que les malfrats se tuent entre eux, finalement, ça fait moins bouger que quand il y a des victimes collatérales.

7:25
Invité

Non, je ne crois pas que ce soit un argument solide. Évidemment, il y a des victimes collatérales. C'est une jeune fille qui est dans son appartement et qui reçoit une balle perdue. Donc, ça crée une vive émotion. Mais ça crée aussi une émotion quand on sait que des gamins de 14-15 ans sont rafalés à la Kalachnikov. Quand on sait surtout que leurs vies sont bousillées parce qu'ils rentrent dans un réseau dont ils ne pourront pas sortir. Vous savez, ce qui est dramatique, c'est quand ils cherchent à sortir aujourd'hui, ils font l'objet de violences absolument inouïes.

Donc, quand nous sommes allés à Marseille avec la commission d'enquête sénatoriale, nous avons appris des choses absolument ignobles. Des gosses qui ont été rendus à leurs parents, assassinés, démembrés, des vidéos absolument épouvantables, des gosses de 14-15 ans qui voulaient sortir du réseau. Et à ce moment-là, les narcotrafiquants s'y opposent. Je ne crois pas qu'il y ait de distinction à faire entre ceux qui sont dans le trafic, qui sont victimes de pression, et puis les personnes extérieures qui sont elles aussi victimes, j'allais dire un peu au hasard, de drames absolument épouvantables.

8:28
Présentateur

Celles et ceux qui sont victimes aussi de cette organisation du narcotrafic, ce sont ceux qui essayent de lutter contre ou d'enquêter. On entendait parler dans le journal de 8h de la directrice de la prison des Beaumettes à Marseille, qui est depuis un mois tenu à l'écart de son poste parce qu'elle est menacée. Des journalistes comme vous, Jean-Michel Décugis, pouvaient subir des menaces aussi. Des élus locaux comme vous, Amandine Demors, également ?

8:54
Invité

Ça peut arriver. Moi, ça n'est pas arrivé. Je ne veux pas avoir peur. Mais oui, bien sûr, ça peut arriver. Mais j'ai envie de dire aussi que les premières victimes du trafic de situation, c'est les habitants, notamment qui habitent ces quartiers populaires et qui le vivent au quotidien et qui ont besoin de mieux tout de suite. Vraiment. Parce que là, on a testé, je parlais tout à l'heure des opérations coup de poing, mais on a besoin, elles ont vite montré leurs limites et on a besoin aujourd'hui d'agir plus fortement.

9:22
Présentateur

On va parler des mesures, mais justement, vous parlez des habitants. Le paradoxe, c'est que cette économie parallèle fait vivre beaucoup de monde. 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires selon le chiffre cité, je crois, dans votre rapport sénatorial, Étienne Blanc, 240 000 personnes qui vivraient directement ou indirectement du trafic de stupéfiants en France. Ça, encore une fois, pour rester chez vous à Echirol, à Mandine Demors, vous voyez que ça fait vivre dans vos quartiers beaucoup de gens au quotidien ?

9:54
Invité

Ça fait peut-être vivre quelques gens, mais la grande majorité des habitants, de ces quartiers, subissent le trafic de stupéfiants. Ils subissent aussi tous les aléas qui vont avec, les rodéos, les tirs de mortier, les squats d'immeubles et la violence au quotidien qui est provoquée par ceux-là. La grande majorité, non, bien sûr que non.

10:14
Présentateur

Parlez-nous de cette économie parallèle, Étienne Blanc, c'est vous, je crois, qui citait ce chiffre de 6 milliards d'euros. 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Le budget du ministère de la Justice, à la tête duquel vient d'arriver Gérald Darman, c'est 7 milliards et demi, on est sur des sommes comparables.

