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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 10 mai 2024 25 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleInstitutions & électionsJustice

"La place des pères dans la famille a toujours été sacralisée"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:05OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous reçu les propos du président sur le devoir de visite des pères ?

  • 3:24OuverteRéponse directe

    Comment recevez-vous l'idée d'un devoir de visite pour les pères ?

  • 4:33RelanceRéponse directe

    Vous parliez d'un risque de retour en arrière ?

  • 5:27OuverteRéponse directe

    Quelle forme concrète pourrait prendre un devoir de visite ?

  • 8:37RelanceRéponse directe

    Mais j'aimerais encore qu'on reste sur le diagnostic, Nadia Adam.

  • 17:10RelanceRéponse directe

    Cette question de la garde, c'est ce que dit Catherine aussi.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:51PrésentateurFait
    « « Il doit y avoir non plus seulement un droit, mais un devoir de visite, un devoir de suivi, d'éducation et de poursuite du projet parental au-delà du couple. » »
  • 2:17InvitéFait
    « « Moi j'ai trouvé les propos du président Macron assez ahurissants, à la fois sur la forme et sur le fond. » »
  • 3:31InvitéFait
    « « Il y a comme une maladresse de calendrier, si vous voulez. » »
  • 3:57InvitéFait
    « « Sous-entend qu'il y a un déficit d'autorité dans la famille et que ce déficit d'autorité est dû à la carence paternelle ou à l'absence des pères. » »
  • 4:11InvitéFait
    « « La puissance paternelle dans la famille, ça a fait long feu. » »
  • 9:32InvitéFait
    « « Il faut un père et une mère. » »
  • 11:01PrésentateurFait
    « « La place des pères dans la famille n'a jamais été fragile, instable, mise en question. Elle a toujours été sacralisée. » »
  • 11:25PrésentateurFait
    « « La mère est devenue, il y a quelques décennies, en 1970, sujet légitime de droit, de l'éducation et de la protection de ses enfants. » »
  • 16:57InvitéFait
    « « Si dans les cas de séparation, les pères n'ont pas leurs enfants ou ne sont pas le parent hébergeur, c'est parce qu'ils ne demandent pas la garde. » »
  • 21:28InvitéChiffre
    « « 70% des jeunes les plus violents sont des enfants qui sont victimes de violences conjugales. » »
  • 23:08PrésentateurChiffre
    « « 97% des décisions des juges aux affaires familiales sont conformes à la demande des deux parents. » »

Temps de parole

  • Présentateur26 %
  • Présentateur 220 %
  • Invité20 %
  • Invité 219 %
  • Invité 38 %
  • Auditeur6 %

≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter ouvre le débat ce matin. Un grand entretien en forme de table ronde après la proposition choc formulée par Emmanuel Macron. Une proposition qui suscite le débat depuis quelques jours. Le président donnait un entretien au magazine Elle cette semaine et il insistait au cours de cet entretien sur le devoir de visite des pères de famille parentale monoparentale. Il y a donc une vraie question qui se pose. Où sont les pères ? Vitons un grand retour en arrière, c'est la question qu'on va poser à nos invités. Vos questions chers auditeurs, vos réactions au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Avec nous en studio Nadia Damm et Edouard Durand. Bonjour à tous les deux.

Bonjour. Et bienvenue Nadia, on ne vous présente pas. Vous êtes chaque semaine à l'antenne d'Inter le matin avec Famille Enco, spécialiste des questions de parentalité. Et vous venez de publier La Gosse chez Grasset. Vous êtes Edouard Durand, magistrat, juge pour enfants au tribunal de Pontoise. Vous avez été président de la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Et vous venez publier dans la collection Tracte de Gallimard, 160 000 enfants, violences sexuelles et dénis social. Vous êtes un spécialiste et un observateur au premier rang pour voir évoluer les différents modes de famille et ce qui peut s'y exercer comme type de violence.

Et puis nous sommes en duplex avec le psychiatre et psychanalyste Serge Efez. Bonjour.

1:31
Invité

Bonjour.

1:32
Présentateur

Bonjour. Merci d'être avec nous Serge Efez. On ne compte plus les ouvrages de référence que vous avez publiés sur la famille. Vous dirigez l'unité de thérapie familiale à la pitié, Salpêtrière. Et vous êtes le coprésident d'une commission parentalité dont on va discuter dans un instant. Partons d'abord des mots du président de la République, Nadia Dame. Je le cite, il doit y avoir non plus seulement un droit, mais un devoir de visite, un devoir de suivi, d'éducation et de poursuite du projet parental au-delà du couple. Je vous pose cette question. Comment est-ce que vous avez reçu ces mots-là ?

Le devoir de visite, le devoir d'être présent pour un père, quelle que soit la configuration de la vie familiale.

2:15
Invité

Comment est-ce que je les ai reçus ? Mal. Moi j'ai trouvé les propos du président Macron assez ahurissants, à la fois sur la forme et sur le fond. Sur la forme, parce que ce n'est pas anodin. Il faut quand même rappeler que cette interview, il l'a donnée au magazine Elle, qui est un magazine féminin, qui se revendique comme tel, au lectorat féminin. Et que ça, d'une certaine manière, ça suggère encore que la parentalité, c'est la grande affaire des femmes. Dans cette interview, il va parler aussi bien de ménopause qu'en effet de garde d'enfants. Puis un autre détail sur la forme, qui là aussi n'est pas du tout anodin.

Plusieurs personnes l'ont remarqué, tout au long de cette interview, quand il parle des hommes qui sont devenus pères, il va dire les pères. Quand il parle des femmes qui ont des enfants, il dit les mamans de manière quasiment systématique. Et pourquoi ce n'est pas anodin ? C'est parce que ça, ça fige encore une fois les personnes, les individus dans des rôles bien assignés. C'est-à-dire aux femmes, aux mères, aux mamans, le care, le soin, etc. Et aux pères, l'autorité, l'autorité qui leur serait naturelle. Et tout ça, ça a pour effet de dépolitiser la question. Alors qu'évidemment, elle est infiniment politique.

3:17
Présentateur

Serge Éphèse, qu'en pense celui qui a été l'auteur de La Fabrique de la Famille ? Quand la famille s'en mêle, ce sont deux de vos livres. Mais en l'occurrence, comment est-ce que vous avez reçu cette idée d'un devoir de visite ? Une logique de devoir donc pour les pères ?

3:31
Invité

C'est-à-dire, je rejoins effectivement ce qui vient d'être dit parce qu'il y a comme une maladresse de calendrier, si vous voulez. C'est-à-dire que Gabriel Attal, il y a 15 jours, est revenu sur les principes d'autorité défaillante dans la famille. Il désigne des familles défaillantes. Il appelle aux travaux d'intérêts généraux, aux amendes pour les parents défaillants. Et dans la foulée, le président de la République parle de ce devoir de visite des pères. C'est-à-dire, sous-entend qu'il y a un déficit d'autorité dans la famille et que ce déficit d'autorité est dû à la carence paternelle ou à l'absence des pères.

C'est-à-dire qu'il ne tient absolument pas compte de ce que sont les transformations de la famille aujourd'hui. La puissance paternelle dans la famille, ça a fait long feu. On est passé à l'autorité parentale conjointe au jour d'aujourd'hui. Le mariage n'a plus la même place dans la famille. On est beaucoup plus dans des situations de séparation et de coparentalité. Et c'est comme si finalement, ce devoir des pères, il déniait un peu toute cette histoire et toute cette évolution.

4:33
Présentateur

Edouard Durand, que pensez-vous justement, vous aussi, de cette expression-là ? Vous parliez d'un risque de retour en arrière ? Le concepteur de l'autorité parentale, un grand juriste, Jean Carbonnier, disait « La coparentalité, c'est la nostalgie de l'indissolubilité ». Explication ?

Et ça veut dire que cette histoire de projet parental, de couple parental au-delà du couple conjugal, des concepts qui sont très éloignés de la réalité des familles et des besoins des enfants, montrent dans un système de rapport de force que le droit de la famille est devenu un champ de ruines et qu'on ne sait plus comment organiser la vie des familles dans une politique publique pour permettre aux enfants de grandir en sécurité. Le problème, c'est celui-ci.

5:27
Invité

Mais justement, Edouard Durand, quelle forme, concrètement, ça pourrait prendre un devoir de visite ? Est-ce qu'il pourrait y avoir des sanctions pénales ? Est-ce qu'il pourrait y avoir des sanctions civiles ? Parce que c'est ce que réclament certaines associations.

5:39
Présentateur

Ça a été dit à l'instant. Derrière tout ce champ lexical, il y a la nostalgie de la puissance paternelle. Depuis ce qu'on a appelé les émeutes, on se dit qu'on manque de pères. De l'été dernier. Vous savez, c'est ce qui a présidé à tout le droit de la famille du code Napoléon. Il serait impossible à l'État de maintenir l'ordre s'il n'était efficacement secouru par les pères. Mais on est loin de ça.

Aujourd'hui, soit on remplace le mot droit par le mot devoir, mais qui est déjà dans la définition de l'autorité parentale, un ensemble de droits et de devoirs, et finalement on ne change pas grand-chose, soit on impose à l'enfant de voir un père qui lui fait peur et donc qui n'inspire pas l'autorité. Nadia Damm, vous acquiescez ?

6:26
Invité

Oui, parce qu'en effet, moi ce que j'ai eu beaucoup en tête en lisant les propos d'Emmanuel Macron, c'est à quel point il était éloigné des réalités des familles et surtout cette idée-là que la loi fabriquerait de l'attachement et fabriquerait du lien. Moi je n'ose pas imaginer ce qui va se passer, ce qui peut se passer dans la tête et dans le regard d'un enfant qui va voir son père passer du temps avec lui malgré lui. Comment est-ce qu'on explique à un enfant qu'il va voir son père alors que son père ne veut pas ? Et puis comment est-ce que ça va se passer concrètement ? Où est-ce que ça va se passer ces rencontres ? Est-ce qu'elles vont être médiatisées ?

Comment est-ce que ça va se passer pour les adolescents dont on sait qu'ils doivent être un peu plus associés aux décisions qui les concernent ? Tout ça, ça reste quand même extrêmement flou. Alors on rappelle bien sûr que tous les pères ne sont pas forcément maltraitants, tous les pères ne sont pas forcément absents, mais c'est vrai Serge Ephèse, vous qui êtes psychiatre et qui travaille en thérapie familiale avec les nouvelles parentalités, avec la GPA qui peut être pratiquée à l'étranger, avec les familles homoparentales, le rôle du père il est bousculé. Parfois d'ailleurs il n'y a pas de père.

Parfois il n'y a pas de père, mais souvent il y a des pères, et souvent il y a des pères qui n'occupent pas la place qu'ils pourraient ou qu'ils auraient envie d'occuper. Donc avant de parler de, je ne sais pas, d'amande au père ou qu'on aille chercher les pères avec une baïonnette dans le dos pour les amener dans leur famille, parlons de prévention. Oui mais ce que disait Nadia Adam, c'est intéressant, c'est que, en fait, quel peut être le bénéfice de forcer un père qui n'a pas envie de voir son enfant à le voir quand même ?

Non mais si vous voulez, si vous permettez, avant de les forcer, il s'agit de les inciter et de mettre en place un dispositif global qui redonne et qui donne une place aux pères, ceux qui n'ont pas aujourd'hui, parce que ça n'est pas encore tout à fait dans les mentalités. Si vous voulez, les pères, ils peuvent être où ? Ils peuvent être à l'école pour s'occuper de l'éducation de leurs enfants, ils peuvent être chez le médecin, ils peuvent s'occuper d'hygiène, d'alimentation, etc. Or, cette place, elle est occupée aujourd'hui principalement par les mères.

Comment est-ce qu'on va inciter davantage les pères à être plus proches à la fois de l'éducation et du fait de pouvoir élever correctement leurs enfants ? On peut modifier des choses à l'école, on peut modifier des choses dans les conseils de classe.

8:35
Présentateur

On va y venir à la question des solutions dans un instant, Serge Fès, mais j'aimerais encore qu'on reste sur le diagnostic, Nadia Adam, dans votre livre à la gosse. Vous dites que votre fille vous demande un jour, ça commence à combien une famille ? Et vous lui répondez à deux. C'est bien deux. Et vous, maman solo, comment est-ce que vous percevez justement ce débat sur la figure du père ?

8:55
Invité

Oui, ça pose en effet la question de l'absence des pères, mais il y a beaucoup de manières d'être absent quand on est un père, il y a beaucoup de manières de faire défaut à son enfant. Ça peut être physiquement, géographiquement, on peut vivre par exemple à l'autre bout de la France, on peut être absent émotionnellement, c'est-à-dire faire peu de cas de son enfant et être absent sur le plan logistique, c'est-à-dire ne pas s'occuper des activités extrascolaires, ne pas prendre rendez-vous chez le médecin, etc. Et à l'évidence, cette affaire, cette histoire du devoir de visite, ça ne va pas venir réparer ces carences-là, ça ne va pas venir soigner l'enfant.

Et par ailleurs, en effet, ça je le dis dans le livre, et je l'ai beaucoup dit dans ma tête en lisant les propos d'Emmanuel Macron, il dit à un moment, il faut un père et une mère. Non, il ne faut pas un père et une mère. Il faut du soin à l'enfant, il faut respecter les besoins fondamentaux de l'enfant. Et encore une fois, un père absent, ce n'est pas forcément dommageable pour l'enfant, en tout cas pas plus qu'un père présent malgré lui. Ça vraiment, on sous-estime les conséquences sur l'enfant et sur l'équilibre de la famille.

Édouard Durand, vous parliez tout à l'heure des pères violents, mais il y a aussi la question tout simplement de l'économie, des pensions alimentaires non versées, des choses comme ça. Ce n'est pas vraiment une forme de violence, mais ça fait partie des litiges qu'il peut y avoir dans des divorces, des séparations.

10:08
Présentateur

Oui, c'est pour ça que c'est une politique publique, et qu'il ne faut pas la faire reposer exclusivement sur la responsabilité des citoyens pris individuellement, ou en couple conjugal ou post-séparation en tant que parents. C'est une politique publique. Et il ne faudrait pas que ce devoir de visite soit un moyen de compenser ce que les allocations familiales verseraient aux mères quand le père est défaillant. Oui, mais le beau père de famille, c'est une notion de droit civil ?

Oui, c'est une notion de droit civil, mais c'est une notion de droit civil qui est très jolie, très bien formulée, qui date un peu, qui est l'idée que l'homme, mari et père est celui qui, par essence, fait tout bien de manière pondérée et responsable. Je voudrais dire une toute petite chose, qui est la suivante. Il ne faut pas se tromper et avoir une sorte d'illusion d'optique. La place des pères dans la famille n'a jamais été fragile, instable, mise en question. Elle a toujours été sacralisée. Ce qui est nouveau dans l'histoire des êtres humains, c'est que la mère est devenue, il y a quelques décennies, en 1970, sujet légitime de droit, de l'éducation et de la protection de ses enfants.

Ça qui est nouveau. Et depuis 1970, 1987, 2002, aujourd'hui, nous nous cessons de dire mais qu'avons-nous fait ? Nous avons donné l'autorité parentale aux mères. Il y a quatre situations familiales à prendre en compte. Sinon, on ne peut rien penser. Ce sont l'entente, l'absence, le conflit et la violence. C'est selon ces quatre configurations qu'on peut se proposer. Juste avant de filer au standard, retrouver les auditeurs d'Inter, Serge Effesse, vous vouliez réagir ?

11:54
Invité

Oui, bien sûr. Parce que je suis tout à fait d'accord avec ce que vient de dire M. Durand. Mais qu'est-ce qu'on fait par rapport à ça ? Moi, par exemple, quand j'ai commencé dans la santé mentale il y a une quarantaine d'années à m'occuper de jeunes en difficulté, les pères n'étaient pas là quasiment. On ne les voyait pas. Ils ne venaient pas dans les centres de soins. On voyait surtout les mères. Et on ne pensait même pas à impliquer les pères dans les soins des enfants. J'ai mis en place des unités de thérapie familiale dans lesquelles les pères se sont inscrits de plus en plus.

Si les pères sont sollicités, s'il y a des dispositifs de médiation efficaces qui sont mis en place, eh bien, les pères s'impliquent. Donc, si vous voulez, avant de stigmatiser les pères, il y a des pères absents, c'est vrai. Il y a des pères qui laissent tomber leurs enfants. Bon, c'est très triste, mais ça n'est pas la majorité. Donc, avant de parler de la défaillance des pères, il faut penser à des dispositifs et surtout des dispositifs de médiation qui donnent cette place aux pères et qui leur... Parce que, je dirais que par tradition, c'est les mères qui se sont présentes et c'est les mères qui sont censées avoir un savoir-faire par rapport aux enfants. Alors, on va l'interroger.

Il faut leur donner cette place.

13:02
Présentateur

Un mot rapide avant de filer au standard. Quatre configurations, entente, absence, conflit, violence. Si vous faites venir en thérapie familiale, en audience ou en médiation, un père ou un mari violent, vous cassez la réparation d'un enfant et de toutes les victimes dans la famille. Il faut distinguer les situations. Bonjour, Malek. Oui, bonjour. Et bienvenue sur Inter.

