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interviewFrance Inter· 20 mai 2026 9 min

Yaël Braun-Pivet : "Ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c'est quasiment 100 % d'hommes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter. La grande matinale.

0:04
Yaël Braun-Pivet

Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, votre invité, est présidente de l'Assemblée Nationale.

0:09
Présentateur

Bonjour Yael Broun-Pivet. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. On va parler dans un instant de 2027 et de ce que vous appelez le club des machos, c'est-à-dire les candidats hommes de votre camp. Peut-être en tirerez-vous des conclusions pour vous-même en nous annonçant dans quelques instants votre candidature. Sait-on jamais ? Mais d'abord à ce même micro hier, l'avocate de Flavie Flamand a annoncé que de nouvelles plaintes pour viol allaient être déposées contre Patrick Bruel. Et on a appris hier soir qu'au Québec, les concerts du chanteur prévus en décembre prochain étaient annulés.

Je rappelle qu'il est en ce moment au théâtre à Paris, le mois prochain en tournée, et qu'une pétition demande l'annulation de ces concerts avec déjà plus de 20 000 signataires. Est-ce que vous pourriez la signer cette pétition ?

0:45
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, ce qu'on entend est très grave. On entend beaucoup de témoignages. Il y a des plaintes sur des faits qui sont graves. Et donc, il faut entendre les paroles des victimes. Depuis 2017, on se bat, notre majorité et moi, pour le droit des femmes. Et pour qu'on entende les femmes victimes de violences sexuelles. Donc, il faut les écouter. Il faut que la justice fasse son œuvre. Il faut évidemment respecter la présomption d'innocence. Tout cela doit être combiné. Évidemment, Patrick Bruel est présumé innocent.

1:11
Présentateur

Mais sur la question de savoir s'il doit continuer à jouer au théâtre, à faire une tournée.

1:17
Yaël Braun-Pivet

C'est à lui de le décider, évidemment. Mais en tout cas, moi, à titre personnel, il est évident que je n'irai pas assister à tel ou tel concert. Il faut aussi quand même laisser la justice faire son travail. Moi, j'ai vraiment, dans ces cas-là, c'est aussi l'avocate qui parle. Il faut écouter vraiment profondément les victimes. Il faut faire en sorte qu'elles puissent avoir un vrai parcours. parce que ça pêche beaucoup dans notre pays. Mauvaise formation des gendarmes, des policiers, une justice trop lente, etc. On y a travaillé, mais il faut continuer à le faire.

Et moi, je plaide aussi pour que nous puissions examiner à l'Assemblée nationale une loi intégrale pour protéger les femmes victimes de violences sexuelles parce qu'on n'a pas encore été assez loin. On a fait beaucoup, mais il faut faire encore. Et donc, c'est un combat majeur de société. Et en l'occurrence, il faut laisser la justice pouvoir faire son travail correctement.

2:07
Présentateur

Laissez la justice faire son travail, mais vous nous dites donc que vous n'iriez pas. Voir Patrick Bruel sur scène, il y a Elbron-Pivet. Autre sujet qu'évoquait Patrick Cohen il y a un instant, après les propos du patron de Canal+, qui dit ne plus vouloir travailler avec ceux qui ont signé cette pétition contre l'emprise de Vincent Bolloré. Plusieurs partis politiques, le Parti Socialiste, la France Insoumise, proposent ce qu'ils appellent une loi anti-concentration, loi anti-trust, pour éviter la mainmise d'un groupe sur un secteur. Je rappelle que, par ailleurs, l'un des points de départ de cette pétition, c'est le fait que Vincent Bolloré est aussi en train d'acquérir le distributeur UGC.

Est-ce que c'est une bonne idée, une loi anti-concentration ?

2:40
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, ce qu'il faut qu'on garantisse dans notre pays, c'est le pluralisme, la capacité que chaque artiste, chaque auteur, chaque écrivain, chaque journaliste peut avoir d'exprimer, de faire son métier en toute indépendance, d'exprimer ses opinions, etc. Et donc, il faut, en assurant ce pluralisme et cette indépendance, permettre de trouver le bon équilibre. Si c'est une loi anti-concentration, pourquoi pas ? En tout cas, moi, je suis tout à fait ouverte à y travailler.

3:07
Présentateur

Donc, ce n'est pas forcément une mauvaise idée de se dire qu'il faudrait être un cadre légal pour empêcher, par exemple, que Vincent Bolloré puisse s'emparer d'un distributeur comme UGC ?

