Jean-Noël Barrot : "La France déterminée" à reconnaître un État palestinien
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
Est-ce que cela vous inquiète ou pas ?
- 0:33RelanceRéponse directe
Mais ça vous inquiète ou pas ? Ça change quelque chose ou finalement, comme vous l'aviez anticipé ?
- 0:48OuverteRéponse directe
Et avec Trump, est-ce qu'on peut travailler avec des gens comme ça qui changent radicalement d'avis ?
- 1:26OuverteRéponse directe
Vous le pensez aussi ou pas ? On en est là aujourd'hui dans les relations avec Vladimir Poutine.
- 2:00FerméeRéponse directe
Vous les soutenez ces sanctions ? Est-ce que la France va s'y assurer ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Et quel est le calendrier de ces sanctions ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:02PrésentateurChiffre
« Non seulement nous les soutenons, mais nous préparons avec nos alliés européens un paquet de sanctions coordonnées avec celui qui est préparé au Sénat et à la Chambre des représentants. »
- 4:02PrésentateurChiffre
« c'est la France qui a accueilli la première conférence internationale qui a permis de lever 1 milliard d'euros d'aide humanitaire pour Gaza. »
- 4:08PrésentateurFait
« C'est aussi la France qui est le premier pays occidental à avoir déployé, à proximité de Gaza, un porte-hélicoptère pour pouvoir soigner les médecins gazawis. »
- 4:17PrésentateurFait
« C'est encore la France qui soutient activement, qui est l'un des rares pays à le faire, l'autorité palestinienne. »
- 5:50PrésentateurPromesse
« Nous sommes déterminés à le faire. »
- 6:11PrésentateurFait
« Et il y a une nécessité absolue, bien sûr, c'est de traiter de la question du désarmement du Hamas. »
- 7:42PrésentateurFait
« Rien n'a changé, si je puis dire. Nous ne livrons pas de matériel militaire utilisé à Gaza. »
- 7:47PrésentateurFait
« Ce sont les composantes qui permettent à Israël de se défendre, notamment avec le dôme de fer. »
- 8:42PrésentateurChiffre
« Nous attendons le jugement du procès en appel, qui devrait intervenir tout début juillet. »
Temps de parole
- Présentateur71 %
- Jean-Noël Barrot27 %
- ?2 %
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Et
tout de suite l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez aujourd'hui Jean-Noël Barraud, le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.
Bonjour et bienvenue sur RTL, Jean-Noël Barraud. Bonjour Thomas Soto. Leur divorce est donc aussi spectaculaire que leur idylle avait été tapageuse, on en parlait avec François Langlais à
l
'instant, entre Trump et Musk, rien ne va plus. Est-ce que cela vous fait sourire ou est-ce que cela vous
inquiète
?
Je crois que surtout que c'était attendu, c'était prévisible parce que ces deux-là n'étaient pas faits pour s'entendre. Et ça nous rappelle que, comme François Langlais l'a dit, la politique et les intérêts privés, ça ne fait pas bon ménage.
Mais ça vous inquiète ou pas ? Ça change
quelque chose ou finalement, comme vous l'aviez anticipé, bon ? Je vous le dis, il y a beaucoup de choses imprévisibles en ce moment, mais celle-ci l'était. Et ce n'est pas sur les tweets d'Elon Musk que la France indexe sa politique internationale.
Et avec Trump, est-ce qu'on peut travailler avec des gens comme ça qui changent radicalement d'avis entre le début et la fin d'une même phrase ?
D'abord, il faut mettre les choses un petit peu en perspective. Vous m'interrogez en ce matin du 6 juin, qui est la date du
débarquement, et qui
nous rappelle qu'il y a quelque chose de commun dans l'âme américaine et l'âme française, c'est l'amour de la liberté. Ensuite, nous avons déjà, pendant 4 ans, travaillé avec Donald Trump, il y a 4 ans. Et nous allons continuer de le faire en ayant à l'esprit nos intérêts en matière de sécurité, en matière industrielle, en matière commerciale.
