Charlène Descollonges et Philippe Landrein sont les invités de RTL Matin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:01OuverteRéponse directe
Ça veut dire quoi, concrètement ?
- 2:45OuverteRéponse directe
Combien de temps va-t-il falloir attendre pour que le niveau des nappes phréatiques ou des cours d'eau redeviennent acceptables ?
- 3:38OuverteRéponse directe
Avec, en plus, j'imagine, le risque que ces orages se déversent sur des sols qui sont rendus extrêmement durs par la sécheresse, avec donc de potentiels autres dégâts, finalement ?
- 4:48OuverteRéponse directe
Est-ce que cette sécheresse historique, et puis celle qui s'annonce, sans doute, est-ce que tout ça, ça bouscule votre programme, vos engagements auprès de vos administrés ?
- 6:17OuverteRéponse directe
C'est un message qui est facile à faire passer à vos administrés, c'est-à-dire leur annoncer, au-delà de la situation terrible, là, en ce moment, chez vous, qu'il va falloir continuer à faire des efforts ?
- 7:21OuverteRéponse directe
Mais très concrètement, là, si vous aviez une mesure qui puisse être appliquée partout en France, puisque la quasi-totalité du pays est concernée, ce serait laquelle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:17Invité politiqueFait
« La quasi-totalité des départements de métropole sont soumis à des arrêtés de restrictions d'eau. »
- 0:23Invité politiqueFait
« On ne peut plus arroser son jardin ou laver sa voiture. »
- 0:25Invité politiqueFait
« Et c'est encore pire par endroits parce que c'est l'eau potable qui menace de manquer. »
- 1:07PrésentateurFait
« C'est-à-dire que pour l'instant, nous nous arrivons encore à pomper dans la rivière. »
- 1:27PrésentateurFait
« On a demandé aux gens de réduire un certain nombre de consommations. »
- 2:08PrésentateurChiffre
« du citernage, c'est 30 mètres cubes dans un camion et il nous en faut à peu près 2 000 à 2 500 par jour. »
- 3:07InvitéFait
« On peut imaginer que la crise sécheresse va s'étaler jusqu'à la fin du mois minimum. »
- 3:15InvitéFait
« Et on sait que les étiages, donc les périodes de base d'eau, elles, se terminent en septembre. »
- 7:43InvitéFait
« le plan qui a été annoncé après la sécheresse de 2022, qui a été battu cette année »
- 7:49InvitéChiffre
« les usages agricoles concentrent 80% des besoins en eau en été. »
- 5:44PrésentateurChiffre
« On parle d'un budget entre 6 et 10 millions d'euros pour aller s'interconnecter au Lot »
Temps de parole
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RTL Matin, Stéphane Woutsock.
Il est 8h17, c'est la fin annoncée de cet énième épisode de canicule avec une baisse des températures et le retour annoncé de la pluie. Les nouvelles sont donc meilleures et pourtant ça ne va pas forcément s'arranger tout de suite, loin de là, sur le front de la sécheresse. La quasi-totalité des départements de métropole sont soumis à des arrêtés de restrictions d'eau. On ne peut plus arroser son jardin ou laver sa voiture. Et c'est encore pire par endroits parce que c'est l'eau potable qui menace de manquer. Pour en parler avec nous ce matin sur RTL, deux invités. Tout d'abord, Charlène Descolonges, bonjour à vous. Bonjour.
Vous êtes ingénieure hydrologue, spécialiste de la gestion des ressources en eau. En direct aussi, Philippe Landrin, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes le maire de la commune de Figeac, sous préfecture du Lot. Je vais commencer par vous parce que chez vous, la situation devient critique. Vous avez appelé les habitants à ne plus utiliser l'eau que pour un usage essentiel. Ça veut dire quoi, concrètement ?
Ça veut dire qu'effectivement, notre situation est une situation de crise absolue. C'est-à-dire que pour l'instant, nous nous arrivons encore à pomper dans la rivière. C'est notre seule source d'approvisionnement, la rivière Le Cellé. Et que celui-ci est bien évidemment tout proche d'une situation de crise absolue et qui ne nous permettrait plus de pomper. Donc, on commence effectivement depuis plus d'un mois et demi maintenant. On a demandé aux gens de réduire un certain nombre de consommations. On était parmi les premiers à prendre malheureusement ce type de décision.