10:32
Invité

Oui, le chiffre d'affaires, on l'estime, c'est Bruno Le Maire qui nous a dit ça pendant l'enquête, de l'ordre de 6 milliards à 6 milliards et demi et le résultat net, c'est-à-dire, le résultat, une fois payées toutes les charges, le transport, la production, la surveillance, la distribution, il est de l'ordre de 3 milliards à 3 milliards et demi, ce sont des sommes absolument considérables et surtout, ce qu'il faut dire, c'est que cela dure depuis des années. Donc ces sommes, elles ont été transformées, elles sont rentrées dans l'économie réelle.

Donc vous avez aujourd'hui des narcotrafiquants qui sont propriétaires d'entreprises qui ont pignon sur rue et qui sont des entreprises qui servent à blanchir. Beaucoup dans le bâtiment, beaucoup dans l'hôtellerie, beaucoup dans la restauration. Pour être clair, vous avez acheté une entreprise ou vous avez construit une entreprise avec des capitaux qui sont des capitaux douteux. Elle a pris une place prépondérante dans un domaine comme la construction et désormais, elle peut blanchir. C'est-à-dire, elle peut employer des salariés aux noirs qui sont rémunérés avec de l'argent liquide et qui permet de blanchir le produit du narcotrafic.

Donc si on prend les sommes cumulées depuis des dizaines et des dizaines d'années, ça prend une place absolument considérable dans l'économie française.

11:43
Présentateur

Passons à la question des mesures et d'abord cette annonce spectaculaire de Gérald Darmanin qui veut mettre à l'isolement à la même enseigne que les terroristes. Je le cite, les 100 plus grands narcotrafiquants actuellement détenus pour les empêcher de diriger leurs organisations depuis leurs cellules. Est-ce que ça vous paraît réaliste, Jean-Michel De Cugis, vous qui connaissez ce phénomène, justement, des chefs d'organisations criminelles qui gèrent leur business directement dans leurs cellules de prison ?

12:11
Invité

Vous savez, Gérald Darmanin, c'est une bête politique. Donc il a... En tout cas, il a ciblé le problème. Aujourd'hui, le problème, un des problèmes principaux, c'est la prison. Pourquoi ? Parce que la détention n'arrête plus dans leurs activités les têtes de réseau qui continuent à faire fructifier leurs affaires, à commanditer des meurtres depuis la prison, même à monter dans la hiérarchie à l'intérieur même des groupes criminels à l'intérieur même de la prison. Là, par exemple, on parle des beaumettes, mais vous avez tout un tas de chefs du groupe criminel de la DZ Mafia qui sont montés dans la hiérarchie depuis la prison, en continuant.

Parce que c'est presque plus confortable aujourd'hui d'être en prison pour pouvoir mener ses affaires parce qu'à l'extérieur, ils sont obligés de vivre en clandestinité en se cachant de leurs rivaux. En prison, ils peuvent mener leurs affaires. Et le problème, si vous voulez, c'est que vous interpellez ces gens. Eh bien, ils ont 4, 5 mandats. Pour une seule affaire, ils vont prendre 30 ans. Donc ils sont en prison. Ils sont là en prison. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Ils ont les portables parce que tous les portables aujourd'hui, les portables, c'est 55 000 portables et accessoires saisis en 2023 en prison pour 75 000 détenus dont vous imaginez.

Donc là, Darmanin, il est là avec, il dit, bon, il y a 100 marques, mais il y en a beaucoup plus des trafiquants. Oui,

13:33
Présentateur

il y a les 100 plus grands. Alors justement,

13:35
Invité

est-ce que c'est... C'est le problème de l'étanchéité de la prison parce que vous pouvez mettre... Ils sont tous à l'isolement la plupart de ces... Ils sont à l'isolement déjà. C'est pour ça qu'il veut... Ils veulent renforcer l'isolement. Ils les isoler. Empêcher, de la même manière que les terroristes. de faire entrer des portables, etc. Mais c'est très compliqué.

13:51
Présentateur

Comment on fait sans moyens supplémentaires ? Comment on les identifie aussi ? Tout simplement, j'imagine qu'il n'y a pas de classement des plus grands narcotrafiquants. Étienne Blanc, est-ce que c'est réaliste ? Au-delà du slogan ?

