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interviewC dans l'air· 30 juin 2026 66 min

Lecornu : "d'où sortez-vous ces 10 000 morts ?"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. "D'où sortez-vous ces 10 000 morts?" S.Lecornu s'est emporté cet après-midi, à l'Assemblée nationale, contre les écologistes qui l'accusent d'avoir relayé un faux bilan de la canicule. "C'est scandaleux", a reconnu le chef du gouvernement qui a reconnu être sorti de ses gonds pour la 1re fois.

Il se retrouve face à une pression politique avec la menace d'une motion de censure déposée par les écologistes. Un nouvel épisode de canicule se précise. Le débat s'enflamme.

Faut-il un plan pour climatiser la France, comme le propose le RN, qui a d'ailleurs présenté son plan cet après-midi? Comment rattraper son retard face au réchauffement climatique? Le sujet avait été balayé par les guerres et les enjeux de défense.

Il fait irruption dans ce début de campagne présidentielle. C'est le thème de cette émission. Avec nous, E.Duteil, directeur de la rédaction de "Challenges".

S.Quéméner, vous êtes rédactrice en chef de "La Tribune Dimanche". M.Lomazzi, vous êtes journaliste spécialiste des questions environnementales.

Enfin, C.Jakubyszyn, vous êtes directeur de la rédaction des "Echos". Bonsoir à tous les 4.

Merci de participer à cette émission en direct. Je voudrais qu'on écoute le coup de colère de S.Lecornu. - S.Lecornu: D'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts?

C'est scandaleux! C'est indigne! Un mort est un mort de trop!

Si votre formation politique, qui est un parti du gouvernement, ne fait pas confiance à Santé publique France ou à l'administration sanitaire du pays, comment voulez-vous qu'on s'en sorte? De grâce, un peu de dignité et de responsabilité! - C.Roux: On ne l'a jamais vu comme ça. - S.Quéméner: Non.

D'ailleurs, il revendique être sorti de ses gonds. Il est plutôt dans la modération, dans le dialogue avec les oppositions. Là, il est mis en cause.

Est-ce qu'il a suffisamment anticipé cet épisode? Pas depuis qu'il est arrivé à Matignon, mais depuis tous les gouvernements d'E.Macron auxquels il a été intimement lié.

C'est la question qui est posée. Est-ce que les gouvernements successifs n'ont pas délaissé cette urgence? Le début de ce quinquennat, c'est les "gilets jaunes", contre la taxe carbone, sur les carburants.

Il y a ce sujet qui monte et qui inquiète depuis dimanche dernier, ce chiffre donné par Santé publique France: 1000 morts de plus depuis mercredi dernier. C'est qu'une partie des remontées, mais il y a une inquiétude sur les chiffres des personnes qui vont mourir, en partie à cause de la canicule. Ca accélère des pathologies existantes.

S.Rist, ministre de la Santé, a dit ce dimanche qu'il y avait plus de décès que la normale. La volonté était de dire qu'on ne cachait rien.

S.Lecornu dit: "On ne cache rien, mais n'exagérez pas." - C.Roux: C'était un bilan donné par les écologistes. - S.Quéméner: Le chiffre référence, c'est celui de la canicule de 2003, 15 000 morts.

Les Ecologistes ont repris des chiffres formulés par certains en disant qu'il y aurait plus de morts qu'en 2003. Mais il n'y a rien de chiffré pour étayer ce chiffre. - M.Lomazzi: C'est assez étrange, cette sortie de S.Lecornu.

Soit il a les chiffres et il fallait qu'il les donne...

Ce qu'on sait, c'est que c'est plus 1000 morts en 3 jours. La canicule a duré 12 jours. C'est donc plus 1000 morts en 3 jours.

Ce ne sont que les remontées automatiques des actes de décès des hôpitaux. Tout le reste, les gens qui sont morts chez eux...

Les gens qu'on va découvrir parce qu'il y a des aides à domicile, des voisins qui s'inquiètent de ne plus voir telle ou telle personne...

On peut raisonnablement estimer que ce sera beaucoup plus que 1000. Le patron des Hôpitaux de Paris a dit au moins autant que l'ensemble des morts de la canicule de 2025, soit 7500. On sera entre 5000 et 10 000.

Voilà ce qu'on peut dire aujourd'hui. On n'a pas les chiffres, mais... - C.Roux: C'est une façon d'anticiper qui est problématique ou pas, selon vous? - M.Lomazzi: Je me souviens très bien de la canicule de 2003, où on voyait les funérariums pleins à craquer.

Des funérariums qui commandaient des conteneurs réfrigérés, ce qu'ils font aujourd'hui, et l'hypothèse de rouvrir un entrepôt réfrigéré à Rungis...

Ca ressemble quand même un peu à ça, avec des professionnels qui ont des remontées extrêmement préoccupantes. On sera, et j'espère me tromper, entre 5000 et 10 000. - C.Roux: On voit bien la colère du Premier ministre.

Et la poussée politique des Ecologistes, en tout cas dans la stratégie, qui est de dire: "commission d'enquête parlementaire.. - C.Jakubyszyn: Les Ecologistes sont un peu dans la défensive.

Ils disent qu'il fallait lutter contre les émissions de CO2, qu'il ne fallait pas acheter de ventilateurs. Ils ont raison. Mais on est plus vertueux que les autres.

On a beaucoup dit aux Français qu'il fallait baisser les émissions de CO2. Mais il fallait que les Français ne meurent pas. Il y a quelques années, si on avait un climatiseur, on était des mauvais citoyens.

Les Ecologistes nous ont dit ça. C'est difficile de masquer un discours qui a été un peu totalitaire pendant quelques années. - C.Roux: La classe politique considère qu'on a n'a pas suffisamment fait pour s'adapter.

Les dispositifs d'aide, d'accompagnement...

Cette idée qu'il y a eu un peu des allers-retours... - C.Jakubyszyn: On est un des seuls pays où on a cette idéologisation du réchauffement.

La France est en retard par rapport à tous ces pays sur son adaptation. - C.Roux: Alors que les Etats-Unis... - C.Jakubyszyn: Ils sont très climatisés. - C.Roux: Question. - S.Quéméner: Ce sont des électeurs de métropole, souvent, les Ecologistes.

Certains sont obligés d'aller dormir dans les parcs. Il faut qu'ils parlent à leurs électeurs qui sont coincés dans la chaleur, immédiate. Tous les plans dont on parlait, c'était pour 2050, pas pour maintenant.

