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interviewBFMTV· 17 juin 2024 21 min

"Les deux extrêmes me font peur": l'interview en intégralité d'Édouard Philippe

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 8h32 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour Edouard Philippe. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin. Vous êtes bien sûr l'ancien Premier ministre, vous êtes aujourd'hui maire du Havre et patron du parti Horizon. La campagne qui commence officiellement ce matin, puisque ça y est, toutes les listes sont arrêtées depuis hier soir, 18h. Et on apprend que le RN présente bien 577 candidats, que le Front populaire présente bien 577 candidats, mais que la majorité sortante renonce à présenter des candidats dans 65 circonscriptions. Vous faites même plus semblant de vouloir gagner ?

0:36
Édouard Philippe

Non, ça n'a rien à voir.

0:37
Présentateur

Ça n'a rien à voir ? Comment c'est compréhensible pour les Français, ça ?

0:40
Édouard Philippe

L'objectif, c'est de créer une nouvelle majorité parlementaire. Dans un certain nombre de circonscriptions, dans un peu plus de 489 circonscriptions, il y a des candidats qui se présentent sous l'étiquette Ensemble pour la République. Il y en a qui se présentent sous l'étiquette Horizon. Bon, on a 80 candidats Horizon. Très bien. Et puis, il y a une soixantaine de circonscriptions, où les résultats électoraux, où la situation politique locale laissent à penser qu'il y a un candidat du Bloc central qui a plus de chances de gagner qu'un candidat issu de la majorité ancienne.

Dans ce cas-là, le choix qui a été fait, c'est de considérer que c'était probablement mieux que ce soit lui qui porte le combat. Et ce n'est pas du tout renoncer à gagner, c'est au contraire se donner les chances, dans une circonscription, de ne pas laisser aux Françaises et aux Français le choix entre Rassemblement National et LFI.

1:29
Présentateur

Pas de candidat face à François Hollande. Pas de candidat face à Olivier Faure. Pas de candidat face à Fabien Roussel.

1:34
Édouard Philippe

Pas de candidat face à Vincent Jambrun, qui va se présenter et qui se présente avec l'étiquette Ensemble pour la République et qui n'est pas membre de la majorité présidentielle. Et moi, je trouve ça remarquable. Que ce soit lui qui porte les couleurs, il n'est pas de mon parti politique, il n'était pas dans la majorité présidentielle, mais il partage un certain nombre de valeurs et il a envie de s'engager. C'est parfait.

1:51
Présentateur

Mais vous ne m'avez pas répondu sur François Hollande, sur Fabien Roussel et sur Olivier Faure.

1:54
Édouard Philippe

Eh bien, chez François Hollande, je crois que le calcul qui a été fait, c'est de constater qu'il n'y avait pas de candidat de la majorité qui était susceptible de pouvoir l'emporter. Voilà. Et que donc, il valait mieux que ce soit...

2:05
Présentateur

Mais vous dites quoi à vos électeurs ?

2:07
Édouard Philippe

De choisir toujours le candidat le plus républicain et le plus démocrate.

2:11
Présentateur

Et face à Olivier Faure et face à Fabien Roussel, je veux dire, tous les trois, on est bien d'accord, courent sous les couleurs du Front populaire. Le Front populaire est votre ennemi.

2:21
Édouard Philippe

Mais je trouve intéressant de parler des endroits où on n'a pas de candidat, mais je trouve bien aussi de parler des endroits où on a des candidats.

2:26
Présentateur

Oui, mais vous comprenez quand même que pour les Français, c'est très étrange. Moi, je ne sais pas comment c'est lisible. Il faut en tout cas donner les clés. Vous en avez visiblement des clés, mais moi, je n'en ai pas.

2:35
Édouard Philippe

Les Françaises et les Français, ils sont, je vous assure, au moins beaucoup plus intelligents que les responsables politiques et probablement beaucoup plus intelligents que les journalistes et les commentateurs. Ils comprennent ce qui se passe sur le terrain.

2:46
Présentateur

Mais donc on arrête le suite d'interview ?

2:47
Édouard Philippe

Non, pas du tout, mais ils comprennent très bien ce qui se passe sur le terrain. Et ils voient très bien le choix qu'ils auraient fait. Et circonscription par circonscription, ils auront un choix qu'ils auraient proposé et ils feront leur choix politique librement, souverainement.