Sauf qu'il
y a
81 ans, les uns et les autres, les alliés, ne se traitaient pas de dingue. Trump l'a dit de Vladimir Poutine. Il
y
a quelques jours, Vladimir Poutine est devenu complètement fou. Vous le pensez aussi ou pas ? On en est là aujourd'hui dans les relations avec Vladimir Poutine.
Ce
qu'on constate, c'est que Vladimir Poutine, qui a lancé sa guerre d'agression, son invasion à grande échelle de l'Ukraine, alors que l'Ukraine n'avait rien demandé et ne représentait aucune menace, est aujourd'hui dans une posture où il refuse de cesser le feu alors que l'Ukraine y a consenti depuis bien longtemps. Ça commence à exaspérer le président Trump, ça exaspère l'opinion publique américaine, les sénateurs américains qui s'apprêtent à faire adopter, dans quelques jours, des sanctions dévastatrices pour l'économie russe.
Je
crois qu'il est temps que... Vous les soutenez ces sanctions ?
Est
-ce que la France va s'y assurer ? Non seulement nous les soutenons, mais nous préparons avec nos alliés européens un paquet de sanctions coordonnées avec celui qui est préparé au Sénat et à la Chambre des représentants. Ça
consistera en
quoi
?
Ça consiste tout simplement à alourdir la facture pour Vladimir Poutine tant qu'il n'aura pas accepté de cesser le feu. Ça consiste aussi à se tourner vers un certain nombre de pays autour du monde qui ont permis à Vladimir Poutine de contourner les sanctions que nous avions...
Oui, parce que pour l'instant, ça ne fonctionne pas beaucoup.
Exactement. Sans quoi nous pourrions être à notre tour conduits à prendre des mesures à leur en compte.
Et quel est le calendrier de ces sanctions ?
Eh bien, c'est une question de jour, puisque nous avons adressé hier nos propositions à la Commission européenne qui doit maintenant les intégrer dans ce paquet dont j'espère qu'elle le présentera avant la fin du mois de juin.
Jean-Noël Barraud, on est sans nouvelles depuis plusieurs jours d'un jeune Français. C
'est
fait la ligne du progrès ce matin, Eric, présumé mort sur le front en Ukraine. Est-ce que vous pouvez nous confirmer que ce jeune homme a été tué alors qu'il combattait aux côtés des Ukrainiens
? Non,
je n'ai pas d'informations me permettant de confirmer son décès ou non. Nous avons pris connaissance de ces articles et notre poste diplomatique à Kiev est parti aux nouvelles. Je voudrais simplement rappeler que cette nuit a été l'occasion pour Poutine de faire pleuvoir des centaines
de drones
sur Kiev. Et je veux rendre hommage aux agents de notre ambassade sur place, aux attachés de défense qui sont présents sur place, qui ont dû passer la nuit dans les bunkers.
Vous avez une idée du nombre de Français qui sont partis combattre à Kiev en Ukraine, aux côtés des Ukrainiens ?
Non, parce qu'ils ne se déclarent pas spontanément à l'ambassade.
Autre sujet brûlant, Jean-Noël Barraud, les massacres qui continuent à Gaza, les chancelleries palabres, l'ONU discute. Monsieur le ministre des Affaires étrangères, la France, comme d'autres pays, par son impuissance, est-elle en train de devenir complice des massacres perpétrés dans la bande de Gaza par le gouvernement de Benjamin Netanyahou ?
Non, la France s'est mobilisée dès le premier jour. Je rappelle qu'un mois après le début de la guerre déclenchée par le massacre antisémite du 7 octobre, c'est la France qui a accueilli la première conférence internationale qui a permis de lever 1 milliard d'euros d'aide humanitaire pour Gaza. C'est aussi la France qui est le premier pays occidental à avoir déployé, à proximité de Gaza, un porte-hélicoptère pour pouvoir soigner les médecins gazawis. C'est encore la France qui soutient activement, qui est l'un des rares pays à le faire, l'autorité palestinienne. Et c'est la France qui prépare cette conférence sur les deux États qui se tiendra dans quelques jours à New York.