14:03
Invité

Moi, je pense que c'est parfaitement réaliste et Gérald Darmanin, vous venez de le dire, a parfaitement identifié le problème. Les Français ne comprennent pas comment depuis sa prison, on puisse continuer à activer un réseau de narcotrafic. Donc là, il y a deux choses qui sont importantes. La première, c'est la protection des lieux de détention avec des systèmes de brouillage. Ces systèmes de brouillage, ils existent aujourd'hui. Ils sont très coûteux, ils sont onéreux. Toutes les prisons n'en sont pas équipées. Il faut absolument développer ce système. Avoir un téléphone, ça ne doit pas permettre de communiquer avec l'extérieur.

Et puis ensuite, il y a la surveillance des téléphones à l'intérieur. Oui, il faut plus de fouilles. Oui, il faut plus contrôler à l'occasion des visites les personnes qui rentrent. Il faut fouiller leur sac, il faut les fouiller elles-mêmes et surtout, il faut fouiller et fouiller encore les cellules après chaque visite. Il faut qu'il y ait parfois plusieurs fouilles dans la journée parce que les téléphones peuvent passer d'une cellule à l'autre avec ce qu'on appelle le système pendulaire. On prend un fil et puis de la cellule supérieure, on descend un téléphone à la cellule inférieure, etc. Donc, il faut se donner les moyens. Alors, ils sont très intrusifs ces moyens-là.

On va expliquer finalement c'est excessif. Non, ça n'est pas excessif. Ça fait peser un risque majeur sur la société française que de tolérer que depuis une prison on puisse activer un réseau de narcotrafiquants.

15:27
Présentateur

Et puis, il faut aider aussi ceux qui sont en première ligne. Encore une fois, les élus locaux comme vous, Aïchirol, Amandine Demors. Ce qu'il vous faut, c'est des moyens. Vous aviez écrit à Emmanuel Macron pour en réclamer. Le Président avait annoncé l'envoi de 28 effectifs de police supplémentaires en novembre dans l'agglomération de Grenoble. Est-ce que ça a été suffisant ?

15:44
Invité

Non, il en manque près de 110 sur l'agglomération de Grenoble. Donc, 28, c'est bien, mais il faut mieux faire. Et puis, nos demandes vont au-delà de ça parce qu'on a besoin aussi de retrouver la police de proximité. C'est pour ça que nous, on s'est battus pour obtenir, et on ne l'a toujours pas obtenu, un commissariat de plein exercice sur la commune. Et j'ai envie de rajouter aussi tous les moyens qui sont dédiés à la prévention qui aujourd'hui nous sont coupés par l'État ou alors sur des dispositifs sur lesquels on n'est pas retenu comme par exemple un dispositif nouveau sur l'entrée des jeunes dans le trafic où une ville comme la note n'a pas été retenue.

Il y a quand même grandes sources d'incompréhension de la part des élus locaux aujourd'hui.

16:23
Présentateur

Une question d'Hélène au Standard de France Inter. Bonjour Hélène et bienvenue.

16:27
Invité

Oui, bonjour à tous. Je voulais vous poser une question. Pourquoi ne parle-t-on pas plus des consommateurs qu'en étant quand même le premier maillon de cette chaîne de criminalité en tant que pourvoyeur d'argent pour les narcotrafiquants ?

16:42
Présentateur

Justement, on a beaucoup de questions aussi sur l'application de France Inter, de Gérard, de Jean-Claude, de Laurent, d'Hélène, donc qu'on vient d'entendre au Standard sur la responsabilité des consommateurs. Jean-Michel Décugis, est-ce que cela marche de faire appel, de culpabiliser, dirait certains, de faire appel à la responsabilité des consommateurs ?