2:55
Présentateur

C'est-à-dire que moi, j'ai écouté Bruno Le Maire hier, par exemple. Bruno Le Maire qui a passé un moment considérable de l'émission dans laquelle il était présent hier, à dire à quel point François Hollande et son association avec le Front populaire étaient à ses yeux un naufrage. Et on apprend hier soir qu'il n'y aura pas de candidat face à François Hollande. C'est quand même étrange.

3:15
Édouard Philippe

Attendez, le choix de François Hollande ?

3:18
Présentateur

Vous, vous le comprenez, le choix de François Hollande ? De partir sous la bannière Front populaire ?

3:21
Édouard Philippe

Je le trouve et mon premier réflexe aurait été, et a probablement été d'ailleurs, et a été d'abord la surprise, de m'en amuser. Parce qu'il faut reconnaître que quelqu'un qui a eu autant de mal avec les Frondeurs, qui s'allie avec eux pour faire le contraire de ce qu'il a fait, ça ne tombe pas spontanément sous le sens. Mais une fois que j'ai dit ça, qui est ma première réaction, je réfléchis un peu et je me dis que dans la situation que nous vivons, se présenter aux élections, agir plutôt que réagir, après tout, il ne faut pas s'en moquer.

3:55
Présentateur

Vous ne l'avez pas envisagé ?

3:56
Édouard Philippe

J'ai réfléchi à ce qui était le plus utile, et j'ai considéré que le plus utile, c'était pour moi, pendant les trois semaines qui venaient, de faire campagne extrêmement activement, partout en France, pour soutenir les candidats qui se présentent sous mes couleurs, pour soutenir les candidats qui s'inscrivent dans la logique que j'essaie de construire, celle de la construction d'une nouvelle majorité parlementaire. Par ailleurs, je me suis engagé en 2020 pour être maire du Havre, et donc j'ai un mandat, j'aime être maire du Havre, et je considère que l'enracinement et l'action politique locale sont extrêmement précieux pour réfléchir à la France sur le plan national.

4:30
Présentateur

Pour réfléchir à ce qui s'est passé, et pour réfléchir aussi à la suite, on y reviendra bien sûr, Edouard Philippe, mais entre-temps, il y a David qui vient nous appeler au 32-16 et qui a une question aussi sur le deuxième tour, me semble-t-il. Bonjour, David. Oui, bonjour. David, on vous écoute.

4:43
Auditeur

Alors, j'ai une question, en fait, c'est de savoir qu'est-ce qui vous fait le plus peur réellement entre l'extrême gauche ou l'extrême droite ? Parce que quand on voit, pour le bien de notre démocratie, les différents débordements de LFI, les drapeaux arrachés français au sein des manifestations LFI, les slogans scandés contre la France, je me pose réellement la question de ce qui vous fait le plus peur aujourd'hui, l'extrême gauche ou l'extrême droite.

5:05
Édouard Philippe

Edouard Philippe. Moi, je vais vous dire, monsieur, que les deux me font peur. Et ce n'est pas une façon de ne pas répondre. Les deux me font peur. Qu'est-ce qui me fait peur aujourd'hui, pour mon pays ? Une crise financière me fait peur. Le monde qui est dangereux me fait peur. Qu'est-ce que disent les extrêmes aujourd'hui, LFI et ses alliés, ou le Rassemblement national et ses alliés, dans ces deux domaines ? Les réponses dans ces deux domaines me font peur. Je prends le monde dangereux. Dans le programme de LFI, enfin dans le programme de LFI et ses alliés, il n'y a pas un mot sur la défense. Rien.

On vit dans un monde à l'intérieur des frontières, ce n'est pas comme si à l'extérieur c'était dangereux. On n'en parle pas. Pas un mot sur la dissuasion nucléaire, pas un mot sur le volume des armées, pas un mot sur nos alliances. C'est hallucinant. Et on explique qu'il va falloir désarmer la police. Ça m'inquiète. À l'extrême droite, qu'est-ce qu'on me dit ? Pardon. Au Rassemblement national et ses alliés, qu'est-ce qu'on me dit ? On me dit, il faut sortir de l'OTAN. On me dit, la Russie ne va pas rentrer en Ukraine. Du commandement intégré de l'OTAN, pour être possible. Oui, c'est-à-dire quoi, du commandement intégré de l'OTAN ?

