MÉLENCHON - UN AN APRÈS LE 13 NOVEMBRE 2015 : MA RÉPONSE FACE AU «TERRORISME»
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« On a dit et répété que cette rencontre était une étape. Un travail extrêmement important a déjà été accompli. »
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« Ces services, ces institutions, ces autorités, toutes se sentent aujourd'hui en grand danger. Non seulement pour elles-mêmes, avec le sentiment d'un effondrement de l'État, mais pour les autres. »
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« Le manque de moyens n'est pas le seul aspect qui révèle l'effondrement de l'autorité de l'État républicain. C'est aussi la doctrine d'emploi des forces et des institutions. »
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« J'ai passé de nombreuses années au Parlement. J'ai donc assisté aux défilés des mentons les plus divers. J'ai vu passer je ne sais combien de lois pour la sécurité, contre le terrorisme. »
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« Ce sont les bâtons que l'on aura mis dans les bonnes cases qui sont censés être la vérité de la situation de la sécurité et de la délinquance dans ce pays. »
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« Il nous faut maintenant sans doute davantage de hauts-commissaires que de ministres. Des hauts-commissaires, hommes et femmes mandatés pour une mission, pour un temps déterminé et pour des résultats à assurer. »
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« Daesh n'a pu payer ses troupes et ses assassins que parce qu'il dispose d'argent. Et cet argent, il l'a trouvé sur place, par l'impôt qu'il collecte sur les populations qu'il asservit. »
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« On y a mis des camions. On y a mis du personnel, pour ramasser le pétrole, pour le mettre dans le camion, pour conduire le camion, pour décharger le camion. »
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« Jusqu'à l'intervention russe qui a bombardé les lignes qui conduisaient des puits de pétrole jusqu'à la Turquie, personne ne faisait rien, sinon des phrases, des coups de menton. »
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« Nous ne pouvons pas être alliés, dans une alliance militaire, avec des gens qui financent et organisent des meurtres chez nous. Nous ne pouvons pas être alliés avec la Turquie. »
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« Si des actes terroristes ont été prévenus, c'est donc qu'on en connaît les auteurs. Où sont-ils ? Préparer un acte terroriste ce n'est pas un comportement, c'est un acte. »
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« Le Président de la République a donné l'ordre d'assassiner au moins quatre personnes. C'est lui qui le dit. Il dit au moins, peut-être y en a-t-il cinq. »
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« Un retour sur deux de ceux qui sont allés nous combattre n'est pas suivi quand ils reviennent sur le territoire national. »
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On a dit et répété que cette rencontre était une étape. Un travail extrêmement important a déjà été accompli. Un document est mis en débat, et j'espère qu'il ne sera pas débattu que par les professionnels, mais par les citoyens en général puisqu'il s'agit d'une question qui les implique directement.
Dans la préparation de ce travail ce matin, de nombreuses personnes sont intervenues, soit au titre de leur syndicat, soit de leur propre capacité d'expertise, universitaire, experts de toutes sortes...
Naturellement, cela ne signifie pas que ces personnes soient devenues membres de la campagne "La France insoumise", ou qu'elles en partagent le programme. Je les remercie donc de s'être avancées sur la scène de cette façon, et j'ai un avis sur les raisons pour lesquelles elles le font, car cela ne se faisait pas dans le passé. Cette raison c'est que toute une série des grands services qui font la dignité de l'État républicain, et sa raison d'être, car au fond l'État ce n'est que cela, une organisation collective au service d'un certain nombre de principes dont la mise en œuvre nécessite que des services soient organisés à cette fin.
Ces services, ces institutions, ces autorités, toutes se sentent aujourd'hui en grand danger. Non seulement pour elles-mêmes, avec le sentiment d'un effondrement de l'État, mais pour les autres, c'est-à-dire du point de vue des fonctions qu'elles sont censées accomplir et qu'elles n'accomplissent plus, du fait soit du manque de moyens, ce qui est un aspect, mais ce n'est pas le seul aspect. Le manque de moyens n'est pas le seul aspect qui révèle l'effondrement de l'autorité de l'État républicain.
C'est aussi la doctrine d'emploi des forces et des institutions qui participent de la vie de la nation. Cette question idéologique est devenue si brûlante que tous ces serviteurs de l'État ressentent le besoin de surgir sur la scène pour alerter. Ce qui autrefois relevait seulement de l'action syndicale, même si celle-ci a toujours été connectée au sens de l'intérêt général, aujourd'hui apparaît comme une question beaucoup plus étendue.
Et dès lors, les gens ressentent le besoin de dire, d'alerter. Et il n'y a pas de meilleur moment pour le faire qu'une campagne électorale, et notamment la campagne de l'élection présidentielle. L'élection présidentielle dans la monarchie républicaine... la monarchie présidentielle de la Cinquième République, est l'élection qui concentre tous les enjeux et tous les pouvoirs.
J'invite donc tous ceux qui ont à connaître des grandes questions qui concernent la vie de la société de prendre parti et de venir sur la scène, de dire les choses, d'alerter, d'expliquer, de proposer, d'élever le niveau de conscience de nos concitoyens aujourd'hui dramatiquement enfermé par les incitations qui leur sont faites pour ne plus penser et ne faire que réagir. Les injonctions qui leur sont faites d'être d'abord dans la pulsion, dans l'émotion, plutôt que dans la raison et le discernement. La politique que nous proposons est une politique de raison et de discernement.
Je la juge aussi spectaculaire que celle de la passion et de la pulsion. Je la crois plus efficace que les coups de menton ridicules auxquels j'assiste depuis tant d'années. Car c'est ma force que celle de mon expérience et de mon âge.