Il y a une accélération que très peu ont anticipée. - C.Roux: Désormais, il n'y a plus de tabous des écologistes sur la climatisation.

On a vu un retournement du côté du RN et des Ecologistes. - S.Quéméner: La semaine dernière, on pouvait constater une forme de convergence des uns et des autres.

Tout le monde considérait le Giec. Ce n'était pas le cas auparavant. Tous disaient qu'il fallait trouver des solutions individuelles de climatisation.

Cette semaine, on repart sur le débat politique à l'ancienne avec des clivages profonds. On est juste avant la présidentielle. La concorde n'a pas duré très longtemps. - C.Roux: Le gouvernement peut être fragilisé par cette motion de censure? - S.Quéméner: Pas au moment où on parle.

C'est plutôt une façon pour les Ecologistes de se réaffirmer à un moment où M.Tondelier envisage de faire campagne de son propre chef. La primaire de la gauche s'effondre.

Il y a une question d'identité pour les Ecologistes qui ont beaucoup été entendus sur les questions sociétales depuis quelques années. Ils ont besoin de revenir au coeur de leur sujet. - C.Roux: S.Rousseau a fait une déclaration cet après-midi en déclarant que ce gouvernement ne méritait pas de rester.

La France se prépare au retour de la canicule ce week-end. La pression politique monte d'un cran sur le gouvernement, accusé de ne pas avoir suffisamment préparé le pays aux fortes températures. - Des températures jamais vues, une canicule historique et un gouvernement critiqué pour sa gestion, au point de faire l'unanimité contre lui. - C'est une catastrophe, l'impréparation. - On est la 7e puissance du monde.

Ca fait des décennies que les climatologues alertent. - E.Borne: Après mon départ de Matignon, je ne suis pas sûre que la planification écologique et énergétique ait été portée avec la même énergie. - Alors que le gouvernement annonce 1000 décès de plus que la normale, certains écologistes annoncent un bilan de 10 000 morts.

Cet après-midi, à l'Assemblée nationale, colère du Premier ministre. - S.Lecornu: D'où sortez-vous ce bilan de 10 000 morts?

Madame la députée Rousseau, un certain nombre sont allés sur les plateaux de télévision depuis 3 jours en établissant un bilan humain qui est faux! C'est scandaleux! C'est indigne!

Un mort est un mort de trop! - Réponse De la présidente du groupe écologiste à l'Assemblée. - La canicule est politique.

Vous devrez en répondre. Vous n'êtes pas à votre place. Les morts, vous les avez sur votre conscience.

Votre politique est inégalitaire. - Une émotion nourrie sans doute aussi par les maladresses de communication de certains politiques. Quand le gouvernement commande en urgence 30 000 climatiseurs et que les politiques s'emportent. - Je suis horrifiée par les gens qui disent "il n'y a qu'à mettre la clim partout".

Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt? Vous croyez que ça va éviter une culture de ne pas exister? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux?

Vous croyez que ça va éviter quoi? Rien. Rien.

Ce n'est pas de l'adaptation. C'est une mesure d'urgence. - La climatisation, un sujet dont le RN a décidé de s'emparer au point d'en faire un argument de campagne. - M.Le Pen: Si je suis élue présidente de la République, je mettrai en place un plan de climatisation. - Un plan précis présenté cet après-midi à l'Assemblée nationale. 20 milliards rien que pour les bâtiments publics. - Premier quinquennat, 10 milliards d'euros à destination des publics les plus vulnérables.

Les crèches, les écoles, les Ehpad et les hôpitaux. - A moins d'un an de la présidentielle, chacun y va de sa proposition. Plan baignade pour E.Philippe.

Sortir le carnet de chèques, indispensable pour les spécialistes du climat. - D'habitude, on aime bien dépenser des moyens pour avoir des choses en plus. Là, il faut consacrer des moyens pour conserver ce que l'on a. - Avec plus de 3500 milliards de dettes, la situation des comptes publics est alarmante.

C'est celui qui en a la charge qui le dit. - Nous sommes dans une situation très préoccupante. On est assis sur un baril de poudre.

On a eu un déficit qui est parmi les plus élevés d'Europe. On a la situation politique la plus instable depuis le début de la Ve République. Dans une partie de la classe politique, on voit la tentation de mettre la tête dans le sable. - Un jeu d'équilibriste et une bataille politique lancée.

Le groupe écologiste annonce déposer une motion de censure contre le gouvernement. - C.Roux: Dans ce reportage, vous voyez le fameux plan clim du RN.

On parle de 20 milliards et de 40 milliards. Le RN a dû chiffrer dans l'urgence ce plan climatisation. - E.Duteil: Ca montre que tout le monde est responsable pour une seule raison: il n'y a eu aucun pilote qui a essayé de conduire une politique.

A.Pellion était à la planification écologiste pendant les années Borne. Ca existe toujours mais ça n'a plus aucun pouvoir.

C'est le gros problème. Il n'y a pas eu de pilote de l'avion. Chaque crise est venue annuler tout ce qu'on aurait voulu faire en la matière. "Dans tous les cas, c'est pour 2050." C'est un énorme problème.

On est face à une crise qui risque de se répéter. Il va falloir agir de la même façon qu'au moment du covid et la guerre en Ukraine. La 1re phase n'est pas de mettre de la clim partout. - C.Roux: C'est trop cher? - E.Duteil: Oui.

Allez trouver le nombre de climatiseurs qu'il faudrait installer en même temps. - C.Roux: On va les importer? - E.Duteil: Ce n'est pas possible.

Il n'y a pas assez d'installateurs en France pour installer autant de climatisations en même temps. Ce serait idiot. Mettre une climatisation dans un endroit qui n'est pas isolé, c'est comme si vous ne faisiez rien du tout.

Il faut faire les choses progressivement. Il faut commencer par mettre des stores, isoler les endroits. - C.Roux: C'est votre théorie.

On est dans une situation où c'est la santé publique qui est en cause avec, désormais, des moments où l'urgence est de sauver des vies. - E.Duteil: Vous avez raison.

C'est d'autant plus vrai que les principaux problèmes ont eu lieu dans la sphère publique. Dans les écoles...

J'ai une fille de 8 ans, il y a des messages où on nous demandait d'emmener des climatiseurs à l'école, emmener des ventilateurs. Les hôpitaux...

Dans un paquet d'entreprises, il y a eu également des soucis. Chez les particuliers...

