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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 11 décembre 2024 17 min

Charles de Courson : Nomination d'un nouveau premier ministre après la chute du gouvernement Barnier

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois, Louis Dauphren. Journée décisive. Ce soir, un nouveau Premier ministre pourrait être nommé. C'est en tout cas la promesse d'Emmanuel Macron. En déplacement en Pologne aujourd'hui, je le disais, le président avait reçu mardi à l'Élysée les chefs des différents partis politiques, à l'exception du Rassemblement National et de la France Insoumise, mais trouver le profil qui saura éviter l'émotion de censure.

Établir des compromis et rassembler des partis politiques qui ne veulent pas forcément travailler ensemble n'est pas une sinecure. D'où l'avis, l'opinion, l'analyse de Charles de Courson qui va nous intéresser. En tant que moine soldat de l'Assemblée Nationale, en tant que grand sage peut-être de cette institution, il a sans doute des choses à nous dire. Bonjour Charles de Courson. Bonjour. Député de la Marne, affilié au groupe Liotte, Liberté, Indépendant, Outre-mer et Territoire. Vous êtes également rapporteur général du budget. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Est-ce que vous croyez en la nomination d'un nouveau Premier ministre ce soir ?

1:11
Charles de Courson

Non mais on finira par avoir un Premier ministre, ça c'est une certitude. Notre groupe a dit et redit au Président de la République lundi et mardi dernier que l'important ce n'est pas de savoir qui va être Premier ministre, c'est quel est le programme. Et que nous nous préconisions que ce ne soit pas le Président de la République qui se mêle de ça mais qu'il essaie de voir si un facilitateur pourrait être nommé pour réunir les 6 à 7 groupes parlementaires susceptibles ou ouverts au moins à la discussion pour voir si on pouvait faire une plateforme et après que le Président, puisque c'est son pouvoir constitutionnel, nomme un Premier ministre cohérent avec cette éventuelle plateforme.

1:56
Présentateur

Mais est-ce que vous y croyez ? Est-ce que vous pensez que c'est possible que ces différentes parties politiques travaillent ensemble ? Alors que quand on entend les messages des uns et des autres, on se dit « Ouh là là, comment ça va être possible ? » Je ne dis pas que c'est simple.

2:08
Charles de Courson

Mais de toute façon, ce n'est pas impossible. et s'il y a un peu de bonne volonté, si vous voulez, des uns et des autres qu'on évite de mettre dans cette plateforme des sujets dont on sait qu'ils ne font que diviser. Mais je vous rappelle que pour avoir une majorité, il faut l'ensemble des groupes entre le Parti Socialiste, l'IOT, et les 4 groupes qui étaient censés soutenir Michel Barnier.

2:33
Présentateur

Quel est le sujet, Charles de Courson, sur lequel tous les groupes pourraient s'entendre ? Est-ce que par hasard, la fin de vie serait l'un de ces sujets ou est-ce qu'il est trop annexe par rapport à la situation qu'on connaît aujourd'hui ?

2:42
Charles de Courson

Non, mais la fin de vie, je pense qu'on finira par avoir un compromis si ce texte était inscrit à l'ordre du jour. Parce que c'est un sujet sur lequel beaucoup de groupes laissent la liberté de vote à leurs membres. Moi, je m'appartiens à un groupe, de toute façon, qui a toujours eu la liberté de vote. Je n'ai jamais apparteni à un groupe dans lequel le chef vous dicte ce que vous devez penser. Voilà. Oui, ça pourrait être l'un des sujets, mais il y a d'autres sujets. Il y a la loi d'orientation agricole, qui a été votée en première lecture à l'Assemblée, qui est au Sénat.

C'est urgent, puisque les agriculteurs, de nouveau, s'agitent en disant « On nous a promis des tas de choses, et puis on ne voit rien arriver. »

3:33
Présentateur

Il y a une urgence. Est-ce que vous pensez que l'opinion publique comprend, je vais utiliser un mot qu'on entend beaucoup dans la bouche des personnes qu'on peut interviewer, du cirque qui se passe à l'Assemblée nationale ? Est-ce que les personnes que vous rencontrez dans la Marne, par exemple, vous êtes député de la Marne, est-ce que les électeurs comprennent ce qui se passe en ce moment à l'Assemblée ? Ce qu'ils comprennent, c'est que c'est le chaos.