3:16
Yaël Braun-Pivet

Moi, je ne parle pas de Bolloré ou d'autres. Ce que je vise... C'est un peu le sujet, quand même, là. Non, on ne fait pas une loi pour viser un tel ou un tel. On fait une loi pour poursuivre un objectif. Dans notre démocratie, ce qui est important, c'est d'assurer le pluralisme des opinions, le pluralisme de création, la liberté de création. Et donc, si, pour ce faire, il faut adopter une loi qui permette de l'assurer, moi, je suis tout à fait favorable. Je ne vis jamais ad nominem un tel ou un tel à le sujet. Sauf que Yael Brunfizé, il s'avère que là, la polémique... C'est un exemple, c'est un exemple.

3:45
Présentateur

Bien sûr, mais il s'avère que là, la polémique, elle concerne Vincent Bolloré, avec, au fond, si on doit résumer de façon binaire, ceux qui considèrent que c'est un mauvais procès parce que Canal+, finance le cinéma français sans faire de discrimination idéologique, ceux qui, au contraire, craignent que ce qui s'est passé chez Grasset puisse arriver chez Canal+, comment est-ce que vous vous positionnez là-dessus ?

4:01
Yaël Braun-Pivet

Justement, moi, en tant que législateur, en tant que président de l'Assemblée nationale, je me positionne sur les années à venir et pas sur la semaine à venir. Donc, il y a la situation qui est un exemple avec Bolloré, ce qui s'est passé sur Canal, la tribune, etc. Mais est-ce que ça, ça vous inquiète ? Est-ce que quand vous entendez le patron de Canal+, je veux assurer le pluralisme dans notre pays pour les dizaines d'années à venir ?

4:23
Présentateur

Est-ce que quand vous entendez Maxime Saada dire « on ne travaillera plus avec ceux qui ont signé cette pétition », est-ce que ça vous inquiète ?

4:28
Yaël Braun-Pivet

Mais oui, ça m'inquiète parce qu'on a une liberté qui est sacrée dans notre pays, c'est la liberté d'expression. Et donc, on ne peut pas avoir un espèce de chantage parce que vous vous êtes exprimé, que vous avez exprimé une opinion. Quand je dis « il faut garantir la liberté d'expression, d'opinion, de création », je vise évidemment cela aussi.

4:46
Présentateur

Yael Brunpivet, le gouvernement a confirmé hier ce fixé comme objectif de terminer l'examen de la proposition de loi sur la fin de vie avant l'été. Et il y a peut-être, même sans doute, des auditeurs qui nous écoutent et se demandent à partir de quand cette aide à mourir sera effective au-delà de la technique parlementaire. Qu'est-ce que vous leur dites ? Est-ce que cette aide à mourir-là sera à leur disposition s'ils le souhaitent et s'ils en recoupent les critères avant la fin du quinquennat ?

5:08
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, ça, c'est un de mes combats majeurs en tant que femme politique parce qu'en écoutant justement vos éditeurs, en écoutant la population française, je sais qu'il y a une attente très forte. Et donc moi, je me bats depuis des années pour que nous puissions aboutir. Je suis très satisfaite des engagements que le gouvernement a pris à ma demande. Donc nous aurons un examen à l'Assemblée nationale avant la fin du mois de juin et un vote qui devrait intervenir début juillet. Donc le texte devrait pouvoir être voté à l'Assemblée nationale de façon définitive avant la trêve estivale, donc avant le 14 juillet.

5:41
Présentateur

Et donc effectif ?

5:42
Yaël Braun-Pivet

Et donc après, il y aura forcément, comme vous le savez, des décrets d'application et des arrêtés. Pareil, le Parlement, et c'est sa mission, va contrôler le gouvernement pour qu'il puisse les prendre dans les délais. Moi, l'objectif que j'ai fixé au gouvernement, c'est que cette loi soit effective avant la fin du quinquennat.

5:56
Présentateur

Et donc c'est un objectif réaliste compte tenu de la situation parlementaire, parfois des manœuvres dilatoires, notamment des sénateurs, d'envisager que ce texte soit définitivement voté avant l'été ?

6:05
Yaël Braun-Pivet

Voté début juillet. Après, le gouvernement a six mois pour prendre les décrets d'application. Donc à la fin de l'année, le texte devrait être pleinement applicable.

6:12
Présentateur

Pour finir, Yael Brunpivet, vous serez où le 30 mai à 14h ?

6:15
Yaël Braun-Pivet

Alors peut-être à l'Assemblée nationale, parce qu'on sera... Ah bon, un samedi ? Oui, parce qu'on est en train d'examiner le projet de loi agricole et j'ai plus de 1700 amendements qui ont été déposés. Mais vous vous voyez un peu venir avec mes gros sabots ou pas ? Je vois très bien venir. Moi, je n'irai à l'heure actuelle à aucun meeting. Bon, alors on va expliquer pour nos auditeurs. Je n'irai à aucun meeting.