Principalement chez les locataires qui sont victimes de biens qui n'ont pas été mis au goût du jour. Faire croire aux gens qu'on va pouvoir climatiser la France d'un coup, d'un seul. Ce serait idiot.

Si on n'a pas isolé le bâtiment, ça ne sert à rien. Et nous n'en sommes pas capables. On a une filière en France, qui est le génie climatique.

Les entreprises qui savent faire des réseaux de froid. On a des leaders mondiaux. On sait encore faire des pompes à chaleur réversibles.

Le groupe Atlantic...

On a une filière en France qui sait le faire. Mais il n'y a aucun pilote dans l'avion et aucune politique publique qui ait été tenue. - C.Roux: On entendait E.Borne dire: "Quand je suis partie, on a tout arrêté." Il y a eu une succession de politiques publiques.

C'est le problème? - M.Lomazzi: Elle n'a pas tort.

Au début du quinquennat d'E.Macron, c'est parti très fort. La convention sur le climat...

Tout ça a abouti à une stratégie nationale carbone. C.Béchu a dit qu'il fallait prévoir une trajectoire à 4 degrés.

Ils ont mis en place l'ensemble des instruments de planification écologique. Ils ont fait le job. Mais il y a eu la dissolution.

Pour s'occuper de ce sujet majeur, on a mis ensuite des personnalités pas très connues. Elles ont perdu tous leurs arbitrages. La priorité était plutôt la défense.

On a gentiment enterré la question écologique. Malheureusement pour eux, cette crise sanitaire et climatique est arrivée au moment...

Les Français voient un spectacle affligeant sur tous les bancs de l'Assemblée nationale. Ils comprennent une chose: je crains que ça fasse très mal pendant l'élection présidentielle...

Que la classe politique française n'est pas capable, aujourd'hui, de gérer cette question. - C.Roux: Vous êtes écouté avec beaucoup d'attention par F.Gemenne qui est avec nous en direct.

Vous êtes spécialiste du changement climatique et coauteur du 6e rapport du Giec. Vous écoutiez notre conversation. Question. "Pourquoi ne pas faire un procès à tous les politiques qui sont là depuis 40 ans sans rien faire?" Comment répondez-vous à cette question?

Un mot sur la pression politique sur le gouvernement accusé de ne pas avoir suffisamment préparé. - F.Gemenne: Il y a de plus en plus de procès climatiques dans le monde. 800 procédures en cours actuellement.

Il y en a eu une en France qui s'appelait Notre Affaire à Tous, qui a condamné l'Etat pour inaction. Elle portait sur l'inaction de plusieurs gouvernements. La difficulté dans cette affaire, c'est que la responsabilité s'étale sur plusieurs gouvernements.

Elle ne touche pas uniquement le gouvernement. On pourrait mettre en cause la manière dont nous avons parlé de ces sujets. L'état du débat public, le sentiment d'invulnérabilité qu'on a eu pendant longtemps.

Lorsque tout le monde est responsable, plus personne n'est responsable et plus personne n'assume la responsabilité. On a eu des messages très différents et variés du gouvernement. E.Macron est un peu dans le déni en disant qu'on a tout bien fait.

L.Nunez s'est félicité de l'action du gouvernement. Quel que soit le bilan des morts, il y aura eu des morts excédentaires.

Qui va prendre la responsabilité de lancer un grand plan d'adaptation avec les investissements qui vont avec? - C.Roux: Qui?

Vous avez la réponse? - F.Gemenne: Ca va être un des enjeux de la campagne présidentielle.

Je souhaite que le sujet ne sorte pas de l'actualité au fur et à mesure que les températures vont baisser. La difficulté, c'est qu'on va avoir l'élection au mois d'avril. On n'aura pas de canicule en février ou mars.

Ma crainte, c'est que le sujet ne soit plus présent dans la campagne. - C.Roux: Vous suivez ces sujets depuis si longtemps.

Qu'est-ce qui vous met en colère lorsque vous suivez le débat politique? On parlait de l'offensive politique des Verts, le plan climatisation du RN...

Quand on est témoin comme vous du débat public sur les conséquences du réchauffement climatique, à quel moment ça vous agace? - F.Gemenne: Ce qui m'agace plus que tout, c'est la manière dont ces sujets deviennent des sujets idéologiques.

On a une sorte de polarisation extrême autour de ces sujets. On imagine que l'écologie est quelque chose qui va tous nous rassembler. Mais de plus en plus, ces sujets deviennent des totems idéologiques.

C'est pareil pour la question de la climatisation. On voit qu'il y a une logique pragmatique et que, d'une certaine manière, si on s'arcboute contre les climatisations, les canicules deviennent un tract pour l'extrême droite. On ne parviendra pas à créer le consensus nécessaire pour la transition. - C.Roux: Merci.

Vous étiez en direct de Barcelone où vous suivez une conférence sur le climat. - E.Duteil: En termes de communication, ça donne des idées à certains groupes.

Lidl a trouvé des climatiseurs. Ils ont fait un gros panneau publicitaire où il y a climatiseurs, ventilateurs à des prix défiant toute concurrence. - C.Roux: Elle a été évoquée par F.Gemenne, cette réaction d'E.Macron "on ne s'adapte pas à un pic qui n'a pas d'équivalent aujourd'hui en Europe, qui n'a pas eu d'équivalent à notre histoire".

C'est une façon de dire que cette situation est hors norme. - M.Lomazzi: Il n'arrête pas de troubler le message.

Vous vous souvenez de ses voeux en 2022 où il disait: "Qui aurait pu prévoir la crise climatique?" Ca fait 35 ans que les rapports du Giec se suivent et se ressemblent. Il trouble en permanence le message.

On a l'impression qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion. Lui-même n'a pas d'armature intellectuelle sur ce sujet. C'est l'impression qu'il donne.

Le fait que le RN s'érige aujourd'hui en champion du monde de la lutte...

Ce n'est pas contre le changement climatique mais d'adaptation au changement climatique, c'est une vaste blague. - C.Roux: Vous dites que c'est une vaste blague car M.Le Pen a eu des mots très durs sur le Giec, considérant qu'ils étaient trop alarmistes.

On peut reconnaître que sur la climatisation, dès le début, elle a dit qu'il fallait passer à la climatisation. L'adaptation, elle considérait que ça passait par la clim. - M.Lomazzi: C'est un bon coup de com qui est révélateur de la manière dont le RN envisage ces questions climatiques.

