Roland Lescure
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes. Le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons un député ensemble pour la République, ancien ministre chargé de l'Industrie et de l'Énergie. Il est vice-président de l'Assemblée Nationale, député des Français d'Amérique du Nord. Vos questions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Bonjour Roland Lescure. Bonjour. Et bienvenue, vous connaissez parfaitement les Etats-Unis. On va commencer par un exercice de politique comparé avec cette victoire retentissante pour Donald Trump, offerte par la Cour suprême qui affaiblit le pouvoir des juges fédéraux.
La Cour suprême a restreint l'usage des suspensions à portée nationale prononcées par des magistrats. C'est assez important puisque du coup, il y aura ce qu'on appelle le pouvoir de la Cour suprême qui laissera les mains libres à Donald Trump de s'opposer et d'imposer ses lois contre l'avis de juges fédéraux. En quoi est-ce que cette décision, pour le français que vous êtes, elle est importante à comprendre, à expliquer ? Et en quoi est-ce qu'elle peut être, comment dire, comparable à ce qui pourrait menacer une démocratie comme la démocratie française ?
Alors commençons par ce qui se passe là-bas. Vous l'avez dit, la Cour suprême, bon c'est l'arbitre là-bas. Sauf que l'arbitre, il a été nommé en grande partie par Donald Trump, puisque dans son premier mandat, il avait nommé une partie des juges qui lui donne aujourd'hui la majorité. Six juges sur trois. Six juges sur trois qui sont proches de Donald Trump. Alors ils sont nommés à vie, donc on pourrait imaginer qu'ils sont indépendants. Ce qu'ils indiquent hier. On est vraiment dans un combat de titans entre les différents pouvoirs américains.
Il y a le pouvoir exécutif, le pouvoir du président, il y a le pouvoir judiciaire, le pouvoir des juges, qui eux aussi sont élus, et l'arbitre qui dit, désolé messieurs les juges, mais vous ne pouvez pas imposer vos vues au président américain. Qu'est-ce que ça veut dire de manière très concrète ? Ça veut dire que le président avait décidé de geler des subventions à des associations d'aide à des réfugiés. Le juge l'avait retoqué sur la base de principes fondamentaux. L'humanité, la solidarité, etc. Niet, c'est annulé. Les fameuses politiques DEI, de diversité, d'inclusion, dans un certain nombre d'agences publiques qui avaient été balayées, c'est non.
Et donc on se retrouve aujourd'hui avec un pouvoir judiciaire, qui est, j'allais dire, une des seules forces de rappel qui reste, puisque le pouvoir médiatique est très largement aujourd'hui aux mains d'oligarques, qui eux aussi ont, je dirais, baisé la bague du président Trump. Donc il restait le pouvoir judiciaire qui est aujourd'hui limité, il va pouvoir continuer à agir. Les gouverneurs, qui eux aussi sont attaqués, c'est un État fédéral. Donc il y a 50 gouverneurs qui ont un pouvoir important. Moi j'ai rencontré récemment le gouverneur de Caroline du Nord, démocrate. Il a un congrès républicain. Il me disait, le congrès est en train de prendre des pouvoirs historiques au gouverneur.
De manière très concrète, le congrès républicain de Caroline du Nord a dit au gouverneur, vous ne pouvez plus nommer le chef de la police, c'est moi qui le nomme. Il n'y a pas plus exécutif comme pouvoir que de nommer le chef de la police. Il s'est retourné vers un juge, car là il est un juge républicain, qui lui a dit, non, vous ne pouvez pas vous opposer à cette situation. Donc là, la balance des pouvoirs est en train vraiment de se déséquilibrer. Il ne reste plus grand-chose pour s'opposer à l'espèce de raz-de-marée conservateur porté par Donald Trump.
Un autre exemple, dans 30 jours, tous les enfants nés sur le sol américain n'auront plus automatiquement la nationalité américaine, ce qui est contraire à la promesse faite par la constitution américaine depuis plus de 155 ans. Mais en quoi est-ce que ça résonne avec certains discours politiques français dans l'esprit ?
