Pas vu à la télé (4) - Panama papers et Société Générale - Invité : Jérôme Kerviel
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Peux-tu nous résumer ce qui t'est arrivé dans l'affaire Kerviel ?
- 4:00FerméeRéponse directe
Tu as fait gagner 1,5 milliard d'euros à la Société Générale en 2007. Combien ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Pourquoi la Cour de cassation a annulé les 5 milliards de dommages et intérêts ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Où en est la procédure avec la Société Générale et quelles sont les prochaines étapes ?
- 16:00OuverteRéponse directe
Pourquoi la Société Générale a-t-elle reçu 1,7 milliard de l'État français ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Saviez-vous ou soupçonniez-vous que la Société Générale possédait des comptes offshore avant les Panama Papers ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00Jérôme KervielChiffre
« En 2007, j'ai fait gagner pour le compte de la Société Générale un milliard et demi d'euros. »
- 10:00Jérôme KervielFait
« La Cour de cassation a annulé les cinq milliards d'euros de dommages et intérêts pour lesquels j'avais été condamné. »
- 18:00Jérôme KervielFait
« La Banque de France a condamné Société Générale pour défaut de contrôle. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour ! Nous voici rendus au numéro 4 de « Pas vu à la télé », l'émission que je vous propose chaque mois. J'en rappelle la règle : je ne suis pas un journaliste, j’organise un entretien avec quelqu'un et je m'exprime moi aussi dans l'affaire.
Aujourd'hui, c'est Jérôme Kerviel que je reçois. Bonjour Jérôme. Jérôme Kerviel : - Bonjour.
JLM : - Et on va parler de l'affaire dite "Panama Papers", c'est-à-dire les papiers du Panama. Une personne a sorti des milliers de documents, et des journalistes ont fait apparaître des noms alors ça pose 2 problèmes : l'existence de tout ce système - on va en parler avec Jérôme - et accessoirement ça en pose un deuxième, c'est qui décide de quel nom est publié. C'est la raison pour laquelle, avant toute chose, je veux rappeler que je suis partisan du fait qu'on publie toute la liste et qu'on soit tous en situation de pouvoir reconnaître, éventuellement, quelqu'un dans cette liste.
Pour commencer, on va regarder le zapping parce que c'est ce qui va vous mettre en jambes. On vous parle d'un métier qui nécessite d'aimer jouer avec l'argent. C’est un métier qui est beaucoup décrié, dont on parle énormément dans la presse, c'est le métier de trader.
Voix off : Il devient l'ennemi public numéro 1. La Banque l'accuse d'avoir misé en bourse des dizaines de milliards, dans le dos de sa hiérarchie. C’est une machine à faire de l'argent qui a été créée par la Société Générale.
Tant qu'il gagnait, c'était très bien pour la Société Générale, son employeur, et le jour où les marchés se sont retournés, on a fait mine de se rendre compte du problème. (clip Société Générale) "Pour préparer votre bien-être... *chanté* Société Générale ! » En 2012 après plusieurs mois d'investigations, la commandante Nathalie Leroy en est convaincue : lors de sa première enquête, la banque l’aurait noyée sous les données techniques pour détourner son attention.
Nathalie Leroy : La Société Générale m'a emmenée dans la direction où elle voulait qu'on aille (clip Société Générale) *chanté* « Pour la Société Générale, votre intérêt est capital ! » Après trois procès - tous perdus - et 8 ans de guerre acharnée contre la banque, Jérôme Kerviel continue de crier à l'injustice. (clip Société Générale) Une évasion fiscale à grande échelle : c'est ce que révèle une fuite provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, spécialisé dans la création de sociétés offshore.
Dans les millions de documents du cabinet panaméen, la Société Générale apparaît dans le top 5 des établissements qui ont le plus utilisé ces sociétés offshore, créées et domiciliées dans les paradis fiscaux (clip Société Générale) *chanté* « A la Société Générale, votre joie est proverbiale ! » La Société Générale aurait donc gardé des dizaines de comptes actifs pour ses clients dans les paradis fiscaux, des sénateurs accusent son PDG d'avoir menti sous serment. Voix off : En 2012 voilà ce que Frédéric Oudéa affirmait devant une commission d'enquête du Sénat après avoir prêté serment … (clip Société Générale) « Société Générale continue de vous aider à mieux comprendre la banque, et on vous retrouve très bientôt pour un prochain épisode !
D'ici là prenez des risques... mesurés ! » JLM : Bon, il faut bien dire que cette émission est un peu spéciale parce que les deux personnes que vous avez là - Jérôme Kerviel et moi-même, Jean-Luc Mélenchon - nous sommes tous les deux poursuivis en diffamation par la Société Générale, parce que nous avons réagi sur une chaîne de radio et caractérisé le comportement du président de cette banque.
Nous sommes accusés tous les deux de l'avoir diffamé. En ce qui me concerne parce que je l'ai traité de menteur sur la base du fait qu’il a fait une déposition sous serment devant la Commission Parlementaire et que c'était un mensonge. Évidemment, ce qu'on va voir dans l’entretien qu’on va avoir avec Jérôme, c'est que toutes ces histoires-là ont une caractéristique : elles sont vraies et fausses en même temps.
Pourquoi le patron de la banque peut me poursuivre en diffamation ? Parce qu'il dit : « Mais pas du tout, moi je n'ai pas menti, j'ai dit la vérité : on a fermé un certain nombre d'établissements offshore, et puis, d'ailleurs, ces établissements offshore, qu'est-ce qu'ils avaient d’illégaux ? » etc, etc..
Vous allez voir, petit à petit, que si ces sujets sont à mi-chemin entre la vérité et le mensonge, c’est parce que la loi est faite pour ça, faite pour leur faciliter le travail à eux, et rendre le nôtre très difficile. Le nôtre, celui de citoyen ou, pour ceux qui sont les plus avancés, d'investigateur. On commence par le début qui me fait, moi, penser que cette banque est quand même habituée à mentir.
Pour comprendre ça, il faut revenir sur l'affaire Kerviel. L’affaire Kerviel qu'on a vu résumée au début du zapping. Jérôme, est-ce que tu pourrais nous résumer ce qui t'est arrivé et comment... où on en est maintenant.
On va commencer par ce qui t'est arrivé. JK : - Ce qui m'est arrivé, c'est très simple. Sortant de mes études en 2000, j'ai intégré cette banque, la Société Générale.
Je suis rentré par la petite porte. JLM : - Des études de quoi faisais-tu ? JK : - De finance.
JLM : - De finance, carrément. Ça s’étudie, d'accord...
JK : - Voilà, ça s'étudie. Je suis rentré par la petite porte, j'ai gravi les échelons et, à la faveur d'un concours de circonstances, un jour on m'a proposé de devenir trader. C’était en 2005, et donc, j'ai appris le métier et j'ai été perfusé à cette culture d'entreprise et à la culture de l'argent et de la gagne dans cette banque - c’est une vraie culture d'entreprise.
Et entre 2005 et 2008 - date à laquelle j'ai quitté l'entreprise - j'ai été trader, opérateur de marché. Mon métier se résumait à une simple et unique chose : c'était de faire de l'argent pour le compte de la banque. Ce qui s'est passé c'est que, petit à petit, j'ai, au fil du temps et au fil des incitations de la culture d'entreprise, perdu pied de la réalité...
Je suis rentré dans une spirale complètement dingue qui était de vouloir faire encore plus d'argent pour le compte de la banque, et j'ai totalement perdu pied. Au cours des années, je prenais de plus en plus de risques, je perdais la distance par rapport aux montants qui étaient engagés, aux montants que j'investissais pour le compte de la banque, pour arriver à des sommes, complètement astronomiques et complètement délirantes, de plusieurs milliards d'euros. Jusqu'en 2008, la banque était très satisfaite, parce que ça rapportait beaucoup d'argent.