C'est à rebours de tout ce que l'on peut faire en matière de planification écologique. - C.Roux: E.Macron précise dans ses propos: "Quand j'avais une majorité absolue, ce fonds a été voté." Il considère que c'est parce qu'il n'a plus de majorité qu'elle ne pouvait plus avancer sur les sujets liés à l'écologie. - E.Duteil: Au fond du pays, il y a des forces qui se sont relevées anti-écologiques.

Depuis 2017, on a opposé la fin du monde et la fin du mois. C'est ce qui est arrivé à N.Sarkozy.

Au début de son quinquennat, c'était un quinquennat tout vert avec des mesures très intéressantes qui sont toujours en place aujourd'hui. Ce déplacement au Salon de l'agriculture avec la pression de certains syndicats agricoles, N.Sarkozy a dit: "L'environnement, ça commence à bien faire." E.Macron, c'est la même chose.

Au début de son quinquennat, il installe N.Hulot, qui est le représentant d'une écologie des solutions radicales. Il y a les "gilets jaunes", le pouvoir d'achat, les crises...

C'est la France des accords de Paris de 2015. E.Macron surfe sur cet héritage.

En face de lui, il a D.Trump qui, par 2 fois, est sorti des accords de Paris. - C.Roux: Est-ce que les chefs d'entreprise, le monde économique, ont été plus constants dans leurs engagements?

Les choix stratégiques, le développement durable, des choix écologiques pour l'organisation des entreprises... - C.Jakubyszyn: Même les entreprises américaines, quand vous leur parlez en off...

En on, Ils ne peuvent pas. Ils expliquent qu'ils sont là pour 30 ans dans leur stratégie d'entreprise. Que la décarbonation de l'économie...

Sur le court terme, on ne le dit plus. Mais les Européens continuent à le faire. Quand elles sont aux Etats-Unis, les entreprises européennes...

D.Trump demande des gages...

Mais en vérité, dans la stratégie profonde des entreprises... - E.Duteil: Les entreprises sont pragmatiques.

Elles sont obligées de s'adapter. Les réacteurs actuels, on est obligés de les arrêter quand il fait trop chaud. EDF n'a pas le droit de déverser de l'eau pour réchauffer les rivières quand elles sont à plus de 28 degrés.

Demain, EDF va devoir réinventer un modèle. La SNCF, on n'arrête pas de les critiquer car quelques trains n'ont pas pu rouler. Mais elle l'avait envisagé.

Les nouveaux TGV M qui vont arriver sont prévus pour répondre à cette nouvelle adaptation. Une entreprise comme Enedis qui nous permet d'avoir du courant en France a un plan à 100 milliards d'euros. Ils avaient identifié que les câbles en cuivre n'avaient jamais été prévus pour aller jusqu'aux températures du sol qui peuvent aller à 80 degrés. - C.Roux: Les rails? - E.Duteil: Non, les câbles dans le sol.

Ces entreprises n'ont pas le choix. Elles sont pragmatiques pour préparer l'avenir. En plus, nous avons quelques champions.

Saint-Gobain, le leader mondial de la rénovation du logement, qu'elle soit aux Etats-Unis, en France, dans le monde...

Elle connait des températures extrêmes. Nous étions un pays tempéré. Pas grand monde n'avait prévu que, si vite, on pourrait aller en hiver de moins 10 à 40, 3 mois plus tard.

Quand on a 3 cm de neige, pas d'avion...

C'est pareil. On n'a pas suffisamment d'épisodes. Jusque-là, on n'avait pas suffisamment d'épisodes. - C.Roux: Gouverner, c'est prévoir.

Ca fait des années que les rapports du Giec...

Les gouvernements du monde entier sur l'adaptation en accélèrent le rythme à chaque rapport du Giec. C'est peut-être de là que vient cette colère. Des gens qui disent "on le savait, pourquoi a-t-on attendu"? - M.Lomazzi: On parle beaucoup des rapports du Giec.

Il y a également des Giec régionaux en France. On a des modèles climatiques adaptés à chaque région. On est très précis.

On sait prévoir quel sera le régime climatique d'une ville avec un carré de 8 km. On sait exactement ce vers quoi on tend. On sait quelle est la feuille de route.

La France devait faire moins 5 % par an. On est aujourd'hui autour de moins 1, moins 1,5. On est très loin d'être un bon élève.

Quelque chose qui me frappe, c'est la force des arguments climatosceptiques. Quand vous dites aux gens "la France émet 1 % des émissions dans le monde. Qu'on fasse quelque chose pour rien, ça ne changera rien". - C.Roux: C'est ce que disait M.Maréchal. - M.Lomazzi: C'est la 1re brique de la clique climatosceptique. "Avec le nucléaire, on a la production d'énergie la plus décarbonée".

Tout ça, c'est passé par pertes et profits sur les engagements climatiques. La diplomatie climatique, c'est de dire qu'à l'échelle internationale, on se réunit, on fait des COP chaque année. Chaque pays doit venir avec un plan climat qui est sa feuille de route.

Le changement climatique, ce n'est pas qu'un pays. La Chine progresse, contrairement à ce qu'on dit. L'Europe a des objectifs ambitieux.

En face, il y a des forces contraires. Ce qu'on a entendu avec votre invité, c'est la démonstration que cette diplomatie climatique sera battue en brèche par les nationalistes. On a parlé de D.Trump, J.Milei... - C.Roux: Il y a un club des climatosceptiques.

On va en parler. Ils trouvent un écho auprès d'un certain électorat en France. Question. - S.Quéméner: Effectivement.

Dans les rapports scientifiques, on va être dans la discussion du degré. Des persiennes en bois dans les écoles, combien de degrés? C'est ce qu'E.Grégoire a expliqué.

Il a utilisé un terme assez rare pour un homme politique. Il a dit: "On va faire du bricolage." L'air de dire: "De toute façon, on va pas faire un grand plan à 20 ans." Il faut aller vite.

Bricoler parce qu'il y a urgence. La question des villes, ça va être ça. - C.Roux: Quand il dit "bricolage", ça veut dire commander 300 climatiseurs en urgence? - S.Quéméner: Il va le faire, se réunir, créer un nouveau comité scientifique.

Le plan d'adaptation à la Ville de Paris était à 2050. Là, ce n'est pas possible. C'est ce qu'il a fait avec la baignade au canal Saint-Martin. "Il fait très chaud, j'ouvre la baignade.

