Suppression des ZFE : "Nous ne ferons jamais de l'écologie contre les classes populaires", assure la députée LFI Aurélie Trouvé
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Bonjour Aurélie Trouvé.
Bonjour.
Vous avez sans doute suivi la passe d'armes hier au gouvernement autour des énergies renouvelables. Emmanuel Macron a recadré, sans le nommer, François Bayrou et Bruno Retailleau, qui a signé une tribune pour stopper le soutien aux énergies renouvelables. On écoute le président, c'était hier dans l'Aveyron.
Moi, j'ai nommé un Premier ministre. Le Premier ministre, il doit diriger son gouvernement. Et les ministres du gouvernement doivent s'occuper des politiques qu'ils conduisent. Chaque ministre. Parce que si on se met à avoir des ministres qui s'occupent de tout, ça ne s'appelle plus un gouvernement.
Ce genre de recadrage, j'aurais dû trouver, ça n'arrive jamais chez les insoumis ?
Déjà, on voit bien qu'il n'y a absolument pas de bloc présidentiel, qui est déjà une minoritaire à l'Assemblée nationale, je le rappelle. En fait, il n'y a pas de cohérence. Et on voit bien qu'en fait, on a plutôt un naufrage de cette minorité présidentielle.
Mais est-ce que vous êtes finalement bien placé pour donner ce genre de leçon, quand on sait que c'est parfois compliqué chez les insoumis d'avoir une voie divergente ?
Plutôt que de m'intéresser aux guerres politiciennes, je veux parler du sujet, parce qu'il est suffisamment grave. On va en parler, pour ça qu'il était plein. Sur l'énergie, puisqu'il est question de quoi ici ? Il est question, selon les Républicains et l'extrême droite, donc la droite et l'extrême droite, de faire un moratoire, excusez-moi du peu, sur l'éolien et le photovoltaïque. En gros, ils veulent plonger la France dans le noir, ils veulent nous faire revenir à la bougie. Parce qu'en réalité, il faut savoir que déjà, 20% de l'électricité provient de l'éolien et du photovoltaïque.
Et demain, le réseau des transports électriques de France, ce qu'il y a de plus sérieux, nous dit qu'il va falloir multiplier par au moins 10 cette source d'énergie pour faire en sorte que tout le monde ait de l'énergie demain.
Mais c'est quoi d'abord ? C'est d'abord une question de souveraineté ou une question de climat ?
C'est les deux. C'est une question d'abord de souveraineté énergétique, parce que même si on fait du nouveau nucléaire, parce que, ce pourquoi nous sommes d'ailleurs très critiques, la France insoumise, je pourrais y revenir, même si on faisait à fond du nouveau nucléaire, ça n'arrivera qu'à partir de 2040, cette source d'énergie. Qu'est-ce qu'on fait jusqu'en 2040 ?
C'est pour ça que vous dites plonger dans le noir.
Bien sûr, c'est que du coup, si vous faites un moratoire sur l'éolien et le photovoltaïque, je veux dire, il n'y a plus assez de courant d'ici 2040. C'est pour ça que je dis que c'est totalement irresponsable en réalité.
Et quand vous dites, on va y revenir, revenons-y, justement, l'hypothèse, la pertinence de construire de nouveaux moyens de production nucléaire, ça, vous le contestez toujours ?
Alors, le nouveau nucléaire, il y a plusieurs problèmes. Le premier, c'est quand même que c'est un gouffre financier. Il faut savoir que le gouvernement veut maintenant construire 14 EPR, réacteurs nucléaires. Il faut savoir qu'un EPR, ça coûte 13 milliards d'euros, excusez-moi du peu, selon la Cour des Comptes. Donc, vous faites le calcul, 14 EPR, on est autour des 180 milliards d'euros. Voilà, je pense que nous n'en... C'est amorté sur une très durée. Et en plus, avec chaque fois qu'on construit des EPR, des retards de plusieurs années, des gros problèmes techniques. Donc, aujourd'hui, franchement, nous pensons que la solution, elle est ailleurs.