17:02
Invité

Ça marche, non. De toute façon, les gens comprennent, hélas, la répression. Je ne sais pas, moi, si on peut, en s'attaquant aux consommateurs, on arrivera à résoudre le problème si c'était aussi facile. Vous savez, tous les pays du monde luttent contre le trafic de drogue et personne n'a gagné la guerre contre la drogue. Et la France ne l'a pas gagné. L'idée aujourd'hui, c'est de limiter les dégâts, faire en sorte que ces groupes criminels n'infiltrent pas les institutions, ne corrompent pas les fonctionnaires d'État, comme ça peut l'être aujourd'hui, hélas, en prison, parce que les portables...

17:37
Présentateur

La corruption existe ?

17:38
Invité

Elle existe, évidemment. Elle est difficile à identifier, mais elle existe. Les portables, je suis désolé, en prison, ils rentrent d'abord parce qu'il y a de la corruption et pas par les yo-yo, etc., dont on parle. Voilà. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Aujourd'hui, il y a des... Les ports sont des passoires. Il y a beaucoup de corruption dans les ports. Hélas, il y a peu de moyens. On avait parlé, l'ancien ministre du budget, Thomas Cazenave, avait parlé de scans pour les containers. Il avait prémis 10 scans pour les containers. On ne les a toujours pas. J'ai appris récemment qu'il y a un an, tout juste un an, il n'y avait pas d'antenne de douane à Dunkerque.

Or, la marchandise et notamment la cocaïne arrivent par les ports. Donc, si vous voulez, il y a un vrai chantier.

18:33
Présentateur

Pour rester sur les consommateurs, Amandine Demore, vous les voyez, vous, au quotidien, ces consommateurs verbalisés puis qui reviennent sur les points de deal ? C'est ce que vous disent les policiers sur votre commune à Échirol ?

18:46
Invité

Oui, ils arrivent, ils viennent de toute classe sociale, j'ai envie de vous dire, de partout. Mais ça pose une vraie question de santé publique quand même, vu le niveau de consommation, l'augmentation de la consommation de cannabis, de cocaïne et j'en passe. Et de santé mentale dans notre pays parce qu'on reste quand même des gros consommateurs de produits stupéfiants, d'antiolytiques, d'antidépresseurs, d'alcool. Et il faudrait aussi se poser cette question-là parce que lutter contre le narcotrafic, c'est prendre le sujet par tous les bouts.

19:17
Présentateur

Justement, Étienne Blanc, sénateur LR du Rhône, pourquoi cette question de la prévention, de la sensibilisation, de la santé publique est absente, autant absente du débat et aussi du texte de votre proposition de loi ?

19:31
Invité

Alors, dans notre rapport, on s'est concentré sur le narcotrafic, le fonctionnement du narcotrafic, mieux le comprendre pour mieux lutter contre. On a abordé, mais ce n'était pas l'essentiel de notre mission, la question de la consommation. La question de la consommation, plusieurs ministres s'ont exprimé en disant, c'était notamment le cas de M. Dupond-Moretti, qui disait les consommateurs, ils ont du sang sur les mains parce que sans consommateur, oui, il n'y a pas de trafic. On a un système aujourd'hui qui est l'amende forfaitaire délictuelle. Elle est dérisoire, elle est de l'ordre de 150 euros, il n'y en a que 30% qui sont recouvrés.

Nous pensons, nous, qu'il faut augmenter considérablement le montant de cette amende. Il faudra même qu'elle soit proportionnée aux revenus de ceux qui consomment et qu'on puisse arriver à des sommes très significatives pour être dissuadés. Puis la deuxième chose qui est importante, c'est la question de la prévention. On a fait des campagnes massives en France contre le tabac qui porte atteinte au poumon, contre l'alcool qui porte atteinte au foie et au système digestif. on n'a pas su faire des campagnes puissantes contre la drogue et qui portent des atteintes au système nerveux. Donc ça aussi, nous l'avons indiqué, on n'est pas allé au bout des investigations.

Puis la troisième chose qui était essentielle, c'est évidemment l'accompagnement des personnes addictes. L'addiction, c'est un phénomène extrêmement difficile, extrêmement lourd pour les personnes addictes et pour leurs féminines.

