Edouard Philippe invité de Questions Politiques
Édouard Philippe Au micro : Nathalie Saint-Cricq, Françoise Fressoz, Karine BécardSource d'origine 3 locuteursTranscription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 37 %Attaque 37 %Défensif 27 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 76 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 25:57OuverteÉludée
Le rassemblement du Trocadéro cet après-midi constitue-t-il les adieux de François Fillon à cette présidentielle ?
- 26:50RelanceRéponse partielle
François Fillon est-il débranchable ?
- 28:32OuverteRéponse directe
Alain Juppé est-il prêt à se présenter ?
- 29:52RelanceRéponse directe
Faut-il accélérer le renoncement de Fillon et installer Juppé ?
- 30:13RelanceRéponse partielle
N'y a-t-il pas quelque chose d'absolument irrationnel dans cette campagne ?
- 32:30OuverteRéponse directe
Êtes-vous inquiet pour les institutions et la démocratie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:01Invité politiqueFait
« les similitudes qu'il y a entre ce qui se passe autour de Marine Le Pen et de François Fillon »
- 8:39Invité politiqueFait
« François Fillon, la posture qu'il avait prise de très grande probité, de très grande vertu, ça se retourne contre lui. »
- 9:12Invité politiqueFait
« on a du mal, on a toujours eu du mal à se positionner sur des questions très politiques vis-à-vis de Marine Le Pen. »
- 9:35InvitéFait
« l'affaire Fillon, mais vu sous l'angle d'une autodestruction »
- 22:10PrésentateurFait
« François Fillon avait fait de la probité, de la rectitude, de l'absence de mise en examen, un élément fondamental de sa façon de gouverner. »
Temps de parole
- Présentateur63 %
- Édouard Philippe14 %
- Invité6 %
- Invité 26 %
- Invité 34 %
- Invité 42 %
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Bonjour et bienvenue dans Questions politiques, l'émission politique de France Inter, France Info et Le Monde. Notre invité aujourd'hui est le député maire LR du Havre, Édouard Philippe, proche d'Alain Juppé. Il répondra à vos questions en direct à partir de 13h15, 01 45 24 7000, franceinter.fr, Facebook Live et Twitter, avec le mot clé Question Paul. C'est parti pour le magazine politique de la semaine. Question politique, Nicolas Demorand. Vos rendez-vous, le portrait d'Édouard Philippe signé Karine Bécard, le zapping politique d'Élodie Forêt. Tout de suite, Charline Vanhoenacker qui s'est mise dans la peau de Fabrice Drouel pour un épisode d'Affaires sensibles.
C'était dans la matinale de Patrick Cohen, jeudi dernier.
Aujourd'hui, dans Affaires sensibles, l'affaire du double assassinat de François Fillon et de l'élection présidentielle. Une affaire exceptionnelle, car juste après avoir été assassinée, la victime trouve la force de faire campagne pour être élue président de la République. Fabrice Drouel, Affaires sensibles.
Il parle comme ça, Fabrice. Sur France Inter.
Nous sommes le 1er mars 2017. La France est en pleine guerre civile, déclenchée par le gouvernement. Le matin même, Laurent Wauquiez déclare l'état de cataclysme. Si François Fillon est empêché de se présenter, ce serait alors l'apocalypse. Le 1er mars, c'est le mercredi décembre. Il est 8h quand François Fillon s'apprête à se rendre au salon de l'agriculture. Et quand soudain, Christine Boutin l'interpelle sur Twitter par cette supplique. N'y va pas, c'est le début du carême. Le jeûne est de rigueur. Cré-cré qui lui dit si souvent, dis donc François, faudra qu'on jeûne un de ses quatre. Elle est rigolote.
Mais vers 8h30, celui qui reste malgré tout candidat annonce la tenue d'une conférence de presse prévue à midi précise. Il est déjà 12h27 et voilà 27 minutes que Ruth et le Crier fait en mode Monsieur Meubles sur BFM TV. Avec différentes hypothèses soufflées par ses informateurs, Paco Rabanne et Elisabeth Tessier. Ruth est fébrile, elle en est à son troisième Xanax. Car ce jour-là vers midi 27, le suspense est insoutenable. Fillon, c'est le maître du suspense. Hitchcock à côté, c'est Gérard Larcher. Bravant l'hostilité des micros tendus comme une forêt de herses, le candidat fait face à l'abominable calomnie. Et fort heureusement, l'assassin est immédiatement identifié.
Il s'agit d'un terrible acharnement judiciaire avec la complicité de la presse, des médias et de tous les journalistes. Eh dis donc Fabrice, rappelle-moi c'est quoi un peu ton job ? Moi je suis acteur, je n'ai rien à voir avec tout ce bordel. François Fillon qui finira par se rendre, non pas à la justice mais au salon de l'agriculture. Un homme courageux. Il passera 4 heures sur le stand de la Sarthe à la rencontre des animaux qui eux ne le jugent pas et le voit tel qu'il est, un homme sur qui le destin s'acharne. L'histoire retiendra cette phrase, ce n'est pas moins seulement qu'on assassine, c'est l'élection présidentielle.
Terrible affaire que ce double homicide, et même quadruple homicide, si on compte aussi la morale et le respect.
Terrible chronique de Charline Vanhoenacker, et encore une semaine folle dans cette présidentielle 2017. Accrochez-vous pour le zapping d'Elodie Forêt.
Le nécessaire du meilleur film est attribué à... Je ne cèderai pas, je ne me rendrai pas, je ne me retirerai pas. Quoi ?
Mercredi, avouons-le, nous avons tous eu envie d'un grand, d'un très grand saladier de pop-corn pour suivre le nouvel épisode de ce qu'Internet appelle ironiquement House of Sarthe, autrement dit, la campagne tumultueuse de François Fillon. Tout commence au petit matin. Le candidat Les Républicains, sans explication, annule sa visite au salon de l'agriculture.
La visite de François Fillon ce matin au salon international de l'agriculture est reportée.
Pourquoi ?
Je n'en sais rien, je n'ai pas plus d'explication, j'écoute comme vous.
Le staff du candidat LR, un poil désemparé, doit alors faire face aux plus folles rumeurs. La conviction que si jamais François Fillon arrête, ce serait l'apocalypse. Tandis qu'une conférence de presse est organisée à midi au QG du candidat. On ne vous soupçonne pas. Rassurez-vous, je suis classé gaulliste équilibré.
Nombre de mes amis politiques parlent d'un assassinat politique. C'est un assassinat en effet. Mais par ce déchaînement disproportionné, par le choix de ce calendrier, ça n'est pas moi seulement qu'on assassine, c'est l'élection présidentielle.
François Fillon est convoqué chez les juges afin d'être mis en examen. Mais qu'importe, le candidat se maintient. Il n'y a qu'une seule chose qui m'empêcherait d'être candidat, c'est si j'étais mis en examen. Avec gravité, ne vous laissez pas abuser. Je vous demande de résister. Je le fais.
Ma famille le fait. Malgré tous les tourments. Ma famille politique le fera. Et au-delà d'elle, tous ceux qui croient qu'à la fin, seul le peuple peut décider. Pourquoi on montre tout ça en épargne ? Parce qu'il est trop bon cet homme. Et là, je l'ai touché. Je lui ai dit, monsieur Fillon, on vous veut. Il nous a dit, moi aussi.
Une élection qui était imperdable, elle est aujourd'hui ingagnable. Ça me fait presque de la peine pour mes compatriotes qui auraient le droit d'avoir un candidat qui puisse être présentable, si j'ose dire. Pendant ce temps-là, à Paris, au pavillon Gabriel... Alors, je sais que beaucoup chercheront à savoir si c'est un projet de droite ou de gauche. 400 journalistes lâchent l'espace d'un instant l'affaire Fillon pour entendre le programme d'Emmanuel Macron, ex-conseiller d'eux, ex-ministre d'eux, mais héritier de personne. Si j'étais dans un projet de continuité, je n'aurais pas pris tous ces risques ni décidé d'endosser tous ces ennuis.