Si tous les pays du monde avaient adopté la même politique que la France, alors nous n'en serions pas là.
Il n
'y
a qu'un jour, vous disiez que le gouvernement israélien avait fait de Gaza un mouroir pour ne pas dire un cimetière. Qu'un jour plus tard, qu'est-ce qui a changé
?
Ce sont désormais des personnalités de premier plan de la vie politique israélienne qui le disent. Ce sont deux premiers ministres, Ehud Olmert et Ehud Barak, qui ont parlé d'une guerre illégitime, d'une guerre de dévastation, de
violence matrière aveugle.
On est avec Netanyahou comme on est avec Poutine finalement. On hausse le ton, on peut envisager des sanctions, mais rien ne les fait varier, rien ne les fait bouger.
C
'est vrai ça ? Non, je pense que la pression que nous avons exercée a conduit le gouvernement israélien à réouvrir de manière totalement insuffisante l'accès de l'aide humanitaire qui était tant attendue par les populations civiles à Gaza. Malheureusement, le gouvernement israélien a retenu une idée que nous avions dénoncée, qui est celle d'un système militarisé de distribution de cette aide humanitaire, plutôt que de laisser les travailleurs humanitaires faire le travail. Le résultat, c'est le chaos. Ce système de distribution a provoqué des émeutes et des violences meurtrières.
Au mois d'avril, Emmanuel Macron disait que la France pourrait reconnaître l'État palestinien en juin. Plus tard, il a aussi dit que cette reconnaissance ne constituait pas simplement un devoir moral, mais une exigence politique. Nous sommes le 6 juin, on en est où ? Est-ce que la France va reconnaître l'État palestinien
? Nous sommes déterminés à le faire. Quand ? Et à l'occasion de cette conférence qui se tiendra dans quelques jours à New York, d'entraîner avec nous un certain nombre de pays, mais d'entraîner aussi toutes les parties prenantes, et notamment l'autorité palestinienne, les pays arabes de
la région, à prendre des
engagements pour retirer tous les obstacles sur le chemin vers la création, l'existence même d'un État de Palestine. Et il y a une nécessité absolue, bien sûr, c'est de traiter de la question du désarmement du Hamas. Parce qu'il n'y a pas d'avenir possible de paix et de stabilité pour Gaza et pour la Palestine, sans en exclure le Hamas.
Je vous repose ma question, Jean-Yves Barraud. Est-ce qu'on reconnaîtra l'État palestinien seul, même si les autres n'y vont pas lors de cette conférence du 17 au 20 juin ?
Ce
n'est pas dans cette option que je me place. Nous aurions pu, la France aurait pu, prendre une décision à portée symbolique. Ce n'est pas le choix que nous avons retenu, parce que nous avons une responsabilité particulière. C'est la France, c
'est
un membre permanent du Conseil de sécurité. Si nous le faisons, c'est pour changer les choses, et faire en sorte que l'existence de cet État de Palestine devienne plus crédible, plus possible.
On apprend à l'instant qu'une plainte contre X pour meurtre et génocide va être déposée ce matin en France par une grand-mère, accusant les autorités israéliennes d'être responsables de la mort de ses deux petits-enfants à Gaza. Le mot qui est prononcé,
c
'est génocide, pour le coup ?
C'est une qualification juridique. Il appartient à la Cour internationale de justice, notamment qui a été saisie sur le sujet, de trancher. Cette Cour internationale de justice a émis des ordonnances, il y a quelques mois déjà, évoquant le risque de génocide,
et appelant
le
gouvernement israélien à réduire ce risque à zéro. Il y
a
une plainte qui est déposée devant une autre juridiction. Je ne
veux
pas me substituer au juge, chacun son métier.
Une
autre question se pose. La France livre-t-elle des armes sans en avoir l'air en pièces détachées à Israël ? Je vous pose la question parce que les dockers de Fosse-sur-Mer le pensent. Ils se sont mis en grève car ils ne veulent pas charger des composants militaires qui devaient partir en Israël. Est-ce que c'est un problème ?