Alors, il y a une illustration très concrète. C'est que dans les jours qui viennent, je crois, vous allez vous approvisionner à l'extérieur de la commune. C'est-à-dire que ce sont des camions citernes qui vont amener de l'eau, ou qui amènent d'ailleurs peut-être de l'eau, vous allez nous le dire, à Fijac. Ça coûte cher et j'imagine que ça ne couvre pas les besoins de vos 10 000 habitants.
Alors, clairement, on n'est pas encore dans la phase de citernage. On a eu un orage qui a permis de limiter, en tout cas de permettre de continuer à pomper pour l'instant. Mais effectivement, si on était obligé de passer par du citernage, on serait obligé de réduire très très fortement les consommations. parce que du citernage, c'est 30 mètres cubes dans un camion et il nous en faut à peu près 2 000 à 2 500 par jour. Donc, vous comprenez bien que techniquement, on est en incapacité de fournir 2 500 d'eau de citernage. On a nos voisins de Decazeville, d'autres communes aux alentours qui nous aident, qui sont prêts à nous aider.
Mais de toute façon, on sera limité par la partie technique de pompage dans les camions pour alimenter les réseaux.
Charlène Descollanges, vous aussi, vous êtes en direct avec nous ce matin, ingénieur hydrologue. On en parle depuis ce matin 6 heures avec Marina Giraudeau. La pluie va revenir dans les jours qui viennent. Combien de temps va-t-il falloir attendre pour que le niveau des nappes phréatiques, par exemple, ou des cours d'eau redeviennent acceptables ?
Alors, évidemment, c'est très dépendant des conditions géologiques, hydrologiques. Avec le type de sol en fonction du type de nappe, on n'aura pas les mêmes remplissages. Et de toute manière, on peut imaginer que la crise sécheresse va s'étaler jusqu'à la fin du mois minimum. Et on sait que les étiages, donc les périodes de base d'eau, elles, se terminent en septembre. Donc, même si on a quelques orages, ça pourra imbiber un peu la végétation, les sols, mais pas de quoi recharger de manière notable les aquifères.
Avec, en plus, j'imagine, le risque que ces orages se déversent sur des sols qui sont rendus extrêmement durs par la sécheresse, avec donc de potentiels autres dégâts, finalement ?
Oui, on peut avoir des risques de ruissellement, érosion des sols. Alors, à ce stade, même si les orages peuvent être violents, il n'y a pas de risque d'inondation, à part dans les villes, qui sont des zones très imperméabilisées, où on peut avoir des inondations par pluie d'orage, des débordements aussi, des réseaux d'assainissement qui peuvent polluer les rivières. Donc, on peut avoir d'autres problématiques dès lors qu'on a des orages, effectivement. De toute façon, on sait qu'avec le changement climatique, ces épisodes vont se répéter, s'intensifier, autant sur les sécheresses que les fortes pluies.
Donc, on a besoin de voir au-delà, si je puis dire, de la crise, apprendre de ce qui nous a manqué, finalement. Pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là ? Et comment est-ce qu'on peut s'adapter dans les années à venir ? Parce que ces événements vont, de toute façon, se reproduire.
Alors, justement, Philippe Landrin, vous êtes, je le rappelle, le maire de Fijac, dans le Lot où la situation est vraiment critique. Vous nous le disiez il y a quelques instants. Vous avez été élu en mars dernier. Est-ce que cette sécheresse historique, et puis celle qui s'annonce, sans doute, est-ce que tout ça, ça bouscule votre programme, vos engagements auprès de vos administrés ? Clairement, est-ce que ça devient la priorité, ou en tous les cas, une priorité ?