JLM : - Mais tu le faisais déjà, à ce moment-là? JK : Je le faisais déjà, à ce moment-là. Et, en 2007, j'ai fait gagner pour le compte de la Société Générale un milliard et demi d'euros.
JLM : - Combien ? JK : - 1,5 Mrd € de bénéfices. En 2008, mes investissements pour le compte de la banque on été malheureux, puisque j'étais ce qu'on appelle « pas dans le bon sens », c'est-à-dire que j'ai spéculé à la hausse alors que le marché était en train de s'écrouler, et la position que j'avais initiée commençait à être perdante.
C’est à ce moment-là que la banque - on était en pleine crise des subprimes...
JLM : - C'est dans la crise que ça se passe comme ça? JK : - Voilà, c'était à ce moment-là que ça commençait à être vraiment très chaud pour les banques, et notamment pour la Société Générale - [A ce moment-là, la banque] décide de me licencier et de faire éclater une affaire, qui porte aujourd'hui mon nom, au terme de laquelle je suis condamné pour avoir fait perdre à la banque 5 Mrds d'euros. Je fais juste une petite digression, 5 Mrds d'euros : ce chiffre a été, depuis 8 ans, rebattu, rabâché, par tous les commentateurs, les journalistes et les différents médias sans qu'une seule fois, dans le dossier, ait été prouvé que la banque avait vraiment perdu 5 Mrds d'euros.
J'ai demandé de nombreuses expertises judiciaires, dans le cadre du dossier, qui ont toutes été refusées. Donc, aujourd'hui, je me fais condamner à 5 Mrds d'euros de dommages et intérêts sur la seule foi de la banque. JLM : - Ce point-là, c'est le plus important, parce que c'est celui qui échappe le plus souvent aux gens : depuis le début, l'affaire Kerviel, on nous dit : « C'est un gars qui a trafiqué - on ne sait pas bien quoi, c'est souvent assez obscur - et il doit 5 Mrds à la banque, la banque a perdu cinq milliards. » Vous retenez bien ça, les gens?
Depuis le début, la raison pour laquelle il est poursuivi, c’est ce chiffre : 5 Mrds. Sauf que...
à aucun moment, jamais aucune expertise indépendante n'a permis de dire : oui c'est vrai il manque cinq milliards. Jamais, à aucun moment. Jamais, jamais, jamais.
C'est donc sur la seule foi de la déclaration des responsables de la banque, qui viennent et qui disent : « Nous avons perdu cinq milliards à cause de ce monsieur, et il doit être puni. » C'est donc la qualité de la parole de la banque qui est engagée, et comprenez-le bien, parce que c'est ça le rapport avec l'affaire des Panama Papers. Cette fois-là, ils prétendent que ça leur a coûté 5 Mrds.
Comme ils prétendent que cela leur a coûté 5 Mrds, il y a une clause qui fait que, quand une banque se fait - en gros - voler de l'argent, l’État lui donne le tiers de ce qu'elle s'est fait voler pour éviter qu'elle ne s'écroule - on va y venir dans un instant. Donc, sur la seule base de la déclaration de la Société Générale, ils ont pris 1,9 Mrd et condamné cet homme à une amende impayable, parce que personne n'est capable de payer une amende de cinq milliards. Jérôme Kerviel, il a zéro existence sociale possible.
Quand vous devez 5 Mrds et que vous n'avez rien, c'est clair que c'est une condamnation à la mort sociale. J'en profite, d'ailleurs, pour poser la question : Jérôme, tu es le fils d'une grande famille, vous avez beaucoup d'argent, des relations personnelles, qui vont te permettre, quand même, de sortir de cette mauvaise passe, non? JK : - Absolument pas : mon père était chaudronnier, ma mère était coiffeuse, elle avait une petite entreprise en Bretagne.
Donc je n'ai pas du tout, du tout ces réseaux, ces moyens qu'ils ont en face, effectivement, et que je vois à la manœuvre depuis 8 ans. Ça fait très complot - c'est marrant car on est dans un endroit qui s'appelle le Complot - ça fait très complot, et on a tout de suite l'air con quand on parle de complot, mais effectivement, on sent qu'il y a des réseaux qui sont présents, qui sont en face les uns des autres, qui se protègent les uns les autres. On reviendra tout à l'heure sur les Panama Papers, probablement, mais quand je vois Frédéric Oudéa le patron de la banque, convoqué à Bercy avec Michel Sapin, s’engageant à la plus grande transparence, et où tout le monde dit : « Ne vous inquiétez pas, circulez, y'a rien à voir, tout va être transparent. » La réflexion que je me suis faite, c'est qu'à force d'être transparents, ils vont disparaître.
Ça me fait juste marrer, et je crains que ce dossier-là, sur les Panama Papers, comme le mien a eu lieu, accouche de rien du tout, parce qu'il y a une volonté de protéger le système et la banque. JLM : - Oui, alors ça, il faut qu'on le dise aussi aux gens, c'est que la banque Société Générale est une des banques - des 10 banques - systémiques du monde, c'est-à-dire que, si cette banque a un problème, c'est tout le système qui aura un problème. Elle se sert de ce statut pour dire "surtout pas d'histoire", en gros.
Pourquoi je t'ai posé la question de savoir si tu es le fils d'une grande famille? C’est parce que je me suis toujours demandé pourquoi ils s’en étaient pris à toi. JK : - Je n’avais sûrement pas les codes, sûrement pas les bons réseaux, sûrement pas le poids et le pouvoir d'autres personnes dans la banque.
Il faut savoir que les parts de trading - alors, pas de ce montant-là évidemment, tel qu’ils l’ont annoncé - ça arrive tous les jours et ça ne finit jamais, jamais devant les tribunaux. Le risque financier fait partie du métier que j’exerçais à l’époque, et les pertes de trading, il y en a tous les jours, évidemment pas de ce montant-là. Mais tout le débat du dossier, dans lequel je suis depuis 8 ans, se résume en un seul point : c'est de savoir si mes chefs étaient informés ou non de ce que je faisais, et savaient ou non ce que je faisais.
Et moi, ce que j'ai découvert au cours de ces 8 années de combat, c'est que malgré les éléments, les preuves, les mails que nous avons produits, les témoignages de personnes de l'intérieur qui disent « Évidemment, tout le monde savait », tout a été fait pour protéger la hiérarchie et éviter de mettre en cause la banque elle-même. JLM : - Les gens se perdent un peu - c'est normal -, ceux qui essayent de suivre cette affaire, parce qu'on sent tous un peu instinctivement que c'est une grosse affaire, que Kerviel est juste l'apparence des choses, d'autant qu'avec l'affaire des Panama Papers, on découvre un univers de mensonge, de réseaux, que les gens simples et ordinaires découvrent avec stupeur, avec consternation. Il y a une question pour toi sur le moment où nous sommes.
C'est Lucile qui pose la question Lucile : - Bonjour, Jérôme je voulais juste savoir où en était la procédure avec la Société Générale et quelles seraient les prochaines étapes. Merci. JLM : - Alors?
JK : - Alors, il y a plusieurs fronts. En 2014, la Cour de Cassation a annulé les cinq milliards d'euros de dommages et intérêts pour lesquels j'avais été condamné par la cour d'appel de Paris, donc un nouveau procès va avoir lieu en juin [2016] JLM : - Pourquoi elle a annulé? Ils disent : « Toi, tu es condamné à 5 Mrds » et la Cour de Cass dit..