Le risque est d'être le candidat, vu comme le candidat du mondialisme, des technos, et de ce que, par votre parcours, vous pouvez incarner. Aussi longtemps que vous passerez plus d'énergie à expliquer que je suis le candidat de l'oligarchie financière, que je suis un ancien banquier uniquement, que je ne vaux pas mieux que 4 années de ma vie professionnelle, à vos yeux, parce que moi j'en suis très fier de ces années, eh bien, en effet, vous continuerez à faire le lit du Front National, cher ami.
À ceux qui croient qu'en dehors ma tête se chèrent... Vous allez voter pour qui, là ? Pour l'extrême, monsieur.
Extraordinaire zapping d'Élodie Forêt, on n'a pas l'avoine dans la tête pour un mois. Elles ont préféré questions politiques au semi-marathon de Paris. Nathalie Saint-Cricq, bonjour. C'était très dur. Le choix a été rude, mais merci d'être là, Françoise Fresseauze-Lemonde, bonjour. Et Karine Bécard de France Inter, merci à vous aussi, Karine, d'avoir fait ce choix judicieux. Quel est l'événement de la semaine pour vous, Karine ?
C'est difficile de ne pas parler de ce qui se passe autour de François Fillon, et ce qui était assez fascinant, alors ça l'a depuis quelques semaines, mais je trouve que cette semaine, c'était particulièrement vrai, les similitudes qu'il y a entre ce qui se passe autour de Marine Le Pen et de François Fillon, évidemment. C'est-à-dire que, dans les deux cas, on a des convocations de la part de la police, on a évidemment des ennuis judiciaires. Qu'est-ce qu'on a encore de commun ? On a des propos très outranciers. On a Marine Le Pen, quand même, dimanche dernier à Nantes, qui s'en prend très violemment aux fonctionnaires, aux fonctionnaires de police.
Elle promet une purge.
Elle promet une purge. On a François Fillon, qui a des mots quand même très déplacés vis-à-vis du milieu judiciaire. Donc, beaucoup de similitudes, sauf que, d'un côté, pour Marine Le Pen, tout ça glisse gentiment, alors que ça cristallise totalement du côté de François Fillon. Alors, on a envie de comprendre. C'est compliqué de comprendre pourquoi il se passe ça. Évidemment, François Fillon, la posture qu'il avait prise de très grande probité, de très grande vertu, ça se retourne contre lui. D'accord, mais si c'est juste ça, c'est quand même très étrange.
Alors, on peut se dire aussi que Marine Le Pen, depuis le départ, et le Front National, de manière globale, a toujours été beaucoup secouée, beaucoup gênée, beaucoup... Oui, secouée, on va regarder ce mot-là, par ses adversaires politiques. Et que, finalement, le fait que, là, on s'en prenne encore à elle, ses partisans se disent, oui, enfin, tout ça est habituel, on s'en prend toujours à elle, ça se passe toujours comme ça, c'est du complot, et donc, hop, ça glisse. Je pense qu'il y a quand même aussi un problème de la part de nous, des médias, c'est qu'on a du mal, on a toujours eu du mal à se positionner sur des questions très politiques vis-à-vis de Marine Le Pen.
On s'est toujours un peu érigé en gardien moral vis-à-vis de ce parti. Et finalement, aujourd'hui, on est bloqué, on ne sait plus comment l'interroger.
Françoise Fressoz, un mot sur ce sujet, ou l'événement de la semaine, comme vous préférez, ou les deux, d'ailleurs ?
L'événement de la semaine, ça va être le prolongement, c'est toujours l'affaire Fillon, mais vu sous l'angle d'une autodestruction, moi, c'est ce qui m'a frappé en cette semaine incroyable, comme en une semaine, un homme politique extrêmement aguerri, qui était entré dans la carrière, comme on dit, depuis plus de 30 ans, a mis à bas tous les fondements sur lesquels il avait construit son image. Les Français l'ont beaucoup découvert lorsqu'il était Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Fillon, c'était un homme de sang-froid, un homme réservé, de plein pied dans le système, qui jugeait avec grande sévérité le côté borderline de Nicolas Sarkozy.
François Fillon, il a fait campagne contre les affaires. Il a juré que s'il était mis en examen, il ne serait pas candidat. Il ne voulait surtout pas exposer sa femme. Il se vantait d'avoir derrière lui le plus grand nombre d'élus. Il ne reste aujourd'hui plus rien de cette image-là, de cet homme-là. François Fillon, il est devenu le forcené de la vie politique. Il est retranché derrière son image où il a construit. Il se dit victime d'un complot. Il attaque la justice. Il en appelle à la mobilisation de la société civile contre les élus. Il est devenu le candidat hors système, auquel s'adresse son camp avec d'infinies précautions pour qu'il lâche prise et revienne à plus juste proportion.
Alors, quel est l'élément moteur de cette transfiguration ? C'est évidemment la peur du vide. En novembre, il se pensait élu, président de la République. Aujourd'hui, peur du vide. S'il renonce, il n'est plus rien. Il perd tout. La politique, ce n'est pas toujours de la rationalité. Cela peut parfois ressembler à un dramatique fait divers.
Nathalie Saint-Cricq.
Je peux rajouter à ce qu'il y avait un d'être dit, sauf peut-être deux mots dans le vocabulaire de François Fillon. Je ne me rendrai pas. Il a dit retirer, c'est le vocabulaire classique, mais je ne me rendrai pas. On est plus du côté du GIGN ou d'un assaut de la police ou même fort à l'amour que dans le vocabulaire politique. Et puis également, il est passé du Jean me remet au suffrage universel. Dans une interview au Figaro, je m'en remet au peuple. Et j'en appelle au peuple, ce qui est quand même inquiétant. Et puis, je vais vous étonner, Nicolas, pour ne pas redire Fillon pendant trois heures, dans la maison de Jacques Vendroux, je vais faire un hommage de femme.
Donc ça, on n'a pas le droit de le dire quand on est une femme. À Raymond Copa. Je ne vais pas me ridiculiser sur les dribbles et les pages décisives à Jusse Fontaine. Bien qu'il paraît que vous n'y connaissez absolument rien au foot. Juste dire que quand on regarde...
D'où vient cette rumeur infondée ?
Quelqu'un qui est en régie. Je vois qui c'est, oui. Juste pour dire que son histoire, quand... Moi, je l'avais fait une émission avec lui, c'est pour ça que je me permets d'en parler, de petits émigrés polonais qui étaient censés aller à la mine et qui un jour driblaient avec des boîtes de conserve et qui un jour volent un ballon à un Allemand pendant la guerre. C'est peut-être du roman national, c'est peut-être du récit national, c'est peut-être pas exactement la vérité quand il l'a raconté, mais c'est une histoire d'intégration ou peut-être plus d'assimilation. En tout cas, c'est une histoire qui fait assez plaisir dans cette période troublée.
Le portrait de notre invité avec Karine Bécard.
Question politique sur France Inter.
Notre invité aujourd'hui, Karine, est le député maire Les Républicains de la belle ville du Havre, j'ai nommé Édouard Philippe.
Bonjour Édouard Philippe.
Bonjour Karine Bécard.
Édouard Philippe, vous êtes incontestablement en train de reprendre du service. Votre air décontractée, votre barbe finement taillée. En seulement trois mois, les médias les avaient presque déjà oubliés. Il faut dire qu'après l'échec plutôt cuisant d'Alain Juppé, ces fidèles lieutenants dont vous êtes se sont montrés discrets naturellement. Seulement voilà, la campagne de François Fillon pourrait finir par s'effondrer. Ses ennuis judiciaires l'ont de toute façon sacrément abîmé. Résultat, l'hypothèse Juppé dont il avait été question une première fois début février et pile un mois plus tard à nouveau envisagée. Alors qu'en pensez-vous, Édouard Philippe, vous qui pensez comme Alain Juppé ?