Ça veut dire qu'on ne participe pas aux décisions, mais qu'on est quand même dans l'OTAN. En quoi ce type de décision ajoute de la sécurité à la France ? En rien du tout. Donc, sur ce sujet-là, les deux me font peur, également peur, ou peur plus exactement, m'inquiète, et je pense qu'ils ne servent pas l'intérêt du pays. Sur la crise financière,

6:21
Présentateur

Vous faisiez partie de ceux qui alertaient il y a un mois, parce qu'en fait, il y a un mois et demi, on se souvient du coup de tonnerre de Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, qui dit, au fond, ça ne va pas, il n'y a plus de sous, il faut trouver 20 milliards d'urgence.

6:36
Édouard Philippe

Je fais partie de ceux qui considèrent que le sujet de la dette est un sujet sérieux, que la France, depuis 50 ans, pratique une sorte d'addiction à la dépense publique, et que le niveau de dette est devenu un sujet sérieux. Je le dis avec humilité, beaucoup de gens pourraient me dire, oui, vous avez été Premier ministre, et pendant que vous étiez Premier ministre, la dette a augmenté, je leur fais observer que pendant que j'étais Premier ministre, pendant deux ans, le déficit a baissé, et que ça n'était pas facile, et que j'ai pris des mesures impopulaires pour garantir le fait que le déficit baisse, mais passons.

Ce qui est vrai, c'est que la situation financière actuelle nous place dans une situation de fragilité vis-à-vis de ceux qui nous prêtent de l'argent. Et des deux côtés du spectre politique, chez LFI et ses alliés, comme chez le Rassemblement national, et ses alliés, je vois des propositions qui vont précipiter et aggraver la faiblesse financière, aggraver le risque qui pèse sur l'épargne des Français, sur, je dirais même, la prospérité des Français. Et ça m'enquête beaucoup, parce que je sais bien que, vous savez, il y a un côté chef de M. Seguin, quand on parle d'argent public, quand on parle de nez public.

7:44
Présentateur

La chef de M. Seguin, c'est cette fable où la chef de M. Seguin croit toujours que l'herbe est plus verte ailleurs, elle veut aller ailleurs et elle finit par se faire manger par le sou. Exactement.

7:52
Édouard Philippe

On appelle au loup, on dit au loup, on dit au loup, puis à force de dire au loup...

7:55
Présentateur

Non, ça c'est Guilou qui crie au loup, mais enfin, pardon.

7:57
Édouard Philippe

On dit au loup, on dit au loup. Pierre et le loup, et la chef de M. Seguin,

7:59
Présentateur

vous avez mélangé les deux fables, mais c'est pas grave.

8:01
Édouard Philippe

Et à la fin, on ne finit par plus croire...

8:02
Présentateur

À la fin, les deux se font manger de toute façon.

8:04
Édouard Philippe

Et à la fin, on finit par croire qu'il n'y a plus de menaces. Moi, je vous le dis, ceux qui ne prennent pas la question de la dette au sérieux disent des balivernes aux Français et ne veulent pas voir une fragilité absolument considérable de notre pays.

8:17
Présentateur

Je vais aller au bout de la question de David, parce que c'est une question qui traverse tous les Français et qu'on a entendue partout ce week-end. En cas de deuxième tour, qui votez-vous ? Si vous vous retrouvez face à un deuxième tour, il y a l'alliance des gauches d'un côté et le RN de l'autre.

8:33
Édouard Philippe

Je répondrai de façon très claire à cette question quand elle se posera. Mais pour l'instant, je suis en campagne pour le premier tour.

8:37
Présentateur

Est-ce que c'est possible de ne pas répondre à cette question aujourd'hui alors que tous les Français se la posent ?

8:41
Édouard Philippe

Je viens de le faire et si vous me reposez la question, je vous répondrai de la même façon. Vous vous la posez.

8:44
Présentateur

Elle vous a traversé, j'imagine, tout le week-end comme tous les Français.

8:46
Édouard Philippe

Et j'y répondrai après le premier tour. Je sais que la meilleure façon de ne pas prendre le premier tour au sérieux, c'est de parler du deuxième. Moi, je veux prendre le premier tour au sérieux. Je veux faire en sorte que dans le maximum de circonscriptions, il y ait un choix pour les Français et que les candidats que je soutiens, les candidats qui se présentent sous la bannière Ensemble pour la République, les candidats qui sont horizon, puissent être représentés au deuxième tour.