JK : - La Cour de cassation confirme la peine de prison que j'ai effectuée - et que je suis toujours en train d'effectuer, sous contrôle judiciaire, aujourd'hui - et, par ailleurs, les dommages et intérêts, auxquels j'avais été condamné, de 5 Mrds d'euros ont été cassés - donc annulés - et a renvoyé cette décision devant une autre Cour de Justice, à Versailles, la cour d'appel de Versailles, pour évaluer la part de responsabilité de la Société Générale et la mienne. C'est-à-dire que la Cour de cassation a dit que la cour d'appel de Paris avait méconnu la part de responsabilité de la banque dans la cause du préjudice. Donc il va y avoir un nouveau procès qui va avoir lieu au mois de juin [2016]...
Ça, c'est sur le volet 5 Mrds d'euros. JLM : - Attends, attends, on s'arrête un instant, c'est très important. Ça veut dire que la Cour de cassation, commence, là, à miner le mur qu’on avait mis en face de toi, et la Cour de cassation dit « La banque savait, donc il faut répartir entre monsieur Kerviel et la banque elle-même la responsabilité des dégâts » Donc, ça, c'est en juin.
JK : - Ça, c'est en juin. Parallèlement, en 2012, avec mon avocat David Koubbi, nous avons déposé des plaintes pour faux, usage de faux, et escroquerie au jugement, notamment sur le 1,7 Mrd que la banque a obtenu de l'État français. Ces plaintes-là sont en instruction, aujourd'hui, au pôle financier de Paris et, cela ne vous a peut-être pas échappé : il y a quelques temps, la policière en charge de l'enquête depuis 2008 est revenue sur ses déclarations et sur ses conclusions dans le cadre de l'enquête.
Initialement, elle pensait que la banque ne savait rien et, à la faveur de nouvelles auditions, de nouvelles investigations, elle s'est rendue compte qu'elle s'était fait manipuler et à déposé devant un juge d'instruction, pour lui livrer ses constatations et dire qu'aujourd'hui elle avait la certitude que la Société Générale savait. De nouvelles révélations d'autres magistrats ont eu lieu entre temps, également, qui vont confirmer - notamment celles d'une procureur de la République qui est en charge du dossier, également - qui confirment les certitudes de cette policière, aux termes de laquelle le dossier était truqué. JLM : - Attends, la policière qui a fait l'enquête qui aboutit à ton jugement et à ta condamnation, elle revient dessus parce qu'elle a une conscience, elle dit : « Je ne suis pas tranquille avec cette histoire », elle va vérifier, et elle revient en disant « je me suis fait avoir, j'ai été manipulée, on m'a poussée dans une direction ».
C'est très grave et très important. En cours de route intervient un procureur, c'est ça ? JK : - Une vice-procureur de la République, oui JLM : - Qui dit : « Oui, la banque savait, tout le monde savait. » C'est très grave, aussi.
JK : - C’est très grave, d'autant que cette vice-procureur de la République a été en charge de l'enquête pendant plusieurs années et, dans les documents qu'elle a signés, les réquisitions qu'elle a faites, dit totalement l'inverse de ce qu'elle dit par ailleurs. En fait dans les documents qu'elle a signés, les réquisitions qu'elle a faites, elle a protégé la banque. On comprend que c'est à la demande et sous instructions qu'elle l'a fait, mais que dans son for intérieur, elle était convaincue que la banque savait, donc elle a signé des documents à l'inverse de ce qu’elle pensait.
JLM : - Les instructions de qui à ton avis ? JK : - Ça, c'est probablement une enquête qui le prouvera...
Elle donne des noms dans cet enregistrement. C'est la justice qui devra s'en saisir. JLM : - D'accord, parce que ce sont ses propos qui ont été enregistrés JK : - Entre autres, oui, tout-à-fait.
JLM : - Donc on comprend : la personne qui a mené l'enquête dit qu'elle a été manipulée, le procureur qui a conclu qu'il fallait te condamner dit en aparté « Oui, tout le monde savait tout. » et tu n'es pas coupable de...
JK : - De ce pour quoi j'ai été condamné, oui. JLM : - Ça commence à faire beaucoup de monde et on sent, autour de ça, comme une ambiance bizarre de réseaux. JK : - Ouais, ça fait un peu cracra.
JLM : - Et puis, il y a un procès en révision...
JK : - Sur la base de ces nouveaux éléments, nous avons, effectivement, introduit une requête en révision, devant la Cour de révision, qui a mis en sursis sa décision, pour attendre de voir les évolutions de l'enquête qui sont en cours actuellement. JLM : - Ça, c'est clair que ça va être un peu plus chaud pour la Société Générale dorénavant...
Parce que - je reviens au cœur de la partie qui nous concerne...
Il y a la partie qui concerne la bataille d'une banque contre un personnage, dont elle a décidé qu’il devait être chargé de tous ses problèmes : Jérôme Kerviel. L'injustice, le fait qu’il suffise que tu sois un homme sans réseau et sans relations pour qu'on se dise : « Celui-là on lui coupe la tête, et personne ne va venir protester. » Ça c'est une chose.
Et puis après, il y a nous, citoyens. En quoi on est concernés dans cette affaire? Comme la banque a prétendu avoir été volée par toi, l’État, la ministre des Finances, qui était Mme Lagarde - actuelle patronne du FMI, et qui est déjà la responsable d'un arrangement qui a fait du bruit, qui est l'affaire Tapie - cette même femme décide, en quelques jours - parce que c'est du jamais vu : toute cette affaire éclate en décembre, et dès mi-janvier, elle décide que OK, la Société Générale aura un 1,7 Mrd, et ce 1,7 Mrd, c’est les sous de tous les Français.
Alors, qu'est-ce que, toi, tu penses de ce 1,7 Mrd, et qu'est-ce que tu as à nous dire sur l'événement? Moi, après, je donnerai mon avis JK : - Sur l'événement, clairement, ce 1,7 Mrd de déduction fiscale n'était pas dû, puisqu'en fait, il y a une jurisprudence constante du Conseil d'État qui cadre très bien les conditions pour qu’une déduction fiscale de cet ordre puisse avoir lieu. Or, la situation et le dossier ne rentrent pas dans ces dispositions juridiques, c'est-à-dire qu'il y avait deux conditions pour que la déduction puisse avoir lieu : c'était que : 1° les supérieurs ne soient pas au courant de ce qui m'était reproché, et que 2° la banque n'ait pas fait l'objet de défaut de contrôle.
Or, la Commission bancaire - la Banque de France- a condamné Société Générale pour défaut de contrôle, donc les conditions n'étaient pas réunies pour que l'État français reverse ce crédit d'impôt à la banque. JLM : OK. Tout le monde a suivi ?
La banque a été contrôlée par la Banque de France, et la Banque de France a dit «ça ne va pas du tout, vous ne savez pas contrôler vos affaires. » Rien que ça, ça suffit pour qu'elle n'ait pas droit à ce 1,7 Mrd de cadeau que l'État a fait. Au moins, ce point-là est absolument indiscutable et le 2ème point, comme tu l’as dit.
Donc, il y a donc deux conditions juridiques qu'il faut réunir pour avoir droit à l'indemnisation de l’État, et ni l'une ni l'autre ne sont réunies, mais ils ont quand même l'indemnisation de l'État. Là, tu nous as bien montré qu'il y avait déjà quelque chose de suspect à ce moment-là. JK : - Oui, surtout que cette déduction fiscale, comme tu l'as rappelé, a eu lieu dès 2008, donc quelques mois après l'éclatement de l'affaire, alors que le dossier était encore en instruction.
Ils n'ont même pas attendu une décision de justice pour faire ce chèque à la banque. Ça, c'est totalement absurde et honteux. JLM : - C'est clair, il y en a qui doivent entendre ça, et ça doit les énerver un peu, c'est tous ceux qui attendent pendant des mois, voire des années, des indemnisations pour des situations terribles, alors eux, ils attendent...
Tandis que la banque, elle, c'est tout de suite, premier servi ! On pourrait dire : oui, mais vous comprenez, ces gens-là, c'est tellement dangereux s’il leur arrive un problème, qu'il fallait bien leur donner des sous, parce que ces sous leur manqueraient. Or, quand le bilan a été bouclé, qu'est-ce qu'on voit?
JK : - Et bien, on se rend compte que cet argent-là, qui a été donné par l'État, a servi à payer les actionnaires. JLM : - L'argent qui a été donné par l'État à la Société Générale, pour qu’elle mette ses comptes en ordre, la pauvre, parce qu'elle avait été grugée...
On découvre que cet argent a été directement dans la poche des actionnaires. Pour un montant égal ? JK : - Pour un montant à peu près égal, oui.
JLM : - D'accord...
Et bah voilà, les gens, vous êtes prévenus. Moi ce qui m'intéresse dans cette histoire - parce que, comme la Société Générale me cherche elle me trouve, c'est normal, je ne vais pas me laisser faire comme ça. Ils prétendent que je les diffame, et toi aussi [Jérôme Kerviel], parce que je les traite de menteurs donc déjà, là, sur cette histoire, je pense on peut parler d'un certain nombre de mensonges.
Mais c'est surtout que tout repose sur le fait que la banque dit : « J'ai perdu de l'argent, et donc, on compense. » Personne ne va vérifier si c'est vrai ou pas. Personne n'a vérifié?
JK : - Personne n'a vérifié. JLM : - Tu es sûr de ce que tu dis ? JK : - Ils vont dire que les commissaires aux comptes ont validé les comptes, mais les commissaires aux comptes sont payés par qui ?
Par la banque elle-même ! JLM : - Ah, bon, d'accord ! Donc, c'est les gars payés par la banque qui...
JK : - Qui certifient les comptes. JLM : - Mais il n'y a jamais eu une expertise? Le tribunal n'a pas dit, par exemple : « Bon, très bien, j'en prends note, et je nomme M.
Machin et Mme Bidule, experts. »? Jamais?
JK : Jamais. Je l'ai demandé au moins une dizaine de fois en 8 ans. JLM : - Attends, là, tu es sûr de ce que tu dis?
JK : - Certain. JLM : - Même l'État ? JK : - L'État n'a pas vérifié.
JLM : - Tu veux dire, Bercy n'a pas été vérifier? JK : - Non. JLM : - Alors, la banque dit « Il me manque 5 Mrds. », personne vérifie?
JK : - Le pire, dans tout ça, c'est que le seul organe de contrôle, qui était la Commission Bancaire, à l'époque, qui est venue faire un audit juste après l'éclatement de l'affaire, la première page de son rapport, c'est : « Nos conclusions sont basées sur le rapport interne de la Société Générale. » Donc, en fait, ils ont tiré leurs conclusions sur la base d'un rapport interne fait par Société Générale. JLM : - Et s'ils l’écrivent, c'est pour dire : « Écoutez, nous on fait ce qu'on nous dit, mais on ouvre le parapluie. » JK : - Et on revient sur la discussion que nous avons eu tout à l'heure, qui est un peu un schéma classique dans ce genre de dossier, qui est qu’il suffit qu'ils disent pour être crus.
Circulez il n'y a plus rien à voir. Évidemment, au cours des instructions et des plaintes que nous avons déposées, on récupère des éléments qui prouvent qu'ils ont menti à tous les étages. Après, il semblerait que la justice ait quelques difficultés, aujourd'hui encore, à tirer les conclusions et à aller tirer la bobine pour éclairer tout ça .
JLM : - Alors, c'est comme ça qu'on arrive aux Panama Papers. Parce que les mêmes qui ont déclaré que M. Kerviel leur a fait perdre tout cet argent...
Le même, tranquillement, va devant une commission parlementaire et déclare sous serment - une commission d'enquête parlementaire, elle n'a pas de pouvoir judiciaire, mais...
C'est pas le club Mickey, hein. On ne vient pas raconter ce qu'on veut. On répond à des questions précises des parlementaires et on le fait sous serment.
Par conséquent, c'est un moment où si on ment, on court un risque. Le risque c'est de la prison et des amendes. Le président de la banque a déclaré tranquillement - avec toute l'autorité qui est liée à sa fonction, qui a déjà suffi, une fois, à ramasser 1,7 milliards sur sa même bonne tête - a déclaré devant cette commission d'enquête qu’ils avaient tout fermé : les établissements bizarroïdes qu'ils avaient ouverts dans les paradis fiscaux, parce qu'à l'époque ça sentait le gaz avec les paradis fiscaux, et qu’ils avaient tout fermé.
Patatras, on découvre qu'ils ont créé 1000 sociétés offshore, pendant la période où le monsieur disait froidement : « Nous, on a tout fermé, on ne sait pas de quoi vous voulez parler, parce que c'est fini pour nous. » C'est bien ça ? JK : - C'est ça.
JLM : - Maintenant, on va écouter une question qui s'enchaîne logiquement à la suite de ce que l'on vient de dire à l'instant. Yanis a la parole. Yanis : - Saviez-vous ou soupçonniez-vous que la Société Générale possédait des comptes offshore avant la révélation des Panama Papers?
Comment réagissez-vous face à cette révélation qui ne cesse de prendre de l'ampleur depuis le début de la semaine dernière? Je tiens à saluer mon soutien à Jérôme Kerviel que je crois innocent. J'espère de tout cœur qu'il gagnera son procès contre la Société Générale.
Je vous remercie. Au revoir. JLM : - Alors, Jérôme?
JK : - Déjà, merci à Yanis pour son soutien, ça fait toujours plaisir. Est-ce que je soupçonnais ou je savais que la Société Générale, comme ailleurs, il y avait des comptes offshore qui existaient? Bah oui, toutes les banques le font JLM : - Toutes ?
JK : - Oui toutes, toutes les grandes banques. JLM : Aaaaah, attention à ce que tu dis...
JK : - Je dis ce que je pense, ce que je crois et ce que je sais. Toutes en ont, sont dans les paradis fiscaux, et là, en fait, ce qui se passe, c'est que l'on parle juste de Mossack Fonseca, la structure juridique qui a créé, au Panama, les structures, mais il y a d'autres structures du type Mossack Fonseca, qui travaillent avec d'autres banques. Oui, les banques étaient, à l'époque, dans tous les paradis fiscaux, et c'était très très développé.
Effectivement, on ne ferme pas ce genre de structure du jour au lendemain. Donc, non, je n'ai pas été du tout surpris par l'éclatement de cette affaire, et je suis assez surpris et, quelque part, assez amusé de voir les cris d'orfraie qui sont poussés par certains alors qu'ils avaient parfaitement connaissance de cette situation là. JLM : - Pourquoi?
Qui tu vises, là ? JK : - Certains politiques, qui font mine d'être surpris de l'existence de structures offshore et d'évasion fiscale, alors que c’est su de tous, et ça ne peut pas leur avoir échappé avant. JLM : - D'autant qu’il y avait un rapport parlementaire, même deux si mes souvenirs sont bons.
Donc, on peut pas dire : « Tiens, c'est une découverte. » Donc, on n'a rien fait, on savait que ça existait. Il y a eu une liste noire qui a été établie, et puis tout d'un coup elle est devenue grise et pour terminer, tout le monde a été retiré de là-dedans, dont le Panama.