13:28
Auditeur

Merci. Moi, ce que je voulais dire, en fait, c'est que j'ai été séparé de la mère de mon fils. Mon fils, aujourd'hui, a 17 ans. Et la mère... Moi, au départ, en fait, je voulais fuir mon fils parce que je voulais régler mes problèmes avec sa mère. Et je me suis occupé. J'ai commencé à m'occuper de mon fils grâce à... Parce que j'ai fait un peu de thérapie. J'ai rencontré un thérapeute qui m'a accompagné là-dedans et qui m'a demandé... Et qui s'est battu pour que je prenne ma place de père. Et ce que je m'aperçois aujourd'hui, ayant pris ma place de père, c'est que mon enfant est épanoui. Surtout qu'en plus, que j'ai une double culture.

que la construction de cet enfant, je pense que c'est au père et à la mère, même s'ils sont dans le conflit, c'est à eux de trouver cet espace. Puisque quand je suis passé devant le juge, le juge, je lui ai bien expliqué que si moi, je ne prenais pas ma place de père, que mon fils avait une double culture et qu'il pouvait avoir encore plus de difficultés à s'épanouir dans la vie. Et aujourd'hui, mon fils, avec l'effet de société, il a 17 ans et il est en recherche. Il ne sait pas où il se situe dans la société. Donc il se rapproche un peu du culturel. Il délaisse un peu le culturel. Mais il est très, très épanoui et il est bien dans sa peau.

Et je ne remercierai jamais sa mère qui s'est beaucoup battue pour que je prenne ma place. Et souvent, les mères règlent aussi leur compte avec leur père. Donc les pères n'arrivent pas aussi à voir leur enfant puisque j'ai d'autres amis à qui on a substitué l'enfant, la mère a substitué l'enfant. Alors on va justement laisser

15:03
Présentateur

nos invités réagir, Malek, parce que votre témoignage est extrêmement riche et merci de l'avoir partagé avec nous. J'aimerais savoir ce qu'on pense, Serge Géphès, justement.

15:11
Invité

Écoutez, ça va tout à fait dans le sens de ce que je disais, c'est-à-dire qu'il est souvent possible, pas toujours, mais il est souvent possible d'aider les pères à s'impliquer davantage et à leur donner plus de place. Il y a un dispositif de soutien à la parentalité qui existe, qui a été mis en place en 1999 avec des réseaux d'aide aux parents, avec des points écoutes, avec des systèmes de médiation. Ce réseau ne fonctionne pas ou ne fonctionne pas suffisamment parce qu'il n'est pas assez entretenu, il n'est pas assez connu et il n'est pas assez subventionné.

Et j'aimerais qu'on parle un petit peu du fond, c'est-à-dire comment, dans le fond, on met en place, au niveau de chaque collectivité territoriale, on met en place des actions qui permettent aux familles d'avoir des lieux, et surtout aux pères, d'avoir des lieux où ils vont pouvoir exprimer ce que ce père vient d'exprimer. Justement,

16:01
Présentateur

c'est le sens de la question de Josiane sur l'appli France Inter.

16:06
Invité

Alors, Josiane qui dit qu'elle est bénévole dans une structure d'aide aux personnes en précarité financière, je constate qu'il y a beaucoup de familles monoparentales et que ce sont surtout les mères qui portent tout sur leurs épaules. Elle dit, j'aimerais bien qu'on impose d'abord aux pères l'obligation de payer la pension alimentaire comme préalable à un droit de visite, on en parlait tout à l'heure. Nadia Adam, la question des pères absents et des mères solos, c'est aussi une question économique ?

Bien sûr, mais je voudrais juste revenir sur ce qui vient d'être dit par l'auditeur, parce que vraiment, il ne faut pas laisser passer ça, pardon, mais quand il dit qu'il y a beaucoup de mères, déjà, c'est pas prêt, mais il y a beaucoup de mères qui se serviraient de leur enfant pour faire du mal, qui manipuleraient leur enfant pour faire du mal à leur ex-conjoint. Alors, ça c'est faux. Ça s'appelle le syndrome d'aliénation parentale. De l'aliénation parentale qui n'a aucun fondement scientifique et qui est par ailleurs un élément qui est repris par les milieux masculinistes. Donc ça vraiment, il ne faut pas du tout laisser cette idée-là se diffuser.