3:55
Charles de Courson

Et quand vous êtes dans le chaos, on en sort toujours. Le problème, c'est comment on en sort. Il y a, je me tue à dire depuis des semaines et des semaines, aux différents groupes politiques, que si on continue comme cela, nous aurons un régime autoritaire. On est en train de détruire la démocratie parlementaire. Pourquoi ? Puisque l'opinion publique, les citoyens, qu'est-ce qu'ils constatent, l'incapacité à gouverner le pays ? Le pays devient ingouvernable. Et donc... Il faut un centinatus. Ah, c'est pas ce que je préconise personnellement, parce qu'on sait comment ça finit.

Non, non, moi, ce que je préconise, c'est que l'arc républicain, comme on l'appelle, disons, les six, éventuellement, sept groupes qui sont ouverts à une discussion, se mettent d'accord pour gérer ce pays jusqu'aux présidentielles. Chacun reprenant sa liberté, bien entendu, pour les présidentielles. Puisque tout le monde sait que, quel que soit le président élu, il dessoudra immédiatement pour essayer d'avoir une majorité. Et que le pays, là, pourrait être correctement géré et engager les réformes structurelles

5:08
Présentateur

dont le pays a besoin. Mais les institutions de la Ve République, que l'on disait si solides, semblent caler. Est-ce qu'il y a un problème institutionnel ? Oui, parce que...

5:18
Charles de Courson

Du temps où vous étiez étudiant, on vous a certainement enseigné que les institutions de la Ve République permettaient d'avoir une majorité stable. Eh bien, c'est pas ce qui s'est passé. Voilà. C'est pas la première fois, hein. Il faut rappeler qu'en 2022, il n'y avait pas non plus de majorité. Simplement, les trois groupes qui soutenaient le gouvernement, il leur manquait 30, 40 voix, donc... On arrivait bon dans Malon à s'en sortir. Oui, enfin, de plus en plus difficilement, si vous voulez. Et le président était parfaitement conscient que le projet de budget pour 2024 et surtout 2025 risquait de se passer très mal.

5:58
Présentateur

Et il se passe très mal, d'ailleurs, un projet de loi finance et de financement de la sécurité sociale qui n'a pas été adopté avec cette censure. Alors, pour permettre une certaine continuité de l'État, il y a cette loi spéciale sur le budget. Vous êtes réputé pour votre rigueur budgétaire et pour votre connaissance des finances publiques. Quel regard portez-vous sur ce texte, cette loi spéciale sur le budget ? C'était nécessaire ? Ah ben, c'est indispensable.

6:21
Charles de Courson

J'espère que tout le monde votera pour cette loi spéciale. Personne ne semble s'y opposer. Qu'est-ce qu'il y a dedans ? Il n'y a pas grand-chose. Il y a un, on continue à percevoir les impôts à compter du 1er janvier. Si on ne la vote pas, il n'y a plus d'impôts. Alors, certains s'en réjouiraient, bien entendu. Simplement, les impôts, je le rappelle, ils financent les services publics. Donc, s'il n'y a plus d'impôts, il n'y a plus de services publics. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Ça, donc, cet article 1er, pas de problème.

Il y a un article 2 qui autorise l'État à s'endetter pour financer, puisqu'on vit à crédit, depuis des années d'ailleurs, depuis maintenant près de 50 ans, mais de plus en plus. Donc ça, c'est indispensable. Et puis, il y a un troisième article pour permettre aux organismes de sécurité sociale de fonctionner, puisque eux-mêmes, elles sont en déficit, beaucoup moins important, bien sûr, que le déficit de l'État. Mais ils ne peuvent pas vivre sans avoir des lignes de trésorerie qu'il faut qu'on autorise. Donc voilà. Donc, si vous voulez, il n'y a aucune décision dans cette loi dite spéciale.

7:21
Présentateur

Aucune décision dans cette loi dite spéciale. Je vais peut-être utiliser un mot qu'on aime bien sur notre antenne, sur nos antennes, celui de bien commun. Quand on regarde l'éthique de responsabilité des différents partis politiques aujourd'hui face au bien commun, quel regard peut-on porter dessus ? Est-ce qu'on peut voir dans l'hémicycle une forme de soin du bien commun ?

7:43
Charles de Courson

Hélas, quand vous êtes au sein de ces discussions, parfois vous demandez, mais est-ce que chacun de ceux qui interviennent ont le sens du bien commun ? Ou est-ce que simplement ils ont des postures personnelles ? Vous en pensez quoi ? Il est bien évident qu'il n'y a pas besoin d'un observateur dans la vie politique pour voir qu'une partie de comportement est liée à simplement l'idée de se positionner et de se préparer aux prochaines présidentielles.