D'ailleurs, dans les six scénarios de RTE, il y en a trois où il n'y a pas de nouveaux nucléaires. C'est-à-dire que vous, vous ne déclencheriez pas la construction de ces nouveaux... Alors, comment on peut faire ? Et on peut faire, puisque dans trois des six scénarios de RTE, il n'y a pas de nouveaux nucléaires. Comment on peut faire ? D'abord, un, avec un déploiement très fort des énergies renouvelables, mais évidemment, en faisant très attention à ce que ce soit encadré. Par ailleurs, on ne va pas mettre des panneaux photovoltaïques sur tous les champs agricoles. Évidemment, il va falloir en mettre d'abord sur toutes les surfaces artificialisées. Bon, développer l'éolien en mer, etc.
Ensuite, sobriété et efficacité énergétique. Par exemple, avec la rénovation thermique des logements, on peut réduire drastiquement la consommation d'énergie, mais pour ça, il faut une volonté politique. Or, le gouvernement fait le contraire. Vous savez qu'ils ont sabré totalement, quasi totalement, les budgets pour faire de la rénovation globale des logements, ce qui permettrait pour autant de faire diminuer les factures d'énergie des Français.
Est-ce que, chez vous, les Insoumis, le fait d'avoir voté la suppression des ZFU, des zones de faible émission, n'est pas quelque chose comme un sparadrap qui vous rend un peu inaudible sur tous ces sujets environnementaux ?
Bien au contraire. Et je pense que, du coup, nous redonnons de l'envie, de l'espoir dans l'écologie aux classes populaires. Vous ne pouvez pas... Vous redonnez de l'espoir en stoppant un texte manifestement pas parfait, mais... Je vais m'expliquer. Vous ne pouvez pas faire gagner l'écologie si les classes populaires ont l'impression que ça va leur faire du mal dans leur vie. D'accord ? Or, le problème des ZFE, c'est que ça s'en prend d'abord aux classes populaires, à ceux qui ont des voitures diesel, des vieilles voitures, et qui ne peuvent faire autrement. Qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui ?
Il faut d'abord et avant tout développer massivement les transports en commun, faire en sorte que les gens aient des alternatives. C'est ça, le problème. Mais ça fait 20 ans qu'on entend ça. Et ça ne fonctionne pas, la campagne. Et 20 ans que tous les gouvernements ont détruit les transports en commun. Je veux dire, il y a de moins en moins de bus, de trains, de RER, de métro. Regardez pour ceux qui sont en Ile-de-France. Ces derniers jours, pendant la canicule, c'est un enfer de prendre un RER ou un métro. Pourquoi ? Parce que la région de droite, avec Valérie Pécresse, l'État détruise petit à petit ces transports en commun.
Donc, avant d'interdire tel ou tel véhicule à des classes populaires qui ne peuvent pas faire autrement, il faut développer ces transports en commun. Et deuxièmement, il faut aider fortement toutes ces classes populaires à acquérir des voitures propres. Or, qu'est-ce qui se passe ? Le gouvernement vient, au contraire, de réduire fortement les aides aux voitures propres.
Mais en attendant, ces zones qui existaient par endroits, elles permettaient de limiter les émissions de gaz à effet de serre, et pas que pour les classes populaires, ça n'existe plus.
Et on sait qu'il y a urgence aussi à lutter contre la pollution.
Mais vous voyez, bien sûr, il y a urgence. Mais je vous dis, on ne peut pas faire de l'écologie contre les classes populaires. Il faut que cette écologie, au contraire, se fasse de manière juste. Sinon, vous allez faire monter le climato-sceptisme, vous allez faire monter l'extrême droite.
Vous aviez parlé de réécrire ce texte, c'est en cours, c'est fait, une nouvelle loi sur les ZFE ?
Alors nous, ce que nous portons, la France insoumise, c'est un moratoire sur les ZFE, et un déploiement très rapide, massif, un grand plan de transport en commun, un grand plan d'aide à l'acquisition de voitures propres, un grand plan aussi de relocalisation des commerces de proximité, parce qu'évidemment, quand vous êtes obligés de prendre votre voiture pour aller faire 10 bornes, 20 bornes, pour aller dans une grande surface, parce qu'il n'y a plus les commerces de proximité, quand vous êtes obligés de prendre votre voiture pendant 30, 50 bornes pour aller à l'hôpital du coin, vous voyez qu'il n'y a pas d'alternative. Donc le texte est prêt, le texte va être déposé ?
C'est un moratoire.
Oui, mais nous avons proposé, pendant le débat législatif, nous l'avons proposé, et nous avons déposé des amendements qui n'ont pas été votés, qui proposent justement de faire de l'écologie populaire.