D'abord, parce que la vague populiste, elle est présente partout dans le monde, elle est présente en France, elle est présente en Europe. Mais je vais vous donner un exemple très concret. Éric Ciotti, qui se voyait en Georgia Mélanie de la droite française, qui est plutôt jeudi apparu comme un Machiavel au petit pied. Il a posé un certain nombre de lois sur la table jeudi. Une fois par mois, une opposition peut proposer des lois. Il y avait la fin de l'illégivité pour Marine Le Pen. Une loi de circonstance qui consistait à remettre en cause une loi votée par la République, à laquelle, évidemment, Marine Le Pen adhérait et trouvait même que c'était plutôt un peu laxiste.
Et donc, il la propose. Heureusement, elle est rejetée. Dans la foulée, il propose une proposition de loi sur le mariage de gens qui sont sous obligation de quitter le territoire français, avec un article premier qui est anticonstitutionnel. Et si vous faites voter, ça n'a pas été le cas, une loi anticonstitutionnelle à l'Assemblée. Évidemment, elle est portée devant le Conseil constitutionnel. On teste le pouvoir suprême, la Cour suprême à la française. Si le Conseil constitutionnel retoxe tel doigt, ce qu'il fera, les populistes de tous bords auront beau jeu de dire, c'est le gouvernement des juges, il faut les mettre à mal.
Donc, on est dans un discours qui, progressivement, remet en cause nos institutions. Les populistes ne sont pas en pouvoir, heureusement.
Remet en cause les institutions, l'état de droit, et donc, dénonce le pouvoir des juges.
On dénonce le pouvoir des juges, on fait voter des lois qui sont, au fond, à notre service. Puisque la première proposition de loi de M. Sotty, c'était clairement une loi au service de Marine Le Pen, dont je rappelle qu'il y a quelques années, elle disait qu'une condamnation en première instance d'un politique, ça devait être l'inégilibilité à vie. A vie, ben voilà. On n'a pas été aussi loin.
Alors, je reviens dans votre circonscription d'Amérique du Nord, Roland Lescure. Vous, vous avez la double nationalité canadienne. Je ne sais pas si vous avez vu que le président des Etats-Unis a mis fin la nuit dernière aux négociations commerciales avec le Canada, parce qu'Ottawa a mis en place une taxe sur les géants du numérique, et que c'est un coup direct, selon Trump, porté aux Etats-Unis. Donald Trump reproche à l'Union Européenne une taxe du même ordre, et c'est un élément des négociations justement sur les droits de douane dans la guerre commerciale en cours. Est-ce que vous savez où ça en est ces négociations entre l'Union Européenne et les Etats-Unis ?
Écoutez, j'ai échangé cette semaine avec Stéphane Séjournier, qui est le vice-président de la Commission, qui porte ces sujets. Il y a encore un bon espoir d'arriver vers un accord sur des tarifs commerciaux qui serait limité. On n'aura pas zéro, mais on peut encore espérer 10% si tout va bien. Mais ce qui s'est passé hier effectivement avec le Canada n'est pas une bonne nouvelle. Pourquoi ? D'abord parce qu'on est dans une négociation, donc il y a sans doute un peu de posture de la part de Donald Trump, mais visiblement il est exigeant.
Et surtout, parce que quand vous regardez les échanges entre l'Europe et les Etats-Unis, oui les échanges commerciaux de biens sont déficitaires, mais en revanche, les Etats-Unis exportent tous leurs services numériques, donc ils sont excédentaires. Et donc un vrai tarif commercial de réponse aux Etats-Unis, c'est effectivement une taxe sur les géants du numérique. Nous l'avions mis en oeuvre, d'abord en France, puis en Europe. Le Canada a bien compris que c'était la manière finalement de faire un bras de fer avec les Etats-Unis. T'es bien contre mes services digitaux. Et lui aussi il l'a bien compris.
