L'Interview politique: Aurélien Taché, député NUPES du Val d'Oise
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
RMC, la matinale week-end, l'interview politique. Il est 8h42, c'est donc Aurélien Taché qui est avec nous, député Europe Écologie Les Verts, de la dixième circonscription du Val d'Oise. Bonjour M.
Taché. Bonjour. Bonjour, merci beaucoup de passer nous voir ce samedi matin sur RMC.
D'abord, je voudrais qu'on dise un mot de cette folle semaine parlementaire pendant laquelle on a parlé du pouvoir d'achat. Les débats ont été vifs, même très très vifs. On a vu des cris, je ne parle pas forcément pour vous M.
Taché, des cris, des insultes, des députés qui filment ce qui se passe dans l'hémicile et qui postent ça sur les réseaux sociaux. Ça va être ça pendant cinq ans à l'Assemblée, M. Taché, ou pas ?
Écoutez, moi j'ai un peu peur qu'effectivement, ce que vous appelez cette folle semaine soit à l'image des cinq années qui nous attendent. Moi, ce que j'en ai retenu de cette folle semaine, c'est finalement une semaine où la majorité revient sur les votes quand ça ne lui plaît pas. On vote une augmentation des pensions de retraite et puis à 4h du matin, la majorité décide qu'on re-vote parce que le vote qu'on avait fait juste avant ne lui convient pas.
Ça, c'était ce qu'on appelle un amendement d'appel, initié par un député LR qui lui-même dit « j'y croyais pas ». Oui, mais enfin...
Mais ces amendements-là, c'est plus fait pour alerter, c'est pas forcément...
Je pense que les Français qui auraient aimé voir leur pension de retraite augmentée auraient préféré qu'on vote cet amendement et qu'on le conserve. On a aussi eu cette semaine finalement une majorité qui refuse de taxer les profits et d'augmenter les salaires. Et effectivement, une ambiance un peu folle avec un député de la majorité qui fait un salut nazi, des députés RN et LREM qui font claquer leur pupitre.
Donc je sais qu'on parle beaucoup de l'ANUP, mais moi je voudrais quand même qu'on regarde un petit peu vraiment ce qui s'est passé dans le détail. L'obstruction parlementaire, elle a plutôt été du côté de LR qui a déposé des centaines d'amendements quand nous, nous avons déposé quelques dizaines, juste vraiment ceux qui nous semblaient les plus importants pour l'ANUP intégralement. Nous souhaitions simplement avoir des augmentations de salaires pérennes plutôt que des primes qui coûtent à l'État et qui ne permettent pas aux Français de mieux vivre, l'augmentation des retraites, le blocage des prix.
Bref, ce qui était vraiment selon nous les urgences de cet été, ça n'a pas été possible et je crains que ça soit comme ça pendant les cinq années à venir. Alors, il y a eu quand même quelques avancées dans le cadre du pouvoir d'achat, même si vous dites, d'ailleurs vous n'avez pas voté ces mesures à l'Assemblée. Non, je ne les ai pas votées parce que vous avez dans ce texte...
Sachant que vous ne pourriez pas forcément, parce que la NUPES n'est pas majoritaire donc elle est plus loin, pourquoi est-ce que vous n'avez pas voté ça finalement ? Écoutez, les primes...
C'est toujours ça de pris, j'entends ce que vous me dites, mais vous n'avez pas voté ça. Non, mais je comprends, je comprends, mais les primes que prévoit ce texte, elles concerneront environ 15% des salariés. Moi, quand je retourne à Cergy, j'explique quoi aux gens ?
Que finalement, on va se satisfaire d'un texte qui concerne que seulement 15% d'entre eux ? Dans ce texte, il y avait aussi des mesures absolument terribles sur le plan de l'écologie, je crois qu'on en parlera après, sur le gaz de schiste, sur les centrales à charbon, il n'y a rien qui va dans ce texte alors qu'il y avait des choses simples à faire, bien moins coûteuses pour les finances de l'État, en augmentant les salaires par exemple. Alors, on va parler de tout ça justement, l'inflation, on l'a dit, qui grappille encore du terrain, 6,1%, qui va un peu gâcher les vacances des Français.