J'ai du mal à suivre Aurélie Trouvé, parce que quand la droite propose un moratoire sur l'éolien, sur les panneaux photovoltaïques, qui pose problème aussi, on le sait, quand ils sont installés dans certaines zones, parce que la population s'y oppose, vous dites, non, c'est une mauvaise idée, mais un moratoire sur les idées des ceux qui touchent les classes populaires, on a le droit.
À quel moment l'éolien et le photovoltaïque s'en prend aux classes populaires ?
Je ne dis pas que ça s'en prend aux classes populaires, je sais que ça crée des débats dans les zones où elles sont installées. Vous avez la réponse. Pour vous, c'est la différence.
Nous ferons toujours de l'écologie qui, en même temps, permet de partager les richesses. Nous ne ferons jamais de l'écologie contre les classes populaires, parce que nous voulons prouver, et c'est juste, qu'en fait, écologie et partage des richesses vont ensemble. Et d'ailleurs, les premières victimes aujourd'hui du réchauffement climatique, je le dis, de la crise écologique, ce sont les classes populaires. Ceux qui habitent à côté des autoroutes, ceux qui subissent aujourd'hui la canicule dans leur logement, ce sont les classes populaires.
Et donc, il faut absolument réunir les deux, réunir à la fois la rupture sociale et la rupture écologique que nous nous prenons dans, d'ailleurs, le programme du nouveau Front populaire, et aujourd'hui le programme de la France insoumise.
Vous parlez de la canicule. Le Haut Conseil pour le climat a rendu un rapport assez inquiétant sur le sujet, avec un ralentissement du rythme de décarbonation en France, un recul sur certaines mesures, comme la rénovation du bâtiment. Alors, la France insoumise a élaboré un plan d'urgence, canicule, avec cinq propositions de loi. On en est où ? Elles sont déposées ? Elles vont l'être ?
Ça y est, elles sont déposées, ces cinq propositions de loi. D'abord, je veux rebondir sur le rapport du Haut Conseil pour le climat, parce que quand même, ce qu'il montre, c'est que le gouvernement, les gouvernements du président Macron, ce gouvernement, ont fait qu'aujourd'hui, nous avons une réduction forte des efforts en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La France devient un contre-exemple. D'ailleurs, au niveau européen, sachez que la France est alliée aux États climato-sceptiques type la Hongrie et la Pologne pour tenter de faire réduire les émissions, les objectifs européens de réduction des gaz à effet de serre. C'est quand même terrible.
C'est un mauvais exemple.
C'est quand même terrible.
Je ne sais pas si on peut chiffrer la suppression des ZFE et d'y revenir, mais ça en fait partie aussi.
Je peux vous dire que si on mettait en place notre plan de développement massif des transports en commun, d'aide aux voitures propres, d'occasion d'ailleurs, d'occasion comme à l'achat, je peux vous dire que nous ferions d'énormes efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Si on mettait en place ce que nous prenons, c'est-à-dire 10 milliards d'euros tout de suite maintenant sur la rénovation thermique des logements pour faire en sorte que toutes les classes populaires puissent rénover leurs logements, pour faire en sorte que les locataires aient obligatoirement un logement rénové, sachez que nous réduirions drastiquement ces émissions de gaz à effet de serre.
Donc nous avons au contraire un programme de rupture, de bifurcation écologique, mais qui fasse en sorte aussi qu'il y ait un partage des richesses et qu'ils ne s'en prennent pas aux classes populaires. Et en fait, les macronistes, quand ils prônent les ZFE, d'accord, ils font de l'écologie antipopulaire et ça n'est pas écologiste, justement.
Si on prend l'une de vos propositions pour faire face à la canicule, il y a notamment l'adaptation des logements aux fortes chaleurs et plus de protection pour les occupants. Concrètement, là, si on devait donner un exemple, ça donnerait quoi ?
Alors d'abord, je voudrais dire quand même que c'est une proposition de la Fondation pour le logement des défavorisés, c'est une proposition de loi transpartisane que le gouvernement en pleine canicule aurait pu mettre sur la table. Et je suis choquée qu'il ne l'ait pas fait. Cette proposition de loi, elle pousse en fait les bailleurs à mettre en place des protections solaires extérieures, des brasseurs d'air, bref, à rénover les logements, y compris pour ce qu'on appelle le confort d'été. Parce qu'il faut savoir qu'aujourd'hui, il y a un tiers de logements qui sont des bouilloires thermiques, où l'on vit la nuit à plus de 28 degrés et la journée à plus de 30 degrés.