Et quand on voit les liens qu'il a avec une bonne partie des oligarques de la Silicon Valley, là aussi c'est très préoccupant.
Mais il y a urgence quand même, parce que la date limite qu'avait fixée Donald Trump, c'est le 9 juillet. À partir du 9 juillet, s'il n'y avait pas d'accord, alors nos produits européens seraient taxés à hauteur de 50%.
Oui, alors jusqu'au 9 juillet on va négocier, et peut-être même que le 8 juillet on dira finalement, je reprends un mois de plus. Donc je ne sais pas si... Mais en attendant, ça fait 6 mois qu'il a été investi, et moi je parle beaucoup avec les entreprises françaises qui exportent aux Etats-Unis, des entreprises américaines où des Français travaillent, ce sont mes électeurs, c'est l'incertitude totale, c'est le brouillard.
Donc vous vous retrouvez avec des investisseurs, des entreprises, des salariés, qui ne savent pas, si je puis dire, à quelle sauce ils vont être mangés, et donc ce jeu de négociation, qui pour Donald Trump cherche à, d'une certaine manière, d'abord un, occuper l'espace médiatique mondial, puisque tous les jours il doit le faire, et de montrer la puissance de l'Amérique, et porter un agenda là encore assez conservateur de protectionnisme, ça occupe beaucoup, et ça inquiète énormément, et ça a un impact délétère sur la croissance.
Mais Roland l'est sûr, vous avez été ministre de la République, en l'occurrence, est-ce qu'on n'assiste pas aussi à la puissance, à la démonstration de force de Donald Trump, mais à l'impuissance de la France et de l'Europe, puisque lors du Conseil européen des 26 et 27 juin, une majorité d'États membres ont exprimé leur ouverture à un accord commercial asymétrique avec l'administration Trump, c'est-à-dire que lui pourrait maintenir des droits de douane, malgré le risque d'un tel scénario. Comment expliquer que la France accepte de se soumettre à cette relation complètement déséquilibrée ?
Alors, on n'est pas dans une soumission, on est dans une négociation. Donc, moi, tant que le jeu ne sera pas terminé...
Ah bah, c'est Ursula von der Leyen qui a présenté l'état des négociations avec Washington.
Aujourd'hui, vous avez raison de dire que le bras de fer est un peu asymétrique, et que c'est difficile de négocier, aux Américains, on dirait avec un bully, avec quelqu'un qui est extrêmement... Brut. Voilà, brutal. Et qu'en plus, même si c'est la Commission européenne qui négocie au nom des 27, c'est compliqué de mettre 27 Etats membres d'accord.
Mais la majorité des Etats seraient prêts à accepter cette relation commerciale déséquilibrée, c'est ce que dit Ursula von der Leyen.
Mais ça ne veut pas dire qu'on va se retrouver avec des tarifs commerciaux de 50% d'un côté et de zéro de l'autre. Ça peut être, effectivement, qu'il y a un petit déséquilibre entre les différentes mesures qui seront adoptées. Mais aujourd'hui, on se retrouve effectivement avec des Etats-Unis qui sont très puissants. Et il faut que l'Europe réagisse. Moi, je suis assez convaincu qu'on doit être plus fort. Selon l'adage bien connu, si tu veux la paix, prépare la guerre. Si tu veux la paix commerciale, prépare aussi la guerre commerciale. Marc Carnel a bien montré, vous l'avez dit, au Canada. Il faut être ferme.
Donc moi, j'engage vraiment l'ensemble des Etats membres à réaliser qu'on est aujourd'hui dans un mano-a-mano pour lequel il faut garder de la fermeté.
Alors, restons au chapitre économique, Roland Lescure, parce que ce sont des questions que vous connaissez bien. La négociation sur les retraites, le conclave a tourné court sans arriver à un accord cette semaine. La CFDT, le premier syndicat français, annonce qu'elle refuse de reprendre les discussions, ce qu'espérait le Premier ministre. François Bayrou qui annonce donc une démarche législative à l'automne. Ce sont donc les élus de la nation, vous, les députés, qui devez reprendre la main. C'est la fin du dialogue social.