Dans les mesures annoncées, il y a donc cette ristourne qui va être prolongée, donc 30 centimes par litre septembre-octobre, 10 centimes par litre novembre-décembre. Qu'est-ce que l'écologiste que vous êtes dit dans cette histoire ? Est-ce qu'il faut le faire malgré tout pour préserver le pouvoir d'achat, quand on sait ce que représente le poste carburant aujourd'hui ?
Je suis d'accord sur le fait qu'on a une urgence pour les Français actuellement. D'ailleurs, là aussi, nous avions fait des propositions avec les écologistes et les collègues de l'ANU pour une taxe par exemple qui serait, vous savez, ajustée en fonction des prix du pétrole, ça a été refusé. Bon, c'est vrai que ça va aider un certain nombre de Français cette ristourne, mais ça va aussi aider par exemple les millions de touristes étrangers qui vont faire le plein cet été à la pompe en France.
Est-ce que c'est vraiment ça qu'on voulait ? Ça va sans tout aider les Français. Oui, mais vous voyez ce que je veux dire, on a une aide qui n'est pas ciblée, qui va finalement aider les Français, surtout ceux qui ont le plus de moyens, parce que c'est eux qui se déplacent le plus, qui va aussi aider des gens qui sont là cet été, mais qui ne sont pas, voilà, qui sont des touristes.
Nous, on avait proposé autre chose, on avait proposé une baisse par exemple de la TVA à 5,5 sur le train. On a de plus en plus de gens qui prennent le train, il va falloir finalement rendre ça de plus en plus accessible aux Français. Il ne faut pas demander à Bruxelles, ça ?
Il ne faut pas demander à Bruxelles tout ce qui est baisse de la TVA. Non, on pouvait faire une baisse de TVA à 5,5 sur les billets de train, ça a été refusé par la majorité aussi. Je vous ai parlé de cette taxe qui serait en fonction du prix du pétrole, puisqu'il n'y a pas de raison que l'État gagne plus d'argent quand le prix du pétrole baisse.
Donc il y a des propositions alternatives possibles pour avoir finalement un pouvoir d'achat des Français qui soit amélioré et une transition écologique qui soit préservée. Justement, avant de parler de transition écologique au sens large et sur la durée, il y a l'hiver prochain, est-ce que vous êtes inquiet pour l'hiver prochain ? Si la Russie décide de couper totalement le gaz à l'Europe, si nous n'avons pas suffisamment de réacteurs nucléaires en capacité de tourner, ce qui a toutes les chances d'être le cas, et si l'hiver est plus rude, parce qu'on en est là aujourd'hui finalement, on se dit, brûlez des sièges pour que l'hiver ne soit pas trop rude.
Comment est-ce que vous voyez l'hiver prochain, vous, finalement ? D'abord, je suis déjà inquiet pour cet été, parce que vous voyez qu'on va encore avoir une nouvelle canicule dès lundi, qu'il y a des feux partout, notamment en Gironde et dans le sud de la France. Et puis, on peut aussi craindre malheureusement un hiver rude et un vrai sujet sur l'approvisionnement en énergie.
Écoutez, moi déjà, je serais favorable à ce qu'on n'attende pas à ce que M. Poutine nous humilie en coupant le gaz et qu'on prenne des dispositions avant. Il y a d'autres fournisseurs de gaz dans le monde.
Jean-Luc Mélenchon, pendant la campagne, avait fait une proposition intéressante. Il avait dit, proposons aux Algériens qui sont en train d'être touchés par la famine et par les pénuries de céréales, des prix bloqués sur le céréal, on échange de prix bloqués sur le gaz. Vous voyez, on pourrait passer comme ça des accords un peu différents avec d'autres pays.
Et puis surtout, investissons dans les énergies renouvelables. Le gouvernement nous annonce une loi en fin d'année. On va voir ce qu'elle prévoit.
La France est le seul pays d'Europe à ne pas atteindre ses objectifs en matière d'énergie renouvelable pour le moment. On n'a pas un seul projet éolien en mer au 1er janvier 2022. C'est en gestation, là, ça avance.
Ça avance, tant mieux. Nous serons écologistes mobilisés pour être sûrs que ça avance vite, parce que ça va être ça dans les années à venir. Justement.