J'ai passé de nombreuses années au Parlement. J'ai donc assisté aux défilés des mentons les plus divers. J'ai vu passer je ne sais combien de lois pour la sécurité, contre le terrorisme, dont la définition d'ailleurs a changé beaucoup au cours des vingt dernières années car lorsque j'ai été élu pour la première fois en 1986, les terroristes, c'étaient les indépendantistes Kanaks.
Si bien que je suis bien informé de la facilité qu'il y a à gesticuler et de l'effet toujours assuré que cela produit sur les esprits faibles. Et je connais le prix de la raison, qui elle est plus patiente, plus cheminante, mais qui est autrement plus efficace et qui permet d'éviter bien des erreurs, bien des amalgames et des luttes inutiles. Donc, disais-je, il vous faut surgir, qui que vous soyez et quelle que soit votre opinion, quand bien même ce n'est pas la mienne ni celle de mes amis, dites ce que vous pensez et ce qui est bon pour le pays.
J'ai évoqué il y a un instant l'importance de l'expérience dans ce domaine. Je veux l'étendre à une autre considération : l'expérience dans ce domaine en campagne électorale. Car le grand rassemblement du 18 mars 2012, qui était en quelque sorte l'apogée visible que nous avions réussi pour faire entrer sur la scène publique la question sociale qui est la question au cœur de toutes les autres, fut annulé dès le lendemain par un événement d'une portée considérable, qui a donné lieu à toutes sortes de gesticulations qui ont complètement perturbé le cours de la campagne.
Et on l'oublie, car parfois, j'ai vu qu'on attribuait le score insuffisant que j'ai fait en 2012, mais qui était quand même remarquable, à mon caractère, aux affiches ou que sais-je encore. En vérité, la percée à ce moment-là de l'extrême droite s'est justifiée et s'explique par le fait qu'il y a eu un événement qui lui a été favorable, parce qu'il a eu lieu, et parce que la façon de réagir a été une façon qui nourrissait les prémisses du raisonnement de l'extrême droite. Après tout nous sommes en république et en démocratie, pourquoi pas ?
Quel est cet évènement ? Eh bien ! Ce sont les meurtres de Merrah Ils ont complètement défiguré la campagne présidentielle de 2012 et fait surgir la question de la violence, des meurtres, de l'assassinat de masse, de l'assassinat raciste, comme la question qui surplombait toutes les autres et devant laquelle toutes les autres devaient s'effacer, ce qui a anéanti la pensée sur les questions de sécurité.
Dès lors, je peux dire que si en effet vous avez vu et entendu encore ce matin des gens venir de leur propre mouvement témoigner au service d'une assemblée qui cherche à réfléchir, comme c'est notre cas, sans que cela engage leur implication personnelle dans ma campagne politique, ni leur adhésion à mon égard, je dois quand même dire que ces adhésions existent, et qu'elles sont le résultat d'un travail politique et d'une prise de conscience. Un travail politique commencé dans les services de police et de sécurité d'une manière générale par François Delapierre et ce livre, qui ensuite a été suivi par beaucoup d'autres travaux, rencontres et affinements successifs de la doctrine qui est exprimée dans ce livre, et que je recommande comme étant en quelque sorte la trame à partir de laquelle je continue à réfléchir avec mes amis aujourd'hui. Et puis il y a ce numéro de la Revue de la Défense Nationale, "Pour un nouvel indépendantisme", qui correspond au cycle des Journées Défense que j'ai organisé avec Djordje Kuzmanovic qui s'est exprimé il y a quelques instants devant vous.
Depuis, une équipe est au travail, et vous avez vu ceux qui en sont les référents à cette heure, Lise Maillard et Ugo Bernalicis, qui ont pris la parole tout à l'heure et qui successivement ont introduit chacun de ceux qui s'exprimaient. Au mois de janvier ou de février, je présenterai une équipe élargie qui prendra en charge la conclusion du livret que nous avons déjà commencé à travailler et la mise en place d'ateliers législatifs. Voyez-vous, ce qui est à craindre avec moi pour mes adversaires, c'est que j'ai l'intention de faire ce que je dis, et de le faire à un rythme soutenu.
Non seulement parce que je crois à ce que je dis, ce qui est paraît-il quelque chose d'assez rare de nos jours, mais qui n'est pas nouveau dans l'esprit de ceux qui vont au bout de leur pensée. Il paraît que c'est ce que Mirabeau disait de Robespierre : "Ce type est terrible, il croit à ce qu'il dit". Eh bien je crois à ce que je dis.
Nous serons prêts, instantanément, le moment venu, à nous mettre au travail. Il y aura la doctrine, les femmes et les hommes pour la mettre en œuvre, et les méthodes gouvernementales pour appliquer. Ce n'est pas le sujet aujourd'hui, mais la crise de l'État est telle, que je crois qu'on doit non seulement penser sa refonte, la refonte de l'État, et sans doute la refonte intégrale de la conception que nous avons de la police.
Je répète : intégrale. Car de bricolage en pansements et cataplasmes sur des jambes de bois, nous sommes arrivés à une sorte de pullulement où on aboutit à cette situation que viennent de décrire des policiers. C'est la mesure qui crée la réalité.
Autrement dit ce sont les bâtons que l'on aura mis dans les bonnes cases qui sont censés être la vérité de la situation de la sécurité et de la délinquance dans ce pays. Alors peut-être que les physiciens quantiques s'en réjouiront, mais en matière de gestion des affaires publiques, c'est extrêmement dangereux quand on croit que la réalité c'est ce que l'on a décrit plutôt que ce qui est. Cette refonte générale il faudra l'expliquer et la faire comprendre aux services qui auront à la mettre en œuvre.