Non, ça a été, je dirais, au moins une tentative de renouveau du dialogue social.
Ça n'a pas marché.
Ils ont avancé, ils ont eu un certain nombre d'accords sur des éléments importants, notamment d'ailleurs. Et ça, c'était courageux de la part de la CFDT, de dire, finalement, l'âge de la retraite, aujourd'hui, on peut peut-être laisser ça de côté. On en reparlera en 2027. Et ce sera un des sujets de la campagne électorale. Mais il y a un moment, il faut que la France avance. Donc, on met l'âge de départ de la retraite de côté. On essaye de se mettre d'accord sur d'autres facteurs importants, la pénibilité, les carrières longues, etc. Donc, non, moi, je pense que ce dialogue social, il a permis de préparer le travail. Maintenant, c'est au gouvernement de préparer une copie.
On verra quelle forme elle a. Moi, je vais vous dire, j'ai une conviction très forte. C'est que... Il va bientôt être temps de passer à autre chose. Ça ne veut pas dire que le sujet des retraites n'est pas important. Le sujet des retraites, pour moi, il sera fondamental en 2027. Et il y a un moment où celles et ceux qui veulent être président de la République devront montrer, quand même, qui pérennise ce système, qui est un système qui existe depuis 80 ans et qui est aujourd'hui en déficit chronique. Mais il y a d'autres sujets importants, maintenant, qu'il faut traiter. Il y a un budget à préparer. Il y a des enjeux internationaux. Il y a des enjeux de défense.
Un mot, malgré tout, quand même, sur ce système des retraites, puisque vous êtes, donc, Français et Canadien. Est-ce que vous seriez favorable à mettre, en plus de la retraite par répartition, en place des fonds de pension, par exemple ? Comme il en existe au Canada, des fonds de pension qui sont extrêmement puissants, qui ont des très gros rendements pour équilibrer le système des retraites en France.
Et qui sont publics. Et qui sont publics. Moi, j'ai été le numéro 2 de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est une institution publique québécoise qui existe depuis plus de 50 ans, qui gère une partie des retraites des Québécois et des Québécois, qui investit dans l'économie québécoise, donc qui permet de développer. Donc, oui, sous ce format-là, je suis favorable. Après, ce n'est pas une formule magique. Aujourd'hui...
Donc, vous seriez favorable à des fonds de pension publics français, qui auraient eu des dotations de 2 000 milliards de dollars, par exemple, comme au Canada ?
On n'en est pas encore là, mais qui compléteraient le système actuel. Pourquoi je dis qu'ils compléteraient ? Parce que... Mais ça, c'est un totem, ce que vous dites. Oui, mais moi, j'avais écrit un petit bouquin qui s'appelait « Totem et tabou », et j'avais dit, ça, ça fait partie des tabous... Vous avez repris le titre à... À Freud. À Sigmund Freud.
Oui, alors, je ne sais pas ce que ça dit de votre inconscient, mais alors, parlez-nous justement en toute franchise.
Donc, on a aujourd'hui les actifs qui payent pour les inactifs. Et si on dit « On fait des fonds de pension », ça veut dire que les actifs d'aujourd'hui, ceux qui travaillent, comme vous et moi, vont mettre de l'argent de côté dans un fonds public pour ensuite avoir une retraite complémentaire. Donc, ils vont payer deux fois. Ils payent pour la retraite de leurs parents et en plus pour la leur. Donc, il y a un enjeu de transition très fort.
Mais effectivement, si on est capable de compléter le système de répartition par un système de capitalisation public géré par une entreprise publique qui investit, pas seulement en France, mais aussi en France, qui permet de développer les entreprises d'intelligence artificielle, qui permet de développer les infrastructures d'aujourd'hui et de demain, en fait, j'ai du mal à imaginer qu'on puisse totalement s'y opposer. D'ailleurs, ce qui est intéressant...