Et donc ça, il faut savoir que ça rend malade, ça tue même. Il y a 3 700 personnes qui meurent chaque année de la chaleur désormais.
Et l'argent vous débloquez d'où ?
Alors, l'argent, évidemment, ça demande un budget. Et donc, là, on arrive à la question du budget, du coup, j'imagine.
On va y venir justement, mais justement, vous allez chercher où ? Parce qu'on voit qu'il y a des... Je vous l'avais dit, on a raboté la prime rénov', il y a eu des décisions qui ont été prises dans un sens. Comment vous, vous rétablissez un budget pour amener justement les Français ?
Nous arrivons à la question du budget, justement. Eh bien, écoutez, d'abord, ce qui est catastrophique, c'est que ce gouvernement propose la cure d'austérité, et je pose mes mots, la plus drastique du XXIe siècle, c'est-à-dire moins 90 milliards en 3 ans, c'est-à-dire 9 fois le budget de la justice et la totalité du budget de l'éducation nationale. On peut faire autrement, et je crois que nous y viendrons juste après.
On va y venir dans quelques instants, effectivement, juste avant de retrouver Jeanne Mézia pour le Fil Info à 8h45 sur France Info.
Deuxième journée de mobilisation pour les contrôleurs aériens. Plus de 900 vols annulés hier, d'autres retardés. Situation encore plus difficile à prévoir aujourd'hui, surtout dans les aéroports parisiens, où la direction générale de l'aviation civile a demandé la réduction de 40% du nombre de vols. Emmanuel Macron a menacé l'Iran de mesures de rétorsion. Le président français réagit à l'inculpation pour espionnage de deux Français détenus depuis plus de trois ans par Téhéran, Cécile Collère et Jacques Paris. Le chef de l'État assure que la réponse de la France ne se fera pas attendre. Des incendies violents en Grèce et en Turquie.
Depuis deux jours, deux personnes sont mortes dans la province d'Ismir, en Turquie, et des milliers de personnes évacuées en Crète où l'incendie est enfin maîtrisé. À Londres, des Français à suivre aujourd'hui dans le tournoi de tennis de Wimbledon. Une place en huitième de finale à la clé pour Arthur Rinderknecht, mais aussi la fin du match interrompu hier entre Gaël Monfils et le Hongrois Martin Fuksovic. Les deux joueurs ont remporté chacun deux manches. France Info.
Le 8.30 France Info. Bérangère Bont, Benjamin Fontaine.
Et Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, présidente de la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. On parle donc du budget avec la Cour des comptes qui préconise, vous l'avez suivi sans doute, des efforts budgétaires très exigeants lors des prochaines années pour reprendre le contrôle des finances publiques. C'est le rapport annuel qui a été rendu avant-hier. Un seul chiffre, la France a le déficit public le plus élevé de la zone euro, 5,8% du PIB en 2024. On est d'accord, c'est un problème ce déficit pour vous ?
Tout à fait. Et vous avez remarqué que la responsabilité entière est celle du président Macron et de ses gouvernements et qui nous ont mis dans une situation. Il y a aussi un parlement qui a voté un certain nombre de textes. Vous vous rappelez que ces trois dernières années, nous avons eu un 49-3 sur les budgets. C'est-à-dire que nous, nous avions voté pour 75 milliards de recettes publiques supplémentaires en allant taxer les ultra-riches et les multinationales à l'Assemblée nationale qu'a fait le gouvernement. Il a imposé un 49-3 et il a imposé sa copie qui nous amène à ce déficit public absolument abyssal.
Comment vous entendez l'avertissement de Pierre Moscovici qui dit que c'est l'effort volontaire maintenant ou l'austérité subit demain ?
Alors, oui, il faut agir. Maintenant, la question, c'est qu'il faut agir comment ? Et par contre, j'ai un désaccord avec la Cour des comptes, en tout cas avec M. Moscovici, c'est que ce déficit public ne provient pas, en fait, de l'augmentation des dépenses publiques. Vous regardez les chiffres, c'est faux. Sur 15 ans, on est resté à peu près à la même part des dépenses publiques dans la richesse française, à 56-57%. Ça n'a pas bougé depuis 15 ans. Le problème, il n'est pas du côté des dépenses, de ce qui sort des caisses de l'État, il est du côté des recettes publiques, de ce qui rentre dans les caisses de l'État.