9:05
Présentateur

Il y a des endroits où il y a des horizons et des en marches face à face. C'est le cas notamment dans le Val-de-Marne.

9:10
Édouard Philippe

Vous en trouverez une. Très bien. On peut passer beaucoup de temps sur cela. Non, non, non, pas beaucoup de temps.

9:15
Présentateur

Je voudrais juste savoir pourquoi. Pourquoi est-ce qu'il y a un affrontement au sein même de cette coalition ?

9:19
Édouard Philippe

Il y a une circonscription où ça frotte un petit peu, très bien.

9:22
Présentateur

Mais dans cette circonscription, vous appelez à voter pour qui ? Pour le candidat horizon ?

9:25
Édouard Philippe

Vous, Edouard Philippe ? Moi, je fais campagne pour les candidats horizon. Ça, ça m'a pas échappé.

9:29
Présentateur

Donc, contre le candidat Renaissance.

9:30
Édouard Philippe

Et dans les autres circonscriptions, je fais campagne pour celles et ceux qui s'inscrivent dans la logique que j'essaie de construire et dont je voudrais, si vous voulez bien, en dire un mot. Tout à fait. Moi, je considère que lorsque le président de la République a prononcé la dissolution, il a dissous la majorité présidentielle. C'était son choix. C'était sa prérogative.

9:47
Présentateur

Il y aurait eu d'autres choix. On sent bien que vous vous dites... Il l'a fait.

9:50
Édouard Philippe

Et on peut passer des heures à discuter du fondement. Non, non, parlons de ce qui se passe. L'important, c'est ce qui se passe. Il y a une élection législative. Moi, mon souhait, c'est de construire quelque chose qui n'est pas ce qui a existé, qui est quelque chose de nouveau, qui est une nouvelle majorité parlementaire, plus large dans ses fondements politiques que ce qui a prévalu jusqu'à présent. Avec d'autres personnes aussi. Et l'idée, c'est pour construire cela, de le dire avant. Et moi, je construis, j'essaie de construire une nouvelle majorité parlementaire.

10:18
Présentateur

Vous pensiez avoir un peu plus de temps pour le dire, quoi ?

10:20
Édouard Philippe

C'est la vie, c'est les circonstances. Les circonstances, vous vous adaptez aux circonstances. Donc là, vous avez deux semaines au lieu de deux ans. Pendant ces deux semaines,

10:28
Présentateur

vous dites-moi que ça va de Philippe Juvin à Fabien Roussel. Madame de Malheur.

10:33
Édouard Philippe

C'est très court, c'est vrai, vous avez raison. Mais en très peu de temps, il s'est déjà passé beaucoup de choses. En très peu de temps, on a vu une tentative, à mon avis, honteuse d'une certaine façon, de Éric Ciotti, de exploser le parti LR pour lui reprendre une option qui n'avait pas été discutée en interne. On a vu des gens qui se détestaient pendant la campagne européenne faire mine d'essayer de se rassembler à l'intérieur de l'alliance dirigée par LFI. Mais je ne vois pas comment ça peut tenir. Ils ne sont d'accord sur rien. Posez-leur la question. Est-ce que pour faire face à la transition écologique, à la transformation climatique, il faut ou non s'appuyer sur le nucléaire ?

Ce n'est pas une question théorique. C'est une question assez simple avec des investissements considérables derrière. Que dit LFI et ses alliés ? C'est quoi leur réponse ? Vous savez bien qu'à l'intérieur, il y en a qui sont très partisans du nucléaire et d'autres qui sont très opposés.

11:28
Présentateur

Et d'ailleurs, le nucléaire n'est pas mentionné dans le programme commun.

11:32
Édouard Philippe

Oui, comme la défense, sur tout ce qui gêne. Vous avez des trucs assez étonnants et les trucs importants. Curieusement, on n'en parle pas.

11:37
Présentateur

Marine Le Pen dit qu'elle n'aura, dit-elle, aucun mal à constituer un gouvernement d'union nationale.

11:47
Édouard Philippe

Oui, je ne sais pas si ce sera un gouvernement d'union nationale. J'ai compris que ce sera un gouvernement rassemblement national avec les quelques alliés débauchés chez M. Ciotti.