8:15
Présentateur

Mais ça, ça a toujours été le cas dans la vie politique française. Est-ce qu'il y avait une très grande longévité et qu'il y avait une expérience parlementaire redoutable ? Est-ce que vous êtes en mesure de nous dire qu'aujourd'hui c'est une situation inédite par rapport à des situations antérieures où on a eu des cohabitations, on a eu aussi des enjeux qui étaient également très forts ?

8:33
Charles de Courson

Non, parce que les deux principales cohabitations que nous avons eues il y avait une majorité. Donc le problème, il était entre la majorité des issues des élections initiatives qui existaient et qui étaient stables, avec un premier ministre stable face au président. Comme ça durait en général deux ans puisque le mandat du président était de sept ans et celui des députés de cinq ans, ça durait deux ans. Alors actuellement, c'était une situation un peu bizarre puisqu'il y avait une double légitimité et donc les premiers ministres se sont entendus avec les présidents.

Naturellement, chacun manœuvrait pour planter l'autre dans les futurs présidentielles puisque tout premier ministre qui se respecte a toujours des velléités de devenir président de la République, au moins d'être candidat à la présidence de la République. C'est une constante dans la Ve République. Mais ça n'a pas empêché quand même, ça a freiné une bonne gestion de notre pays mais ça n'a pas empêché son fonctionnement. Là, ce qui est nouveau, c'est qu'on a un président en fin de vie, si je puis dire, puisqu'il n'a plus que deux ans à faire, il ne peut pas se représenter.

Tout le monde est conscient que le jour où le président Macron disparaît de la scène politique, les quelques-uns qui le soutiennent encore disparaîtront avec lui. C'est évident. Donc, il y aura une restructuration de la vie politique dans les deux ans qui viennent dans le cadre

10:04
Présentateur

des élections présidentielles. Et comment, justement, voyez-vous cette restructuration ? Si on suit Jean-Luc Mélenchon qui pousse pour une démission et c'est son objectif principal ?

10:15
Charles de Courson

Mais moi, je n'ai pas poussé la décision. J'ai été le premier à dire que l'une des solutions pour sortir du chaos politique était la démission du président. Mais le président ne veut pas démissionner. Il a été légitimement élu. donc cette première voie qui aurait permis, un, d'organiser de nouvelles élections présidentielles et dès le mois de juillet, une dissolution pour donner au président une majorité. Comme pratiquement toujours, on l'a eu, sauf en 2022 et encore plus, en 2024. Voilà. c'était une solution.

10:49
Présentateur

Mais en quoi cela garantirait-il de sortir du chaos ?

10:52
Charles de Courson

Parce que les Français ont du bon sens. S'ils élisent un président quel que soit ce président et qu'il y a des élections initiatives dans la foulée, la campagne elle est très simple. Donnez une majorité au président que vous venez d'élire. Et comme ça se passe, disons, cinq, six semaines après l'élection du président de la République, si vous voulez, la campagne elle est très simple. Soutenez le président. Mais ça n'a pas marché. Ça n'a pas marché en 2022, ça n'a pas marché en 2024. Et ça n'a pas marché en 2022 et encore pire en 2024. Parce que le président sortant qui a été réélu, ce n'est pas lui d'ailleurs qui a été réélu, c'est Mme Le Pen qui n'a pas été élu. Voilà.

Mais il a été réélu dans des conditions 57-43, 57%. On se rappelle que Jacques Chirac lui avait été réélu face à Jean-Marie Le Pen avec 85% des voix. Et donc il fallait à ce moment-là essayer de faire un gouvernement à la large rassemblement. Ce qui n'a absolument pas été le cas. C'est-à-dire le président Macron a fait la même erreur que Jacques Chirac. Mais la différence c'est que Jacques Chirac avait eu une majorité. Ce qu'on n'avait pas. Ce qu'on n'a pas eu en 2022 déjà le président Macron. Il lui manquait 40 sièges. C'est quand même pas rien 40 sièges sur 177. Vous voyez ? Et la dissolution puisque ça l'est de mal en pire la dissolution n'a fait qu'aggraver le mal.

Et s'il y a une nouvelle dissolution ce qui reste d'une ancienne majorité présidentielle ils sont revenus à 160 ils pourraient revenir à moins de 100.