Cela aura à voir avec l'organisation, non seulement de l'État, mais de la forme du gouvernement. Peut-être que le système des ministres tout-puissants, d'autant plus puissants qu'ils sont impuissants, c'est-à-dire qu'ils sont placés à la tête d'administrations considérables, qui se mènent entre elles souvent des luttes sans fin, vis-à-vis desquelles les ministres sont des ennuis provisoires, au milieu de séquences de parcours professionnels de la hiérarchie et des luttes entre les services. Ces ministres n'ont pas assuré la force de l'État, et l'ont au contraire dilué.
Si bien qu'on s'aperçoit qu'il faudrait avoir une intervention plus fine, c'est-à-dire plus politique, à tous les échelons du fonctionnement de l'État. Il nous faut maintenant sans doute davantage de hauts-commissaires que de ministres. Des hauts-commissaires, hommes et femmes mandatés pour une mission, pour un temps déterminé et pour des résultats à assurer, seraient mis au travail dès notre arrivée au gouvernement.
J'en viens donc à vous dire que si je me suis exprimé avec mes amis à plusieurs reprises dans le cadre de Journées Défense, si, à travers la préparation de ce livret, des policières et des policiers se sont impliqués, des magistrats aussi, même si la question de la justice sera traitée séparément, c'est qu'il existe parmi les policières et les policiers, parmi les militaires et parmi les juges, des gens qui ont fait le choix de rejoindre le combat que nous menons. Ils ne peuvent pas tous le faire à visage découvert, parfois en raison des responsabilités qu'ils occupent. Et je ne leur demande pas de le faire, car d'abord, il faut respecter les obligations de service qui sont liées aux fonctions que l'on assume dans ces domaines si délicats.
Mais le moment venu, ils apparaîtront pour une partie d'entre eux à visage découvert. Pour que chacun puisse se rendre compte qu'il se passe quelque chose de nouveau dans le champ politique traditionnel. Cela a été dit tout à l'heure par François Piret.
C'est bien son pseudonyme ? Je suis pas en train de révéler des secrets ? C'est-à-dire que jusqu'à présent, dans notre famille de pensée, c'est vrai qu'on s'attachait souvent beaucoup, et à juste titre, aux questions de la justice et de la qualité de cette justice, de la façon dont elle est rendue, sans perdre de vue que la justice s'exerce au nom du peuple français, mais en application des lois.
Un juge a une évaluation personnelle de la façon d'appliquer la loi, mais c'est la loi qui commande. Si bien qu'on se sentait plus à l'aise, puisqu'on voyait quelle était la participation directe que l'on pouvait avoir à ces questions. Et au demeurant, la justice, garante d'abord de la liberté individuelle, et sa première fonction, dans l'équilibre de la société républicaine, était l'objet de nos soins attentifs.
Je ne dis pas que tous les juges nous aient apprécié tant que ça, mais beaucoup, si. Et dans la justice on a aussi un débat. Mais il était beaucoup plus rare, que dans notre famille de pensée, on s'intéresse aux questions de la police et de l'armée.
Mais la police et l'armée sont composées de femmes et d'hommes qui sont des citoyens, et qui donc réfléchissent à tous les problèmes de la société, et sont peut-être mieux placés que d'autres pour se rendre compte de leur impact sur la stabilité de cette société. Parce que la délinquance, qui attire beaucoup l'attention et les regards, est un symptôme de l'impact sur la société d'un ensemble de faits, même si bien sûr la responsabilité individuelle des individus est toujours engagée, et pour ma part, non seulement je le crois, mais je pratique au sens philosophique le principe de la responsabilité individuelle comme philosophie républicaine. Bon.
C'est nouveau. C'est nouveau qu'il y ait des généraux, des amiraux, des colonels, qui soit parce qu'ils ne sont plus d'active, et se sentent plus libres de leurs décisions, soit qu'ils le sont toujours, demandent à nous rencontrer, et trouvent en nous un point d'appui. De même dans la police.
À tous les niveaux. Et je veux dire solennellement, je suis votre point d'appui. Car s'il est vrai que tous ces corps sont traversés par des débats et par des choix idéologiques, comme c'est normal dans une société démocratique, les policiers et les militaires ne sont pas des robots, pas davantage que les juges, à qui un temps on prétendait faire appliquer des peines automatiquement.
C'est une société d'êtres humains. Et dès lors, vous êtes partagés, dans l'armée, dans la police, dans la justice, entre des sentiments personnels et des évaluations politiques qui vous conduisent, après avoir ressenti la crise de l'État, à vous positionner. Et nombre d'entre vous ont compris que les pareils-au-même et les pires-en-pire que sont les siamois du PS et des Républicains, qui ont amené l'État à ce point de décomposition, qui ont gesticulé et utilisé si irresponsablement votre autorité, au point que la majorité d'entre vous n'a plus confiance en eux.
Je récuse l'idée qu'il n'y a qu'un recours possible, et nombre d'entre vous le savent, on peut choisir d'opter pour la solution d'extrême droite dans la police et dans l'armée, comme on le fait dans toute la société. Mais je veux qu'on sache qu'on peut aussi choisir l'extrême république que j'incarne, et que dès lors, vous trouvez en moi et dans la France Insoumise le point d'appui dont vous pouvez vous réclamer pour résister aux ordres illégitimes, et à une vision de la doctrine d'emploi de la police et de l'armée qui n'est pas conforme à l'idéal républicain. Vous pouvez vous appuyer sur nous.
Ce point est nouveau. Il soulèvera bien des difficultés dans ma famille, je le sais d'avance. On m'a reproché de m'exprimer sur cette situation inouïe, quand on a vu des policiers manifester la nuit, et aller jusqu'à l'Élysée, ce qui est une attitude qui est absolument non conforme à ce que la police doit elle-même mettre en œuvre.
Car il y a des périmètres que l'on ne franchit pas dans ce pays, pour des raisons multiples et diverses. C'est vrai de la proximité d'une centrale nucléaire, et c'est vrai du siège du pouvoir républicain. On ne vient pas, quand on représente un corps de police ou d'armée, aux alentours, sans ordres, d'un bâtiment de cette nature.