6:33
Présentateur

C'est le meeting de lancement de campagne de Gabriel Attal qui aura normalement déclaré sa candidature quelques jours avant. Donc vous n'y serez pas. Vous êtes adhérente d'un parti Renaissance qui intronise démocratiquement, si j'ose dire, un candidat Gabriel Attal. Et vous, non, vous n'y allez pas.

6:46
Yaël Braun-Pivet

Vous me connaissez. Moi, je ne suis pas une femme de parti. Je ne suis pas... Je suis une femme assez indépendante. Je n'irai ni au meeting de Gabriel Attal, ni au meeting d'Edouard Philippe, ni au meeting de quelques membres de la majorité que ce soit puisque je considère que la question aujourd'hui, ce n'est pas de se lancer chacun dans une aventure personnelle et dans une ambition personnelle. Moi, j'aimerais, un, qu'on travaille aujourd'hui. On a plein de textes à travailler et à voter à l'Assemblée nationale. Ça, c'est mes premiers combats. Avoir une année utile. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, moi, je mets en avant le collectif et les idées.

Et donc, je ne vais pas aujourd'hui me mettre derrière un tel ou un tel. Moi, je veux participer à la construction d'un projet. Et je ne vois personne aujourd'hui travailler collectivement à un projet.

7:27
Présentateur

Ça, c'est effectivement l'argument à la mode puisque Gérald Darmanin, à votre place, disait la même chose. Yann Breau-Pivé, vous dénonciez il y a quelques semaines ce club de machos qui candidate quasi quotidiennement, disiez-vous, pour 2027. Alors, si on a de la suite dans les idées qu'on est présidente de l'Assemblée nationale, qu'on est une femme politique et qu'on considère qu'il y a trop d'hommes sur la ligne de départ, on est candidat.

7:48
Yaël Braun-Pivet

Oui, mais en fait, vous n'avez pas écouté ma réponse.

7:50
Présentateur

J'ai assez bien écouté, mais sauf que précisément pour porter les idées que vous voulez porter.

7:54
Yaël Braun-Pivet

Parce que ma réponse, c'est dire, je veux travailler sur un projet, je veux travailler en collectif et aujourd'hui, je veux travailler à l'Assemblée nationale pour faire avancer les combats qui sont les miens, les droits des femmes, la fin de vie, etc. Mais est-ce que c'est pas un peu

8:03
Présentateur

démago de constater qu'il y a plus d'hommes que de femmes ? Si les femmes, Elisabeth Borne, vous-même, Aurore Berger, ne souhaitent pas être candidate, ça veut dire que vous laissez la place à des hommes pour être candidate ?

8:12
Yaël Braun-Pivet

Mais pas du tout. Nous, on pense de façon différente. On ne pense pas qu'une seule personne peut sauver la France.

8:20
Présentateur

Quand vous dites « on », c'est-à-dire les femmes politiques ?

8:22
Yaël Braun-Pivet

Je pense les femmes politiques et d'autres. Il y a des hommes qui pensent ça aussi et qui veulent travailler en collectif. Moi, je ne crois pas au sauveur suprême. Je ne pense pas que parce qu'il y aura un président de la République élue, tout va changer et tous les problèmes de notre pays vont être résolus. Je pense que pour résoudre les problèmes de notre pays, il faut travailler en collectif, prendre les idées de plusieurs personnes et ne pas se dire que tout seul, on a raison sur tout. Et donc, moi, je ne vais pas me mettre dans une optique qui n'est absolument pas la mienne.

8:46
Présentateur

Le sous-texte, c'est que le pays serait mieux dirigé s'il était dirigé par une femme ?

8:50
Yaël Braun-Pivet

Non, le pays serait mieux dirigé s'il était dirigé en mixité. Simplement, en fait, la population française est composée de 50% de femmes, de 50% d'hommes, approximativement. Eh bien, lorsque l'on voit ceux qui prennent les décisions dans notre pays, eh bien, c'est quasiment 100% d'hommes. Eh bien, ça, ça ne va pas. Moi, je mène un combat d'égalité entre les hommes et les femmes parce que, en fait, ce n'est pas juste l'égalité. C'est que la prise en compte des difficultés des femmes, elle existe quand il y a des femmes autour de la table.

9:16
Présentateur

Merci beaucoup, Yael Brunpivet, d'être venu ce matin au micro d'Enterre.

9:18
Yaël Braun-Pivet

Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel. On se retrouve pour le grand entretien à 8h20. Il est 7h58 pour l'heure.

Yaël Braun-Pivet : "Ceux qui prennent les décisions dans notre pays, c'est quasiment 100 % d'hommes" — Yaël Braun-Pivet · Pourquijevote