Mais qui est soumis aux aléas de la bourse et des marchés financiers qui sont en ce moment très variables et très volatiles.
Et là, on est soumis aux aléas de quoi ? On est soumis aujourd'hui aux aléas de la démographie, on fait moins de bébés, de l'espérance de vie, on vit de plus en plus longtemps et on a un déficit chronique. Alors, quand on gère un fonds de pension publique, je l'ai fait pendant 10 ans, on investit à long terme. On est capable d'investir dans des entreprises. On ne fait pas du trading, de la négociation de court terme où on achète le lundi ce qu'on vend le mardi. Nous, on avait des parts dans des entreprises, y compris françaises d'ailleurs, qu'on gardait pendant des années. Et quand vous investissez dans des entreprises de qualité et qu'elles se développent, il y a des aléas de court terme.
Oui, surtout en ce moment. Oui, mais à long terme, c'est des choses qui rapportent. Enfin, vous savez qu'au conclave, il y a eu un début de consensus là-dessus. Ils sont prêts à regarder. Avec les syndicats. Ils sont prêts à regarder. Ils ont indiqué qu'ils étaient prêts à regarder. C'est un tabou qu'il faut lever. Ce que vous dites,
à part Edouard Philippe, très peu le propose sur la scène politique. En tout cas, dans votre camp et dans le gouvernement Bayrou, personne n'est sur cette ligne, pas même le président de la République.
Écoutez, on travaille au sein du mouvement Renaissance dont je suis membre avec Gabriel Attal à une convention qui sortira dans les jours qui viennent. On verra si ça fait partie des propositions. Je peux vous dire qu'en tout cas, on l'a étudié de près.
Alors justement, politique, puisque vous êtes députés ensemble pour la République, vous appartenez à ce qu'on appelle le bloc central. Il n'y a toujours pas de pilotage politique du socle commun. Ce sont les mots du président du groupe centriste au Sénat, Hervé Marseille, qui a comparé la situation à celle de, je cite, parents au bord du divorce mais qui s'efforcent de rester ensemble pour les enfants. Que vous inspire cette image ?
Moi, j'ai pris l'image d'une union libre. Une vraie coalition, c'est un contrat de mariage.
Une union libre, en général, il y en a un qui est fidèle et l'autre qui est libre.
Oui, et puis là, comme on est trois ou quatre, en plus, ça devient vraiment compliqué. Très libre. Je n'utiliserai pas le mot que ça pourrait engager. Non mais... Il n'y a pas de pilotage politique de ce que vous appelez
le bloc central.
Non, et en fait, il n'y a pas vraiment de bloc central. Gabriel Nathalie est encore dans le monde qui disait que ce n'est pas un socle commun, c'est un point commun. On essaye, en gros, de gouverner la France. Et je le regrette... On va être en train de jouer sur les mots. Non mais, on va être très clair. Dans toutes les démocraties du monde, quand on a une majorité, une assemblée nationale comme elle est aujourd'hui, on constitue une coalition, un contrat de mariage. Donc, on se met d'accord sur quelques éléments forts qui, en gros, visent à voter un budget et éviter la censure. On fait des compromis. On fait ça dans une salle close. On écrit 100 pages. Et ensuite, on gère la France.
On n'a pas été capable de faire ça depuis un an. Et je le regrette. C'est un enjeu de pilotage. On a, nous, notre responsabilité.
Le responsable, c'est François Bayrou ?
Non, le problème, malheureusement, plus compliqué que ça parce qu'il faut être deux pour danser le tango. Il est Premier ministre et chef de la majorité. Il est Premier ministre et chef de la majorité. Mais pour créer une coalition aujourd'hui arithmétique majoritaire, il faut à la fois des gens de droite et des gens de gauche.