Par conséquent, pour qu'on en soit rendu là, avec des personnes qui n'avaient aucune intention putschiste, je l'ai bien compris, mais pour qu'on en soit rendu là, c'est que la crise est extraordinairement grave. Et il est irresponsable d'assigner les policiers affolés, les policiers méprisés, les policiers humiliés, les policiers apeurés, à l'extrême droite. Car nombre d'entre eux n'ont rien à voir avec tout ça, et leur protestation n'a rien à voir avec tout ça.
C'est pourquoi j'ai pris mes responsabilités en donnant mon point de vue, en disant que c'est très grave. Je ne veux pas sous-estimer ce fait, et j'estime que ça ne méritait pas qu'une audience, obtenue instantanément, quand des mois et des mois de manifestations contre la loi travail n'ont rien obtenu du tout. Je ne crois pas que ce soit le rôle du Président de la République de recevoir des manifestants.
Je le dis. Des fois...
Dans certaines circonstances...
Mais là quand même ça méritait autre chose. Peut-être de montrer qu'on a entendu le signal d'alerte. Je le résume, c'est l'État qui est mis en cause dans son identité républicaine, au point qu'on pense pouvoir le braver, par le personnel qui est chargé de le défendre.
C'est l'État qui est menacé parce que son effondrement crée un sentiment d'angoisse parmi ses premiers serviteurs, ceux qui sont à la première ligne de défense, et c'est à ça qu'il faut répondre. Le travail que nous avons entrepris, je crois, apporte des réponses précices, trop précises parfois à mon goût, mais je ne peux pas retenir l'appétit de ceux qui rédigent ces livrets. Si bien que si l'on est précis, plus on s'expose, comme vous le savez, car tel qui n'y aurait pas vu malice, découvre à la page 54 que tel ou tel aspect évoqué ne convient pas à ce qu'il croyait et aussitôt le voilà monté sur ses grands chevaux, déclenchant d'interminables polémiques.
J'espère que ça se passera mieux que ça. Je laisse de côté pour aujourd'hui les questions de police, puisque je dois dire quelques mots à propos de l'action anti-terroriste. Je le fais parce que nous sommes à quelques jours du terrible anniversaire du massacre de masse du 13 novembre, et que je veux que l'on connaisse aussi précisément que possible ce que j'en pense.
Cependant. Cependant, je voudrais montrer avant cela que si l'on a fait souvent par des conforts intellectuels que l'on croyait habile d'entretenir, un rapprochement entre la délinquance, dans ces quartiers sans cesse montrés du doigt, et le terrorisme, sans jamais en établir aucunement la preuve, autrement qu'en apercevant ici ou là, quelques personnes complètement perturbées, alcooliques, en proie à la pratique des drogues, comme ça a été le cas pour plusieurs d'entre eux, qui ne pratiquaient la religion que depuis quelques heures, et sous sa forme la plus invraisemblable, en tout cas recommandée nulle part dans les textes en question, comme on a pu le voir à Nice. On a jamais pu établir ce lien.
Par contre. Par contre, nous sommes en état d'établir de manière certaine et avérée le lien entre la grande criminalité, les circuits financiers de blanchiment d'argent et l'action des ennemis de notre patrie. Mais curieusement, ça n'a jamais été évoqué.
Et personne n'entend jamais dire que l'on réprime tel ou tel circuit bancaire qui a permis à l'argent de circuler jusqu'à son point d'arrivée que sont ceux qui vont acheter des armes, car elles ne sont pas gratuites, des véhicules, louer des appartements, etc etc. Ces circuits qui ont à voir avec la délinquance sont des circuits criminels. Et comme il a été montré il y a quelques instants, ces circuits criminels sont souvent les mêmes que les circuits officiels.
Ce sont les mêmes personnes qui brassent l'argent du crime, de la prostitution, de la drogue, du meurtre, et l'argent des terroristes. Il y a donc un intérêt particulier à la lutte contre ces secteurs. Et personne ne peut nous faire oublier, puisqu'il s'agit de lutte anti-terroriste, qui est mon sujet ce matin, et pour un temps limité, que si les terroristes existent, c'est toujours en lien avec un conflit.
Ce n'est jamais autrement qu'en lien avec ces conflits. Aucun des actes terroristes qui a été commis, n'a été fait autrement qu'en lien avec ces conflits. Leurs auteurs s'en sont toujours réclamés.
Par conséquent, c'est à ce lien qu'il faut s'attaquer en priorité. Je crois que tout le monde peut en convenir assez facilement. Mais ce lien, sa forme la plus évidente, la plus immédiatement présente, c'est l'argent !
Daesh n'a pu payer ses troupes et ses assassins que parce qu'il dispose d'argent. Et cet argent, il l'a trouvé sur place, par l'impôt qu'il collecte sur les populations qu'il asservit, mais aussi en exploitant les ressources locales, ressources locales auxquelles ont participé un certain nombre de personnes comme Lafarge par exemple. C'est ce qu'a révélé le journal Le Monde, mais plus profondément certains États.
Le pétrole prélevé en Irak et en Syrie a été transporté Mesdames et Messieurs. Il ne s'est pas déplacé tout seul. On y a mis des camions.
On y a mis du personnel, pour ramasser le pétrole, pour le mettre dans le camion, pour conduire le camion, pour décharger le camion. Et ensuite, une fois le camion déchargé, ils le mettent dans des bateaux, et les bateaux ont circulés d'un port à l'autre. Tous ces circuits ne sont pas tous numériques, mystérieux et dissipés dans l'air, au point qu'on ne sache comment les capturer.
Un port est un port, on voit un bateau. Un camion est un camion, on le voit rouler.Eh bien dans ce circuit-là, il y a des États, des sociétés et des circuits bancaires.