Par ailleurs, sur la place à laisser aux pères, il faut aussi rappeler une autre réalité statistique, c'est que si dans les cas de séparation, les pères n'ont pas leurs enfants ou ne sont pas le parent hébergeur, c'est parce qu'ils ne demandent pas la garde. Devant les tribunaux, dans les affaires, les pères ne demandent pas la garde, ce sont les mères. Édouard Durand, justement, cette question de la garde, c'est ce que dit Catherine aussi sur l'application, que dire des pères qui saisissent les juges pour ne plus avoir la garde de leurs enfants pour des raisons diverses, notamment ils travaillent trop et des juges qui valident cela sous prétexte que la mère a plus de temps.

Oui, c'est ce qu'a dit

17:24
Présentateur

votre auditeur,

17:24
Invité

j'ai fui mon fils.

17:27
Présentateur

Eh bien oui, effectivement, fuir ses responsabilités a des conséquences. Mais c'est vrai qu'en ça ? Mais ce qu'avait montré une étude qui avait été demandée par des mouvements masculinistes au ministère de la famille, au ministère de la justice, c'est que la quasi-totalité des décisions rendues par les juges aux affaires familiales étaient conformes à la demande des pères et des mères. Parce que il y a une réalité dont il faut tenir compte. Il ne faut pas construire un modèle du bon parent qui divorce et qui est un modèle qui ne peut pas être tenu. Vous dites que même l'expression de famille défaillante vous semble problématique, Nadia Damm. Pourquoi ?

18:07
Invité

Oui, ça, on l'entend beaucoup dans la rétorité

18:09
Présentateur

et même dans le discours politique.

18:11
Invité

Des parents défaillants et on entend beaucoup aussi Gabriel Attal notamment parler non pas seulement d'autorité mais d'exercice de l'autorité. C'est-à-dire qu'il faudrait que l'autorité elle s'incarne par la coercition, par la force et pourquoi pas peut-être par la violence.

18:25
Présentateur

Mais famille défaillante, qu'est-ce qui vous gêne dans l'expression ? C'est qu'elle ne désigne pas quelque chose de concret ?

18:30
Invité

Ou alors que nous sommes tous des parents défaillants ou des parents faillibles ? Défaillants vis-à-vis de quoi ? C'est-à-dire quels sont les attendus ? En quoi est-ce qu'on est en situation d'échec quand on dit défaillants ? Je sais évidemment qu'Emmanuel Macron et Gabriel Attal ont commencé à utiliser ces termes-là à la suite des incidents et des émeutes impliquant des mineurs. Mais là, encore une fois, quand on parle de ça, on dépolitise le sujet.

18:52
Présentateur

On dépolitise le sujet mais on évoque aussi l'intérêt supérieur de l'enfant, Edouard Durand. Vous entendez ce discours-là, ce discours porté là aussi par de nombreux politiques qui exigent le retour de l'autorité mais qui ne cessent de rappeler cet intérêt supérieur de l'enfant. Alors, quel serait-il ? On dit retour pour parler du retour de la puissance maritale et paternelle. L'autorité, c'est nouveau. Nous sommes... Notre civilisation est en train d'assimiler le passage très récent, 1970, de la puissance à l'autorité. La distinction entre les deux, c'est la légitimité de la violence qui est possible dans la puissance exclue dans l'autorité à Narendt.

L'intérêt de l'enfant, oui, bien sûr, c'est la finalité de l'autorité parentale qui est, selon la loi, le Code civil, un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Mais qu'est-ce que l'intérêt de l'enfant ? L'intérêt de l'enfant, c'est une réalité objective, immuable qui est la prise en compte de ses besoins fondamentaux à commencer par son besoin de sécurité. C'est-à-dire, qui répond de manière cohérente, fiable et continue aux besoins de l'enfant quand il a peur ? Eh bien, la quasi-totalité des humains appelle cette personne une mère. Les psychologues et les psychiatres l'appellent figure d'attachement principal.

20:16
Invité

Édouard Durand, on parlait des parents défaillants peut-être et des émeutes qui avaient suivi la mort de Naël qui avait été tuée par un policier après un refus d'obtempérer. Le gouvernement a prévu à annoncer des sanctions pour les parents qui seraient défaillants et il fait la différence avec les parents qui seraient débordés. Est-ce que c'est une différence qui peut exister au niveau juridique ? Comment est-ce qu'on applique ces éventuelles sanctions ? Par exemple, des travaux d'intérêt général qui pourraient être mis en place pour les parents défaillants ?