Depuis 15 ans, vous n'avez jamais cessé d'être à ses côtés. Vous avez été le directeur général de l'UMP qu'il venait de créer. Quand il a été ministre, vous étiez son conseiller, enfin sous Sarkozy parce qu'avant vous auriez été trop petit. Et puis plus récemment, au sein du comité d'organisation de la primaire, c'est vous qui avez été choisi pour défendre ses intérêts. En réalité, vous apparaissez intellectuellement aussi rapide et brillant qu'Alain Juppé. Mais comme lui, vous pouvez donner l'impression humainement d'être cynique et arrogant. Vos remarques cingles souvent. Et vous n'aimez pas les gens, disons, un peu lents qui vous font perdre du temps.
25 ans vous séparent, une génération, il n'empêche. Vous pensez comme lui, vous raisonnez comme lui, vous l'imitez très bien aussi. Et surtout comme lui, vous semblez habité par le mythe du technocrate sérieux précis qui se veut au service du politique.
Alors précisément, quand se fait la bascule ? Quand, notre invité, passe-t-il de technocrate à politique ?
Assez vite en réalité. Au départ, Edouard Philippe, quand vous sortez de l'ENA, vous commencez par entrer au Conseil d'État. Depuis Sciences Po, vous adorez le droit, son exigence, sa logique, sa rigueur. Et en même temps, l'ancien eurocardien que vous avez été quand vous aviez 20 ans aimerait bien trouver le chemin qui mène pas tant au pouvoir mais plutôt aux responsabilités. Vous avez une folle envie d'agir, de décider, de diriger. Le problème pour vous qui êtes normand de parents enseignants, c'est qu'à Paris, vous ne connaissez personne. Vous vous mettez donc à chercher, chercher dans votre entourage au Conseil d'État, un politique qui pourrait vous guider.
Au bout de quelques années, c'est le maire du Havre qui finit par vous appeler Antoine Ruffenac, auquel vous avez succédé. Mais avant cela, pendant 10 ans, il vous a installé à ses côtés, adjoint, plus tard député. Et puis c'est lui aussi, ce Chirakien, qui vous a présenté, Alain Juppé. Aujourd'hui, à 46 ans, Edouard Philippe, vous devez donc votre parcours politique à ses deux hommes. Antoine Ruffenac, certes devenu sarkoziste, mais que vous considérez comme un père. Et Alain Juppé, que vous estimez, que vous reconnaissez comme votre seul chef.
Un chef possiblement candidat, finalement, à l'élection présidentielle.
En tout cas, depuis 4 jours, Edouard Philippe, vous êtes d'abord réapparu, parce qu'on ne vous voyait plus. Vous avez ensuite démissionné de chez Fillon. Et puis surtout, vous donnez l'impression d'être en train de préparer une piste d'atterrissage. Et si c'est le cas, c'est forcément pour Alain Juppé. Reste à savoir s'il doit y aller. C'est compliqué. Entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, votre droite moderne et modérée peut-elle avoir une chance de l'emporter ? Le pari, pour l'instant, ne semble pas vraiment gagné.
Edouard Philippe, bonjour. Bonjour. Un mot de réaction à ce portrait. Il est assez juste. Vous avez été rocardien. Oui, oui. J'ignorais totalement. Non, non, ça ne m'angoisse pas du tout, mais c'est une vraie nouvelle. Non, non, c'est assez connu, je crois. J'ai été rocardien quand j'étais étudiant. Je ne sais pas d'ailleurs si on peut dire que j'étais rocardien, mais j'ai toujours été impressionné. J'ai commencé mes études en 1988. Et c'est le moment où il était Premier ministre.
Donc, j'étais impressionné par la capacité qu'il avait à ne pas forcément simplifier les problèmes à l'excès, mais essayer de leur apporter des réponses globales avec cette espèce d'exigence de prendre les gens qui l'écoutaient au sérieux. Et donc, oui, j'avais une certaine admiration pour lui. Je l'ai toujours d'ailleurs, parce que je pense qu'il a été un homme politique complet au service de son pays.
Mais ça vous a fait...
Ça ne veut pas dire que je suis d'accord avec lui surtout, encore moins aujourd'hui que je ne l'étais à l'époque. Mais j'ai le droit d'avoir de l'estime et du respect pour quelqu'un, même si je ne suis pas d'accord avec lui surtout. Karine.
Ça vous a fait adhérer pendant deux ans au Parti Socialiste ?
Oui, quand j'étais à Sciences Po. Oui, c'est d'ailleurs une expérience intéressante qui m'a calmé pendant assez longtemps à... Des partis ? Oui, des partis. Oui, ça je dois dire. C'était, voilà, vous savez, j'avais de 19 à 21 ans, j'ai fait ça. Et c'était, comment dire, c'était un peu bisance aux petits pieds, la section à Sciences Po. C'est-à-dire que tout le monde était très, très, très ambitieux. Enfin, ce n'était pas très raisonnable et pas très sérieux. Ça vous a vacciné contre la gauche ? Non, ça m'a beaucoup rafraîchi sur le sectarisme. Parce qu'au fond, c'est ça qui m'a beaucoup heurté. Il peut exister à gauche, il peut exister à droite, il peut même exister au centre, le sectarisme.
Alors vous voyez, c'est assez bien réparti. Mais le sectarisme est un truc qui m'effraie profondément. Bon alors, comment va Alain Juppé, puisque vous êtes si proches tous les deux ? Je ne suis pas sûr qu'on soit aussi proches que ce qu'en dit Karine Becker. Enfin, vous devez quand même vous téléphoner en ce moment, non ? Oui, un peu, mais Alain Juppé n'est pas exactement l'homme le plus prompt à sauter sur son téléphone pour appeler ses proches. Il y a peut-être qu'il peut être prompt à décrocher. Et comme moi-même, je ne suis pas le plus prompt à l'appeler. On se parle peu quand il estime que c'est utile pour lui. Et c'est le cas en ce moment ? On s'est parlé au cours de la semaine.
Alors ? Je pense qu'il est dans le même état d'esprit que beaucoup d'entre nous, élus, citoyens, de droite ou de gauche, extrêmement inquiets par la situation actuelle, extrêmement inquiets de cette fragmentation de la droite et du centre qui s'annonce, extrêmement inquiets de la possibilité pour l'extrême droite de l'emporter. Je pense que nous nous trouvons dans une situation qui n'a pas de précédent au sens où jamais depuis la 4e et la 5e République, l'extrême droite n'a été aussi prête de gagner l'élection présidentielle. Et cette situation est forcément inquiétante. Françoise, Nathalie.
Parce que là, la question que tout le monde se pose, c'est est-ce qu'il est prêt à y aller ? Est-ce qu'il est prêt à sauter le pain ? Et est-ce que la motivation, c'est essayer de battre l'extrême droite ?
La motivation, elle n'intervient pas seulement à l'encontre de quelque chose. Il y a d'abord une motivation positive. Alain Juppé, comme d'ailleurs François Fillon, et comme d'ailleurs l'ensemble des responsables politiques de la droite et du centre, partagent un socle d'idées, de valeurs qu'ils voudraient défendre et mettre en œuvre. Bon, on a beaucoup travaillé pendant les années qui viennent de s'écouler, notamment pendant la primaire, pour essayer d'imaginer des programmes, des mesures, des postures même, à certains égards, qui permettraient de faire rebondir le pays. Parce que tout part d'un constat très inquiétant.
