Réarmement stratégique: «La France va devoir encore augmenter son budget défense», estime Cédric Perrin, sénateur LR
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Bonjour Cédric Perrin, bienvenue sur RFI alors que ça chève sur les Champs-Elysées, le défilé militaire du 14 juillet a défilé hors normes cette année avec des soldats ukrainiens on l'a dit et la présence d'une trentaine de chefs d'état et de gouvernement de la fameuse coalition internationale, volonté du président Macron d'afficher ainsi le réveil stratégique de l'Europe face à la Russie, face également à un allié américain de plus en plus incertain, le symbole était bien sûr fort ce matin sur les Champs-Elysées mais est-ce que l'intendance va suivre Cédric Perrin ? Est-ce qu'en matière de défense, la souveraineté industrielle française et européenne avance réellement aujourd'hui ?
Écoutez c'est une question évidemment très très importante, je crois qu'on a eu une démonstration aujourd'hui de la capacité de la France à avoir un certain nombre de capacités importantes, on a conservé et on voit aujourd'hui en tout cas défiler sur les Champs-Elysées l'arrivée des nouveaux matériels, on a vu beaucoup de Jaguar, de Gigrifon, de Serval, tous ces nouveaux matériels de l'armée de terre notamment qui ont été livrés grâce à l'augmentation du budget des armées, ça on ne peut pas le dénier, il y a un doublement du budget des armées depuis 2018 même si on pourrait discuter dans le détail parce que évidemment Bercy s'est occupé évidemment de faire des gels, des surgels et l'importation n'est pas aussi importante qu'on ne peut le croire mais en tout cas il y a une arrivée donc il y a une industrie qui s'est mise en ordre de marche même si aujourd'hui on ne peut évidemment pas dire qu'il s'agit d'une économie de guerre contrairement à ce que dit le président de la République, beaucoup d'efforts devraient être faits pour que ce soit une réelle économie de guerre et pour que l'industrie aujourd'hui soit en capacité de livrer ce dont nous avons besoin mais il y a une question qui est essentielle c'est la question budgétaire et donc la question budgétaire elle implique la question des commandes et je suis de ceux qui pensent qu'aujourd'hui les commandes ne sont pas à la hauteur des enjeux et le président de la République a beau expliquer dans tous ses discours que les industriels doivent prendre des risques que les industriels doivent produire malgré l'absence de commandes ça n'est pas le modèle économique tel que nous le connaissons et ce n'est pas comme ça que ça fonctionne et donc il faut que l'État qui je le rappelle est le seul en capacité de commander des armes le fasse et pour ça il faut évidemment qu'on mette des budgets en face vous avez vu que la dernière loi de programmation militaire
Alors des budgets on va y revenir longuement mais pour acheter quoi ? On rappelle que c'est la guerre en Ukraine il y a 5 ans qui a servi de déclencheur à ce réarmement stratégique qu'est-ce que le conflit a révélé sur nos manques en matière d'armement et d'industrie de défense et sur lequel vous souhaiteriez qu'on investisse encore un peu plus aujourd'hui ?
Nous ce qui est réaliste c'est qu'on a un vrai sujet en matière d'artillerie on a un sujet en matière de défense solaire, on a un sujet en matière de drones mais une fois de plus on est dans un pays qui n'est heureusement pas en guerre qui n'est plus en paix mais il n'est pas en guerre et donc on a un modèle économique qui fonctionne évidemment complètement différemment de celui de l'Ukraine où ils ont une consommation considérable de matériel on parle de plus de 15 000 drones par jour qui sont consommés en Ukraine et donc une obligation de les remplacer, une obligation d'innovation, une obligation d'agilité et donc nous on a une économie qui doit s'adapter à tout ça c'est-à-dire qu'on ne peut pas consommer, on ne consomme pas évidemment autant de drones que les Ukrainiens donc on ne peut pas les renouveler quotidiennement donc on peut difficilement suivre l'évolution technologique et l'innovation donc il faut trouver un modèle entre deux qui permette d'avoir des réserves de production mais qui nous permettent aussi de pouvoir continuer à innover et à être à la pointe de la technologie donc c'est un modèle compliqué et puis il y a aussi la question qui est une question essentielle qui est la question budgétaire évidemment
c'est la grande question politique, pas seulement économique
bien sûr c'est la grande question du moment c'est la grande question
Vous avez souhaité, vous, alors que le Parlement vient de valider un plan de 436 milliards d'euros pour les armées d'ici 2030 vous avez souhaité, vous, sénateur de droite, que ça aille plus loin l'opposition et notamment Macroni s'y est opposée avant d'un effort trop important en période de disette budgétaire la question, elle reste prégnante comment financer un tel effort de guerre sans tailler sur notre modèle social ?