JK : - Oui, déjà, effectivement, ce sont des accords commerciaux et, j'imagine, d'intérêt financier qui ont fait bizarrement sortir le Panama de cette liste - c'est assez ahurissant - pour le remettre, quelques jours après l'éclatement de l’affaire, à nouveau sur la liste des paradis fiscaux. Mais, encore une fois, là où les gens et les dirigeants des banques jouent sur les mots, c'est-à-dire qu'effectivement, ils ont fermé leurs implantations : il ne va plus y avoir au Panama de Société Générale, avec une enseigne Société Générale. Par contre, ils ont créé des structures, notamment dans le cas de la Société Générale, des fondations qui contrôlent toutes les sociétés offshore et ces fondations sont gérées par Société Générale elle-même.
Donc, indirectement, ils ont toujours une activité, alors effectivement, ce n'est plus sous l'enseigne Société Générale, mais le contrôle est bien exercé par eux. Donc l'activité continue là-bas. JLM : - La question que je me suis posée, c'est : Est-ce que Bercy, les hauts fonctionnaires de l'État, peuvent ignorer des transactions aussi massives entre la France et l'étranger, est-ce qu'ils ont un moyen de savoir, et s'ils le savent, est-ce qu'ils sont capables de se rendre compte de l'importance des flux qu'il y a?
JK : - Je pense que sur l'importance des flux et l'exactitude des flux, ils en sont très loin. Je pense qu'ils ont une estimation, mais mon point de vue, c'est que la masse d'argent qui circule dans ces schémas là est beaucoup plus importante que ce qu'on imagine. Effectivement, avec le poids, au cours des dernières années, des débats, de l'opinion publique, la pression de l'opinion publique et l'action de certains hommes politiques...
Effectivement, la pression est mise sur ces schémas-là. Mais néanmoins, ça continue, c'est fait de façon plus opaque encore. Tout à l’heure, je prenais le cas des fondations qui sont contrôlées par la banque elle-même.
En fait, on crée un étage supplémentaire pour être moins visible, pour opacifier le système d'évasion fiscale, mais je fais confiance et je n'ai aucun doute sur la capacité d'imagination des financiers pour inventer de nouvelles structures par la suite pour échapper à ces contrôles-là. JLM : - De ce que tu nous dis, je suis au moins rassuré sur un point, sur lequel je finissais par avoir un doute. C'est que l'administration fiscale n'est jamais complice, quelles que soient les raisons, avec le système bancaire.
Elle ne l’aide pas à mentir, à tricher. Elle ne ferme pas les yeux quand il faut etc...
JK : - Je ne pense pas, non. JLM : - C'est très important, parce que ça prouve que nous avons un État. Et pour moi, c'est très important.
Parce que je ne cesse de raconter l'expérience de nos camarades qui gouvernent des pays où il n'y a plus d'État et où tout le monde est corrompu, plus personne n'obéit et ainsi de suite. Donc, nous, on a une administration fiscale fiable, honnête, intègre et qui, le moment venu, si on lui donne les bonnes consignes, saura faire le bon travail. JK : - C'est ça.
JLM : - Moi, j'en déduis, à cette étape, qu'on ne leur a pas donné la consigne de leur courir derrière, aux autres. JK : - Je pense que tout est fait, effectivement, pour ne pas poursuivre ces gens-là. Mais, effectivement, le vent est en train de tourner, et il semblerait qu’aujourd'hui il y ait des consignes.
Je voyais l'autre jour qu'ils allaient recruter 50 agents de plus pour récolter le flux d'appel de repentis fiscaux. C'est-à-dire que les moyens sont mis en place, tant mieux. Tant mieux : c'est autant d'argent qui va rentrer dans les caisses de l'État et financer des choses utiles pour le commun des mortels.
JLM : - La fraude fiscale en France, c'est 80 Mrds c'est-à-dire plus que le service de la dette chaque année. On se fait plus prendre d'argent que ce que, déjà, on se fait prendre par les banques elles-mêmes. Donc, ils se servent 2 fois : une fois en fraudant, et une autre en prenant les intérêts.
Ce sont des enjeux considérables. A l'échelle de l'Europe on parle de 2000 Mrds. JK : - Oui, c'est monstrueux.
JLM : - Ce sont des sommes avec lesquelles tu fais des dizaines d'écoles, tu crées des milliers de postes d'infirmiers...
Il faut bien se rendre compte que ce n'est pas juste un jeu de gens qui essayent de se soustraire à l'impôt. C'est la vie de tout le monde qui est impactée par leur comportement. Ça, c'est la bonne nouvelle : on a un État et on peut s'en servir pour courir derrière les voyous le moment venu, ou les gens qui mentent ou qui trichent, et se faire respecter.
Je viens sur une question, tu vas donner ton avis. Nous sommes tous les deux poursuivis en diffamation. Comment se comporte la Société Générale par rapport aux gens qu'elle pourchasse ?
JK : De ce que j'ai vu dans mon dossier, ils essaient de faire taire ceux qui sont susceptibles de porter la mauvaise parole contre eux. Soit en les payant : dans mon dossier nombreux sont les témoins qui ont été payés plusieurs années de salaire pour se taire, pour ne pas dire la vérité. JLM : Arrête-toi une seconde, tu vas un peu vite.
Qu'est-ce que c'est, cette histoire de témoins payés ? JK : Certains de mes collègues et anciens supérieurs ont touché plusieurs centaines de milliers d'euros voire au-delà du million d'euros dans des transactions au terme desquelles ils avaient interdiction de parler contre la Société Générale. JLM : Des gens qui travaillaient avec toi ?
JK : Tout à fait JLM : Donc quand ils vont au tribunal, le juge les appelle et leur dit dites-donc, vous travailliez avec Monsieur Kerviel, vous étiez au courant de ce qu'il faisait, et à ce moment là qu'est-ce qu'il se passe ? JK : La réponse est non, amnésie totale et on était au courant de rien et on a été floué par ce fraudeur qui s'appelle Jérôme Kerviel. On se rend compte quelques mois après que des transactions étaient signées pour..
JLM : qu'est-ce que c'est des transactions signées ? JK : c'est un accord transactionnel au terme duquel, contre de l'argent, on a interdiction de parler contre la Société Générale. JLM : Tu viens dans le bureau du chef, on t'amène un contrat et on te dit..on te dit quoi ?
JK : Je n'y ai pas assisté mais par contre, les protocoles en question je les ai et on dit “moyennant telle somme d'argent vous n'avez pas autorisation à parler contre la Société Générale” JLM : Ils sont toujours employés de la Société Générale ? JK : Non ils ont été licenciés pour la plus grande partie d'entre eux. JLM : Donc ils sont tous licenciés -la plus grande partie d'entre eux- et dans l'arrangement il est dit “on vous donne tant, mais vous ne direz rien contre la Société Générale” JK : C'est ça JLM : Tu es sûr de ce que tu dis là parce que là on va encore se manger un procès en diffamation.
JK : Les protocoles sont publics … JLM : Ces documents sont publics, on peut les montrer ? JK : Il y a des articles de presse JLM : Il y a eu des articles de presse, quels articles de presse dis moi ? Parce que là je commence à avoir peur.
JK : à l'époque ça devait être en 2008, dans Le Parisien de mémoire il y avait eu certains papiers et puis ça a été débattu dans le cadre de mes deux procès. JLM : Ah d'accord ! JK : Les protocoles sont disponibles dans le cadre du dossier JLM : et personne n'a trouvé ça bizarre ?
JK : Non, mais surtout ce sont les montants qui sont faramineux. En fait ces personnes-là sont licenciées pour faute grave, pour insuffisance professionnelle et on leur offre des montants équivalents à 7 ans de salaire fixe. JLM : Combien ?
JK : 7 ans, 7 années de salaire fixe. Le dernier en date est de plus de 1,3 million de frais. JLM : Donc le gars il est viré pour faute lourde...
JK : Non, pour insuffisance professionnelle et il prend 1,3 million.. JLM : Ah oui c'est bien payé..