C'est une question cruciale." Ca a été repris par E.Philippe.

Ca devient un sujet. - C.Jakubyszyn: C'est agaçant, ce que dit le maire de Paris.

Ca fait 20 ans que la Mairie de Paris fait de l'atténuation. Comment on baisse les émissions de CO2, ce qui est très bien? - C.Roux: Elle a été très critiquée pour ça à l'époque. - C.Jakubyszyn: Sans aucune mesure d'adaptation.

Les rues parisiennes sont bondées. Il n'y a pas de climatisation à Paris. - C.Roux: On ne rentre pas dans un débat sur le bilan de la Ville de Paris.

On sait que mettre des arbres, ça rafraîchit les quartiers. Il vaut mieux habiter à côté d'une zone boisée plutôt que d'habiter à côté d'une place bétonnée. - C.Jakubyszyn: Il faut éviter que les personnes âgées meurent chez elles à domicile. - E.Duteil: La question de votre téléspectateur, c'était la question des normes.

Il a raison. Il y a une norme importante, la RE 2020, qui est une norme qui contraint plus ou moins les nouveaux habitats. Pour les spécialistes, quand on rentre dans les détails, cette norme peut être contradictoire sur certains points.

On s'est un peu compliqué la tâche en voulant bien faire. Cette norme a pour but de préparer les futurs habitats à des conditions différentes de températures. Si on veut mettre des clims partout, il faut changer les normes.

Dans plein de bâtiments à Paris, vous n'avez pas le droit d'avoir une clim extérieure qui serait visible. Votre téléspectateur a raison. Si on veut s'adapter, on va être obligés de remettre sur la table ce qui a été prévu et l'adapter à la réalité d'aujourd'hui. - C.Roux: Il va falloir beaucoup d'argent pour faire ça.

Le sujet ce soir, c'est cette déclaration de S.Lecornu à l'Assemblée nationale. Il a mis en cause les écologistes qui l'accusent de communiquer sur un mauvais bilan.

A savoir, le bilan de la canicule, 10 000 morts. Il estime que ces chiffres sont faux. C'est une enveloppe qui a été revue à la baisse.

Le Fonds vert...

Une décision qui passe mal auprès des maires qui se sentent isolés pour répondre à l'urgence. - Jeudi dernier, pic de la canicule. L'air est suffocant dans les rues de cette ville.

Ici, l'urgence est de s'assurer que les plus fragiles vont bien. - Bonjour, comment ça va? Vous n'avez pas trop chaud?

Il fait bon. -30 degrés quand même dans l'habitation. Visite matinale de monsieur le maire chez cette femme de 98 ans. - On vérifie ce qu'on vous ramène aujourd'hui, si ça correspond au menu.

Jambon de dinde...

Du melon. Il faut rester au frais dans la maison. - Il faut boire. - Je bois.

Je reste à la maison. Je bois beaucoup. J'ai mon ventilateur. - Voilà, jeune fille.

Il ne faut pas hésiter à en mettre. - C'est gentil de s'occuper de moi. - C'est normal.

On ne va pas vous laisser toute seule dans cet épisode de canicule. C'est ça l'incarnation du maire, être proche de ses habitants. Comme ça, on comprend ce dont ils ont besoin.

A bientôt. Prenez soin de vous. Au revoir. - S'adapter, le maître mot face aux épisodes de canicule.

Le maire réunit chaque jour toute son équipe au sein d'une cellule de crise. - On va commencer par faire un point sur ce qui a été mis en place... - En 6 ans de mandat, c'est la 1re fois que ce maire fait face à une telle vague de chaleur, avec le sentiment de ne pas être assez épaulé par les services de l'Etat. - Les consignes ne sont pas suffisamment claires et homogènes sur l'ensemble du territoire.

Des maires ont décidé de fermer leurs écoles, d'autres de fermer l'école uniquement l'après-midi. Finalement, peut-être, ce qui serait intéressant, ce serait d'avoir une coordination nationale pour que la réponse soit unifiée et plus lisible. - Lorsque la température grimpe, un sujet inquiète plus que tout le maire: l'organisation du temps scolaire.

A midi, tous les élèves de la commune viennent déjeuner ici, dans l'école primaire, ce bâtiment climatisé. 100 000 euros de travaux. La ville y a laissé une partie de son budget annuel. - Si on avait eu plus d'aides, on aurait pu aller plus loin et plus vite.

Dans cette école, vous avez le bâtiment principal qui est climatisé. Le 2e bâtiment ne l'est pas encore. - Des travaux très incertains.

Au gouvernement, la tendance n'est pas à la dépense. L'enveloppe du fonds vert qui permet de soutenir les territoires dans la transition écologique a été divisée par 3 ces dernières années. - Plus on adaptera nos bâtiments, plus on adaptera nos espaces publics et mieux les habitants se sentiront dans nos villes et villages.

Je crois vraiment qu'il faut un cap clair et précis pour les habitants, qu'ils soient dans une ville, un département...

Qu'on sache où on va. Qu'on investisse massivement. Les collectivités locales, on ne peut pas tout porter.

On a besoin d'un soutien de l'Etat. On est dans l'instantanéité, c'est la difficulté. Il se passe quelque chose et on réagit.

Il faudrait qu'on soit plus capables d'anticiper davantage. Le plan prévision des risques sur le risque météorologique, on y travaille depuis des mois. - Cette nouvelle canicule marquera-t-elle un tournant dans la politique du gouvernement?

J.Wofsy s'organise déjà pour la semaine prochaine. Certains prévisionnistes anticipent des nouvelles vagues de chaleur. - C.Roux: Il y avait cette question. - M.Lomazzi: Il y a un énorme problème de priorité.

On a l'impression de passer d'une priorité à l'autre. Un jour, c'est la lutte contre la pédocriminalité, ensuite, le narcotrafic, ensuite, la défense...

Quand arrive une canicule...

Personne n'a dit que ça devenait la priorité des priorités. Mais c'est la mère des batailles, quand on voit notre trajectoire climatique. Sur la tranche plus 4 degrés, c'est 200 jours de vagues de chaleur par an avec 120 jours... - C.Roux: Comme ce qu'on vit aujourd'hui? - M.Lomazzi: Oui, et tout ça, en plus, avec des pics de 50 degrés.