Je crois que tous les responsables politiques, quel que soit leur niveau, leur expérience, ont envie de participer à cet effort de redressement, ont envie de prendre les mesures qui vont permettre au pays de rebondir, de repartir vers la croissance, de se ressouder autour d'un modèle. C'est ça dont on a envie. Et évidemment, quand vous voyez la situation dans laquelle nous nous trouvons, c'est-à-dire le risque très fort d'être éliminé dès le premier tour, et de ne pas pouvoir, pas simplement gagner l'élection présidentielle, mais mettre en œuvre ces mesures, vous avez forcément très envie de vous engager.
Quand par ailleurs, c'est l'extrême droite qui est la plus susceptible de remporter l'élection présidentielle de ce qu'on est en train de vivre, votre motivation s'en trouve évidemment redoublée.
Est-ce qu'il avait justement très envie de s'engager, comme vous venez de dire ? Il a fallu le convaincre ou pas ? Est-ce qu'il a effectivement mis toutes les conditions qu'on a lues récemment, c'est-à-dire être adoubé par tout le monde, avoir tout le monde derrière lui ? Est-ce qu'il a fallu vraiment pendant plusieurs jours lui dire « tu ne peux pas lâcher l'intérêt général » ou ça a été plus simple que ça ?
Édouard Philippe, je n'ai jamais eu des conversations de cette nature avec lui, je voudrais simplement rappeler quelque chose que tout le monde a en tête d'ailleurs. Alain Juppé a perdu la primaire. Et s'il y en a un qui l'a bien compris, croyez-moi, c'est lui. Il a perdu cette primaire. Et ça a été évidemment, comme toutes les défaites, quelque chose de pas agréable et d'assez violent. Il a perdu cette primaire en disant exactement ce qu'il avait envie de dire. Ce qui est déjà, finalement, être en accord avec soi-même, c'est quand même déjà très important. Mais il a perdu cette primaire.
Il n'avait absolument pas vocation, ayant perdu cette primaire, à imaginer une seconde pouvoir redevenir candidat à l'élection présidentielle. Donc, à l'évidence, ça n'était pas naturel de se dire « j'ai perdu, mais je vais quand même y revenir ». Non, il a fallu que lui se pose la question, et peut-être cela pose-t-il encore, de savoir si, véritablement, il pouvait apporter quelque chose.
Oui, mais du coup...
Et ça n'avait rien de naturel, c'est ça que je veux dire.
Comment, politiquement, on peut perdre une primaire et imaginer gagner une présidentielle ? Ça veut dire quand même que ses idées, puisque vous venez de dire, voilà, il a vraiment défendu ses idées, ses idées ne sont pas passées. Il perd la primaire et là, maintenant, politiquement, il va gagner la présidentielle ?
D'abord, ce n'est pas lui qui a dit... Il ne va pas pour perdre. Ce n'est pas lui qui est arrivé en disant « j'ai perdu la primaire, mais vous allez voir, je vais gagner la présidentielle ». Il s'est passé une ou deux choses entre la primaire et aujourd'hui. Et il s'est passé notamment une explosion politique à droite que personne n'imaginait, que personne n'a vu venir, consistant en une affaire dont on pourra longtemps débattre des conditions dans lesquelles elle a éclaté, qui conduit François Fillon lui-même à indiquer qu'il sera mis en examen. Il ne l'est pas encore, mais il l'a dit lui-même qu'il sera mis en examen.
Et pendant toute la primaire, avant le premier tour, entre les deux tours, lors du débat contre Alain Juppé, ensuite, François Fillon avait fait de la probité, de la rectitude, de l'absence de mise en examen, un élément fondamental de sa façon de gouverner ensuite. Pas simplement de ce qu'il est, mais de sa façon de gouverner ensuite. Il avait indiqué lui-même, et il l'a fait à plusieurs reprises, que s'il était mis en examen, évidemment, il ne pourrait pas se présenter. Et ce n'est pas une fois comme ça, en passant sur un plateau, Dieu sait qu'on peut parfois dire des choses qui excèdent un peu sa pensée quand on est sur un plateau. Jamais dans cette émission.
Ça m'arrivera sans doute pendant ces deux heures. Mais c'est vraiment quelque chose de répété. À partir de ce moment-là, ça crée une déflagration considérable, parce qu'il n'y a plus le ressort qui avait été le sien pendant la campagne. Et donc, toute une série de gens constatant ça, soit s'en vont, soit se posent la question de ce qui va venir. Et dans ce contexte-là, Alain Juppé, comme d'autres d'ailleurs, a été évoqué. On se retrouve dans quelques instants, Édouard Philippe, juste après les titres du journal de 13h, avec Yves Decamp. Bonjour Yves. Bonjour. Deux fillettes et leur père, emportés par une vague à Marseille, ils étaient allés voir la mer déchaînée.
La plus jeune, âgée de 4 ans, n'a pas pu être sauvée.
Sa sœur de 8 ans n'a pas été retrouvée. Leur père, récupéré par des marins pêcheurs, est hors de danger. Combien seront-ils au Trocadéro tout à l'heure pour soutenir François Fillon ? Pour le candidat des Républicains, c'est le rassemblement de la dernière chance. C'est un baroud d'honneur qui, pour beaucoup d'ailleurs, ne changera rien. Le vainqueur de la primaire doit prendre la parole en milieu d'après-midi. Dans le journal du dimanche, Pépillon s'exprime ce matin pour la première fois, assurant qu'elle a bien travaillé pour son mari à des tâches variées, en l'encourageant à aller jusqu'au bout.
Parallèlement à ce rassemblement du Trocadéro, une contre-manifestation est également organisée à République.
Dans le journal de 13h également, tout à l'heure peut-être du 9, dans l'affaire Troadec, deux personnes ont été mises en garde à vue ce matin à Brest. Un homme et une femme, vraisemblablement des proches de la famille. Pour beaucoup, c'est un art. Le tatouage à son mondial, c'est jusqu'à ce soir, sous la grande halle de la Villette à Paris.
Et puis, sous la pluie, également, le départ du Paris-Nice à 13h pile de Bois d'Arcy. La plupart des ténors du peloton seront là, arrivés également après une boucle à Bois d'Arcy.
Merci Yves de Caen. On vous retrouve dès 13h pour un journal complet. Il est midi presque 30 sur France Inter. Dans quelques secondes, on rejoint Nicolas Demorand dans les studios de Questions Politiques, une émission que vous pouvez suivre en direct sur votre radio France Inter, en streaming sur le site de France Inter, www.franceinter.fr, ainsi que sur le canal 27 de la TNT France Info Télé. L'invité de Questions Politiques aujourd'hui, Édouard Philippe, le député maire du Havre et proche d'Alain Juppé.
Et retour donc sur le plateau de Questions Politiques, l'émission politique de France Inter, France Info et Le Monde. Bienvenue à ceux qui nous rejoignent. Notre invité aujourd'hui est donc le député maire LR du Havre, Édouard Philippe, proche d'Alain Juppé. Édouard Philippe répondra à toutes vos questions à partir de 13h15. Vous pouvez l'interroger via le 01 45 24 7000, le site de France Inter, www.franceinter.fr, Facebook Live et Twitter avec le mot-clé Question Paul. À mes côtés, Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions, Françoise Fressos du Monde et Karine Bécard de France Inter.
Alors dites-nous, Édouard Philippe, si le rassemblement du Trocadéro cet après-midi constitue les adieux de François Fillon à cette présidentielle ? Je n'en sais rien, je n'en sais vraiment rien. Vraiment rien. Je ne peux pas vous répondre à cette question. Je crois que le seul qui soit capable de répondre à cette question, c'est François Fillon lui-même. Et je pense que la question qui lui est posée est une question redoutablement complexe, sur le plan humain d'abord, et sur le plan politique. Et j'ai parfois coutume de dire qu'en politique, il y a deux principes qui parfois peuvent s'affronter.
le principe de réalité, qui fait que même quand on n'aime pas la réalité, il faut la prendre en compte, parce qu'elle est là. Et le principe de ténacité, qui impose de tenir si on veut véritablement faire quelque chose. Et je pense que François Fillon, il est au moment où la réalité et la ténacité s'opposent. Et je ne sais pas quelle décision il prendra, je n'en ai aucune idée.
Donc ça veut dire qu'il n'est pas débranchable, pour reprendre ce mot qui n'est pas très beau. François Fillon, il n'y a pas de procédure qu'on peut imaginer à monter. On comprend bien quand même qu'il y a un comité politique, par exemple, demain soir, et qu'il va se passer des choses. Donc il y a l'envie de le débrancher. Est-ce qu'on peut le faire ?
D'abord, je n'aime pas du tout le terme que vous utilisez, et dont je comprends que dans votre bouche, il n'est pas péjoratif, mais je le crois maladroit néanmoins. L'accompagner vers la sortie, vous préférez ? Non, je pense qu'il doit prendre une décision, qu'elle lui appartient... Il a bénéficié... On peut l'encourager à l'apprendre, cette décision. Il a bénéficié d'une majorité extrêmement claire au moment d'une primaire, qui a été un merveilleux succès en termes de mobilisation et d'organisation. Et ça n'est pas rien.
Il a maintenant plus de 500 signatures, ce qui veut dire que techniquement, financièrement, politiquement, il est tout à fait en mesure de se présenter à l'élection politique. Cela dit, le principe de réalité oblige à constater qu'il y a des défections dans son équipe, que sa situation politique, son cœur politique, se trouve totalement contesté par l'analyse que vous aviez faite tout à l'heure. C'est-à-dire, il a fonctionné sur un discours de réforme audacieuse, parce que justement, il mettait en avant sa probité et sa rectitude, un certain nombre d'engagements. Donc, il est dans une situation de très grande difficulté politique. Il doit prendre cette décision.
Je pense que la moindre des choses, pour ceux qui l'ont soutenu ou le soutiennent encore, c'est d'essayer de faire en sorte qu'il puisse prendre cette décision de façon la plus sereine possible, et en pensant à la fois à lui, à ses idées et à sa famille politique, comme on dit, je déteste cette expression, mais je l'utilise moi-même, et puis à son pays. Françoise Fresseuse.
Pour qu'on comprenne bien, vous nous dites d'un côté, Alain Juppé s'est beaucoup interrogé, mais il est prêt.
Je ne crois pas vous avoir dit qu'il était prêt. Je vous ai dit qu'il s'était beaucoup interrogé.
On sait quand même que, voilà, il se prépare à y aller, que d'un autre côté, François Fillon, on attend une décision, l'un ne peut pas se passer sans l'autre. C'est-à-dire qu'Alain Juppé n'ira pas s'il n'y a pas l'accord de François Fillon.
Je ne suis pas devin. Et je ne suis pas devin et je ne peux pas m'exprimer au nom d'Alain Juppé. Ce que je sais, c'est que si véritablement l'objectif, c'est d'essayer collectivement, la droite et le centre, de faire valoir nos idées, d'essayer de remporter l'élection pour pouvoir les mettre en œuvre, l'idée d'une candidature, entre guillemets, supplémentaire, aurait, enfin je veux dire, permettrait très difficilement d'atteindre ces objectifs. Et donc je pense que la meilleure des choses que l'on puisse espérer, c'est que on décide de faire une forme de cohésion autour de la candidature la plus crédible.
Si c'est celle d'Alain Juppé, j'en serais heureux parce que je le soutiens et parce que je l'estime et parce que je pense qu'il ferait un excellent président de la République. Si c'est quelqu'un d'autre, pourquoi pas ? Mais en tout cas, il faut que cette base politique de la droite et du centre qui a été réunie au terme de la primaire puisse retrouver sa cohésion pour pouvoir faire valoir ses idées. Karine Bécard, puis Nathalie.
Quand on vous entend, on a le sentiment qu'il reste encore beaucoup de temps, qu'il va falloir aider François Fillon à cheminer vers le renoncement et puis progressivement installer Alain Juppé. Le problème, c'est que le facteur temps, là, il joue contre vous. Il reste sept semaines.
Non, non, je crois que... Edouard Philippe.
Donc, il faut pousser un peu plus vite quand même.
Je crois qu'il y a en effet urgence, mais ce n'est pas parce qu'il y a urgence qu'il faut s'énerver. Donc, j'essaie de rester calme.
Mais sans s'énerver, Edouard Philippe, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose d'absolument irrationnel qui est en train de se produire ? Hier, on entendait cet après-midi, on a un rassemblement au Trocadéro qui est quelque chose dans une période d'état d'urgence avec l'attention chez les forces de police, le risque de casseur, qui est quelque chose d'absolument irrationnel pour quelqu'un qui veut devenir homme d'État, qui s'en est pris au pouvoir public, à la justice et au journalisme, même si c'est devenu autre version après.
Est-ce que vous ne croyez pas que la situation est tellement irrationnelle qu'il va falloir non pas attendre que ça s'arrange, mais faire pression à fond pour qu'il puisse partir ? Edouard Philippe,
d'abord, il y a plusieurs choses qui échauffent. Et je ne sais pas si ces esprits maîtrisent mal leur langage ou mal leur pensée. Ce que je sais, c'est que c'est nuisible à tout le monde et que moi, jamais je ne rentrerai dans ce type d'expression. Je vous fais observer d'ailleurs que lorsque j'ai indiqué que je tenais à me retirer de la campagne de François Fillon, je n'ai formulé aucune critique à l'égard de François Fillon. J'ai simplement dit que la tonalité que prenait cette campagne, la tournure que prenait cette campagne et notamment cette manifestation ne me permettait pas de faire en conscience et de façon enthousiaste et honnête une campagne dans ce sens.
Donc, j'ai décidé de me retirer. Donc, je pense qu'il serait mieux que les esprits ne s'échauffent pas trop et que donc, la crise ne dure pas trop longtemps. Ça, ça me semble certain. Deuxièmement, sur cette manifestation, moi, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Elle a été perçue dès son annonce comme un mouvement destiné à offrir un contrepoids à une procédure judiciaire en cours. Vous la condamnez ? Je n'ai pas à la condamner. Je n'y vais pas et je pense que c'est une mauvaise idée. Pardon, mais les moins à sens condamner... Vous la condamnez ? Je pense que c'est une mauvaise idée. Vous pouvez peut-être la condamner. Moi, je pense que c'est une mauvaise idée.
Parce que je ne crois pas, en effet, surtout quand on... comme c'est le cas de François Fillon, comme c'est d'une certaine façon mon cas aussi, quand on essaie de défendre les valeurs de la droite, de la droite gaulliste, je ne pense pas que faire intervenir la rue dans une procédure judiciaire ou à côté d'une procédure judiciaire, ce soit une bonne façon de dire nous respectons les institutions, nous pouvons être les garants des institutions. Je ne crois pas que ce soit une bonne façon. François François.
Est-ce que précisément vous êtes inquiet pour les institutions ? Est-ce que vous êtes inquiet pour la démocratie vu la tournure que prend aujourd'hui la campagne ?
Édouard Philippe ? Non, je ne suis pas inquiet pour la démocratie, je ne suis pas inquiet pour les institutions. Je suis inquiet parce que cette situation politique de notre pays, elle me semble explosive, c'est vrai, et parce que je crains qu'elle ne nous amène à une très grave crise politique. Tout à l'heure, je disais qu'on n'avait sans doute jamais été aussi proche de voir l'extrême droite gagner dans notre pays. Si l'extrême droite gagner, je vous invite vivement à écouter ce qu'ils disent. en l'occurrence ce que Marine Le Pen dit sur ce qu'elle fera. La sortie de l'euro, ce n'est absolument pas neutre pour notre pays.
