Gadi Eisenkot, le général qui défie Netanyahou 1/4 : Gadi Eisenkot, du Maroc à la brigade Golani
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France
Culture
Où
qu'il aille, il est acclamé comme s'il était déjà Premier ministre. Gaïdi Azenkot, l'étoile montante de la politique israélienne.
Israël est aujourd'hui dans les mains d'un gouvernement qui veut nous diviser,
dont
le seul but est d'assurer sa propre survie. Celles et ceux qui ne veulent pas voter une deuxième fois pour ce gouvernement qui a permis le 7 octobre, ceux-là trouveront une nouvelle maison avec notre parti.
Le candidat Azenkot promet, et c'est très important, une commission d'enquête indépendante sur le 7 octobre pour définir les responsabilités dans les défaillances qui ont permis l'attaque sanglante du Hamas. Je pense que c'est quelqu'un qui ne fait pas passer son propre intérêt avant celui de l'État.
Ce
qui m'importe, c'est de renforcer la sécurité nationale de l'État d'Israël et de veiller à ce que le sacrifice de mon fils et celui des autres soldats tombés au combat n'ait pas été vain. Une honnêteté revendiquée jusque dans le nom de son parti, Yashar, ce qui signifie « droit » ou « intègre » en hébreu.
Les visages de l'actu, Gadi Azenkot, le général qui défie Netanyahou. Gadi Azenkot n'a ni le charisme ni l'éloquence de Benjamin Netanyahou. Il en a fait un argument. Fils d'immigrés marocains, artisans d'une doctrine militaire implacable, père endeuillé par la guerre de Gaza, il incarne à lui seul les contradictions israéliennes. Avant d'être un général, Gadi Azenkot est un fils de la périphérie, je m'explique. Né de parents venus de Casablanca et de Marrakech, élevé à Elat, loin de Tel Aviv et Jérusalem, il appartient à cet Israël séfarade, longtemps regardé de haut par les élites ashkénaz.
C
'est dans l'armée et plus précisément dans la brigade Golani qu'il emprunte l'ascenseur social.
Pour
parler de la trajectoire de Gadi Azenkot, un homme encore discret il y a quelques années, nous sommes avec Myriam Shermer, journaliste spécialiste de la politique israélienne. On lui doit notamment Knesset 2026, comprendre la politique israélienne aux éditions Herman. Et David Kalfa, co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, spécialiste du Proche-Orient à la fondation Jean Jaurès. On lui doit notamment Israël-Palestine année zéro aux éditions Le Bord de l'eau.
Avant
de revenir plus en longueur sur son parcours, en quelques mots, qui est Gadi Azenkot
?
Gadi Azenkot est un ancien chef d'état-major qui a fait toute sa vie professionnelle au sein de l'armée à partir de ses 18 ans où il s'engage comme tout le monde. Et ensuite, il va rester au sein de l'armée, faire sa carrière dans la brigade d'infanterie, puis servir de secrétaire militaire, puis arriver jusqu'à l'état-major, mais qui a toujours été considéré comme un militaire très carré, pas spécialement ambitieux et amateur de politique. Et tout ça va changer finalement au moment où il quitte l'armée, il termine sa carrière. Et ensuite, en 2022, il rejoint Benny Gantz, il s'engage à ses côtés, et puis la bascule va arriver au moment du 7 octobre 2023.
Alors,
Gadi Azenkot, c'est vraiment l'antithèse de Netanyahou. Donc, quand on l'observe, c'est quelqu'un d'assez rabelé, visage bourru, à l'élocution, disons, pas très maîtrisé. En tout cas, on sent que ce n
'est
pas quelqu'un qui maîtrise la communication politique.
Ce
n
'est
pas un homme politique professionnel, donc c'est vraiment
la
grande différence avec Netanyahou
qui
a fait ses armes, notamment dans la diplomatie
et
quasiment toute sa carrière, au fond, dans la politique. À l'inverse, Gadi Azenkot est un militaire de carrière. C'est quasiment 50 ans et demi-siècle dans l'armée israélienne
et
c'est ça qu'il différencie de Netanyahou. Il incarne aussi une forme de tradition, c'est-à-dire d'implication entre politique et militaire en Israël. Au fond, sa carrière, c'est un peu la traduction,
j
'ai envie de dire presque traditionnelle, de ces militaires de carrière qui ont intégré ensuite le champ politique israélien.
On
en dénombre plus de 14 anciens chefs d'état-major qui ont fait une carrière politique. Donc, de ce point de vue-là, il y a une forme de trajectoire un peu classique israélienne, encore une fois, d'implication du politique et du militaire.
Les
visages
de l'actu épisode 1
du
Maroc à la brigade Golani.
Les
parents de Gadi Azenkot sont nés au Maroc. Ce sont ce qu'on appelle des misraïms, des juifs israéliens venus d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En 1962, un journaliste de la radio-télévision française suivait le parcours d'une partie d'entre eux.
Quand j'ai vu un drapeau juif, là, j'ai dit, voilà, peut-être que je suis en Israël.
J
'ai dit, parce qu'on n'a jamais vu de drapeau juif, là. Parce qu'au Maroc, on n'a jamais de drapeau juif. Jamais.
Ce drapeau juif, ils le voient pour la première fois à Marseille.
Ils
arrivent d'Alger, de Tunis ou du Caire, et en attendant leur embarquement pour Israël, ils vivent ici, dans ce camp.
Ce
n'est pas encore la terre promise, c'est déjà l'espoir, ce n'est plus l'angoisse ni la terreur. Eux, ce sont les membres de la diaspora, de la dispersion, qui vont se rassembler pour qu'il soit fait selon les écritures.
J'étais endormi, mon père, il m'a réveillé, il m'a dit,
lève
-toi, habite-toi. Je me suis habillé, et puis quand je lui ai dit, où on s'en va papa, il m'a dit, on s'en va en Israël. Il m
'a dit,
ah oui, c'est Israël, c'est le pays d'Itaq et
d
'Itaq et d'Itaq et
d
'Itaq et d'Itaq.
L
'origine socio-démographique de la famille Aizenkot
vient
en fait pour le père d'une ville portuaire du Maroc, une ville à la fois industrielle, safie et ouvrière. Donc le milieu social de la famille est plutôt populaire.
D
'ailleurs, on sait que c'est un patronyme extrêmement ancien, probablement avec des origines berbères. Alors c'est quoi les misrachis ? Qu'est-ce qu
'ils
représentent en Israël ? Aujourd'hui, c'est la majorité socio-démographique du pays. C'est très important de le dire, parce qu'Israël, c'est un pays avec une très forte hybridité culturelle, à la fois orientale et occidentale. Aujourd'hui, il constitue à peu près 50 à 56% de la population israélienne. Et historiquement, c'est une population qui a été, disons, plutôt assez mal traitée par l'establishment travailliste ashkénaz. C'est ce qu'on appelle en effet le second Israël. Gadier Aizenkot, il serait le premier premier ministre
séfarade,
misrachis, comme on dit en hébreu, c'est-à-dire les juifs qui sont issus du monde arabo-musulman. Ses parents sont tous les deux originaires du Maroc, de Casablanca et de Marrakech. Ils sont montés en Israël dans le cadre de la grande aléa marocaine des années 50 et 60. Et ils représentent en cela une figure populaire issue de ce qu'on appelle la périphérie. En France, on appellerait ça la France d'en bas. Parfois, on utilise ce terme en sociologie israélienne, c'est-à-dire issue d'un milieu modeste, issue de la périphérie, traditionnaliste forcément. Sa mère est même une femme religieuse, porteuse d'un couvre-chef.