Des circuits bancaires, on les connait. Des États, on les connait. On peut désigner la Turquie, le gouvernement turque, la personne du président turque, et plus précisément celle de son gendre, dénoncé par le parti social-démocrate turque comme étant l'organisateur de ces trafics.
Et jusqu'à l'intervention russe qui a bombardé les lignes qui conduisaient des puits de pétrole jusqu'à la Turquie, personne ne faisait rien, sinon des phrases, des coups de menton, et la suspicion généralisée à l'égard de tous les voleurs de mobylettes comme étant des terroristes en puissance capables sans doute de transporter du pétrole d'un bout à l'autre de la planète ou presque. J'ai mis la dose d'humour qu'il faut, mais c'est naturellement révoltant. Poursuivre les circuits qui permettent le financement des actes terroristes à leurs racines, est une nécessité qui implique évidemment des moyens de lutte, sur place, de police et de justice, répression des trafics financiers qui rendent ça possible, et de la géopolitique.
Nous ne pouvons pas être alliés, dans une alliance militaire, avec des gens qui financent et organisent des meurtres chez nous. Nous ne pouvons pas être alliés avec la Turquie, dès lors qu'elle tire dans le dos des Kurdes, qui sont nos principaux alliés sur le terrain dans la lutte contre le fascisme qu'incarne l'orientation politique de Daesh, Al Nosra et les autres organisations de fanatiques. Dès lors, la racine géopolitique des actes terroristes doit être curée jusqu'à la racine.
C'est là qu'est l'efficacité, ce n'est pas de courir ensuite après tout ce qui bouge, avec une logique aberrante qui conduit à ce que les magistrats ont parfaitement bien décrit, qui est qu'on passe d'une police de l'acte à une police du comportement. Tant et si bien qu'après les évènements abominables de Nice, après qu'on en ait sans plus de démonstration attribué la "victoire" à Daesh, on a prolongé toute cette aventure en faisant la chasse au burkini, et en mélangeant ce qui relevait de la loi et de son application, avec ce qui relève de l'engagement idéologique qui fait qu'en effet, des gens peuvent être parfaitement hostiles au port du burkini, pour des raisons idéologiques mais qui relèvent du champ de la controverse idéologique, et non pas de la loi. La preuve en a été donnée quasi instantanément.
Et les décisions de justice ont annulé les décisions illégales à ce sujet. Si bien qu'on s'est mis soi-même dans une situation ridicule où on a une nouvelle fois montré que l'autorité n'en était pas une. Rien n'est pire que d'utiliser l'autorité pour montrer qu'elle n'en est pas une.
Ça m'amène à mon deuxième point. Si l'on dit que le "terrorisme" c'est l'ennemi, ce que je ne crois pas, je crois que l'ennemi ce sont les terroristes, c'est-à-dire les personnes qui commettent des actes terroristes, si c'est bien un ennemi, si l'on peut à tout bout de champ répéter que nous sommes "en guerre", alors il faut appliquer les logiques de guerre d'un bout à l'autre. Bien sûr que non !
On le fait de manière éparpillée et naturellement contre-performante. Il est temps que les militaires de l'opération "Sentinelle" rentrent dans leur caserne. On les épuise pour rien.
On utilise la démonstration de force de manière grotesque. Personne ne peut imaginer un militaire de ces patrouilles se mettant à tirer avec des armes de guerre au milieu de la foule de la Gare du Nord, de la Gare de l'Est ou devant les écoles. Ce n'est pas de cette manière que les problèmes viendraient à être réglés s'ils surgissaient.
Et nous le savons tous ! Dès lors on montre une armée réduite à des patrouilles, qui elles-mêmes souffrent de la situation qu'ils arrivent à lire dans les yeux des gens qu'ils croisent. Deuxièmement, si nous affrontons un ennemi, la règle de base est de ne pas lui donner la victoire, surtout quand il ne la demande pas.
Et c'est pourtant ce qu'on a fait dans de nombreuses circonstances. En particulier à l'occasion de l'attentat ignoble de Nice. Enfin, on ne lui donne pas le moyen d'atteindre son objectif, car l'acte terroriste a un objectif.
Ce n'est pas seulement de réussir le meurtre de masse pour lequel est commandité tel ou tel halluciné criminel, psychopate, dangereux. C'est de provoquer un résultat politique, et c'est ce résultat politique qu'il faut combattre. Je veux y insister : l'acte terroriste a un objectif politique, et c'est l'acte politique qu'il faut empêcher d'aboutir, puisqu'on a pas pu empêcher l'acte terroriste.
D'ailleurs, j'entends souvent dire que de nombreux actes terroristes ont été prévenus à temps. Je suis sûr que les services de sécurité font tout ce qui est en leur pouvoir. Et pour ma part, je veux m'en montrer solidaire.
Je n'appartiens pas à la catégorie des professeurs je-sais-tout, qui expliquent après coup ce qu'il aurait fallu faire, mieux que ceux qui l'ont fait. Néanmoins, je pose la question. Si des actes terroristes ont été prévenus, c'est donc qu'on en connaît les auteurs.
Où sont-ils ? Préparer un acte terroriste ce n'est pas un comportement, c'est un acte. Où sont-ils ?
Où sont les inculpations ? Où sont les gens en détention préventive qui se préparaient à commettre des meurtres ? Il n'y en a pas.
Donc, nous avons des attentats, qui paraît-il, ont été prévenus, dont les auteurs ne sont pas connus, ni jugés. Pourquoi ? Les a-t-on mis dans des prisons secrètes, comme les affectionnent les Nords-Américains ?
Les prisons secrètes ont pour principale caractéristique d'être totalement inefficaces. A-t-on jamais vu que le centre de torture de Guantánamo ait empêché la propagation du terrorisme où que ce soit dans le monde ? Non.