21:03
Présentateur

Il y a la question de la prévention et la question de la dépénalisation et de la légalisation. On a énormément de questions sur l'application de France Inter et aux standards à ce sujet, notamment la vôtre, Daniel, vous nous appelez de Cannes. Bonjour.

21:16
Invité

Oui, bonjour. Je vous appelle parce que j'entends ces discours. On dirait Pasqua et Pembro, j'ai l'impression d'être revenus au 19ème siècle. Je veux dire, tous les pays pour les plus jeunes

21:27
Présentateur

d'anciens ministres de l'Intérieur.

21:30
Invité

Tous les pays comparables à la France qui ont dépénalisé ou légalisé ne sont jamais revenus en arrière. C'est que ça doit fonctionner. Sinon, ils seraient revenus en arrière. Il y a moins de violence, moins de consommation chez les jeunes. C'est la prohibition qui génère le trafic et les morts par Kalachnikov. Ce n'est pas les produits.

21:49
Présentateur

Merci beaucoup,

21:50
Invité

Daniel. Jean-Michel Décugis. Ça ne marche pas tant que ça. La preuve, aux Pays-Bas, qui est complètement grand-grainé par les groupes criminels et qui a légalisé la drogue. Moi, je pense que, de toute façon, on a essayé beaucoup de choses à titre personnel. Moi, je ne suis pas un législateur, mais je pense que dépénaliser ou légaliser la drogue, au moins le cannabis, au moins apporterait de l'argent à l'État, qui pourrait être utilisé justement dans la lutte contre le narcotrafic parce qu'on n'a pas assez d'argent, pas assez de moyens et il faut en trouver quelque part.

Et pour moi, ça serait une manière, si c'était contrôlé par l'État, de façon très rigoureuse comme ça peut l'être au Canada, je pense que, de façon pragmatique, ça ne serait pas une mauvaise chose.

22:36
Présentateur

Amandine Demor, maire communiste des Chiroles, sortir du tout répressif, qu'est-ce que vous en pensez ?

22:41
Invité

Complètement. Il faut de la répression, mais il faut aussi de la prévention. On a un gros travail, on parlait tout à l'heure de tous ces gamins qui sont happés par le trafic de stupes et on a un gros travail à mener pour eux sur les questions de la déscolarisation, de l'accompagnement au quotidien et il faut aujourd'hui retrouver des moyens de prévention mais aussi de répression, je le rappelle, parce que nous, on réclame un commissariat sur la commune des Chiroles.

23:09
Présentateur

J'en reviens à la prévention et pour terminer, parce que je voudrais vous entendre sur cette proposition de loi Étienne Blanc, la mesure phare, c'est la création d'un parquet national dédié au narcotrafic sur le modèle de l'antiterrorisme. En quelques secondes, qu'est-ce que ça changerait ?

23:24
Invité

Oui, ça permet d'identifier un magistrat qui est en charge de la lutte contre le narcotrafic. Comme on l'a fait avec le parquet national financier, on s'aperçoit que sur des affaires significatives, la personnalisation de l'action est absolument déterminante et puis ça permet surtout de mieux s'organiser. Aujourd'hui, on a des moyens qui sont disséminés, qui sont répartis, qui sont éparpillés. Le fait de les concentrer entre les mains d'un magistrat qui est en charge de ce système particulier, c'est quelque chose qui nous a paru comme très efficace.

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Présentateur

Merci beaucoup à tous les trois. Il y aurait encore tellement à dire, c'est un sujet tellement complexe. En tout cas, on comprend qu'il est crucial ce sujet parce que c'est la question de la crédibilité politique qui est derrière le décalage entre le discours et l'efficacité des décisions. C'est ça la grande question aussi. Merci Étienne Blanc, sénateur et l'air du Rhône, d'être venu nous parler de votre proposition de loi Amandine Demor, de votre quotidien en tant que maire PCF Déchirol près de Grenoble et Jean-Michel Décugis de votre enquête Tueur à gages qui est paru chez Flammarion. La revue de presse à suivre. Sous-titrage Société Radio-Canada

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Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada