François Hollande, sur Jean-Luc Mélenchon : "Il faut avoir un président utile, pas un vote utile"
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Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien président de la République dans le grand entretien du 7-9. Question réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. François Hollande, bonjour. Bonjour. Et bienvenue au micro d'Inter. La guerre en Ukraine a démarré il y a tout juste deux semaines. Et les 27 pays membres de l'Union Européenne se réuniront demain et vendredi au château de Versailles. Ce sommet aura à prendre des décisions sur deux aspects majeurs soulevés par cette guerre en Ukraine, une stratégie d'indépendance énergétique européenne et la défense européenne, pour reprendre les mots du président de la République.
François Hollande, qu'attendez-vous de ce sommet ? Quelles décisions doivent absolument y être prises ?
D'abord, il était important que les 27 se retrouvent en France, puisque c'est la France qui a la présidence de l'Union Européenne pour le moment. Et dans ce contexte, il n'y a qu'une décision majeure qui doit être prise, c'est de suspendre, d'arrêter les livraisons de gaz et de pétrole venant de Russie pour l'Europe. C'est un choix difficile, car autant pour un pays comme la France, qui ne dépend que de 20% d'approvisionnement gazier, les choses peuvent s'organiser, non sans mal, mais peuvent s'organiser pour d'autres pays. Les pays, notamment de l'Est, qui sont à 100% dépendants, c'est beaucoup plus lourd.
Et pour l'Allemagne, qui est à 50% de dépendance, c'est également un choix extrêmement douloureux, sûrement, périlleux, c'est possible, mais nécessaire. Et donc, ce qu'il faut faire, c'est un plan à moyen terme, mais avec une application immédiate pour certains pays.
L'ambition européenne semble être de réduire nos importations de gaz russes des deux tiers d'ici environ un an. C'est ça le compromis qui se dessinerait. Est-ce que ce compromis est suffisant ? Est-ce qu'il est suffisant pour donner le message aux Russes ? Ou vous, vous auriez préféré, ou vous préféreriez qu'on décide, comme les Etats-Unis ou comme la Grande-Bretagne, d'arrêter immédiatement ?
Pour les Etats-Unis, pour le Royaume-Uni, c'était plus facile, puisque leur niveau de dépendance est très faible, qu'ils sont eux-mêmes producteurs de pétrole et de gaz. Donc, c'est important, parce que politiquement et symboliquement, d'arrêter les importations, c'est lourd de sens, mais ce n'est pas lourd de conséquences. Pour l'Europe, il est très important d'aller au-delà des objectifs un peu larges, comme ça, qui ne sont pas, disons, précis pays par pays. Et donc là, il y a l'occasion pour l'Europe, souvent les crises provoquent ce type de bouleversements, d'avoir un nouveau modèle énergétique.
Mais comment on passe de 100% de gaz russe à 0% de gaz russe ?
C'est impossible pour les pays en question. Ça ne veut pas dire qu'il ne soit pas réaliste que sur un échéancier de 2 ans ou de 3 ans, nous puissions y parvenir. Mais ça suppose un changement complet de modèle. C'est-à-dire que ce n'est pas simplement, on arrête du gaz et on va en chercher ailleurs. On va en chercher au Qatar, l'Algérie, la Norvège, ce qui est quand même plus facile et plus acceptable sur le plan géopolitique. Donc ça, c'est un premier point possible. Et ce qu'il faut, c'est nous sortir de la dépendance à l'égard du gaz, ce qui suppose de faire monter les renouvelables beaucoup plus rapidement et amplement que nous ne l'avions imaginé.
Ça suppose aussi que le nucléaire dont l'Allemagne voulait se passer, dont la Belgique voulait se passer et dont la France ne savait pas exactement quelle devait être son orientation, eh bien il faut garder les centrales existantes, les prolonger, faire en sorte qu'elles puissent nous fournir une énergie de substitution.
Vous entend dire ça, François Hollande, ce matin. Et en même temps, vous êtes le président qui a décidé d'arrêter Fessenheim et qui voulait arrêter 14 autres réacteurs nucléaires. Est-ce qu'à l'aune de ce qui se passe aujourd'hui, vous avez un regret ?
Non, je n'ai pas de regret, parce que Fessenheim était une vieille centrale, Fessenheim devait avoir des travaux importants.
Elle aurait pu continuer encore 30 ans.
C'est possible, mais ce qui compte, c'est d'être dans une situation de crise en capacité de pouvoir prolonger les centrales existantes avant même de savoir si nous allons faire d'autres réacteurs, ce qui est nécessaire, mais qui ne seront pas là avant 2035. Donc il y a le nucléaire, il y a les renouvelables, il y a ce qu'on appelle le biométhane, tout ce qui peut venir effectivement de l'agriculture. Et puis il y a malheureusement le charbon,
c'est-à-dire que l'Italie commence à dire que si on est vraiment acculé, on va réouvrir les centrales de charbon.
Mais il y a des choses qu'on peut faire. Effectivement, quand la décision politique impose des choix douloureux, je disais le charbon, vous disiez le charbon, mais pour la France aussi, on a 4 centrales qui fonctionnent au charbon, il est possible qu'elles doivent continuer si on doit se séparer du gaz. Là, on va avoir un choix qui doit être politique, économique et écologique. Parfois, il va falloir faire des concessions par rapport à l'un ou l'autre des objectifs. Qu'est-ce qui compte ? Parce que pourquoi nous parlons de la suspension ou de la fin des livraisons de gaz venant de Russie ?
Ce n'est pas simplement parce que ça serait accommodant pour notre nouveau modèle énergétique, celui que nous essayons de promouvoir, mais c'est parce que c'est la seule arme qui nous reste d'importance. Nous avons pris des sanctions, enfin les gouvernements ont pris des sanctions, elles existaient lorsque j'étais président, elles ont été renforcées. Il y a eu des livraisons d'armes tardives, parce qu'aujourd'hui, pour faire accéder les camions et les équipements militaires, c'est quand même pas si simple. Et puis, il reste l'isolement politique de Poutine. Je crois que là, l'objectif est atteint.
Mais le tiers, il faut bien comprendre ce chiffre, le tiers des recettes budgétaires de la Russie, c'est le gaz. Donc, à partir de là, si vous coupez pour l'approvisionnement de gaz russe pour l'Europe... On fait très mal au régime. Aujourd'hui, on a appris une nouvelle, qu'il était possible que la Russie soit en défaut de paiement, on n'arrive plus à payer sa dette. Donc, à un moment, on asphyxie la Russie, d'ailleurs au moment même où la Russie veut et nous fait asphyxier les villes ukrainiennes.
Vous dites que c'est notre dernière arme, François Hollande, mais c'est une arme à double tranchant, et vous le savez, Catherine MacGregor, la patronne d'Engie, disait que si jamais on arrêtait d'importer le gaz russe, les prix pour le consommateur français exploseraient littéralement. Alors, comment faire accepter aux opinions publiques des prix encore plus élevés, alors qu'ils battaient déjà des records avant même la guerre en Ukraine ?
Vous le rappelez, les prix du gaz avaient considérablement augmenté avant même la guerre. C'était une tendance où la croissance qui repartait vigoureusement et une offre qui était plus limitée faisait que les prix, avec des phénomènes spéculatifs, avaient beaucoup augmenté, ce qui expliquait un certain nombre déjà de conséquences sur les consommateurs français malgré les mesures prises par le gouvernement. Deuxièmement, elle a raison de dire que les prix vont encore augmenter. Et je dirais, qu'est-ce qui fait augmenter les prix du gaz ? C'est la guerre qui fait augmenter les prix du gaz.
Plus la guerre va se prolonger, et le risque c'est que nous soyons dans une guerre longue, dans un conflit qui va progressivement se geler, et bien c'est à ce moment-là que les prix du gaz vont continuer encore à augmenter. Et si nous voulons protéger le consommateur, ce qui est aussi notre objectif, il faut essayer de le rendre moins dépendant du gaz.
Quoi qu'il en coûte, généraliser, il faut que ce soit l'État qui prenne en charge le surcoût énergétique, la facture énergétique de cette guerre ?
D'abord, la meilleure façon de ne plus dépendre autant qu'aujourd'hui du gaz, c'est de moins consommer. C'est-à-dire que nous avons cette possibilité, je ne vous apprendrai rien que c'est le printemps, donc on va avoir une saison où nous ne consommerons plus de gaz, les réserves sont faites, etc. Donc c'est pour l'année prochaine. Donc essayons aussi de ne pas inquiéter, car nous sommes tous solidaires à l'égard de l'Ukraine, mais nous sommes tous attentifs à des conséquences qu'aurait la suspension du gaz sur notre pouvoir d'achat. Donc faisons en sorte de dire, non, là... Vous dites que c'est le scénario d'une guerre longue avec des prix élevés.
Le scénario d'une guerre longue, aujourd'hui pour la saison qui est bientôt terminée, il n'y a pas d'effet sur le consommateur. Mais il y en aura si le conflit demeure, ou si nous avons suspendu et que nous continuons à le faire, les livraisons de gaz, il y en aura l'hiver prochain. Donc effectivement, il va falloir prendre des mesures pour amortir le coût pour le consommateur. Et ce que je dis, c'est que... Qu'est-ce qui coûte le plus cher ? De payer pour que le consommateur soit moins affecté, ou de lancer des grands programmes d'armement dont les effets vont être plus loin ? Donc je pense que l'Europe et la France doivent amortir la hausse du prix. Comment le faire ?
Il y a des aides directes qui peuvent être envisagées, il y a des baisses de fiscalité qui peuvent être produites. Ça vaut d'ailleurs pour le gaz comme pour le pétrole. Alors le problème, c'est que le quoi qu'il en coûte, on ne peut pas le poursuivre éternellement. Il y a un moment où il faut aussi faire des choix. Qu'est-ce qui est prioritaire ? Qu'est-ce qui n'est pas prioritaire ?
Et alors ?
Et alors là, il faut dire qu'est-ce que nous voulons ? Nous voulons un effort de défense ? Oui ? Il le faut ? Il le faut. Ce n'est pas forcément sur nous que ça va être le plus lourd d'impact.
Le budget militaire a déjà beaucoup augmenté ces dernières années.
Oui, oui, c'est vrai, mais pour les Allemands, vous avez compris que ça a été une décision très importante. Nous, nous pouvons continuer notre effort sans avoir besoin de l'amplifier. Qu'est-ce qu'il faut ? Changer de modèle énergétique. Il va falloir mettre finalement cette priorité beaucoup plus en avant. Et puis, troisièmement, qu'est-ce qu'il faut ? Mettre davantage de moyens pour soutenir le pouvoir d'achat ou éviter qu'il ne puisse chuter dans un contexte d'inflation.
Et quand je vois toutes les promesses qui sont faites aujourd'hui, toutes les promesses de baisse d'impôts, toutes les promesses d'augmentation inconsidérément de dépenses, je me dis là, on n'a pas compris qu'est-ce qui va nous arriver là, pas dans les années qui viennent, dans les semaines qui viennent. Donc, il convient, c'est dommage que cette élection présidentielle se passe dans ce contexte, mais c'est aussi finalement une opportunité de dire la vérité aux Français. Si on ne dit pas la vérité aux Français, qu'est-ce qui va se passer ?
Il faut leur dire quoi ? C'est quoi la vérité ?
Mais il faut leur dire que, d'abord, la croissance va être moins élevée, qu'on va revenir à des situations de sous-emploi ou de chômage, qu'il faut se former aux nouveaux métiers, notamment liés à la transition énergétique, qu'il va y avoir des pertes de pouvoir d'achat, donc il y a nécessité de négocier dans les entreprises pour que les salaires puissent suivre les prix, et il y a aussi une nécessité de faire des choix budgétaires. Et à un moment, il faut que, aussi, on ne peut pas exprimer sa solidarité intérieure pour que les plus fragiles soient épariés des conséquences de cette crise extérieure vis-à-vis des Ukrainiens, sans payer davantage.
L'idée qu'on ne paye rien, l'idée qu'il n'y ait plus de coût, qu'il n'y ait plus rien qui ne vaille, eh bien, ça veut dire qu'il n'y a plus de valeur à défendre.
François Hollande, vous avez eu comme président de la République à traiter avec Vladimir Poutine, vous en avez eu à traiter notamment pendant la guerre en Syrie, où vous étiez pour une intervention, on le rappelle, en 2013, et au dernier moment, Barack Obama n'a pas suivi. On voit depuis le début de la guerre que la résistance héroïque des Ukrainiens ne suffit pas à arrêter les forces russes, on voit aussi que les sanctions économiques ne suffisent pas à arrêter la guerre. Qu'est-ce qui peut faire reculer Vladimir Poutine aujourd'hui ?
Vladimir Poutine, il ne comprend que les rapports de force. Moi, je ne suis pas du tout sur la thèse, pour l'avoir rencontré, que Vladimir Poutine est un être qui serait saisi par la folie ou par une dérive personnelle ou par la maladie. Ça n'a aucun sens de tenir ce type de propos. En revanche, il est ivre des succès qu'il a remportés ces dernières années. Et le premier a été notre propre recul. Je ne parle pas du mien, mais je parle de celui de Barack Obama en Syrie. Quand il a été laissé par notre propre non-intervention, Bachar el-Assad massacrait son peuple avec des armes chimiques, alors que c'était une ligne rouge.
Quand le président des Etats-Unis n'a pas voulu utiliser la force, Vladimir Poutine a compris parfaitement qu'il pouvait avancer en Ukraine. C'est ce qui, d'ailleurs, s'est passé l'année suivante, tout en écrasant les mouvements démocratiques en Syrie, en rasant des villes, comme ils s'apprêtent à le faire en Ukraine. Deuxièmement...
Donc c'est la déliquescence de l'Occident, c'est la puissance de l'Occident, c'est la décadence de l'Occident qui lui a laissé l'autorisation.
C'est notre propre indifférence pour beaucoup, dans l'opinion publique. La Syrie, c'est loin. Qu'est-ce que nous avons à nous préoccuper de la Biélorussie, du Kazakhstan, et même de l'Ukraine ? Certains pensent qu'il vaudrait mieux laisser faire et aller le plus vite possible à la paix. C'est une indifférence. Et deuxièmement, le refus, à un moment, du rapport de force. Le rapport de force, c'est quelquefois d'engager les forces militaires. C'est douloureux. Mais si je ne l'avais pas fait en Syrie, si je ne l'avais pas fait, malgré tout, au Mali, eh bien, où en serait-on par rapport au terrorisme ?
Et là, sur la question, c'est vrai, comme le disait Pierre Haski, qu'il va y avoir des conséquences pour l'Europe et pour sa défense, dire que l'Alliance Atlantique est responsable de ce qui se passe à l'Est de l'Europe est un mensonge. Et dire que nous pouvons nous passer de l'Alliance Atlantique pour assurer notre propre sécurité est une irresponsabilité. Donc il faut être capable d'être dans une alliance militaire, d'être capable de nous défendre par nous-mêmes et de ne pas dépendre d'ailleurs des États-Unis pour le faire.
Précisément, le président Zelensky, le président ukrainien, a dénoncé hier les promesses non tenues des Occidentaux. Cela fait 13 jours qu'on entend des promesses, dit-il. 13 jours qu'on nous dit qu'on nous aidera dans le ciel, qu'il y aura des avions, qu'on nous les livrera. L'humanité, dit-il, doit prévaloir sur la peur. Mais la position de l'OTAN, vous le savez, François Hollande, reste la même et consiste à ne surtout pas devenir co-belligérant de la guerre en Ukraine. Si vous étiez au pouvoir aujourd'hui, que feriez-vous de plus ?
C'est toujours facile de dire ce qu'on aurait fait quand on n'est plus en responsabilité. Mais j'aurais sans doute livré des armes à l'Ukraine avant la probabilité d'un conflit. Je continuerai à les livrer autant qu'il est possible, en sachant qu'elles ont du mal à être acheminées et à être même utilisées.
Mais les avions aussi ?
Mais les avions, là, c'est effectivement un acte de belligérance. Et je crois, et c'est la bonne position, nous ne pouvons pas être partie prenante de cette guerre. Mais ça ne veut pas dire que nous pouvons être spectateurs de cette guerre. Et donc, nous devons apporter de l'aide financière, de l'aide, autant qu'il est possible, de moyens et d'équipements militaires. Et aussi, c'est pour ça que la proposition que j'ai faite et qui est maintenant reprise, et tant mieux, et je ne suis pas le seul à l'avoir émise, de suspendre les livraisons de gaz, est une forme aussi de réponse à la hauteur de ce qui est commis aujourd'hui en Ukraine.
Enfin, sur la question de la participation de l'Ukraine à l'OTAN, la France, en tout cas, quand j'en étais le président, a toujours refusé que l'Ukraine rentre dans l'OTAN. Et j'ai toujours dit aux dirigeants ukrainiens, là-dessus, travaillez à être associés à l'Europe autant qu'il est possible, mais ne rentrez pas dans une logique où ça sera perçu par Vladimir Poutine et par les Russes, d'ailleurs, pas seulement par Vladimir Poutine, comme un acte agressif. Vous n'êtes pas des agresseurs, vous êtes des gens qui veulent être simplement protégés.
Mais d'ailleurs, Vladimir Zelensky l'a dit, là, récemment, dans une interview hier soir, sur l'ADC, en disant, on ne veut pas rentrer dans l'OTAN.
Mais ne laissons pas non plus penser que c'est parce que les dirigeants ukrainiens ont fait la demande d'entrer dans l'OTAN, ça vaut depuis des années, d'ailleurs, depuis que d'autres pays sont rentrés dans l'OTAN et que l'Ukraine est devenue indépendante, ne laissons pas penser que c'est ces déclarations successives de présidents ukrainiens qui ont justifié l'intervention russe. L'intervention russe, l'intervention de Vladimir Poutine, c'est la reconstitution de l'Union soviétique. C'est ça qui porte depuis 20 ans Vladimir Poutine. Il a essayé par des stratégies indirectes, il le fait par des stratégies directes, c'est-à-dire la force militaire.
Certains à gauche, comme la France insoumise, sont opposés à la livraison d'armes aux Ukrainiens et disent qu'il faut défendre la paix et pas armer les belligérants. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Je pense que personne n'a envie de rentrer dans un conflit militaire et c'est pour ça d'ailleurs que Vladimir Poutine distille la peur quand il parle de nucléaire, quand il parle de belligérance. C'est qu'il veut effectivement que nous ne fassions rien. Mais là où la position est plus grave de la part de LFI, c'est de penser qu'on peut assurer la défense de l'Europe, la défense de la France, sans participer à une alliance, celle qui permet justement que lorsqu'un des pays est attaqué, nous soyons tous solidaires pour le défendre.
Ils veulent sortir de l'OTAN et disent vouloir de nouvelles alliances militaires.
Mais quelles alliances ? Avec qui ? Avec le Venezuela ? Avec la Corée du Nord ? Avec qui ? Donc il y a un moment, il ne s'agit pas de rentrer dans une logique de guerre froide, même si finalement quand nous y réfléchissons, nous sommes bien dans des logiques de bloc qui sont en train de se reconstituer, Russie-Chine d'un côté et puis les pays démocratiques de l'autre. Mais il s'agit de ne pas être innocent ou faussement innocent ou naïf, sans avoir une sécurité collective, sans avoir une défense européenne, sans avoir une défense nationale, nous ne pouvons pas résister à la pression des régimes autoritaires.
François Hollande, l'idée que cette guerre puisse déborder des frontières de l'Ukraine vous semble-t-elle relever de la science-fiction ou redoutez-vous qu'un engrenage puisse conduire d'une manière ou d'une autre à l'extension du conflit en Europe, c'est-à-dire au scénario du pire ?
Non, je ne pense pas qu'il faille évoquer le scénario du pire, mais tous les pays qui ne sont pas dans l'OTAN, autour de la Russie, sont directement menacés. la Moldavie, la Géorgie, si tant est que la Géorgie soit dans un système qui lui permette d'avoir une véritable indépendance. Parce que déjà deux républiques séparatistes ont été introduites après la guerre en Géorgie. Mais c'est vrai qu'il peut y avoir un risque sur la Moldavie, donc c'est important de lui apporter notre soutien.
pour les autres pays, c'est-à-dire les Pays-Baltes et la Pologne et la Roumanie, ce sont des pays qui sont membres de l'Alliance Atlantique et précisément parce qu'ils sont membres de l'Alliance Atlantique, ils ont cette protection, ils ont cette solidarité. Mais faut-il savoir, et faut-il que nos auditeurs le comprennent, que si d'aventure il y avait une action qui était menée contre ces pays, nous devrions être à leur côté, militairement.
En deux semaines de guerre en Ukraine, avez-vous l'impression d'assister à la naissance d'une Europe politique ? François Hollande, ces serpents de mer de l'Europe puissante, de la défense, de l'Europe de la défense, dont on en parlait depuis des décennies, sont-elles en train de se réaliser là, sous nos yeux, en quelques jours ?
Non, n'allons pas jusque-là. Il y a une Europe de la peur aujourd'hui. Et ce qui fait que les Polonais sont beaucoup plus ouverts à des solutions politiques qui, jusqu'à présent, ne leur n'est pas familière. Mais entre l'affirmation de principe et l'organisation d'une Europe de la défense, nous en sommes loin. Ce qui est clair, c'est que cette Europe de la défense doit se faire dans l'Alliance Atlantique. Ce qui est clair aussi, c'est que l'Allemagne et la France ont un rôle majeur. Ce que viennent de décider les Allemands, c'est de changer leur doctrine, de pouvoir livrer des armes à des pays.
C'est capital, ça, la position de l'Allemagne.
Oui, parce que...
Qui peut faire peur, François Hollande ? On peut se dire, parce qu'évidemment...
Sur le réarmement allemand.
Eh bien oui, sur le réarmement allemand, on peut se dire, est-ce qu'on a envie vraiment que l'Allemagne, quand on a des souvenirs...
Oui, parce que le risque quand même qu'il y ait un régime autoritaire en Allemagne me paraît assez réduit. Les Allemands ne sont pas dans une position de chercher je ne sais quel avantage territorial. Et au contraire, les Allemands étaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dans une position qui était de tout attendre des États-Unis, de ne pas aller très loin dans l'Europe de la défense, même le moins loin possible. Et enfin, étaient relativement extérieures à tous les conflits. Sachez bien que, par exemple, sur l'intervention en Syrie, l'Allemagne n'était pas partie prenante.
Que pour même l'intervention que j'ai décidée pour le Mali, Mme Merkel, toute l'amitié qu'elle avait pour nous, elle n'avait même pas voulu mettre à disposition des avions s'ils transportaient des armes. Donc c'est très important que l'Allemagne soit en train de changer de position. Enfin, il y avait quelque chose qui n'allait quand même pas d'évidence, c'est que nous, nous consacrions presque 2% de la richesse nationale pour la défense de notre pays, quand l'Allemagne n'en consacrait que 1,3% ou 1,4%. Ce qui était quand même un avantage compétitif.
À un moment, l'Allemagne doit penser que tout ne passe pas par l'économie, que tout ne passe pas par le commerce, et qu'il y a aussi ce qui s'appelle la politique, c'est-à-dire des valeurs à défendre et d'y consacrer la guerre.
La politique au standard d'Inter. Bonjour Eric. Bonjour, bonjour. Bonjour M. le Président. Bonjour.
J'ai besoin d'un conseil. Je voulais savoir si effectivement, même si on n'est pas d'accord avec ces idées, le vote utile aujourd'hui à gauche ne serait pas de voter Jean-Luc Mélenchon, qui au dernier sondage est à roue, aux alentours de 11%, face à Mme Hidalgo notamment, qui représente 1,5%, ou encore M. Jadot, à peine à 5%. Est-ce que même si on n'est pas d'accord avec M. Mélenchon, vous ne conseilleriez pas de voter Mélenchon pour faire un vote utile et avoir au moins une chance, non pas de gagner le second tour, mais au moins de représenter la gauche et de montrer que la gauche peut encore représenter 30% ou 35% ?
Merci Eric, merci Eric. François Hollande va vous donner le conseil que vous lui demandez.
Oui, moi je vais vous donner ma propre expérience. Quand je me suis présenté à l'élection présidentielle, ce n'était pas pour faire 25 ou 30%. C'était pour gagner l'élection présidentielle. C'est ça un scrutin. Ce n'est pas pour figurer, c'est pour gagner. Or, je vous le dis tout à fait nettement, ce ne serait pas utile d'avoir un président qui sortirait de l'Alliance Atlantique. Ce ne serait pas utile d'avoir un président qui mettrait de part et d'autre de la table la Russie et les pays démocratiques. Ce ne serait pas utile d'avoir un président qui sortirait progressivement de l'Europe.
Ce ne serait pas utile d'avoir un président qui, à un moment ou à un autre, voudrait changer complètement les institutions sans qu'on sache d'ailleurs par quoi les remplacer. Donc voilà, à un moment, il faut avoir un président utile, pas simplement un vote utile.
La campagne, elle est sacrifiée aujourd'hui ? Elle est terminée ? L'élection présidentielle, elle est pliée ?
Jamais les enjeux n'ont été aussi importants. On vient de les évoquer, à la fois la défense, l'Europe, le modèle énergétique, le pouvoir d'achat, de savoir quelle croissance on veut. Jamais on a eu le sentiment que la question, par exemple, de la répartition de l'effort, de la lutte contre les égalités était à ce point majeur pour consentir à l'union de notre pays. Et jamais ces débats ne vont affleurer, sans doute, pendant tout ce mois.
Oui, le président de la République a en effet dit qu'il ne débattrait pas avec ses concurrents. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, hier à ce micro, jugait que les débats devaient être utiles aux Français pour qu'ils se tiennent. Comprenez-vous le refus du président de se prêter à l'exercice ?
Bon, n'étant pas à représenter moi-même, je n'ai pas été confronté à cette situation. Et ayant été candidat en 2012, il n'y avait pas de président sortant. Ce que je crois, c'est que c'est vrai que des débats à 12 ne sont pas des débats qui permettent justement d'échanger. Donc ce que nous pourrions imaginer, c'est que le candidat, le président sortant, puisse débattre avec d'autres candidats, ceux qu'il pourrait choisir d'ailleurs, sans avoir besoin d'être dans un forum à 12.
Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé, dernière question, après Marine Le Pen et Éric Zemmour, sur la suppression de la redevance audiovisuelle dans le cadre de sa réélection. A-t-il raison de prendre cet engagement au nom du pouvoir d'achat des Français ? Non, je suis contre les baisses d'impôts.
Donc aujourd'hui, parler des baisses d'impôts, au moment où il faut faire tant d'efforts pour changer notre modèle énergétique, pour assurer l'éducation, pour favoriser la santé, mais qu'est-ce que ça veut dire baisser des impôts ? Sauf quand c'est pour une mesure, effectivement, ciblée sur un certain nombre de catégories. En l'occurrence, la redevance, elle était sans doute dans sa modalité vieillie, pour ne pas dire usée, mais il faut un impôt affecté. Dire aux Français, vous pouvez avoir un service public, mais vous ne le paierez pas ? Ou alors, vous le paierez sur le budget global ?
Il parle d'un plan pluriannuel qui assurait la pérennité de l'éducation. Là aussi, l'expérience,
les lois de programmation pluriannuelles, leur principe, c'est justement de ne pas être respecté. Donc je crois qu'il est très important, plutôt que de parler d'une baisse d'impôts et de facilité que les Français aujourd'hui ne demandent pas nécessairement sur la redevance, mais peut-être sur le prix de leur carburant ou le prix de leur approvisionnement en gaz, mieux vaudrait dire, voilà, il y a une ressource affectée nouvelle qui va être pour le service public. Et aujourd'hui, on a besoin d'un service public indépendant quand on se rend compte de ce qui se passe aussi dans le paysage médiatique. Pour parler justement de la guerre, hélas, la guerre, elle est aussi celle de l'information.
Et on a absolument besoin d'une information sûre, autant qu'il est possible impartiale et qui ne dépend pas des milieux d'argent.
Merci François Hollande, merci M. le Président de la République d'avoir été au micro de France Inter ce matin.
François Hollande