A-t-on vu que les prisons secrètes de la C.I.A. en Europe aient empêché les attentats qui ont eu lieu en Europe?
Non. Par conséquent, si les personnes qui ont été interceptées alors qu'elles se préparaient à commettre des actes délictueux ont été arrêtées sans être livrées et données à la justice, il y a un problème, on voudrait savoir où elles sont passées. À moins que le chef de l'État n'ait décidé de les faire assassiner à l'étranger.
Puisque nous avons appris dans un livre récent que le Président de la République a donné l'ordre d'assassiner au moins quatre personnes. C'est lui qui le dit. Il dit au moins, peut-être y en a-t-il cinq.
Lui-même ne s'en souvient plus très bien. Il dit au moins quatre personnes, peut-être est-ce six. Dans le domaine du meurtre souvent, on ne compte pas semble-t-il.
Mais ça pose question. Qui a-t-on tué ? Pour quelles raisons ?
Qu'est-ce qui se préparait contre la France ? Nous voudrions le savoir. À supposer que décider d'un meurtre soit une attitude moralement acceptable, c'est un sujet particulier, mais efficace.
Pourquoi n'a-t-on pas plutôt capturé ceux qu'on était en situation d'assassiner ? Si on pouvait les approcher de manière assez méthodique pour les assassiner, sans doute pouvait-on aussi les capturer. Et si on les capturait, on aurait pu les donner à la justice, et peut-être les interroger pour savoir ce qu'il s'ourdissait contre nous.
Vous voyez, bien des gesticulations auxquelles nous avons assisté sont surtout des révélations d'une impuissance tragique à faire face aux évènements. J'ai dit que... on devait l'un après l'autre couper tous les liens qui rendent possibles les actes terroristes.
Je crois avoir évoqué le fait que ce n'était pas le cas. "Où et quand a-t-on intercepté des circuits financiers ?" ai-je demandé tout à l'heure.
Pourquoi a-t-on refusé d'intercepter des criminels en puissance au point de décider de plutôt les assassiner ? Enfin, comment explique-t-on qu'après tant de grandes déclarations, on croupisse dans une telle inefficacité ? J'ai lu, je ne sais pas si c'est vrai, mais je l'ai lu, dans des journaux qui se disent bien informés, qu'un retour sur deux de ceux qui sont allés nous combattre n'est pas suivi quand ils reviennent sur le territoire national.
Comment une chose pareille est-elle possible ? Comment quelqu'un qui a combattu contre nous, et j'ai envie de dire un quelconque qui a servi dans une armée étrangère, et donc de ce fait assumé tous les intérêts et la logique de la défense d'une autre armée que la nôtre, comment de telles personnes peuvent-elles revenir sans qu'on leur pose aucunes questions ? Sans qu'on leur demande rien, ni de ce qu'ils ont fait, ni d'où ils étaient ?
Et qu'on ne se pose pas la question un instant de s'alarmer quand un sur deux n'est suivi par personne ? Les combattants, d'une manière générale, c'est l'expérience qui nous l'apprend, développent des syndromes psychologiques particuliers. Les Nords-Américains ont eu à en connaître, avec ceux qui revenaient de la guerre du Viêt Nam.
La guerre est une organisation particulière du crime. On s'organise pour tuer un maximum de gens, qui eux-mêmes sont organisés pour vous en tuer un maximum. On ne peut pas dire que ce soit une activité qui psychologiquement pousse à l'équilibre.
Et surtout ceux qui sont en première ligne. Tuer va contre un instinct profond des êtres humains. C'est pourquoi on n'arrive pas à organiser la guerre autrement qu'à travers toutes sortes de rites, qui sont censés soulager la pression psychologique qui s'exerce sur l'individu.
Par conséquent, c'est une question à traiter très au sérieux que des gens qui reviennent d'un front, qui ont combattu contre nos armées, et qui reviennent sur le territoire national. Ce n'est pas une suspicion sans fondement. Moi je crois que quiconque a servi dans une armée étrangère doit être interrogé à son retour.
Que ce soit une armée légale ou des bandes criminelles comme celles qui sont regroupées sous les drapeaux de Daesh, Al Nosra, et les autres organisations de fanatiques. Après quoi, je pense que les mesures de prévention doivent se concentrer sur les aspects humains, comme cela a été dit par plusieurs d'entre vous. La prolifération de l'illusion technique, outre qu'elle ne tarde pas à manifester souvent son absurdité...
Nous l'avons connu à Viry-Grigny lorsque des trafiquants, le crime organisé, s'est attaqué à une voiture de police, avec une sauvagerie qui visait à intimider les policiers, à leur faire peur, puisque délibérément ces gens ont décidé de faire brûler les policiers qui se trouvaient dans cette voiture. Mais ce qui est terrifiant, c'est de voir que ces policiers protégeaient une caméra de surveillance. Parce que c'est soit la caméra qui surveille, soit les policiers.
Mais, des policiers pour surveiller une caméra qui surveille des gens, comment voulez-vous que le policier soit motivé à une activité pareille ? Et deuxièmement, quelle est l'efficacité d'un système de cette nature ? Tout ça est absurde, nous le voyons vite.
Les moyens humains restent toujours premiers, et on l'a vu dans ce cas, puisqu'il a fallu des policiers pour protéger une caméra. Et cela vaut pour les écoutes. Car écouter tout le monde, en même temps, partout, à tout propos, et jusqu'au niveau individuel, par cet outil que dorénavant on ne peut plus ouvrir, tout ça, quand on y réfléchit est un mythe, parce que qui dépouille la masse des informations que ces machines recueillent ?
Eh bien d'autres machines ! Je le sais. J'ai été, je le rappelle, secrétaire de la commission de la défense et des forces armées au Sénat.