Et là, le président Macron et ses gouvernements ont distribué des cadeaux fiscaux très importants aux ultra-riches et aux multinationales. Prenez l'impôt sur la fortune qui a été supprimé, 4 milliards d'euros par an. Prenez le plafonnement des revenus financiers des très riches, d'accord ? Pardon, le plafonnement de la taxation sur les revenus financiers, la flat tax. Eh bien, ça, ça coûte 3 milliards d'euros. Prenez l'impôt sur les sociétés, sur les bénéfices des sociétés qui a été réduit. Ça, ça coûte 11 milliards d'euros chaque année. Donc, tous ces cadeaux fiscaux, s'ils n'avaient pas été faits, sachez que nous serions en dessous des 3% de déficit.
Donc, vous, la clé, elle est essentiellement et uniquement dans la hausse des impôts. Clairement, vous...
Alors, pas des impôts de manière générale, des impôts sur les ultra-riches et les profits des multinationales. Par contre, nous, je vous le dis, dans le programme de la France insoumise, nous diminuerons les impôts pour 90% des gens. contrairement, d'ailleurs, à ce gouvernement qui, au contraire, a augmenté les impôts. Je ne sais pas si vous le savez, il a augmenté les taxes sur l'électricité et le gaz. Donc, il augmente les impôts, mais essentiellement sur les classes populaires. Et ça, c'est absolument le contraire de ce qu'il faut faire. Il faut aller chercher l'argent là où il s'est concentré, c'est-à-dire dans les poches, notamment des milliardaires, des multimillionnaires.
La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, parle de plus en plus d'une pause dans les dépenses. On évoque aussi une année blanche chez certains parlementaires. Vous êtes dans quel camp, vous ?
Une année blanche, en réalité, ça veut dire encore une très forte baisse des dépenses publiques. Puisque, évidemment, il y a un petit tour de passe-passe. Ça veut dire que vous ne comptez pas l'inflation. Donc, ça veut dire qu'en vrai, vous diminuez fortement les dépenses publiques. Et donc, je le redis, ça voudrait dire la cure d'austérité la plus importante de ce XXIe siècle. Et sachez qu'en plus, c'est complètement contre-productif. Parce que ce que fait le président Macron depuis plusieurs années, c'est qu'il passe par une baisse des dépenses. Et ça, c'est un effet récessif. Ce n'est pas moi qui le dis.
C'est notamment l'OFCE, qui est un organe tout à fait officiel et très solide d'évaluation des politiques publiques et de la politique économique. Qu'est-ce qu'il dit ?
Donc, vous défendrez quelle ligne, finalement, quand François Bayrou va présenter ses orientations le 15 juillet ?
Ce que nous défendrons comme ligne, c'est qu'au contraire, il faut augmenter les dépenses publiques d'avenir, notamment dans l'investissement public, parce que ça va, en plus, créer de l'emploi, de l'activité. D'accord ? Et ça va avoir, justement, un effet positif pour faire rentrer demain des recettes publiques. Et c'est ça.
Et on va chercher de l'argent taxant les plus riches.
Et vous comprenez que le gouvernement fait l'inverse. Il fait une austérité budgétaire qui a un effet récessif sur l'économie et qui, du coup, va vider les caisses publiques. Vous comprenez ? Et donc, c'est contre-productif. C'est tout à fait inefficace. C'est un effet, c'est un cercle vicieux qu'ils sont en train d'instaurer.
On comprend que François Bayrou pourrait lancer, quand il va présenter ses orientations, un appel au parti politique pour faire des propositions sur certaines économies. Il est dans cette optique-là, de toute façon. Est-ce qu'il y a une économie que vous mettriez sur la table ? Est-ce que vous voyez, vous, un levier ? Tout à fait.
Les aides publiques aux entreprises et notamment aux très grandes entreprises. Vous savez combien ça coûte chaque année ? Vous les supprimez ? Vous les conditionnez ? Nous les conditionnons, nous les planifions. Aujourd'hui, il y a 200 milliards d'aides, directes et indirectes, aux entreprises et une grande partie, ça va à des multinationales. Par exemple, Sanofi a reçu un milliard d'aides publiques en dix ans. En dix ans, Sanofi a licencié des centaines et des centaines de personnes, a fermé des usines, a bradé des médicaments essentiels pour les gens à des fonds étrangers. Et Sanofi a reçu un milliard en dix ans. Ça, c'est inacceptable. Et aujourd'hui, vous avez...