JK : Oui, c'est pas mal.. JLM : Pour insuffisance professionnelle.
JLM : Bon, et bien ceux qui veulent être insuffisants professionnels, et gagner 1,3 million, connaissent une adresse : la Société Générale. Vous vous faites embaucher et puis vous faites n'importe quoi et on vous donnera 7 ans de salaire. JK : Pour finir sur ton point, comment elle se comporte ?
En essayant de faire peur, en menaçant. En menaçant d'une plainte, en dénigrant, en traitant ça par le dédain et en étant très très arrogant. Comme tu le rappelais tout à l'heure nous sommes tous les deux poursuivis en diffamation pour avoir dit qu'ils étaient des menteurs.
Or aujourd'hui, je pense c’est établi, au regard des déclarations de Frédéric Oudéa, qu'il a menti devant la commission sénatoriale. Ils essayent de faire peur. Ce n'est pas ça qui nous fera peur je pense.
JLM : Je crois qu'ils n'intimident pas grand monde parce que le sénateur communiste Éric Bocquet a introduit une plainte pour dire ce n'est pas possible on ne peut pas faire des réunions avec des gens qui viennent, qui manquent, qui s'en vont, il ne se passe rien. Donc il faut que l'Etat se fasse respecter parce que j'ai vu que le président de cette commission a dit “ah il faut d'abord qu'on l'écoute, c'est un peu beaucoup, c'est aller trop vite que de porter plainte tout de suite”. Mais si l'État ou le Parlement ne se fait pas respecter, moi je leur dis alors plus personne ne sera respecté nulle part dans ce pays.
Aucune autorité ne sera respectée. Il faut que l'autorité se fasse respecter. J'ai vu des articles dans la presse aussi qui sont durs contre toi.
JK : Oui il y en a eu plein JLM : Il y en a d'autres qui décortiquent ton affaire. Mais j'ai remarqué qu'il y avait un certain nombre de journalistes qui ont une grande sympathie pour la Société Générale. Ça fait plaisir de voir, quand même, qu'il y a des gens qui l'aiment.
JK : J'imagine que quand on est annonceurs ça aide un petit peu certaines relations. Je n'ai pas les moyens de la Société Générale pour me payer des pages de publicité en quadrichromie dans les médias. JLM : Tu penses qu'ils fluidifient les relations..
JK : Je pense que ça doit être un peu compliqué dans certains cas. JLM : Tout le monde a compris, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est lui. S'il y a une nouvelle plainte en diffamation vous allez le voir, il a l'habitude.
Comme il a dit oh là là ! vous allez me mettre une amende de 1000 € qui vont s'ajouter aux 5 Mrds que je dois déjà..
JK : ça ne changera pas grand-chose. JLM : C'est quand même ça qui est irresponsable quand on inflige une peine disproportionnée à quelqu'un c'est que plus aucune peine n'a de sens. JK : On met la personne dans une situation où elle n'a plus rien à perdre.
JLM : Alors maintenant en lien avec ce que l'on vient de se dire, on décrit un tableau extraordinaire. J'espère que tout le monde a bien suivi. Du coup, ça pose une question.
Je la laisse poser à Yanis. Pouvez-vous nous dire quelque chose aujourd'hui dans notre société capitaliste contre les banques ? JLM : La question de Yannis est celle que l'on entend un peu partout et on connaît d'avance la réponse, la réponse qui est induite c'est : et bien on y peut rien, c'est la mondialisation bla bla bla bla..
Mais avant que je donne mon point de vue: le tien Jérôme. JK : Qu'est-ce qu'on peut faire et bien c'est déjà appliquer la loi aux banques. Aujourd'hui les lois et les règlements existent, ils ne sont pas appliqués ou mal appliqués.
JLM : De quoi tu parles ? JK : La réglementation bancaire par exemple. Je me rappelle à l'époque quand je travaillais à la Société Générale quand nous avions l'organe prudentiel qui venait faire une enquête chez nous.
JLM : C'est quoi un organe prudentiel ? JK : La Commission bancaire ce qu'on appelle aujourd'hui la CPR la commission prudentielle qui contrôle les banques et les activités des banques. Majoritairement, les gens, ne comprennent pas quand ils arrivent l'activité qu'ils viennent décortiquer, étudier et nous on rigolait quand on avait des enquêtes de l’AMF ou de l’ACP JLM : C'est quoi l’AMF JK : l'Autorité des Marchés Financiers qui contrôle qu'il n'y a pas de délit d'initié, qui contrôle que tout est carré dans l'activité des banquiers.
On se rendait compte que les gens qu'on avait en face, majoritairement, ne comprenaient pas ce qu'ils étaient en train d'étudier… JLM : Là tu exagères. JK : Non non je te promets. Les techniques financières avancent tellement vite, les produits créés sont tellement de plus en plus complexes, que tout est fait pour opacifier, pour que personne ne comprenne les choses.
Pour donner un exemple, même à l'intérieur de la banque, je me rappelle de certaines activités, de certains traders qui avaient des activités dont même les chefs ne comprenaient pas ce que les traders faisaient. Donc autant te dire qu’un organe prudentiel qui arrive, pour une enquête de 15 jours, 3 semaines, va avoir vraiment beaucoup de temps et de difficultés pour comprendre ce que l'activité recouvre. JLM : Mais c'est si complexe que ça ?
JK : Tout est fait pour opacifier. Certaines activités sont très complexes et c'est volontairement que cela a été fait ...pour être complexe, pour éviter que les gens comprennent et que seule une petite bande d'initiés sache vraiment ce qu'il y a derrière, tout simplement.
L’AMF, l’ACP, tous les organes de contrôle des banques qui viennent, premièrement n'ont pas les moyens et pas forcément toujours les compétences pour pouvoir venir étudier certains sujets. JLM : En fait c'est des gars comme toi qu'il faudrait recruter pour aller pister les autres. JK : Moi je n'ai pas forcément toutes les compétences sur toutes les activités, mais sur l'activité qui était la mienne, je savais comment les embrouiller.
Et on nous apprend à les embrouiller. JLM : On vous apprend? Il y a quelqu'un qui vous dit : tiens faut les embrouiller.
JK : Oui moi j'ai souvenir typiquement d'une... quelque chose qui m'a concerné à l'époque.
J'avais reçu une requête de la bourse allemande sur certaines opérations que j'avais initiées et mon chef m'a donné instruction de ne pas dévoiler et d’enfumer la bourse allemande, la régulation de la bourse allemande. De ne pas être clair dans mes réponses, de ne pas leur filer les éléments qu'ils attendaient. Donc ce sont des instructions aussi de la hiérarchie.
JLM : Et bien dis donc. Là on parle d'enfumage...
Je veux bien te croire parce que je me suis aperçu que la Société Générale, comme les autres grandes banques européennes avait été contrôlée par la Banque Centrale Européenne, l'année dernière. C'est depuis un an que ça fonctionne ce contrôle et c'est curieux il n'y a eu aucune suite, je veux dire aucune poursuite pour dire rien, pour dire écoutez ça ne va pas, il y a un problème avec cette banque. Sur le moment ça m'a fait ricaner et je me suis dit “bonjour le contrôle” mais je suis entré un peu plus dans le sujet et ça c'est ma contribution à la réponse à Yanis.
La première chose qu'il faut faire, c'est arrêter de faciliter le travail aux fraudeurs, c'est-à-dire arrêter de mettre en place des lois et des règlements qui rendent possible le trucage. C 'est là qu’est toute l'ambiguïté de l'affaire, c'est que ce n'est pas toujours illégal ce qu'ils font. Je te prends un exemple : le Luxembourg facilitait, pour les entreprises qui venaient, leur imposition.