11:54
Présentateur

Et elle-même ne met pas les deux autres blocs sur un pied d'égalité. Elle dit l'abomination, la vraie abomination, c'est la NUP S2.

12:00
Édouard Philippe

Oui, et j'imagine qu'elle dit que ceux qui ne sont pas la NUP sont la fausse abomination.

12:03
Présentateur

Le fait qu'elle ne vous mette pas sur un pied d'égalité ?

12:09
Édouard Philippe

C'est de poser lui la question.

12:11
Présentateur

Je le ferai sans aucun problème. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que quand vous dites qu'il y a en effet une partie des LR qui ne se reconnaît pas dans la décision d'Éric Ciotti, il y en a d'autres dont ils ont dit qu'ils ne se reconnaissaient pas, mais qu'en même temps, si on était dans l'entre-deux-tours, c'est le cas de François-Xavier Benhamy, il voterait évidemment pour le RN.

12:30
Édouard Philippe

C'est ce que je dis. Je pense qu'il y a peu de temps pour ce moment politique absolument décisif que nous sommes en train de vivre, mais qu'en peu de temps, il se passe des choses. Il y a des choses qui sont dites. Et il y a des décisions qui sont prises. La décision d'Éric Ciotti de rejoindre le Rassemblement national sur des bases que je ne veux pas connaître, mais qui me paraissent étonnantes. La décision d'un certain nombre de gens qui ne supportaient pas la LFI finalement de dire qu'ils se mettaient sous son ombrelle. Et puis, la décision d'un certain nombre de gens dans le bloc républicain, dans le bloc central, d'essayer de construire quelque chose pour la suite.

Ce qui ne sera pas facile. Ce qui ne sera pas facile.

13:15
Présentateur

Mais vous y croyez encore ? Quand vous avez vu...

13:17
Édouard Philippe

Ah mais j'y crois complètement, c'est pour ça que je me bats. Attendez, ce n'est pas parce que c'est difficile qu'il ne faut pas le faire. Le propre du combat politique, ce n'est pas que... Si vous faites de la politique pour dire quand il y a 80% des gens pour un sujet et 20% des gens pour le même sujet, il faut choisir le 80-20, c'est très bien. Mais ce n'est pas ça la politique. La politique, c'est se battre pour un certain nombre d'idées, pour un certain nombre de projets. Bon voilà, c'est ce que je fais. C'est ce que je fais à ma façon. Pas parfaite, mais c'est ce que je fais.

13:40
Présentateur

Il y a une semaine tout pile, les Français ont voté et ils ont mis à 30% le bulletin RN. Ils ont le droit de le faire.

13:48
Édouard Philippe

Et est-ce qu'il faut s'arrêter à ça ?

13:49
Présentateur

Pourquoi ? Je voudrais juste savoir pourquoi. Comment vous voyez ça ? Est-ce que c'est contre vous, contre la majorité ? Est-ce que c'est contre Emmanuel Macron ? Est-ce que c'est uniquement de la colère ? Est-ce que c'est de la conviction ? Comment vous comprenez ces 30% ?

14:02
Édouard Philippe

Tout ce que vous venez de dire est vrai. Et je suis incapable de quantifier à l'intérieur de tout ce que vous venez de dire. Oui, il y a de la colère. Oui, il y a de la conviction. Oui, il y a du rejet du président de la République. Oui, il y a du rejet du gouvernement. Oui, bien sûr. Oui, il y a une forme de... Après tout, on n'a pas essayé. Bien sûr qu'il y a tout ça. Est-ce que vous avez des regrets ?

14:18
Présentateur

Edouard Philippe, est-ce que vous vous dites aujourd'hui quel est le regret que vous avez ? Vous avez été au gouvernement, vous avez dirigé le gouvernement de la France sous Emmanuel Macron. Aujourd'hui, c'est ce rejet massif. Qu'est-ce que vous vous dites ? Quel est le regret ? Est-ce que vous vous dites qu'on aurait dû faire ci ou ça ?