Voilà la trajectoire sur laquelle on est, dans un pays qui va compter plus de 12 millions de personnes de plus de 75 ans, 15 millions de personnes en France qui souffrent de maladies chroniques et 5 millions qui ne sont pas préparées à ça. 30 millions de Français sont surexposés. On est face à une bombe sanitaire en puissance.

C'est la mère des batailles. Ca doit être la priorité des priorités. Aujourd'hui, ça ne l'est pas, et pour une raison, qui est que ça coûte "un pognon de dingue"! - C.Roux: On va écouter le ministre des Comptes publics. - D.Amiel: 80 % de l'augmentation de la dépense publique depuis 50 ans n'est pas allée dans les investissements d'avenir mais dans les dépenses sociales, en premier lieu, les retraites.

C'est la raison pour laquelle je suis convaincu que si on veut renforcer les investissements d'avenir, il faudra renforcer nos dépenses sociales. - S.Quéméner: On est au bout de tous les modèles.

On se pose la question du modèle social et de comment on va financer les retraites. On se pose la question de comment on va financer l'adaptation et de comment maintenir notre souveraineté et de comment créer de la souveraineté européenne. Il y a toutes ces révolutions à faire en même temps.

Certains vont mettre l'une contre l'autre...

On va voir qui veut faire tout ensemble, qui veut...

Ca va être très idéologique. La canicule, c'est politique. La politique, c'est faire des choix.

On est au moment des choix. Pendant la campagne, certains vont profiter, utiliser ou s'emparer du sujet du modèle social et lier les retraites à la question climatique en disant que c'est pour les générations futures aussi. - C.Roux: Les maires ont engagé ces mutations, ont besoin de financements.

Quand on diminue le fonds vert, forcément, ça impacte sur les aménagements qu'ils peuvent mettre en place. - S.Quéméner: La semaine dernière, le Premier ministre envoie une lettre aux maires en leur demandant un certain nombre de mesures et en leur demandant de reprendre les rênes, mais ils ont besoin de ce financement.

Or, quand vous regardez le fonds vert qui a été raboté à 837 millions d'euros alors qu'au départ, en 2023, c'était 1,5 milliard...

Il y a un message très contradictoire qui est envoyé par un Premier ministre qui essaye de faire passer un budget difficilement... - C.Roux: C.Bouillon dit: "On a l'habitude de dire que les finances sont le nerf de la guerre, et là, c'est la guerre des nerfs." Ils sont soumis à une pression de la part des concitoyens.

Ils sont en première ligne et ne peuvent pas compter sur les financements promis. "Ca va coûter un pognon de dingue", dit E.Duteil.

Où va-t-on le trouver? - E.Duteil: C'est la question à, minimum, 67 milliards d'euros.

C'est ce qu'avait posé sur la table...

Par an, bien sûr! Un économiste de renom avait posé cette question sur la table. E.Macron lui avait commandé un rapport pour savoir combien il faudrait pour s'adapter au changement climatique.

Tout le changement climatique, aussi bien la décarbonation de l'industrie et ce genre de choses. C'était un plan pour préparer la France à ce dont on parle depuis le début. J'ai lu ça dans un excellent journal, "Les Echos": 3 milliards qui étaient consacrés par an, en plus, pour...

Pour répondre à votre question, nous n'avons pas cet argent. Sauf que, exactement pour la défense, il faut le voir comme un investissement. Un investissement qui nous rapportera demain.

Plein d'économistes chiffrent aussi le coût de l'inaction. Ne rien faire aujourd'hui nous coûtera plus cher demain. Tout ça est un peu empirique et théorique, mais il n'en reste pas moins qu'on avait des chiffres sur la table et qu'on a eu d'autres priorités à un moment. - M.Lomazzi: Le coût de l'inaction...

Il y a un chiffre que les assureurs donnent: si on continue comme ça, le coût des sinistres dans les 10 prochaines années pourrait augmenter de 150 milliards d'euros. Si on ne se prépare pas...

On ne parle pas de la canicule. Le changement climatique, c'est les canicules, les tempêtes, les pluies extrêmes, les crues, les inondations...

Tout ça fait grimper la note climatique. Si on ne fait rien, ça va coûter beaucoup plus cher que si on fait quelque chose. Quoi faire?

A l'époque du rapport rendu à E.Borne de Pisani-Ferry et de S.Mahfouz...

Pisani-Ferry était l'homme qui avait bâti le programme économique d'E.Macron. Il préconisait un impôt climatique sur les plus riches et l'endettement.

Aujourd'hui, dans notre situation budgétaire, ça nous paraît anachronique. Mais il y a quand même des instruments financiers. On peut mobiliser une épargne massive et on peut relancer des grands emprunts. - C.Roux: Et des fondations.

Ce sont des chiffres, et c'est celui qui fait l'objet du titre de ce soir...

Question. Ce bilan est contesté par le chef du gouvernement. - C.Jakubyszyn: Pour l'instant, il vient de nulle part.

Il sera peut-être atteint et c'est pas mon expertise...

On va attendre Les remontées des pompes funèbres, le chiffre le plus fiable, et on va voir la surmortalité pendant la canicule et les jours après. On sait qu'il y a un effet retour sur les personnes qui sont seules chez elles et dont les organes ont énormément souffert et qui peuvent continuer à mourir. Je pense qu'il faut pas toujours être dans une société de fake news.

Ce chiffre n'existe pas, aujourd'hui. Il sera sans doute supérieur au chiffre évoqué, mais pour l'instant, on n'en est pas là. - C.Roux: Au moment où les plus sceptiques finissent par reconnaître l'urgence d'agir pour s'adapter face au dérèglement du climat, D.Trump refuse d'aborder le sujet, qu'il considère comme une arnaque.

Un club de climatosceptiques dans lequel on retrouve aussi V.Poutine et J.Milei. - C'était il y a à peine 15 jours.

Le mercure commençait à grimper en France, lors du G7. Des chefs d'Etat Réunis et un grand absent des débats: le climat. - E.Macron: Il y a des sujets sur lesquels on n'est pas d'accord et des sujets sur lesquels on ne sera pas d'accord. - Le réchauffement climatique, un tabou pour ne pas contrarier cet homme. - D.Trump, climatosceptique en majesté.

Pour éviter les tempêtes diplomatiques, la France marche sur des oeufs. Déjà, il y a quelques semaines, ni réchauffement climatique lors du G7 ni sortie des énergies fossiles. - Si j'avais pris la question frontalement, il n'y avait pas de G7.