Il faut raison garder. Rien n'a changé, si je puis dire. Nous ne livrons pas de matériel militaire utilisé à Gaza. Il y a deux exceptions. Ce sont les composantes qui permettent à Israël de se défendre, notamment avec le dôme de fer. Nous reconnaissons le droit d'Israël à se défendre. Et puis par ailleurs, du matériel qui peut être assemblé en Israël, mais qui a vocation à être ré-exporté. C'est dans ce cadre-là que se situent ces
exportations. En l
'occurrence, c
'est
des petites pièces métalliques
qui permettent aux fusils
mitrailleurs de tirer en rafale.
Mais qui n'ont pas vocation à être utilisées à Gaza. Et ils ne
le sont pas ?
Vous en êtes sûr ? S'ils l'étaient, alors l'entreprise qui les exporte se placerait en contravention vis-à-vis du droit.
Quelques mots de Boilem sans salle.
Ça
fait plus de 200 jours désormais que l'écrivain franco-algérien est en détention en Algérie pour crime de plume, si on peut dire. La situation est toujours au point mort
?
Nous restons très attentifs à son sort, préoccupés par son état de santé. Nous attendons le jugement du procès en appel, qui devrait intervenir tout début juillet. Et nous appelons les autorités algériennes à un geste d'humanité, comme nous l'avons fait depuis de nombreux mois. On sait que vous êtes dans
un bras de fer difficile avec l'Algérie, mais il y a quelques jours, le président de l'armateur français CMACGM, Rodolphe Saadé, était dans le bureau du président algérien, Abdelmajid Tebboune, pour parler business. Il a raison ou ça vous gêne ? Ça gêne la diplomatie française
?
Nous avons en Algérie des intérêts économiques. Il
y
a un certain nombre d'entreprises qui continuent à exercer leurs activités, malgré les mesures restrictives qui ont été prises par les autorités algériennes ces derniers mois. C'est une des raisons pour lesquelles nous considérons qu'un dialogue aurait mérité d'être réouvert avec l'Algérie. Parce qu'à côté des intérêts économiques, il
y a
la lutte contre l'immigration irrégulière, la lutte contre le terrorisme, qui font qu'Algérie et France ont intérêt à se parler. Mais ce sont les autorités algériennes qui ont décidé de bloquer le dialogue par des décisions injustifiées et injustifiées.
Dernière question, Nice sera le centre du monde, comme le titre Nice Matin à partir de dimanche.
Vous
vous rendrez à Nice pour l'ouverture officielle du sommet des océans, le volet onusien de ce sommet. L'activiste climatique Claire Nouvian a dit que
c
'est une autoroute de coquilles vides pour faire de la com'. Donald Trump, on sait ce qu'il a fait du traité de Paris sur le climat, il l'a déchiré, il
ne veut
pas entendre parler. Il ne sera pas là ? Il va servir à quoi ?
Le traité de Paris, l'accord de Paris dont nous fêtons le 10e anniversaire, c'est sans doute l'un des plus grands succès de la diplomatie française. Il a permis d'entraîner quasiment tous les pays du monde, même si certains en sont sortis, sur une trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Si nous n'avions pas eu l'accord de Paris, si nous n'avions pas réussi ce tour de force, alors nous aurions une situation encore plus dégradée sur le front du climat.
Eh bien cette conférence qui va s'ouvrir à Nice, qui est la plus grande jamais organisée sur la préservation des océans, elle a vocation à être pour l'océan, ce bien commun de l'humanité, l'équivalent de ce que l'accord de Paris a été il y a 10 ans pour le climat.
Donc
ce n
'est
pas que de la
com'.
Évidemment que non. Vous verrez que des engagements très forts seront pris. Et une nouvelle fois, ce continent oublié qu'est l'océan sera au centre du monde. Et c'est bien l'honneur de la France que d'avoir rendu possible.
Merci Jean-Michel.
Jean-Noël Barrot