12:28
Présentateur

Absence de majorité. Donc si je reviens à ma logique de bien commun comment la faire infuser dans l'hémicycle qui semble en manquer aujourd'hui ? On parle beaucoup de logique de compromis d'essayer de trouver les points d'accord. Comment est-ce qu'aujourd'hui le personnel politique qui est l'ensemble des personnes qui composent aujourd'hui les musiques peut changer de logique et essayer ? Peut-être on peut être utopiste un peu ce matin. L'essence si vous voulez

12:52
Charles de Courson

de la démocratie c'est quand même d'être capable de compromis. Donc ça commence à bouger par exemple au parti socialiste on voit bien que le parti socialiste est en train clairement de rompre avec la domination de la France insoumise qui je le rappelle est minoritaire au sein de la gauche mais elle est dominante idéologiquement si je puis dire. Alors ils sont en train si vous voulez de rompre. Ils ne sont pas les seuls les communistes mais enfin bon ils sont très peu nombreux.

13:24
Présentateur

Donc Bernard Cazeneuve pourrait émerger par exemple ?

13:27
Charles de Courson

Peut-être. Ce serait votre poulain ? Oh non je n'ai pas de poulain dans la matière et je ne suis pas président de la république ce n'est pas moi qui choisis.

13:34
Présentateur

Peut-être êtes-vous candidat au poste de premier ministre. Oh non

13:38
Charles de Courson

je pense que vous n'attendez pas l'appel aujourd'hui. Je ne serais pas raisonnable non non je ne suis pas de ces élus qui rêvent d'être ministre d'être premier ministre etc.

Moi mon problème c'est que ça n'a d'intérêt d'être ministre ou d'être premier ministre que si vous avez une majorité forte sur un programme et de mettre en oeuvre ce programme pour le bien commun que vous évoquiez tout à l'heure vous avez des ambitions personnelles quand vous voyez ces éphémères ministres parce que cette année 2024 on aura quand même fait mieux que la troisième et la quatrième république on aura eu quatre premiers ministres envoyés par ministère je discutais avec les enseignants et bien monsieur de Courson mais on est à notre énième ministre ça change tout le temps comment voulez-vous mener une politique sérieuse ayant vraiment important des points positifs pour notre pays quand vous changez tout le temps les ministres c'est à peu près comme si une entreprise était gérée par un PDG qu'on change tous les ans ça serait une catastrophe

14:49
Présentateur

mais peut-être que les ministères il faut les faire gérer par un Elon Musk à la française Charles de Courson ça irait quand même peut-être dans l'idée que vous défendez de faire des économies non ?

14:59
Charles de Courson

non je dis toujours à ceux qui croient que l'état c'est comme une entreprise c'est vous qui l'avez dit justement ah non c'est pas du tout une entreprise vous avez fait une comparaison ah ben on peut une comparaison mais comparaison n'est pas raison je veux dire la notion un état n'a rien à voir avec une entreprise les fonctions égaliennes de l'état il n'y a pas de compte d'exploitation quand vous êtes soit justice sur la défense et bien d'autres fonctions ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas évaluer les politiques publiques il y a peut-être moins de dépenses superflues aussi bien sûr la France c'est le pays qui dépense le plus de toutes les démocraties

15:32
Présentateur

où peut-on faire des économies Charles de Courson

15:34
Charles de Courson

spontanément ? oui mais pour ça il faut avoir une majorité et si vous l'aviez où ferait-on des économies ? alors bon vous avez des pistes considérables la première chose c'est tout ce qu'on appelle les niches fiscales il y en a pour 90 milliards pour faire simple pour les journalistes aussi alors les journalistes ont une niche fiscale mais bien sûr

15:58
Présentateur

vous voulez la supprimer

15:59
Charles de Courson

bien sûr et bien écoutez il faudrait se mettre vous allez avoir un papier dans lequel à enchaîner là je ne vous ai pas dit cela c'est vous qui le dites c'est pas moi nous avons eu cette réflexion il y a bien longtemps avec les patrons qui nous ont expliqué que cette niche elle était indispensable parce que comme les journalistes sont globalement très mal payés c'était une contrepartie qu'offrait l'état pour leur assurer un minimum de niveau de vie net d'impôts et bien c'est fondamentalement malsain c'est fondamentalement malsain que les journalistes soient parmi ceux qui bénéficient d'avantages fiscaux très importants en contrepartie d'une faible rémunération vous avouerez que c'est quand même une façon de gérer la rémunération des ressources humaines dans ce domaine invraisemblable vous voyez mais pour ça il faut se mettre autour d'une table et de voir comment on peut en sortir

16:55
Présentateur

il faut une majorité comme vous l'avez dit merci beaucoup en tout cas Charles de Courson d'avoir été notre invité ce matin député de la Marne affilié au groupe Lyot rapporteur général du budget merci d'avoir été avec nous et très bonne journée à suivre le journal de Radio Vatican