Quelle économie vous imaginez faire là-dessus ?
Parce qu'après tout,
en conditionnant, ils peuvent respecter les conditions. Oui, alors,
ces aides publiques, elles doivent être conditionnées au maintien de l'emploi. Elles doivent interdire, elles doivent être conditionnées au fait de ne pas faire de licenciements boursiers, par exemple. Elles doivent être conditionnées aussi à la bifurcation écologique. Et elles doivent être planifiées. Il n'y a pas de plan. C'est quand même dingue. On a un Premier ministre qui a été au commissaire au plan, M. Bayrou, et qui n'a aucun plan. Mais ça aussi, c'est comme pour l'environnement.
On entend parler de ça depuis des années et on n'y arrive pas. Vous n'y arrivez pas, en tout cas, à l'imposer.
Comment ça ? Nous, on l'apposera quand on gouvernera. Je vous rappelle quand même... Mais pourquoi ça n'arrive pas ? Parce que ça m'arrête. Je vous rappelle que le nouveau Front populaire est arrivé en tête aux dernières élections législatives, que nous aurions dû avoir un Premier ou une Première ministre du nouveau Front populaire. Simplement, le Président Macron a imposé un nouveau Premier ministre macroniste qui continue cette politique catastrophique pour la vie des gens que nous avons depuis huit ans.
On va passer à un autre sujet, Aurélie Trouvé. On saura demain si le Président algérien Abdelmadjid Tebboune décide ou non de Gracie et Boilem Sansal, l'écrivain franco-algérien condamné mardi en appel à 5 ans de prison pour atteinte à l'unité nationale. Vous y croyez encore à cette grâce, vous ?
Moi, je voudrais d'abord dire que nous avons une situation aujourd'hui qui est inacceptable. Nous avons deux Français en prison, Boilem Sansal, donc l'écrivain franco-algérien, mais aussi le journaliste Christophe Glez de SoFoot, tous les deux en prison pour délit d'opinion, ce qui est évidemment inacceptable. Donc, il faut leur libération immédiate et tout doit être fait pour qu'ils soient libérés au plus vite.
Et dans ce contexte de relation glaciale, c'est ce que dit Bruno Retailleau, Sébastien Delogu, député LFI de Marseille, a mis votre parti en difficulté avec une prise de parole qui détonne à Alger où il se trouve cette semaine. Il n'a pas eu un mot lors d'une interview à la télévision algérienne pour Boilem Sansal, pas un mot pour Christophe Glez non plus. Votre parti a rédigé un message dans la foulée sur le réseau X en disant qu'il ne parlait qu'en son nom. Est-ce qu'il vous a dérangé dans cette prise de parole ?
Suffisamment pour que nous produisions ce communiqué.
Qu'est-ce qui vous a gêné ?
Bien entendu qu'il n'ait pas d'expression, et nous l'avons dit dans ce communiqué, claire pour exiger la libération de Boilem Sansal et de Christophe Glez. Pourquoi il fait ça ? C'est un oubli ? C'est une maladresse ? Ou c'est réfléchi ? Ce n'est pas à moi de m'expliquer. Il va le faire. D'ailleurs, il a dit qu'il s'exprimerait, qu'il expliquerait. Je n'ai pas doute sur le fait qu'il s'explique. Je trouve ça plutôt sain que dans notre mouvement politique, nous rappelions nos positions collectives, nos décisions. C'est rare, mais c'est suffisamment important cette situation, évidemment, le fait que ces deux Français soient en prison pour que nous nous exprimions, effectivement.
Il y a toujours eu deux lignes à la France insoumise sur ce sujet. Le fond du sujet, c'est le Sahara occidental, la ligne marocaine, on va dire, qui est la ligne de Jean-Luc Mélenchon, et une autre décoloniale qui est celle de Sébastien Delugu, qui appelle à un référendum d'autodétermination pour le Sahara occidental. D'abord déjà, est-ce qu'il doit être sanctionné parce que clairement, il n'est pas dans la ligne du parti ?