Et donc là, par exemple, vous espérez le soutien du Parti Socialiste sur le budget, en tout cas. Il n'y a qu'un accord de non-censure. Voilà. C'est ce qu'il faudrait. Mais avec l'échec de la discussion sur les retraites, il n'est pas là, ce soutien. Donc il n'y aura pas de budget.
Donc il faut arrêter de focaliser le soutien ou non du gouvernement à un totem qui est celui de la réforme des retraites.
Donc là, vous parlez aux socialistes.
Mais oui, bien sûr.
Soyez responsables.
Non, mais soyez responsables et venez remporter des victoires. C'est-à-dire que Bruno Retailleau, il y a plein de sujets de désaccords avec lui. Mais il faut reconnaître que depuis qu'il est au gouvernement, il a remporté des victoires. Les socialistes, depuis qu'ils sont dans l'opposition systématique, ils n'en ont pas remporté une. Donc venez à la table, négociez le budget, signez des compromis. Vous aurez forcément des victoires puisqu'on a besoin de vous pour faire voter ce budget. À l'inverse, on a un totem, l'abrogation de la réforme des retraites, sans que je sache ce qu'il propose en échange. Passons à autre chose. Le budget est essentiel. Il faut le voter.
Et plus on s'est nombreux à le voter dans le bloc central, plus, je vais vous dire une chose, on montrera qu'il y a une alternative à l'union des droites. Parce qu'aujourd'hui, le risque, c'est ça. C'est l'extrême droite, la droite ultra-conservatrice, et quelques tentations de la part de la droite républicaine de se joindre à eux. Il y a une seule alternative. On a parlé de Donald Trump tout à l'heure. Il y a une seule alternative. C'est une coalition de démocrates, certains du centre-gauche, d'autres du centre-droite, qui ne sont pas d'accord, surtout, mais qu'on arrive à rassembler.
On a appelé ça en même temps. Et vous avez été élu, d'ailleurs, en 2017, sur la promesse du « En même temps ». Et vous venez de la gauche, vous venez de la gauche strausskénienne, et comme d'autres, aujourd'hui, vous croyez toujours à cette idée qui a été portée par Emmanuel Macron, candidat en 2017 ?
Moi, je crois à une chose, c'est le dépassement. On disait, il faut dépasser les blocs images pour faire avancer la France. Le problème, c'est qu'aujourd'hui... Vous jouez sur les mots de nouveau. Non, non, non, non. Aujourd'hui, je me permets, il faut dépasser le dépassement. D'accord, je joue sur les mots. C'est-à-dire qu'on a une majorité dont il faut reconnaître qu'à s'être étriqué de ces gens qui croient au fait qu'on peut faire à la fois une politique de droite, une politique de gauche, à condition de bien choisir ses combats et d'être assez ambitieux.
Puis on a aujourd'hui un centre-gauche et un centre-droite, donc il faut reconnaître qu'ils sont très affaiblis et qui sont plutôt dans une opposition systématique ou d'une en l'autre. Il faut qu'on arrive à dépasser ça parce que je pense que le combat, on est, je ne veux pas, on est samedi matin, mais quand même, je vais le dire, on est dans un moment de l'histoire extrêmement grave. Et face à la gravité de l'histoire, je pense qu'on a besoin d'être responsable. Le risque aujourd'hui, c'est l'extrême droite au pouvoir qui est favorite pour l'élection présidentielle.
Donc si on ne se réveille pas, qu'on ne met pas de côté des désaccords importants, mais qui sont moins fondamentaux que l'essentiel, on n'y arrivera pas, on aura l'extrême droite et on verra ce qu'ils font. Ce ne sera pas du Donald Trump, ce sera autre chose, mais le fond de sauce sera le même.
Question de Raymond sur l'application Radio France. Vous avez été ministre de l'énergie et de l'industrie. Que pensez-vous de la privatisation de ce secteur ?
Écoutez...
Inévitable ?