La rupture avec un certain nombre de principes anciens, ce n'est absolument pas neutre pour notre pays. Ça ouvrirait une période de crise dont je pense qu'elle serait extrêmement grave. Et donc, je ne le souhaite pas, je me bats contre ça. Tout ce qui affaiblit les institutions et tout ce qui affaiblit la perspective d'alternance politique me semble une mauvaise chose.
On vous trouve un peu passif. Alors, on sait que vous faites monter la base, pas vous spécialement, mais qu'il y a la bosse qui monte, qu'il y a un certain nombre de députés. Mais si François Fillon refuse de bouger, vous allez regarder les choses se passer, attendre le 17, le 25 ? Parce que vous dites qu'on n'envisage pas de candidature. Très bien. Donc, s'il ne veut pas bouger, il se passe quoi ?
Encore une fois, je trouve que dans votre enthousiasme, vous me prêtez des propos que je n'ai pas exactement tenu.
Je dis d'enthousiasme, dis dans un sens, dis dans un autre. Non, non, je ne dis pas d'enthousiasme. On est plutôt déprimés en ce moment, si vous voulez.
Voilà, mais en tout cas, vous me faites dire des choses que je n'ai pas exactement dites. Pardon. Je ne vous dis pas qu'on ne fait rien. Je vous dis qu'il faut conduire François Fillon à prendre la bonne décision. et que ça passe par des explications, ça passe par du dialogue, ça passe par de la lucidité. Le fait qu'un certain nombre de personnes qui s'étaient ralliées à lui après la primaire ou qui avaient été avec lui dès le début de la primaire prennent leur distance, se retirent, n'a rien de neutre. Ce n'est pas être passif. C'est au contraire prendre ses responsabilités. Et je pense que ça crée une situation et que ça crée un moment de tension où lui va devoir prendre une position.
Il se cache beaucoup
en ce moment et il s'appuie beaucoup sur ces 3 millions d'électeurs qui l'ont porté et qui ont fait en sorte de le désigner.
À juste titre.
Est-ce que malgré tout, on n'a pas déjà atteint la limite de la primaire ? Est-ce que la primaire n'est pas en train de complètement bloquer le jeu politique ?
J'entends beaucoup cette idée qu'en effet la situation que nous vivons montrerait bien le caractère finalement pas excellent des primaires ? Je ne suis pas sûr. La primaire, c'est quoi ? C'est un mode de désignation d'un candidat. Ça n'est ni moderne ni vertueux. C'était juste nécessaire. Vous ne pouvez pas faire autrement. Il y avait plein de gens qui voulaient aller à l'élection présidentielle et aucun n'avait à lui seul la légitimité qui aurait permis d'écarter les autres. Et donc, on a créé ce système qui permet à un maximum de gens de venir choisir leur candidat. Encore une fois, moi, je revendique d'avoir travaillé à l'organisation de ce système et je pense que c'était un bon système.
Ce qui se passe après la primaire, c'est une explosion politique liée à une affaire, un scandale qui aurait d'ailleurs très bien pu arriver si on avait choisi un autre mode de désignation des candidats. Et ça pose un sujet grave parce que c'est exactement l'inverse de ce qu'avait dit le candidat qui se produit. Il avait dit qu'il n'irait pas s'il est mis en examen. Il va être mis en examen. Il dit qu'il y va. Et que ça se passe 50 jours avant l'élection présidentielle. Est-ce qu'il faut
l'améliorer en tout cas ? Est-ce qu'il faut imaginer une procédure en cas de difficulté d'empêchement ?
Peut-être. Mais pardon, ça c'est pour la prochaine fois. Là aujourd'hui on est dans une situation où on ne peut pas réfléchir sur la prochaine fois. Il faudra regarder très précisément quels sont les patrimoines, les agissements des uns et des autres de tous les candidats, faire ce que les Américains appellent du vetting et dont on n'a pas de traduction. Peut-être. Peut-être. Peut-être. Je ne sais pas. Ça voudra dire aussi que peut-être.
Mais dans tous les cas cette primaire finalement à droite et à gauche
Karine et Françoise
a fait élire un candidat qui ne ressemble pas complètement à leur camp. C'est-à-dire qu'à droite comme à gauche ils ont parlé au cœur de leur électorat et finalement les deux hommes ensuite ont du mal à rassembler. Il y a bien un problème quand même dans ces...
Pardon, mais quelle est la portée de ce que vous dites ? Si on avait imaginé un autre mode de désignation des candidats par le parti, on aurait eu exactement la même possibilité d'avoir quelqu'un qui aurait été désigné par un noyau encore un peu plus restreint de citoyens et donc avec le même biais que celui que vous désignez. Je ne dis pas que c'est impossible. Enfin, il y a toujours un biais d'une certaine façon. Françoise Fresslose.
On a vu à la primaire, on le voit aujourd'hui, la droite de Nicolas Sarkozy, la droite de sens commun, la droite d'Alain Juppé qui ne se ressemble pas. Est-ce qu'il y a encore un programme commun que vous pouvez appliquer à 50 jours de la présidentielle sans laisser sur le carreau des gens qui diraient « Moi je passe à l'extrême droite parce que ça ne me plaît pas » ou « Je passe à Emmanuel Macron parce que ça ne me plaît pas ». C'est quoi le facteur de rassemblement aujourd'hui ?
Je pense qu'il y a énormément de facteurs de rassemblement, que le socle commun est incomparablement supérieur aux éléments de différenciation. C'est d'ailleurs pour ça que tous ceux qui avaient participé à la primaire et qui n'avaient pas gagné ont pu sans problématique aucune dire « Ben voilà, il y a un candidat qui a gagné la primaire, on peut faire campagne pour lui ». Il y a des différences de degrés. Sans problématique mais avec problème.
Prenons un cas très précis de l'identité heureuse. Si par exemple la LJP repart en campagne est-ce qu'il m'a dit ?
On a senti dès le mois de janvier avant même l'explosion de l'affaire François Fillon qu'il y avait des tiraillements dans l'équipe, des problèmes de ligne politique. Il peut y avoir des problèmes d'organisation, il peut y avoir tout ce que vous voulez. Mais ce que je veux dire, c'est que chez François Fillon, il y avait le souci par exemple de réduire les dépenses publiques qu'on retrouvait exactement dans les mêmes termes peut-être avec des ampleurs différentes. Non mais d'accord. Mais d'accord. Mais enfin, avec des ampleurs différentes mais quand même fondamentalement avec un accord de la part des autres candidats à la droite.
Il y avait une volonté d'être plus ferme en matière d'autorité qui se retrouvait chez tous les candidats. Il y avait des considérations en matière de maîtrise des dépenses budgétaires qu'on retrouvait chez beaucoup de candidats. Donc il y a un socle dont on ne peut pas dire qu'il soit négligeable. Il est même essentiel. Françoise Nathalie, Nathalie Françoise.
Par exemple, sur une question très précise qui avait vraiment tiraillé pendant la campagne qui est l'identité heureuse défendue par Alain Juppé. Si Alain Juppé devait revenir en campagne, est-ce qu'il reprendrait ce thème-là ou il se dirait non, finalement, ce n'est pas assez rassembleur pour la droite ?
J'ai dit tout à l'heure qu'il ne faisait aucun doute qu'Alain Juppé avait perdu. Je ne le mets pas tout seul. Moi aussi, je l'ai beaucoup aidé donc je suis co-responsable de cette défaite. Je l'assume volontiers. On a perdu la primaire. Dès lors qu'on a perdu la primaire, on peut se dire que c'est les autres qui se sont trompés. On peut se dire que c'est nous qui nous sommes trompés. On peut dire qu'au fond, personne ne s'est trompé mais qu'il faut probablement qu'on s'y prenne autrement. Et je pense que la vertu essentielle chez un homme politique et en vérité chez un homme ou une femme libre et conscient, c'est d'apprendre de ses défaites.