Vous pouvez dire "il n'y avait pas besoin de G7". C'est pas comme ça que je vois les choses. - D.Trump a-t-il réussi à imposer son agenda climatosceptique?

Le président américain ne croit pas au réchauffement de la planète. Il s'en prend même à ceux qui alertent. - D.Trump: C'est la plus grande arnaque jamais réalisée.

Toutes ces prédictions faites par les Nations unies et bien d'autres, souvent pour les mauvaises raisons, étaient fausses. Elles ont été faites par des gens stupides qui ont coûté des fortunes à leur pays. Si vous ne vous éloignez pas de cette escroquerie verte, votre pays va échouer. - D'autres grandes Puissances abandonnent leurs objectifs climatiques et explosent leurs émissions.

V.Poutine autorise 20 % de rejet de CO2 en plus d'ici 2035. En Inde, 3e plus gros pollueur de la planète, N.Modi boude les dernières conférences pour le climat. - L'Inde a retiré sa candidature pour accueillir l'un des plus grands sommets mondiaux sur le climat.

Une décision qui soulève des questions sur les ambitions climatiques du pays. - Un président assume d'être climatosceptique, l'Argentin. - J.Milei: Tout cela sert à financer des profiteurs socialistes. - Le président ultralibéral argentin supprime des subventions, coupe dans le service météo, autorise l'exploitation minière sur des glaciers protégés. - J.Milei: Il y a 10 ou 15 ans, on disait que la planète allait geler.

Maintenant, ils soutiennent qu'elle se réchauffe. Il faut pas exagérer. - Une politique presque calquée sur celle de D.Trump.

Le président américain a fait du charbon très polluant le symbole de son dernier mandat. - D.Trump: J'annonce que nous allons protéger 42 mines de charbon.

C'est un nombre extraordinaire. Nous allons construire 2 nouvelles centrales au charbon. - Dans le même temps, les Etats-Unis baissent de 4,6 milliards de dollars le budget de l'Agence pour l'environnement. - Cela va retirer les Etats-Unis de la lutte contre le changement climatique à un moment où les conséquences deviennent plus évidentes, qu'il s'agisse des incendies de forêts ou des inondations au Texas qui ont coûté la vie à des dizaines de personnes. - L'Amérique d'abord et l'Amérique seule.

Les Etats-Unis sont sortis de 4 traités et accords internationaux sur le climat. - D.Trump: Nous nous sommes retirés de l'accord de Paris sur le climat, injuste et à sens unique. - Mais la réalité climatique rattrape les discours climatiques.

Selon un sondage, 65 % des Américains estiment que D.Trump ne fait pas assez pour la protection de l'environnement. - C.Roux: Il est intéressant, ce dernier sondage. - E.Duteil: Et il est corroboré par un sondage Veolia.

Chaque année, dans tous les pays du monde, un sondage est fait pour voir comment les populations voient ou non leur impact via toutes ces questions. Leur sondage, y compris l'année dernière, montrait bien que les Américains étaient très attentifs à des questions liées à l'eau. C'est moins facile que chez nous de pouvoir boire de l'eau dans tous les Etats aux Etats-Unis, semblait-il.

La chute du reportage est parfaite. Ce que l'on vit aujourd'hui, c'est un peu comme pour le covid. C'est malheureusement la meilleure publicité pour agir.

On se rend bien compte qu'on n'a plus le temps d'attendre. C'est atroce d'arriver à ce genre de considération. La grande question, c'est qui paye.

Si, la question, c'est de mettre un impôt en plus...

Il faudra arbitrer entre la fin du mois et la fin du monde. On va tous se dire qu'on ne va pas vouloir payer. - C.Roux: La seule solution, c'est des emprunts communs au niveau européen?

Diriger l'épargne des Français... - E.Duteil: Ca me semblerait plus logique que ce soit au niveau européen. - C.Roux: On parle aussi de l'IA.

Il faut encourager l'investissement pour la recherche médicale, la recherche sur l'IA...

Tout est devenu prioritaire? Je rajoute la défense, où on dit qu'il faut mettre beaucoup plus d'argent. A un moment donné, ça va être compliqué. - M.Lomazzi: Il y a des solutions.

On l'a vu au moment des crises économiques qu'on a connues en Europe, sans remonter à la crise grecque...

On a trouvé de l'argent pour résoudre ces grandes crises économiques et financières. Pour le covid, la France a mis 134 milliards sur la table. Là, on s'est beaucoup moqués de ces militants écologistes qui paralysaient le périphérique, troublaient Roland-Garros, collaient des mains sur les oeuvres d'art au nom de l'urgence écologique.

Malheureusement, l'urgence écologique, plus ça va, plus on va dans le mur. Il va falloir trouver de l'argent. J'espère que ce sera un des débats de la présidentielle.

Je crains qu'on évite à nouveau le débat, mais les solutions existent. - C.Roux: En tout cas, on évoquait le club des climatosceptiques.

Une partie de l'élite mondiale considère que l'urgence n'est pas là et qu'on a totalement la capacité de tout climatiser et de continuer à forer et de continuer avec l'énergie carbonée. - C.Jakubyszyn: Il y a 2 dimensions dans l'attitude de Trump vis-à-vis de la question écologique.

A un moment donné, son électorat a envie d'entendre son discours "laissez-nous tranquilles avec le climat, laissez-nous avoir des grosses voitures". Peut-être que ça va changer. On verra.

La 2e dimension, c'est que parfois, il a des visions stratégiques. Il lui faut de l'énergie pour alimenter les data centers...

Et pour alimenter cette course économique contre la Chine. Aujourd'hui, il a besoin du pétrole et du charbon. Il y a aussi cette volonté de donner la primauté...

Je ne l'excuse pas, j'essaie de comprendre. Donner la primauté à la guerre technologique avec la Chine. Pour ça, il a besoin de l'énergie.

Pour lui, la fin du mois est plus importante que le long terme, la fin du monde. - E.Duteil: Christophe a totalement raison.

En Virginie, l'un des gros Etats dans lesquels il y a des data centers, ils ont prévenu la population locale que, potentiellement, à certains moments, il n'y aurait pas d'électricité pour tout le monde parce qu'il faudra choisir entre faire tourner des data centers et...

D.Trump a besoin de politiques énergétiques, mais il n'en reste pas moins qu'il fait beaucoup de mal au discours mondial, parce qu'il nie la science. C'est quand même le plus gros des problèmes de ce genre de dirigeants.