Je sais comment ça marche tout ça. Donc on écoute, et d'autres machines dépouillent ce qu'on écoute. J'ai connu un ambassadeur une fois, dans un pays que je ne nommerai pas, un ambassadeur de France qui m'a dit : "Ne racontez pas n'importe quoi au téléphone à vos amis", je ne sais pas pourquoi cet homme s'imaginait qu'on se faisait des confidences, je ne sais pas lesquelles, "parce qu'après c'est la machine qui perd son temps !".
Donc j'ai appris que jusque dans cette ambassade, ce que je disais était surveillé au téléphone. Bon, je sais comment ça marche. Tout ça est une illusion.
On finit par se dire c'est impossible puisqu'il n'y a personne qui arrive à suivre une masse pareille. Vous vous trompez ! C'est pas dans ce sens là qu'il faut prendre le problème, c'est dans l'autre.
C'est-à-dire que le jour où l'on veut savoir quelque chose à propos de quelqu'un, pour des raisons fondées ou non, on retrouve d'un seul coup une masse de renseignements considérable intégrant ses conversations privées et ainsi de suite. C'est dans ce sens-là qu'il faut comprendre cette collecte. Et maintenant, avec la formation du très grand fichier qui a été décidé secrètement par le gouvernement, pendant les vacances scolaires du mois de novembre, eh bien, on sera en état le moment venu, car vous savez bien qu'il faut commencer un jour pour continuer le lendemain, à avoir sur une personne une masse d'informations illégitimement collectées.
Je vais en rester à ce que je viens de dire. Mais je ne veux pas achever sans conclure que si l'on s'attaque à la racine géopolitique du problème, si l'on réfléchit aux formes que prend la racine individuelle du problème, et qu'on y réfléchit sérieusement, c'est-à-dire en évitant de croire que la lecture d'un livre, à plus forte raison d'un livre religieux, fait qu'on se lève un matin en décidant de se mettre une ceinture de pains de plastique pour aller faire sauter ses concitoyens, et qu'on comprend que c'est tout un trajet qui se fait jusqu'à l'acte criminel, comme je viens de le dire, si l'on va au traitement préventif, si l'on imagine qu'il faut refuser de donner la victoire politique à ses adversaires, c'est sur ce point qu'il faut s'attarder. De deux manières.
L'objectif politique des actes terroristes est de diviser les Français d'après leur appartenance religieuse. La tâche politique n°1 est d'empêcher cette division. par conséquent, tous ceux qui d'une manière ou d'une autre, concourent à établir un lien entre une religion et ces comportements, sont complices de l'ennemi, parce qu'ils lui facilitent la tâche.
Et ils permettent à des milliers de gens de se figurer qu'il y a bien un lien entre les deux. Car le but des fanatiques politiques est de tirer de la religion un programme politique dont ils seraient les exclusifs représentants. Partout nos amis luttent contre ça, on l'a rappelé tout à l'heure.
Et les plus nombreuses victimes sont dans les pays où la majorité de la population est musulmane. Et les premières victimes psychologiques en France, c'est la population de confession musulmane qui se sent totalement désemparée, totalement dépassée par une situation dans laquelle elle est montrée du doigt, tandis que ses éléments les plus fragiles parmi les jeunes et les dérangés, et disons-le clairement les minables, peuvent se sentir représentés tout d'un coup par cette façon extravagante d'habiller des idées criminelles. Ça c'est le premier aspect et l'autre aspect qui va avec, c'est que l'État doit être un État officiellement républicain.
La République n'est pas un régime neutre. On ne consomme pas de l'État républicain. On ne zappe pas entre les compartiments de l'État républicain, c'est un tout.
La nation, l'État, la République, la citoyenneté, c'est une seule et même chose dans la conception française de la citoyenneté. Je dis française, parce qu'il se trouve que c'est là que cette idée a été poussée le plus loin, des fois dans des formes qui n'étaient pas toujours très malines. Et puis des fois sans qu'on en soit nous-mêmes si bons dépositaires, puisqu'il est arrivé qu'on fasse le contraire de ce que notre propre devise exige de nous.
Bref, c'est pour vous dire. L'État républicain ne doit pas être évoqué seulement quand il s'agit de tâches de maintien de l'ordre. L'ordre que nous maintenons n'est pas un ordre en général.
C'est l'ordre républicain, et dans l'ordre républicain, la liberté est première. D'abord la liberté de conscience, qui fonde toutes les autres libertés. Et deuxièmement la liberté des citoyens.
Par conséquent, renier la liberté sous prétexte de mieux combattre l'insécurité, ce qui n'a jamais été démontré où que ce soit dans le monde, C'est une activité contre-républicaine. Nous pouvons gagner cette bataille-là sans avoir besoin de régime d'exception, qui plus est, manié à tout bout de champ, de manière irresponsable, l'état d'urgence quasi permanent...
Tout le monde sait qu'au-delà de trois jours l'état d'urgence ça ne sert plus à rien. L'état d'urgence, ça sert à une seule et unique chose : donner un coup de pied dans la fourmilière. Encore faut-il qu'il y ait une fourmilière.
Mais si c'est l'état d'urgence tout le temps, et bah c'est clair qu'il y en a plus, parce que le crime organisé s'organise dans d'autres conditions pour faire face à l'état d'urgence. Si bien qu'après qu'est-ce qu'il vous reste ? L' état de super-urgence ?
L'état de guerre ? L'état d'exception ? La suspension des libertés démocratiques prévue par l'article 16 de la Constitution ?
Il faudra qu'on en arrive là pour s'apercevoir que tout ça ne mène à rien ? Sinon qu'à faire reculer la cohésion, l'unité, l'enthousiasme des citoyens pour défendre l'État auquel ils croient ? Voilà, je voulais vous dire tout ça avant le 13 novembre.