C'est-à-dire qu'il y avait un entretien, face à face, et à la fin le ministre des Finances signait, disait “vous les impôts ça sera tant et pas plus, quel que soit votre chiffre d'affaires”. Le gars qui faisait ça s'appelait Jean-Claude Juncker. Il s'appelle toujours Jean-Claude Juncker et maintenant il est devenu président de la Commission européenne.
Tout ce système d'arrangements a été dénoncé par un homme qui s'appelle Antoine Delcourt. Cet homme est en procès, il va passer en procès le 26 avril (2016) je crois et il risque de 5 à 10 ans de prison et un million d'euros d'amende. Donc lui il est en procès et il risque d'être condamné et l'autre il a été élu président de la commission.
C'est scandaleux. Mais quand on regarde de plus près on comprend pourquoi parce que le président de la commission qui était à l'époque ministre des Finances et premier ministre du Luxembourg il avait un argument : article 113 du traité de fonctionnement de l'Union européenne “il est interdit d'harmoniser fiscalement les pays”. Nulle part il est dit : monsieur, dans votre pays vous n'avez pas le droit de vous arranger avec les entreprises.
Evidemment il a fait ça sur le dos de tous les autres pays européens. Alors les autres peuvent hurler mais en attendant ce n'est pas illégal, puisque la loi impose le contraire c'est-à-dire pas d'harmonisation fiscale. Comme il n'y a pas d'harmonisation fiscale, chacun fait ce qu'il veut dans son pays.
Ça c'est l'article 113 du traité de fonctionnement de l'Union européenne. Quant aux activités offshore, c'est de même nature il y a un article 63 du traité de fonctionnement de l'Union européenne qui dit ”il est interdit d’opposer une quelconque restriction à la liberté de mouvement des capitaux en Europe et dans le monde”. Comment fait la Société Générale pour que Bercy ne puisse pas aller mettre son nez de trop près dans ces affaires ? eh bien elle prend son argent, elle le passe au Luxembourg -Interdiction de mettre des restrictions- et du Luxembourg, on passe aux sociétés au Panama.
Tout ça est absolument légal. C'est immoral parce que ça permet à des gens de se soustraire à l'impôt, ils ne payent pas et ça c'est illégal qu'ils ne le payent pas. Donc quand on va en trouver un on va dire mais vous vous avez fraudé au fisc, mais tout le système qui permet cette fraude lui il est parfaitement légal.
Vous comprenez les gens ? C'est ça l'astuce. Le système est légal et c'est le fraudeur qui se fait attraper mais en général le fraudeur ne se fait pas attraper.
C'est celui qui dénonce la fraude qui lui, se fait attraper, comme ça en est le cas de Delcourt. Et figurez-vous alors que là on est en plein dans cette histoire de Panama Papers, alors qu'il y a déjà eu Luxleaks, je sais pas combien de leaks et bien nous venons de voter, à la majorité, au Parlement européen un texte qui rend encore plus dur le travail de dénonciation. Moi j'ai demandé un statut pour les lanceurs d'alerte et bien je suis servi, le statut des lanceurs d'alerte c'est : condamné d'avance.
Voilà comme ça le problème est réglé par l'Europe. J'ai expliqué cela parce que, je l'ai dit je ne suis pas un journaliste. Les journalistes sont indépendants et neutres, tu comprends?
Tandis que moi, non. je suis lié à la France Insoumise, à mes combats et je ne suis pas du tout neutre. Et toi Jérôme, tu ne vas pas te sauver de cette émission comme ça.
Il y a les systèmes, on les dénonce et tout ça.. Mais après il y a les hommes, les être humains parce que des fois c'est des femmes.
On est des êtres humains, on a une responsabilité personnelle. Ce n'est pas le fait d’être riche ou pauvre qui diminue ta responsabilité morale a l’égard des autres. Alors moi j'aimerais bien savoir ce que tu penses du métier que tu faisais parce que quand même, je te le dis, nous sommes amis tous les deux, ce n'est pas que ça m'autorise plus de franchise, parce que je vais dire, tu l'as déjà entendu des dizaines de fois Mais des gens me disaient: "Mais pourquoi vous avez défendu ce type" Je leur répondais : Je le défends parce qu'il est innocent, c'est une raison suffisante". "Oui mais, il y en a d'autres qui souffrent et ont souffert a cause de lui" La question, il y a quelqu'un qui la pose mieux que moi, comme ça ce ne sera pas moi et nos relations seront intactes.
C'est Leonard, qui pose la question. Leonard : Alors ma question a Jerome Kerviel etait : Quel était son ressenti vis-à-vis de son ancien métier ? Quel était son message à donner aux gens qu'est-ce qu'il en pensait étant donné que c'est une personne qui a véritablement vécu le métier de l'intérieur en étant dans la Société Générale Et oui, après tout ce qui lui est arrivé, tout ce qu'il a pu voir de l'intérieur, qu'est-ce qu'il en pensait qu'est-ce qu'il avait à dire ?
Merci d'avance pour la réponse. JK : Aujourd'hui mon point de vue sur mon ancien métier est très critique. Je l'ai dit à plusieurs reprises, je m'en veux énormément d'avoir perdu le sens des valeurs qui m'avaient été inculquées par mes parents, d'avoir participé à ce système là.
Effectivement j'ai commis et j'ai eu une activité qui n'était pas morale. J'ai spéculé énormément pour le compte de la banque à l'époque…. JLM : Pourquoi est-ce que tu dis que ce n'est pas moral, c'est légal.
JK : C'est légal oui on revient à ce que tu disais tout à l'heure c'est-à-dire que effectivement c'est légal mais pour autant d'un point de vue moral… Ma mère avait une entreprise, je sais quel est le travail que ça demande de maintenir à flot une entreprise avec des salariés, c'est un combat quotidien et je me suis rendu compte a posteriori que quand je spéculais, que je vendais massivement des actions de société pour parfois faire baisser les cours de ces sociétés là, pour faire de l'argent pour le compte de la banque. Effectivement, quand j'étais dans cette situation là, je ne réfléchissais pas aux conséquences sur le terrain de ces entreprises là, pour moi c'était très désincarné parce qu'on est dans un monde totalement virtuel. Je te prends un autre exemple : Quand il y avait des attentats finalement c'était les meilleures journées de trading pour les banques JLM : Sans blague ?
JK : C'est les périodes où il y a beaucoup de volativité sur les marchés financiers, quand ça baisse énormément, c'est les journées où la banque gagne le plus d'argent. JLM : Dans les attentats JK : tout à fait le 11 septembre…. JLM : parce que ça créé la pagaille ?
JK : Le 11 septembre 2001 a été une des meilleures journées de trading pour les salles de marché. Cette distance par rapport aux événements, on la perd. Je m'en veux énormément de l'avoir perdue.
Je m'en veux de m'être égaré de tout ça donc effectivement j'ai un problème de conscience. JLM : C'est pour ça que tu es un honnête homme c'est parce que tu t'en veux. Si tu ne t'en voulais pas, on dirait ce type n'a aucune conscience morale.
JK : La question que régulièrement tout le monde me pose et qui revient, c'est “si tout ça ne t'était pas arrivé est-ce-que tu aurais le même discours aujourd'hui ?” Effectivement à cette question là, honnêtement, je ne peux pas y répondre parce que l'histoire s'est faite comme ça et je ne serais pas honnête de dire “ben oui je m'en serais rendu compte” j'en sais rien. Au final je suis -et c'est le paradoxe de mon histoire même si les dernières années était compliquées- je suis heureux d’en être sorti aujourd'hui, je suis heureux d'avoir traversé ce que j'ai traversé et je suis heureux d'être sorti de ce milieu-là de ce métier-là qui m'éloignait chaque jour encore plus de l'humain, des valeurs que mes parents m'avaient transmises.