Nous avons, je vous le redis, exprimé, et je crois que c'est suffisamment fort, et vous l'avez dit, c'est suffisamment rare et suffisamment fort, nous avons simplement rappelé nos positions. Je crois que c'est suffisant et qu'il a aussi entendu, il a dit d'ailleurs, qu'il s'expliquerait. La position des Insoumis reste celle de Jean-Luc Mélenchon, le Sahara occidental et marocain ? Elle reste celle de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, et ces deux positions sont tout à fait effectivement en harmonie. Et D.B. Sébastien Delogu, reste le candidat LFI pour Marseille ? Eh bien oui. En fait, vous avez trop besoin de lui aussi. Alors attention, disons-le quoi.
D'abord, vous le savez que nous n'avons pas encore désigné, nous avons des chefs de file dans chacune de nos communes, de nos municipalités. Voilà, nous en sommes à ce stade-là pour les municipales.
Alors justement, mercredi, les dirigeants du PS, des écologies, de Génération, de Debout, le parti de François Ruffin, et de l'après, le parti des ex-LFI ont fait le serment d'avoir un programme commun, un candidat commun pour 2027 pour la présidentielle. Les Insoumis n'étaient pas à la réunion, Lucie Casté, à cette réunion de Lucie Casté pour s'entendre. Pourquoi vous n'étiez pas là ?
Alors d'abord, vous aurez remarqué, nous n'étions pas les seuls absents.
Non.
Il n'y avait pas le PC, il n'y avait pas Glucksmann, il n'y avait pas le NPA, il n'y avait pas toute une partie de la gauche en réalité.
On s'intéressait à vous.
Tout à fait. Tout simplement parce que je pense que d'avoir rassemblé aujourd'hui une gauche de rupture, ça ne passe pas par le rassemblement de quelques chapelles politiques pour tenter de trouver un leader. Ça passe par quoi alors ? Il va y avoir un vrai débat à gauche, c'est-à-dire quel programme nous portons. Vous voyez ? Par exemple, Raphaël Glucksmann porte un programme, il l'a montré, dans lequel il oublie, entre guillemets, deux tiers du programme du nouveau Front populaire. Et clairement, il n'affiche pas un programme de rupture avec le système. Qu'est-ce qui manque le plus, d'après vous ? Dans le programme de Raphaël Glucksmann ? Oui, pour que vous puissiez vous entendre.
Beaucoup, beaucoup de choses, puisqu'il manque 20 des 30 mesures du nouveau Front populaire. D'accord, mais je pense que les gens qui nous écoutent, ils n'ont pas forcément en tête. Par exemple, l'abrogation, il l'a dit lui-même, il n'est plus tant sur l'abrogation de la réforme de la retraite à 64 ans. Nous, nous disons, oui, il faut la retraite à 62 ans et même demain, la retraite à 60 ans. Il se trouve par ailleurs qu'une très grande majorité des Français veut revenir à la retraite à 62 ans et abroger cette réforme des retraites qui a été imposée par le gouvernement contre la vie de tous les syndicats de salariés, contre une majorité de députés à l'Assemblée nationale.
Pour nous, ça, c'est une ligne absolument rouge. Mais il n'y a pas que ça. Il a oublié, il a oublié, entre guillemets, énormément de mesures. En réalité, ça n'est pas un programme de rupture. Nous, nous pensons qu'aujourd'hui, il faut une gauche qui transforme réellement la vie des gens. Pour être clair, si c'est pour refaire la politique néolibérale de François Hollande, ça sera sans nous. Mais il y a de la place pour plusieurs candidats à gauche, sérieusement, en 2027 ? Eh bien, ce sera justement aux Français aussi de se prononcer. Mais ce que je veux vous dire, je veux vous rappeler qu'il y a 5 ans, nous souhaitons l'union populaire la plus large possible.
Et d'abord, cette union, elle ne se fait pas qu'avec des chapelles politiques. Elle va devoir se faire aussi avec toute l'énergie de ceux qui sont dans des associations, des syndicats, des collectifs, des mouvements associatifs, féministes, antiracistes. Voilà, c'est ça aussi qu'il faut reconstruire. Un plus grand,
ressemblant, plus large. Merci beaucoup, Aurélie Trouvé, députée France Insoumise de Seine, Saint-Denis, d'avoir été avec nous ce matin. Merci Bérangère et merci pour ces trois années passées à France Info. Bel été à vous, bonne continuation. L'info continue sur France Info dans 5 minutes. On revient avec Renaud Delis pour les informer.
Aurélie Trouvé