Nous ne voulons pas avoir le même débat tous les ans sur comment on fait pour l'hiver qui arrive. Justement, assurer nos besoins en énergie pour les prochaines années. Vous dites, ça va passer par les renouvelables.
Ok, on accélère sur le renouvelable, on est en retard. Je regardais les chiffres ce matin. Enfin, nos besoins en énergie sont assurés à 14% seulement par les renouvelables.
Le reste, c'est quoi ? C'est du nucléaire, c'est du gaz, du pétrole. Donc, vous dites, ok, on va monter en puissance sur les renouvelables, mais ça ne suffira pas.
Sur le nucléaire, vous en êtes tout, vous, aujourd'hui. Est-ce que vous dites toujours, le nucléaire, non ? On dit sortie progressive.
Sortie progressive. Oui, tout l'effort doit être mis sur les renouvelables. En revanche, il ne s'agit pas de fermer les centrales avant qu'on puisse avoir des alternatives avec le renouvelable.
Donc, ok pour vous, pour continuer, comme veut le faire Emmanuel Macron, à ouvrir de nouveaux réacteurs, construire de nouveaux réacteurs. Ah non, non, non, non, par un euro pour de nouveaux réacteurs. Eh bien, on met cet argent dans les énergies renouvelables.
Et en attendant, les centrales qui sont ouvertes continuent de fonctionner le temps qu'on monte en puissance sur le renouvelable. Mais il faut absolument stopper l'investissement dans le nucléaire. Encore une fois, vous l'avez dit, nous sommes le pays qui a la part d'énergie renouvelable la moins importante.
Je le redis, nous sommes le seul pays d'Europe à ne pas avoir atteint ces objectifs en la matière. Il faut maintenant mettre le cap à 100% sur le renouvelable. J'entends bien, mais est-ce qu'à horizon de 10 ans, on couvre nos besoins énergétiques en baissant progressivement la part du nucléaire et en faisant monter les renouvelables ?
Mettre en place des infrastructures renouvelables, ça prend beaucoup, beaucoup de temps, M. Taché. Oui, bien sûr, mais...
On ne va pas pouvoir se passer du nucléaire comme ça du jour au lendemain. Vous voyez bien que si on ne commence pas par quelque part, on n'y arrivera jamais. Donc, moi, ce que je propose, c'est que les nouveaux projets et tout l'argent public qui sera investi à l'avenir dans de nouveaux projets sur l'énergie soient consacrés aux renouvelables.
Et on sort progressivement du nucléaire, en même temps que cette montée en puissance du renouvelable se fait. Oui, mais ce que je veux dire, c'est qu'on va fermer beaucoup de réacteurs dans les prochaines années. Une perte de capacité dans le nucléaire, c'est évident.
Et bien pourtant, je pense que si on faisait vraiment cet effort, on pourrait tout à fait y arriver. Mais je vous le redis, pas de dogmatisme sur cette question. Il ne s'agit pas de dire aux Français qu'on n'aura plus de quoi couvrir nos besoins en électricité demain.
Donc, le nucléaire fermera progressivement. Il ne s'agit pas de tout arrêter d'un coup. Simplement, je ne suis pas d'accord avec Emmanuel Macron.
Et on voit bien que son projet de nationalisation d'EDF, qui est en fait un cash sexe pour pouvoir remonter des investissements très forts sur le nucléaire, ne va pas du tout dans le sens de la transition écologique et dans le sens de ce que font la plupart de nos partenaires européens. Mais vous êtes d'accord qu'on a besoin d'un groupe comme EDF très fort, qu'on a besoin d'un total très fort aussi. On a besoin de ces deux groupes très forts pour faire la transition énergétique.
Si on n'a pas ces groupes privés au meilleur de leur forme, on ne fera pas la transition énergétique dans ce pays. Oui, et on ne la fera pas non plus si on ne taxe pas un peu leurs super profits pour investir dans le renouvelable. C'est-à-dire qu'il faut avoir un équilibre.
Le problème étant qu'aujourd'hui, on voit bien que M. Le Maire a été un brillant VRP de Total cette semaine à l'Assemblée, mais qu'il est incapable de mettre en place une taxation suffisante pour financer les renouvelables. Mais vous savez très bien pourquoi le gouvernement ne veut pas de taxes.