Donc oui j'ai un regard très critique sur ce qu'était mon action à l'époque. J'essaie chaque jour que Dieu fait, d'essayer de me pardonner à moi-même déjà, parce que encore une fois j'ai des chefs d'entreprises que je croise de temps en temps qui me posent cette question là en fait et qui, quelque part, m'en veulent parce que je suis un peu le symbole de ce système là, le plus visible, d’une certaine façon le plus médiatique, mais encore une fois j'essaie de me pardonner et j'espère pouvoir, une fois que mes ennuis judiciaires seront un petit peu passés, un peu plus loin, essayer de m'engager dans des choses qui sont utiles pour tout le monde. Peut-être que c'est quelque chose qui inconsciemment est de nature à essayer de me rattraper de quelque chose que je considère avoir fait de mal, je n'en sais rien.
C'est ce dont j'ai envie, oui. JLM : Je trouve que tu es un symbole pour un homme comme moi, un homme de la gauche. Nous on a toujours combattu un système avec une foi absolument inébranlable dans l'être humain.
C’est à dire que nous pouvons penser qu'un système est absolument pervers, absolument malfaisant, mais que jusqu'à l'être humain qui le fait fonctionner, lui est capable du meilleur et de mettre tout ça à distance. Je te trouve aussi un symbole du meilleur, pas que du pire tu vois Jérôme. JK: Ça je ne sais pas mais en tout état de cause... c'est bizarre que tu me pose cette question là parce qu'en fait je me lève vraiment tous les matins en ayant un regard très critique qui est un peu honteux en fait.
J'ai d'une certaine façon, depuis 8 ans, l'impression d'avoir pris conscience de ce à quoi j'ai participé et j'ai un peu honte vis-à-vis notamment de mes parents d'avoir trahi ce qu'ils m'avaient transmis. JLM : Tu as tort. C'est la rupture qui donne du sens, ce n'est pas la continuité.
Il ne faut pas que tu sois... tu as rompu avec ça.
Tu payes le maximum pour ça. Il n'y a rien qui t'obligeait à aller sur la scène publique. Tu aurais pu t'arranger avec eux.
Ils auraient bien aimé que tu te taises tu ne crois pas? JK : Ah si je pense qu'ils ne s'attendaient pas à avoir, 8 ans après, encore des débats sur le sujet. Effectivement...
JLM : Moi je t'ai condamné au début. Quand on m'a demandé à la radio on m'a dit “vous savez l'histoire du…” J'en ai rien à fiche, c'est un Madoff comme les autres, bien fait pour eux Puis après, évidemment ce sont mes amis qui m'ont dit tu ne peux pas parler comme ça, ce n'est pas juste. Alors j'ai dit "écoutez franchement on a autre chose à faire que s'occuper d'un trader." "Il y a déjà assez de trucs sur les bras" et puis comme toi, tu vois je me sentais mal.
Je me suis dis, qu'est-ce que je suis en train de dire, que je m'en fiche d'une personne parce qu’elle n'est pas du bon côté de la barricade ? C'est pour ça qu'une fois j'ai dit “Kerviel c'est comme l'affaire Dreyfus”. Alors il y en a qui ont poussé des cris.
Mais c'est pareil à l'époque, les gens de gauche, il y en avait plein qui disaient "mais on a autre chose à faire que de s'occuper d'un capitaine, de droite, militariste, dans une histoire qui concernait qui ? des militaires entre eux et il a fallu Zola et puis après Jaurès, mais pas au début Jaurès. Moi j’assume l'héritage de la famille.
Jaurès au début ce n'était pas son avis, il met du temps à s’y mettre et à comprendre. Donc moi je crois que c'est ça dont tu fais la preuve... c'est que chacun d'entre nous peut être peut se sentir responsable de ses actes et s'arracher à la production du mal.
Bon on ne va pas passer la fin sur quelque chose d'aussi terrible on va quand même renvoyer la patate chaude à ceux à qui elle revient. On va commencer par demander au Président de la République François Hollande, pour quelle raison 8 ans après il n'a toujours pas demandé une expertise sur le montant de la perte réellement subie par la Société Générale ? Lui qui avait dit que ce n'était pas normal que ce soit la banque qui perde et le contribuable qui paye.
Monsieur le Président de la République pour quelle raison, en 8 ans, n'avez-vous pas trouvé 5 minutes pour dire “je demande une inspection des finances pour vérifier si la perte est réelle” Et pendant que j'y suis à vous poser des questions, je voudrais demander quel genre de certitude vous a animé, quel genre d'informations est arrivé jusqu'à vous, qui vous a permis de décider que Monsieur Frédéric Oudéa, président de la Société Générale, méritait de recevoir la Légion d'honneur en 2015 ? Qu'est-ce qui s'est passé monsieur le Président, ce type vous a rendu l'argent qu'il nous a pris ? On va rester sur cette question.
Merci Jérôme pour ce temps passé avec nous et j'espère que tous ceux qui vont nous regarder réfléchissent bien. Il faut qu'ils comprennent que rien de tout ça n'est mystérieux, n’est incompréhensible. Tout ça est bien caché mais ce sont des ressorts assez traditionnels.
Le ressort de base c'est la cupidité, le moyen en cours de route c'est la malhonnêteté et le poids de l'atterrissage à la fin c'est le mensonge. Ce sont des choses qu'on connaît, elles ne s'appliquent pas qu'a nous pauvres manans, elles concernent aussi les très grands et très puissants sauf que eux, ça fait un maximum de ravage. Alors, d'un côté “des complots” contre Jérôme Kerviel, contre les contribuables, entre gens qui se connaissent, pas vrais, une vraie manigance et de l'autre il y a des gens qui se sont spécialisés dans la fabrication de manigances imaginaires et cette production sert en réalité des objectifs politiques en général assez pourris.
Ce sont les fameux complotistes. Tout le monde a au moins entendu parler au moins une fois de ça. Ce sont des gens qui dès qu'il y a un événement, expliquent que l'explication n'est pas la bonne qu'il y en a une autre que la vraie, l'autre, celle qui est cachée, qu'on nous cache etc... ils vont vous la révéler et en général c'est pour mettre en cause d'une manière assez infâme les uns ou les autres.
Il y a eu une très belle série de reportages sur ces conspi...rateurs, elle s'appelle “Conspi Hunter”.
C’est mon coup de coeur. Elle est diffusée par un média en ligne qui s'appelle Spicee qu'on peut trouver spicee.com C'est un de ces médias qui contribue a bouleverser le paysage des médias.
Vous savez qu’il y a maintenant 2 couches dans les médias : il y a la couche officielle celle où vous dit ce qu'il faut penser et il y a la couche en dessous -qui vient en dessous pour l'instant- qui est tout ce qui se passe sur internet, sur les réseaux sociaux -il y a le pire et le meilleur-, il faut bien dire les choses. Ce n’est pas parce que c'est dans l’underground que c'est meilleur par principe et vous devez aller chercher ici et là, picorer le meilleur et moi j'estime que Spicee, ça fait partie du meilleur. Aujourd'hui pour le mal de regarder une émission vous avez 2 types de complots mis en scène : les vrais et les faux.
Grâce à pas vu à la télé. Voix off : Nous avons donc nous-mêmes inventé un complot. Ce complot nous en avons fait un film et ce film nous l'avons mis sur Internet.
Ensuite nous l’avons diffusé grâce aux réseaux sociaux et durant toute cette période nous avons mesuré en temps réel la propagation de ce message sur la toile. Cette méthode nous a permis de mieux comprendre la complosphère et aussi de montrer que certains avalent et relaient n'importe quelle information pourvu qu'elle aille dans leur sens.