Tout à l'heure, on parlait des entreprises pragmatiques, parce qu'elles se basent sur un rapport scientifique qui n'est pas contestable. Toutes les personnes qui sont allées en Chine en l'espace de 5 ans voient une différence majeure. Ils ont muté une grande partie de leur économie vers l'électrique.

Bien sûr qu'il y a encore des usines dégoûtantes, bien sûr qu'il y a beaucoup de charbon, de pétrole, mais ils ont fait un virage. Quand vous arriviez à Pékin, il y a 5 ans, il y avait un nuage énorme quand vous atterrissiez. Maintenant, vous voyez le ciel. - C.Roux: Nous revenons à vos questions. - M.Lomazzi: Si, le peuple américain. - C.Roux: Question.

Vous nous expliquiez tout à l'heure qu'au bout du compte, ce sera peut-être un bilan de 10 000 morts, mais qu'on n'y est pas aujourd'hui. - M.Lomazzi: Je disais que le patron des Hôpitaux de Paris disait qu'on serait au moins autant qu'en 2025, où la canicule a fait 5700 morts.

On sera donc entre 5000 et 10 000 morts. Sur ce chiffre de 15 000, qu'on entend partout, 15 000 morts de la canicule de 2003, il y a eu immédiatement, en 2003, les 1res études. C'était autour de 14 000 ou 15 000.

Et puis, on a stabilisé ce chiffre autour de 15 000. Mais c'était en 2003. Il y a eu d'autres études pilotées par l'Inserm en 2007 qui étaient beaucoup plus précises.

Le chiffre de cette étude de l'Inserm, c'est 19 500 morts. - C.Roux: Le bilan de la canicule de 2003 selon l'Inserm? - M.Lomazzi: Oui.

Elle a duré 20 jours. On a eu en gros 20 000 morts, 1000 morts par jour. La canicule qu'on a là a duré 10 jours.

La canicule était un peu plus intense. C'est pour donner les ordres de grandeur. - C.Roux: C'était une remarque importante.

On avait aussi adapté les gymnases avec des climatisations. Les messages de prévention ont peut-être été plus suivis, cette fois-ci. - M.Lomazzi: Les vigilances rouges, les plans canicule santé, les plans Orsan...

Mais quand on voit la situation de l'hôpital, vous avez des gens qui arrivent et qui sont à 42 degrés. On essaie de les rafraîchir au maximum. Mais quand on se trouve dans une chambre à plus de 30 degrés, vous avez une perte de chance considérable.

Or, le chiffre donné par les hôpitaux, c'est: la moitié des hôpitaux français ne sont pas rafraîchis aujourd'hui. - C.Roux: Il faut donc du temps pour arriver à avoir un bilan juste.

Là, il y a un débat politique autour de ce chiffre que nous avons mis en titre d'émission. Mais il faudra attendre pour avoir le bilan exact. Question. - S.Quéméner: C'est la question de l'adaptation des transports.

Ca a été chiffré à 3 milliards d'euros par an pour réadapter l'ensemble des transports. Pour l'instant, la SNCF essaye de supprimer certains trains...

Il n'y a pas eu de grosses protestations, dans cet épisode, mais si ça recommence en début de semaine prochaine, avec les départs en vacances, peut-être qu'on verra les choses de façon différente. Il faudrait des investissements majeurs. - C.Roux: Question. - M.Lomazzi: Il faut espérer que...

D'abord, les plans d'urgence...

On est assez bons pour mobiliser l'ensemble des structures qui vont au secours de la population. Il faut espérer que les plans d'urgence concernant les Ehpad, les hôpitaux, les écoles, toutes les populations les plus fragiles, seront mis en place très rapidement et qu'on va débloquer des fonds...

La solution la plus évidente aujourd'hui, c'est la climatisation. Il faut l'espérer. Les canicules vont gagner en intensité, selon les climatologues et les météorologues.

Là, on est déjà à 43-44. On se rapprocherait de 50 et c'est un risque mortel. - C.Roux: C'est le scénario noir.

Question. - C.Jakubyszyn: Tout à l'heure, le ministre du Budget, D.Amiel, a dit qu'on n'avait pas de marges de manoeuvre parce qu'on est incapables de régler le problème de la dépense sociale en France.

C'est le problème de non-financement de notre système de protection sociale. - C.Roux: Certains répondraient autrement en disant: "Il fallait chercher l'argent là où il est pour financer la transition écologique." - E.Duteil: Chaque année, nos retraites ne sont pas financées. - C.Jakubyszyn: On va pas financer les retraites avec des impôts.

En plus, on est l'un des pays les plus imposés en Europe. Je veux bien qu'on continue à l'infini, mais...

C'est vrai qu'on manque de marges de manoeuvre. Il faut dégager des marges de manoeuvre. Dans le débat présidentiel, il y a la défense, le réchauffement climatique, l'adaptation climatique... - E.Duteil: Peut-être qu'à l'aune de cette crise, chaque candidat va essayer de proposer quelque chose.

Ca coûte de l'argent, mais on a ce qu'il faut pour le faire en France. - M.Lomazzi: Sur les dépenses sociales, je veux signaler que de plus en plus, les experts se demandent s'il ne faudrait pas, dans le droit du travail, rajouter quelque chose qui ne figure pas aujourd'hui.

On fait beaucoup la distinction entre les cols bleus et les cols blancs. Demain, il faudra peut-être faire la différence entre les cols humides et les cols secs, les salariés protégés et ceux qui ne le sont pas. Il va peut-être aussi falloir dépenser un peu d'argent pour ça.

Quand il y a une vigilance rouge, il faut que les entreprises puissent mettre leurs salariés en chômage partiel. - C.Roux: Pour l'instant, il n'y a pas de seuil.

C'est une zone grise. On avance sur les questions. Question.

Il y a une pétition qui a été lancée. - E.Duteil: On parlait des normes.

Il y a des normes qui peuvent paraître absurdes. Ca a une logique. C'est pour l'uniformisation des logements.

Ca peut totalement s'entendre, mais à l'aune de cette crise, ça coûte zéro euro d'aller regarder toutes ces normes qui peuvent être levées pour faciliter. - C.Roux: Question.

C'est quoi? - M.Lomazzi: C'est un système de pentes dans les jardins qui font remonter...

C'est pour les immeubles et les pavillons. - C.Roux: Merci à tous les quatre.

On retrouve A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Bonsoir.

Au programme, les conséquences, l'impact économique de la canicule.