Écoutez, aujourd'hui, quand un Français paye 1000 euros d'impôt il y a 567 euros qui vont au modèle social la protection sociale, 25 euros à la sécurité intérieure 88 euros à l'éducation, 31 euros à la défense donc on ne peut pas considérer aujourd'hui que c'est le modèle social qui est en difficulté si toutefois on devait augmenter le budget des armées puisqu'il y a un écart de 1 à 18 entre les deux en revanche, ce qui est certain, c'est que depuis la chute du mur de Berlin les dividendes de la paix c'est le modèle d'armée qui a été sacrifié au profit du modèle social et donc il va falloir à un moment ou à un autre un rééquilibrage il va falloir à un moment ou à un autre qu'à minima, nous consacrions davantage d'argent à notre défense parce que c'est le premier devoir de l'État que d'assurer la sécurité de ses concitoyens la sécurité de son territoire et aujourd'hui, on voit bien et je viens d'écouter à nouveau votre confrère qui vient à l'instant d'expliquer les difficultés qu'il y avait à l'est de l'Europe la manière dont les Russes sont en train de préparer potentiellement un choc comme le dit d'ailleurs la Revue Nationale Stratégique Française à deux ou trois ans à l'est de l'Europe, ce qui nous engagerait et donc il faut avoir un peu de cohérence on ne peut pas d'un côté alerter les Français sur la situation, dire que potentiellement il peut y avoir un risque à deux ou trois ans et ne pas mettre les moyens en face et donc aujourd'hui, les 436 milliards dont on parle j'aimerais quand même qu'on rappelle que c'est une somme qui est consacrée à la défense sur cinq ans et que donc ça nous amènera à un budget en 2030 de 76,3 milliards d'euros par an aujourd'hui on est à 57 milliards et donc si on compare par exemple avec nos amis et alliés allemands qui seront eux à 166 milliards nous aurons en 2030 un budget qui sera de 47% seulement du budget allemand et donc on a un risque de déclassement majeur de notre armée bien entendu mais aussi un déclassement majeur de notre industrie puisque l'essentiel du budget que les allemands consacrent à leur défense ils le consacrent à leur industrie de défense parce que vous avez bien compris qu'avec les obligations européennes en matière de véhicules l'automobile allemand en Allemagne se trouve en difficulté et donc ils veulent remplacer l'automobile l'industrie automobile par l'industrie de la défense et donc ils sont en train de nous de nous manger petit à petit donc on a un risque de déclassement au niveau européen on a un risque de choc auquel on pourrait potentiellement pas répondre et il y a un autre élément qui est le troisième qui est celui de la réponse qu'on fait à l'OTAN puisque le président de la République s'est engagé à l'AE en 2025 à consacrer 3,5% du PIB à la défense en 2035 et que si on suit la trajectoire que le gouvernement nous propose aujourd'hui on sera seulement à 2,43% en 2030
et l'effort qu'on devrait faire
entre 2030 et 2035 sera de près de 14 milliards d'euros par an autant dire que c'est absolument inaccessible et donc il faut être réaliste il faut avoir du bon sens il faut lisser la trajectoire et il faut augmenter d'autres aujourd'hui
En quelques mots Cédric Perrin le financement de cet effort énorme de défense va se heurter à la prochaine présidentielle est-ce que suivant qui l'emportera en 2027 vous craignez une remise en cause de cette trajectoire ?
Je ne sais pas si on doit craindre une remise en cause en tout cas ce qui est certain c'est que le seul parti politique qui pendant la commission mixte paritaire a accepté d'augmenter le budget des armées c'était les républicains tous les autres à l'unisson aux votés contre à l'unisson tous aux votés contre et donc ça crante les positions pour la présidentielle et je pense qu'on ne peut pas échapper pour la présidentielle à un débat sur la défense débat qui je le rappelle n'a jamais eu lieu au cours des 20 dernières années même en 2022 alors que la guerre en Ukraine était déclarée il n'y a pas eu de débat sur la défense pour la présidentielle et moi j'appelle de mes voeux un débat très large sur cette question
et qui reviendra
pour que chaque électeur sache pour qui il vote je rappelle quand même que le président de la république qui va être élu ou la présidente qui sera élu aura la main sur le bouton nucléaire et si le général de Gaulle a voulu que l'élection présidentielle se décide au scrutin universel et que tous les français votent c'est parce que le président de la république détient ce pouvoir énorme qui est la dissuasion nucléaire donc on ne peut pas pendant la présidentielle faire l'économie et on a attendu votre appel
à un débat sur le financement de la défense merci Cédric Thérin président de la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées du Sénat merci d'avoir été présent sur RFI bonne journée