20:44
Présentateur

Je suis juge des enfants. Ma fonction sociale est d'être le gardien de ces frontières avec l'intervention de l'ordre public dans le privé des familles. Il y a des adultes qui exercent leur parentalité d'une manière extrêmement dangereuse et qui doivent être sanctionnés plus sanctionnés qu'ils ne le sont. La plupart de ces jeunes délinquants extrêmement violents ce sont d'abord des enfants victimes de violences conjugales. de violences physiques de violences sexuelles bien sûr.

Le docteur Maurice Berger qui est un pédopsychiatre spécialiste des enfants les plus violents le dit dans son activité dans les centres éducatifs fermés 70% des jeunes les plus violents sont des enfants qui sont victimes de violences conjugales. La loi existe déjà pour mettre à l'écart ces pères violents et les empêcher de faire de la maison un lieu hors la loi. Nadia Dam est-ce que vous pensez que c'est le rôle des pouvoirs publics justement de s'impliquer dans l'intime le plus intime de la vie des familles monoparentales ou pas d'ailleurs ?

21:48
Invité

Oui bien sûr mais tout dépend comment c'est fait évidemment. A l'évidence là depuis tout à l'heure on parle de cette histoire de devoir de visite c'est vraiment c'est une fausse bonne idée c'est apporter une mauvaise solution à un vrai problème. C'est-à-dire que par exemple typiquement plutôt qu'une réponse pénale il pourrait y avoir une réponse civique. Il y a beaucoup beaucoup d'associations de mères qui expliquent qu'aujourd'hui quand un père ne se présente pas pour voir son enfant la mère n'a absolument aucun recours. A l'inverse si elle elle ne présente pas son enfant lors de la visite du père elle risque 15 000 euros et un an et un an d'emprisonnement.

Donc c'est plutôt il faut apporter la réponse inverse c'est-à-dire pourquoi pas c'est ce que certaines associations réclament pourquoi pas retirer l'autorité parentale à un père qui n'est pas là c'est-à-dire que la négligence c'est une violence en réalité c'est déjà une partie de la violence.

22:39
Présentateur

Edouard Durand à Caisse Serge Efez il y a beaucoup d'interventions d'auditeurs justement sur des personnes qui sont dans des situations de séparation qui trouvent très difficile d'avoir la garde de leur enfant procédure après procédure le droit de visite n'est pas vraiment respecté ou dur à avoir dit Romain François dit normal 90% des jugements sont attribués aux femmes donc même si vous demandez vous ne l'avez pas ça c'est faux Edouard Durand c'est faux 97% des décisions des juges aux affaires familiales sont conformes à la demande des deux parents c'est-à-dire qu'on ne distingue jamais la réalité de ce qui est vécu dans la famille entente absence conflit violence donc ça c'est extrêmement important Serge Éphèse

23:25
Invité

oui c'est tout à fait juste c'est tout à fait juste que majoritairement ce sont les parents s'entendent pour que la mère ait la garde de l'enfant parce que encore une fois on est dans cette tradition qui a été largement soulevée des savoir-faire maternels du care et du soin aux enfants par rapport au père donc la question elle est plutôt préventive aujourd'hui c'est-à-dire comment est-ce que petit à petit on va aller à l'encontre de tout ça dans un souci d'égalité entre les hommes et les femmes et dans un souci justement de faire respecter ce principe de l'autorité conjointe qui a remplacé la puissance paternelle et c'est la fin

24:02
Présentateur

de cet entretien Serge Éphèse mais on a compris vous n'aurez pas mes solutions tant pis on les aura parce que vous reprendrez avec nous ce sujet à l'antenne d'Inter le mot de la fin Nadia Dame

24:14
Invité

non je vais le laisser Edouard Durand Edouard Durand

24:17
Présentateur

un enfant doit grandir en ses cul rité merci infiniment en tout cas à tous les trois d'avoir été les invités du grand entretien Nadia Dame je rappelle donc La Gosse c'est publié chez Grasset Serge Éphèse merci infiniment et donc à bientôt Edouard Durand je rappelle donc ce texte que vous avez publié dans la collection Tracte de Gallimard à bientôt

24:42
Locuteur

à bientôt