Parce qu'au moins une taxe, une ristourne telle qu'elle est en place aujourd'hui, ça se voit tout de suite. C'est très bien. C'est ça la raison, on est d'accord.
Sauf qu'encore une fois, en Angleterre, je ne crois pas qu'on soit dans un pays particulièrement bolchevique, on a mis cette taxation à 25% sur les super profits. Et les stations totales, vous savez, il y en a sur les autoroutes. Mais moi dans ma circonscription, il n'y en a pas de stations totales.
Donc pour les Français, ça ne va pas changer grand-chose, la ristourne de Total. Bien. Il nous reste deux minutes, Aurélien Taché, c'est une question de long terme.
Faire la transition énergétique, ok, mais est-ce qu'on peut faire la transition énergétique sans que ça tape vraiment au portefeuille des Français ? On a eu une première réponse à cette question au moment des Gilets jaunes, cette contribution, cette hausse de la fiscalité qu'on a mise sous le tapis parce qu'elle n'est toujours pas revenue au passage aujourd'hui. C'est tout à fait normal que les Français aient réagi comme ça à ce moment-là.
Quand vous voyez que M. Bernard Arnault prend son jet privé et fait 168 tonnes de CO2 en un mois, ce qui correspond à 17 ans d'empreinte carbone d'un Français moyen et qu'on n'interdit toujours pas les jets privés, moi je comprends le Français qui se dit « Pourquoi on augmente finalement la taxe à la pompe ? » Vous en parle de particulier là quand même.
Oui, mais je vous assure que ce n'est pas anecdotique. Vous pensez que vous allez parler des ministres qui ont fait tourner leur voiture hier ? Ça n'est pas anecdotique.
Je vous assure que rien qu'en interdisant les jets privés, les super yachts, bref, tout ce que je veux vous dire par là, c'est que finalement les 10% de personnes qui ont le plus de moyens sur Terre sont ceux qui émettent plus de 50% des gaz à effet de serre. Donc avant de taper le portefeuille des Français, moi je le ferai d'abord pour qu'on prenne des vraies mesures de sobriété énergétique en interdisant tous ces comportements qui finalement ne sont plus du tout à l'air du temps alors que nous sommes en train de vivre les canicules, les méga-feux et qu'il y a vraiment urgence à mettre fin à ces aberrations écologiques. Quand vous voyez qu'en France on ouvre une usine à charbon du côté de Saint-Avold en Moselle, quand vous voyez qu'en Allemagne on n'exclut pas de prolonger la durée de vie de certains réacteurs nucléaires, vous ne vous dites pas ?
Parce que certains se disent ça en ce moment, bon ben au milieu de la crise, on est en pleine crise, la transition énergétique finalement on l'attendra un petit peu. C'est bien le risque, c'est pour ça que nous députés écologistes restons mobilisés pour empêcher que cette transition énergétique s'arrête parce qu'encore une fois, je suis sûr que si on discutait ce matin avec les habitants de la Gironde qui ont les incendies à côté de chez eux ou tous ceux qui la vivent de plein fouet, les sécheresses, les inondations, cette finalement catastrophe écologique, eh bien je suis sûr qu'il se dirait qu'il faut la faire cette transition énergétique et donc nous la ferons. Bien, ben voilà, c'est quelques semaines de vacances, ça reprend quand les hostilités ?
Je ne voulais pas dire les hostilités, mais si quelque part Aurélien Taché à l'Assemblée, comment ça se passe ? Je crois qu'on ne siègera pas en septembre, ça va nous permettre d'être sur le terrain. Moi à Cergy par exemple, où je suis élu, parce que nous reprendrons seulement les travaux parlementaires en octobre, donc voilà, on va pouvoir retourner voir les Français et entendre véritablement quelles sont leurs priorités.
Dans une ambiance un peu plus sereine, on l'espère en tout cas. Merci beaucoup Aurélien Taché, merci de passer nous voir, le député Europe Écologie des Vertes de la dixième circonscription du Val d'Oise. Merci d'avoir été avec nous ce matin sur RMC. 8h53. 8h53.
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Aurélien Taché