Et donc, il n'est pas impossible qu'Alain Juppé, tout en restant lui-même, ce n'est pas exactement le genre de bonhomme à changer d'avis comme on change de chemise, tout en restant lui-même, intègre ce qu'a dit le peuple de droite qui s'est exprimé au moment de la primaire. C'est Nathalie Saint-Claire. De la même façon, pardon, de la même façon que François Fillon, de la même façon que François Fillon avait intégré après décembre un certain nombre de choses qui avaient été dites pendant la primaire par les autres.
Le programme en matière de santé de François Fillon qui était très dur avant décembre, ce que nous avions dit nous-mêmes pendant la primaire, il a été enrichi après la primaire et la version qui en est sortie tout en étant ambitieuse sans constituer en rien un reniement de sa position initiale. Ça avait été amendé. Ça avait été amendé. Voilà, c'est comme ça que ça fonctionne.
Nathalie Saint-Claire. Pour reprendre la question différemment que sur les thèmes de la sécurité parce qu'on a senti récemment un durcissement du ton de... très sarkoziste du ton de François Fillon et sur les thèmes de société, vous, vous êtes capable de bouger, de vous droitiser un petit peu quand eux-mêmes sur l'économie ont mis le curseur un petit peu au centre et deuxième question est-ce que vous pouvez travailler avec les équipes de François Fillon et pourquoi pas avec François Fillon lui-même ou alors ça sera une fois qu'il aura abandonné s'il abandonne c'est quelqu'un qui sera complètement mis sur le côté. Donc on ne peut plus entendre parler.
Alors d'abord sur la question de fond que vous posez sur la capacité qu'on aurait à entre guillemets se droitiser.
A vous sarkoziser. Je ne sais pas si ça existe.
A vous durcir. Je me permets de sourire. Je me souviens assez bien de la façon dont a été perçu notamment par la presse et d'Observateurs la présentation des idées d'Alain Juppé en matière de sécurité et de justice. C'était en janvier 2016. Et toute la presse avait titré « Droitisation, discours très ferme, très dur ». Regardez dans le détail si vous l'avez oublié ce que propose Alain Juppé en matière de sécurité et en matière de justice. Ce n'est pas exactement la petite bière. C'est quelque chose d'assez solide. Passons.
Sur la question de la capacité des équipes de droite à travailler ensemble, François Fillon, quand il a organisé sa campagne, s'est reposé sur un certain nombre de gens qui avaient fait campagne pour Sarkozy et d'autres qui avaient fait campagne pour Alain Juppé. Et en vérité, ça se passait plutôt bien. A l'évidence, si on en arrivait à un changement de candidat, je pense qu'il faudrait persévérer.
François Fillon lui-même, le question sur François Fillon lui-même, est-ce qu'il signera sa mort politique ?
Ça, ce n'est pas une question que vous pouvez me la poser, mais je suis incapable d'y répondre. C'est lui qui décidera. Encore une fois, d'abord, il a une décision difficile à prendre, c'est de savoir ce qu'il fait. Vous n'avez pas répondu à la question si François Fillon décide de se maintenir, que ferait vous, vous, les partisans d'Alain Juppé ? Vous n'y avez pas répondu ? Non, parce que d'abord, je ne sais pas quelle sera la décision que prendra François Fillon et j'ai tendance à essayer de ne pas trop répondre aux questions hypothétiques. Il y a quand même beaucoup d'hypothèses en ce moment.
Pour l'instant, elle ne se pose pas, mais elle peut tout à fait se poser, j'entends ce que vous dites. Moi, j'ai toujours été loyal à mon camp et en même temps, j'ai toujours préservé ma liberté intellectuelle. Et donc, je pense que si on en arrivait à la solution que vous décidez, je serais loyal à mon camp, mais je ne reviendrai pas sur ma décision de ne pas participer à cette campagne parce que je crois qu'encore une fois, sa tournure me semble incompatible avec ce que, moi, je veux faire de l'engagement politique. Et pardon, je suis désolé parce que je suis parfois un peu long dans mes réponses, mais je voudrais appuyer cette... Je suis maire du Havre. J'aime être maire du Havre.
Je ne vais pas me représenter aux élections législatives parce que l'interdiction du cumul de mandats fait que je veux rester maire du Havre. Donc, pour moi, c'est le mandat qui compte. C'est le mandat que j'aime exercer. Dans mon mandat de maire, tous les jours, pas une fois sur deux, tous les jours, ce que j'essaie de faire, c'est de construire un lien de confiance et de crédibilité entre ce que je souhaite faire dans ma ville et mes concitoyens. Ce n'est pas facile, je peux vous dire. Et ça ne se fait pas en une seconde. Ça se fait dans la durée. Et ça se fait dans la durée quand on est capable de dire non, ça, je ne peux pas le faire. Oui, ça, je vais le faire.
Pas tout de suite, mais dans six mois. Six mois après, il vaut mieux que ça se fasse. Ça demande une très grande clarté et ça demande une très grande constance. Et c'est bien là, mon problème. C'est quand vous dites en janvier, si je suis mis en examen, je n'y vais pas. Quand en février, vous dites, les gars, il faut tenir et qu'on tient d'ailleurs. Et quand Mars, vous dites, ah, je vais être mis en examen, mais je vais quand même continuer, vous ruinez la cohérence et la constance qui sont indispensables si vous voulez effectivement gouverner, alors en l'occurrence, une ville. Et c'est pour ça que je ne me retrouve pas dans cette campagne désormais et que, encore une fois, je serai loyal.
Je ne vais pas aller faire campagne pour quelqu'un d'autre. Mais vous voterez pour le candidat de votre famille, même si c'est François Fillon. En général, je vote pour le candidat de ma famille, oui.
Allons plus loin quand même. François Bayrou, qui soutenait Alain Juppé, est passé du côté d'Emmanuel Macron. Si vous voyez que ça s'envenime, est-ce que vous pourriez un jour voter pour Emmanuel Macron ?
Ou Edouard Philippe ? Un jour voter pour Emmanuel Macron ? Oui, enfin, au premier tour de l'élection présidentielle ? Dans un mois et demi, quoi. Ou au deuxième ? A priori, au premier tour de l'élection présidentielle, c'est assez mal parti. Au deuxième tour de l'élection présidentielle, en revanche, la question se posera peut-être. Si elle se pose, on verra dans quel terme elle se pose.
Autrement dit, est-ce que le clivage gauche-droite a encore une pertinence vu la situation actuelle de la scène politique ?
C'est une question difficile parce que ça fait 30 ans qu'on se pose la question de savoir si le climat... En tout cas, depuis que je regarde et depuis que je m'intéresse à la chose politique, j'entends des remises en cause récurrentes de est-ce que ce clivage gauche-droite a finalement du sens alors qu'à l'intérieur de chaque grand camp ou de chaque grande famille, on retrouve des clivages et on peut se trouver plus proche. Donc peut-être que la question se pose encore aujourd'hui. Ce que je sais quand même, c'est que quand j'explique ce que j'ai envie de faire, en général, les gens de gauche trouvent que quand même c'est pas ce qu'eux ils ont envie de faire.
Il doit y avoir quelque chose qui ressemble. Karine Bécart.
Malgré tout, si l'hypothèse Juppé se confirme, on peut douter d'une partie de l'électorat de droite qui va avoir du mal à le suivre, les sarkozistes, les Fillons un peu hystérisés en ce moment, il va lui manquer également pour poursuivre la question de Françoise Fresseuse, il va lui manquer également tous ces centristes qui sont déjà chez Emmanuel Macron, il y a des Juppéistes qui sont déjà partis chez lui, il y a Bayrou qui y est alors que normalement vous deviez travailler ensemble. Il va finalement faire campagne avec qui ?