Alors, j'étais, moi, élu minoritaire dans la mandature précédente. Donc, le sujet de l'eau était déjà un sujet qui avait fait l'objet de beaucoup de discussions et de débats. Mais finalement, on était tous assez d'accord pour dire que cette problématique était forte. Là, on a eu une très forte accélération de la problématique. Et on mesure complètement l'intérêt de l'interconnexion. Parce que nous, en fait, on n'a pas d'interconnexion. Notre seule ressource d'eau pour 80% de la population est la rivière. Donc, déjà, sécuriser l'eau, l'arrivée d'eau, par une interconnection au Lot.
Mais aussi, oui, effectivement, il va falloir prévenir aussi, et on va commencer à le faire, que tout ça va coûter très cher. On parle d'un budget entre 6 et 10 millions d'euros pour aller s'interconnecter au Lot, qui sécuriserait d'une certaine façon notre approvisionnement. Donc, effectivement, il va falloir qu'on prévienne la population. Mais tout ça ne se fera pas l'année prochaine. Il y a 4 à 5 ans au moins de délai. Et il va falloir, effectivement, qu'on apprenne à vivre avec un niveau d'eau l'été qui sera très faible.
Et sans doute aussi un travail à faire avec nos amis agriculteurs, avec nos amis industriels pour travailler sur des process qui font que nous consommons aussi moins d'eau collectivement.
C'est un message qui est facile à faire passer à vos administrés, c'est-à-dire leur annoncer, au-delà de la situation terrible, là, en ce moment, chez vous, qu'il va falloir continuer à faire des efforts ?
Non, c'est compliqué et puis c'est assez difficile. Parce qu'en réalité, tant que l'eau coule au robinet, les gens ont du mal à comprendre qu'il faut faire des économies. Et finalement, il n'y aurait que ce que certains appellent des coupures pédagogiques pour faire comprendre. Mais on ne peut pas le faire. C'est trop compliqué, trop dangereux pour le matériel et aussi pour les systèmes. Donc, on ne s'aventurera pas à ce genre de choses. Donc, on continue à faire de la pédagogie. Cette pédagogie est nécessaire. De toute façon, je vous parlais d'interconnexion avec le lot. Le lot, s'il n'y avait pas de lâcher de barrage, il serait dans la même situation que le scellé aujourd'hui.
Et donc, s'il n'y a plus d'eau, il n'y aura plus d'eau.
Charlène Descolonges, vous qui êtes ingénieur hydrologue spécialisé dans la gestion de l'eau, vous nous le disiez, il va falloir changer de comportement, faire de la prévention, réfléchir à l'avenir. Mais ça, ce sont des engagements. Il faut le faire, évidemment. Mais très concrètement, là, si vous aviez une mesure qui puisse être appliquée partout en France, puisque la quasi-totalité du pays est concernée, ce serait laquelle ? C'est quoi la priorité des priorités ?
Vous savez, dans le plan eau de 2023, le plan qui a été annoncé après la sécheresse de 2022, qui a été battu cette année, eh bien, dans le plan eau, il n'y avait aucune mesure, strictement aucune mesure sur les usages agricoles. Or, les usages agricoles concentrent 80% des besoins en eau en été. Donc, si on avait quelque chose à faire, en priorité, ce serait de s'intéresser à comment accompagner l'agriculture, les modèles agricoles, de sorte à consommer moins d'eau en été. Et donc, on parle du stockage, mais il va falloir prendre conscience qu'on ne va pas pouvoir stocker partout. Et il va falloir donc repenser la gestion de l'eau dans notre modèle agricole. On a parlé aussi, M.
le maire a parlé, des usages industriels, qui sont aussi des forts consommateurs en eau dans certaines périodes. Donc, tout le monde est concerné. Il ne peut pas y avoir de régime de dérogation sur un certain type d'usage, d'autant plus sur celui qui consomme le plus d'eau. Donc, les modèles agricoles, ils sont assez simples. Si on avait une mesure à faire, ce serait de développer l'agroécologie partout. Plus on a des sols riches en matière organique, plus ils sont capables de stocker de l'eau. On a aussi plein d'autres mesures à mettre en place, restaurer les zones humides, tout ce qui permet à l'eau d'être ralentie, d'être stockées naturellement. Mais ça, ça demande un courage politique.
Et vaste chantier, en effet. Charlène Descolonges, ingénieure.