Non. Il y a une partie du secteur qui est déjà privatisé. NJ est une entreprise privée extrêmement performante. On a des opérateurs qui installent des éoliennes et des fermes solaires dans des plaises à M. Wauquiez un peu partout en France. C'est très bien. On a un opérateur national qui fait du nucléaire. Et pas du petit. Des gros réacteurs nucléaires. Ça, je préfère que ça reste public et ça l'est d'ailleurs. On a acheté 100% du capital sous notre majorité. Il y a un peu plus d'un an et demi, j'étais ministre de l'industrie à l'époque.
EDF est une entreprise nationale qui doit se développer, qui doit être performante évidemment, qui doit investir dans les EPR de demain, les nouveaux réacteurs. Non, ça, ça reste public. mais n'oublions pas quand même qu'aujourd'hui, il y a plein d'opportunités du côté, là encore, des fermes solaires, de l'éolien, des barrages qui peuvent être aux mains d'entreprises.
Des énergies fossiles, là aussi, je rappelle votre double nationalité canadienne qui mise à fond sur les énergies fossiles. Il faut y renoncer ?
Mais bien sûr, il faut en sortir. Là aussi, c'est le sens de l'histoire. Donc, ceux qui disent on va faire un moratoire sur l'éolien solaire et tout le tralala... Donc,
une loi qui a été rejetée cette semaine, la loi Grémy.
Mais bien sûr, qu'on a rejetée parce que... Mais là encore, écoutez, l'énergie, c'est un sujet sur lequel on va être capable de créer une vraie coalition. On doit pouvoir se mettre d'accord entre républicains socialistes et tous ceux qui sont au milieu, dont nous, sur une politique énergétique équilibrée dans les 50 ans qui viennent parce que c'est une absolue nécessité. Et faute de ça, on chicane sur est-ce qu'il faut de l'éolien solaire ? Enfin, c'est vraiment... C'est pas au niveau...
Vous croyez encore vraiment à la compatibilité entre économie et écologie, l'écologie à la française d'Emmanuel Macron parce qu'il y a des ONG qui ont épluché cette semaine tous les votes au Parlement qui ont recensé 43 reculs depuis le début de l'année abandon de les ZFE, du plan vélo, suspension de ma prime rénov' et j'en passe.
Moi, j'ai regretté ces votes mais attendez, moi, vous l'avez dit, j'étais ministre de l'industrie pendant deux ans et demi. Je pensais j'étais un des ministres les plus écolos du gouvernement parce que j'ai théorisé dès le début que l'industrie et l'écologie ça pouvait aller ensemble. Un, il faut décarboner l'industrie traditionnelle aluminerie, cimenterie, acier, etc. Et deux, il faut en profiter pour développer l'industrie de demain, l'industrie verte, c'est celle qui a créé des jobs et sauvé la planète.
Alors justement, une contradiction, étude parue jeudi, alarmante pour la filière industrielle, l'industrie automobile pourrait perdre plus de 20% de ses effectifs entre 2024 et 2035 en raison de la baisse de la production de véhicules en France. Est-ce que la transition écologique a été pensée sans justement ces conséquences pour l'industrie ?
Non, on y a beaucoup travaillé. La R5 électrique qui est une voiture mythique, elle est fabriquée à Douai et je peux vous dire qu'on y a beaucoup travaillé pour qu'elle le soit et il faut continuer à développer ça. On a aujourd'hui le premier constructeur français en France, vous savez qui c'est ? C'est Toyota qui à Valenciennes produit des dizaines de milliers de véhicules tous les ans. Hybride et j'espère un jour peut-être électrique. Donc on a des véhicules produits en France, pas assez. On produit des batteries en France et l'avenir des véhicules pas assez. On doit continuer à développer ça. C'est un défi majeur de transition.
Il faut accompagner les salariés, c'est l'essentiel évidemment.
Merci Roland Lescure d'avoir été l'invité du Grand Entretien d'Inter. Bonne journée à suivre la Revue de Presse.
Roland Lescure