Edouard Philippe, rapidement s'il vous plaît. Je ne sais pas répondre à votre question. C'est-à-dire que de choses l'une, soit vous croyez qu'effectivement vous êtes capables de rassembler en ayant un discours clair et un discours qui permet d'envisager l'alternance, soit vous ne le croyez pas. Voilà, moi je pense qu'on peut le faire. Je pense qu'on peut réunir l'ensemble des composantes de la droite et du centre pour mener cette campagne. Je le souhaite.
Jean-Louis Borloo qui reviendrait dans le jeu, c'est plausible pour justement centriser.
Posez-lui la question, je n'ai pas d'informations particulières sur Jean-Louis Borloo mais je sais qu'il suit avec beaucoup d'attention tout ce qui se passe. Allez, on accueille Maxime Depps.
Question politique sur France Inter.
Maxime Depps de la rédaction de France Inter. Maxime, bonjour. Bonjour. Vous vous intéressez aujourd'hui au partenariat public-privé qui permettent de financer des grands projets comme cette ligne grande vitesse LGV entre Tours et Bordeaux inaugurée cette semaine par François Hollande. Oui, une ligne qui mettra Bordeaux à deux heures de Paris mais à quel prix ? C'est Vinci qui s'est chargé du chantier et Vinci qui en récoltera les fruits. C'est simple pour financer les 300 kilomètres de voies qui séparent les deux villes. Les pouvoirs publics n'ont eu d'autre choix que de faire appel à un acteur privé. Pourquoi ?
Parce que 300 kilomètres de voies ferrées c'est beaucoup, beaucoup d'argent, 8 milliards d'euros quand même. Vinci prendra donc la moitié à sa charge et en échange la SNCF lui versera des droits de péage. C'est là que certaines dents commencent à grincer. Plusieurs chiffres circulent entre 7 et 15 000 euros à chaque train qui passe et ça sur une durée on va dire conséquente puisque le contrat prendra fin, tenez-vous bien, en 2061 dans quasiment 50 ans. Donc Vinci va nous couler à grande vitesse.
C'est empressé de commenter là-dessus le mouvement Attaque cette semaine dans un communiqué Attaque qui affirme que les tarifs au péage vont doubler par rapport à la situation actuelle et le risque c'est que pour vous et moi c'est que nous en payons le prix. En fait, tous les observateurs du secteur l'assurent. Le prix du billet va flamber. C'est une évidence de 20% minimum. C'est ce que m'a diagnostiqué un spécialiste des transports pour qui c'est inévitable. La SNCF va vouloir entrer dans ses frais. Une SNCF qui se dédouane quoi qu'il en soit en ce qui concerne les tarifs. Guillaume Pépi botte en touche pour l'instant.
De toute façon, ce n'est pas nous qui avons appelé à ce montage avec le privé dit le patron de la compagnie. C'est l'État. C'était il y a 10 ans. C'était sous Nicolas Sarkozy au nom de l'intérêt général. Car c'est vrai, aujourd'hui, chaque maire, chaque élu en France veut son TGV ou en tout cas ne comprend pas qu'il n'y ait pas droit. Alors ma question, la voici, Edouard Philippe. Entre désir et réalité, a-t-on raison de vouloir maintenir l'idée de grands projets de ce type en France par tous les moyens alors qu'on ne les a plus ? Edouard Philippe. Plusieurs mots pour répondre. Premier mot.
D'abord, on a le sentiment que le recours au financement par le privé d'infrastructures publiques serait une nouveauté bien pour certains, critiquable pour d'autres. Alors, il y a juste mais tellement rien de nouveau sous le soleil. Le réseau ferroviaire français au XIXe siècle a commencé exactement comme ça. Et un bon nombre d'infrastructures publiques au XIXe, au XXe, elles ont été financées par de l'investissement privé sous la forme de contrats publics. On n'appelait pas ça PPP, on appelait ça des contrats de délégation de services publics, on appelait ça des affermages quand éventuellement la puissance publique avait déjà amorti.
Bon bref, c'est quelque chose d'ancien, ça existe et ensuite, une fois que le privé a investi, il se repaye sur l'utilisation de l'infrastructure même. C'est pas neuf, on a tout à fait le droit de le critiquer, mais ne pensons pas une seconde que c'est neuf, c'est vieux comme Rome. C'est vieux comme Rome. Très exactement, c'est vieux comme Rome. Deuxième chose, vous avez dit dans votre intervention que vraiment, c'était très cher et qu'on se demandait si chaque élu qui voulait son grand projet et son TGV pour aller un peu plus vite. il se trouve que moi, je suis maire d'une ville, le Havre, qui est aujourd'hui, dans le meilleur des cas, à 2h05 par le train de Paris.
La première fois que mon grand-père a pris le train pour aller au Havre, enfin pour aller à Paris, il est parti du Havre, il a mis en 1936 1h45. Ça veut dire que quand vous êtes normand, que vous habitiez à Caen, au Havre et encore pire à Cherbourg, vous avez perdu du temps de trajet ferroviaire par rapport à il y a 50 ou 70 ans. C'est un fait. Le service ferroviaire sur certaines lignes s'est considérablement dégradé en rapidité et en qualité. Et je peux vous dire que tous les gens qui prennent les trains normands le savent. Vous ne pouvez pas, vous pouvez peut-être d'ailleurs, mais dans ce cas-là, vous ne pouvez pas faire mon job.
Quand des dizaines, des centaines, des milliers de gens vous disent que ça n'est pas acceptable parce que c'est un problème pour la compétitivité de notre territoire, parce que c'est un problème pour la qualité de vie de notre territoire, vous ne pouvez pas leur dire rien, c'est comme ça. Vous essayez de vous battre et vous essayez de créer un dispositif qui permet d'améliorer la situation et qui passe évidemment par des investissements. Et les investissements ferroviaires, c'est monstrueusement cher. Mais ça dure très longtemps. C'est-à-dire que si vous prenez le montant de l'investissement réalisé, vous dites oh mon Dieu, on ne va jamais s'en sortir tellement c'est cher.
Si vous regardez un petit peu le fait que ça va durer 50 ou 60 ans, vous vous rendez compte déjà que ça a plus de sens de réaliser des investissements même onéreux, si vous pouvez les financer sur le moment, par de la dette c'est évident, mais les financer de façon pérenne. Donc, ça ne veut pas dire qu'il faut faire des grands projets pour faire des grands projets. Et je ne doute pas une seconde qu'il y ait des grands projets moins utiles que d'autres. Pour le système ferroviaire, une dernière remarque. Là encore, je suis maire du Havre, ça n'est pas innocent. On a depuis 40 ans, oui 40 ans, mis la priorité sur le transport des passagers à grande vitesse.
Et donc, on a créé un système de TGV qui est remarquable. Quand vous allez à Lyon ou à Paris, quand vous êtes à Paris, vous allez à Lyon, vous allez à Lille, vous allez à Bordeaux, c'est formidable. Les trains sont confortables, ils sont rapides, c'est merveilleux. Mais la contrepartie de cette priorité qu'on a donnée à la grande vitesse passager, c'est qu'on ne s'est absolument pas occupé de la petite vitesse passager sur les autres lignes. Et pire encore, qu'on ne s'est absolument pas préoccupé du fret ferroviaire. Moyennant quoi, le fret ferroviaire en France est dans une situation de désastre.
Et ça a un coût financier, ça a un coût de compétitivité, ça a un coût écologique et c'est proprement emmerdant si vous me passez cette expression. Edouard Philippe, merci. On se retrouve à 13h15 après le journal d'Yves Decauil. Amis auditeurs et téléspectateurs, vous pouvez intervenir au 01 45 24 7000 sur franceinter.fr via Twitter avec le mot-clé question Paul et également sur Facebook Live. Ne bougez pas, restez avec nous. On se retrouve à 13h15.
Merci.