Par exemple, lorsqu'il est nommé chef d'état-major, c'est un vendredi soir que c'est confirmé et donc les gens de sa ville viennent taper à sa porte parce qu'elle ne peut pas répondre au téléphone puisqu'elle observe le Shabbat. Elle dit « Ah, il est général, moi j'aurais préféré qu'il soit rabbin ». C'est-à-dire que c'est vraiment une femme traditionnaliste comme l'Afrique du Nord en produit beaucoup. Et donc, c'est vrai qu'en cela, il représente vraiment un symbole fort pour un électorat séfarad et misrahi en Israël qui pourrait s'identifier à lui, voire en lui, un symbole.
La mère a dû assurer la subsistance des enfants en faisant pas mal de petits boulots, notamment polisseuses, cuisinières aussi dans une base militaire. Donc cette dimension, elle a évidemment un lien avec l'origine ethnique de la famille. Alors il faut faire une précision d'importance.
Il
y a un distinguo à faire entre séfarad et ce qu'on appelle misrahi qui veut dire, si on traduit un peu à la serpe orientale, séfarad, ce sont les juifs du bassin midterranéen. Donc la pratique religieuse de la famille, elle est séfarad. En revanche, l'origine ethnique, elle est misrahi,
c
'est-à-dire orientale, ce sont les juifs du Maghreb et du Machrek. Et d'ailleurs, dans la biographie d'Aizenkot, ce qui est très intéressant, c'est qu'il naît dans le nord du pays, à Tiberiade, qui est une ville où on vote l'Ikoud de manière très massive. Et il a grandi dans le sud du pays, à
Elat.
En
1959, dans l'émission 5 colonnes à la une, un journaliste de la radio-télévision française interrogeait un habitant de Elat qui décrivait la géographie de la ville à la pointe sud d'Israël où a grandi Gadi Aizenkot. «
Il
y a dix ans, cette ville n'existait pas. Aujourd'hui, Elat a 6 000 habitants.
Monsieur
Friedman, voulez-vous nous montrer les frontières qui nous entourent ici, devant nous d'abord
?
»
« À la
face de vous, vous avez le premier pays arabe.
Ça, c
'est Aqaba
et
ça, c'est la Jordanie.
«
Oui. »
«
La frontière, suivez la plage ici. »
«
Oui. » « Vous avez ici un, deux bateaux.
» «
Ensuite, vous avez le petit pont.
» «
Et ensuite, là, vous voyez trois petites maisons. » « Oui.
»
« Ça, c'est le poste de police.
» «
D'accord. »
«
Ça,
c
'est la frontière.
» «
Les montagnes que vous voyez bas.
» «
Ça, c'est le deuxième pays arabe.
» «
L'arabe saoudite.
» «
Et là, vous avez la mer rouge.
» «
Et à droite de la mer rouge ? »
«
À droite de la mer rouge, vous avez le troisième pays arabe.
» «
Vous avez l'Egypte.
» «
Mais on ne peut pas le prendre maintenant parce que nous avons notre port et c'est défendu de prendre des vues du port puisque nous sommes encore toujours en guerre
et
nous sommes à la frontière.
» C
'est très intéressant de noter que Gadi Aizenkot à bien des égards, c'est l'anti-Netanyahou d'un point de vue sociologique même si lui, il est le premier à réfuter cette caractérisation qui ne l'intéresse pas tellement. Mais tout de même, elle est là, elle est présente. Benjamin Netanyahou, c'est un enfant des beaux quartiers à Jérusalem, le quartier de Rehavia. C'est un fils d'intellectuel d'historien d'origine ashkenaz puisque tout le monde parle souvent de ce qu'était son nom avant qu'il ait été hébraïsé et qui a grandi, qui a été éduqué aux Etats-Unis.