Et à propos du 13 novembre et de ce qui a suivi depuis, notamment cet été. J'ai trop souffert qu'on laisse croire que nous serions ceux qui sont les désinvoltes sur ces questions. Ce n'est pas vrai, c'est le contraire.
C'est nous les plus sérieux. Parce que les autres, rien de ce qu'ils ont entrepris n'a marché. Tout échoue continuellement.
Peut-être que le Président de la République a fait assassiner personnellement quatre personnes, ça ne s'est pas traduit par des résultats extraordinaires sur le terrain ici, hein. J'ironise à peine. Je veux que nos concitoyens prennent conscience de la gravité de ce qui se fait au nom d'une lutte si mal menée.
On peut penser que dans les jours qui viennent la victoire soit arrachée en Syrie, et le terrain repris aux fanatiques. La belle lutte des Kurdes, et de leurs alliés dans cette circonstance, on peut l'espérer va aboutir. Dans cette affaire, la France n'a pas d'amis.
Elle a juste des intérêts, et l'intérêt de la France, c'est la paix tout de suite. Plus vite la paix revient, mieux nous nous portons, et par conséquent il faut l'obtenir. D'abord, en éradiquant partout où on le peut la présence militaire de l'ennemi, en lui faisant payer cher les crimes qu'il a commis chez nous, contre des gens désarmés, pris par surprise, et qui n'avaient aucune intention belliqueuse d'aucune sorte.
Et je redis ce que j'ai dit une fois sur un plateau de télévision, ce ne sont pas des combattants que nous affrontons mais des meurtriers, des assassins. Ils ne méritent pas de respect, et ils doivent être traités pour ce qu'ils sont. Ils faut montrer qui ils sont : des épaves.
Ils ont un comportement personnel et une vie minable, allant d'un délit grotesque à une attitude ridicule. Ça a été le cas pratiquement de tous, inclus l'abominable assassin de Nice, qui était entouré, en plus de son revolver et de ces actes meurtiers, de jouets en plastique Bon. Tout ça doit être dit.
On peut espérer que là-bas, une victoire militaire décisive permette d'aboutir à la tenue d'une conférence qui réunit tous ceux qui ont à connaître de ce conflit et qui en sont les responsables, inclus naturellement les commanditaires et ceux qui payent. Je répète que seule une coalition universelle peut venir à bout de l'ennemi, et que dès lors qu'il y aurait une coalition universelle, je fais le pari que l'ennemi n'existera plus, car on trouvera dans la coalition, ceux qui les payent, et qui donc cesseront de le faire. Et ensuite que l'on ait recours aux seuls moyens que l'on connaisse pour remettre les États syriens et irakiens en route.
Je dis bien "États". Car on a vu ce que donne l'organisation tribale que d'une manière irresponsable on a provoqué, dont on a ramené le retour en Libye et dans combien d'autres pays. Le moyen de réorganiser un État, le seul que nous connaissions, il est très imparfait j'en conviens, c'est d'organiser des élections.
Qu'on ne vienne pas me dire qu'on ne sait pas organiser des élections, en Syrie ou en Irak, car évidemment ça prendra un peu de temps, il y en a pour une année à refaire les registres, à faire revenir les gens chez eux, parce que tous ces gens n'ont qu'une envie, c'est de revenir chez eux, tous ces réfugiés. Je pense qu'il est plus facile d'organiser une élection sous contrôle international, d'en garantir la qualité démocratique, que d'organiser une guerre. Je pense que c'est plus facile.
Je pense que c'est plus facile de manier le transport des urnes et d'établir un registre de la population, que de transporter des missiles, des bombes, des avions et toutes sortes d'instruments, qu'ensuite il faut déployer à grand frais. J'ai vu qu'une fois on s'est permis de me rire au nez sur le sujet. Ah bon ?
Vous connaissez un autre moyen d'organiser un État que des élections et des pouvoirs démocratiques ? Vous avez l'intention d'établir quel type de dictature bienveillante ? Où avez-vous vu que les missionnaires armés soient bien reçus ?
Quand ? À quelle époque ? Dans quelle histoire ?
Avez-vous oublié ce qu'a donné votre merveilleuse croisade en Irak ? Lorsque sous prétexte d'armes de destruction massive, on a abattu le régime de Saddam Hussein parce qu'il n'était pas démocratique, avec des gens qui l'étaient eux follement, comme vous le savez. C'est-à-dire des Qataris, des Saoudiens, des Émiratis de toutes sortes, qui viennent de consentir, c'est vrai, une grande liberté démocratique, trente ans après le début de cette guerre, le permis de conduire pour les femmes, dans certaines conditions !
Et à certaines heures ! Bref ! Toutes ces pantalonnades qui ont abouti à ce désastre qui font que je m'honore d'avoir voté contre la Première Guerre du Golfe, et naturellement contre les suivantes.
Tout ça doit avoir une fin si l'on ne veut pas que le monde s'effondre dans une guerre généralisée qui par contamination, passant d'un pays à l'autre, comme on a failli le voir, au moment où d'une manière irresponsable, les Turques ont abattu un avion de chasse russe. On peut à tout moment, à partir d'une provocation ici ou là, connaître un enchaînement comme on en a déjà connu dans l'Histoire. Le rôle des Français est d'être indépendants.
Et quand ils sont indépendants, ils sont écoutés. Et le rôle des Français est de contribuer de toutes leurs forces à la paix. Et la paix est la meilleure condition de l'éradication du terrorisme.
Voilà ! J'en resterai là pour ce matin. Nous nous retrouverons au moment où nous présenterons l'équipe en charge des différents livrets, qui sont mis en cause par cette politique.
Merci de votre attention, et pardon d'avoir été un peu long.
Jean-Luc Mélenchon