14:35
Édouard Philippe

Ma conviction, c'est que quand vous êtes un responsable politique, quand vous êtes un maire, quand vous êtes un premier ministre, j'ai été maire, je suis maire, j'ai été premier ministre, vous savez, vous apprenez très vite, et si vous ne l'apprenez pas, alors dans ce cas-là, vous êtes un danger public, mais vous apprenez très vite qu'entre ce que vous souhaitez et ce qui est possible, il y a une énorme marge. Quand vous avez toujours été dans l'opposition, vous pensez que si vous souhaitez quelque chose et que vous le dites, ça va forcément arriver. Quand vous avez exercé des responsabilités, ce n'est pas simplement vrai pour la politique, c'est vrai pour tout type de responsabilité.

Vous savez qu'entre le réel, le possible et le souhaitable, il y a des marges. Et c'est comme ça, c'est la vie. Et puis vous savez aussi que quand vous prenez des décisions, quand vous en prenez beaucoup, parfois vous vous trompez, parfois vous ne faites pas les choses exactement comme il aurait fallu les faire. Et le seul avantage de l'expérience, le seul avantage de l'expérience, c'est de savoir ça.

15:25
Présentateur

Mais là vous êtes dans la théorie, dans les faits.

15:27
Édouard Philippe

Je ne suis pas du tout dans la théorie.

15:27
Présentateur

Quel est le fait

15:29
Édouard Philippe

que vous regrettez ? Vous voulez peut-être une petite phrase, mais je ne suis pas du tout au contraire, ce que 23 ans d'expérience politique, ce que être maire du Havre, qui est une ville formidable, mais qui connaît plein de problèmes, m'a appris que vous pouvez transformer les choses, vous pouvez améliorer les situations. Mais c'est difficile,

15:50
Présentateur

c'est long. Ce que je veux dire, Edouard Philippe, c'est ce que vous êtes en train de dire. C'est exactement conforme à ce que vous souhaitez. Des hommes politiques de nombreux bords pourraient le dire aujourd'hui. Vous dites même un peu la même chose que Lionel Jospin il y a déjà 20 ans quand il disait la politique ne peut pas tout. Ce que je veux dire, c'est vous, Edouard Philippe, aujourd'hui vous êtes dans cette campagne, presque malgré vous je dirais, parce que cette campagne vous l'auriez menée, vous l'auriez menée, mais vous l'auriez sans doute menée dans deux ans. Ce n'est un secret de poni-chinelle pour personne.

Est-ce qu'aujourd'hui vous pouvez vous adresser à ces 30% de Français en leur disant maintenant j'ai compris, il y a des trucs que j'aurais dû faire, que j'aurais voulu faire, que je n'ai pas pu faire. Et de quoi s'agit-il ?

16:23
Édouard Philippe

Il y a forcément des choses qu'on ferait autrement. D'abord je vais commencer par vous dire ce que j'ai fait. Il y a beaucoup de gens qui disent qu'il n'aurait pas fallu faire comme ça. Mais je ne vais pas m'excuser d'avoir mis en place à partir de 2017 une politique qui a considérablement baissé le niveau de chômage en France. Je ne vais pas m'excuser d'avoir mis en place une politique qui a fait exploser le nombre d'apprentis et fait en sorte de régler un problème dont on parlait depuis des années en France qui permet à l'apprentissage d'être la voie royale vers l'emploi.

Je ne vais pas m'excuser d'avoir mis en place une politique qui fait qu'il y a aujourd'hui en France des investissements absolument considérables, le maire du Havre. Pendant des années, j'ai vu des usines fermées au Havre. Je les ai vues. Donc quand je vous demande ce que vous n'avez pas fait, vous m'avez répondu

17:10
Présentateur

ce que vous avez fait.

17:11
Édouard Philippe

Et j'ai vu le mal que ça a fait. Je vois aujourd'hui des projets industriels, des usines qui s'ouvrent, des milliards d'investissements qu'ils soient portuaires, qu'ils soient industriels qui sont en train d'être réalisés. Et je sais que c'est une bonne nouvelle pour ces mois. Et je me permets de vous dire Madame de Malherme que si LFI et ses alliés gagnent ou le Rassemblement national et ses alliés gagnent, je ne suis pas certain que cette attractivité économique, cette attractivité industrielle se perpétue. Et ça m'inquiète. Qu'est-ce qu'on aurait pu faire autrement ? On aurait peut-être dû aborder des questions. Moi, on me parle souvent de sujets, de décisions que j'ai prises.