Cette famille, sa particularité, c'est que sociologiquement, elle fait partie de l'Israël ashkenaz et qui aurait pu être libérale et de gauche. Par opposition, les Aizenkot, c'est justement l'électorat traditionnaliste du Likoud. C'est à la fois l'origine marocaine, c'est l'origine modeste, c'est l'attachement à la tradition et effectivement, c'est l'éducation en périphérie. On a des histoires, des amis d'enfance d'Aizenkot qui nous décrivent on descendait à la mer à Elat et comme on n'avait pas chacun une paire de sandales, en fait, on y allait avec une sandale chacun et on échangeait pour ne
pas
avoir trop chaud au pied. Et il a été éduqué en internat dans un kibout à partir de l'âge de 9 ans, ce qui montre bien aussi ce qu'on envoyait des enfants quand on n'avait pas les moyens de les faire élever chez soi. On a dit tout à l'heure que les parents se sont séparés, le père s'est remarié. À eux tous, ils sont 8 enfants et donc forcément, c'est des conditions modestes. Il est important de souligner que Gadi Aizenkot lui-même n'aime pas du tout cette caractérisation du candidat des Mizrahim, c'est-à-dire des Orientaux. Il y a une précision d'importance qu'il faut mettre sur la table.
C'est une des raisons pour lesquelles la famille émigre vers Israël au début des années 50 parce que le contexte politique au Maroc avec l'émergence d'un nationalisme arabe
s
'est traduit notamment par des violences anti-juives en 1948 à Ujda, à Djerada. Donc ça,
c
'est un peu le contexte. Évidemment, il y a aussi au sein de la famille Aizenkot, on est très clairement sioniste et favorable à la création
de
l'État d'Israël mais ça a joué quand même un rôle important, ces violences anti-juives. Par ailleurs aussi, le rapport de la famille à la religiosité, la maman est religieuse mais
Gadi
Aizenkot, quand on lui pose la question de son rapport à la religion, lui, ce qu'il dit, il se décrit comme un laïc traditionnaliste croyant à sa manière. On ne sait pas exactement ce que ça veut dire mais ce qu'on comprend quand on regarde un peu, on fait un peu de sociologie fine.
Donc
sur cette majorité sociodémographique de juifs orientaux qui composent aujourd'hui la société israélienne,
vous
avez en gros
ce
qu'on appelle majoritairement les traditionnalistes religieux, les traditionnalistes non religieux, plutôt sécularisés, les nationaux religieux et enfin les ultra-orthodoxes. Pourquoi je fais cette espèce d'étiage ? Parce que ça a une importance dans le cadre de la campagne, parce que la stratégie aussi d'Eisenkot, alors ce n
'est
pas d'ethniciser sa campagne, c'est d'essayer au fond de siphonner une partie de l'électorat historique du Likoud, ces bastions orientaux qui ont voté Likoud faute d'alternatives politiques et donc malgré tout ça reste un argument dans le cadre de sa campagne.
En 1978, à l'âge de 18 ans, Gadi Eisenkot s'enrôle dans l'armée comme tous les jeunes de son âge. Ça, c'est le morceau Golanie Shelly, une chanson à la gloire de la brigade israélienne Golanie interprétée par Yéoram Gaon.
Golanie, qu'est-ce que c'est ? C'est une fameuse brigade d'infanterie qui existe depuis 1948 donc qui va être fantassin et c'est une surprise pour ses amis et ils le décrivent comme quelqu'un d'extrêmement déterminé dans ce choix. En hébreu, on dit donc ça veut dire intoxiqué. La brigade Golanie,
c
'est un peu l'incarnation de la méritocratie par le fait militaire en Israël et quand on regarde la trajectoire ascendante d'Eisenkot il y a une forme encore une fois de cohérence de faire le choix de cette brigade et moi je note au passage aussi qu'il a vraiment gravi tous les échelons. La brigade Golanie
elle
est presque mythique parce que ce sont des combattants qui sont aguerris qui ont été envoyés au carton notamment au Liban et ça c'est formateur dans la trajectoire ensuite politique d'Eisenkot la guerre du Liban ça a été un moment presque matriciel qui a été constitutif de la pensée stratégique de Gadi
Heisenkot
qui
a