Par exemple, le 80 km heure. Et j'ai dit que, voilà, après, moi je voulais sauver des vies. On m'a accusé de vouloir remplir les caisses de l'État. Ce n'était pas de ça dont il s'agissait. Je voulais sauver des vies parce que je pense que le nombre de morts qu'on a sur la route en France est complètement dingue. Bon, est-ce qu'aujourd'hui, compte tenu de ce qui s'est passé, je ferais de la même façon ? Probablement pas. Parce que j'ai appris. Très bien. Voilà. Voilà le genre de choses. Et je peux le dire dans tous les domaines. Je peux le dire au Havre, je peux le dire ici.

J'admets le fait que quand on fait les choses, parfois, on se rend compte après qu'on aurait pu les faire un peu autrement. Mais, pardon, je sais aussi qu'il faut accepter le risque en France d'être impopulaire. Il faut accepter le risque de dire bien sûr, vous n'avez pas envie d'entendre cela. Bien sûr, vous préfériez que je vous dise exactement ce que vous avez envie d'entendre. Mais ce n'est pas l'intérêt de la France. Laissez-moi juste donner une illustration de ça. Allez-y. Dans le programme de LFI et dans le programme du Rassemblement National, il y a cette espèce de chose qui plaît. Écoutez, on peut vraiment équilibrer notre système de retraite.

D'ailleurs, on n'a pas vraiment besoin de l'équilibrer parce que ce n'est pas si grave en travaillant moins. Moi, je dis aux Françaises vous n'avez peut-être pas pour certains d'entre vous envie de l'entendre. Mais il n'y a aucune chance, aucune chance que nous soyons aussi prospères et aussi puissants que nos concurrents et que nos voisins si nous travaillons moins.

19:09
Présentateur

C'est mécanique.

19:10
Édouard Philippe

C'est mécanique. Kylian Mbappé. Et je pense que on ne rendra pas notre pays plus puissant, plus prospère, plus libre, plus juste si on se ment à soi-même.

19:19
Présentateur

Kylian Mbappé qui fait le job pour vous, en quelque sorte, en disant non aux extrêmes.

19:26
Édouard Philippe

Il s'exprime, il a le droit de s'exprimer. Les artistes s'expriment, les sportifs peuvent s'exprimer, les responsables syndicaux peuvent s'exprimer. Il ne fait pas le job pour nous. Il dit qu'il y a un moment décisif politique. Je n'ai pas du tout dit qu'il n'avait pas le droit de s'exprimer. Je dis qu'il fait le job pour vous. Ben oui, mais justement, est-ce que j'ai dit qu'il n'avait pas le droit

19:38
Présentateur

de s'exprimer ? Il fait le job en disant non aux extrêmes. On en déduit donc évidemment qu'il appelle plutôt à voter pour un bloc central. J'imagine que vous le remerciez.

19:51
Édouard Philippe

Je suis d'accord avec lui. Si c'est la question que vous me posez, c'est que je suis d'accord avec lui. Et je pense, en effet, qu'un certain nombre de responsables, de personnalités qui sont engagées dans la vie de la société et du pays, qui sont visibles, sont parfaitement légitimes. En ce moment, compte tenu du moment décisif... Vous aimeriez qu'il y en ait plus

20:11
Présentateur

qui s'expriment ?

20:12
Édouard Philippe

Ils s'exprimeront ou ils ne s'exprimont pas. Encore une fois, il y a des artistes qui s'expriment. Il y a des responsables économiques qui devraient s'exprimer. J'aimerais bien qu'ils s'expriment. Il y a des responsables syndicaux qui s'expriment. Et ils l'ont fait. Ils s'expriment dans le champ politique. Il y a des sportifs. Très bien. Je crois que les Français... Samedi, j'ai passé ma journée dans la Seine-Maritime et dans le Calvados pour faire campagne. Une des choses que je retiens des conversations que j'ai pu avoir sur place. C'est que les Français comprennent parfaitement qu'il est en train de se jouer quelque chose d'extrêmement important et d'extrêmement décisif. Voilà.

Dans les deux semaines et trois semaines qui s'annoncent, quelque chose de politiquement décisif est en train de se jouer pour le pays.

20:55
Présentateur

Décisif donc. Et la campagne est lancée. Merci à vous d'avoir répondu à mes questions, Edouard Philippe, ce matin.

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